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Full text of "Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection de toutes les relations de voyages par mer et par terre, qui ont été publiées jusqu'à présent dans les différentes langues de toutes les nations connues [microforme] : contenant ce qu'il y a de plus remarquable, de plus utile, & de mieux avéré, dans les pays où les voyageurs ont pénétré, touchant leur situation, leur étendue, leurs limites ... : avec les moeurs et les usages des habitans ... : pour former un systême complet d'histoire et de géographie moderne, qui représentera l'état actuel de toutes les nations : enrichie de cartes géographiques nouvellement composé es sur les observations les plus autentiques ; de plans et de perspectives, de figures d'animaux, de végétaux, habits, antiquitez, &c"

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 LLE COLLECTION 
$ LES RELATIONS DE VOTAGES 
PAR MERET PARTERRE, 


QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉES JUSQU'À PRÉSENT DANS LES DIFFÉRINTES 
LANGUES’DE TOUTES LES NATIONS CONNUES: 


CONTENANT 
Ce qu'il y a de plus remarquable, de plus utile, € de mieux avéré, dans les Pays où les 
F'uyageurs ont pénétré, : ° 


Touchant leur Situation, leur Etendue, leurs Limites, leurs Divifions , leur 
Climat, leur Terroir, leurs Produétions , leurs Lacs , leurs Rivières, 
leurs Montagnes, leurs Mines , leurs Citez & leurs principales 
Villes, leurs Ports, leurs Rades, leurs Edifices, &c. 


AVECLES MOEURS ET LES USAGES DES HABITANS, 
LEUR RELIGION, LEUR GOUVERNEMENT, LEURS ARTS ET LEURS 
SCIENCES, LEUR COMMERCE ET LEURS MANUFACTURES; 


POUR FORMER UN STSTÈME COMPLET D'HISTOIRE ET 
DE GEUGRAPHIE MODERNE, QUI REPRESENTERA 


! 

L'ÉTAT ACTUEL DE TOUTES LES NATIONS. 
ENRICHIE DE CARTES GÉOGRAPHIQUES 
Nouvellement compofées fur les Obfervations les plus autentiques ; 

DE PLANS er DE PERSPECTIVES ; DE FIGURES D'ANIMAUX, 
pe VEGETAUX,HABITS, ANTIQUITEZ, &. 

[4 
NOUVELLE EDITION, 


Revie fur l'Original Anglois, €? où l'on a non feulement rétabli avec foin ce qui a été fup- 
primé ou omis par le Lradusteur ; éva:tement diftingué fes Additions du Refte de l'Ou- 
vrage ; Ê$ corrigé les Endroits où il set écarté du vrai Sens de Jon Auteur ; 


Maïs même dont les Figures & les Cartes ont été gravées par & fous la Direétion: 
de J. vanner Scucey, Elève diftingué ducélèbre PIcarT LE ROMAIN. 


TOME HUITI È M E. 
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Chez PIERRE DE HOND T, 
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Avec Privilége de Sa Majefté Impériale, €? de Nos Seigneurs les Etats de 
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DES VOYAGES 


DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XV°. SIÉCLE. 


HUITIÈEME PARTIE. 


VOYAGES EN ASIE. 


RE EE Xkc SEEN Déc NET cc ER: Déc véc ER HE ATEN: MB: ic ER Déc MERE KEEDS 
Suite du LIVRE SECOND. 


DESCRIPTION DE LA CHINE, 
CONTENANT 
La GEOGRAPHIE, ET L'HISTOIRE CiIvViLeE 
ET NATURELLE DU Pays. 


SENS Ste fe RER US EE LE: RE RD 2e RER: EE eee Een EG onto 
CH A PI T'R E I I 


Qualités, Mœurs € Ufages des Chinois. 


E que les Chinois appellent beauté parfaite , confifte dans un  Morurs rr 
grand front, un nez court, de petits yeux bien coupés, un vi- Usacrs DE 
fage large & quarré, de grandes orcilles, une bouche de gran- LA CHINE, 
deur m ediocre, & des chiev eux noirs; car ils ne peuvent fup- vue que 
porter une chevelure blonde ou roufle. Les tailles fines & aifées a de 


n'ont pas en d'agrément pour eux, parce que leurs habits font fort larges & beauté, 
VIIL, Pa a ne 


2 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Moruns rr ne font point ajuftés au corps comme en Europe. Ils croient un homme bien is d 
Usaces De fait lorfqu'il cit gras & gros, & qu'il remplit, fuivant les termes de l'Au- re 
LA CHINE teur, fa chaife de bonne grace. Pas 
Leur figure uoiQuE les chaleurs exceïlives qui fe font fentir dans les Provinces En 
ordinaire.  Méridionales, fur-tout dans celles de Quang-tong, de Fo-kyen & de Yun- ls © 
nan, donnent aux Payfans, qui vont nuds jufqu'a la ceinture, un teint brun 2 P 

& olivitre, ils font naturellement’aufi blancs que les Européens, & l'on peut | k PF 

dire en général que leur phyfionomie n'a rien de défagréable, La plipart ont tree 

méme la peau fort belle & le teint gracieux jufqu'a l'age de trente ans. Les 4 

Lettrés & les Docteurs, fur-tout ceux de baïle extration, ne fe coupent ja- ne 

mais les ongles. Ils affeétent de les laifler croitre de la longueur d'un pouce, (on : 

pour faire connoitre qu'ils ne fonc point dans la necutfite de travailler pour & fr 

Ce des vivre. À l'egard des femmes, elles font ordinaireinent de la taille moyenne ; et 


femmes. elles ont le nez court, les veux petits, les cheveux noirs, les oreilles jon- la ( 
gues & le teint aflez rude (4). Mais leur vifage refpire un air de gaicté, & L 
leurs traits font réguliers (2). 


: 
Lourewac. Les Chinois, en général, font d'un caractère doux & traitable. Ils ont url 
ière. beaucoup d'aabilité dans l'air & dans les manières, fans qu'il y paroïffe aucun mett 
Empire melange de dureté, de païon & d'emportement. Cette modération fe fait melt 
qu'ils ontfur remarquer jufques dans 1: Peuple. Le Pere de Fontaney, Jéfuite, ayant ren. grol 
eux-mêmes, Contre au milieu d'un grand chemin un grand embarras de voitures, fut fur- atté | 
pris qu'au-lieu d'entendre prononcer des mots indécens, ou de voir la difpu- Ci 

te animée, comme en Europe, jufqu'aux injures & aux coups, il vit les cha- db 

reticrs fe faluer civilement & s'entr'aider pour rendre le paflage plus libre. avec 

Les Europééns qui ont quelqu'afaire à déméler avec les Chinois, doivent fc gar- rins 
der de toutes forces de vivacités & d'emportemens. Ces excès paflent à la Chine Lion 
pour des vices, contraires à l'humanitc: non que les Clunois ne foient auili Doua 
ardens & aufli vifs que nous; mais ils apprennent de bonne-heure à fe ren- d'eux 

dre maitres d'eux-m’mes. droit 

Modefiie Leur modele c't furprenante, Tes Lettrés paroiffent toûjours avec un Père 
Sep A compofe, fans accompagner Lurs expreflions du moindre gefte. Les fem caraé 
FSU AC mes fonc encore plus réfervees. Elles vivent conftamment dans la retraite, eft à 
avec tant d'attention à fe couvrir, qu'on ne voit pas meme paroitre leurs tifice 
mains au bout de leurs manches, qui font fort longues & fort larges. Si elles le rel 

préfentent quelque chofe à leurs plus proches parens, élles le pofent fur une mod 

table & leur laitlent la peine de le prendre. Els font fort choquées de voir lichc 

les picds nuds à nos Saints dans les images de peinture. Magalhaens (c) ju- él 

ge qu'elles ont raifon. ve d 

Quoique les Chinois foient maturellement vindicatifs, fur-tout lorfqu'ils défa 

font animés par l'interet, il cft rare qu'on leur voie prendre des mefures vio- m 

lentes { particu‘icrement fi ce font des perfontfes de dittincüion.? Ils difimu-7% diet 

lent leur réflentiment, & gardent fi bien les apparences qu'on les croiroit in u'il 

fenfibles aux outrages. Mais s'ils trouvent l’occafion de ruiner leurs ennemis, L 

ils ne manquent point de la faifir. Les voleurs mémes n'employent point d'au- (d 

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à fui 

(a) Angl. & le teint ficuri. R. d. E. pag. 107: & Chine da Pére du Ilalde, ubi & (J 

(b) Chine du Père du Halde, pas. 262 fup, pig. 259. a bas 


Ce) Relation de la Chine par Magathacus, , 


DE LA CIINE,Lav. II Car. IL 7 


, 7 tre méthode que l'artifice. On en voit qui fuivent tes Barques des Voyageurs Morts re 
Chen | ou des Marchands, & qui fe louent entre ceux qui les tirent für le Canal Im.  L'acrs va 
l'Au- périal, dans la Province de Chan-tong; ce qui leur eft d'autant plus aifé, que ou ee 
F l'ufage étant de changer de Matelots chaque jour, ils ne peuvent étre facile. ET OMES 
vinces ment reconnus. Pendant la nuit ils fe gliflent dans les cabines, ils endorment < nnolilent 
Yun- les paflans par la fumée de certaines drogues, & dérobent librement fans être point lavios 
x di apperçus. Un voleur Chinois ne fe laffera point de Jüivre un Marchand bte 
pendant pluficurs jours, pour chercher l'occafion de le furprendre, D'autres 
F La pénctrent dans les Villes, au travers des murs les plus cpais, brülent les 
j portes, ou les percent par le moyen de certaines machines qui brilent le bois 
CUIR fans flamme. Ils s'introduifent dans les lieux les plus fécrèts d'une mai. 
Ré fon; & les 1 Tabitans font furpris à leur réveil de trouver leur lic fans rideaux 
Linda & fans couverture, leur chambre fans tapifferic & fans meubles, & de ne dé. 
ES couvrir aucune autre trace des voleurs que le trou qu'ils ont fait au mur ou à 
ue la (d) porte. 
Le, LE Pére le Comte avertit les Européens qu'ils ne doivent rien prôter Penchantdes 
aux Chinois fans avoir leurs süretes , parce qu'il n'y a point de fond à faire Chinois à ta 
Es ont fur leur parole. Ils commencent par emprunter une petite fomme, en pro. Peu 
 . mettant de reftituer le capital avec un gros interet. Ils éxécutent cette pro- 
le fait mefle; & fur le crédit qu'ils s'établiffent , ils continuent d'emprunter de plus 
M groffes fommes. L'artifice fe foutient pendant des années enticres, jufqu'a ce 
ue fur- que la fomme foit aufli groffe qu'ils défirent. Alors ils difparoïffent (e). 
difpu- Ce n'eit pas, remarque le méme Auteur, qu'on ne trouve jamais parmi eux : Exceptiog 
es cha- de bonne-foi ni d'honneteté. Il fe fouvient, dit-il, qu'en entrant à la Chine Monvrabie, 
libre. avec fes Compagnons, étrangers, inconnus, expofts à l'avarice des Manda- . 
PA rins, on ne leur fit pas le moindre tort dans leurs perfonnes ni dans leurs 
ue biens; & ce qui lui paroït beaucoup plus extraordinaire , un Commis de Ia 
1e audi Douane, c'eft-a-dire, un homme naturellement avide, refufa de recevoir à 
je ren- d'eux un préftut malgré toutes ICUTS INltances , en proteftant qu'il ne pren- 
droit jamais rien des Etrangers. Mais ces exemples fon rares, fuivant le 
ee Un Père le Comte, & ce n'eft pas fur un feul trait qu'il faut fe former l'idée d'un 
s fem- caraétére National. Ne pourroit-on pas s’imaginer, au contraire, que ce qui 
(Faite, eft arrivé dans une Ville Maritime, grande & marchande, où l'avidité, lar- 
à leurs üfice & la fraude doivent régner plus qu'ailleurs, ne doit point être rare dans 
ss le refte de la Nation? Auñli le Père du Halde en porte-t'il un jugement plus Te Père dg 
LE Une modéré. En général, dit-il, les Chinois ne font pas aufli trompeurs & aufñi qe nee 3 
e voir liches que le Pere le Comte les repréfente; mais ils ne manquent guëres l’oc- vanta rule. 
c) ju. cafion de tromper les Etrangers. Ils s'en font même une gloire, On en trou- ment que le 
+ ve d'affez impudens, lorfque la fraude eft découverte, pour s’excufer fur leur Pérele Com- 
fqu'ils défaut d'adreffe. ,, Il paroit afez, vous difent-ils, ,, que je m'y füuis pris fort “* 
mr , mal Vous étes plus adroit que moi, & je vous promets de ne plus na- 
rt € drefler aux Européens. En effet, on prétend que c'eft de quelques Européens 
AU qu'ils ont appris l'art de tromper (f). Un Capitaine Anglois ayant fait mar- 
EMIS, ché 
- d'au- (d\ Du Hade, ibid. les Européens dans les Ports de Mer, Aucon- 
tre ‘a Ce) Mémoires du Père IeComte, pag. 242.  traire, on doitfe fouvenir que dans l'intérieur 
| & fuivantes. des terres, le téiñnoignage de tous les Voya- 
e, ubi ie Cf) Cette remarque parcit vraie, car les geurs précédens cit favorable à leur honné- 
“ principales tromperics des Chinois Fo tete, Ê 
 2 


MoEurs ET 
USAGES DE 
LA, Cine. 
Avanture co- 
mique d'un 
Anglois. 


Tromperies 
Chinoifes. 


Dre quoi l'in- 
térèt les tend 
capables. 


Politique fa- 
milière aux, 
Chinois. 


Goût de quel- 
ques Cantons 
pour la chica- 
ne. 


Laveitu eft 
eneftime à la 
Chine, 


4 VOYAGES DANS LEMPIRE 


ché à Canton pour quelques balles de foie, fe rendit, avec fon Interpréte, à 
la imaifon du Marchand, pour éxaminer s’il ne manquoit rien à la qualité de 
fa marchandife. 11 fut content de la première balle; mais les autres ne con- 
tenoient que de la foie pourrie. Cette découverte l'ayant irrité, il fe foulagea 
par des reproches fort amers. Le Chinois les écouta fans s émouvoir, & lui 
fit cette reponie: ,, Prenez-vous-en à votre coquin d'Interpréte, qui m'a pro- 
tefté que vous n'éxaminiez point les balles | 

Cerre difpofition à tromper eft commune, fur-iout parmi le Peuple. Les 
Chinois de cette condition employent toutes fortes dé moyens pour falfifier 
tout ce qu'ils vendent. Quelques-uns pouflent la tromperie jufqu'à ouvrir l'ef- 
tomac d'un chapon, pour en tirer la char. Enfuite, remplifant le trou, ils 
le ferment avec tant d'adreffe, qu'on ne s'apperçoit de rien avant que la pièce 
foit fervie. D'autres ne contrefont pas les jambons avec moins d'art, en cou- 
vrant une pièce de bois d'une efpece de terre, qu'ils fravenc revetir d'une 
peau de pore {z). Cependant Du 1 lalde, & Le Comte meme, reCconnoiflent 
qu'ils ne pratiquent ces petites friponneries qu'a legard des Etrangers, & 
que dans les Villes éloignées de la Mer, un Chinois ne peut fe perfuader qu'il 
y ait tant de mauvaife foi fur les Cotes. 

Lorsqu'izs ont en vüe quelque profit, ils employent d'avance toutes 
leurs rufes pour s'inlinuer dans les bonnes graces de ceux qui peuvent favorifer 
leur entreprife. Ils n'épargnent ni les préfens ni les fervices. Sans aucune 
apparence d'intérêt, ils prennent, pendant des annces entières, toutes fortes 
de caractères & toutes fortes de mefures pour arriver à leur but (h). 

Les Seigneurs de la Cour, les Vicerois des Provinces & les Généraux d'ar- 
mée , font dans un perpétuel mouvement pour acquérir ou conferver les prin- 
cipaux potes de l'Etat. La loi ne les accorde qu'au mérite; mais l'argent, la 
faveur & l'intrigue ouvrent fous main mille voies plus sûres. C'elt ce qui leur 
fait attribuer , par le Pere le Comte, la qualité d’exceilens Politiques. Ce gé- 
nie leur eft auûi particulier que celui du ('ommerce. Il n'y a point de Cour en 
Europe où l'habilete & l'adiefe ait plus de part à tous lès événemens. L'ap- 

lication continuelle des Chinois et à connoitre les gouts, les inclinations, 
l'humeur & les deffeins les uns des autres (à). 

Dans quelques cantons, le Peuple eft fi porté à la chicanc, qu'on y enga- 
ge fes terres, fes maifons & fes meubles, pour le plaifir de fuivre un procts 
ou de faire donner la baftonade à fon ennemi. Mais il arrive fouvent que par 
une corruption plus puiflante, l'accufé fait tomber les coups fur celui qui l'ac- 
cufe. De-la naiflent entr'eux dés haines mortelles. Une de lcurs vengeances 
eft de mettre 1C feu à la maifon de leur ennemi pendant les ténébres. Cepen- 
dant la peine de mort, que les loix impofent à ee crime, le rend afez rare. 
On voit aufli des caracteres afez généreux pour fe pardonner mutuellement 
(&) & convenir d'une reconciltion fineire, 

APRÈS tout, les Chinois les plus vicieux ont un goût naturel pour la ver- 
tu, qui leur donne de l'eitime & de l'admiration pour ceux qui la pratiquent. 
Ceux qui s'aflujetuiffent le moins à la chafteté, honorent les perfonnes cha 


39 


Ces, 


(g) Du Halde, ubi jup. pag. 279. & fui- 
vantes; Mémoires du Per. le Comte, pag. 241. 
(h) Du Haide & Le Comte, sig, 


:) Le Comte, pag. 243. 


( 
(&) Du Halde, ubi fup. pag. 27% 


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2 DE LA CHINE, Liv. Il Crar. Il. ÿ 


ite, à tes, fur-tout les veuves. Ils confervent, par des Arcs de triomphe & par des  Mozers sr 


ité de Infcriptions, la mémoire des caracteres diftingués qui ont vécu dans laconti-  Usaces pa 
: con- nence , qui ont rendu fervice a la Patrie, & qui fe font élevés au-deffus du 4 Enix 
ulagea vulgaire par quelqu'action remarquable ou par leur vertu (7). Ils apportent 
& lui beaucoup de foin à dérober la connoiflance de leurs vices au Public. Ils té- 
a pro- moignent la plus profonde véneration aux auteurs de leur naïflance & à ceux 
qui ont pris foin de leur éducation. Ils refpeétent les vieillards, à l'éxemple 
e. Les de l'Empereur même (m). Ils déteftent, dans les actions, dans les paroles 
lffier 0 & dans les geltes, cout ce qui décéle de la colére ou la moindre émotion (x). 
ir l'ef- ii MacaLuaEns obferve qu'ils ont porté la Philofophie morale à fa per- Efprit des 
ou, ils 0  feétion; qu'ils en font leur principale étude, & le füjec ordinaire de leurs Sul 
| pièce converfations. Il ajoute qu'ils ont l'efprit fi vif & fi pénétrant, qu'en lifant 
Nn CoU- es Ouvrages des fefuites, ils entendent facilement les queltions les plus fub- 
d'une tiles de Pmlofopiue, de ‘Théologie & des Mathématiques. Il en a connu plu- 
oi flent fieurs, qui, fans aucune inftruction, autant qu'il put en juger par leurs dif- 
rs, & cours, comprenoicnt des raifonnemens fort difficiles fur la Nature Divine & 
er qu'il fur la ‘Trinité, qu'ils avoient lüs dans une, Traduction Chinoife de $S. ‘Thomas 
d'Aquin par le Pere (0) Pagliun. 
toutes Les vernis de la Chine, la porcelaine & cette variété de belles étofes de Leur indu£ 
vorifer foie qu'on tranfporte en Europe, font des témoignages aflez honorables de He ne 
aucune l'induftrie des Chinois. Il ne paroït pas moins d'habileté dans leurs ouvrages bé 
s fortes d'ebène , d'écaille, d'yvoire, d'ambre & de corail. Ceux de feulpture & 
leurs édifices publics, tels que les Portes de leurs grandes Villes, leurs Arcs 
ix d'ar- de triomphe, leurs Ponts & leurs Tours ,ont beaucoup de noblefle & de gran- 
: prin- deur. Ils reu iffent egalement dans tous les autres Arts. ‘out ce qu fort 
ent, la de leurs mains porte un caractere d'elegance convenable à leur gout. S'ils né 
qui leur font point parvenus au degré de perfection qui diitingue les ouvrages de l'Eu- 
Ce gé- rope, leur unique obiftacle cit la frugalité Chinoife, qui met des bornes à la 
Cour en dépenfe des Particuliers, | 
L'ap- LL cit vrai qu'ils vue anvius d'invention Que Houus pour les méchaniques : 
ations , gr mais leurs inftrumens font plus fnples ; & fans avoir jamais vû [aupara- 
vant ] les modeles qu'on leur propoie, ils les iimitent facilement. Cet aintr 
y cnga- qu'ils font a prefent des montres, des horloges, des miroirs, des fulls, des 
lprocés piftolets, Ô: d'autres chofes dont ils n'avoicnt point anciennement la moindre 
que par notion, ou qu'ils ne connoiffoient qu'imparfaitement (p). 
jui l'ac- CEPENDANI ils ont une fi haute opinion d cux-memes, que le plus vil Prévention 
peances Chinois regarde avec mepris toutes les autres Näuons. Dans la pailion qu'ils qu'iis ont em 
Cepen- ont pour leur Pays & pour leurs Ufages , Où ne leur perluaderoit pas d'en 20 ES à 
vz rire. abandonner la moindre pratique, ni qu'il fe trouve queique chofe d'eftimable Du 
lement hors de la Chine. On s'efforce en vain de leur faire entreprendre férieufe- 
ment quelqu'ouvrage dans le gout de l'Europe. À peine les Miionaires ont- 
la ver- + ils pu obtenir, des Architectes Chinois, de leur baur une Egjlife dans le Pa- 
tiquent. lais,, 
s chat ; . 
tes | q ) Comme d'être morts pour fauver leur (n) Du Halde, ubi Jup. pag. 280. 
honneur, leur ami, &c. Co) Relation de la Chine par Magalhaens,. 
(m On en a rapporté ci-deffus un exem- pag, 88. & 103. 
ple, que Du Halde cite, en y joignant quel- Cp, Chine du Père du Halde, uui fupré, 
le ques autres circonitances, pag. 277 


Hs A 3 


\ 


\ 


RENE 2-2 Ce ARRDE RP EEE TETE DE D ER PIS 


15 
N° 


CARACTPRE 
Er UsAGrs 


DES CHINOIS. 


fravail des 
Chinois pour 
leur fubfiftar- 


CC: 


Ils mettent 
tout à prouit, 


Juqu'où 


leur attention 


s'étend, 


6 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


lais, fur le modéle envoyé de france. Quoique les Vaifleaux de la Chine 
foient mal conftruits, & que les Habitans ne puiflent refuter de l'admiration 
à ceux qui viennent de l'Europe, leurs Charpenticrs paroiflent furpris lorf- 
qu’on leur propofe de les imiter. Ils répondent que leur fabrique cit l'an- 
cien ufage de la Chine, Mas cet ufage cit MAUVAIS , leur dites - vous. 
N'importe, repliquent-ils. C'elt aflez qu'il foit établi dans l'Empire ; & 
l'on ne peut s'en ecarter fans bleffér la juitice & la raifon. Îl paroit néan- 
moins que cette réponfe ne vient que de leur embarras. Ils craignent de ne 
pas plaire aux Européens qui veulent ies employer; car leurs véritables Ar- 
tiftes entreprennent toutes fortes d'ouvrages, fur les modéles qu'on leur (q) 
préfente. | . 1 : | 

Le Peuple ne doit fa fubfiftance qu'a la continuité de fon travail. Aufli ne 
connoit-on pas de Nation plus laborieufe & plus fobre. Les Chinois font en- 
durcis au travail dès l'enfance. Ils employceront des jours entiers à fouir la ter- 
re, les pieds dans l'eau jufqu'aux genoux ; & le foir ils fe croiront fort heu- 
reux d'avoir pour leur fouper un peu de riz cuit à l'eau, un potage d’her- 
bes & un peu de thé. Ils ne rejettent aucun moyen pour gagner leur vie. 
Comme on auroit peine à trouver dans tout l'Empire un endroit fans culture, 
il n’y a perfonne, à quelqu'age qu'on le fuppofe, homme ou femme, fourd, 
muet, boiteux, aveugle, qui n'ait de la facilité à fubfifter. On ne fefert, à la 
Chine, que de moulins à bras pour broyer les grains. Cet exercice, qui ne 
demande qu’un mouvement fort fimple, elt l'occupation d'une infinite de pau 
vres I fabitans. 

Les Chinois feavent mettre à profit plufieurs chofes que d’autres Nations 
croient inutiles. À Peking, quantité de familles gagnent leur vie à vendre 
des allumettes. D'autres, à ramafler dans les rues de petits lambeaux de foie, 
de laine, de coton ou de toile, des plumes d'oifcaux, des os de chiens, des 
morceaux de papier, qu'ils nettoycnt foigneufement pour les revendre. Ils 
tirent parti des ordures mémes qui forrent du corps. On voit, dans toutes les 
Provinces, des gens qui s'occupent à les ramalier; & dans quelques endroits, 
fur les canaux, des Barques qui n'ont point d'autre ufage derricre les maifons. 
Les Pavfans viennent acheter ces immondices, pour du bois, de l'huile & 
des légumes. Chaque rue d'une Ville a fes commodités pour le foulagement 
du Public, & les propriétaires en tirent un honnete avantage. 

MaALGRé la fobriété & l'indufirie qui régnent à la Chine, le nombre des 
Habitans eft fi prodigieux, qu'ils font toûijours expofés à beaucoup de mifere, 
Il s’en trouve de fi pauvres, que fi la mère tombe malade ou manque de lait, 
l'impuiffance de nourrir leurs enfans les force de les expofer dans les rues. Ce 
fpeétacle eft rare dans les Villes des Provinces; mais rien n'eft plus commun 
dans les grandes Capitales, telles que Peking & Canton. D'autres engagent 
les Sages-femmes à noyer leurs filles dans un bafin d'eau, au moment de leur 
naiffance. La mifére produit une multitude incroyable d'efclaves, dans les 
deux féxes; c'eft-à sue, de perfonnes qui fe vendent, en fe réfervant le droit 
de pouvoir fe racueter. Les familles aifées ont un grand nombre de ces do- 
mefliques, volontairement vendus, quoiqu'il y en ait auf qui fe louent com- 
me en Europe. Un père vend quelquefois fon fils, vend fa femme, & fe 
vend 


la Chire 
miration 
pris lorf- 
_eft l'an- 
CS - VOUS. 
pire ; & 
it néan- 
nt de ne 
ables Ar- 


leur (q) 
Aufñi ne 


font en- 
ir la ter- 
fort heu- 
e d’her- 
leur vie, 
culture, 
, fourd, 
fert, a la 
,quine 
: de pau- 


Nations 
à vendre 
de foie, 
iens, des 
dre. Ils 
outes les 
endroits, 
maifons. 
l'huile & 


lagement 


mbre des 
e mifere. 
de lait, 
rues. Ce 
commun 
engagent 
t de leur 
dans les 
t le droit 
: ces do- 
ent COoMm- 
ne, & fe 

vend 


ve 2 


SV. Schley fuir . 


_{ Un: Empereur. en robbe. 
Chineesie Keizer,in zyn Staatsi-kleed . 


; | 
\ . $ (4 A ÉPperquE ce son habit ordinaire. 
eesle Reizer,in ZVn gewoon Gewaad . 


4: 4 Un Patsun . 


Een Boer . 


4. Un Bonze . 


Een Bonze. 


W 


5 = 
i où. #2 
6 18 : 
ns Un 
4 = 
Fra LS Du 


| FIGURES (CHINOISES. 
CHINEESSE AFBEELDZELS, uit pv HALDE . 


DT TELE 


om 


k ; vend lui 


NW  Provinc 


teur, il 

L'HA 
H conlif 
replie ft 
vec quai 
manches 
poignet 
ception 
dont les 
contient 
comme 
teaux. 

EN E 
fouvent 
les hau 


* 


ie 


différen 
C'eit u 
chaleurs 
commu 

.  faicnud 
peu d 
mouton 
tres-finc 
printen 
forte di 
Tou 
partien 

eft le p 

tres po 
pie e't 
Ava 

qu'iis b 
prefere 
Tarcarc 
alaiffer 
fes (v 
net, d 
coup d 


IOUTS 
cntendr 


vend lui-m£me à vil prix. Mais, s'ii le peut, remarque agréableraent l'Au- 
teur, il fe concente de wendre fa famille (r). 

L'HABILLEMENT dés hommes eft convenable à la gravité qu'ils affectent. 
I confifte dans une longue robe qui tombe jufqu'à terre & dont un pan fe 
replie fur l'autre. Celui de deflus s'avançant du côté droit, y et attaché a- 
vec quatre ou cinq boutons d’or où d'argent, l'un affez près de l'autre. Les 
manches font larges vers l'épaule; mais elles fe rétréciffent par degrés jufqu'au 
poignet; & finilfant en fer à ch.val, ciles couvrent toute la main, à l'ex- 
ception du bout des doigts (5). La ceinture @it une large écharpe d'argent, 
dont les deux pointes tombent jufqu'aux genoux. On y attache un étui, qui 
contient une bourfe, un couteau , & deux petits batons, dont on fe fert 
: | comme de fourchettes. Anciennement les Chinois ne portoient pas de cou- 

À teaux. Il eft rare méme que les Lettrés en portent aujourd'hui. 

EN Et, l'ufage eft de porter, fous la robe, des hautes-chauflus de toile, 
fouvent couvertes d’une autre pare, qui eft de taifetas blanc. En hyver , 
“ les hautes-chaufles font de fatin, pique de foie crue où de coton. Dans les 
| ÿ Provinces du Nord, on porte des pelliffes fort-chaudes. La chemife eft de 
| * différentes fortes d'étofe, fuivant les faifons. Elle cit fort large, mais courte. 

C'eft un ufage aflez commun, pour entretenir la propreté dans les grandes 
chaleurs, de porter fur la peau un filet de foie, qui empéche la fucur de fe 
communiquer aux habits. Dans la meme fañon, les Chinois ont le col tout à- 
faicnud ; mais en hyver ils portentun colier, ou de facin ou de fable (r), ou de 
peau de renard, attaché à leurs robes, qui font alors doublées de peau, [de 
% mouton | ou piquées de fois & de cocon. Les gens de qualité ont des peaux 
trés-fines , foit entièrement d2 fable, foit de renard, bordé de fable. Au 
printems, ils bordent leurs robes d'hérmines ; & par-deflus ils portent une 
forte de cafaque à courtes manches, doublée ou bordée dans le même goût. 
Toures les couleurs ne fe portent point indifféremment. Le jaune n’ap- 
partient qu'à l'Empereur & aux Princes de fon fang. Le fatin à fond rouge 
= eft le partage d'une efpèce de Mandarins, aux jours de cérémonie, Les au- 
tres portent ordinairement le noir, le bleu ou le violet. La couleur du Peu- 

= pie c't gencralement le bleu ou le noir. 

Avanr la conquete, les Chinois étoient pañionnés pour leur chevelure, 
qu'ils humect ient d'effences; & cc goût étoit porté fi loin, que plufeurs 
préférèrenc la mort à la loi qui leur fut impofée de fe rafer la tête comme les 
Tartares. Après s'être foumis aux vainqueurs, ils recommencent aujourd’hui 
à laifler croître affez de cheveux für le fommet d: la tète, pour les mettre entref- 
fes (vu). Leur couverture de tete, en Eté, eft un petit chapeau, ou un bon- 
net, de la forme d'un entonnoir. Le deéhorselt de Aattan, travaillé avec beau- 
coup de propreté. La doublure eft de facin. Du fommet fort une grofle tref- 


‘: 


— 


: | ë | fe 

À | ra (r) Relation de la Chine par Magalhaens, où le Traduéteur a mis le moc Ge fable, qui 

= M pag. 121. n'eit plus en ufage à préfent dans ce fens, 

: (s) Cc bout fert comme de gants. En hy- KR. d. fl. 

LA | ver, les Chinois retirent les mains dans leurs (vw) Ccs opiniîtres Ctoient nommés par 

—— manches, & les font fervir de manchons. les Portugais Chinois de Cubello, ou «d'la 
(t) Angl. où de Zibeline ; & c'eft toû- chevelure, Ils fuivoient le parti de Koxinga,. 

jours la même forte de fourure, qu'il faut  Poyes les Ainbafjades Hollandoifes. 


catendre dans la fuite de ce Partgraphe, à 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. IL 7 


CatACTERE 
ET USAGES 
DES CHINutS. 
Hahil! ent 
des Chinois. 


Habits d'Eté ” 
& d'Ifyver. 


Couleurs 
réfRrvéese 


Chevelure 
& bonnets des 
Chinois. 


CARACTERE 
LT U:aGss 
pis CuiNois. 

Autre for- 
te de bonnets. 


Bottes Chi- 


noiles, 


Bas des 
Grands & du 


Peusle 
Lalrile 
è 


Ihabits des 


SREREN 
icimnimes, 


fatin rouge ou bleu. 


fans bottes. 


Celles de cheval font de cuir, [ 
préparé, que la fouplefle en eft admirable, 
coufus & doublés de coton. 
d'une large bande de pluche ou dé velours. 
hyver pour entretenir la chaleur des jambes, autant font-ils infupportables 
pendant l'Eté. On en prend alors de plus convenables à la faifon. Le Peuple, 
pour épargner la dépenfe, porte des bas d'étofe noire. Ceux dont les perfon- 
nes de qualité ufent dans leurs maifons font de foie, fort propres & fort 
commodes. Lorfqu'ils fortent pour quelque vifite d'importance, ils portent 
de deffous, qui font ordinairement de toile ou de fatin, une 
longue robe de: foie, prefque toùjours de couleur bleue, ceinte d'une échar- 
pe; & par-deflus le tout, une cafaque où un manteau court, de couleur noire 
ou violette, qui ne pañle point les genoux, mais qui eft fort ample, avec des 
manches courtes & larges. Ils prennent alors un petit bonnet, qui reprefente 
dans fa forme un cône fort court, couvert de foie voltigeante , ou de crin 
‘ornement, ils ont aux jambes des bottes d'é- 


fur lcurs Pabits 


Enfin, pour achever 
tofe & un Cventail à la main (y). 

rc de l'autre féxe, rien ne donne tant de luftre aux charmes natu- 
rels des Dames Chinoïfes, que la modeflie extraordinaire qui éclate dans leur 
air & dans leur parure. Leurs robes font fort longues. Elles en font tellement 
couvertes, de la téte jufqu’aux pieds, qu'on ne voit paroitre que leur vifige. 
Leurs mains font tofjours cachces fous leurs À 
droicnt jufqu'à terre {i elles ne prenoient foin 
leur habit cit ou rouge, ou b 


: F 11 
ICC, 11 Giics 


| )". Tir 
Pere du IT, 


VOYAGES DANS 


fe de crin, qui fe répand jufqu'aux bords. Ce crin, qui cft trés-fin & trés. 
clair, vient des jambes de certaines vaches, & fe teint d'un rouge fort lui- 
fant. Les Mandarins & les Lettrés ont une autre cfpéce de bonnet, qui leur 
eft propre & que le Peuple n'a pas la liberté de porter. La forme reflémble 
à celle du premier; mais il eft compofé de carton, doublé ordinairement de 
Le fatin du dehors eft blanc, & coupé par une large 
bande de la plus belle foie rouge (x). Les perfonnes de diftinétion fe fervent 
fouvent de la première de ces deux fortes de chapeau, fur-tout à cheval & 
dans le mauvais tems, parce qu'il les met à couvert de la pluie, & qu'il ett 
plus propre à les garantir du Soieil par devant & par derriere. En hyver, ils 
portent une autre efpèce de bonnet fort chaud, bordé de fable, d'hermine 
ou de peau de renard, & terminé au fommet par une touffe de foie rouge. 
La bordure de peau eft large de deux ou trois doigts & produit un fort bel 
effet, fur-tout lorfqu'elle ft d'un beau fable noir & luifant. 

Les Chinois, fur-tout les perfonnes de qualité, n'ofent paroître en public 
Elles font ordinairement de foie, particulièrement de fatin, ou 
de calico, & fort bien ajuftées à la jambe; mais elles n'ont ni genouilleres ni 
de vache ou] de cheval, fi bieny= 
Les bas de botte font d'ctofe, 
Il en fort de la botte une partie, qui eft bordée 
Mais autant qu'ils font utiles en 


ou véœCrte. 


fort avancées en âge 


üs & la tète panchée , 


l'EMPIRE 


grandes manches, qui defeen- 
La couleur de 
eu de femmes portent le noir 
Elles marchent d'un pis 
ke comme de vraies Reli- 
icufes, dit l'Auteur, ou comme des Dévotes de profefiion, Maisleur marche 


de les retenir. 


'cre lu Comte, 


& trés- 
FE ee = HOME Te 
-eflemble - | 
ment de 
inc large 
e fervent 
cheval & 
qu'il ett 
yver, ils 
l'hermine 
ic rouge. 
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en public 

fatin, ou 

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tellement | 
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ur vifage. 
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nt le noir 
ct d'un pas 
aies KReli- 
ur marche 

n'eft 


| LADITE STUNNMNNONNMMMNNEOMTNNMENNNNNNIONNNnnnMnnnnnnmnE 
lu Comte, 


IT 
V1! 
[11 


DAMES CHINOISES,trés de nv HALDE . 
| CHINEESSE JUFFERS, uit pv Haine. 


gn'eft 
gers 
ferre 
regai 
dre | 
mon 

L 

Que 
teni 


DE LA CHINE, Liv. IL Cunar. Il. o 


gén'eft pas sûre, [ & elle a quelque chofe de défagréable aux yeux des Etran- 
gers,] parce qu'elles ont les pieds d'une petitefle extraordinaire. On les leur 
ferre dés l'enfance avec beaucoup de force, pour les empécher de croître; & 
regardant cette mode comme une beauté, elles s'efforcent encore de les ren. 
dre plus petits à mefure qu'elles avancent en àäge. Aufi affectent-elles de les 
montrer en marchant. 

Les Chinois mémes ne connoiflent pas bien l'origine d'un ufage fi bizarre. 
Quelques-uns s'imaginent que c'eft une invention de leurs Ancêtres, pour re- 
tenir les femmes au logis ; mais d’autres regardent cette opinion comme 
unc fable, Le plus grand nombre eft perfuadé que c'eft une mode établie par 
la Politique, pour tenir les femmes dans une continuelle foumiflion (3). Il 
cft certain qu'elles font extrémement renfermées , & qu'elles fortent peu 
de leur appartement, qui eft dans la partie la plus retirée des maifons, où 
elles n’ont de communication qu'avec les femmes qui les fervent. Cepen- 
dant on peut dire en général, qu'elles ont la vanité ordinaire à leur féxe, 
& que ne paroiflant qu'aux yeux de leurs domeftiques, celles ne laiflent pas, 
chaque jour au matin d'employer des heures entières à leur parure. On añù- 
re qu’elles fe frottent le vifage avec une forte de pâte, pour augmenter leur 
blancheur ; mais que cette pratique leur gäte bien-tot la peau & précipite 
les rides. 

Leurs ornemens de tête confiftent en plufieurs boucles de frifure, entre- 
mélées de petites touffes d'Or & de fleurs d'argent. Quelques-unes fe la pa- 
rent d'une figure de Fong-wbang , oifeau fabuleux (4), qu'elles portent en Or, 
en argent ou en cuivre, fuivant leurs richeffes & leur qualité. Les aïles de 
cette figure, mollement étendues fur le devant de la coëffure, embraffent le 
haut des temples. La queue, qui eft aflez longue, forme une forte d’aigrette 
au fommet de la tête. Le, corps eft fur le front. Le col & le bec font fufpen- 
dus fur le nez. Mais le col eft joint au corps par un reflort fecret , à l'aide 
duquel il joue négligemment & fe prete au moindre mouvement de la tête , 
‘fur laquelle il ne porte que par les pieds, au milieu de la chevelure. Les fem- 
mes de la première qualité paroïffent quelquefois avec une forte de couronne, 
compofée de plufieurs de ces oifeaux joints enfemble. L'ouvrage feul en eft 
fort cher. 

LEs jeunes filles portent ordinairement une autre efpèce de couronne, 
dont le fond n'eft que de carton, mais couvert d'une très-belle peau. Le de- 
vant s'élève en pointe fur le front. Il eft chargé de diamans , de perles & 
d’autres ornemens. Au fommet de la tête elles ont des fleurs naturelles ou 
artificielles , melées de petits poinçons ou d’aiguilles, dont la pointe offre 
quelques joyaux. Les femmes avancées en âge, fur-tout celles du commun, 
fe contentent d'une pièce de quelque belle étofe de foie, paflée plüufieurs fois 
autour de la téte. On la nomme Pau-teu , qui fignifie Envelope pour la téte. 
Au refte, les méthodes de parure ont toûjours été les mêmes à la Chine, de- 
puis le commencement de l'Empire jufqu'a la conquête des Tartares, qui, 

fans 


(z) Pourquoi chercher d'autres raifons que on donne auñfi la préférence aux petits pieds ? 
leur goûtspuifque dans la plüpart des autres Pays Aa) Tel que le Phænix des Grecs. 


VIII. Part. B 


CaracTERY 
ET Usacres 
LES CritNots, 
Petiteffe de 
leurs pieds, 


On cherche 
licaufe de cet 
ufage. 


Vanité des 
femmes Chi- 
noifes. 


Leur coëffu. 
re, 


Jeunes filles. 


Changement 
de la parure 
Chinoïite au 
tems de la 
conquête. 


10 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Canacrere fans rien changer aux autres ufages du Pays, forcèrent feulement les vaincus que; 
sr Usaces à prendre leur habillement (2). | ae un Li-pr 
ps CO.  MacaLuaEzns obferve que la Nation Chinoife porte la curiofité fort loin chiv 

dans fes habits. Le plus pauvre eft vetu décemment, avec le foin de fe con. de ré 
former toûjours à la mode. On eft étonné, dit-il, de les voir le premier jour faire 
de l'an dans leurs habits neufs, qui font d'une propreté admirable, fans que gers 
la pauvreté paroiffe y mettre aucune diftinction (c). ge Vi 
lies C 
(b) Du Halde, ubi fup. pag. 281. & fui- 125. & fuiv. fur | 
vantes. Memoires du Pére Le Comte, pag. (c) Magalnaens, pag. 102. L) 
cc, 
EE l'occ: 
Li de , HOT des 1 
Cérémonies Chinoifes dans les devoirs de la Sucicté Civile. L. 
CHPeRE I: n'y a rien où les Chinois apportent plus d'éxactitude que dans les céré- es 
CuiNoises. monies & les complimens. Ils font perfuadés que l'attention à remplir les le fer 


devoirs de la civilité, fert beaucoup à purger l'ame de fa dureté naturelle, à de dé 
Ancien Livre former la douceur du caractère, à maintenir la paix, l'ordre & la fubordina- 


ré tte 

als tion dans l'Etat (a). Entre les Livres qui contiennent leurs régles de poli- sr 

tele, on en diftingue un qui a plus de trois mille ans d'antiquitc, où chaque fépar 

article eft explique avec aflez détendue. Les falutations communes, les vili- finite 

tes, les préfens, les fetes , & toutes les bicnféances publiques ou particu- Len 

litres paflent plutot pour autant de loix que pour des formalités établies par qui « 

l'ufage. LAPS 

Variété des LE cérémonial eft fixé pour les perfonnes de toutes fortes de rangs , con! 
Din Rances. avec leurs égaux ou leurs fupérieurs. Les Grands fçavent quelles marques de fori 

refpect ils doivent rendre à l'Empereur & aux Princes, & comment ils doi- bonn 

vent fe conduire entr'eux. Les Artifans memes, les Payfans & la plus vile po- l'ous 

pulace, ont entr'eux des régles qu'ils obferent. [ls ne fe rencontrent point- A: 

fans fe donner mutuellement quelques marques de politeffe & de complaifan- LéH 

ce. Perfonne ne peut fe difpenfer de ecs devoirs, ni rendre plus où moins L'un. 

que l'ufage le demande. tôt c 

Rigueur du P£Nuaxr qu'on portoit au tombeau le corps de la dernière Impératri- parut 

écrémonil. ce, un des Princes du Sang ayant appellé un Ao-lau, qu'il vouloit interroger pour 

fur quelqu'affaire, le Ko-liu s'approcha & fe mit à genoux, contre l'ufage, de pi 

pour faire fa réponfe: mais le Prince le laiffa dans cette pofture, fans lui dire U 

de fe lever. Le lendemain, un Au accufa devant l'Empereur le Prince & plac: 

tous les Ko-laus; le Prince, pour avoir fouffert qu'un Oficivr de cette conf- ACCO 

dération parût devant lui dans une poture 1 humble; & les Aoaus, particu- la qu 

liérement celui qui s'éto't agenotull*, pour avoir d'shonoré le premier pofte la pl 

de l'Empire, [ & les autres pour ne s'ecre pas oppofés à cette poiture humi gauc 

liante, ou du moins, pour n’en avoir pas in'truit l'Empcreur.] Le Prince ap- L 

porta pour excufe quil ignoroit la loi, où l'ufig: fur ect article, & que d'ail- s'ils 

leurs il n’avoit point éxigé ceuce foumition. Mais le No-li cita, pour repli- en b 

que quil 

cit « 


07”"a) Cela paroit être une vérité ff éviden-  ésemples pour la confirmer. 
te, qu'il n'eft pas nécujiuire d'aporter des 


vaincus 


rt loin 
fe con- 
er jour 
ans que 


S CCré- 
iplir les 
telle, à 
ordina- 
de poli- 
chaque 
les vili- 
Jar tiCU« 
lies par 


rangs , 
ques de 
ils doi- 
‘ile po- 
t point- 
plaifan- 
. MOINS 


>Cratri- 
Troger 
ufage, 
ui dire 
nce & 
confi- 
irticu- 
poite 


humi 


e ap- 
d'ail- 
repli- 

que 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnap. IL. rt 


que, une Loi d'une ancienne Dynaflie.  Aufi-tôt l'Empereur donna ordre au 
Li-pu, qui cftle | *ibunal des Céremonies, de chercher cette Loi dans les Ar- 
chives, & fi cile ne fe trouvoit pas, d'en faire une qui pût fervir déformais 
de régle invariable. Le ‘Tribunal du Li-pu eft chargé fi fcrupuleufement de 
faire obferver les cérémonies de l'Empire, qu'il n'éxemte pas meme les Etran- 
gers de ecite obligation. Avant qu'un Ambafladeur paroïfle à la Cour, l'ufa- 
ge veut qu'il foit inftruic pendant quarante jours & foigneufement éxercé dans 
les cérémonies, comme un Comedien récite fon rôle avant que de monter 
fur le théatre. 

La plupart de ces formalités fe réduifent à la manière de faire la révéren- 
ce, de flechir les genoux, & de fe profterner une où pluficurs fois, fuivant 
l’occalion, le lieu, l'age ou la qualité des perfonnes, fur-tout lorfqu' on rend 
des vilites, qu'on fait des préfens & qu'on traite fes amis. 

La méthode ordinaire des Salutations, pour les hommes, eft de fe coller 
les deux mains fur la poitrine, en les remuant d'une manière afcétueufe, & 
de baifler un peu la tete en prononçant Tjfin-ifin, expreflion de politeffe, dont 
le fens n’eft pas limité. Lorfqu'on rencontre une perfonne à qui l'on doit plus 
de détérence, on commence par joindre les mains, qu'on lève d'abord dans 
cette fituation ; enfuite on les baïfle jufqu'a terre, en courbant le corps à pro- 
portion. Si deux perfonnes de connoiflance fe rejoignent après une longue 
féparation, tous deux tombent à genoux & baïflent la tete jufqu'a terre. En- 
fuite fe relevant , ils recommencent deux ou trois fois la meme cérémonie, 
Le mot de /% fe répite fouvent dans les civ.lités Chinoifes. Aux perfonnes 
qui arrivent, la premiére queftion qu'on leur fait efl Na-fo; c'eft-a-dire: Ne 
vous cft-il rien arrivé que d'heureux dans votre voyage ? Loriqu' on leur demande 
comment ils fe portent , leur reéponfe eit Kau lu Jo bung fo, qui fignifie, 
fort bien, graces à votre abondante félicité. Lorfqu'ils voient un homme en 
bonne fanté , ils l'abordent avec le compliment Twng-fo ; dont le fens elt, 
lous portez la profpérité peinte fur votre vilage; ou, Fütre air annonce le bonheur. 

Au commencement de la Monarchie, lorfque la fimplicité régnoit encore 
il étoit permis aux femmes de dire aux hommes, en leur faifant la révérence , 
L'un-fo; c'elt-a-dire, Que toutes fortes de bonheur vous accompagnent. Mais aufli- 
tôt que la pureté des mœurs eut commencé à fe corrempre, ce compliment 
parut une indécence. On réduifit les femmes à des révérences muettes ; & 
pour détruire entièrement l'ancieuuc coutume, on ne leur permit pas même 
de prononcer le meme mot en fe faluant entr ‘cles. 

UN ufage conftant du Peuple, c'eft de faire toûjours prendre la première 
place au plus agé de l'Affemblée. Mais s'il s’y trouve des Etrangers, elle elt 
accordée à celui qui eft venu du Pays le plus éloigné ; à moins que le rang ou 
la qualité ne leur impofent d’autres loix. Dans les Provinces où la droite cit 
la place d'honneur, on ne manque jamais de l'offrir. Dans d’autres lieux, la 
gauche cit la plus honorable. à 

LoRSQUE deux Quans, ou deux Mandarins, fe rencontrent dans une ruc; 
s'ils font d'un rang cg gal, ils fe faluent fans quitcer leur chaife & fans fe lever, 
en bauffant d'abord Icurs mains jointes, & les levant enfuite fur leur tete; ce 
quils répetent plufieurs fois jufqu'a ce qu'ils fe perdent de vue. Mais fi l'un 

cit d'un rang inférieur , il doit faire arreter fa chufe, ou defcendre s'il et 

B 2 à 


CérÉmMonrrs 
ET Civitires 
DES CHinors, 


Lipu, Tri 
binal des Cé 
réinoniss. 


Diverfes me 
thodes de 
lutations Ghi- 
noifes, 


Réferve des 
femmes. 


Ufages ci- 
vils du Peu- 
pie. 


Salutations 
des Manda- 
rins, 


CÉRÉMONIES 
prs CHINoïs. 


Refped des 
cunes gCns 
pour leur pé- 
se K pour 
leur maitre. 


Différentes 
expr.flions de 
ivilité, 


Méthoue. 
des Vifitez 
Chinoifes, 


re VOYAGES DANS L'EMPIRE 


à cheval, & faire une profonde révérence. Les inférrurs évitent, autant 
u'ils le peuvent, l'embarras de ces rencontres. 

RiEN n'eft comparable au refpeët que les enftns ont pour leur père, & les 
écoliers pour leur maitre. Ils parlent peu & fe tiennent totijours debout dans 
leur préfence. L'ufige les oblige, fur-tout au commencement de l'année, le 
jour de leur naiffance & dans d'autres occafñons, de les faluer à genoux, en 
frappant plufieurs fois la terre du front. 

Les regles de la civilité ne s'obfervent pas moins dans les Villages que 
dans les Villes; & les termes qu'on emploie, foit a là promenade & dans les 
converfations, foit pour les falutations de rencontre, font toijours humbles 
& refpectucux. Si les Chinois s'apperçoivent, par Exemple, qu'on prenne 
quelques foins pour leur plaire, Tey-/in, difent-ils obligeamment; c'eft-à-di. 
re, ous êtes frodigues de votre cœur. Si vous leur avez rendu quelque fervice, 
ils vous diront: Sye pu t/yn; Mes remercimens doivent être immortels, S'ils 
craignent d’avoir interrompu quelqu'un qui leur paroit occupe; üun-lan, di- 
fent-ils; Je fuis extrémement incommode. Te tjui; J'ai commis une grande 
faute en prenant trop de liberté. Lorfqu'on les prévient par quelque politef- 
fe, ils s'écrient: Pu kan, pu kan, pu kan; c'eft-à-dire, Je n'ofe, je n'ofe, je 
n'ofe. Le fens qui demeure fous-entendu, elt: Souffrir que vous preniez 
tant de peine en ma faveur. Si vous leur donnez quelque louange, ils ré- 
pondent Ai kan, qui fignific: Comment oferai-je me perfuader ce que vous 
dites de moi; Lorfqu'ils prennent congé d'un ami qui a diné chez eux, ils 
lui difent: ou man, où Tuy man; Nous ne vous avons pas traité avec aflez 
de diftinétion. Jamais ils n'employent dans leurs difcours la première ni la fe- 
conde perfonne ; à moins qu'ils ne parlent familierement à quelqu'ami. Fous 
& Moi pafleroient pour une incivilite grofficre. Ainfi, au-lieu de dire: Je fuis 
fort fenfible au fervice que vous m'avez rendu: ils diront: Le fervice ‘que le 
Seigneur, ou le Doéteur, a rendu au moindre de fes ferviteurs ou de fes cco- 
liers, l'a touché très-fenfiblement. De meme, un fils qui parle à fon pire, 
prendra la qualité de fon petit-fils, quoiqu'il foit l'ainé de la famille & qu'il 
ait lui-meme des enfans. On emploie fouvent auñi fon nom propre, pour: 
marquer plus de refpect; car les Chinois ont plufieurs noms, fuivant leur rang 
& leur age (D). Enfin, il n'y a point de Nation qui les égale pour la iul 
titude & la variété des titres qu'ils fe donnent dans leurs complimens; mais 
faute de termes équivalens, on réuiuit mal à les exprimer dans les hinages 
de l'Europe (c). É 

U N article de la politefle Chinoife cft de rendre des Vifites le jour de la 
naiffance, au commencement de là nouvelle année, aux fêtes, à la naiflanee 
d'un fils, à l'occafion d'un mariage, d'une dignité, d'un voyage, d'une mort 
&c. Ces vifites, qui font autant de devoirs pour tout le monde ; ion 
pour les écoliers à l'égard de leurs maitres & pour les Mandarins à l'égard de 
leurs fupérieurs , font ordinairement accompagnées de petits prefens , & de 
quantité de cérémonies dont on €ft difpenfe dans les vifites communes & fa- 
milières.. 

ON 


# 
{ 


{ hine dd : Le / FN 
b) Chine du Pére du Halde, ubi fupra, (ce) Magalhaens, pag, 102, 


pag. 291, À fuiv. 


ON 
fte dans 
en form 
rèfpeétt 
cére Ai 
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u'on v 
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Tou 
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LoR 
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politef- 


’ofe , je 


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ils ré- 
UC vous 
CUX, ils 
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ni la fe- 
l'ous 

Je füuis 
ce que le 
{cs éco- 
n pére, 
& qu'il 
:, pour 
"ur rang 
Ja mul- 
5 Mais, 
angagces 


ur de la 
iflance 
e mort, 
fur-tout 
gard de 
, & de 


cs & f1- 
OX 


DE LA CHINE, Liv. Il. Crrar. 1" rÿ 


ON commence par délivrer au portier un billet nommé Tye-tfe, qui confi- 
fte dans une feuille de papier rouge, légérement ornée de fleurs d'or & plice 
en forme d'ecran (4). Sur un des plis OL leur nom, avec quelques termes 
rèfpeétueux , fuivant le rang de la perfonne. Par exemple, Le tendre X fin- 
cére Ami de Votre Excellence, & le Difciple perpétuel de votre Doctrine, 
fe préfente eh cette qualité pour rendre fes devoirs & faire fa révérence juf- 
qu'a terre. Le mot un cheu pay exprime ce dernier fentiment. Si Ja perfonne 

u'on vilite eft un ami familier, ou n'eft diftingué par aucun rang, il fuit 
: te du papier commun. Dans les ocçations de deuil, le papier doit 
étre blanc. ” 

Tourrs les vilites qui fe rendent à un Gouverneur, ou à d'autres perfon- 
nes de diftinction, doivent fe faire avant le diner; où du moins celui qui la 
fait doit s'etre abflenu de vin, parce qu'il fcroit peu refpeétucux de porter 
devant une perfonne de qualite l'air d'un homme qui fort de table, & que ie 
Mandarin s’offenferoit s'il fentoit l'odeur du vin. Cependant une vilite qui fe 
rend le méme jour qu'on l'a reçue, peut fe faire l'après-midi , parce que cet- 
te promptitude à la rendre cit une marque d honneur. Quelquefois un Manda- 
rin fe contente de recevoir le Tye-t/e, par les mains de fon porticr, & tient 
compte de la vifite en faifant prier par un de fes gens celui qui la veut ren- 
dre, de ne pas prendre la peine de defecndre de fa chaife, Enfuite il rend la 
fienne le meme jour, ou l'un des trois jours fuivans. Si celui qui vifite eft 
une perfonne égale par le rang, ou un Mandarin du _ méme ordre, fa chaife 
a la liberté de traverfer les deux premicres cours du ‘Fribunai, qui font fort 
grandes, & de s'avancer jufqu'a l'entrée de la Salle, où le Mandarin vient ie 
recevoir. En entrant dans la feconde cour, vis-à-vis la Salle, il trouve deux 
domeitiques, avec un parafol & un grand éventail, qui s'inclinent tellement 
l'un versl'autre, enle conduifant, qu'il ne peut ni voir nictre vû. Ses propres 
domeftiques le quittent aufli-tôt qu'il et foru de fa chaife; & le grand é- 
ventail étant retiré, il fe trouve afléz prés di Mandarin qu'il vifite, 
pour lui faire fa réverence. Cet à cette diflance que doivent COMMenCCr 
les cérémonies, telles qu'elles font expliquées fort au long dans le Rituel Chi- 
nois. On apprend dans ce Livre à quel nombre de réverences on cit obligé , 
quelles expreflions & quels titres on doit employer, quelles doivent étre les 
génuilexions , les différens tours qu'on doit Eure, tantOt à droite & tantôt à 
rauche, car les places d'honneur varient fiivant les lieux; les geftes mucts 
par lefquels le maitre de la maifon vous prefie d entrer, fans prononcer d'au- 
ure mot que Jjfin tjin 3 le relus civil que vous en faites d'abord, en pronon- 
çant Pu kanÿ la falutation que le maitre doit fure à la chaife où vous allez étrè 
ailis ; car il doit lui faire une profonde révérence, &l'eventer légèrementavee 
un pan de fa robe pour en ôter la pouficre, | | 

LoRsQUE vous avez pris place fur votre chaife, vous devez déclarer , 
d'un air grave & férieux, le füujet de votre vilite, On vous répond avec la 
meme gravité & quantité de réverences. Il faut foigneufement obferver de 
vous tenir anis fort droit, fans vous appuyer contre le dos de votre chaife; 
de baïifler un peu les yeux, fans tourner la vüe; de venir les mains etendues 


fur 

(4) Onfçait que les écrans de Ja Chine font plis comme nos éventails de femmes, R, d.F, 
> » 
P 3 


Cérémonie: 
DES CHinois, 
Préparations 
pair lefquelles 
Oo! COtMeCt: 


Lrs 


Ce qui fe 
pafte dans que 


vilite, 


ed he 


CÉRÉMONIES 
pD£s Cuinois. 


Manière de 
prendre con- 


gé, 


Manivre dont 
le Pere Bou- 

vet fut reçu, 
avec la qualité 
de King-chay. 


14 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


fur vos genoux, & les pieds dans une éxaéte égalité l’un près de l'autre, 
Après un moment de converfation , un domeftique proprement vêtu, entre 
avec autant de tafles de ché qu'il y a de perfonnes dans l'affemblée. Ici les 
foins doivent recommencer pour obferver éxaétement la manière de prendre 
la tafle, de la porter à la bouche & de li rendre au domeftique. On fort en- 
fin, avec d’autres cérémonies. Le maître de la maifon vous conduit jufqu'à 
votre chaife ; & lorfque vous y étes entré, il s’avance un peu, pour atten- 
dre que vos porteurs vous ayent foulevé. Alors vous lai dites adieu, & fa 
réponfe confifte dans quelques expreilions polis. 

LorsqUu'ux Aing-chay, ou quelqu'Envoye de la Cour (e), rend vifite fur 
fon pañlage , aux principaux Mandarins des Villes, 1l cit précédé d'environ 
trente perfonnes, qui marchent deux à deux devant fa chaife, les uns avec 
des bains de cuivre, fur lefquels ïls battent en mefure comme fur un tam- 
bour; d'autres, avec des enfcignes & de petites planches vernies, fur lefquel- 
les on lit en gros caraëtères d'Or, King chay ta jin, c’eft-à-dire, Seicneur (F) 
Envoyé de la Cour. Quelques-uns portent des fouets à la main; d'autres, des 
chaines ; d'autres ont fur les épaules certains inftrüimens dorés, & peints 
d'une grande variété de figures, dont quelques-uns ont là forme d'une grande 
croix, avec une tête de dragon au fommet, ou des batons qui reMemblent 
aux verges de nos Huifiers. On en voit aufi avec de longs bonnets de feutre 
rouge en forme de cylindre, d'où pendent deux groffes plumes dorces. Leur 
office ft d'avertir le Peuple à haute voix de fare place dans les rues. A la 
tète de cette cavalcade cit un porteur, Oflicier inférieur du ‘Fribunal, qui 
porte dans un grand ctui le 7/\e-t/e, ou lesbillets de vifite préparés pour les 
Mandarins & les autres perfonnes de diftinétion que le King-chay fe propofe 
de voir. Des deux côtés de fa chaife marchent deux ou quatre de fes domefti- 
ques. vecu: galamment, Le convoi cit fermé par un grand nombre d'autres 
perfonnes à pied. Mais cette multitude d'affiftans n'eft compofée que d'Etran- 
gcrs, qu'il loue pendant fon fejour dans la Ville. Il en refte quinze derrière 
lui, qui ne quitteat point fon logement. 
des haut-bois, des Bfres & des tambours, qui ne paroïffent loués que pour 
incommoder les voifins par l'eclat continuel de leurs Inftrumens; car il ne fort 
& n entre perfonne qu'ils ne faluent à grand bruit. { Les autres font occupés = 
au fervice du dedans. ÿ 

ON fe formera une idée plus jufte de la réception que les Mandarins doi- 
vent faire aux Envoyes de la Cour, par celle qu'ils firent à Nan-chanr-fu au Pé- 
re Bouvet, Mifionaire Jéfuite. Quoiqu'on en ait deja lù le fond dans fon pro- 
pre récit, il ne fera pas inutile d'en rappeller deux ou trois circonttances 
pour ne rien omettre Ici fur ect article, 1. Avant qu'il füt entré dans la Bar- 
que pour traverlér la riviere, les Secretaires du Viccroi & des grands Man- 
darins vinrent au-devant dé lui & lui préfentérent, de la part de leurs Mai- 
tres, le Tye-tfe, ou les billets de compliment, 2. Après avoir pris le thé, le 
Viceroi & le General s tant levés, avec IC refte de 14 Compagnie, préfenté- 
rent à l'Envoyé le billet des prefens qu'ils devoient lui faire, & qui con- 


fiftoient 
de 4 sa n'eft propr ment qu'un AN er chiy pour lui faire honneur. 
tait ais revêtu d’une: ranid ! (f) ; 
tL Les a nee (f) Ou Grand Homme. 
C, & quon quuiie d'Envuye ou de jung 


Six { fe tiennent ] à fa porte, avecÿ 


fftoient « 
mettre à 
fins lui er 
fence. Ils 
ple, acco 
tes appo 
réfens ; 
! Dans 
Mandarin 
Pufage eft 
peut juge 
mefures © 
yes, qu 
de nerfs « 
font mari 


Ge Me-vu, | 


fens des a 
tre provil 
te fa fuite 
Lors( 
les civilite 
vos dome 
hation. À 
fiffez ce q 
ardez le 
Lcharer € 
refent, : 
jugé à pr 
de renvoy 


fr, cet. 
à hardiefl 
Sr cc 
font ls m 
féns, dan: 
ume, & 
lies font 
remcrcimc 
dre que le 
le commu 
œepté un 
Ceux qui 
emplois, 
Les fu 
gant de fo 
Mmes. Si 


t(z) C'ef 
ϝ cit Ccrit 


de l'autre. 
vêtu, entre 


ce. Ici les 
de prendre 
On fort en. 
uit Jufqu'à 
pour atten- 
licu, & fa 


d vifite fur 
‘ d'environ 
*s uns avec 
(Tr un tam- 
fur lefquel- 
Secneur (F) 
autres, des 
, X peints 
une grande 
refl:mblent 
ts de frutre 
recs. Leur 
rucs. À la 
ibunal, qui 
res pour les 
fc propofe 
fes domefti- 
bre d'autres 
que d'Etran- 
nze derrière 


DE LA CHINE, Liv. Il. CHar. II. 15 


£ftoient dans quelques provifions pour fa Barque. Enfüuite ils AA se 
mettre à table. 3. Lorfqu'il fut rentré dans fa Barque, les principaux ! Jan a- 
fins lui envoyèrent des billets de vifite, qui furent aufi-tot fuivis de leur pré- 
fence. Ils vinrent fucceilivement, X le Gouverneur parut au, à leur éxern- 
ple, accompagné des Préfidens de deux l'ribunaux ne . Se \ : 
ites apporterent à l'Envoyé autant de Li-tans (g) ou de nouvelles lifkes de 
réfens; c'eft-a-dire, de rafraichiffemens & de provifions. . 
! Dans le pañlage par eau, au-lieu des tables couvertes de pue que les 
Mandarins de chaque Ville devoient tenir prêtes pour . le Ring-chay, 
Fufage cit d'envoyer la même efpèce de provilions à bord de Pass NE 
peut juger de la qualité de ces préfens par ceux du ne étoient ce 
mefures ou deux boifaux deriz blanc; deux mefures . ue | Ho 
@yes, quatre poules, quatre canards, deux paquets heï . M De 
de nerts de Cerf, qui pallent à la Chine pour un aliment € icieux pi . 
font marinés & féchés; deux d’entrailles d'un certain animal Marin, deux de 


> Me-yu, [ou de féche,7] autre poiflon; & deux vafes remplis de vin. Les pré- 


Jorte, avec 


S que pour 
aril ne fort 


nt occupés “ 


darins doi- 
fu au Pè- 
18 fon pro- 
on'tances , 
ans la Bar- 
ands Man- 
leurs Mae 
le thé, le 
, préfenté- 
qui con- 

{iftoicnr 


“+ 


fens des autres Mandarins étoient peu différens. Un Envoyé n'a point d'au- 
tre provifion à faire dans fa Barque, parce qu'ils fuihfent pour lui & pour tou- 
D celui qui veut vous faire un prefent vient en pe na L oo 
Jes civilités ordinaires il vous offre le billet, que vous remettez à ner un Fe 
vos domeitiques, en marquant votre reconnoiffance par une profonde i- 
hation. Aufi-tôt que le Mandarin s'eft retiré, vous Lez le Par choi- 
fiffez ce qui vous convient. Si vous acceptez tout ce qui vous ct offert, vous 
ardez le billet, & fur le champ vous en écrivez un de remerciment, pour 
clurer que vous avez tout accepté. Si vous ne retenez an je parte au 
réfent, vous expliquez dans votre billet Ge temereinen ce que a 
jugé à propos de garder. Mais lorfque vous n'acceptez rien, vous PR 
de renvoyer le billet & le prefent, avec un autre billet qui doit contenit Je Pi 
fr, c'elft à-dire, que ce font des perles précieufes auxquelles vous n'avez pas 
ardiefle de toucher. , no. 
ns Me fait le préfent vous l'envoie par fes domeftiques nee ie 
fônt ls mêmes. Mais s'il envoie le billet avant que: d'avoir ac 1eté cs pré- 
féns, dans la vue d'acheter ceux qui pourront vous plaire, vous Rtente ie 
ume, & vous marquez par de petits cercles les piéces que vous a 
les font achetées autli tot. Vous les recevez, & vous Cri ee e 
remerciment où vous cxpliquez Ce que vous avez reçu > fans oublier AE ne 
dre que le refte ef une précieufe perle. Dans plufieurs pecañons à te les que 
lè commencement de l'annce, la cinquiéme ee Le Re _ 
œæpté un préfent, la bienfcance vous ee . ci SU ne à pue 
Ceux qui viennent d'une perfonne confiderable, ne par k ance 
emplois, doivent être reçus avec une profonde inc us He 
Les fimples Lettres, qui s'écrivent entre des Parsicuilers, cs | 1e 
gant de formalités, qu'elles caufent fouvent . Re a . . 
Mes. OI VOUS CCTIVEZ à quelque perfonne de ditinction , do 


ECg) C'eft un papier, comme le Tyetfe, fens, avec leur lite 
à elt écrit le nom de celui qui oitre les pré. , 


” 
, 


Cénimoxrrs 
DES CHinois, 


En quoi con- 
filtent les pré- 
fens qui fe 
font aux King- 


chays, 


Formalités 


pour l'acccp- 
tation des 
préivns, 


Autres for 
malités, 


Manidre d'é. 
crire des Let: 
tres, 


CÉRÉMONIES 
DES CHINOIS. 


Manière de 
les plier & d'y 
mettre l’a- 
dretle, 


Deux fortes 
de fetiins, 


Saile & tables, 


6 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ployer du papier blanc, plié & replié dix ou douze fois comme un écran; 
mais il doit etre orné de petites bandes de panier rouge. Vous commencez 
à écrire fur le fecond pli & vous mettez votre nom au bas de la page. Le 
ftvle coute beaucoup, parce qu'il doit etre différent de celui de la converfa- 
tion. Il doit étre proportionné auiti à la perfonne & au caractère. Plus la 
Lettre eft courte, plus elle eft refpeétueufe. On doit obferver une certaine 
diftance entre les lignes. Les titres varient fuivant le rang & la qualité. Le 
fccau, lorfqu'on en met, eft pofé dans deux endroits; au-deflus du nom de 
la perfonne qui écrit, & au-deflus du premisr mot de la Lettre: mais on fe 
contente ordinairement de le mettre dans un petit fac de papier qui l'enve- 
lope. Si l'écrivain cit en deuil, il met au-deflüs de fon propre nom une 
petite bande de papier bleu. La Lettre fe met dans un fac, au milieu du- 
quel on applique une tranche de papier rouge, de la longueur de la Lettre & 
large de deux pouces, fur laquelle on écrit Nui han, c'elt-a-dire, la Lettre ef 
dedans. Enfuite on met le paquet dans un fecond fac de papier pius épais, 
avec une bande de papier rouge, qui porte le nom & la qualité de la perfon- 
ne à qui l'on écrit. La Province, la Ville & Ile lieu de fa demeure fe met- 
tent au revers, en plus petits caraètéres. Les ouvertures, au haut & au 
fommet de cette feconde bande, font cachetées proprement, & le fceau 
imprimé fur les deux bouts, avec ces mots: Au fong, qui fignifient , garde 
é feel. On écrit aufli entre les deux fccaux la date de la Lettre; c'eft-à- 
dire, l’année & le jour. Lorfque les Mandarins envoyent à la Cour des dé- 
pèches qui demandent une diligence extraordinaire, ils attachent une plume 
au paquet. Ce figne oblige les Couriers de marcher nuit & jour fans s'ar- 
réter. 


$. III. 
létes 3 Amufemens des Chinois. 


IL ny a point d'occafñon où la politeffe Chinoife ne foit fatiguante & 
ennuyeufe pour les Européens , elle l'eft particulitrement dans les fetes, 
parce que tout s'y pañle en complimens & en cérémonies. On dittingue à la 
Chine deux fortes de feftins; l'un ordinaire, qui confifte dans un fervice de 
douze ou quinze plats; l'autre, plus folemnel, où l'on fert vingt-quatre plats 
fur chaque table, avec beaucoup de formalités. Pour obferver ponctuelle 
ment le cérémonial, on envoie trois T\e-tfes, ou trois billets à ceux qu'on 
veut inviter. La premicre invitation fe fait un jour ou deux avant la fete; 
la fcconde, le matin du jour meme, pour faire fouvenir les convives de leur 
engagement & les prier de n'y pas manquer; la troifiéème, lorfque tout étant 
prépare, le maitre de la maïfon veut faire connoitre, par un troifième bil- 
lt, l'impatience qu'il a de les voir. 

La Salle du feitin elt ordinairement parée de pots de fléurs, de peintures, 
de porcelaines & d'autres ornemens. Elle contient autant de tables qu'il ya 
de perfonnes invitces, à moins que la multitude des convives n'oblige de les 
placer deux à deux ; mais il eft rare de voir trois perfonnes à la même table. 
Ces tables font rangées fur une meme ligne, de chaque côté de la falle, & 
les convives places vis a-vis l’un de l'autre. Ils font aflis dans des fauteuils à 

: bras 


bras. 


comm 
le ver 
fouvei 
en pr 
touch. 
me ic: 
1:60: 
il com 
vin da 
placée 
cline * 
X sai 
taile d 
mag, 
il fait 
fur la 
inclina 
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fer auf 
maitre 
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ment : 
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Ils pre 
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ficme. 
Enfin 
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7 (a 


d'hotel 


NE 


un écran; 
commencez 
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la converfa- 
re. Plus la 
ne certaine 
qualité. Le 
du nom de 
mais on fe 
qui l'enve- 
re nom une 
1 milieu du- 
la Lettre & 
la Lettre ejè 
plus épais , 
de la perfon- 
euré fe met- 
y haut & au 
& le fecau 
ifient , garde 
re 3 C'eft-à- 
Cour des dé- 
t une plume 
ur fans s'ar- 


fatiguante & 
ans les fetes, 
hitingue à la 
n fervice de 
t-quatre plats 

ponctuelle- 
h Ceux qu'on 
vant la fete; 
vives de leur 
le tout étant 
troificme bil- 


e peintures, 
les qu'il ya 
oblige de les 
méme table. 
c la falle, & 
es fauteuils 4 

bras 


D E LA 


pras. Le devant de chaque table ef 


COLIN, Liv. Cap: Ib 17 


Etendu d'une ctofe de fs Ê a l'aiguille, 
comme un devant d'Autcl; & quoiouciles foient fans napes & fans frvi 
le vernis leur donne un grand air de proorerc. 
fouvent couvertes de grands 


i 2ETCS, 
Les deux extrémités font 
mets tout dépecis & rangés 
en pyramide, avec dis Ieurs Xe gros citrons 41 fommet. ; 
touche ï mais à Ces pyramides. 


| ivre NNTOUE Irals 
me ic; hgures de fucre en Italie. 


plats, chrrg2s de 
Mais on ne 
Eiles ne fervent que pour l'ornement, com- 

Lorseue le maitre de la maifon introduit fes convives dans c 
il commence par les faluer Fun apres l'autre, 


etre fall, 
E nfüite, fe faifi apporter du 

in dans une tafle d'argent, ou de ee celaine, ou de quelque bois précie: ik, 
ph icce fur une petite LouCOUpe l'argent, 11 11 prend des deux mains, il s'in- 
cline vers.fes AIMER il tourne é vifage vers la grande cour de la maifon 
& s'avance au haut de la falle, La, Icvant les yeux au Cicl, & foutenant la 
tale dans fes mains, il répand le vin à terre, pour reconnoitre, par cet hoin- 
mage, quil ne poflide rien dont il n'ait obligation à la faveur célefte, Alors 
il fait remplir de vin une grande Coupe d'argent ou de porc ceküne, qu'il places 
fur Ja table à laquelle il doit etre añis; mais ce n'eft qu ape ès avoir fait uns 
inclination au principal convive , qui répond à cette civilité en s'efforçant 
de lui épargner une partie de la peine par l'empreffement qu'il a de faire ver- 
fer auf du vin dans une coupe, comme s il vouloit la porter fur la table du 
maire, qui cit toujours la plus baffle, Le maitre l'arrete par d'autres civili- 
tes, dont l'ufige prefcrit les termes. Auïli-tôc le Maitre-d'hotel apporte deux 
petits batons d’ yvoire, nommés OQuay-tfes, pour fervir de fourchettes, & les 
place fur la table devant le faut un, dans une pofition parallele.  Ordinaure- 
ment meme ils s'y trouvent déja tout places. Enfin, le maitre (4) conduit 
fon es convive à fon fauteuil, qui it couvert d'une riche étofe de foie 
à Mrs. 1 lui fait une nouvelle révérence & l'invite à s'aflcoir. Mais le con- 
vive ny confent qu'après quantité de complimens, en voulant fe défendre 
d'accepter une place fi honorable. Le maitre veut faire la méme politefle 
à tous les autres. Ils ne permettent point abfolument qu’il fe donne tant d'em- 
barras. 

Tec eft le prélude. ‘Tout le monde fe place à table. A linftant quatre où 
cinq Comédiens, richement vêtus, entrent dans la falle, & faluent enfemble 
toute l'affembiéce par de profondes inclinations, qui vont jufqu'à toucher quatre 
fois la terre du front, Cette cérémonie fe fait au milieu des deux rangées de ta- 
bles , le vifage tourné vers une autre table fort longue, qui eftau fond de la falle, 
& couverte “de flambeaux & de caffolettes.  Enfuite les Comédiens fe ièvent. 
Ils préfentent un grand Livre, qui contient en lettres d'or les noms de cin- 
quante ou foixante Comédies qu'ils fçavent par cœur, pour en laifler le choix 
au princip: 1 convive. Il refufe de choifir , X les renvoye, avec un figne d'in- 
vitation, au Convive fuivant, qui refufe auf & les envoyc de meme au troi- 
fième. ls pi W'COUrCNt ainfi toutes les tables, où ils effuvent le méme refus. 
Enfin, retournant à la premiere avec leur Livre, le principal convive l'ou- 
vre, y Jette un moment les yeux & choilit la Pièce quil juge la plus agréa- 


ble 


ÿ7Ca) L'Original porte que c'eft le Maitre 
d'hotel qui conduitle convive; mais il paroît 


VIII. Part. C 


être confondu mal-d-propos avec le Maitre de 
la Mailon, 


C£iuonrss 
DES Ci: VV 
C2 n 
qui précédent 

ic oi 


Maniére de 
s'atleoir, 
à table, 


Entrée des 
Comcéuiens, 


Formalités 
pour le choix 
d'une Comé- 


die, 


CÉRÉMONIES 


DES CHinos. 


Comment 
l'on boit & 
l'on mange. 


Potages qui 
fe fervent par 
interinedes, 


Difiance cn- 
tre le diner & 
le uciluit, 


18 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ble à l'affemblée. Les Comédiens en font voir le titre à tout le monde, & 
chacun donne fon approbation par un figne de tête. S'il y a quelqu'objec- 
tion à faire contre le choix, telle que féroit la reflemblance du nom de quel- 
que convive avec celui d'un perfonnage de la Piéce, les Comédiens doivent le 
faire remarquer à celui qui choïfit. 

La Reprefentation commence par une fyÿmphonie d'Inftrumens de mufique, 
qui font des baflins de cuivre ou de fer, dont le fon et rude & aigu; des 
tambours de peau de bufle, des flutes, des fifres & des trompettes, qui ne 
peuvent plaire qu'aux Chinois. Ces Comcdies de feftin s'éxécutent fans déco- 
rations. On étend feulement un tapis fur le plancher; & pour couliffes, les 
Comédiens font ufage de quelques chambres près du balcon, d'où ils entrent 
pour jouer leur role, Les cours font ordinairement remplies d'un grnd nombre 
de fpcetateurs ,que les domettiques y reçoivent. Les femmes qui veulent affifter 
au Spectacle, font placées hors de la falle, vis-à-vis les Comédiens. Ell:s voient 
& entendent tout ce qui fe palle, au travers d'une jaloafie { faite de Bambous 


ON commence toûjours la fete par un verre de vin pur. Le Maitre-d'hôtel 
prononce à haute voix, le genou à terre, Tling lau va men kyu poy; c'eft-à-di- 
re, fous êtes invités, Mefjieurs, à prendre la coupe. Alors chacun prend fa taff 
des deux mains, l'éleve d'abord jufqu'à Ja tête, la rabaiffe au-deffous de la 
table, la porte à fa bouche & boit lentement à trois ou quatre reprifes. Le 
maître prefle tout le monde de boire à fon éxemple, & 1l tourne enfuite la 
taffe, pour faire voir qu'elle eft vuide. Cette cérémonie recommence deux ou 
trois fois. ‘l'andis qu'on eft à boire, on fert au milieu de chaque table un plat 
de porcclaine, rempli de quelque ragoût, qui ne demande pas de couteaux. 
Le Maïrre-d'hôtel invite à manger. Chacun fe fert adroitement avec fes deux 
petits batons. Lorfqu'on a ceffe de manger d'un plat, les domefliques en ap- 
portent un autre, @ continuent de préfenter du vin, tandis que le Maïitre- 
d'hôtel excite tout le monde à manger & à boire, Vingt ou vingt-quatre plats 
fe fuccudent ainfi fur chaque table, avec les mimes cérémonies. On ef cbli- 
gé de boire auñi fouvent; mais on a là Hberte de ne pas boire beaucoup, & 
les tafl:s d'ailleurs font fort pstites. On ne leve point les plats à mcfure 
qu'on a Ccffé den manger. Ils demeurent tous fur la cable jufqu'a la fin du 
repas. 

De fix en fix plats, ou de huit en huit, on fert des potages (h) 


(er a 9 


ou gras, accompagnés d'une forte de petits pains ou de pités, qu'on y tr 1m 
pe avec les batons d'yvoire. Jufqu'alors on n'a mangé que de la chair. Mais 
on commence en meme-tems à fervir le thé, qui @ft une liqueur des plus 
communes & qui fe prend chaude, comme les Chinois boivent au leur vin; 
car ils ne boivent jamais rien de froid. Ils ont fans cecile, autour d'eux, des 
domeftiques prêts à verfer du vin chaud dans leur coupe & à retirer celui qui 
s'eft réfroidi. Dans l'ordre des fervices, on obferve de placer le dernier plat 
fur la table au moment que la Comédie finit.  Enfüaite on préfente du 2, du 
vin & du ché; aprés quoi les convives fe fevent & vont Fire leur compliment 
au maitre, qui les conduit au jardin où dans quelju'autre faille, pour y con- 
verfer un peu jufqu'au fruit. . | 

DaANs 

(2) Angl, On rt du bouil'on, R, d, E, 


D: 
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& de 


tures 
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entrelacés & de fils de foïe à rezeau,] fans qu'on puifle les voir elles-m:imes. | 


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monde, & 
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le mufique, 
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cs, qui nc 
fans déco- 
uliffes, les 
ils entrent 
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lent atlifter 
£ll:s voient 


Ies-miines. 
itre-d'hôtel 
, c'eft-à-di- 
end fa tafle 
ous de la 
prifes. Le 
 cenfuite Ja 
Ice deux ou 
ile un plat 
: COUtCAUX. 
ec fs deux 
jues en ap- 
le Maïître- 


quatre plats 


aucoup, & 
s à mefurc 
a Ja fin du 


), maigres 
on y trem- 
hair. Mais 
ir des plus 
ñ leur vin; 
d'eux, des 
r celui qui 
lernier plat 
du riz, du 
ompliment 
Our y CON- 


DANs 


le Bambous 


DE LA CITINE, Liv. IL Crar. il , 19 


Dans l'intervalle, on fait diner les Comédiens. D'un autre côté, les do- 
mefliques font employés à divers oflices, tels que de préfenter de l'eau chau- 
de aux convives pour fe laver les mains & le vifage, de nétoyer les tables 
& de préparer le deflért. Il confifle en vingt ou vingt-quatre plats, de conf. 
tures, de fruits, de gelées, de jambons, de canards falés & fchés au Sulcil, 
qui font un manger délicicux, & de petites friandifes compolces de chofes 
qui viennent de la Mer. Lorfque tout cit difpofé, un domeitique s'approche 
de fon maître & vient l'avertir, un genou en terre. Ce meflige impofe fi. 
lence à toute l’aflemblée. Le maiuwe fe lève, invite fes convives à retourner 
dans la falle du feftin, où f'on s'attroupe d’abord vers le fond; & chacun re- 
prend enfuite fa place, après quelques cérémonies. 

ON apporte alors de plus grandes tafles, & chacun et preflé de boire à 
plus grands coups. La Comedie recommence ; ou, pour fe réjour plus 
agréablement, on redemande la lifte des Pidces, & chacun choiïtit celle qu'il 


mdefire. [11 s'en repréfente de fort agréables. ] Pendant ce fervice, [de meme 
gé que pendant le premier ,} les bords de chaque table font couverts de cin 


grands plats, qui ne paroïflent que pour l'ornement, & les domeftiques des 
convives paffent dans une chambre voiline pour y dîner fans ccrémonie. 

Au commencement du deffert chaque convive fe fait apporter, par un de 
fes domeftiques, plufieurs petits facs de papier rouge, qui contiennent de 
l'argent pour le Cuifinier, pour le Maitre-d'hôtel, pour les Comédiens & 
pour tous les domeftiques qui ont fervi à table. On donne plus où moins, füi- 
vant la qualité du maitre. Mais l'ufage eft de ne rien donner lorfque la fete eft 
fans Comédie. Chaque domeltique porte ce préfent au maïtre de la maifon 
(c), qui confent à le recevoir après quelques diflicultés, & fait figne à quel- 
qu'un de fes gens de le prendre pour faire la diftribution. Ces fétes durent or- 
dinairement quatre ou cinq heures. Elles commencent toûjours à l'entrée de 
la nuit, & ne finiffent qu'a minuit. Les convives fe féparent avec les crré- 
monies qui font en ufage dans les vifites. Leurs gens portent devant leur 
chaife de grandes lanternes de papier huilé, où la qualité du maitre, & quel- 
quefois fon nom, eft écrit en gros caraëtéres. Le matin du jour fuivant., 
chacun envoie fon Te-r/e, ou fon billet, au maître de Ja fete, pour I re- 
mercier de fes politefles (4). 

LE Père Bouvet, Milionaire Jéfuite, étant envoyé par l'Empereur en Eu- 
rope, fut honoré d'une de ces fêtes à Canton, avec le Tors-luu-ya & deux 
autres Milionaires, par le T/ong-tu de la Province (e), qui emprunta pour 
la cérémonie le Palais du Tfyang-kyung, parce que fa ré"<kncec ordinaire é- 
toit à Chau-king-fu. Quoique les formalités de ce feftin fuffint à peu prés les 
mêmes que celles qu'on a décrites, il fut accompagné de quelques autres cir- 
conilances, qui méritent une defcription particuliere. 

Le lieu de la fête étoiç un vaite édifice, au fond de deux grandes cours 
quarrées, compolé de trois grandes falles l'une derrière l'autre, qui comnu- 
niquoient par de longues & larges galeries, avec des cours de chaque ge 

a 


(c\ Suivant le Pere Bouvet, on place ces Ce) Le fin donné aux AmbaMideurs ITol- 


préfens fur une ble, qui eft ordinairement  landois par le V'iceroi de Canton, n'ett point 
au bas de la faile, atez crconfiancié dans eur Kelation, Fuyez 
d) Du Hulde, ui jup, pas, 298, ci-de{jus, 


/ 


* 
C2 
2 


CÉRÉMONIES 
pes Cuinois, 


Deffert Chi- 
nois. 


Préfent des 
convives aux 
domeitiques, 


e Xd 
Tems XX «ile 
! LS 
rée de ces iC- 


tous 


Fettin donné 
au Pere Bou: 
vet, 


CÉRÉMONIES 
pes CHiNois. 


Officiers in- 
vités, 


Réception 
des convives. 


Manière 
Tartare & 
Chinoile de 
prendre le 


th 
Lit 
1 

Ordre des 
tn! | 

D'vifio ê 
Ja IEtC. 

Cérémonies 


de celle du 


fuir, 


55 VOYAGES DANS LEMPIRE 


La falle du milieu, qui étoit celle du feftin & la plus grande des trois, pa- 
rut remarquable aux Midionaires par fa longueur & par l'épaifleur fingulière 
de fes piliers, de fes folives & de tous fes ouvrages de menuiferie. 

ous les Officiers de la Province ctoient invités à cette fete. On y voyoit 
d'abord le Viccroi, le Thang-kyung, les deux Tuctongs K le Ten-yeun (F); en- 
fuite les principaux Mandarins des Douanss , qui etant renouvellés tous les 
ans portent le titre de Aing-chays où d'Envoyés de la Cour; enfin, le Pu- 
chins-tfe où le ‘Fréforier gencral, le Ngan-cha-tJe & le Tan, qui, quoiqu'Of- 
ficiers Géncraux & d'une grande confidération, étoient adis neanmoins fur u- 
ne autre ligne que les autres, parce qu'ils font d'un rang inférieur, Leursfiè- 
ges étoient un peu plus en arricse, & la meme diftinction fut obfcrvee pen- 
dant le repas. 

Les convives, à leur arrivée, furent reçus dans la premiére falle. Le 
Tfong-tu alla au-devant des principaux jufqu'a l'efcalier. Ceux qui étoient arri- 
vés les premiers s'avancerent au de quelques pas pour les recevoir. ‘Fous 
faluèrent en particulier le maitre de la fete, & l’aflemblée en général, fuivant 
l'uface commun des Chinois & des T'artares. Il fe fit un grand nombre de révé- 
rences , avec une politeffe qui parut furprenante à l'Auteur. Après cette céré- 
monie, chacun prit fa place, dans des fauteuils rangés fur deux lignes, 
l'une vis-à-vis de l'autre, pour attendre le refte des convives. Dans l'interval- 
le, on fervie du thé à la Fartare & à la Chinoife; c'eft-a-dire que, fuivant 
la première de ces deux méthodes, on prend la tafle de la main droite, & 
qu'on faluce le Chef de l'affemblée avant que de boire & après qu'on a bû. 
Pour le thé Chinois, l'ufage cit de prendre la taffe des deux mains, & de la 
baiffer jufqu'a terre en faifant une profonde révérence. Enfuite on avalle la 
liqueur à plufieurs traits, en tenant la tafie de Ja main gauche. : 

LorsQuE tous les convives furent raflerablés , on paf de la pre- 
miére falle dans 11 feconde , qui ctoic cle du feftin. Il fe fit à cette oc- 
cafion quantité de nouvelles révérences, fuivant le cérémonial Chinois. Le 
Tfong-tu & les Mandarins à fon Cxemple, firent l'honneur au King- 
chay (g) de linviter à prendre placs aux premicres tables. Enfuite le Tfong- 
tu s'avança pour placer la coupe de vin & les batons d'yvoire fur chaque ta- 
ble, en commençant par celle de Bouvet. 
s'affit à la place qui lui etoit dti 


Le 


Aprés cette cérémonie, chacun 
ace, Ces tables, au nombre de féize ou 
dix-huit, étoient quarrées & revetues d'un beau vernis, placées fur deux 
lignes qui faifoient face l'une à l'autre, mais difpofécs de manicre que celles 
des perfonnes diftinguées étoient un peu plus avancées. Elles étoient toutes 
revétues, fur le devant, d'une piéce de fatin violet, avec une broderie d'or 
qui repréfentoit des dragons à quatre Les fauteuils, dont le dos & 
les bras formoient un demi-cerele, etoicnt placés obliquement & couverts 
dc la même étofe. 

La fète étant divifée en deux parties, celle du matin fe fit avec peu de 
cérémonies. Mais celle du foir fut accompagnée de toutes les formalités Chi- 
noifes. Lorfque les convives fe préfentèrent pour la fecorde fete, ils trouvè. 
rent toutes les tables doubles; c'eft-à-dire, que devant c'que table on en a- 
voit placé une autre, couverte d’un fervice de parade, qui confiftoit en feize 


gris. 


2 | 
5 


pyranides 
(jh paroit, par la Gmifcation du mot, (z) C'etidire, le Pérc Bouvet & fus Coru- 
que c'étoit le Suriitendaut du fe, P'snons 


pyrami 

mide a 

ture K( 
gértables, 


ques , 


e  bunal. 


. chacun! 
phiole 
inftrum 
pour ci 
gurss pl 
un jm 
tres CO 
d'herbe 
voyoit 
 U 
ta au P 
& don 
ment € 
la com! 
vec tal 
que fer 
tres & 
un Eui 
pêcher 
Cu 
de, ot 
l'autre 
vitoier 
loient 
yo tfine 
ayant 
tchao-k 
nie fe 
appor 
Aufi- 
menc< 
sfes s | 
les m 
font € 
LE 
lies a 
lon C 
ge ncm 


TCS, | 
+ 


trois, pa- 
fingulière : 


n y voyoit 
0 (F); on- 
s tous les 
n, le Pu- 
quoiqu'Of- 
oins fur u- 

Leurs fiè. 
<rvce pen- 


falle, Le 
oicnt arri- 
nr. ‘Tous 
fuivant 

re de révé- 
cette céré- 
IX lignes, 
l'interval- 
ce, fuivant 
droite, & 
l'on à bi. 
, de la 
avalle la 

le la pre- 
CCtte oc- 
inois. Le 
au King- 
le Tfong- 
haque ta- 
L chacun 
> fUize ou 
fur deux 
que celles 
ent toutes 
de rie d' or 
le dos & 


Couverts 


c peu de 
htés Chi- 
£ trouvé. 
on en 2- 
t en feize 
yraniides 
& fus Co:u- 


| 


ture & de fleurs. Mais auii-tot queles ç 


LA CHINE, Lrv. I. Crar. Il. 


pyramides de différentes Viandes, de fruits & d'autres alimens. Chaqne pyra- 
mide avoit un pied & demi de hauteur, & toutes fortes d'ornemens de pein- 
‘onvives furent a “is, on le ‘VA LOUtCs Ces 


D E 


21 


pémtables, dont les fervices furent dittribués [à la fin du repas] à leurs domeiti- 


ques, ou piûtot à leurs porteurs de chaife & aux Officiers fübalternes du ‘Fri 
bunal. Les tables qui devoient fervir aux convives «avoient fur le divant 
chacune leur gu° nn fur lequel croit une BÈUE cafolette de cuivre, une 
Mphiole d'eau de fenter r, avec un tube d'agathe, [quai contenoit les peuits 
inftrumens dont on fe fervoit, | pour meutre l'encens dans li cufloleirs & 
pour en remucr la cendre. Sur les deux coins de la tab ne voyoit deux pee 


gites planches vernies, que les Chinois nomment Lu i,| oi 


ayant vuidé Cen jee fa coupe, ils 


inc d'un cuté 


un fmbleme, & de l'autre, quelques petites litees de ie. Les derx au- 
tres coins étoient couverts de trois petites coupes d2 Porcelain:, remplies 
d'herbes & de marinades pour aiguifer l'appétit. Entre cés counes, on en 


voyoit une d'argent fur un pied. 

Au commencement du feftin les Coméciens par dent & leur Chef préfen- 
ta au Père Bouvet la lifte des Piéces. Ce Mifionaire s'excufr. d'en choitr une, 
& donna pour raifon de fon refus, que la Comédie n'étoit point un amufe- 
ment convenable à fa profeilion, Le Tjs-tu & les autres Mandarins eurent 
la complaifance de fé contenter d'un Concert de mufique, qui fut éxécuté a- 
vec tant de méthode, que les intermedes fervirent à régler le temis de cha- 
que fervice. Pendant toute la fete, les mouvemens & les difcours des Mai- 
tres & des domeftiques furent fi remplis d'affectation, qu'à 1 premiere vüc 
un Européen auroit pris ec fpectacle pour une comédie & n'auroit pà s'em- 
pêcher d'en rire. 

Cuaque fervic: fut donc ouvert par nne piéce de mufique. Pour prelu- 
de, on offroit à chaque convive deux petites coupes de vin, lune après 
l'autre, chacune de une cuillerée, & deux Maîtres de ct Cm nie in- 
vitoient, au nom du Tfong-tu, toute la compagnie à boire. Ils s agenouiT- 
Joint au milieu de la falle, pour prononcer gravement a haute voix, T4 lao 
vo tfing tfiou ; c'ett-à-dire, Aonfeignew vous invite à boire.  Enfuice, chacun 
s'écricrent une feconde fois: T/ng- 
tchao-kan; ce qui fignific: Buves tout, jufques à la dernière go: ne. Cette cércmo- 
nie fe répète, non- “eulement lorfqu® on boit, mais encore chaque fois qu'on 
apporte fur la cable un nouveau verre (h), ou que les convives y touchent. 
Auñli-tôt que les mets font fervis, les deux Maitres de céremonies recom- 
mencent leurs génutiéxions, pour inviter tout Î: monde à ss ndre les Oray 
tes , ou les bâtons, & 1 faire | l'effai de ce qu'on préfente. Le Lfong-tu ait 
les m He intances. ne les convives témoignent qu'ils y confentent, & 
font obligés de goûter de chaque plat. 

LESs principaux mèts ee des ragoûts de viandes hachées, ou bouil- 
lies avec diverfes fortes d'herbes ou de légumes, & fervies avec le bouil- 
lon dans des plats de fort belle porcelaine. ‘ous les piats font de la 


geméme forme & de la même grandeur, | & prefque aufli profonds que lar- 


ges.] On en place vingt fur chaq que able, rangés quatre à quaire fur u- 


. ne 


e ) An 


(ge 
=, 2 


# 


CérimMonres 


DES Cilixois, 


Où retran- 
la Coms. 
di et nfaveur 
des Mitlionai- 
ICS, 


0 ! . ? 
Ordre des 


furvices, 


Invitation 
à boire. 


Qui tés 
des mets & 
des plats. 


CÉRÉMONIFTS 
pes CHINOIS. 


Comment Île 


ottin fe ter- 


Urages des 


Lartares, 


Obferva- 
tions fur les 
viandes de Ja 
Chine. 


Chair de 
porc tort efti- 
mée à la Chi- 


ne. 


Nerfs de 


ceris. 


29 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ne même ligne; de forte qu'à la fin du repas ils forment'un quarré afez ré- 
gulier. Les valets qui les fervent vont les recevoir au bas de la falle, où d'au- 
tres valcts, au meme nombre que les tables, les apportent l'un après l'autre 
fur des planches vernies & les prelencent à genoux. Mais pour diitinguer les 
fervices, de quatre en quatre plais, on fert une efpèce particulière de bouil- 
lon, & des touries de-ditférentes compofitions. Le thé forme le dernier aéte 
de la fete. Les convives s’épuifent enfuite en remercimens, auxquels fucci- 
de un quart-d'heure de converfation, Enfin tout le monde fe retire. Les Tar- 
tares, qui font ennemis de la contrainte, ont retranché une grande partie de 
ces cérémonies; & quoique leurs viandes foient coupées fort menues, fans 
dittinction de chair & de poiflon, elles font aflaifonnées avec tant d'art, que 
les Européens mémes y prennent aflez de goût (5). 

L'Aureur obferve que les ‘l'artares employent au-lieu de fourchettes les 
nèmes bätons que les Chinois, mais que leurs tables font petites & balles com- 
me celles du Japon, & qu'au-licu d'etre as fur des chaifes ils fe placent fur 
des couttins & des tapis. Ils n'ont point d'ailleurs de ferviettes , ni de nap- 
pes, ni d'autres uftenciles qui ayent de la reffémblance avec les notres (4). 
Comme on n'a point affez expliqué la qualité de leurs viandes, il paroît nécef 
faire de faire quelques remarques fur les alimens communs de la Chine. 

Les potages font excellens. Ils font compofés de graifle de porc, qui eft 
d'une bonté admirable à la Chine, ou de coulis de différentes efpèces de 
viandes, telles que la chair de porc, de canards, de poules &c. Leurs hachis 
font cuits dans ces divers jus. Chaque faifon de l'année leur fournit différen- 
tes fortes d'herbes & de légumes qui ne font pas connues en Europe. De la 
femence de ces herbes ils tirent une huile, dont ils font beaucoup d'ufage dans 
leurs fauces. Les Cuifinicrs François, remarque l'Auteur, qui ont porté le 
rafñnement fi loin fur cout ce qui regarde le palus, feroient furpris de fe voir 
furpaffes par les Chinois dans l'Art des potages, avec moins de peine & beau- 
coup moins de frais. Ils auroient peine à fe perfuader qu'avec les feules fé- 
ves du Pays, particulièrement celles de la Province de Chan-tong, & avec de 
la farine de riz &K de bled, on compofe à la Chine quantité de plats, qui ne 
fe refflemblent ni au goût nià lavüe. Cette varieté vient de celle des épices 
& des herbes fortes. 

Les Chinois préfèrent la chair de porc à celle des autres animaux. C'eft 
comme le fondement de tous leurs féftins. ‘Tout le monde nourrit des porcs 
& les engraifle.  L'ufage eft d'en manger toute l'année. Ils font infiniment 
de meilleur goût que ceux de l'Europe. & l’on auroit peine à trouver quelque 
chofe de plus délicat qu'un jambon de la Chine. La chair des vicilles jumens 
(1) y eft auffi fort eltimée. Mais les plus délicieux de tous les mets Chinois 
& ls plus recherchés dans les grandes fetes, font les nerfs de cerfs (m & 
les nids d'oifcaux. On fait fccher les nerfs de cerfs au Soleil d'Eté, pour les 
conferver roulés dans le poivre & la mufcade. La préparation, pour les fer- 
vir, eft de les faire tremper dans de l'eau de riz, de les cuire dans un coulis 


de chevreau & de les ailifonner avec des épices. Les 
fin NT n PE fall - Fa Nu / x , a 
AC Chine du Pere du Halde, pige 350. nm) Les Anclois les appellent Sears pigel 
CC It nantes. SI ï KR 
2 Nue v , ca : { DAS à : ) d ONTCWI Jury [a dans 
Navarctte, Vol. [, paz. 13. d'autres licux, où ils portent le nom de Juice 


(1) Aagl. des Jumens fauvages. KR, d, I! 


LE 
Fa-va 
rondel 
Mer, 
bec. ( 
lier et 
ployet 
chant 
tot qu 
preflé 
les coi 
Melé 

LE 
tout f: 
convi 
laille , 
autres 
dans ic 
les Ch 
miner 
meme 
forte , 
mufan 
qu'on 
les bo 
foucts 
leurs b 

Qu 
nérale 
me de 
pour « 
piens 
Cieux. 
mince 
taintcs 
gumcs 
fonc } 

'elt 

N: 
a met 

: farine 
le u! OT 
5° ] 


ré afez ré- 
le, où d'au- 
près l'autre 
itingucr les 
re de bouil- 
dernier acte 
quels fuccé- 
e. Les Tar- 
de partie de 
enues, fans 
td'art, que 


rchettes les 
 baffes com- 
° placent fur 
ni de nap- 
notres (4). 
Jaroît nécef- 
hine, 
orc, qui eft 
efpèces de 
Leurs hachis 
nit diffcren- 
ope. De la 
d'ufage dans 
nt porte le 
is de {e voir 
ine & beau- 
les foules fé- 
, &avec de 
lats, qui ne 
le des épices 


aux. C'eft 
it des porcs 
t infniment 
ver quelque 
Îles jumeng 
cts Chinois, 
rfs (m) & 
té, pour les 
pour les fer- 
hs un coulis 

LES 
it Sans pisel 


EE: | 
EX dans 


‘nom de lncù 


bé Jai 


: fariie ue 


qu ont 


DE LA CHINE, Lrv. IL Car. I, 2: 


3 

Les nids fe trouvent au on des Rochers, fur les Côtes du Tong-lins, de 
Fa-va, de la Cochinchine &c. Les oifcaux qui les bitiffen: reffemblent à l'hi- 
rondelle par le plumage. On fuppofe qu'ils y employent de peus poi ffons de 
Mer, qu'ils attachent aux rochers avec un fuc vifqueux qui di‘hil: de leur 
bec. On prétend avoir obfervé qu'ils prennent aufli de l'écume de Mer, pour 
lier enfemble les parties de ces petits édifices, comme les hirondelles y em- 
ployent de la boue. La matière en eft blanche dans fa fraicheur; mais en fc- 
chant elle devient folide, tranfparente & tirant un peu fur L verd.  Aufi- 
vot que les petits ont quitté leurs nids, les FJabitans"des Cotcs font fort em- 
preflés à s’en faifir. Ils en chargent des Barques enticres. On ne peut mieux 
les comparer, pour la forme & la grandeur, qu'à l'écorce d’un citron confit. 
Melé avec d'autres mêts (»), il leur donne un excellent goût. 

Les Pattes d'ours & les pieds de divers autres animaux, qu'on apporte 
cout fales de Siam, de Camboya & de Tartarie, font des délicateflès qui ne 
conviennent qu'aux tables des Seigneurs. On y fort audi toutes fortes de vo- 
laille, de liévres, de lapins, & Les efpéces de gibier qui fe trouvent dans les 
autres Pays. Quoi que toutes ces provifions foient g neralement moins chères 
dans ics grandes Villes de la Chine que dans les plus fertiles contrces de l'Europe, 
les Chinois ne luflent pas d'aimer la chair de chien & de cheval, fans éxa- 
miner fi ces animaux font morts de vicillffe où de maladie. Ils ne font pas 
méme difhculté de manger des chats, des rats & d’autres créatures de cette 
forte, qui fe vendent publiquement dans les ruis.  C'eft un fps:tacle affez a- 
mufant, de voir tous les chiens d'une Ville raflémbies par les cris de ceux 
qu'on va tuer où par l'odeur de ceux qu'on a déja tués, fondre en corps fur 
les bouchers, qui n'ofent marcher fans étre armés de longs batons ou de 
foucts, pour fe defendre contre leurs attaques, & qui ferment foigneufement 
leurs boucheries pour fe mettre (o) à couvert. 

Quorque la Chine produife du bled dans toutes fes parties, on y vit gc- 
néralement de riz, fur-tout dans les Provinces Meridionales. On en fait me- 
me de petits pains, qui ne demandent pas plus de vingt-quatre minutes 
pour cuire à la vapeur du pot (p}), & qui f: mangenc fort mous. Les ituro- 
p:ens les font un peu griller au feu; ce qui les rérd plus légers & très-d. l- 
où fait de froment une ptflerie fort 


cieux. Dans la Province: de Chan te NE 
mince, qui n'eit pas de mauvais goût, fur-tout lorfqu «lle €? mlée de cer- 


taines herbes qui excitent lanpitit(g} Outre les : . les lé- 
gumes & les racines, les Chinois en ont un grand nombre d'autres qui he 
fonc pas connues en EÉ:rops, & qui l'emportent eue fur les notres. 
C'eit la principale nourriture du Peuple av ee le riz (r). 

NavarETTE obferve que les Chinois n'ont pas d'aliment plus commun ni 
a meilleur marché qu'une pate de feves qu'is appoilent Teu feu. Ms tirent la 
la feve, pour en faire de 5 ands gitcaux en form: de fromage, 
cinq ou fix pouces d'éphifleur, | L& qui font blancs comme de la neï- 


5 CUMmmMmunzes, 


ge J On y trouve peu de goût ri on les mange cruds; mais cuits à l'eau 
& 
{n) Du Res ubi [up pay, 302. ins d'un ‘qu art d'heure. R. d. FE. 
(ou) Chine au Pe ‘ Du FI . MAT, 914. 3) Chine du Père Du Halde pag, 323. 
(2) 2 . Qui fe culieut au lraiinure, en ur) Ibid, 518 


CéRiMONIes 
DES CHINOIS, 
Nid N] d' CG - 

feaux, «ali. 
ment fort dé 
licat. 


Pattes 
d'ours. 


Les Chinois 
aiment k 
chair de chien 
& de chev al. 


Riz & pain 
de la Chine, 


Pite de Teu- 
feu, en gran- 
de citime, 


CÉu MoN! 
LES CiHinois. 


Autres 


qucurs, 


| 


li- 


r 


04 V ŒX À GES DA N°:S , MPIRE 


à préparés ave ruines herbe: "LC du n & d'autres mets, c'e: 

fort bon aliment. : rits au beurre, 115 font excellens. les mange auf f 

chés & fumés, avec de la grailfe de Carvis X cette méthode efl la meilleure. 
I s'en fait une € nfommauon incroyable. Depuis l'Empereur & les Manda 
rins jufq qu'au dernier Payfan, tout ke monde ef pationne pour le Jeu. fe 1 & 
le trouve fi dulicat, qu'il ctt fouvent preferé aux poulets. La livre. qui «il 
de plus de vingt onces, ne Coue e null: part à is d qn demifoi. On prétend 


‘ment d'air 


ee CCUX qui EN ufent ne reflentent aucune altération du change 
me « care plus commun pour ks 


& de climats & cutte raifon en rend l'ufi 
Voyageurs (5). 

QUOIQUE le thé foit la liqueur ordinair e de la Chine, on v boit au u- 
ne forte de vin, comp: fé de riz, mais d'une ue. différente de celui qui 
fe mar: 2 Il y a diverfes m: mieres de le préparer. L'Auteur en rapporte u- 
ne, On fait tremper le riz dans l'eau pendant vingt ou trente jours, avec 
d'autres ingrédiens. Enfuite, le fafant bouillir jufqu'a difolution, on le voit 
au i-cot fermenter & fe couvrir d'une légere écume, qui reflemble aflz à cel 
le du vin nouveau. Sous cette écume elt le vin pur, qu'on tire 
des vafleaux bien vernis De la lie on fait une eéfpice d'eau-de-vic, 
qui cit quelquefois plus forte & plus inflammable que celle de l'Euro- 
pe. il sen vend beauc coup au Peuple. Celle dont les Grands font ufage, 
vient de certaines Vil les qui la ss Mes aucoup meilleure, On cftime pa articu- 
lièrement celle de 'u-i-hyen & de han, qui doit fa bunté à la nature des 
caux du Pays. Mais celle de Chau- rfi, dans la Province de Che-lyunr, eft 
encore plus cflimée, parce ele cit beaucoup plus fane (+). | 

ENTez; les liqueurs fortes, on parle d'une diftillation de chair de mouton, 
dont l'Empereur Kang-hi buvoit quelquef 


au clair dans 


are mais qui neft gueres en ufage 
que parn i les L'artares, parce que le goût n'en eft point agreable & qu elle 
entoye bicn-tôt des vap-urs à la te te Les Chinois ont une autre cpèce 
de vin extraordinaire, qui fe fait dans la rovince de Cher Je, & qui fe nom- 
me Âao-vang-t/yveuz C'eft-à-dire, fin d'agneau. EMe eft tres-forte.& d'une o- 
deur d£ fgreabic ; mais les ‘Tarcares la trouvent excellente, On n'en tranfpor- 
te point dans les Pays étrangers (+). 
Les | 


° 
, 
i 


Xclations des Ambaflades Hollandoifes nomment plufieurs autres for- 
tes. de liqueurs, telies que le Sun-fu, qui et une difbllacion de lait, & Le 
bouillon de féves, [ qui femble étre la liqueur que Nieuhof appelle The are 
tar. ] Cunningham, dans fa Relation de l'Ifle de Cheu-chan (x), prétend que 
ce bouillon de féves n'eft qu'une émulfion, compofee d'eau chaude & de 
fcfame ou de bled de ‘Turc de Les ‘l artares mangent, dans leurs fetes, de la 


su de Chameau & de Poulain, qu'ils rc, gardent comme des mets fort dé- 
iCats, 


SN YAira gs ni SR f 
(s } > varettc , pa 7, 240, \v)} du Hal le , bi Jup. 
Ce yez ci-dcffus ( i-deflus l'articl 

) Voyez ci-deflus, (x) Voyez ci-dellus l'article de cette Ifle. 


{. IV. 


L. 


marie 
nc lai 
n'aur 
frères 
la fan 
honn 
confu 
femm 
avec 
une € 
tres 
tun2. 
C 
Gran 
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Chin 
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Li 
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ge auf: f 


HO InCilicure. 
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On prétend 
ement d'air 


in pour ks 


boit au u- 
le celui qui 
rapporte u- 
Jours, avec 


on Île voit 
:afluz à cel. 
u clair dans 
au de-vic, 


de l'Euro. 
ont ufage, 
me particu- 
unature des 
e-kyung, eft 


de mouton, 
es en ufage 
e & qu elle 
utre cipèce 
qui fe nom. 
& d'une o- 
n tranfpor- 


autres for- 
lait, & le 
: Thé ‘Far. 
rctend que 
aude & de 
etes, de Ja 
ets fort dé- 


de cette Ile, 


{. IV. 


DE LA CIIINE, Liv. IL Cuar. H : 


$ I V. 
Mariages des Chinois. 
I ES Chinois ne connoiffent point d'obligation plus importante que celle 


; du mariage. Un père voit fon honneur expofé à quelque tache, s'il ne 
marie point tous fes enfans. Un fils manque au premier de fes devoirs, s'il 


nc laifle pas de poitérité pour la propagation de fa famille. Quand un fils aïiné 
P Eu 


n'auroit rien hérite de fon père, il n'en feroit pas moins oblig: d'élever fes 
frères & de les marier. 11 doit leur tenir lieu du père qu'ils ont perdu, & fi 
la famille venoit à s'éteindre par leur faute, leurs ancetres feroisnt privés des 
honneurs qu'ils ont à prétendre de leurs defcendans. Sur ce principe, on ne 
confulte jamais l'inclination d:s enfans pour leur mariage. Le choix de leur 
femme appartient au père, ou au plus proche parent, qui fait les conditions 
avec le pére ou les parens de la fille. Ces conditions fe reduifent à leur payer 
une certaine fomme, qui doit étre employée à l'achat des habits & des au- 
tres ornemens de la jeune Marice; car les filles Chinoifes n'ont pas de for- 
tun:. 

CET ufage eft commun entre les perfonnes de baffle condition. Mais les 
Grands, les Mandarins, les Lettrés & géncralemerit tous les Riches, don- 
nent plus pour le mariage d'une fille, qu'ils ne reçoivent de fon mari. Un 
Chinois fans fortune s'adreile fouvent aux Tlôpitaux des Orphclins, & de- 
mande une fille dont il puifle faire la femme de fon fils. Il épargne ainfi la 
fomme qu'il feroit obligé de donner pour s'en procurer une autre. Les filles 
Chinoifes font élevés dans le plus profond refpect pour leurs belles-mères; & 
cette raifon porte à croire qu'elles ne doivent pas être moins refpeétucufes 
pour leurs maris. 

LEs Chinois fouhaitent avec tant de pañlion de ne pas mourir fans poftéri- 
té, que fi la Nature ne leur accorde point d'enfans, ils feignent que leur 
femme eft grofle, & vont demander fecrétement à l'Hôpital un enfant qu'ils 
font pafler pour leur fils. Ce petit Etranger entre dans tous les droits des 
enfans légitimes, fait fes études fous le nom qu'il a reçu, & parvient gux de- 
grés de Bachelier & de Docteur, privilége refufé aux enfans qui font pris ou- 
vertement à l'Hôpital. 

Ceux qui n'ont pas d’héritier mäle adoptent un fils de leur frère, ou quel- 
qu'autre parent; quelquefois même un Etranger, & donnent de l'argent pour 
obtenir cette faveur d'une autre famille. L'enfant adoptif et revêtu de tous 
les priviléges d’un fils légitime, prend le nom de celui qui l'adopte & devient 
fon hcritier. S'il naît dans la fuite un autre fils dans la meme famille, l'enfant 
d'adopuon ne laiffe pas d'entrer en partage de la fucceflion. C’eft dans la mê- 
me vüe qu'il eft permis aux Chinois de prendre des concubines, ou piücôt de 
fecondes femmes, qui tiennent rang 2près l’époufe légitime. Cependant la Loi 


KFn'accorde cette liberté [ au Peuple | que lorfque la première femme eft parve- 


nue a l'age de quarante ans fans aucune marque de fécondité. 

Comme les femmes ne paroiffent jamais à la vûe des hommes, le mariage 
d’une file ne fe conclut que par le crédit de fes parens, ou par le miniftere 
de quelques vieilles femmes qui en font leur profcilion, Les familles engagent 

VIII. Part. D ces 


Cérémonres 
EL Mauraces 
DES Cuinois, 


Pal 2n ‘es 
Chinois pour 
laidlér des en 
fans. 


À qui le 
choix des 
fcinmes ape 
puticnt, 


Artifice 
pour lailter 
des enfans, 


Adoption 
Chinoile. 


Concubi- 
nes, ou fe- 
condes fem: 
ICS, 


Négocil- 
tions, pour 
Les mariages, 


CÉRÉMONTES 
LT MARIAGES 
pes CHINOIS. 


Maniere 
ut on livre 
unes inime à 
celui qui l'é- 
poufe 


} 


Un marire- 
fufe quelque- 
fois de recc- 
voir fa fem- 
me, 


Secondes 
femimes, ou 
Concubines. 


Droits fin- 
suliers de la 
premiere, 


20 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ces vicilles Négociatrices à faire un rapport avantageux de la beauté, de l'ef. 
prit & des talens de leurs filles. Mais on fait peu de fonds fur leur témoigna. 
ge; & lorfqu'elles en impofent avec trop peu de retenue, elles font punies fé. 
vérement, Les articles ctant réglés, le contrat figne & les fommes payées fi- 
dellement, on ne penfe plus qu'aux préparatifs de la noce. Cependant il s'y 
méle d'autres cérémonies. La première con'iite à faire demander, de part & 
d'autre, les noms des deux Parties. Elle eft fuivie de prefens entre les deux 
familles. Plufieurs confultent les jours fortunés pour le mariage, qui font mar- 
ques dans le Calendrier, & cet office appartient proprement aux parens de la 
fille. Elle reçoit elle-meme des colliers, des bagues, des boucles d'orcilles & 
d'autres joyaux de cette nature. Ces détails font abandonnées : des médiateurs, 
& fe font par Lettres, qui s'écrivent des deux cotes. Mais on ne parle ici que 
du vulgaire, car les mariages des perfonnes de qualite fe ménagent avec plus 
de magnificence & de nobleffe. 

LE jour marqué pour la nôce, la jeune fille fe met dans une chaife pom- 
peufement ornee, & füivie de ceux qui portent fa dot. C'eit ordinairement 


[ parmi le menu peuple, j une certaine quantité de meubles que fon pére lui 


donne, avec fes habits nuptiaux, qui font renfermes dans des caiffes. Un 
cortége d'hommes , loues, l'accompagne le flambeau à la main, meme en 
plein midi. Sa chaife eft précédee par des fifres, des hautbois, des tambours, 
& fuivie de tous les parens & les amis de fa famille. Un domeltique de con- 
fiance garde la clé de la chaife, & ne doit la remettre qu'au mari, qui attend 
fon époufe à la porte de fa maifon. Auili-toc qu'elle cit arrivée, il reçoit la 
clé du domeltique, & fe hatant d'ouvrir la chaife, 1! juge alors de fa bonne 
ou de fa mauvaife fortune. Il arrive quelquefois qu'un mari, mécontent de 
fon partage, referme immédiatement la chaife & renvoye la fille avec tout fon 
cortége, aimant mieux perdre la fomme qu'il a donnée que de tenir fon mar- 
ché. Mais on prend des précautions qui rendent ces accidens forc rares. 
Lorfque la fille eft fortic de fa chaife. elle marche [à coté de ] fon mari juf- 
u’à la falle d'affemblée, où elle commence par quatre révérences, qu'elle 
adreffe au eu. Elle en adrefle quatre autres aux parens de fon mari; après 
quoi elle eft remife entre les inains des femmes de la fete, avec lefquelles el- 
le paffe le refte du jour en réjouiffances, tandis que le mari traite les hom- 
mes dans un autre appartement. 

Les fecondes femmes font reçües dans une maifon fans aucune formalité. 
Tout ce que les maris ont à faire dans œtre occafion, eft de figner un Ecrit, 
par lequel ils promettent aux parens, apres leur avoir payé la fomme dont on 
eft convenu, d'en ufer bien avec leur fille. Ces fecondes { femmes } dépendent 
abfolument de l'époufe légitime, & doivent la refpetter comme l'unique 
maitreffe de la maifon. Les enfans qui naïflent d'elles appartiennent aui à la 
première, qui porte feule le nom de mére. Ils ont droit à l'héritage; & fi 
leur véricable mère vient à mourir , ils ne font point obligés à l'obfervation 
du deuil ordinaire, qui cit de trois ans, ni à quitter leurs ctudes ou leurs em- 
plois, comme l'ufage en fait une loi à la mort d'un pere ou de fon époufe lé- 
gitime. Cependant peu d'enfans fe difpenfent de cette marque de tendrefle & 
de refpeét pour leur propre mére. 

[IL fe trouve des hommes, qui, pour obferver les devoirs d'un bon mari, 
ne prennent point de concubines fans le confentement de leur femme, & co- 

lorent 


lorent 


pour 


pr 
rendei 
pren 
Su hu 
les on 
les les 
LE 
tre de 
feconc 
enfan: 
penda 
fecon 
roit Ct 
trat, 
veuva 
mort. 
comm 
le lui 
cent | 
ve, € 
les, S 
nya 
propr 
tat d 
de fe 
d'hon 
pA\ t 
( h ) ’ 
re d'e 
vend 
trouv 
les v 
L: 
mon! 
à des 
la LA 
femr 
CCCt 
apré 
le di 
prer 


{n 
à la ! 
la 


té , de l'ef 
| témoigna- 
t punics fé. 
 payvecs fi- 
dant il s’y 
de part & 
re les deux 
i font mar. 
irens de Ja 
l'orcilles & 
iédiateurs, 
arle ici que 
tavec plus 


haife pom- 
nairement 


on pére lui 


iles. L in 

meme en 
tambours, 
uc de con- 
qui attend 
il recoit la 
: fa bonne 
Content de 
°C tout fon 
r fon mar- 
fort rares. 
n mari juf- 
s, qu'elle 
arl; aprés 
quelles el- 
: les hom- 


formalité. 
un Écrit, 
ie dont on 
dépendent 
: l'unique 
aufli à la 
ges & fi 
fcrvation 
leurs em- 
poufe lé- 
idreile & 


on mari, 
ce, & co- 
lorent 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. Il. 27 


lorent mime Cette propofition du prétexte de lui donn:r plus de fimmc:; 
pour la fervir, D'autres, ne prenant une féconde fcmme que dans la vic de 
“procurer un héritier, la renvoyent au di-tot qu'il leur nait un fils, & lui 
rendent la liberté de s'engager dans un autre mariage, Souvent meme ils 
prennent le foin de lui procurer un mari. Les Vilks de Tang-cheu-fr & de 
Su-cheu-fu, dans la Province de Kvang-nan, font fameufes par l'ufage qu'el- 
les ont depuis long-tems de fournif un grand nombre de ces concubiues, El 
les les achetent en différens licux & les font élever dans cette vüûe. 

Les deux féxes ont la liberté de fe remarier apres la mort de l'un ou j'au- 
tre des deux poux. Un homme peut mine époufer fa concubine; mais cvs 
fecondes noces fe font avec peu de cérémonies. Les veuves, qui ont eu des 
enfans , deviennent entiérement maitreiles d'elles-mêmes, fans aucune dé- 
pendance de leurs parens; mais hors les cas d'une bienféance reconnue, un 
fecond mariage leur fait peu d'honneur. Une femme de diftinction qui n'au- 
roit été mariée que deux heures, où qui n'auroit pas été plus loin.que le con- 
rat, ne s'en croiroit pas moins obligée de pañer le relte de fa vie dans le 
veuvage, pour marquer le refpect qu'elle doit à la mémoire de fon mari 
mort, ou à fon propre engagement. Il n'en eft pas de meme d'une veuve du 
commun. Les parens de fon mari, pour retirer une partie de la fomme qu'el- 
le lui a couté, peuvent la remarier fi elle n’a point d'enfant male, & la for- 
cent fouvent de recevoir d'eux un fecond mari. Quelquefois le mari eit trou- 
ve, & la fomme payée avant qu'elle en ait la moindre connoïffance. Les fil- 
ls, s'il en refle à marier (a), fuivent la condition de leur mère. Enfin, il 
n'y a aucune loi qui la mette à couvert de cette opprefion, à moins que fes 
propres parens ne fe chargent de fon entretien, ou qu'elle ne fe trouve en c- 
tat de rembourfer ceux de fon premicr mari, ou qu'elle ne prenne le parti 
de fe jetter parmi les Bonxef]es ; condition fi méprifable , que c’eft fe perdre 
d'honneur. Cette violence eit moins commune parmi les ‘l'artares. 

Aussi-rûr que les veuves font vendues, on les tranfporte dans un Sec 
(b), à la maifon de leur nouveau mari. L'empreffement qu'on a de fe defai- 
re ‘d'elles eft fi vif, qu’il fait quelquefois violer la loi, qui ne permet pas de ls 
vendre avant que le tems de leur deuil foit expiré. Cependant lorfqu’elles 
trouvent le moyen de faire entendre leurs plaintes, le Mandarin qui a ferme 
les yeux fur cette injuftice n’échape point au chitiment. 

Les mariages ne peuvent être caffés, lorfqu’il n’a rien manqué aux céré- 
monies de la celébration. Une femme qui abandonne fon mari eft foumife 
à des corrections légales, après quoi il conferve le droit de la vendre. Mais 
la Loi impole des chatimens févères aux maris qui vendent fecrétement leurs 
femmes ow qui les proftituent, & à tous ceux qui prennent quelque part à 
cette infamse. D'un autre côté, file mari abandonne fa femme, eile peut, 
après trois ts d’abfence, porter fa plainte aux Mandarins, qui lui donnent 
le droit de fe remarier. Elle feroit rigoureufement punie, s'il lui arrivoit de 
prendre un autre mari fans avoir obfervé cette formalité, Cependant il î a 

es 


(b} Le Traduéteura confervéici, onne fcait 
par quelle raifon, le mot Anglois, au-lieu de 


dire une chaife à porteurs. KR. d, E. 


D 2 


(a) Angl. fi elle a encore une fille qui foit 
à la mammeile, cle éntre dans le marché de 
la mére, KR. d. Ji, 


( 


LE, Ci 


— 
- 


- TT 
Ja 
r 


Les mariä 
ges peuvent d- 
trecailts dis 
CErTains çus, 


CÉRÉMONTES 
ET MaAkAGES 
D£s CHINOIS. 


Circonftan- 
ces quiles 
rendent nuls. 


Autres rai- 
fons de nul- 


jité, 


Autres nulii- 
tés, fuivant 
Navarctte. 


D'cifon des 
Cafuites dela 
Chine. 


28 VOYAGES DANS LEMPIRE 


des cas particuliers, tels que l'adultère, qui dt fort rare à la Chine, l'antipa- 
thie, la différence des tempéramens , l'exces de jaloufie , l'indiferétion, la 
ftérilité, les maladies con’ agieufes, où le divorce cit permis par la Loi. Mais 
on n'en voit guëres d'éxemple que parmi le Peuple. 

IL yades circonftances qui empechent la cclébracion du mariage ou qui la 
rendent nulle. 1. Une jeune fille promife à un jeune homme & comme enga- 
gée par les préfens mutuels des deux famifès, ne peut devenir la femme d'un 
autre. 2. le mariage eft nul dans les cas de tromperie, où, par Exemple, à 
quelque belle perfonne qui auroit Cté Vie par les Negociateurs on fübititueroit 
une femme laide & défagréable ; où, pour une femme libre, on donneroitune 
Efclave; & où le mari ne feroit auñi qu'un Éfclave, qu'un percauroicentrepris 
de faire paer pour fon fils légitime. 3: Un Mandarin civil ne peut fe marier 
dans une Province ou dans une Ville dont il et Gouverneur. 4. Le mariage 
eft nul avec une fille ou un garçon qui fe marie pendant le deuil de fon pere ou 
de fa mére. +5. Une promefle de mariage faite pendant la vie du père, ceffe à 
fa mort, pourvû que le jeune-homme averüfle par un billet lés parens de 
la fille. Cependant ceux-ci ne fe croient point encore dégagés. Ils atten- 
dent que le tems du deuil foit expiré; & sexpliquant à leur tour par un bil- 
let, ils font fouvenir ic jeune-homme de l'ancienne promefle. Mais sil re- 
jette alors leur propofition , la fille eft déclarée libre & peut s'engager dans 
un autre mariage. Le cas eft le même s'il arrive quelque difgrace dans cette 
famille, telle que lemprifonnement du pére ou de quelque proche parent. Il 
faut du moins que le Prifonnier donne fon confentement; & fi le mariage n’eft 
pas rompu, il fe celebre fans fête & fans réjouiflances. 6. Enfin les maria- 
ges font defendus dans une meme famille, à quelqu’éloignement que foic le 
degré de parenté. Deux frères ne peuvent éporfer deux fœurs. Un homme 
veuf ne peut marier fon fils à la fille d'une veuve qu'il époufe. Toutes ces 
contraventions à la Loi expofent le coupable au chatiment (c). 

N'AvARETTE apporte d'autres raifons qui peuvent faire cafler un mariage. 
1. Une femme babillarde , qui fe rend incommode par ce défaut, eft fujerte 
au divorce, quoiqu'elle foit mariée depuis long-tems & qu'elle ait donne plu- 


fieurs enfans à fon mari. | L’/ r croi » {ice meme ufire : * 3 
fieurs en à fon mari. { L'Auteur croit que fi ce meme ufage, étoit autori-# 


fé par les loix en Europe , il fcroit d'une grande uulité.T 2. Une femme qui 
manque de foûmiffion pour fon beau-pere & fa belle-mère (4). 3. Un: f Le 
me qui déroberoit quelque chofe à fon mari. 4. La lepre ett une autre in 
de divorce. 5. La ftcrilité. 6. La jaloufie. L'Auteur obferve, à cette oc ‘a 
fion, que les préfcrences d'un mari éaufent fouvent d etranges querell . A : 
les femmes. Les unes fe pendent. D'autres fe precipitent dans un puits il 
ajoûte qu'une premiere femme, lorfqu'elle n'a point d'enfans, engage fon ma- 
ria prendre une concubine, pour fe conferver quelque part à fon affection 
Parmi le Peuple, il fe trouve des maris qui louent leurs femmes dans FR 
foin, où qui les pretent pour un tems. Les Cafuiles moraux de la Chine, dé- 
cident qu'une mauvaife femme peut etre chaflce avec autant de juftice que de 
raifon, Zu-gu (e), fils du Phulofophe Confucius, changea plutieurs fois de 
femme 
k POSE du Père du Halde, page 353. mes past fouvent une vic fort triite, 
[y (4) Cette foümiflion fait que les fem- RARES 


femme 
.nomm 
$ “ rerpl Î 


l'exces 
hommd 
ditinci 
Manda 
nombr 
apres 
me & 
racont! 
volont: 
ge: dt 
maria 
autre f 
de fen 
naire 
leur p 
leur v 
ce qui 
D 4 
à mari 
Pere A 
vince. 
le dut] 
que | 
deux « 
tuels, 
enfans 
de lat 
époux 
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cu du 
LE 
dre d’' 
tel àg 
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de la 
gent , 
donn 
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piece 
diver 


& a 


; Fl'antipa- 
:retion, la 
Loi, Mais 


> où qui la 
mme enga- 
emme dun 
xemple, à 
ibltitueroit 
nneroit une 
tentrepris 
ct fe marier 
Le mariage 
Ion pere où 
ire, cefle à 
s parens de 
Ils atten- 
par un bil- 
ais s'il re- 
gagcr dans 
dans cette 
arent, Il 
iriage n'eft 
les maria- 
que foit le 
n homme 
l'outes ces 


n mariage. 
cit fujette 
donne plu- 


toit autori- # 


femme qui 
Un: fem- 
utre rafon 
CCTLE OCCa- 
elles entre 
puits. Il 
0 fon ma- 
atfeétion. 
ans le be- 
‘hine, dé- 
ice que de 
irs fois de 
femme 


trile, 


femme. Les Livres Chinois citent quantité d'autres éxemples 4e divorce, Is 

» : PSN 4 3 . : ré r « pe » 111 ’e N 

Fe des Anciens, qui chafftrent leurs femmes par la feule raifon qu'elles 
no nt qe | 


oi 1 Le elles cfrayoient leur chien par 
éremplifloient leur maifon de fumée, ou qu'el'es effrayoient leur € I 


l'excés de leur babil. Dans ces cas les Docteurs Chinois ou de 
homme du commun peut fort-bien {e remarier 3 cu Vu cs Les 
diftinétion, à la tete defquels ils nomment | A les no Se 
Mandarins, ne doivent point ufer de cette liberté, parce qu'ils o granc 


. nombre de concubines, de qui ils peuventattendre des offrandes & des facrifices 


après leur mort Cependant l'Empereur Chun-chi fe defit de fa a [cm - 
ed la renvoya dans fon Pays malgré fa groflefe. Deux Jétuites e Pexing 
racontérent à Navarctte , qu'un mari & une iemme l'arcares s'étant fépares 
lontairement, s'engagcrenc, chacun de leur côté, dans un nouveau maria- 
re fuivant le Lemoign ige du Pere Adam, dans une de fes Lettres, les 
ee: que € D'Or AA … Je | on _ È 
tes. des ‘J'artares durent jufqu'a cc qu'ils ayent envie de pos une 
titré ue & qu'entre les Grands de leur Nation, l'ufage et ne acts 
L \ N N , s : , e L L 
de femme & de fe marier l'un à celle de l'autre CF). Il eit encor À ort BE 
ire aux pères de fair: des conventions de mariage pour leurs cnfans , dés 
4 ù nice jeuneffe, & fouvent pendant la grotféile de leurs femmes. a 
Re & ile, ils conviennent d'avance de les marier C'ef 
leur vient un garçon & une fille, chier d'av . de le 
‘ils appellent Chi fi 1 iügnifie, Aiarque de ventres.e 
: qu'ils appelient Chi fa, qui iignifie, Aiarqu DRE 
à D ANS É Province de Chang-fi 1 seit établi un ridicule ufage, qui CE 
LL i L € . ù * A 4 ee ù * à : c ve 
à marier des perfonnes mortes  [Auceur fait ce récit fur le temoignag du 
Père Michel Trigaut, Jéfuite, qui avoit paîle piutieurs années dans cette Pro- 
| ne * 8 ? “ à > » : a] É » < ? n y Lé 
ince, Deux familles qui perdent un garçon & une fille, apres avoir formé 
Le dettes | ic umble, conviennent de celcbrer lé mariage tandis 
le detlein de les marier enfemble, convienne ee 
que les deux cercucils font dans leurs mafons, où l'ufage it de les gui 
oi quelquefois davaniaz: Ils s'envoyent des prefens mu- 
deux ou trois ans & quelquefois davaniaz:. . LEE 
tuels, accompagnés de mulique & de beaucoup de formalités, comine fi leur 
enfans étoient encore en vice.  Enfute ils placent les deux cercucils l'un pres 
de l'autre ils font le feltin nuptial dans le meme licu, X renferment les . 
époux dans un méme tombeau. Aprés cette céremonie ils fe traitent non-fc u- 
. \ : eds ï y, L] . à : ï * , 4 
i 1 alliés, comme urs enf: TOICNC VC- 
lement d'amis, mais de parens ou d’alliés, comme fi leurs enfans avoit 
cu dans le mariage. : . use 
L Es cérémonies du mariage, dans la même Province, confiftent à Fe “si 
dre d'abord au Temple des Ancetres, pour leur déclarer que leu petit-fils, u 
tel age, fe propofe d'epoufer une fille, qu'ils nomment auf, & pour leur de- 
mand + de l'aiiftance dans une affaire qui les touche de fi pres. Les parens 
af : chofe. Le mari apporte à fa femme une fomme d ar- 
de la fille font la méme chofe, Le mari ap} ë Das nn 
gent, que les parens gardent pour eux-memes.  Quelquefois de ils en 
| : à 1 . * » ee » » " D Era) “ à Pa a € ) 1 
donnent une partie à leur fille. Cette fomme et portte avec toute la pe re 
poible. La mufique précede.  Enfuite viennent les tables, portées chacune 
par quatre hommes. Sur l'une eft une pièce d’etofe de foie ; fur l'autre, une 


piece de coton; le fruit fur la troifième, & l'argent fur la quatrième, avec 


cs f riandife ais la réalité ré nal au bruit 
diverfes fortes de mets & de friandifes. Mais la réalité répond ma 
& aux apparences. 


(f) Relation de la Chine par Navarette, pag. 66, & fui: 


D 3 


DE LA CIINE, Liv. IL Car. Il 20 


CÉREMONT"S 
ET Marvracrs 
Des Cuinu.s, 


Ufage de ma- 
ricrles Morts, 


Moringes de 
la Province de : 
Chan-fi, 


ULTDLMONTES 
ET NIARIAGES 
pEs Crinois, 
Comment 
une tic fe fe- 


pare de fa fa- 
milice, 


Contruinte 
où vivent les 
{fcmimes, 


Secours 
qu'eiles de- 
mandent dans 
leur groffeite. 


Noms des 
entans, 


Divers 
noms, fui- 
vant l'âge & 
les rangs, 


comme fuperftitieux, jetta furieufement l'œuf 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ON fait choix d'un jour fortuné pour envoyer les préfens & pour célibrer 
le mariage (g). La déclaration s'en fait encore aux Ancetres; apres quoi le 
mari charge un de fes parens, ou queique perfonne grave, de lui amener fl 
femme dans un fedan bien crime. Lile prend conge de fa famille, après en 
avoir recu de bons confuils. Elie entre dans le fedan, où elle trouve un peu 
de riz, de froment & d'autres grains, pour fignilier qu clle porte quantité de 
biens avec elle, & que les revenus de fon mars en receÿront beaucoup d'ac- 
croiflement.  ‘landis qu'elle entre dans fà voiture, on cafe ordinairement un 
œuf, quoique le céremonial n'en fafle point une loi, pour fignilier qu’elle fera 
féconde (} ). | | | | 

LorsQu'£LLE arrive à la maifon de fon mari, qui eff richement paré pour 
la recevoir, le beau-pere & la belle-mcre le pretentent les premiers, & nc lui 
épargnent ni les honneurs ni les careffes. On rend les devoirs d'ufige, au Ciel 
& à la Terre, aux parens & aux amis. Enfuite la fete commence. Les hommes 
mangent dans la première chambre. Les femmes, dans une ch ambre intérieure. 
Le foir on conduit la jeune Marice dans l'appartement de fon mari, où elle 
trouve, fur une table, des cizcaux, du fil, du coton & d'autres matitres 
d'ouvrages, pour lui faire connoitre qu'elle doit aimer le travail & fuir l'oii- 
veté. | | 

Dspuis ce jour, jamais un beau-père ne revoit le vifage de fa belle-fille, 


[qu'après fa mort, fi le hazard veut quelle meure avant lui. } Quoiqu'il vive- 


dans la méme maïfon, il ne met jamais le pied dans fa chambre. 1! fe ça. 
che lorfqu'elle en fort. Les amis & les alliés de la famille n'ont pas la liberté 
de lui parler fans témoins. Cette permiilion s'accorde aux coutins, lorfqu'ils 
font plus jeunes qu'elle, parce qu'on s'imagine qu a leur age ils ne font capa- 
bles d'aucune hardieffe offençante. Mais ceux qui font plus ages n'obtiennent 
jamais une faveur de cette nature. On craindroit qu'ils ne prilenc avantage 
de leur fupériorite. Il eit permis aux femmes de foruir quelquefois dans le 
cours de l’année , pour rendre vifite à leurs proches parens. C’elt à quoi fe 
bornent leurs plailirs & leurs amufemens. 

LorsQuU'ELLES fe croient grofles, elles vont faire la déclaration de leur 
état au ‘l'emple de leurs Ancecres, & demander leur fecours pour une heu- 
reufe délivrance. Après l'accouchement, elles retournent au meme lieu, 
pour l’action de graces & pour demander la confervation de leur fruit. Quel- 
quefois elles y retournent encore avec leurs enfans, pour remercier les Morts 
de les avoir confervés & demander qu'ils parviennent à l'age de maturité (i). 

Dès le moment de la naiïflance on donne aux enfans le nom de leur nil 
le, c'eft-à-dire, un nom commun à tous ceux qui defcendent du méme grand- 
père. Un mois après on y joint un diminutif, que les Chinois appellent wa nom 
de lait, & qui elt ordinairement celui d'une fleur, d'un animal ou de quei- 
qu'autre créature. Au commencement des études, un enfant reçoit de fon 
Maitre un nouveau nom, qui accompagne celui de fa famille, & qu'il porte 

entre 


(zx) On choifit ordinairement un des neuf contre un mur, en difant:,, Ma fille eft-elle 


jours de la nouvelle Lune. » Une poule à qui l'on veuille faire pondre des 
b) Navarette remarque qu'un Chinois ,, œufs? F'aion & la remarque font égale 
nouvellement conveiti, refardant €Ct ufare ent pucriles. 


i) Navarctte, pag. 69. & fuiv. 


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apres quoi lc 
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Ile, apres en 
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nt paré pour 
rs, & nc lui 
fige, au Ciel 
Les homines 
re interieure. 
nai, où elle 
tres matières 
X fuir l'oift- 


fa belle-fille, 


uoiqu'il vive: 
c, [I fe ca- 


pas la liberté 
ns, lorfqu'ils 
e font capa- 
n'obtiennent 
ünt avantage 
cfois dans Îe 
elt à quoi fe 


tion de Jeur 
ur une heu- 
meme lieu, 
fruit. Quel- 
er les Morts 
aturité cos 
leur famil- 
1ème grand- 
Ilent «x nom 
ou de quei- 
çoit de fon 
qu'il porte 

entre 


a fille eft-elle 
re pondre des 
& funt Cuale 


div, 


DE LA CIINÉ, Liv. IL Crar. Il dé 


ftre fes condifciples. Lorfqu’il eft arrivé a l'âge viril, il en prend un autre, 
M'il porte entre fes amis. Cell celui qu il conferve & qu'il ligne ordinaire. 
lent au bas de: fes Lettres. Enfin, sil parvient à quelqu Emploi confidéra- 
ble, il choiit un nom convenable à fon rang ou à {on D X CA on 

rle de lui, la politefle ne permet plus qu’on lui en donne d'autre, Ce feroit 
Mc incivilité groiticre de l'appeller de fon nom de famille , à moins qu'on 
y fuc autorife par la fupériorité du rang (k). 


ge [Navarerre aflire que la fodomie eit aflez commune dans la Chine, & 


que méme du tems des Empereurs Chinois il ÿ avoit dans Pe-king des lieux 
publics deltinés à cet abominable ufage. Les Empereurs ‘T'ar . les ont fupe 
primé, mais:1l en refte encore à Ÿong-chew. Ceux qui : pro a de cette 
manière font habillés comme les autres hommes, mais ils ne fe (/) marient 


jamais. ] 


RCA) Navarcette, uli fup. pag. 68. (4) Du Halde, pag. 294. - 


f. V. 
+ Deuil &$ Funcrailles des Chincis. 


F A picté filiale étant le principal fondement du Gouvernement ne 
les anciens Sages de la Nation fe perfuad-rent que . LA Capa 
ble d'inipirer aux cntans le refpeët & la foumi ‘on qu ils Ses leurs pa- 
rens pendant leur vie, que de voir rendre aux Morts des PHONE do 
nucls de la plus profonde vencration.  C'ett par cette ration que cs | Lie 
prefcrivent avec tant d'exactitude toutes les ceremonies qui regardent : 
Morts, telles que l'ufage en cit établi dan: ja Reigion ne qui el 
celle des Lectrés ou des Sectaicurs de ConeIes Les autres ont pro- 
fefion de les pratiquer au; mais avee un melange de fuperftitions, qu'on 
prendra foin de diftinguer dans la Deferipuion fuivante. : L 
Navarerre nous apprend que fuivant le Rituel, lorfqu'un homme ap- 
roche de la mort, on le prend dans fon lit & on le couche à terre » atin 
que fa vie finifle où elle à commencé. De meme, on place un enfant à 
terre aufli-tot qu'il elt né, comme chez les Juifs &. d'autres pa 
faire connoitre qu'il doit retourner dans le lieu d'où il eft se ri 1e 
Malade eft expiré, on met dans fa bouche un petit biton, qui empêche de 
fe fermer. Alors une perfonne de la faille monte au fommet de A , 
avec les habits du Mort, quil étend dans l'air, en appellant fon a 
nom & la conjurant de retourner. Enfünte il revient auprès du ca + . & ; 
couvre de fes habits. On le luffe trois jours dans cet état, Le nt e si 
donnera quelque marque de vie avant qu'on le mette au cercueil, oi 1e 
Mifionares ont approuvé cette cérémonie. Dans plufieurs cantons, elle s’é- 
‘cute à la porte du Mort. | | We 
Fox on cnfuite à faire une canne, ou un bâton d Appui qul parce. le 
nom de Chung, afin que l'ame ait quelque foutien qui puille lui a he de 
ofer. Ce baton C't fufpendu dans quelque ‘F'emple des Morts. On fait auñi 


gette forte de tablettes que les Müdionures nomment Tublettes des Morts, & 
qui 


C'arMonies 
FUNEBRES DES 
Cuisots. 


fondement 
du Gouverne- 
ment Chinois. 


Origine des 
cérémonies 
moituaires, 


Premières 
cérémonics 
qui s'ebfer- 
Vour & amort 
d'un Chinois, 


ES 
2 Ad age "7 —: em == es . ; _ 


CÉRÉMONTES 
FUNEBRES DES 
CHINOIS, 


3onzcs qui 
aMitent les 
Chinois à la 
uort, 


Ancien ufa- 
gc, pour les 
femmes, ce 
fe pendre à la 
mort du mari. 


Cercucils des 
Chinois. 


32 VOYAGES DANS L'EMPIRE 

qui font nommées par les Chinois , Trûnes ou Siéges de l'Ame ÿ car ils fuppofent 
que les Ames de leurs amis morts y {ont leur féjour, & qu'elles s'y nourrif: 
fent de la vapeur des alimens qu’on leur offre. L'Auteur aflüre qu'il a vérific 
cette doctrine par la lciure de leurs Livres & par leur propre témoignage 
(a). Entroifieme lieu, on met dans la bouche du Mort une piéce de mon- 
noie d'or ou d'argent, du riz, du froment & quelques autres bagatelles, 
C'eft dans cette vüe qu'on la tient ouverte. Les perfonnes riches y mettent 
quelques perles. ‘l'outes ces cérémonies font preferites dans les Rituels & dan: 
le Livre nommé Kay-ju, qui eit l'ouvrage de Confucius. 

L'usace des Chinois, lorfque la maladie met un de leurs parens en dan- 
ger, eft d'appeller les Bonzes pour employer le fecours de leurs prières. Ces 
Miniitres publics de la Religion viennent avec de petits bañlins, des fonnettes 
& d'autres Inftrumens, dont ils font affez de bruit pour hater la mort du Ma: 
lade; mais ils prétendent au contraire que c’eit un foulagement qu’ils lui pro- 
curent. Si la maladie augmente, ils afiürent que l'ame eft partie; & vers le 
foir trois ou quatre d'entr'eux courent par la Ville avec un grand bain, un 
tambour & une trompette, dans l'efpérance de la rappeller. Ils s'arrêtent un 
peu en traverfant les rues; ils font retentir leurs Inftrumens & continuent leur 
marche. L'Auteur fut témoin plufieurs fois de cette pratique. Ils parcourent 
dans la même vüe les champs voifins, en chantant, priant, & fonnant de 
leurs In{trumens entre les buiflons. S'ils trouvent quelque groffe mouche, ils 
s'efforcent de la prendre ; & retournant, avec beaucoup de bruit & de joie, 
au logis du Malade, ils aflürent que c'eft fon ame qu'ils rapportent. L'Auteur 
apprit qu'ils la lui mettent dans la bouche. 

C'Esr un ufage affez commun parmi les Tartares, à la mort d'un homme, 
qu'une de fes femmes fe pende pour l'accompagner dans l'autre Monde. En 
1668, un Tartare de diftinétion étant mort à Peking, une de fes concubines, 
âgce de dix-fept ans, fe difpofoit à lui donner cette preuve d'affection; mais 
fes parens, qui l’aimoient beaucoup, préfentérent une requete à l'Empereur, 
pour le fupplier d'abolir une fi odieufe coutume. Ce Prince ordonna qu’elle 
fût abandonnée, comme un ancien refte de barbarie. Elle étoit établie auf 
parmi les Chinois; mais les Exemples en ctoient plus rares & leur Philofophe 
ne l'avoit point approuvé. Cependant l'Auteur fut témoin qu'un Viceroi de 
Canton, fentant là mort approcher, pria celle de fes concubines qu'il aimoit 
Je plus tendrement, de fe fouvenir de l'affection qu'elle lui devoit, & de ne 
pas l'abandonner dans le voyage qu'il alloit entreprendre. Cette femme eut 
le courage de lui donner fa parole & de l'éxécuter, en fe pendant elié-méme 
aufli-tot qu'il fut expire. 

AvanNT que de mettre le corps au cercueil, on le lave, dit Navarette, 
avec d'étranges ceéremonies (2). Du Flalde affüre au contraire (c) qu'on 
lave rarement les Morts; mais qu'après les avoir revétus de leurs plus riches 
habits & couverts des marques de lcur dignité, on les place dans le cercucil 
qu'us ont fait faire pendant leur vie. Leur inquiétude va fi loin fur cet arti- 
cle, 


Ca) Du Halde dit (pag. 10.) que ces fan. pendant Navarette affüre qu'elles viennent de 
taifics ont étc introduites par les Borzes, & Confucius même. 
Doit licu que parmile Peuple, étant fort op- (Ch) Navarette, pag. 70. & fuiv. 


poiccs à la véritable doétiinie Chinuife. Cc- (ec) Du Halde us jup. pag. 310. 


cle, qi 
“procur 
fme le 
tou fc 
cucil à 
quefois 
:boutiq 
Ze où 
brûle € 
où l'o! 
des an 
meme 
comp 
fort K 
rieur, 
mode. 
En un 
cucil, 
ON 

. charb 
hnois, 
n'oub 
conqi 
eft de 
de m 
prccreu 
pleur: 
cœur 
conn 
fe; à 

de le 

L 

rent 
que 
allics 
de C& 
loign 
ment 
iCS Ô 
une 
en fl 


ls fuppofent 
s'y nourrif 
lil a vérific 
témoignage 
ce de mon- 

bagatelles, 
S y mettent 


uels & dan: 


ens en dan. 
ières. Ces 
les fonnettes 
hort du Ma. 
u'ils lui pro- 
3 & vers le 
d bafin, un 
‘arrétent un 
cinuent leur 
s parcourent 
fonnant de 
mouche, ils 
& de joie, 
t. L'Auteur 


‘un homme, 
Ionde. En 
concubines, 
:ction; mais 
l'Empereur, 
onna qu'elle 
établie auf 

Philofophe 
 Viccroi de 
qu'il aimoit 
t, & de ne 
femme eut 
t clié-méme 


 Navarette, 
(ce) qu'on 
plus riches 
le cercucil 
fur cet arti- 
cle, 


es viennent de 


fuiv, 
310. 


Hprocur cr un cercueil plus de vingt ans avant le befoin, 
fme le plus précieux meuble de Icur maifon. 
tou fe vendre, dans la feule vüe d'amañler aflez d'argent pour acheter un cer- 


pérccreucil, 


DE LA CIINE,LtviL Car. IL 33 


cle, que s'ils n'avoient que dix pifloles au monde, 1ls les employeroient à fe 
Ils à regardent com- 
On a vü des enfans fe louer 


cucil à leur pere (d). Ils'en fait d'un bois fi recherché, us valent quel- 


quefois jufqu'à cent ducats. On en trouve de toutes les grandeurs dans les 
! boutiques. 


Les Mandarins éxercent fouvent leur charité, en dittribuant quin- 
ze où vingt cercucils au Peuple. Un Chinois qui meurt fans ce meuble eft 
brûle comme un ‘Fartare, Auti célebre-t-on, par une fite, l'heureux jour 
où l'on eft parvenu à fe procurer un cercucil. On l'expofe à la vue pendant 
des années enticres. On prend quelquefois plaifir à s'y placer. L'Empereur 
meme a fon cereucii dans le Palais (e). Les planches dont Les cercucils font 
compofts, pour les perfonnes riches, ont un demi-piecd d'épaifleur & durent 
fort long-tems. Comme ils font enduits de bitume & de poix du cûté inté- 
rieur, & foigneufement vernis au dehors, il n'en fort point de vapeur incom- 
mode. On en voit de richement dorés, avec divers ornemens de fculpture. 
En un mot, la dépenfe des perfonnes riches, pour fe procurer un beau ecr- 
cucil, eft ordinairement entre trois cens & mille Ccus Sa 

ON y met un peut matchs, une courtepointe & des orcillers, avec du 


. charbon & de P< ICS guichets pour les lampes, dans la vüe, dif&ne les Chi- 


nois, d’ empécher que l'humidité du corps n’y caufe de la corruption (£}). On 
n'oublie pas auff! d'y mettre des cizeaux pour fe couper les ongles. Avant la 
conquete des ‘Fartares, on y mettoit un pc igne pour les cheveux.  L'ufage 
eft de couper les on: les aux Alorts, lorfqu' ils ont rendu Le dernier foupir, & 
de mettre ce qu'on en retranche dans de petites bourfes aux quatre coins du 
[apres quoi on y place le corps, & on fe répand en cris (h) & en 
pleurs ] Ils regardent comme uue cruauté d'ouvrir un corps, & d'en ôter le 
cœur & les entrailles pour les enterrer fCparément. Des os de Morts entailés, 
comme en Europe, les uns fur les autres, leur paroïffent une chofe monftrueu- 
fc; & tant de cercucil conferve fa forme, ïls fe gardent ferupuleufement 
de le joindre dans une méme fofe à ceux de la mème famille. 

Le J'yuo, c'ett-a-dire, les devoirs folemnels qu ‘ils rendent aux Morts, du- 
rent ordinairement l'efpace de fept jours; à moins qu'on nc foit obligé, par 
quelque bonne raifon, de les réduire à crois.  C’eft dans cet Férqale que les 
allics & les amis d'une famille, après avoir invités , viennent s'acquitter 
de ec qu'ils dorvent à la memoire du Mort. Les plus proches parens ne s’é- 
Joignent pas de la maifon. Le cercucil eft expofé dans le principal apparte- 
ment, qui ef} tendu d'étofe noire (i), quelquefois entremelée de bandes noi- 
res X violettes, & d'autres ornemens de deuil. On place devant le cercucil 
aunc table, fur laquelle eft la ftatue du Mort, ou du moins une piéce de bois 
en foilpture, avec fon nom gravé (4), & de chaque côté, des ficurs, des 


" par fums 
(d) Chine du Père du Halde, pag. 280. (b) Defcription de la Chine par Navaret- 
& of. te, pag. TI. 
(e) Defcriptior de la Chine par Navarct- (à) «gl. d'étofe blanche, R. d. E. 
te, pas, 7. (&) Navarecte dit que le nom ett fur un 
Cf) Duflalde, ubi fup. pag. 306. petit tabernacle, placé au inilieu d'un autel 
(g) Du ffide dit qu'au fondon met dela qui cit fur le cercucil, 
chaux dans F1 méme vüe, 
VIII, Part, E 


CErRLMONTES 
FUNEGKES DES 
CuiNois. 
Pation des 
Chinois pour 
fc procurer 


un cercucil. 


Ufage qu'ils 
en font pen: 
dant leur vie, 


Ce qu'on y 
met avec le 
corps. 


[0 


Circonftan: 


ces du deuil, 


CÉRÉMONIES 
FUNEBRES DES 
CHINO!S. 


Comulimens 
de condoican- 


ra 


ce. 


Rafrrichife. 
meis qu'on 
préfente à l'af- 
femblée. 


Cérémonies 
de l'enterre- 


mont, 


" VOYAGES DANS LEMPIRE 


parfums & des (7) flambeaux de cire allumés. Navarette raconte qu'avar: 
que de pleurer le Mort, on met au milieu de la chambre un plat de table, 
que les Bonzes brifent en picces apres quelques cérémonies, en affurant qu'il; 
ont ouvert au Mort les portes du Ciel. Alors les lamentations commencent, 
& l'on ferme le cercueil avec une inlinité de nouvelles céremonies (m). 

CEux qui viennent faire les complimens de condolcance faluent le Mort 
en fe profternant, & frappent plufieurs fois la terre du front » ViS-d-Vis la ta. 
ble a), fur laqu. lle ils mettent enfuite des lambeaux de cire & des parfums, 
que l'ufage les oblige d'apporter. Les amis particuliers accompagnent cette 
formalite de foupirs & de larmes. Pendant qu'ils s'acquittent de ces devoirs, 
laine des fils, fuivi de fes frères, fort de deffous un rideau , qui eft à cocc du 
cercucil, rampant à terre & verfant des larmes dans un filence lugubre, On 
le complimente avec les mêmes cérémonies qu'on vient de faire devant le cer- 
cucil; tandis que les femmes, qui fe tiennent cachées derriére le rideau, jet. 
tent par intervalles des cris lamentables. | | | 

LorsQUE tous ces devoirs om: été remplis, on fe lève, & quelque parent 
éloigné du Mort, ou quelqu’arui en habits de deuil , qui a reçu les a liftans à 
leur arrivée, continue de faire les honneurs de la maïfon, & les conduit dans 
un autre appartement, où l’ufage eft de leur préfenter des fruits fees, da ché 
& d'autres rafraichiffemens, {après quoi 1l les accompagne jufqu à leur chu- 5 
fe.] Ceux qui demeurent à peu de diftance de la Ville, viennent s'acquitter de 
toutes ces bienfeances en perfonne. Ceux qui font arr:tés par l'éloignement 
ou par quelqu'indifpofition, envoyent un domeltique avec leurs préfens & un 
billet de vifite, qui contient leur excufe. L'ufage oblige audi }:s enfans du 
Mort, ou du moins le fils ainé, de rendre vilite pour vyit., mais il fuffit 
qu'ils fe préfentent à chaque porte, où qu'ils y envoyent un billet par les mains 
d'un domeitique. 

Aussi-ror que le jour de l'enterrement eft fixé, on en donne avis aux 
pargns & aux amis de la famille, qui ne doivent pas manquer de fe rendre à 
l'afemblée. Le convoi funébre commence par des figures de carton, qui re- 
prefencent des efclaves, des rygres, des lions, des chevaux, &e. & qui font 
portées par des hommes. autres Compagnies fuccédent, marchant deux à 
deux, les uns avec des étendarts, des banderolles & des caflolettes remplies 
de parfums; d'autres avec des Inftrumens de mufique, fur lefquels ils jouent 
des airs lugubres. Dans quelques Provinces, le portrait du Mort s'éleve au 
milieu du convoi, avec fon nom & fes titres écrits en gros caraétéres d'or. 


Il 


(1) Du Halde, pag. 206. au pied d'une carcaffe Payenne , dont je fuis 

(Cm) Navarette, pag. 71. tres -aljüre que l'ame brule en Enfer ; E cele 

(n) Navarctre fait un reproche à pluficurs immédiatement aprés avoir dit la Mel}, dans 
Jéfuices de s'être aœonformés à cet ufage. I dit Je tems que je crois qu'il avoit encore le faint 
que le Père Antoine de Gouea, Supérieur de  Sacrement dans l'efhonac.] | Mais cette accufätion fi 
la Miffion, ne défavoua point d'avoir fait la  feréduit àrien, dans un temsoù ces honneur; 
méme chofe, [Il ajoûte que Jules Alcin Brg@iendus aux Morts étoient regardés comme un 
aufli de même, mais qu'il s'en repentit bien. eule: civil; & l'on ne fe perfuadera point en 
tôt & voici, continue t-il, en quels termes un effet qu'aucun Miffionaire cût pul'approuver, 
autre Jéfuite en écrivit aux Dominiquains, s’il n'eût eu de fortes raifons pour ne pas Îe 
Me: Cheveux f? dre[Jent Jur ma tête, quand je croire idclatre.] 
berne qu'un Précre du vrai Diew s'eft prollerné 


* 


= ti: 
= 1 


onte qu'avar,: 
lat de table 
affurant quil 
commencent, 

CS (m). 

uent le Mort 
1S-a-vis la ta. 
des parfums, 
agnent cette 
ces devoirs, 

eft à côté du 
agubre, On 
levant le cer- 
rideau, jet. 


clque parent 
cs a liftans à 
conduit dans 
fees, du ché 
La leur chai-:: 
acquitter de 
éloignement 
réfens & un 
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nais il fuffit 
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ne avis aux 
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& qui font 

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Il 


, dont je fuis 
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Melle, dans . 
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Co) 
eit CCI 
Cp) 


DE LA CHINE, Lrv.ll Car. il. 35 


11 cit fuivi du cercucil, fous un dais de foie violette, en forme de dôme, 4 Cénémowrees 
vec des touffés de foie blanche & de riches broderies aux quatre coins. La rinune : DGS 
machine qui foutient le cercueil e!t portée par des hommes, dont le nombre  CuNuis. 
monte quelquefois jufqu'a foixante-quatre. L'ainé des fils, à la téte de fes 
frères & de leurs “nfans, fuit à pied, couvert d'un fac de chanvre & s’ap- 

uyant fur un baton, le corps panché, comme s'il étoit prét à s’abimer de 
douleur. Il cft fuivi des parens & des amis, tous en habits de deuil, & d’un 
grand nombre de chaifes, couvertes d’étofe blanche, où font les femmes & 
les filles du Mort, qui percent l'air de leurs cris. 

Les tombeaux Chinois font hors des Villes (0), la plûpart fur quelqu'émi-  Tombeaux 
nence. On y plante ordinairement des pins où des cyprès, qui les environ- ‘es Chinvis, 
nent de leur ombre. Chaque Ville offre, à quelque diftance (p), des Villa- 
ges, des Hameaux & des maifons difperfées, qui font prefque toûjours ac- 
compagnées de petits bois, & quantité de petites collines couvertes d'arbres 
& rentermées de murs, qui font autant de différens cimetières, dont la vûüe 
n’eft pas fans agrément. 

LEs tombeaux ne fe refflemblent point par la forme, dans les différentes Leur forme 
Provinces de l'Empire. Cependant la plûpart repréfentent un fer à cheval. SAN ANSE 
Us font affez bien bâtis, & blanchis proprement, avec les noms de chaque 1 
famille gravés fur la principale pierre. Les Pauvres fe contentent de couvrir 

gle cercucil [ de chaume , ou ] de terre, à fix ou fept pieds de hauteur, en 
forme de pyramide. D’autres le renferment de brique. Mais les tombeaux des  Magnificens 


autres Grands font ordinairement magnifiques. On batit une voûte, fous la- Mrs 
AUX qe 


gaquelle on place le cercueil. On élève, au-deflus, un amas de terre [battue] Grands. 
de la forme d'un bonnet, haut d'environ douze pieds, fur huit ou dix de dia- 
mettre , qu'on couvre de mortier pour empecher que l'eau n'y pénétre, & qu'on 


entoure d'arbres de plufieurs efpèces. On cleve auprès une longue table de mar- 

bre blanc, où l’on place une caflolette, deux vafes & deux chandeliers, qui font 

aufli de marbre. Des deux côtés on range, fur plufieurs lignes, quantité de fi- 

gures d'Officiers, d'Eunuques , de Soldats , de lions, de chevaux de fulle, de cha- 

meaux, de tortues & d'autres animaux, en diverfes attitudes, qui expriment 

de la douleur & de la vénération. Les Sculpteurs Chinois excellent dans l'ex- Apparte. 
preffion des fentimens. À quelques pas du tombeau on trouve des tables, Hô POUF 1e 
dans différentes falles, bâties exprès pour la cérémonie de l'enterrement, où éd 

les domeftiques préparent un feftin, tandis que l’aflemblée eft occupce des 

devoirs funebres. Après le repas, les parens & les amis fe profternent, pour 

témoigner leur reconnoïifance au Chef du deuil, qui leur rend cette civilité 

par des geftcs extérieurs, accompagnés d'un profond filence. Les fépultures 

des Seigneurs ont plufieurs appartemens , où les parens & les amis paflent 

un où deux mois apres l'inhumation du corps, pour renouveller chaque jour 

leurs gémiflemens avec les fils du Mort (4). 

Suivant Navarctte, les Bonzes font de grandes proceflions aux funé-  ProceMone 
railles des perfonnes de diftinétion, fuivis de laffemblée du deuil, avec des des Bonzes. 
lambeaux & des parfums brûlans à la main. Ils offrent des facrifices par | Le 

tervalles. 


(o) Navaretie obfcrve que cette coutume (a) Chine du Père du Halde, pag. 307. 
et commune aux Juifs & aux Payens, & fuivantes, 
(Cp) À la diflance d'unc licuë, 
E © 


Ci ÉMOxtES 


34 VOYAGES DANS LEMPIRE 


à) 


tervalles. Ils obfervent tous les Rits des obféques, entre lefquels ils brûlenc 


PUN&BRES DES des figures d he de femmes, de chevaux, de felles & d'autres fubftan- 


Cuinoits, 


Ofrindes 
qu'on faic aux 
Morts. 


Examen des 


cadavres. 


Cérémonies 
qui furent ob- 
fervécs aux 
fun ‘railles du 


ces, avec quantité de billets de monnoie, Es ils croienc etre changés en biens 


réels dans l'autre vie, pour l'ufage du Mort. Quelques Voyageurs ont au 


fans fondement, que les Chinois tuent des creutures Ja pour accom- 
pagnc er le Mort a la forcie du corps. AMhus, en arrivant au heu de a f pultu- 
rc, ils font un facritice à l'E ll prit qui y pre ic, pour sporee {1 protection 
en faveur de fon nouvel Elote.  Apr:s les fun ruiles, ils offrent, pendant 
plufieurs mois, devant l'image du Mort & devant fa tablette, de la char, 


du riz, des légumes, des fruits, des potages d'autres alinens, dans l'opi- 
nion que l'Ame en fait fa nourriture. Cette ecremonic fe renouvelle un cer. 
tain nombre de fois (r) chaque mois & chaque jour. 

Is viennent quelquefois de fort loin pour éxaminer le cadavre de leurs pa- 
rens ou de leurs amis. Ils obfervent particulièrement la couleur des os, pour 
découvrir fi leur mort eft naturelle ou violente. Mais la Loti veut qu À y «it 
un Mandarin préfent à l'ouverture du cereucil, Les ‘Tribunaux ont des Oih- 
ciers qui font chargés de cette infpection. L'avi idite des richefles fait quelque: 
fois ouvrir les combeaux, pour enlever les joyaux & les habits qui s'y trou- 
vent renfermés. Mais c'elt un crime, qui eft puni fevérement Çs 

Les cérémonies qui s'obfervent aux funérailles des Grands, Re d'une ma- 
gnificence furprenante. A la mort du Prince Ta-vang-ye, frère de l'Empereur 
Kang-bi, la proceffion commença par une bande de Trompettes & de Mufi- 
ciens, apres lefquels on vit paro! re, deux à deux, dans l'ordre fuivant, dix 
Maciers, dont les males étoient de cuivre doré : ; quatre à arafols & quatre dais 
de drap d'or; fix chameaux caparaçonnés de peaux de Sable (r); fix autres 
chameaux, qui portoient des tentes & des équipages de chafle, couverts de 
grandes houffes rouges, qui tranoient jufqu'à terre; fix chiens en leffe; qua- 
torzc chevaux fans fe! ls, avec des brides jaunes & des caparaçons de Sable; 
fix autres chevaux, chargés de magnifiques porte-manteaux remplis d'habits, 
qui devoient être brûlés; fix chevaux avec des felles brodées & des étriers do- 
rés; quinze Gentilshommes, armés d'ares, de fléches & de carquois ; huit 
hommes, qui portoient chacun deux ceintures artares, d'où pendoient des 
bourfes remplies de perles ; dix hommes, ayant à la main des bonnets propres 
pour chaque faifor; une chaife ouverte, comme celle qui fert à tranfporter 
l'Empereur dans l'intérieur du Palais; une autre chaife à couflins jaunes. 

ENSUITE venoient les deux fils du Prince mort, foutenus, par des Eu- 
nuques & les yeux baignés de larmes; le cercueil, fous un grand dais jaune, 
porté par foixante ou quatre-vingt A nés, vêtus de ES avec des plu- 
mets rouges à leurs bonnets ; les” Ages, en compagnies (v}), environnés de 
leurs domeftiques ; les ARezules é. & les autres rinces; deux autres cer- 
cucils, contenant Îles corps de deux concubines, qui s’étoient pendues (5) 
pour fervir le Prince dans l’autre Monde; les Grands de l'E mpire; les chai- 


ics 
2 ù L vifitent l uvent lieux dans 112 déa remarqué c'y devant. R. d. E. 
AUItC , HS y pieurent, is ÿ offrent des ) On vetra l'explication de c2 terme, 
mens, ils y bidlent des papia Navarctte, R LE | 
és a Den, NL x) Le Portugais ont donné ce nom à cere 
) Du Halde, : / Dignités qui { et ont expliquées R. d. K, 


) C'eft il: a: dire de Zib DCI line, CoimInce on | st GE On a parlé Cis dei Us de ect ui age, 


{es d 
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Dani 
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Artif: 
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l'Enp 
vEruc 
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é: tant! 
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: cnaqu 
X SE? t con 


sils brûlent 
res fubftan- 
rés en bicns 
ont afTire, 
our accuim- 
& la fepultu- 
à protection 
it, pendant 
lc la char, 
dans l'opi- 
elle un cer- 


de leurs pa- 
-S OS, pour 
it qu'il y al 
nt des Off- 
ait quelque- 
jui s'y trou- 
À 
it d'une ma- 
: l'Empereur 
& de Mufi- 
fuivant, dix 
: quatre dais 
; fix autres 
couverts de 
\lefle; qua- 
ns de Sable; 
lis d'habits, 
» étriers do- 
quois ; huit 
endoient des 
nets propres 
1 traniporter 
jaunes. 

par des Eu- 
| dais jaune, 
vec des plu- 
vironnés de 
autres cer- 
sendues (y) 
e; les chai- 
ies 


1É CC nom à Ccre 
quées. R. d. &, 


çct ufage, 


4 DE 


mais cet efpace et ordinairement réduit à vingt-fept mois, pendant lefqucls 
Non 1 


LA CHINE, Liv. Il Crav. Il 37 


fes de la femme du Prince, des Frincefles & de leurs parens; une multitude 
#e peuple, de Lamas, & de Bones, qui fcrmoicnt là procéïlion. Les huit 


banicres, avec tous les Mandarins des différens Ordres, étoient partis devant 


& s'ecoienc rangs en ordre de batalike, pour recevoir le corps à l'entrée du 
jordin , où il devoit etre mis en dépot julqu'a ce que la tombe fit baie, 
En un mot,on comptoit plus de fuize mille aëteurs pour cette cérémonie (2). 

La durce ordinare du deuil, pour un pére, doit étre de trois ans (4); 
peut éxerecr aucun Oflice publie. Alors un Mandarin cit obligé de 
quitter fon Gouvernement (4); un Minittre d'Etat, de renoncer à l'admini- 
flration des affaires, pour vivre dans la retraite & fe livrer à fa douleur. 
L'Empereur, pour-de bonnes raifons, peut accorder unc difpenfe (ce); mais 


gmles Cxemples en font tres-rares; [ & ce n'eft qu'après les trois ans de deuil 


ET. |: 


qu'on peut reprendre fon (4) emploi. J On prétend que l'ufage des trois 
ans de deuil eft fondé fur la reconnoitlance qu'un fils doit à fon pire & à fa 
mére pour les trois premicres annces de fa vie, pendant Iéfquels il a cu con- 
tinucllement befoin de leur afiftance. Le deuil, pour les autres parens, cit 
plus ou moins long, fuivant le degré du fang (ce); & ces pratiques s'obfer- 
vent avec tant de fcrupule, que leurs Annales ont immortalife la piété de Pure 
kong, Roi de Tfin, qui, ayant cte chaflé des Etats de Hien-kong, fon père, 
par la violence & les artifices de fa belle-mère, prit le parti de voyager dans 
diverfes Régions, pour foulager fon inquiétude & fe garantir des piéges qu'on 
tendoit à fa vie.  Apprenant enfuite la mort de fon pére, il refufa, pendant 
le tems de fon deuil, de prendre les armes pour fe mettre en pofléïion du 
Trône, quoiqu'il y füc invité par la plus grande partie de fes Sujets CE 

La couleur du deuil eft le blanc, pour les Princes comme pour l:s plus vils 
Artifans. Dans un deuil complet , le bonnet, la vefte, la robe, les bas & les 
bottes, doivent etre blancs. Maïs pendant le premier mois qui fuit la mort 
d'un pere ou d'une mère, l'habit des enfans cit un fac de chanvre, d'un rou- 

e éclatant (g), qui ne difftre pas, pour la qualité, des facs de marchandi- 
És. Leur ceinture eft une corde lache. Leur bonnet, dont la figure eft fort 
bizarre, eft aufli de toile de chanvre. Cette néglisence & cet air de méian- 
colhce paflent pour des marques d'une profonde douleur. 

IL eft permis aux Chinois de garder, au'li long-tems qu'ils le fouhaitent, 
les cadavres dans leurs maifons, fans que les Magiftrats ayent le pouvoir de 
les faire enterrer. Ainfi, pour faire éclater le refpeét & la tendreffe qu'ils 
doivent à leur père, ils gardent quelquefois fon corps pendant trois ou quatre 

ans. 


damment de fes anpointemen:. 

(d) Le même Vüyascur dit qu'on lui don- 
neun autre Œuiploi, mais qu'il cft quelquefois 
expofé à l'attendre long tuims 

(Ce) Du Halde, ubi Jup, pag. 306; & Nava- 
rette , pag 72 
Mais qu'il cu couta trente (f) Les Auteurs Anslois lui reprochent ici 
Mandarin, Son but, en ache- d’avoir porté trop loin te ferupule, comme 


a) Navarette affûre qu'il a cette durée. 


(3) Du Halde, pag. 309. 

(n) 

| 

(b) Navarette dit que les pareus préfentent 


U) / 
pour cela une requête à l'Empcreur. 
( Navarotte rte que de fon tems 
l'Empercur réduit à un mois le deuil du Gou- 
verueur de Canton, 
mill. ducats à 


APP 


tant la dipenfe, Ctoit de conferver fin Em. fit, ditentils, l'Empereur Charles VI qui 
ploi, qui, fans opprhacr le Peuÿle, valoit perdit Madrid pour avoir employé 1e tems à 
cnaque année, con Pautrcs que l'Autcur  vifiter Nocre Daine dei Pillar à Sarragoit... 

t CONNUS, LOIS CCD: Hiiaig ducats, indepen (g, Angl dune couicur roule fore claire. 


E 3 


Durée du 
deuil, & dit 
penics qui 
S'ACCOr UCI 


Picté filicle 
de Van-k 
Roi de Tfir, 


on 
- 


Couleur des 
habits de 
de deuil, 


Lescalivres 
fe pardent 
lonz-t:ms 
fans fcpul 


ture, 


CEREMONITS 
UNEBRES D£S 
Chinois, 


Ils doivent 
4 , 
C're mis au 
tombeau de 
leurs Ancè- 
Le 


rec 
iLos 


Deux autres 
cérémonies 
miortuaires. 


Salles des 
morts, 


35 VOYAGES DANS LEMPIRE 


ans. Leur fiérc, dans tout cet cfpace, ci un tabouret revêtu de ferge bilan. 
chez & leur lit, une natte de rofeaux près du ccreuuil. Ts fe retranchent 
l'ufage du vin & de certains aliens. ls fe difpentent d alifter aux etes. 
11 ne fréquentent point les affembiées publiques. S ils font obliges de fortir 
de la Ville, ee qui n'arrive gueres qu'apres un ceréain tems, leur chaife cit 
couverte de blanc. Cependant il faut enfin que le cadavre loit inhumé. Un 
fils qui négligcroit de placer le corps de fon pere dans le tombeau de {es An- 
cêtres, feroit perdu de réputation, fur-tout entre fes proches, qui refufe- 
roient, après fa mort, de placer fon nom dans la Salle deftince aux honneurs 
funèbres de {à fannile. Les perfonnes riches, ou de di‘tinction, qui meurent 
éloignecs de leur Province , exigent que leur corps foit, tranfportc au lieu 
de leur naiffance. Mais fans un ordre particulier de l'Empereur, qui leur per- 
mette de traverfer les Villes, ils doivent pafler hors des murs (h). 

OurrE les devoirs du deuil & des funcrailles, l'ufage aflujectit les familles 
Chinoifes à deux autres cérémonies qui regardent leurs Ancitres. La premicre 
s'exécute dans le Tfe-tang, Salle que chaque famille batit dans cette vue. ‘Lou. 
tes les perfonnes qui fe touchent par le fang s'y aflemblent au printems A: 
quelquefois en automne. On en a vi monter le nombre jufqu'a fept ou huit 
mille. Alors les diftinétions du rang ne font point obférvées. Mandarins, 
Artifans, Laboureurs, tous les Membres d'une famille fe mélent & fe recon- 
noiflent pour parens. C'eft à l'age feul que la préférence cit accordce. Le 
plus vieux, qui eft quelquefois le plus pauvre, occupe la première place. 

ON voit dans la faille une longue table, placée près du mur, fur une élé- 
vation où l’on monte par quelques drgrés. La, font expofées les ftatues des 
Ancêtres les plus diflingucs où du moins leurs noms. Ceux des hommes des 
femmes & des enfans de la méme famille, paroiffent fur des tablettes ou de 
petites planches, rangées des deux cotés, avec leur age, la qualité, leur em. 
ploi & le jour de leur mort. 

Les plus riches de la famille préparent un feftin. On charge plufieurs tables 
de toutes fortes de mets, de riz, de fruits, de parlums, de vin & de {lambeaux 
de cire. Les cérémonies qui s'obfervent dans cette fete, font à peu près les 
mêmes que celle des enfans à l'égard de leur pére, lorfqu'ils approchent de lui 
pendant fa vie, ou que celles du Pugelo à l'égard des Mandarins, le jour de 
leur naiffance ou lorfqu'ils prennent poflefion de leurs Gouvernemens. Les gens 
du commun, qui ne font point afz riches pour batir des falles, fe réduifent 
à fufpendre les noms de leurs Ancetres dans les endroits de leurs maifons les 
plus expofés à la vûe (1). Navarette prétend que la fete des Morts tombe 


. au premier jour de la nouvelle Lune, & que tous les parens affemblés au 


Seconde 
cérémonie an- 
muclic. 


Temple de leurs Ancétres, dans leurs plus riches habits, y font quantité de 
génuilexions, & prefentent differentes fortes de mets & de liqueurs. Il ajoû- 
te que les pricres & les demandes (k) s'adreflent direétement aux Morts. 
La feconde Cérémonie fe pratique du moins une fois l'année, au tom- 
beau même des Ancétres. Comme il eft ordinairement fitué dans les mon- 
tagnes, tous es defcendans d'une méme famille, hommes, femmes & en- 
fans, s'y raflemblent, Si c’cft au mois d'Avril, ils commencent par nétoyer 


les 
(b), Du Halde, pag 396. (x) Defcription de la Caine par Navaret- 
(5) Ibid. pag. 309. tC, pag. 72. 


bien tr 
0 ON 
loin lc 
Œucius 
devoirs 
de lui, 
. tion pa 
les voi 
morts, 
L ES 
vivante 
flatucs 
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Du 
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vement 


CG) N 
toyer les 
portantes 

Cm) L 


ÛU( 

Ci 
Pexige 
les fetes 
préfent 
vils X 1 
Œas, ? 
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(arc, {o 
deux c 
D'autre 
pie ah. 


sent de 


 ferge bian- 
retranchent 
r aux fetes, 
es de fortir 
r chaife ett 
humé. Un 
de fes An- 
qui refufe- 
ax honneurs 
qui meurent 
orté au lieu 
jui leur per- 
. 
les familles 
La premicre 
2 vüe. ‘T'ou. 
rintems , & 
ept ou huit 
Mandarins , 
& fe recon- 
çcordce. Le 
re place. 
fur une clc- 
 ftatues des 
hommes des 
)lettes ou de 
té, leur em- 


ifieurs tables 
e lambeaux 
peu près les 
chent de lui 
, le jour de 
ns. Les gens 
fe réduifent 
maifons les 
lorts tombe 
flemblés au 
quantité de 
urs. Il ajoû- 
x Morts. 
‘e, au tom- 
ns les mon- 
mes & en- 
par nétoyer 
les 


par Navaret- 


D E 


LA CHINE, Liv. Il Cnaer. Il 39 


. 
fepulchres, en otant les herbes & les buiflons que la terre y à produits 
go Alors ils expriment leur vénération, leur reconnoïgance & Icur dou- 
ur avec les memes formalités que le jour de la mort. Enfuite ils placent, 
hr les tombes, du vin & des vivres; après quoi ils ne penfent plus qu'a fe 
bien craitcr eux-mémes. 
* ON nc peut défavouer, conclut l'Auteur, que les Chinois ne portent trop 
Moin leurs cérémonies, fur-tout celles qui fe font à l'honneur des Morts. Con- 
ucius déclare, dans fon Livre du Lu nyu, qu'on rend:aux Morts les mimes 
devoirs qu'on leur rendroit s'ils étoient vivans. Un de fes Difciples rapporte 
de lui, que dans les offrandes qu'il faifoit aux Morts, il exprimoit fon ailec- 


tion par «es témoignages fort vifs; que pour s'animer davantage il s'imaginoit 
gmles voir & les entendre; [ & que parce qu'il ÿ avoit long teims qu'ils étoient 


morts, il fe les rappelloit de cems en teims dans i clprit.] 

Les anciens Chinois fe férvoient d'un petit enfant, comme d'une image 
vivante, pour reprefenter les Morts. Mais leurs facceffiurs ont fubititué des 
flatues (71) où des tablettes, parce que ct ufage @t plus limple & plus aifé 
dans toutes.les occa ions où leur reconnoiïffance éclate, pour la vie, la fortu- 
ne & l'éducation qu ils ont reçües de leurs pres (a). 

Du Halde obicrve, à l'égard des Chiasis, que malzsré l'opinion qui les 
fait croire plus atcaches à la vie que la plupart dés autres Peuples, on les 
voit néanmoins afl-Z tranquilles dans les pius dangereufes maladiis, & qu'ils 
fouhaitent mme qu'on ne leur digaite pas l'approcus d:la mort (0). D'ail- 
leurs il s'en trouve un grand nombre, dans les d'‘ux féxes, qui prennent vo- 
lontairement le paru dé mourir, dans un cranort de colère ou par un mou- 
vement de jalouuie, de defefpoir, de grandeur d'ame, &ec. 


foin de né. { 
cit utC de leuts 


(i) Navarette obferve que ce 
toyer les fCpuichres, 
portantes OCCupAirons 

(m) Leuis Docteurs en donnent pour rai- 


n, que l'enfant lui-même a befoin d'un objet 
fenfoie pour le fure p nf'r aux Morts. 

(n° Da Halde. pag. 309. & fuiv. 

(o) lbid. pag. 280. 


plus ini- 


f VL 


Magnificence des Chinois dans lews Poyages, dans leurs Fêtes 
& dans leurs Ouvrages publics. 


UOIQUE les Loix de la Chine ayent banni la pompe & le luxe dans le 
cours de la vie privée, non-feulemenc il elt perinis d'en ufer, mais on 
Péxige meme dans les occafions publiques, t'Îles que les voyages, les vifites, 
les feres & les audiences qu'on obtient de l'Empereur. On auroit peine à re- 
préfencer l'air de grandeur avec lequel les Quans, eeft-à-dire, les Officiers ci- 
vils X militaires, que nous avons nommés Mandarins à l'éxemple des Portu- 
œais, parolenc dans les proce ons & dans les autres occafions d’eclar. Lorf- 
un Chifu, Magrtrat Civil, qui n'et qu'un Mandarin du ciuquième Or- 
(dre, fort de {a malon, les Oificiers de fon Tribunal march:nt en ordre, des 
deux cos de chaque rue. Les uns portent devant lui un parafol de foie. 
D'aucres frappent de tems en tems fur un baïlin de cuivre, avertiflant le Peu. 
ge à haute voix de rendre les refpects qu'il doit à leur Maitre. D'autres por- 
Sent de grands foucts; d'autres, de grands batons blancs ou des chaines . 
er 


C£urMOoN 
FUNEI 
Cros, 
Doctrine 


Confucius {ur 
le culte des 


Morts, 


C! Anepmeorés 
HAancomen 


d'utige, 


Les Ch'nois 
MOINS ICE l- 
chés à la vic 
qu'on ne pere 
fe, 


Principe des 
Chinois fur la 
pompe & le 
luxe, 


Marche 
poimpeule 
d'un Chi-fin' 


MAGNIFICEN- 
CE Des CHi- 
NO, 


Marche d'un 
‘J'ionz tu ou 
d'un Viccroi, 


40 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


fer. La vûe de tous ces inftrumens fait trembler les Flabitans d'une Ville, 
Dés que le Chi-fw paroït, tous les pallans ne pentent qu'a lui témoigner leur 
vénération; non en le faluant, çar il n'y a point de falutation qui ne pafsi 
pour une familiarité criminelle; mais en s'ecartant du chemin, en fe tenan: 
debout, les pieds ferrés & les bras pendans. Ils demeurent immobiles dans 
cette pofture jufqu’a ce que le Mandarin foit paité. 
Lorsque le Tfong-tu (a) ou le Viceroi fe montre dans la Ville, il e°: 
toûjours accompagné de cent hommes au moins, qui occupent quelquefo ; 
toute la rue. La marche commence par deux umballiers, qui battent cont. 
nuellement pour avertir le Peuple. Ils font fuivis de huit hommes, qui por: 
tent des Enfeignes [ de bois vernifilt,} fur lefquelles on lit, en gros carac? 
tères, les titres du Mandarin. Quatorze autres Enfeignes, qui fuccédent, : "3 
repréfentent les fymboles de fon Emploi, tels que le dragon, le tygre, 1 20 
Loug-cvang (D) , la tortue-volante & d'autres animaux ailés. Six Officier, 
viennent enfuite, avec des planches en forme de pelles, qu'ils tiennent ek: 
vées & fur lefquelles les qualités particulières du Mandarin font interites er 
or. Deux autres Officiers les fuivent; l'un, qui porte un triple ptrafol de foi: 
jaune; l'autre, chargé de létui qui ferc à rentermer le parafol. Deux ar 
chers à cheval, qui conduifenc les gardes. Le corps des gardes, fur quar. 
lignes, armés de lances Scythes (c), & parcs de rubans de foie. Deux au. 
tres files d'hommes armés, dont les uns portent des maces, foit à longs ma: 
ches, foit en forme de main, foit de fer, en forme de férpent; & les au. 
tres, de grands marteaux, ou de longues haches en forme de croiffant. Un: 
feconde compagnie de gardes, les uns armes de haches tranchantes ; d'au. 
tres, de lances (d), comme les premiers. Un corps de foldats avec des hx 
lebardes pointues (e}, d'arcs & de fléches. Deux porteurs, avec une fr 
belle caflette, qui contient les fceaux du Mandarin. Deux timballicrs, pou 
donner avis de fon approche. Deux Officicrs, avec des plumes d'oie à lei 
bonnet, armés de cannes pour contenir le Peuple. Deux maciers, avec da 
maces dorées, en forme de‘dragons. Un grand nombre d'Officiers de Ju‘ 
ce, dont quelques-uns portent des foucts; d'autres, d gaules plates p 
donner la baftonade; d'autres, des chaines & des c las, ou parés d: 
charpes de foie. Enfin, deux Porte-étendarts & le Capitiune général du conv 
Le Viceroi paroit ici dans une grande chaife dorée, portée par huit homme 
environnée de pages & de valets-de-pied. Il a près de fa Perfonne un O:. 
cier, qui porte un grand parafol, de la forme d'un écran. De quantité . 
gardes qui le fuivent, les uns font armés de maces poliedres, & d'autres, c: 
fabres à longues poignées. Enfuite viennent plutieurs Enfeignes , avec 
grand nombre de domeftiques à cheval, dont chacun porte quelque chofe pc: 
l'ufage du Mandarin, comme un fecond bonnet, dans un étui, par précaut! 
pour les changemens de tems. Si c'eft üans ls téncbres qu'il doit fortir, 
por: 


ile Traducteur nomme ici 


ces, Le Viccroi n'en commande qu'une. ces, font encore des faux redrcflécs , co 
(b) Efpéce de Phœnix, dont on a déja dans le paffage précédent, R. d. E. 

paric. e) Angl, dés Hallcbardes à trois poire 
( 


à SRE LS armés de faux rcedreiles, R. d. Li, 
A, O, 


d'une Ville 

moigner leur 
jui ne pafsi 
en fe tenant 
mobiles dans 


Ville, il ce! 
c quelquefo: 
Jattent cont-: 
nes, qui por. 
1 gros Car? 
i fuccédent, 
le tygre Pa 
Six Officicr 
tiennent Ce: 
t infcrites ci 
frafol de foi: 
1. Deux ar: 
s, fur quat 
e, Deux a: 
à longs mar: 
its & les au: 
roiffant, Un: 
hantes ; d'au 
avec des hi 
avec une f 
ballicrs, pou 
es d'oie à ki 
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ciers de Ju” 
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ou parcs «: 
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DE LA CHINE, Lrv. IL Car. Il. at 


ports de grandes & belles lanternes, fur iefquelies on lit fes titres & fes auaii- 
tés, pour infpirer à tous les fpectatcurs les fentimens de refpect qui lui font 
cüs, & pour faire arrêter les pallans ou lever ceux qui font aïis. 

LE Quan militaire n'affeéte pas moins de grandeur dans toutes fes marches. 
Eiles fe Tont ordinairement à cheval. Les harnois Chinois font d’une fomptuo- 
fité extraordinaire. Les mords & les étriers font d'or ou d'argent. La fulle 
et fort riche, & les rénes de gros fatin cizelé, larges de deux doigts. Du 
haut de l'eftomac il leur pend deux grandes trefles de poil rouge, telles qu'ils 
en portent à leur bonnet, attachées à des anneaux dorés ou argentés. Leur 
cortége elt compofé d’un grand nombre de gens à cheval, les uns devant, 
d'autres derriere lui; fans y comprendre leurs domeftiques , qui font vétus de 
fatin noir ou de toile peinte, fuivant la qualité de leur Maitre Co) 

Ce ne font pas feulement ies Princes & les perfonnes du plus haut rang qui 
paroiflent en public avec cette Majefté. Un homme de médiocre qualité ne 
fort dans les rues qu’à cheval ou dans un fgdan bien fermé, avec une fuite de 
piulieurs domeftiques à pied. Les Dames ‘T'artares ont l'ufage des caléches à 
deux roues; mais clles n'ont point celui des caroffes (g). Au-lieu qu'en Eu- 
rope on voyage avec peu de provilions , fans ordre X fans Cclat, l'ufage des 
Mandarins, à ia Chine, eft de ne s'cloigner jamais du lieu de leur réfidence 
fins beaucoup d'appareil. S'ils voyagent par eau (h), leur Barque cit tou- 
jours magnifique & fat voile à la tete d'un grand nombre d autres, qui por- 
tent les gens de leur fuite, S'ils vont par terre, outre les domeltiques & les 
foldats qui précédent & qui fuivent, avec des cpieux & des étendarts, ils 
ont, pour leur propre perfonne, une chafe portée par des mules ou par huit 
hommes, & piufieurs chevaux de main, pour faire alternativement ufage de 
ces commodités , fuivant ieur goût & la difpolition du tems (i). 

Mais la magnificence Chinoiie ne paroît jamais avec plus de fplendeur que 
dans jes audiences Impriales, ou lorfque l'Empereur , afis fur fon trône, 
voit à fes pieds les principaux Seigneurs de fa Cour & tous les grands Of- 
ciers civils & militaires, qui viennent lui rendre hommage en habits de céré- 
monie. C’eft un fpeétacle véritablement augufte que cette multitude de fol- 
dats qui compofent fa garde, & ce nombre incroyable de Mandarins avec 
toutes les marques de leur dignité, placés chacun fuivant fon rang dans l'or- 
dre le plus éxact; les Miniftres d'Etat, ies Préfidens des Cours fuprêmes , les 
Reguies, les Princes du Sang, tous diflingués par quelques marques particulic- 
res de grandeur, & capables de donner la plus nobie idée du Monarque à qui 
l'on s'empreffe de rendre tant de refpcëét & de foumiflion (&). 

Les Chinois affectent aufli beaucoup de pompe dans leurs réjouiffances pu- 
bliques , fur-tout dans deux fêtes qui fe célèbrent avec une dépenfe extraordi- 
naire. La premicre eff celle du commencement de l'année, &°1 autre, celle 
des Lanternes. Par le commencement de l'année is entendent la fin du dou- 
zième mois & vingt jours de la premicre Lune de l'année fuivanté; ce qui 

forme 


(f) Cine du Père du Halde, pag. 252. & (2) Le Comte remarque qu'ils y déployent 
fuivantes; & Mémoires du Père le Comte, paticulièrement | ur Grandeur. 
pag. 159. & fuiv. (Qi) Chine du Pere du Halde, page 265, 
Cg) Ménoires du Père le Comte, pag. 169.  & fuivantes, 
& fuivantes. (k) ibid, pag. 290, 


V'IIL Part. h 


MacNtre 
CENCE DPS 
Cuinors. 

Marche du 
Quan militai- 
re, 


l'ête des 
gons du com- 
mun, 


Voyages des 
Mandarins, 


Pompe des 
Audiences 
Impériales. 


Fêtes pubii. 
ques, 


mers 


MAGNIFI- 
“ENCE DES 
CHINOIS. 


L'ête du coim- 
mencement 
de l'année , ou 
de la clôture 


} = . PTE 
üLs Sceaux, 


Superftition 
Chinoile. 


Fête des Lan- 
ternes, 


Forme des 
lanternes de 
cette Fête. 


42 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


forme proprement le tems de leurs vacations. Alors ceffent toutes fortes d'af. 
faires. On fe fait des préfens mutuels. ‘Toutes les poites font arrétées, & les 
Lribunaux fermés dans toute l'étendue de l'Empire.  Cerie fete porte le nom 
de Cléture des Sceaux, parce que les petits coffres où l'on renferme les fecaux 
de chaque Tribunal, fonc alors fermes avec beaucoup de cérémonie. Ces va- 
cances durent un mois entier, & font une faifon de joie, fur-tout pendant les 
derniers jours de la dernière année, qui fe célèbrent fort folemnellement, Les 
Mandarins inférieurs rendent des devoirs à leurs Supcrieurs, les enfans à leur 
père, les domeftiques à leurs maîtres, Ke. C'elt ce qui s'appelle, en langue 
Chinoife, prendre congé de l'année. Le foir, toute la famille 5 aflembie & 
fe réjouit dans un grand feflin. : | 

L'Aureur oblerve que dans quelques Cantons, les perfonnes d'une même 
famille ne reccvroient point un Etranger, quelque laiton qu'il; euflent d'ail- 
leurs avec lui, dans la crainte qu'au premier inftant où la nouvelle Lune pa- 
roît, il n’enlevat touc le bonheur qr'elle peut apporter à là maifon & qu'il ne 
l'emportit dans la fienne. ‘l'out le monde fe tient renfermé ce jour-là, & ne 
veut fe réjouir qu'avec fa famille. Mais le lendemain & les jours fuivans, on 
fait éclater une joie extraordinaire. Les boutiques font fermées dans toute la 
Ville. On ne penfe qu'au plaitir. Chacun fe pare de fes meilleurs habits & 
vifite fes parens, fes amis & fes protecteurs. On repréfente des comédies, 
on fe traite les uns les autres, & l’on £ fouhaite mutuellement toutes fortes de 
profpérités (2). 

LA fète des Lanternes tombe au quinzième jour de la premiere Lune. Tou- 
te la Chine eft illuminée düns ce jour. On la croiroit en feu. Les réjouiflan- 
ces commencent le 13 au foir, & durent jufqu'au foir du 16 ou du 17. ‘l'ous 
les Fabitans de l'Empire, riches & pauvres, à la campagne & dans les Vil- 
ies , fur les Côtes de Mer & fur les rivières, allument des lanternes peintes 
(m) de différentes formes (n), & les fufpendent dans leurs cours, à leurs fe- 
netres & dans leurs appartemens. Les perfonnes riches emplovent, dit l'Au- 
teur, plus de deux cens francs en lanternes. Les grands Mandarins, les Vi- 
cerois & l'Empereur même, y mettent trois ou quatre milles livres (0). ‘T'ou- 
tes les portes font ouvertes le foir, & le Peuple a ja liberté d'entrer dans les 
Tribunaux des Mandarins, qui font fplendidement ornés (ph). 

Ces lanternes font fort grandes (4). On en voit à fix faces. Le bois en 
eft verni & relevé par des dorures. Les faces, ou les panneaux, font d'u- 
ne belle étofe de foie tranfparente; fur laquelle on a peint des fleurs, des 

arbres 


(1) On a déja là d’autres détails dans les 
Relations précédentes. R. d. T. 

(m) Le Perc le Comte dit qu'ils font auf 
des feux de joie & des petards. Magaihaens 
dit qu'ils lancent des fufées, qu'on voit brà- 
ler en l'air fous diverfes formes, de Barques, 
de Tours, de Dragons, de Tygres, &c, 

(n) Magalhaens dit que Yang-cheu fu, dans 
la Province de Kyaug-nnan, et le, plus fa- 
meux endroit de l'Empire pour la beauté & 
la richefle des lanternes. 

(o) Deux inile écus, fuivant Le Comce. 

(p) Magalhaens raconte une avauture qui 


explique cette liberté. 

(g) Le mème Auteur leur donne vingt 
coudées de diametre, c'eft à dire , trente 
pieds & quelquefois davantage, Il 1joûte qu'el- 
les font fufpendues dans les falles où dans les 
cours, fur des échaffauts qu'on éléve exprès. 
Le Comte dit que les lanternes font elles-mê- 
mes des falles ou des chambres, où l’on peut 
entrer & repréfenter des Comédies. Il ajoûte 
que leur nombre peut monter à deux cens mil- 
lions dans tout l'Empire. C'eft peut être une 
méprife du Traducieur Auglois, pour deux 
ceus mille, 


fortes d'af. 
tées, X les 
rte le nom 
e les fevaux 
ic. Ces va- 
pendant les 
ement. Les 
nfans à icur 
, en langue 
allemble & 


d'une même 
uflent d'ail- 
le Lune pa- 
1 & quil ne 
ur-la, & ne 
fuivans, on 
ans toute la 
rs habits & 
comédies, 
ces fortes de 


Lune. ‘Tou- 
s réjouiflan- 
117. ous 
ans les Vil- 
rnes peintes 
, à leurs fe- 
t, dit l'Au- 
ns, les Vi- 
(0). Tou- 
rer dans les 


Le bois en 
K, font d’u- 
fleurs, des 

arbres 


donne vingt 
dire , trente 
l'ajoûte qu'el- 
s où dans les 
éléve exprès. 
font celles-mé- 
, Où l'on peut 
ies. Ilajoùte 
lieux cens mil- 
peut être une 
, pour deux 


DE LA CHINE, Lrv. IL Crnar.]ll. 4 


+ 
J 


arbres & des figures d'hommes , qui, étant difpofées avec beaucoup d'art, 
reçoivent une apparence de vie du grand rombre de lampes & de chandelles 


dont les lanternes font éclairées. 


D'autres font rondes, d'une corne bleue & 
tranfparente qui plait beaucoup à la vûe. 


Le fommet cit orné de feulptu- 


res; & de chaque coin péndent des banderolles de fatin, de diverfes cou. 


leurs. 


PENDANT la même féte on donne d'autres fpectacles, pour l'amufement 
du Peuple. La, paroiffent des Chevaux qui galopent, des Vaiffcaux a la voile, 
des Armées en marche, des Rois avec leur cortège, des aflémblées de danfe, 
& d'autres figures, qui font remuées par des reflorts. On y repréfente, par 
de fimples ombres, des Princes, des Princefles, des Soldats, des Bouffons 
& d'autres caractcres. Les mouvemens & les gefles répondent fi parfaitement 
aux difcours du Machinifte, qu'on s'imagincroit que chaque figure parle. 
D'autres portent un dragon de fnixante ou quatre-vingt pieds de long, rem- 
pli de lumières depuis la cête jufqu'à la queuc, qu'ils agitent & font tour- 


ner comme un ferpent. 


Mas rien ne donne tant d'éclat à la fête, que les feux d'artifices qui 
s’éxécutent dans toutes les parties de la Ville. On prétend que les Chinois ex- 
cellent dans cet art. Magalhaens raconte qu'il ne put voir fans admiration un 
de ces fpectacles, auquel il fut invité avec fon Compagnon, dans la Province 


de Se-chuen, par le Tyran Chang-hyen-chung. 


Le feu d'artifice repréfentoit un 


cabinet couvert d’une vigne. ‘l'outes les jointures de l'ouvrage furent en feu 
fans fe confumer; mais la vigne, avec fes branches, fes feuilles & fes gra- 


pes, fut confumée par degrés. 


Les grapes paroifloient rouges, les feuilles 


vertes; & la couleur de la tige étoit imitée fi naturellement, que tout le mon- 
de s’y feroit trompé (r). Mais on fe formcra une idée plus jufte de ces re- 
préfentations, fur le récit d’un feu d'artifice que l'Empereur Kang-hi donna 
pour amufement à toute fa Cour, & dont les Miflionaires du Palais furent 


témoins. 


ON commença par mettre le feu à fit cylindres, plantés en terre, d’où il 
s'éleva des flammes, qui retombèrent d'environ douze pieds de hauteur en 


. pluie d'or ou de feu. Ce prélude fut fuivi d’une forte de chariot à bombes, 


foutenu par deux poteaux, d’où il fortit une autre pluie de feu, accompa- 
gnce de plufieurs lanternes, für lefquelles on lifoit diverfes fentences en gros 
caractères couleur de fouffre enflammé, & d’une demi-douzaine de chande- 
liers à branches, en forme de piliers. Dans un inftant cette abondance de lu- 


mières changea la nuit en un jour fort éclatant. 


Enfin, l'Empereur mit lui- 


même le feu au corps de la machine, qui fe couvrit tout-d'un-coup de flam- 


mes, dans un efpace de quatre-vingt pieds de long fur quarante ou cinquante : 
La flamme s'étant communiquée à plufieurs piliers, & à diverfes 


de largeur. 


figures de papier qui étoient diftribuées de toutes parts, on vit s'élever dans 
l'air un prodigieux nombre de fufées, & quantité de lanternes & de branches 


s'allumer dans toute la place. 


Ce fpectacle dura près d'une demi-heure. De 


tems en tems on voyoit paroître, en plufieurs endroits, des flammes bicuicres 


(r) Le Comte, qui paroît copier Magal- 
hacns, tourne en ridicule ces Repréfentations 


L 


en 


de fruit avec du feu. Mais il avoue qu'il n’a 
jamais vù de feux d'artifice à la Chine, 


e) 
… 


MaGNirI- 
CENCE DES 
CnHinors. 


Cnnacl 
ŸYPCELAT 
l 
Gu Où lEnTe 
i 


onte 
Vide 


Teux d'arti 
fice Chinois. 


Grand feu 
d'artifice de 
l'Empereur 
Rang-hi, 


MAGN 
€LENCE 


IF1- 
DES 


CuiNoïs. 


Cérémonie 


fingulicre de 


Ja fête des 
Lanternes, 


Origine de 


cette l'ête, 


Aatre ori- 


gine, 


Fète des 


Giteaux 


tdires. 


Lu- 


4t VOYAGES DANS L'EMPIRE 
en forme de grapes de rain, qui pendoieni d'un cauinci couvert de vigne, 
Ces figures à demi-fombres, Joint aux IUMLETES qui brilloienc COMME autant 
d'étoiles, formérent un fpeétacie extremement agréabie, 

ON obferve dans ces fetes une cérémonie fort remarquabie, Dans Li pi- 

art des maifons, les Chefs de fimilie ccrivenc en gros ceracter:s, fui u- 
ne feuille de papicr rouge ou fur une tablette vern::, les mots fuivans : 
Ten-ti, San-Lyay, [ Che-fan ] Tchin-t - | v | 
vérneur du Ciel, dela "l'erre, des trois Limites (s) & des dix mile Inic:l:- 
gences (1). Ce papier eft renferme dans un quadre de bois ou dé carton. 7e 
la Cour, on le place fur une tabie, fur laqueiie on met uu bleu > du pin, de 
ja viande, ou quelqu'autre offrande de cetie nature. Enfuite on fe prof:crne à 
terre & l'on offre de petits batons parfumés (v). 

L’oPINION commune jur l'origine de cette fec:, e% qu'eile fut ctabiie 

eu de tems après la fondation de l'mpie, par un Mancarin, qui, ayant 
perdu fa fille fur le bord d'une rivière, fe mut à la chercher, mais inutiie- 
ment, avec des flambeaux & des ianternes, accompagné d'une foule de Peu- 
pie dont il s’étoit fait aimer par fa vertu. Cette hiftoire t quelque rcflem- 
biance avec celle qu'on zaconte d'une autre fete, que ies Chinois nommen: 
Long-chuen, c'eft-a-dire, Ecorce de Dragon, & les Portugais de Macao, Lu:h: 
lumba. Elle fe célèbre le cinquième jour de la cinquième iune, par des r£- 
jouiffances fur l'eau (x). Mais les Lettrés donnent une autre origine à là fc. 
te des Lanternes. Ils prétendent que l'Empereur Aye, dernier Monarque 4: 
la famille de Hya, fe plaignant de la divifion des nuits & des jours, qui rend 
une partic de la vie inutile au phaifir, fic batir un Palais fans fenêtres, où il 
raflembla un certain nombre de perfonnes des deux féxes, qui étoient toû- 
jours nues; & que pour en bannir les ténèbres, il y établit une tilumination 
continuelle de fambeaux & de lanternes, qui donna naïflance à cette fete (y). 

Le 15 de la huiticme Lune &it célébré à la Chine par d’autres réjouiffan- 
ces. Depuis le coucher du Soleil & ie lever de la Lune jufqu'a minuit, tou. 
le monde fe promene avec fes amis & fes parens dans les rues, dans les places 
publiques, dans les jardins & fur les terrafles, pour attendre l'apparition du 
Liévre qui doit fe faire voir cette nuit dans k Lune (2). Les jours précédens 
on s'envoye mutuellement de petits gateaux ronds & fucrés, qui portent |: 
nom de Tue-nin, où Güteaux Lunaires. Les plus gros, qui ont environ dix 
pouces de diametre & qui repréfencent la pleine-Lune, portent au centre u- 
ne figure de liévre, & font compofés de pate de noix & d'amandes, de pom- 
mes de pin & d'autres ingrédiens. Ils fe mangent à la lueur de la Lune, avec 
des accompagnemens de mufique. 

LE méme Auteur obferve dans un autre lieu, que les neuf premiers ‘ours 
de la Lune font de grandes fetes à la Chine , fur-tout le neuvième. C'eft je 
tems que les Chinois choïfffent pour le mariage de leurs enfans ; & leur uit- 
ge, pendant ces fetes, cit de fe faire fervir un plat qui repréfente un cer- 


tain 
(s) C'eft-àdire, de tout le Monde. ja parlé, 
(&) Dix mille, pour inüini. 692 Magalhaens, wbi up. pag. 107. Le 
(y) Magalhaens, pag. 104, Le Comte, Pére le Comte, pag. 165. 
pag. 161. Du Halde, pag. 290, (3) Voyez ci-dellus, 


(2) C'eit apparemment celle dont on a dé- 


P'an-lin, Tchin-tja; ; c'ett-a-dire: Au vrai Gou-n 


btain 
2cun 


:J'emi 
Font 

EL 
les mi 
phe 
des E 
& lies 


faires 


Chaqu 
Xercic 
oit pe 
ojent 
n'eft p: 
aviilo 
4e ar 
plufieu 
Lzss 
cence | 
lEmpi 
des Et 
les mu 
des PI 
frcens, 
tes, d 
lempo 
bitans 


A 
». * ve 
CS vigne, 


mme auians 


Dans li pii- 


r2$, iui u- 
25 faivans : 


| vrai Gou-» 


nilie Inte:l!. 
‘carton. 
lu pain, de 
prof:crne à 


[ut Ctabi.s 
qui, ayanc 
nais inutile. 
ule de Peu- 
que reflem- 
5 nommen: 
Ca0 , Liurbs 
par des ré- 
ine à la fé- 
[onarque à: 
s, qui rend 
tres, où il 
toicnt toû- 
iuminatio1 
e fete (y). 
 rcjouiffan- 
inuit, tou. 
s les places 
arition du 
s précédens 
portent |: 
nviron dix 

centre u- 
s, de pom- 
une, avec 


miers jours 
C'eft je 

: Ieur ufi- 
C Un cCcr- 
tain 


L 


DE LA CHINE, Lrv. Il Car. I. 45 


Mtain avortement du Palais, environné de neuf Tours, qui répondent à cine 
Brain appirtem 5, en ui ré 

Pcun ces neuf jours. ils fuppofent que le nombre &e neui cit le plus excellenc 
| es nombres, & qui a là vertu @2 comiérer des honneurs, des ri- 
: une longue vie. C'efl dans l'efoérance d'obtenir ces trois biens, 


Mde ious 
“chefies © 


que ie neuvième jour on s'ailemble dans 25 Villes, fur ies tours & is ter- 


rafles, où l'on f: réjouit avec es parens & fes amis. Les Ffabicans de là 
“campagne prennent pour lieu d'aflemblée les montagnes €: d'auires licux ciz- 
5, L'Auteur aioûte, que les neuf Tours de: lepparicment du Pas ont 


< 
re 
a 


“éte bicies dans ia même vüe (4). 


La mignifcence des Chinois éclate admirabiement dans ieurs Ouvrages 
(l 
iCS 


, pe ieis que les fortifications des Villes, des forts & des Cateaux, 
* ' +: 1 A + PE à e 1 A e à + } 1 
Temples, ies Sailes de leurs Ancèires, les Tours, Î25 res de triomphe, ie 
Fonts, ies Ciernins, 


! 
Fac] 


les Canaux & leurs autres Monumens publics. 

LES ouvrages qui fe font remarquer particulitrement dans les Villes, font 
les murs d'enceinte G ies portes, les Teémples, les Tours, iss Ares de triom- 
phe & les autres cdifices publics. Lis s'attirent les regarës @ l'admiration 
des Etrangers. La prodigieufe quantité de Barques qui couvrent ies Canaux 
& les Livicres , la foule des Habitans €: le mouvement tumuïtueux d2s af- 
faires, n'en augmentent pas peu l'éclat. | 

Dans la plüpart des Villes de la Chine, les murs d'enceinte font des quar- 
tés -longs, dont les angles regardent, autant qu'il et podible, ies quatre 
points cardinaux. ils font généraiement f' hauts (2), qu'ils cachent les cdi- 
fices; & fi iarges, qu'on peut marcher deflus à cheval. Ordintirement is 
font de brique ou de pierres quarrées, environnés d'un large foflé, foutenus 
d'un remparc de cerre, & flanqués à certaines diftances de ‘l'ours cuarrécs. 
Chaque entrée a deux portes, entre lefquelles ef: une place-d'armes pour l'é- 
xercice des gens de guerre. Après avoir pale la premitre porte on n'apper- 
oit pas la feconde, parce qu'ell: n'elt jamais à l'oppolite. Quoiqu'el:s n2 
oient point ornées de bas-reliefs, comme ies autres monumens pubiics, on 
n'eft pas moins frappé de la hauteur prodigieufe de deux Tours, où de deux 
pavillons, qui font bàcis deflus, & qui fervent comme d'arfenal ou de corps 


de ‘ee Dn admire aufñi la beauté de leurs arches, quf font de marbre dans 
plufieurs Villes, © la folidité exuravrdinaire de l'ouvrage (c). 


Lrs Forts & les Chateaux de défenfe font d'autres éxemples de la magnifi- 
cence des Chinois; mais on en remet la defcription à l’article des l'orces de 
l'Empire. C'eft la multitade de ces édifices qui doit augmenter l'admiration 
des Etrangers. On ne compte pas moins de quinze cens quatre-vingt-une Vil- 
les murées dans les feize Provinces de la Chine. Le nombre des Forts & 
des Places fortifices, de fept différens ordres , monte à deux mille huit 


frcens, [ vingt-un ] fans y comprendre les Tours, les Châteaux & is Redou- 


tes, dont on compte environ trois mille au long de la grande muraille, qui 
l'emporte elle-même fur tous les ouvrages du Monde (d). Le tiers des Fia- 
bitans de l'Empire fut employé à la batir. Comme elle commence à la Mer, 

on 


(ec) Chine du Père Du Halde, pag. 242 
& 238. .. 
(4) On en a donné ci-defT5s la defcription. 


F3 : 


Ca) Magaihaens, pag. 318. 
(2) Celui de Peking a quarante pieds de 
ULCUS. 


Macnirr. 
CENCE DES 
Curxois, 


NMonumens 
& Ouvrages 
publics des 
Cüinois, 


Murailles & 
portes des 


Villes, 


Nombre des 
Viles & des 
Forts, 


Grande mue. 
raille, 


46 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


nauwtre on fut obligé, pour en jetter les fondemens de ce côté-la, de couler à fonc 
cexcr pes plufieurs Vafleaux charges de fer & de grofles pierres. Elle fuc élevée ave: MN 
Cuixois  Umarc merveilleux. 11 fut défendu aux ouvriers, fous peine de mort, de lait. MS 
{er la moindre ouverture entre les pierres.  De-là vient que ce fameux ouvra. # 

ge fe conierve aufli entier que le premier jour qu'il fut bati Ce). 
Tours des Dans les lieux les plus fréquentés de chaque Ville, on voit une ou plu. 
Milles. fieurs Tours, quife font également admirer par leur hauteur & par la beauté de 
leur architeéture. Elles portent le nom de Pas-ta. Les unes font compofées LS 
de neuf étages; mais elles n'en ont jamais moins de fent, qui diminuent par "8 
degrés à proportion qu'ils s'élèvent, & qui offrent des fenétres de chaque cc 
té, Le plus fameux édifice de ce genre eit celui de Nan-king , qui fe nom. 
me la grande Tour, où la Tour de porcelaine. On en a déja donné quelqu'idée: 
mais la meilleure defcription qu'on en puifle defirer eft celle du Pere le Com 


te (f) 


Temple de LE Pau-ghen-tfe, ou le Temple de la Reconnoiffance, bâti par l'Empereur 
t + A . . . , 
la Reconnoif.  Tong-lo hors des murs de la meme Ville, ett élevé fur une pile de briques qu 


fance, où forment un grand perron, environné de baluftrades de marbre brut & d'un. 
rs rampe de fept ou huit degrés. La Salle, qui fert de Temple, a cent pieds d& 
hauteur. Elle porte fur une petite bafe de marbre, qui ne s'élève que d'un 
pied, mais qui régne autour du mur à deux pieds de largeur. La façade c" 
ornée d'une galerie & de plufieurs colomnes. Les toits (car ces cdifices en 
ont ordinairement deux; l'un, qui termine les murs, & l'autre qui s'élève au- 
deflus du premier ,) font de tuiles vernics d’un verd luifant. L'intérieur eft re. 
vêtu de peintures, avec un grand nombre de compartimens engagés les uns 
dans les autres (g), qui ne font pas d'un agrément médiocre dans la plûpart 
des ouvrages Chinois. À la vérité les forets de folives, de chevrons & de lam. 
bourdes qui paroïflent de toutes parts, ont quelque chofe de fingulier & mé: 
me de furprenant, parce qu'elles font juger que la dépenfe & le travail en fon: , 
immenfes. Mais cette confufion vienten effet de l'ignorance des ouvriers (h), 
qui ne font point encore parvenus à cette agréable fimplicité, dans laquelle 
confifte principalement la force & la beauté des édifices de l'Europe. 
Tour de ce LA Salle du Temple de Pau-ghen-tfe n'a de lumière que ce qu'elle en rc. 
emple, çoit par les portes. On en compte trois grandes du côté de l'Eft, qui con. 
duifent à la fameufe Tour dont on va lire la defcription & qui fait partie du 
Temple. C'eft un oétogone d'environ quarante pieds de diamettre ; de forte 
que la largeur de chaque face cit de quinze pieds (i). Elle eft environnée d'un 
mur de la même forme, qui eft à deux toifes & demie de l'édifice, Le premier 
toit, qui cft de tuiles vernies, femble fortir du corps de la Tour, & forme au- 
deflous une fort belle galerie. Les étages fontau nombre de neuf, dont chacun 
eft orné d’une corniche, trois pieds au-deflus des fenêtres, & d'un toît fem- 
blable à celui de la gallerie, excepté qu'il ne peut étre fi faillant, parce qu'il 
n'i 


Sa defcrip- 
tion. 


(e) Du Halde, ubi Jup. pag. s & 262. 
(f) Du Halde, pag. 240. & 288. 

Cg) Angl. La charpente qui paroît en de- 
dans eft peinte, & chargée d'une infinité de 
piéces différemment engagées les unes dans les 
autres. R. d. E. 

(b) Le Père le Comte paroït un peu poi'é 


à rabaiffer les ouvrages Chinois. 

(i) Ce feroit cent vingt pieds de circonfé- 
rence, quoique Gemelli, copiant ici le Pèrele 
Comte, ne lui en donne que quarante. [ & cc 
pendant il fait la muraille épailfe de douze 
pieds par le bas.] 


= 
+ 
Li 


couler à fonc 
ct clevée avec 
mort, de lai£ À 
ameux ouvra. ! 


: une ou plu. À 

ar la beauté de 
nt compofées 
diminuent par #4 
le chaque ci 
qui fe nom. 
; quelqu'idée; 
Pere le Com. 


ir l'Empereur 
le briques qu 
brut & d'un. Ù 
cent pieds de 
éve que d'un 
La façade ci 
es édifices en 
qui s'élève au- 
rieur eft re- 
ragés les un: 
ans la plûpart 
ons & de lam. 
igulier & mé. 
ravail en font . 
ouvriers (h), : 
dans laquelle 
rope. 
qu'elle en rc. 
Et, qui con. 
fait partie du 
ttre; de forte 
vironnée d'un 
Le premier 
, & forme au- 
, dont chacun 
‘un toit fem- 
3 parce quil 
n'a 


Se 

eds de circonfs- 
ant ici le Pércle 
quarante. | & cc? 
paiffe de douze 


ET ONNSNRSEe el 


= NTERIEUR D'UN. 
| F2 = = —. tire 


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442 


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tous les au 
gun d'env: 
picds. Si 
de degrés, 
picds depu 
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D 4: 
Il 1] de fer, qu 


que dans | 
Brandeur « 
€, que le 
Je mieux à 

La Chi 
rodes, & 
#ont bâtis ! 
ands frai 
es bofcuct 
de la chale 
Æ, moitié 
mn falles & 
bent l'un: 
hlquefois 


ÿ 


1 


T BINNENSTE EE EL 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. IL 47 


n'a point de mur pour ie foutenir. Le mur du rez-de-chauflée n'a pas moins 
dc douze pieds d'épaifleur, fur huit pieds & demi de hauteur. Il eft revetu 
Aide porcelaine. La pluie & la pouficre ont un peu altéré fa couleur; mais 
Mon ditingue encore que c'elt de lu porcelaine, quoique de la grofle efpece. 
Des briques ne fe feroient pas fi-bien confervées depuis plus de trois cens 

s. 

L'ESCALIER intérieur cfè petit, & peu commode, parce qu'il eft extré- 
ement haut. Les étages font féparés encr'eux par d'épaifles folives, qui fe 
roifent pour foutenir le plancher , & qui forment un platfond orné d'une 
Brande varicté de peintures; fi les peintures Chinoifes, remarque le Pére le 
“Comte, font capables d’orner un appartement. Les murs des étages fupérieurs 
“fonc remplis de petites niches, qui contiennent des figures en bas-relief; ce qui 
faicunce force de marquetterie affez agréable. Les dorures, qui régnent de tou- 
es parts, n'empechent pas que la matière ne paroïfl: de marbre ou de pierre 
polic, quoique l'Auteur foit porté à la prendre pour de là brique moulce. Il 
obfcrve que les Chinois excellent à former toutes fortes de figures fur leurs 
“briques, & que leur terre, qui eft extrémement fine & bien temp-rée, eft plus 

propre que la nôtre à recevoir l'imprefion des moules, ‘Tous les étages font 
de la même hauteur , à l'exception du premier, qui eft plus haut que 
tous les autres, L'Auteur ayant compté cent quatre-vingt-dix degrés, cha- 
cun d'environ dix pouces, la hauteur totale doit ètre de cent cinquante-huit 
jicds. Si l'on y joint celle du perron, celle du neuvième ctage, qui n'a pas 
de degrés, & celle du toit, on peut donner à cette ‘Ll'our environ deux cens 
picds depuis le rez-de-chauflee. ; 

% Le fommet de tout l'ouvrage en eft une des plus belles parties. C'eft un 

fort gros mit, qui, s'élevant du plancher de l'étage huititm?, pate le toit 
de plus de trente pieds. Il eft entouré, à la même hautgeur, d'un gros cercle 
de fer, qui régne en fpirale, avec des ditances de plufieurs pieds; de forte 
Que dans l'éloignement on le prendroit pour une efpce de cône creux d'une 
Ærandeur excraordinaire. let terminé par une grofl: boule dorée. Cet édifi- 
é, que les Chinois appellent la Tour de poreilain:, elt affirement l'ouvrage 
lé micux imaginé, le plus folids & le plus magnifique de tout l'Orient (k). 

La Chin: eft remplie de ces Femples, que les Europiens ont nommis Pa- 
godes, & qui font confacrés à quelque Divinité fabuleufe. Les plus célcbres 
font bâtis fur des montagnes (iriles; mais les canaux, qui ont été ouverts à 
“grands frais pour conduire l'eau des hauteurs dans les réfervoirs, les jardins, 
Rs bofucts & les grottes qu'on a pratiquées dans les Rochers contre l'exce 
de la chaleur, rendent ces Solitides extrémement agréables. L'édifice confif- 
Œ, moicié en portiques, pavés de grandes pierres quarrées & poliesÿ moitié 
êh falles & en pavillons, qui forment les coins des cours, & qui communi- 
Quent l'une à l'autre par de longues galeries, ornées de flitues en pierre & 
ciquefois en marbre (7). Les toîts font fort éçlatans par la beauté de leurs 
Miles, qui font vernies de june & de verd, avec des dragons faillans de la 
“Meme couleur à tous les coins. 


ea 
à 
A CL) Mémores du Père le Comte, pag, & fuir. . 
M, & Chine du Père du Halde, pig. 288. (1) Angl, & quelquefois en bronze. R. d. F, 


La: 


Macniri. 
CENCE DES 
Cuinot 


Sloaliau 
Efcalier, 


l'irures 
moules, 


Temples 
rommés Pa: 
godes, 


AMAGNIFI- 
CENCE DES 
CuiINoïis. 


Tour de cha- 
ss Posnlo 
que ‘Feinple. 


Arcs de 
triompire des 


Chinois. 


Leur def. 
ciiptiun, 


Leur CO ICUrs 


CO! ncii icns, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE À 


LA plüpart de ces remplies ont une g'ande Tour féparce, qui fe termire 
en dome, où l'on monte par ua bel efcalier tournant. Le milieu du dôme for. 
me ordinairement un autre ‘l'emple quarré, enrichi d'ouvrage à la mofaïque, dl 
Ses murs font couverts de figures d'animaux & de monftres en relief (»), B 
‘Telle eït la forme ordinaire dés 'emples Chinois. Magalhaens aflüre qu'a 
en compte quatre cens quatre-vingt, qui font trés-fameux & tres- fréquents 
à caufe de leur richefle, de leur magnificence, & des miracles que la fuper. 
ftition PRDANe fait attr'huer à leurs Idoles. Ïs fervent aufli de demeure a: 
Bonz:s (n) 

Les Ares de triompne, que les Chinoïs nomment Pay-fang & Pay-kx, À 
s'ofrent en grand nombre dans chaque Ville; mais la plûpart font groilicr. 
ment tra raillés & méritent peu d'attention. Quelques-uns font entiéremer 
de bois, à la réferve du piédeftal, qui eft de marbre. Suivant le Pere! 
Comte, ceux de Ning-po ont géncralement trois portes; une au milieu, ça 
eit fort grande, & deux petites aux cotes. Les picdeftaux font de gros pics 
quarrés, qui content dans une feule pierre. L'Entablement cit compole 
trois Où quatre faces, ordinai.. nent fans moulure & fans projection, ar 
ferve de la QETRItESs qui en offre une au-lieu de Frifé, où l'on voit quelqu li: 
cripuüon gravée. Les piliers foutiennent, fans aucune app: rence de Corniche, 
un toit qui forme le iommet de la porte & qui ne peut étre repréfenté qe 
per ie pinceau. Notre Architecture gothique n'a rien elle-meme de fi bizarr. 
Chique porte cit compofte des memes parties, fans autre différence que à 
de r. Celles qui font de pierre n'en font pas moins jointes par des tenus 
& des mortoifes, comme fi elles étoient de bois. 

CEs monumens n’ont prefque jamais plus de vingt ou vingt-cinq picds c: 
de hauteur. Ils font chargés de figures d'hommes, d'antiques, de fleur: 
d'oifeaux, en reli & à jour. Ces ornemens font médiocres pour la beaux 
de la icuipture; mais ils font détachés fi proprement du corps de l'editic.,s 
que ne paroilfant joints que par des cordons, ils fe melent l'un dans l'au: 
fans aucune confulion. L’Auteur en conclut que l'habilete des anciens Art. 
furpañloit beaucoup celle des modernes; car les arcs de triomphe des dre 
tems n'approchent point des anciens. Le corps de l'ouvrage eit folide, à 
aucune ouverture & fans aucune autre décoration qui ferve à l'égayer, L'or 
dre, qui eft le meme dans les Ares anciens & modernes, n'a pas de ruikr 
blance avec les nôtres, füit dans la difpolition, foit dans a proportion c:| 
parties. On n'y voit ni chapiteaux ni corniches. La picce qui a quelque rx 
port à nos Frife s, €t d'une hauteur choquante pour les Europcens ; M. 
clie n'en cit que plus conforme au goût Chinois, parce qu'elle en a plus « 
pace pour les ornemens qu: accompagnent des deux cotés “Inféripion (° 
Ce font de belles figures © des fculptures en boffe, des fleurs, des Oil: 
qui femblent voler hors de la piérre. Ces ouvrages font les chef-d'œuvres di 
Chinois. En un mot, leurs Ares de triomphe ne font pas fans beaute. L 
plûparc étant placés dans es rues , à certaines diftances, forment un fer 
cie qui a quelque chofe de noble & d'agréabie, fur-tout lorfque la rue c? 

( 


48 


(m7) Du Halde, pag. 229. Ce 
(a) Maga!l 


Le Comte , pag. 86, & Du 
bi jup. pag. 17 & 288. 


ACNS , Fag, 4u, 


} 


qui fe termine L 
du dôme for. 
à la mofaïque, Bi 
on relicf (m1), à 
s aflüre qu'oa M 
res-fréquentes | 
que la fupur. 
demeure aux 


‘EMPLE DE QUANG QUA My D 


gs & Pay-kx, 
ont groilic 
t entièrement 
int le Peérck# 
u milieu, Gi 
de gros piliurs 
t compofé d: 
tion, à are 
oit quelqu In: # 
de Cornicik, 

cpréfenté qu! 
de fi bizarre 
rence que 1 
par des tenui 


cinq picds c: 
, de tleurs à 
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s de l’éditic, 


nciens Arti:i 
1e des dernki 
fc folide, à 
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pas de reikr: 
proportion cf 
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Opcens ; ma 
en a plus du 
ifcription (: 
S, des oifeiut 
(d'œuvres d 
s beaute. Lil 
ent un fpei 
* Ja rue cl 

trois 


6, & Du | 


«ot i 


TEMPEI van QUANG-QUA-MYAU. 


étroite. 
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fort CF 
jointut 
& les 
des br 
ches; 
couch 
de roc 
DE 


préfen 


DE LA CHINEË, Liv. Il Car. Il. 49 


troie. On compte plus d'onze cens de ces monumens, élevés à l'honneur des 
Princes, des hommes & des femines illufires, & des perfonnes renommées 
pour leur feavoir & leur vertu (p). Il y a peu de Villes qui n'ayent. les 
leurs. 

Exrre les Edifices publics, on peut nommer les Salles bâties à l’honneur 
des Ancêtres, les Bibliothèques, & les Palais des Princes & des Mandarins. 
Des premiers, on en compte fept cens neuf, qui font ditingués par leur 


grandeur & leur beauté. Les Bibliothèques, au nombre de deux cens foixan-" 


te-douze, ont été baties à grands frais, @& ne manquent , ni de livres, ni 
d'ornemens. L'Empire contient trente-deux Palais de Regules, conftruits fur 
le modèle du Palais Impérial de Peking, & treize mille quatre cens (4) quaran- 
te-fept Hôccels ou grandes maifons de Quans. On y peut joindre fix cens quatre- 
vingt-cinq Maufolées ou ‘Fombeaux , Tameux par leur architeéture & par la 
richefle de leurs ornemens (r). 

Mars la plus grande partic des Palais, fur-tout les Hôtels des Quans ou 
des Mandarins, quoique bâtis aux dépens de l'Empereur, n'ont guères plus 
de magnificence que les maifons des fimples Particuliers. L'Empire Chinois a 
des Loix fomptuaires, qui reftraignent également le luxe des Grands & des 
Petits. Péndanc le fejour que le Pére le Comte fit à Peking, un des princi- 
paux Mandarins, qu'il prit même pour un Prince, s'étant fait bitir une mai- 
fon un peu plus belle que les autres , fut accufé devant l'Empereur; & i2 
crainte du péril qui le menaçoit lui fit prendre le parti de l'abattre avant que 
l'affaire füuc jugée (5). Les maifons du commun des Habitans font d'une ex- 
trème fimplcité. On ne cherche qu’a les rendre commodes. Celles des Ri- 
ches font ornées d'ouvrages de vernis, de feulptures & de dorures; ce quiles 
rond affez agréables à la vûe. 

LA manicre de les bâtir eff de commencer par l'ércétion d'un certain nom- 
bre de piliers, fur lefquels on pofe le toit. ‘Fous les Edifices de la Chine c- 
tant de bois, il eft rare que les fondemens ayent plus de deux picds de pro- 
fondeur. Les murs font ordinairement de brique ou d'argile, quoique dans 
pluficurs Cantons on les fafle de bois. (Ces maifons confiftent généralement 
dans un rez-de-chauflée, à l'exception de celles des Marchands | qui ont un 
fecond étage, nommé Lew, dont ils font leur magafin. 

Dans les Villes, la plûpart des maifons font couvertes de tuiles creufes 
fort épaifles, dont le côté convexe elt par-deffous; & pour fermer toutes les 
jointures, ils en appliquent d'autres dans une polition contraire. Tes folives 
& les chevrons font de forme ronde ou quarrée. Sur les chevrons, on place 
des briques furt minces, en forme de grandes tuiles quarrées, ou de plan- 
ches; ou des nattes de rofeaux enduites de plâtre. Lorfque cette premicre 
couche eft féche, on range les tuiles deflus, en les joignant avec dé la chaux 
de roche (+). 

DE quelque manière que les rues foient difpofées | on a toûjours foin de 
préfenter la face des maifons au Sud, pour éviter ks vents du Nord, qui ne 

conviennent 


p) Magalhaens en compte onze-cens cin- (s) Mémoires du Père leComt:, pag. 6: 
quante-neul. e (+) Du Halde, pag 283; & Le Comte 

(a) Angl. fix cens, R. d, E, page 14 

Cr) Magalhaens, pag. 45. & fuiv. 


VIII. Part. G 


Macnsrs 


CEN: 


EL DES 


Cuinors 


* Salles des 
Ancêtres. 


Dibiiothe. 


ques. 


Palais des 
Grands. 
Maufolées, 


Loix fomy. 
tuaire 


Chine, 


s dela 


Aanicre 
Chinoile de 
Ne 


Datir. 


Dipo tion 
des maifons & 


los n: 
desf 


1 


) 


+ac 
LC 


so VOYAGES DANS L'EMPIR 


conviennent point au temperamment des Chinois. C'eit par cette raifon que 


:s la porte eft fouvenc de travers, dans quelque coin de la cour (vw). Dans la 


pl üpart des mailons, apres a avoir traver{é le porche, on entre dans un faxlon 
de trente ou trentc-cinq picds de longueur, {ur la moitié moins de largeur. 
derriere lequel on trouve quatre où Cinq chambres fur une méme ligne, de 
l'EIE à l'Oucit . Celle > du milicu porte le nom de chambre intérieure, nr toit 
_eft foutenu par des piliers cit 5 fur une 1 afe de pierre; de forte que dans 
une chambre de trente pieds, il y aura toüjours vingt-quatre piliers d'un cû 
té & le même nombre de l'autre, avec un feul aux deux extrémités, Ces pi 
liers, qui ont ordinairement dix pieds de hauteur, fupportene de grofles foli. 
ves étendues de l'un à l'autre; & de deux en deux piliers, on place d'autres 
pièces de bois pour foûcenir ja charpente de la voûte.  Enfuite on commence 
a batir les mur ail les. 

La beauté des maifons confifte dans l'épaifleur des f es & des piliers, 
dans l'excellence du bois , X dans les oui "ATCS de {et Ipt ture qui font l'ornce- 
ment des portes. n'ya point d'autre efcalier que les degrés d' entrée ; 5; Car 


4 1 ’ 
chaque maifon ef toû rs un peu élevéc au-deflus du ni veau de la te 
à | | \1 nr n V4 6 » des fn 
Mais au long de la façade on pratique une galerie de fix ou fopt Pasis de 
geur , bordec de belles pierres de tulle. Dans certaines maifons, les P rtes 
du milicu répondant les unes aux autres, latiènt voir des l'entrée une longuc 


tite d'appartemens, 
LE : Peu uple emplo; ve, poifr la confruétion des murs, une forte de briques 
qui ne fontpas cui ts au feu ; cxcepte pour farale, qui eft toüjours compo- 


. } T» 
fce + Briques \ cuites. Dans quelques Provinces, les maifon s ne font que d’ar- 
s\ 


gile détrempe Dans d l'autres, ce font des claics de e bois, oe de terre 
ou de mor . Mais les murs des perfonnes de gil he tion font de briques pi- 
lées, dont toutes les parties font re; intes à l'aide d'un maitic (x), & reçoi- 
vent toutes fortes d'embellifemens de fu bite. Dans les Villages, fur-tout 


. 4 jues Provinces, les n daifons font généralement de terre { & fort baf 
]& les toits | forment un angle fi obtus, ou font tellement arrondis pou 


foi ives Où des lattes. Dans. certaines Provin ces, on br ile, au-lieu debois, du 
charbon de Mine; & dans re des rofeaux ou de : paille, Comme les 
poefles y font en dues avec des cheminées fort pe nics, & quelquefois fans 
cheminée, on n'y feauroit faire de feu | hors ds la cuifine, fans infeéter toute 
la maifon de fumée; fur-tout lorfqu'on y brüle des rofcaux , dont l'odeur et 
HRRpare te à ceux qui n'en ont pas l'ha ue le. 

Les maifons des Grands & des Riches ne font pas co: nparables a celles de 
France, Le feroit abufer des termes, pour s'exprimer ici dans ceux de l'Au- 
teur, que de leur donner le nom de Palais. Elles font un peu plus élevées que 
celles d lu Pe uple, & le foi noel des toits eft accompagné de plulicurs orne- 
mens; maiscen ft après-tout qu'un fimple rez-de-chautlé Les Tribunau 
de Juice n'ont rien de pl las 5 magnifique. Si les cours font fa cieufes, les por- 


tes mailives & quc! ide is ornées de feulptures affez clégantes , il n'y a pas 
pius 
Du Halle, pag, 249. tesavec du maitic; l'Orizinal Anglois, d'a: 


pas où le Tradufenr pres le Père du Halde, dit fimplement 
ces briques piéces, & rcjoin Diiques poiies, K, 4 E. 


u j qu'ils parciflent plats nr fonc compoles de rofeaux, appliqués fur des 


plus 
Salle 

C 
ceux 
de le 
de la 
fépal 
fices 
celle 
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P lac 
ou ! 
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raifon que 
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is un falon 

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le largeur 


ligne, de 

Le toit 
e que dans 
s d'un co. 
s, Ces pi 
srofies foli- 
ce d'autres 
commence 


es piliers, 
ont l'ornc- 
ntrée; çar 
le la terre, 
icds de Jar. 
lcs portes 
une Jonguc 
de briques 
ITS COMPO- 
t que d’ar- 
es de terre 
briques pi- 
; X reçoi- 
s, fur-tout 
K fort baf 


ondis pou-7" 


ués fur dei 
bois, du 
Comme les 
uefois fans 
ecter toute 
l'odeur et! 


a celles de 
x de J'Au- 
‘levées que 
-urs orne- 
Lribunau 

4 les por- 
[nya pas 


plus 


t + * 
nulois, d'a: 


plemeni 


Læ 


DE LA CHINE, Liv. I. Crrar. IL 


Jus de magrifcence que de propreté dans les chambres intérieures & dans les 
Salles d'audience (y). 

CEPENDANT les Palais des Princes & des principaux Mandarins, comme 
ceux des perfonnes opulentes, font Ctonnans par leur étendue; & la multitude: 
de leurs cours & de leurs appartemens compenfe ce qui leur manque du côté 
de la magnificence & de la beauté. Ils font compofés de quatre ou cinq Cours, 
féparces par autant de rangées d'édifices. Les ailes ne contiennent que des of. 
figes & des logemens pour ls domefliques. Chaque façade a trois portes, dont 
celle du milieu, qui eft la plus grande, offre des deux cotés pluficurs figures de 
lions en marbre (2). Devant la grande porte de la première cour eft une 
place, environnée d'une baluflrade, qui @it revetue d'un beau vernis rouge 
ou noi. Les deux cotés font flanquis d'une petite tour, d’où les tambours 
& d'autres inflrumens de Mufique fe font entendre à différentes heures du 
jour, fur-tout lorfque le Mandarin fort de fa maifon ou qu'il monte fur fon 
Tribunal. 

La premiere cour eft une grande efplanade, où ceux qui ont quelque de- 
mande à faire & quelque faveur à prétendre , obtiennent la liberté d'entrer. 
Les deux ailes font compofées de petits batimens , qui fervent de Bureaux 
pour les Officiers du Tribunal. Au fond de la cour fe préfentent trois autres 
portes, qui ne s'ouvrent que dans le tems où le Mandarin doit monter fur fon 
Tribunal. Celle du milieu eft [fort large, & cit} uniquement réfervée pour 
les perfonnes de diftinction. On paffe dans une autre cour, dont le fond of- 
fre d'abord une grande falle, où l& Mandarin adminiftre la Juttice. Cette 
falle eft fuivie de deux autres, qui lui fervent à recevoir les vilites. Elles font 
d'une propreté finguliére & fort bien meublées. Telle eft généralement la 
forme des grands ‘l'ribunaux. : 

ON trouve enfuite une troifième cour, où fe préfente une falle beaucoup 
plus belle que celle des audiences publiques. C’eft le lieu où les amis parti- 
culiers du Mandarin font introduits. Les édifices qui l'environnent font ha- 
bités par les domeftiques. Au-delà de cette falle eft une autre cour, qui 


si 


Ci: 


NOIS, 


Defcription 
du Palais d'un 
grand Man- 
darin, 


contient les appartemens des femmes & des enfans du Mandarin, & qui 


n'a qu'une grande porte, où nul homme n'ofe pénétrer. Cette partie du Pa- 
jais et propre & commode. On y voit des jardins, des bofquets, des pié- 
ces d'eau & tout ce qui peut plaire à la vûe. Il fe trouve des Chinois qui ai- 
ment les rochers & les monts artificiels, percés par des routes fouterraines, 
& remplis de détours comme un labyrinthe, pour y jouir de la fraîcheur de 
l'air (a). Lorfqu'ils ont affez d’efpace , ils font de petits Parcs pour y nour- 
rir des Daims, & des Lacs ou des étangs pour le poifflon & les oifeaux de 
rivière (b). 

Les Chinois n’ont pas, comme les Européens, la curiofité d’orner & d'em- 
bellir l'interieur de leurs maifons. On n’y voit point de tapifleries, de glaces 
ni de dorures. Comme les Mandarins tiennent leurs Palais de l'Empereur & 

qu'il 


(y) Du Halde, pag. 283 & fuivantes, Le 
Comte, pag. 148. 

(3) Quoique le marbre foit fort commun 
a la Chine, on en voit peu dans les autres en- 
droits des mailons. 


(a) Quelques-uns, fuivant le Comte, font 
des grottes & des montagnes dans leurs jar- 
dins. 

(b) Magalhaens, pag. 27 
pag. 284. 

* 
r 2 


2, & Du Halde, 


Ornemens 
des jardins, 


Meubles des 
Chinois, 


NMAGNIFI- 


52 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


qu'il leur arrive fouvent de fe les voir ôter, ils ne font jamais de dépenfe c:. 
wraordinaire pour les meubler. D'ailleurs, les vifites ne fe recevant que dans 
ja grande falle qui eft fur le devant de la maifon, il n'eft pas furprenant que 
les ornemens foient négligés dans les appartemens intérieurs, où ils feroicnt 
entièrement inutiles, parce qu'ils n'y feroient jamais vüs des Etrangers. 

Les principaux meubles qu'on apperçoit dans les falles, font de grandes 
lanternes de foie peinte, qui pendent du platfond; des tables, des cabinegs, 
des paravans & des chattes. Fous ces meubles font revetus d'un beau veus 
rouge & noir, fi tranfparent qu in empeche pas de découvrir les veines du 
bois, avec un mélange de toutes fortes de peintures, en Or, cn argent ou en 
d'autres couleurs. Les tables, les buffets & les cabinets font charges de por. 
celaine. ‘l'out y paroïitd'une propreté & d'un agrément admirables. Dans quel 
ques endroits on y voit fufpendues des piéces de Satin blanc, pointes de fleurs, 
d'oifeaux , de montagnes & de payfages (c), ou couvertes de fentences mo- 
rales en gros caractères. D'autres fe contentent de blanchir lus murs où de Les 
couvrir de papier, avec une habileté qui cit particulière aux Chinois. 

Les lits font d'une beauté fingulière, fur-tout dans les maifüns des Grands, 
Toute la partie de bois eft peinte, dorée & relevée par des ouvrages de feuln- 
ture. Dans les Provinces du Nord, les rideaux font de double fatin pendant 
lhyver. Ils font place en Etc aux taffctas blancs a fleurs & à figures, ou à 
la plus belle gaze, qui eft az claire pour le pañlage de l'air, & aflez ferrée 
pour empecher celui des coufins,infectes fort incommodes dans les Régions 
Muridionales. Le Peuple employe, pour s'en défendre, des ctoffes fort min- 
ces, d'une forte de chanvre. Les matelas font fort épais & garnis de coton. 

Daxs les Provinces du Nord on fait des alcoves de brique, de différentes 
grandeurs, fuivant le nombre des perfonnes qui compofent une famille. On 
y joint un petit poile pour le charbon de terre, dont la chaleur fe répand dan: 
toute la maifon, avec une efpecc d'entonnoir qui reçoit la fumée, Les poiles 
des perfonnes de diftinction font pratiques dans le mur & s’allument du cote 
extérieur (d). Aïn lt enaleur fe communique fi parfaitement aux lits & à 
toutes les parties d'une maifon, qu'on n'a pas béfoin de lits de plume comme 
en Europe. Ceux qui craignen: de coucher dans une alcove de brique, fufpen- 
dent au-deflus une forte de hamak, compofe de cordes ou de Ratan (ce). 

LE matin, on enlève tout ce qui a fervi au repos du fommeil, & l’on met 
dans les chambres des tapis & acs nattes pour s'y afoir pendant le jour. Com- 
me il n'y a point de cheminées ,rien n'eft fi commode pour toute une famille, 
qui s’occupe ainft de fon travail fans reffentir le moindre froid & fans étre obli- 
gée de recourir aux pelifles. Les gens du commun préparent leurs alimens 
& fonc chauffer leur vin ou leur the à l'ouverture du poile. Ces alcoves ou ces 
lits de brique, font aflez grands, dans les hotellerics, pour fervir à plulieurs 
Voyageurs enfemble (f'). 

L'ATTENTION 


Le ", t 2e » «+ HS | mnt « à { R \ . W ins À - 
(ce) Le Comte ditqu’ony voit les portraits Ce) Le Tiadudecur à confervé ici le m 
des ancôtres de la mafon, & que les muis  Ang'ois, parce qu'il n'a pas fait attentio 
. . ee , , . , nl . 

t a iclois peints, avec une forte d'ar- fans doute, qu'il s'arifioit ici de Rotins, fot 
Enr >=) ( L . v Î: ' ral 
cüitecture te de rofcaux communs aux Indes Orientale 


EL. 
Le Comte, pas, 147 K 156. Dull 
| 


’ 4 : 
104, & Iuille 


ma 
ren 
InC! 
Pro 
ge, 
tot 
fus 
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quel 
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S 
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ploi 
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, .| 
LIULI 


dépenfe ex. 
ant que dans 
pr enant que 
t ils feroicnt 
angers. 
de grandes 
Les cabinegs, 
beau veriis 
es veines du 
argent ou en 
rges de por. 
Dans quel. 
es de fleurs 
ntences hoc 
irs où de [es 
nois. 
des Grands. 
res de fculp- 
tin pendant 
gures, Où à 
. affez ferré 
Jes Régions 
es fort min- 
is de coton, 
: différentes 
amille. On 
répand dans 
Les poilcs 

ent du côte 
aux Jits & 2 
ume comme 
que, fufpen- 
im (ce). 

& l’on met 
jour. Com- 
inc famille, 
ns étre obli- 
urs alimens 
‘OVCS OU CCS 
‘à plufieurs 


[TENTICN 


DE LA CHINE, Liv..l Car, !E 52 


. . e A de 

L'ATTENTION du Gouvernement Chinois, comme celle des anciens Ro- 
mains, s'étend aux grandes routes de l'Empire, & ne néglige ricn pour les 
rendre sûres, belles & commodes, Une infinité d’ hommes font continuclle. 
ment employés à les rendre unies, & fouvent à les paver, fur-tout dans le 
res Méridionales, où les chevaux & les chariots ne ga it nue en ufi- 
ge. La plüpart fonc fort larges, & fi bien fablées, qu'elles fe fchent au oo 
tot qu'il a ceflé de pleuvoir. Les Chinois ont ouvert dés chemin; par def. 
fus les plus hautes montagnes, en perçant des rochers, en apple iniflant ee 
fommets & rempliflant de profondes vallées. Dans quelques Pro ess los 
grandes routes font autant de promenades , bordées de gra ie. bros, & quel- 
quefois de murs hauts de fept ou huit pieds, pour empecher les voyageurs de 
PRE à cheval dans les terres ; avec des ouvertures qui conduifent aux Vil- 
lages. 

Sur ces routes ontrouve, à certaines diflances, des licux de repos pour ceux 
qui yoyagent à pied. La plüpart des Mandarins qui font rappellés de leurs Em- 
plois cherchent à fe diflinguer par des ouvr: ges de cette nature. On ren- 
contre aufi des ‘T'emples , ou des Couvens de Bonzcs, qui offrent pendant le 
jour une retraite aux Voyageurs ; mais on obtient rarement la permiion d'y 
pañer la nuit, à la réferve “des M: ndarins , qui jouiflent de ce privilige, ll 
fe trouve des perfonnes charitables qui Éoht diltribuer, pendant Ja belle fai- 
fon, du thé aux pauvres Voyageurs, & pendant l'hyver une forte d'eau com- 
pofée, où l'on a fait infufer du gingembre. Les hotellcries font fort grandes 
& fort belles fur les grandes routes; mais, dans les chemins détournés, rien 
n'eft fi miférable & fi mal entendu. 

À chaque poftc on rencontre une maïfon, qui fe nomme Aong-quun, éta- 
blie pour la réception des Mandarins & de ceux qui voyagent par l'or dre de 
l'Empereur. Ces édifices ne font point auifi beaux qu'on pourroit fe le figu- 
rer & qu'ils font repréfentés par des Ecrivains mal: informés. Les uns {0 ont 
fort : grands, d’ autres fort petits. () Quelques- uns néanmoins ne Mere il 
de commodités , ni d'agrément. Où jugera de tous les autres par la de ferip- 
tion de celui de Canton, qui eft de lcfpéce commune. Sa grandeur €ft mc. 
diocre,  Ilcft compofé de deux cours & de deux principaux bitimens, dont 
lun, qui eft au fond de la première cour, n'eft qu'un Tong, c'eft-à-dire, une 
grande falle ouverte pour y recevoir les vifites. L'autre , qui termine la fe. 
conde cour : cit divifé en trois pieces, dont celle du milieu forme un fallon , 
ou une antichambre pour deux autres grandes chambres qui font fur les ai ls, 
chacune avec fon cabinet. Cette difpofition ft commune à toutes les ma 
fons des perfonnes de qualité. Le fallon, où lanti-chambre, ett orné de 
deux grandes lanternes de foie peinte & tranfparente, qui pendent en for- 
me de luftre. La porte d'entrée & celle des cours offrent aufli deux gran- 
des lanternes de papier , fur lefquelles on lit des Infcriptions en gros ca- 
ractères. | 

Sur les grands chemins on trouve, à de juftes diftances, une forte de 
Tours, avec des guérites pour les fentinelles, & des étendarts, qu'on lève 
pour fignal . les cas d'allarme.” Ces Tours font compofées de terre dé- 
rempée. Leur forme eft quarrée, Elles ont des embrafures de biais, à la 
hauteur de huit pieds. Dans quelques Provinces on y piace, au fommet, des 
cioches de fer fondu; mais celles qui font fur la route de Peking n ont ni 


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routes. gran 
de monumens que les Chin 
Ce font de gros blocs de i 
où, par le moyen 

nent ,. Onen voit “ la 
Mais leur hauteur cominune n'efi 
PER font prop ïtionnées. | 
pierre (4). Quelques-uns font 1 envi 
pour enclos qu ‘un ue batiment de 
propre. Leur forme furoit un quarré 
vers le 
Les I {a! 
darins, 
en cievent 
ont recus de l'Empereur, 
d'une favet r Impuriake 
trelaffées (/ “ 


aune moi 
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)itans « des Vi ilus . int *$S Cr! 
lorfqu'ils ont ete 
au!t, pour immortauier 

ou par d'a 
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eus tisf: lits de [RS 


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ENS obferve que 
ennent les TOUS 
depuis Pcking jufqu'aux p 
des Po iles &X les dif lances ue une 
darins & des autres voyageurs. 
Chine font divifes en onze cens 
hotcile: 1e royale. 
fignifie, Lieux 


re] ÿ és de plaifr 


nnent qu'il y 
ta air CC. de ( :1nq en cinq lis ; c'e Lei dire : : cnaqu à 


nlr 


ICTRAUVEMENT, aveC un e garde de fi 


fommet, & couverts de que Iqu 
ht CCS inNONUMENS 
ur gouvern 

quelques honneurs extraordinaires qu'is 
tres MOotIis. 


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CUX il{ 
Û 


* CS pures 


rtics es plus uloi 


MPIRKRE 


ait fur toutes les grande; 


ol ferver ce qui {u pu IG aux en 
es. On les repare foigneufement | 


e des foldats n'eft pas fuhiant, 


en grand nombre fu 
a-vis de ces 

Che-peys, avec diverfes Inf 

des bafes de li meme matic 

lques tenons, le bloc tt te 

picds, larges & épais de deux 

tre ou cinq Dos X leurs autre 

nds font éleves fur unc voute de 
D'autres n'ont 

ce, m ais font couverts d'un toit Lor 
licr, s'ils n'étoient un peu arrond 
rotefque d'une autre picrre 

a lhonneur des Man 
ement.. Ces Oihciers memes 


preicntent 


UVe, Vis lcmpl 
Li 


EE 
des f EUIUS, 


orfqu'il eft quellior 
cures de Dragons, diverfement en: 


sCi hinois ont des Itine raires Imprimes , ON des 


N 


, tant par cau que par terre, 


necs de l'Empire, avec l'ordr 


les 


Ville à l'autre, pour la commodité des Man 
Dans ce livre, tous les grands che 
quatre-vingt-Cinq { 
outes ces ho telkrics portent le nom de Te ou de Chin, qu 
On en one aufii fepc cens trente-cin 
dans les Villes du premier & du fecond Ordre, dans les Villes 


ins « 


chacun leur 


AS qui ont 


jronticres à 


dans les Chateaux du centre de | Empire ; deux CCS cinq dans + Bourg: qu 


fe nomment %e, & trois cens trois dans ceux qui s'appellenc Chin (k). 
il y a ici une diffcrence entre le noml 
dont la conciliation ne paroit point aifee. 


ne cft remplie de commodités pot 


Du Ialde 


Lies Chinoïs, Out cu ni 


ire 
Archi! 


pour € t uiig 


[RLFEA 


mblance que 
ntrodui 


lermes, quelques ioi 


Lu GLS i 


ir les voyages & les tranfports par eau. 
rivières navigables & les canaux y font en fori grand nombre. 


AYETE 


re geéncral & le nombre particulier 


Outre les chemins de terre, la Ch 
Les 
On trouve a 

long 


s coufMin 


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APparemn 


1hcom- 


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fardeaux ne Îles 


rantc-cinq. R. d.E, 
ne par Magalha 


ONZt CCS QU 
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1 voute de 
utres n'ont 
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avec l'ordre 
ce des Alan 
icmins de | 
chacun leur 
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trentu-Cin 
ronticres à 
s bourgs qu 
(&). Mai 
particulier, 
rre, la Chi 
ar eau. Les 
n trouve a 

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nombre « 
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Nord au 
rivicres ; 
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Chan-ton, 
toient p 
n'a past 

CE F 
Voyage: 
eft fituc 
ces de : 
fe joint 
dant dei 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. Il. 55" 


long des rivières un fentier commode pour les gens de pied, & les canaux Macxirr 
fonc bordés d'un quai de pierre. Dans les Cantons humides & marécageux, on ACE PES 
a conftruit de longues chauflées, pour la commodité des voyageurs & de ceux "7" 
qui tirent les Barques. Il y a peu de Provinces qui n’ayent pas une grande 

rivière ou un large canal, qui lui fert de grand chemin d'eau; & la rive cit 

fouvent bordée, à la hauteur de dix ou douze pieds, de belles pierres quar- 

rces, qu'on prendroit dans quelques endroits pour du marbre gris ou couleur 

d'ardoife. Ces bordures étant quelquefois de vingt-cinq pieds, on a befoin de 

quantité de machines pour élever l'eau & la faire entrer dans les verres. 

ON voit plufieurs canaux qui s'étendent l'efpace de dix licues en droite Ji+  Beaut£ des 
gne. ‘l'el eft celui qui eft entre Su-cheu-fu & Vu-Ji-hyen. Le canal de Æng- 
cheu-f, au Nord-Oueit, a par-tout plus de quinze brafles de largeur, dans 
une fort longue étendue en droite ligne. Ses rives font bordics de pizrre, 
& de maifons fort ferrées, qui contiennent un nombre infini d'Habitans, D'ef- 
pace en efpace, les grands canaux font couverts de ponts, à trois, cinq ou 
fept arches. Celle du milieu a quelquefois trente-fix & jufqu'à quarante-cinq 
pieds de large; avec tant de hauteur, que les Barques pañlent deflous fans 
baïfler leurs mats. Les arches des côtés ont rarement moins de trente pi:ds 
de largeur, & diminuent à proportion. Le fommet de chaque arche elt bien 
bâti. Le jambage cit fi étroit, que dans l'éloignement toutes les arches pa- 
roiffent fufpendues en l'air. | 

LES principaux canaux fe déchargent, des deux côtés, dans un grand , ture 
nombre de petits, qui fe fubdivifant en quantité de ruifleaux, communiquent 
ain à la plûpart des Villes & des Bourgs. Ils forment des étangs & de pe- 
tits lacs, qui arrofent des plaines voilines. Outre ces canaux, qui font d'u- 
pe commodité extrême pour les voyageurs & les négocians , l'induftrie des 
Chinois en a creufé d'autres, pour raflembler les eaux de pluie qui fervent à 
. Ja fécondité du riz dans les plaines (7). 

Mars rien ne peut ètre comparé dans ce genre au grand canal qui porte Gina Canal 

le nom de Tun-lyang-ho, c'eft-à-dire, Canal pour le tranfport des marchandi- de Yunlyang- 
fes; & fouvent celui de Tun-ho, ou Canal-royal. Il traverfe tout l'Empire, du ho. 
Nord au Sud (m). On a commencé à le former par la jonétion de plufieurs 
rivières; mais, dans les lieux où les rivières manquent, on n'a pas luilé de le 
continuer en fuivant les niveaux, comme dans les Provinces de Pe-che-li, de 
Chan-tong & de Kyang-nan, où les montagnes, les carrières & les rochers n’é- 
toient pas en aflkez grand nombre pour caufer de l'embarras aux ouvriers. II 
n’a pas moins de cent-foixante lieues de longueur dans ces trois Proviness, 

CE fameux canal, dont le nom revient fi fouvent dans les Relation: des 
Voyageurs (n), commence à la Ville de ‘T'yen-tling-wey das Pe-che-li, qui 
eft fituce fur la rivière de Pay-ou de Pe-ho. Après avoir traverfé les Proviu- 
ces de Pe-che-li & de Chang-tong, il entre dans celle de A'yeng-nan, où il 
fe joint au #hang-ho ou à la Rivière Jaune. On continue de naviguer pen- 
dant deux jours fur cette rivière, d'où l’on entre dans une autre, Enfuite le 

canal 


(1) Mémoires du Pére le Comte, pag. 1o1. ge 326. 
& fuiv. Du Halde, pas. 265, 286 & 925. (n) Voyez ci-deilusies Journaux des Voya- 
(m) À la page 286, l'Auteur lui donne fix  geurs, 
cens livues, & trois cons feuleiment à La pa. 


Chemin 


ou Oo! 
i 


ii par Ca 


neut faite 
AAUARE 


U, 


D À LEMPIRUC 


56 VOYAGES 


canal recommence & conduit à la Ville de Whay-ngan-fu.  De:lù, palin 
par quantit : de Villes, il fe rend à Taug-cheu-fu, un des plus fameux Ports 
l Empire. n peu plus loin il entre di ins la grande Rivière de Tor. tfe. 
à une journee de Nan-kiug. La navigation . par cette Riviere qu qu'i 
Lac de Po-veng, dans là Province de Avang-ft. On trav crie ce Lac pour 
rer dans ti Riviere de Kan-kyang, qu ‘on remonte jufqu a Nan-1 gan-fu. Er 
fuite on fuit douze lieues par terre juiqu'a Nan-byang-fu dans la Drovinès 
Quang-tong , où l'on fe rcmbarque {ur une rivicre pour fe rendre a Canton. 

Arxst, par le moyen des rivicres & des canaux , a peut voyager fo 
commodé Ac de Peking jufqu'aux dernicres extrémités de l'E Ipire ; 5 C cit 
dire, l'efpace d'environ fix cens lieues, fans autre intrrupt ion qu'une journ 
de marche pour traverfer là montagne de fey-lin. Encore peut-on fe du fc n 
fer de quitter {a Barque , fi l'on veut pren di. par les Provinces de Quang-fi & 
de Augonarg ; ce qui n'eft pas diilicile dans les grandes eaux, parce die les 
Rivicres de Hlu-quang & de Kyang-it fe rendent au Nord dans le dan, 
Law. Une brafle & demie d'eau fuit pour cette navigation. Mais lorf:x 
les caux s'entlent aflez pour faire éraindre qu'elles ne furmontent leurs rives 
on ouvre, en divers endroits, des tranchees, qu'on ne manque point entuix 
de fermer foigneufement (0). | 

CE grand Ouvrage, qui palte pour.unc des merveilles de l'Empire Chinois, 
fut cxècuté par l'Empereur Chi-tfu ou [la-per-lye, qui étoit le fameux Kb 
kan a de Jen-ghiz-Kan , À Ééndétèns de la vingtième Dynañic ds 
Teur. . Ce Princeayant conquis toute la Chine, après s’etre déja rendu ma: 
tre dela Tu Dec ati. relulut de fixer fa ré denee à Peking, comme 
au centre de fes vallées domaines, Mais les Provinces du Nord n'étant px 
capables de fournir affez de provilions & de commodités pour la fubi lance 
Se fes noi nbreufes Armées & de fa Cour, il fit conftruire un grand nombre €. 

gts & de longues Barques, pour en faire apporter des Provinces Mari- 
times. # ex tperienc e lui fit connaitre le danger de cette méthode, Une parti: 
ie Vaiileaux périfloient par la D te te. D'autres étoient arrétés par 
calmes. Enfin, pour re: nédicr à ces deux inconvéniens , il prit le parti & 
faire creufer un canal; entreprife mervalleufe, où la dépenfe répondit à | 
diliculté de l'ouvrage & à la multitude innombrable des ouvricrs 

L'uagsiLeré des Miniftres qui furent chargés de l'éxécution de tes ordres 
éclata d'abord dans le choix qu'ils firent d’un licu commode pour l'ouvertur 
du terrain. Ils jugèrent qu'il falloit commencer par quelque rivicre, dont 
bords cuflent une pente fi égale, que le cours püt étre divife & l'eau condui 
te par des routes contraires. Apres bien des recherches, ils fe déterminera 
pour cclie de 7} (q) dans là Province de Chang-tong. Le point de divi- 
lion, fuivanc les Mitionaires, elt pres d'une petite eminence, à crois lieues 


de violenc 


de la pet 
qui figni 
«ang, q| 
Apres CC 
nic de l'e 
bo, qui 
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de Pekin 
qui, fans 
au Sud, 
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duifent , 
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que l'efp: 
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qui ne fu 
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fes, parc 
n'eit pas 
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Canal etoi 
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où la terr 


qui ne foi 
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éclufes, 1 


DE LA CIIINE, Liv. Il Cuar. IL 57 
paltur h de la petite Ville de Jf'eu-chan-byen. Ce lieu porte le nom de Zwchui-myau ,  Macxrrr 
RE qui fignitic, fempie de la divi/ jfion «es eaux (r de parce qu'il eft confacré à Long- CrNce pis 
CS SE cvuns, que les Bonzes regardent comme I Mare ou le Génie des caux ds di 
AREA AE di: Apr. s cette division de la Rivière de Wen- hi 10, dont la plus grofie partie four- 
. D nic de l'eau au Canal dans fon cours ver, le tord, il reçoit la Rivicre de #/7ey- 
ge Fi E 1, qui vient de la Province d'/ n, & parcourant PACE de Pays, il 
pin k va {& joindre, pre s de Pyen-t'ing- Ntér , à la Rivière de Pav-bo, qui, venant 
nton. M de Pek ing, va fe décharger dans la Mer Orientale. Mais il en refte un bras, 
er fort qe qui, fans avoir plus d'un ticrs de la groffeur du corps, recommence le canal 
cel M au Sud, vers la Rivière Jaune ou le #/’hang-ho.  Iltraverfe d'abord des marais 
Jour M & des lacs, dont quelques-uns forment eux-mêmes le canal, & d'autres lui 
difper M fournilient de l'eau par le moyen de diverfes éclufes, que les Chinois rom- 
et X @ ment Cha Ces eclufes s'ouvrent ou fe ferment au gré de ceux qui les con- 
que les ‘ duifenc , avec des planches dont on bouche leurs ouvertures (+). 
EUR ï Les bordures de pierre, par lefquelles on a pratiqué ces eo portent T'clufes ou 
lor! Fe fort improprement le nom de Digucs dans les V oyageurs (v}), parce qu'elles Pertuis. 
, As ont cté conttruites dans le Canal menie pour diminuer fa Jar geur, ne laiffant 
.entuirs 


e l'efpace néceilaire pour le paflage ‘d'une grande Barque, & ‘auelles À fer- 

ent comme autant d'éclufes, à rcllerrer l'eau, fuivant la quantité “dont on a 
bel in. Cette précaution €ft quelquefois néecflaire, fur-tout dans les tems de 
échercffe; car le cours divifé du \W'en-ho ne pouvant fournir plus de cinq ou 
fix picds d' eau, on s'ett efforec de le retarder & meme de l'arreter, par un 
grand nombre de coudes X de détours qu ’on a menagés dans le Cana al. Il n’a 
pas plus de trois pieds d'eau, dans certaines années où la pluie manque; ce 


Chinois. 
Ku-blaiy. 


idu ma:- 
comme 


SE Ve qui nc fuflit pas pour les gr andes Barques Impcriales, qui tranfportent à la 
bit tance: Cour les tributs & les provifions. On eft obligé par conféquent, dans les 
mbre €. lieux où cet inconvénient fe fuit fentir, d’avoir recours à cette forte d'éclu- 
es Mari: fes, parce qu'il n'y a pas d'autre bain que le Canal même. Mais leur nombre 
1e partie n'eit pas fi grand que ccrtains Voyageurs l'ont prétendu. Il ne pañle point 
par !-$ quarante-cinq (x). Le memes Ecrivains ont commis une ne erreur en 
PAFEI- leur donnant plus de trente pieds de Jargeur, & lorfqu'ils ont aflüré que le 
idit à ! Canal ctoit continuellement bordé de pierre. Il ne l'eft que par intervalles. 
On eft fouvent dans la nécefité de réparer fes bords, foit dans les endroits 
es ordres où la terre eff fi fabloncufe qu'elle s'éboule facilement, foit près des lacs, où 
UVErEUTE  ggpla violence des caux, caufée par les pluies, ereufe & renverfe [les digues 
dont Les 4 qui ne font prefque par tout que | de terre qui eft probablement celle qu on à 
condui circe du Canal en le creufant (y 
nincren MaGALuaAEzEnNs obferve qu “if n'eft pas facile de paffer quelques-unes de ces Dificuité 3 
de divi- clufes, fur-tout celle que les Chinois nomment Tyen-ficha, c'eit-à-dire, Reine les puer, 
bis lieues .OÙ 
Cr) Magathacns l'appelle Fuen chien myau,  & l’autre au Sud. 
4 ou Temple de V'Efhrit qui divife les eeux. (6) Magaihacns, pag, 114. Du Ialde, 
et ficué entre les Villes de Torgpingcheu ge 17 & 325. 
; £ e "Lf-ning-cheu. : Poe ne {v) C'ett le nom que leur donne le Père 
) Gemelli pretend que cette cau vient le Comte. 
* MN d'un Lac A VEN; qu'elle eft conduite par un (x) Nicuhof & Navarctte en comptent foie 
x jal taillé au tr d'une montagne, & qu'el xantc-douze, 
à Le ett amenée au Femple avec tant d'art, qu'en (y) Du Hole, pag. 38, & Magalhaens, 


| 
° “ , . . ! à Ms sn" Fa 
ri isd-vis, une partie œule au Nord pag, 145. 


MAGNIrI- 


CELNCE 


DES 


Cuixois 


58 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


où Maitre(f® du Ciel, pour exprimer fa hauteur extraordinaire.  Au-deflus 4: 
cette chûte-d’eau les Barques font tirées par quatre ou cinq cens bateliers, & 
quelquefois par un plus grand nombre, avec des cables & des cordes atia. 
chées à la proue, tandis que d'autres travaillent aux cabeftans qui font plac 
fur les murs. Lorfque toutes les cordes ont et: foigneufement attachées, ; 
commencent à tirer avec beaucoup de mefure, au fon d'un baflin, fur le 
on bat d'abord lentement. Mais aufli-côt que la Barque eft à demi-levée x 
deflus du canal fupérieur, le courant devenant beaucoup plus fort, on bx 
beaucoup plus vite fur le baîin; & les bateliers réuniflant toutes leurs forces, 
pouflent la Barque & la font monter d'un feul coup.  Îlne refte enfuite au. 
un péril, parce qu'elle fe trouve en sûreté dans l'eau-morte qui eft entre ke 
bord du canal & le milieu du courant. Il eft plus aifé de faire defeendre js 
Barques, à ces chûtes-d'eau, que de les faire monter ; c'elt-à-dire, que l'ops. 
ration cit plus prompte quoiqu'elle foit plus dangercufe. Pour éloigner 1 pe 
ril, ceux qui tiennent les cordes, des deux côtes du Canal, les tirent où k 
lichent fuivant ke befoin. D'autres, demeurant fermes au milieu de la Bar. 
ue, s'efforcent, avec de grands crocs, de la tenir con!tamment au milieu 
du Canal. Aufli-tôc qu'elle eft tombée dans le canal inférieur, on liche tou. 
tes les cordes; & pendant quelque tems (2) elle ft emportée par le couran: 
avec la vitefle d'une fleche. 

Les ouvriers, qui furent employés à creufer le Canal, eurent beaucoup 4 
difficultés à combattre au-delà du Æf'hang-ho. Pour le conduire jufqu'au A | 
ils fe virent dans la néceñlité d'élever de grandes chauflées de pierres, & 4. 
conftruire d'autres ouvrages près de /f'a-ngan-fu, pour réfitter aux eaux d'un 
grand Lac, qui eft à l'Oucft, & à celles de la Rivicre de Quay-bo , qui, & 
debordant après les grandes pluies, tomboient impétueufement dans le Caml. 
Ces ouvrages font les meilleurs qu'on ait imaginés pour fa sureté, On en voi 
auf d'afléz bons, près de Tang-cheu-fu, qui fervent de quais à cette Ville. 

AU-DELÀ du Tong-tfe-kyang on trouve un autre Canal, qui, partant de « 
jui-ci, à Chin-kyang-fu & pañlant par Chang-cheu-fu & Su-cheu-fu, reçoit pli 
ficurs autres canaux de la Province de Che kÿang. Il @it d'autant plus con 
mode, qu'il n'eit point embarrallé par des éclufes & d'autres ouvrages de cet! 
iguite du Pays, de la nature des terres & dc 
qui ne fe trouvent guir 


atur 
natut 


ce qui vient de l'égulité 
bondance des eaux fans ac 
raflemblés dans d'autres licux. 

Les cantons où l’on a crû pouvoir creufer des canaux fans nuire au grand, 
en ont un grand nombre d: petits, qui frveut dé communication pour lec 
merce entre les Villes voitines ou les grands Villages (a). 

LE Père le Comte cbferve que dans quel jUes en droits où la difpofition di 
terrain n'a pas permis de former une con ication entre deux canaux , GR 
ne laiffe pas de faire palitr les Barques de l'un à l’autre, quoiqu'il y aic plus & 
quinze pieds de hauteur à furmonter. A l'extrémit du canal fupérieur ot 
conftruit un double glacis, ou un talus de pierre de taille. Lorfque la Ba 
que arrive dans le canal inférieur, au lieu qui répond à cet ouvrage, elle ei 
élevée , avec le fecours des cabeftans, jufqu’au fommet du premier glacis, 
d'où fon propre poids la fait gliffèr, par le fecond glacis, dans le canal fu 
périeur 


0 
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ile pente; aVAnNLaires 
D 


£a) Magaihacns, ilid, Le Comte, pag. 124. (a) Du laide, pig. 18, 


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périeur. 
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(ce) Du 
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Has roinest 


DE EE A CHINE, Liv. il. Char». il, 59 
eflus de prieur, On la fait defcendre de m£ine du canal fapéricur dans l'autre. L'Au- 
iers, & teur ne comprend pas fans pe inc comment les Barques ner. qui font or- 
les atta. dinairement tort longues & trés-poarament charg “s, nel fe brifent pas par le 
it plac milieu lorfqu'elles {fe trouvent comte fufpendu sen Pair fur lang le aigu ds 
1ECS, | deux glacis. Cependk ut il n'apprit jamais qu'il fut arrivé L: moindre acci- 
ir lcqu nn «de nt par CCttC VOIC ; X l’un'que DÉeCAHtIen qe dires ls Nigocians, lorf- 
2vÉC 1 M qu'ils ne veulent pas quitter leur Bord, eftde fe faire lier av ce unc corde, pour 

on ba © éviter d'etre fecoues d'un bout à l'autre. On ne trouve point de ces celutes 
; forces, N dans ie grand Canal, parce que les Harques Impériales, qui iont autii grandes 
fuite au 2 que nos F regites, ne pourroient etre élevies à force de bras, ni garanties du 
entre le malheur qui ne fait que menacer ls autres (D). _e rencontre un “doub c la. 
ndre }es cis dans le Canal qui eft entre Chau-king-fs RO Ning-p pos Les Parques qu'on 
1e l'ops- Re dans cette route font conftruices cn forme ge rondoles, & ieur quille 
er Le pe. cit d'un bois affez dur pour foutenir tout !e poids du Batiment Ce, 
nt ou k Dans la Province de Quang-fi, on a joinc la Rivière qui combe dans la Mer 
e la Bar. à Canton, avec celle qui traverfant la Province de Hu-qrang fe joint au grand 
u milieu Kyeng dans le lieu où finit le grand Canal. L'eau qui delcend des montignes 
che tou- dans la partie feptencrionale de la Province ferme prés de Hing-naun-byen , 
courant une petite Rivicre, qui etant re Mrrée par des (d) bords d'une hauteur égale 
au haut terrain qu'elle traverfe, s'enfle au-deflus de fon lit naturel & dé- 
acoup d charge l'eau Ses a de furplus. Mais ce canal, qui ne va pas fort loin 
Mur: pour entrer dans les deux Rivières qu'on vient de nommer , n'eft pas fi 
. © de commode ni fi bien entretenu que le grand. Il fouvent fi bas, que dans 
se d'n plufieurs endroits es Barques g! ent plûtot fur le fable qu'elles ne font por- 
qui, à tces fur l'eau. Cependant les Mare nds donnent la a à cette rou- 
le Caml. te. Ils renoncent à celle de Canton par la Province de Kyang-fi, pour Cvi- 
n'en voit ter l'embarras d'avoir à tranfporter leurs € lets par terre, comme on l'a fait 
ville. obferver, pendant l’efpace d'une journce enticre. 
Le da de L y a la méme diliiculté à voyager de Canton par la Province de Llu- 


q ne On ft obligé de quitter, à Z-chang-hyen la Rivicre, qui, pañant à 
Chau-cheu-fr, tombe dans celle de Canton. De-là on compte fept licues ie 
= cer qu’ à la belle Ville de Ching-cheu , où l’on s’embarque fur une autre Kivicre 
&-dé li qu fe joint au grand Kyang. Mais lorfque les Caux font hautes, on ne 

ouffre aucun retardement dans la route qui traverfe de Kyan- fi & de 4 
quang. … C'eft un avantage ineftimable pour la Chine, de pouvoir entretenir fi 
facitement un Commerce réglé entre toutes fes Provinces, par les communi- 


mit nl 
CEUIL Pi: 


lus con 


ne 


Le) 


ati gra! . . » , + . , . , 
tn cations conitantes du grand Canal & d'une infinité de petits, qui viennent s'y 
i LAS . 
; joindre comme autant de routes de traverfe (e). 
tion d N. AVARETTE donne deux cens lieues de longueur au grand Canal (F). 
)! {) (|. x . " . L . . F 
. à Etant arrivé au milieu, il vit fur la rive un grand” l'emple, près duquel eft 
Re unc Ne grande fource, qui fe divife, dans le même lieu en deux petits 
C Di 
ruilleaux 
ICUT 
e y |: Nr : y F ‘ 
ie Fe A (b} Mémoires du Pére le Comte, pag, 104. pieux. T'ouv c{t bout : des plane 
, CIC € & fuivuntes | ches, des nattes & d'autres chofes de li mème 
glacis, \C) D: Late, hi Jun HalUre, 
canal {ue à art Cett NOTE art Cirtt S + qui fe rvent ©: A Ce) } Du If de, Pig. 18, & fuiv, 
‘ ue ile Peut en aticiact in cours, n'ettor he (j} Du Lie lui donne evüt foixante 
pes 14 rçinesst que sig {orre , iute ni LE par US t ‘USSe 


IH 2 


NIFI. 
C ! h£ES 
C i13U0!IS 
Canal de: 
Pro: CC de 
Quang-ff, 


D'fficulc£s 
de la rout: de 
de Hu-quang, 


Longueur du 
grand Canal, 


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VV. LA 4 \ 
S OA Æ 2  @ Se 
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es” N 4 


MAGNiri- 
CENCE DES 
CHINO1!Ss. 
Inconvénient 
de la difette 
d'eau. 

Remède 
qu'on y ap- 
porte par des 


éclufus, e 


Prodigieux 
nombre des 
Barques Chi- 
noifes, 


Corps de 
garde au long 
des canaux, 


Quais & 
Ponts des 
Chinois. 


Ponts d'une 
feule arche, 
Autres Ponts, 


Go VOYAGES DANS LEMPIRE 


ruifleaux (g), l’un qui teurne au Nord, l’autre au Sud. Cette eau ne fufi- 
fant pas pour les grandes Barques, on cit fouvent forcé d'attendre les pluies ; 
& le nombre des Barques qui font arrêtées par cet obftacle fe multiplie quel- 
quefois jufqu’à fept ou huit cens. C’eft ce que l’Autcur vit arriver en 1665, 
dans le voyage qu'il fit à Peking. Mais, pour remédier à cet inconvénient, 
on a bâti huit (h) fortes écluits, compofé:s de deux bons murs de pierre, 
qui, s’avançant des bords de la Rivière jufqu’au milieu, ne jaiffént de pañla- 
ge que pour une fimple Barque. Chaque éclufe a fon Mandarin, avec un 
grand nombre de Bateliers pour after les Pailans. Lorfque les éclufes font 
fermées, l'eau qui fe trouve dans l'intervalle s’éleve de plus d'une braffe & 
demie dans l'efpace d’un jour; ce qui fuffit pour la facilité du pañlage. On y 
obferve beaucoup d'ordre, & les rangs font gardés fuivant le degré des Paf: 
fans qui fe préfentent. Entre les perfonnes de rang égal, ceux qui arrivent 
les derniers achétent quelquefois une place plus avancée, Ces délais rendent 
la navigation fort ennuyeufe; mais la dépenfe du tranfport par terre feroit 
exreflive. Il a fallu beaucoup d'art pour faire arriver ce Canal à fa perfec- 
tion. 1l eft rempli de coudes & de détours, par lefquels on s’eft efForcé de 
rallentir la violence du courant. Les Barques de toutes fortes de grandeurs, 
que l’Auteur vit fur la route , étoient fi nombreufes , qu'avec la connoiffance 
qu'il avoit des Mathématiques , il trouva qu’il y en avoit affez pour batir un 
Pont depuis Macao jufqu’a Goa; c'eft-à-dire (i), d'environ neuf cens lieues 
de longueur. Cependant les autres rivières n’en offrent pas un moindre nom:- 
bre; & l’Auteur eft perfuadé, comme d’autres Ecrivains, que la Chine con- 
tient feule plus de Barques & de Vaifleaux que tout le refte du Monde con- 
nu (&). 

Au long des routes d'eau, on trouve par-tout, à la fin de chaque lieue, un 
Tang (1) ou un Corps-de-garde, de dix, cinq, ou moins de foldats, qui en- 
tretiennent une correfpondance continuellé par des fignaux. La nuit, ils tirent 
une petite piéce de canon. Pendant le jour, ils s’entr'avertiffent par une épaif- 
fe fumée de feutiles & de branches de pin, qu'ils brûlent dans trois petites é- 
tuves, en forme de pyramides, ouvertes par le fommet (# ). 

Les Chinois ne font pas moins magnifiques dans leurs Quais & leurs Ponts 
que dans leurs Canaux. On ne fçauroit voir fans étonnement la longueur des 
quais & la grandeur des pierres dont. ils font bordés. Les ponts, comme on 
l'a déja semarqué, font admirables par leur hauteur & par leur conftruétion. 
Comme le nombre en eft fort grand, ils forment une perfpeétive fort noble & 
fort agréable dans les lieux où les canaux font en droite ligne. 

ON voit à la Chine des ponts d’une feule arche, qui eft à demi-circulaire & 
bâtie de pierres ceintrées, longues de cinq ou fix pieds, fur cinq ou fix pou- 
ces d’épaifleur.  Quelques-unes font poligones. D'autres ponts ont, au-lieu 
d'arches, rois ou quatre grandes pierres, .placées, comme des planches, fur 
des 


(g) Nieuhof l'appelle Rivière de Lueu,  gération très-peu mathématique. R. d. T. 
ou plütôt de leu, & remarque qu'elle prend (k) Voyez ci-deflus la Relation de Navr- 
deux cours oppofés, fans en expliquer la rai-  rette. 
fon. Voyez ci-def}us fa Relation. (1) Ou Tang-pu. 

(h,) Angl. quatre-vingt, R. d. E. (m) Du Halde, pag. 287. 
(i) Cette remarque eft fans doute une éxa- 


re 
ces 


nail 
pab 
hàu 
fort 
dép 
P 
kyau 
l'Ou 
eût 
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leurs Ponts 
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aie EN SVT EN SAT 


sl 


RUES HR Cuba die né: 


gyrioues [ce font des portefaix, qui portent les 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. Gt 


e 
des pilicrs ou des jambages. Ces pierres ont quelquefois jufqu’à dix-huit 
pieds de long. On voit un grand nombre de ces derniers ponts fur le grand 
Canal. Il n'eft pas difficile de faire comprendre la méthode Chinoife dans 
ces édifices. Après avoir achevé les côtés des arches, ils prennent des pier- 
res de quatre ou cinq pieds de longueur & larges d'un demi-pied, qu'ils pla 
cent alternativement debout & de tfavers, en obfervarit que la fituation des 


2 dernières [ qui doivent faire la clef,] foit éxaètement horizontale. Ainfi l'é- 


aiffeur du fommet de l'arche n’eft que celle d'une de ces (#) pierres. 

Comme le pont, fur-tout lorfquil eft d'une feule arche, a quelquefois qua- 
rante ou cinquante pieds de largeur entre les deux côtés de l'arche, & qu'il eft 
ordinairement beaucoup plus haut que la rive, on forme aux deux bouts un 
talus, divifé en petits degrés, dont chacun n'a pas plus de trois pieds (0) de 
hauteur. il s’en trouve néanmoins où les chevaux ne pañleroïent pas fans pei- 
ne. Mais tout l'ouvrage eit généralement fort bien compofé. 

LEs ponts qui ne font faits que pour la commodité du pañlage, font ordi- 
nairement bâtis comme les nôtres, avec de gros piliers de pierre, qui font ca- 
pables de rompre la force du courant, & de foutenir des arches fi larges & fi 
hautes, que le pañage cft aifé pour les plus grandes Barques. Le nombre en eft 
fort grand dans toutes les parties de la Chine. L'Empereur n'épargne point la 
dépenfe pour accorder des faveurs de cette nature au Public (ph). 

PLrusieurs de ces ponts font diftingués par leur beauté. Celui de Zu-ko- 
kyau, bâti fur le Æ7hen-ho (q), où la Rivitre bourbeufe, deux lieues & demie à 
l'Oueft de Peking, étoit un des plus beaux qu'on eût jamais vû, avant qu'il 
cût été ruiné en partie par une inondation, au mois d'Août 1688. Il avoit 
fubfifté deux milie ans, fuivant le témoignage des Chinois, fans avoir fouffer: 
la moincre 2ltération. ‘Toute fa mafle étoit de marbre blanc, travaillé avec 
beaucoup d'art. Des deux côtés, il avoit foixante dix piliers, à la diftance 
d’un pas l’un de l’autre (r), féparés par des panneaux de beau marbre où l'on 
voyoit des fleurs, des feuillages, des figures d'oifeaux -& de plufieurs fortes 
d'animaux, fort délicatement gravées. L'entrée, du côté de l'E, offroit 
deux lions d'une taille extraordinaire, fur des piédeftaux de marbre , avec 
plufieurs autres petits lions en pierre, les uns montant fur le dos des grands, 
d’autres defcendant , & d’autres rampant entre leurs jambes. Le côté de 
l'Oueft étoit orné de deux figures d’éléphans (s) travaillces avec beaucoup 
d’habileté (+) & placées aufñi fur des piédeitaux. 

Mars la Chine a peu de ponts qui puiflent être comparés à celui de Fu- 
cheu-fu (v), Capitale de la Province de Fo-kyen. La rivière, qui eft large 
d’un mille & demi, forme de petites Ifles en fe divifant en plufeurs bras. 
Toutes ces Ifles font unies par des ponts, qui ont enfemble huit lis & foixan- 


te-dix 


(n) On juge que ce pavé n'eft pas tro 


| uge pavé nom de la Tartarie Orientale, 
{ort ; mais il n’y pañle jamais de voitures & 


(r) Sept pieds & demi. 

(s) Du Halde met Ænfans aulieu d'Elé- 
phans. 

(+) Magalhacns, pag. 15, & Du Halde, 
pag. 288. 


fardeaux.] 

(o) Ang. de trois pouces. R. d, E, 

(p) Du Halde, pag. 17 & 287. 

(g) Märco-Paolo décrit ce Pont au Liv. IT. 
Chap, 37. I nomme la Rividre Puli Sangau , 


H 3 


Çv) On en a déja parlé dans les Journaux : 


Macwirt- 
CENCE DES 
CHiNors. 


Manière de 
les conftruire, 


Peauté da 
l'ancien Pont 
de Lu-ko- 
kyau, 


Pour dej 
cheu-fu.: 


Macnrri- 
CENCE DES 
CuiNors, 


Pont de 
Suen-cheufu, 
Sa beauté ex- 
traordinaire, 


Ponts à 
chaînes, d’u- 
ne flruéture 
fingulière, 


Autres 
Poitsremar- 
quabies. 


C2 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


te-dix braffes Chinoifes de longueur. Le principal offre plus de cent arches, 
bâties de pierre blanche, avec des baluitrades de chaque côté. Sur ces ar- 
ches s’élevent, de dix en dix pieds, de petits pilaftres quarrés, dont les ba- 
fes reffemblent à des Barques creufes. Chaque pilaître foutient des pierres de 
traverfe, qui fervent de fupport aux pierres du rez-de-chauñée. 

LE pont de Suen-cheu-fu (x) l'emporte fur tous les autres. Il eft bâti à la 
pointe d'un bras de Mer, qu'on féroit obligé, fans ce fecours, de pañler dans 
des Barques avec beaucoup de danger. Sa longueur eft de deux mille cinq 
cens vingt pieds Chinois. Sa largeur de vingt. Il eft fupporté par deux cens 
cinquante-deux grofles pierres (y); c’eftà-dire, de chaque côté par cent 
vingt-ix. La couleur des pierres eit grife ; l'épaiffeur égale à la longueur (x ). 

ON ne comprend pas faèilement d'où les Chinois ont tiré ces prodigieufes 
mafles de pierre, ni comment ils ont pà les tailler & les placer dans une hau- 
eur au-deflous de laquelle les* Barques trouvent un paflige. Le pont de 
Suer-cheu-fu eft revêtu d’ailleurs d’un grand nombre d’ornemens, qui font de 
Ja même pierre. En un mot, ajoûte l'Auteur, les ouvrages les plus remar- 
quables & les plus eftimés dans les autres Pays, n’ont rien de comparable à 
ce pont (a). 

Dans les lieux où les Chinois n'ont pû bâtir des ponts de pierre, ils ont 
inventé d'autres méthodes pour y fuppléer. Le fameux pont de fer (tel eft le 
nom qu'on lui donne) à Quay-cheu, fur la route de Tun-nan, 2it l'ouvrage d’un 
ancien Général Chinois. Sur les deux bords du Pan-ho, ‘Torrent qui a peu de 
largeur, mais qui cft trés-profond, on a conttruit une grande porte entre 
deux gros piliers de pierre, larges de fix ou fepc pieds fur dix-fept ou dix- 
huit de hauteur. Des deux piliers de l’'Eft pendent quatre chaînes, attachées 
à de gros anneaux, qui vont aboutir aux deux piliers de l'Oueft, & qui étant 
jointes par d'autres petites chaînes ont quelque reffemblance avec un filet. On 
a placé, fur ce pont de chaînes, des planches fort épaiffes, qu'on a trouvé le 
moyen de joindre enfemble pour en faire un plein-pied continuel. Mais com- 
me il refte quelque diftance jufqu'aux portes & aux piliers’, parce que les 
chaînes fe courbent en arc, fur-tout lorfqu’elles font chargées, on a remédié 
à ce défaut avec le fecours d'un plancher, fupporté par des tafleaux ou des 
confoles. Des deux côtés du plancher on a dreflé de petits pilaftres de bois, 
qui foutiennent un toît de la même matière, dont les deux bouts portent für 
les piliers de pierre des deux rives. 

Les Chinois ont fait quelques autres ponts, à limitation de celui-ci. On 
en connoît un particulièrement fur la Rivière de Kin-cha-hyang, dans l'ancien 
canton de Lo-lo, qui appartient à la Province de Tun-nan. Celle de Se-chuen 
en à deux ou trois autres, qui ne font foutenus que par dés cordes ; mais 
quoique petits, ils font fi chancellans & fi peu sûrs, qu'on ne les pañle point 
fans cffroi. , 

Dans la même Province, au pied des montagnes qu'occupent les Myau- 
tfes, & dans le canton de Zau-chang-fu, qui appartient à celle de Chen-ji, on 
a trouvé, à l'aide des confoles, le moyen d'affermir des piliers de bois Le les 

rochers 


(x) Il, fe nomme‘auffi Pont de Lajang, 
come où l'a và dans les Journaux, 


gueur & en Cpailieur. R, d, KE, 
(y) Argl, gros piliers, KR, d. E, 


(a) Du Halde, pag. 17. 


(2) Angl. elles font toutes égales en lon- 


FN 


base |. 
TL 


Ps 


RAD Et A ER RE HS Se 


RER Le Shiva er ci ein us nb hey Eur 


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trefois | 
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Peking , 


(a) Va 
(b) Ce 
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it arches, 
ur Ces ar- 
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pierres de 


t bâti à la 
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j par cent 
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rodigieufes 
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jui font de 
lus remar- 
mparable à 


re, ils ont 
r (tel eft le 
ivrage d’un 
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& qui étant 
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a trouvé le 
Mais com- 
ce que Îles 

a remédié 
ux ou des 
res de bois, 
portent fur 


ui-ci, On 
ns l'ancien 
: Se-chuen 
des ; mais 
pañte point 


les Myau- 

Chen-fi, on 
bois fur les 
rochers 


igales en lo- 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. Ill. 63 


rochers des montagnes. Sur ces piliers on a pofé des planches, qui forment 
des ponts par-deflus les vallées. Ils font plus sûrs que le précédent; & dans 
quelques endroits ils font partie de la grande route pendant un efpace corifi- 
dérable (2). Kirker parle d'un pont, dans la même Province, qui porte le 
nom de (c) Pont volant. Il eft compofé d’une feule arche, bâtie entre deux 
montagnes fur le Æ#hang-bo, près de la Ville de Cho-ngan. Sa longueur eft de 
fix cens pieds, & fa hauteur de fix cens cinquante au-deflus de la rivicre. 


(b) Du Halde, pag. 34. 
(c) On en trouverala figure dans le Tome précédent. R. d. T. 


PT TT D LT CL 
CHAPITRE lIIl. 


Divifion de la Nation Chinoife en différentes Claffes. 


À VANT que de pañler aux différens Ordres de la Nation Chinoife, il ne 


fera pas inutile de faire quelques obfervations fur le nombre des Habi- 
tans de ce grand Empire. Les Miffionaires qui ont voyagé dans les Provinces 
de Che-kyang, de Kyang-nan, de Fo-kyen, de Quang-tong & dans quelques 
autres, où la foule des paflans eft fi nombreufe, fur les grands chemins com- 
me dans les Villes, qu’on n’y marche point fans embarras, ont commis des er-, 
reurs confidérables dans leur calcul. Quelques-uns font monter le nombre du 
Peuple Chinois à cent, à deux cens & jufqu’a trois cens millions (a); fans 
confidérer que cette multitude n’eft pas la même depuis Peking jufqu’à Nan- 
chang-fu, Capitale de la Province de Kyang-fi & dans plufieurs autres con- 
trées. Cependant les derniers Mifionaires ne font pas difficulté d’affürer 
Ne. que la Chine contient plus d'Habitans que toute l'Europe enfemble, & 
onnent à Peking feul trois millions d’ames (c). | 
LE tribut qui fe lève dans une région fi peuplée, depuis l’âge de vingt ans 
jufqu’à foixante, produit des fommes immenfes. On prétend qu'il étoit au- 
trefois payé par cinquante-huit millions de Chinois, entre ces deux âges. Dans 
le dénombrement qui fe fit au commencement du régne de Kang-hi, on trou- 
va onze millions cinquante-deux mille huit cens foixante-deux familles, &. 
cinquante-neuf millions fept cens quatre-vingt-huit mille trois cens foixante- 
quatre hommes capables de porter les armes, fans comprendre dans ce nom- 
bre les Princes, les Officiers de la Cour, les Mandarins, les Soldats congé- 
diés, les Lettrés, les Licentiés, les Docteurs & les Bonzes, ni les perfonnes 
au-deffous de vingt ans, ni tous ceux qui pañlent leur vie fur Mer, ou qui ont 
leurs habitations fur les Rivières. | 
LE nombre des Bonzes monte feul à plus d’un million. On en compte, à 
Peking, deux mille qui vivent dans le célibat, & trois cens cinquante mille 
dans 


(a) Voyez ci-deffus, le Chapitre IT. perfonnes dont elle eft compofte. 

(b}) Ce calcul eft d'autant plus sûr, par (ce) Relations de la Chine par Magalhaens, 
rapport à Peking, que chaque Ch:f de famille : pag. 49, & Chine du Père du Halde, ubijup. 
ef obligé de donner aux Magittrats l'état des pag, 244, 


MaGnirt- 
CENCE DES 
CHiINo1s. 


INTRODUC- 
TION. 


Nombredes , 


Habitans de 
la Chine, 


& 


Regles pour 
en juger. 


+ 


Nombre dés: 
Bonzes & des: 
Lettrés.. 


:JNTRODUC- 
TION. 


Les Chinois 
divifés en 
deux Ordres, 


gée de la 
Nobleffe Chi- 
uoife. 


‘Litres bor- 
nés à la faille 
Royale, 


64 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


dans les Temples, ou les Monaftéres établis par Lettres Patentes de l’Empe- 
reur. On ne compte pas moins de quatre-vingt-dix mille Lettrés qui ne font 
point engagés dans le mariage. Il eft vrai que les guerres civiles & la con- 
quête des ‘L'artares ont détruit une quantité innombrable d'Habitans; mais la 
paix, quin'a pas cefé de régner depuis, a réparé toutes ces pertes par un: 
#bondante multiplication (4). 

Les Voyageurs ne s'accordent point fur les degrés ou les claffes qui forment 
la divifion du Peuple Chinois. Navarette en compte quatre: les Zu, les Nung, 
les Kungs & les Zongs; c’eft-à-dire, les Lettrés, les Laboureurs, les Artifans 
& les Marchands (e). Du Halde réduit cette divifion à trois Ordres; le Peu- 
ple, les Lettrés & les Mandarins (f). Dans un autre endroit il prétend qu'il 
n'y a proprement que deux Ordres dans l'Empire; celui de la Nobleffe & ce- 
lui du Peuple. Le premier, dit-il, comprend les Princes du Sang, les Man- 
darins & les Lettrés; le fecond, les Laboureurs, les Marchands & les Arti- 
fans (g). C’eft à cette divifion que nous prenons le parti de nous attacher. 


(f) Ibid. pag. 247. 


{d) Defcription de la Chine par Navarette, 
(g) Ibid. pag. 269. & füiv. 


pag. 48. 
(e) Du Halde, ubi fup. pag. 269. 


$ L 
Claffe de la Nobleffe Chinoife , contenant les Mandarins € les Lettres. | 


Y A Nobleffe n’eft pas héréditaire à la Chine, quoiqu'il y ait des dignités 
attachées à quelques familles, par la difpofition de l'Empereur, qui les 
accorde à ceux qu'il juge dignes de cet honneur. Les enfans d’un père illuf. 
tre, qui s’eft élevé aux premiers poftes de l'Empire, ont leur fortune à faire; 
& ss manquent de talens, ou fi leur inclination les porte au repos, ils tom- 
bent au rang du Peuple, obligés fouvent d’éxercer les plus viles fonétions. Ce- 
pendant un fils fuccède au bien de fon père; mais pour hériter de fes digni- 
tés & de fa réputation, il doit s'etre élevé par les memes degrés. C'eft ce qui 
leur.fait attacher toutes leurs efpérances à l'étude, comme à la feule route qui 
conduife aux honneurs. Dans quelque condition qu’ils foient nés, ils font sûrs 
de leur avancement lorfqu'ils ont d'heureufes difpofitions pour la Littérature. 
Aufñi voit-on naître continuellement des fortunes confidérables, comme entre 
les Eccléfiaftiques d'Italie, où la plus baffe naïffance n'empêche point d’afpirer 
aux premiéres dignités de l'Eglife. E 
Les titres permanens de diltinétion n’appartiennent qu’à la Famille régnan- 
te. Outre le rang de Princes, que tous les defcendans de l'Empereur doivent 
à leur naïffance , ils jouiffent de cinq degrés d'honneur, qui répondent aux ti- 
tres Européens de Ducs, de Marquis, de Comtes, de Vicomtes & de Barons. 
Ceux qui époufent les filles d’un Empereur , participent à ces diftinétions com- 
me fes propres fils & leurs defcendans. On leur affigne des revenus qui ré- 
pondent à leur dignité; mais ils ne jouiffent d'aucun pouvoir. Cependant la 
Chine a des Princes qui n'ont aucune alliance avec la Maifon Impériale, Tels 
font les defcendans des Dynafties précédentes, ou ceux dont les ancêtres ont 
acquis ce titre par les fervices qu'ils ont rendus à la Patrie. Lorfque le Fon- 
dateur de la Famille Tartare qui régne aujourd'hui fut établi fur le Lost 
accorda 


PR Nc ee NT k 


: lEmpe- 
i ne font 
X la con- 
; mais fa 
s par un° 


1 forment 

les Nung, 
s Àrtifans 
5 ; le Peu- 
étend qu'il 
lee & ce- 
, les Man- 
&les Arti- 
ctacher. 


trés. 


des dignités 
ur, qui Îles 
n père illuf- 
une à faire; 
os, ‘ils tom- 
nétions. Ce- 
de fes digni- 
C'eft ce qui 
le route qui 
ils font sûrs 
Littérature. 
omme entre 
int d’afpirer 


dille régnan- 
eur doivent 
dent aux ti- 
& de Barons. 
étions com- 
nus qui ré- 
ependant la 
ériale, Tels 
incêtres ont 
que le Fon- 
Trône , il 
accorda 


eMandarins  Ouvils . lai W 
ds . «Mandarins militaires . “7 5Z 
: Staats -Mandar ynen ‘ B. Krygs Hadarynen . 
Er habit d'Aiver-. Zartare 
In Wintergewaad ; 4. { Tartarfe . 
Cn habit d'Cte’. 
In Somergewaad . 


Chinois . 
2. $ Chineesfe . 


FRS 


1 
EI! 


SV. Schley feulp , | 
MANDARINS tirés de DU HALDE. 


MANDARYNEN, uit pu 


HALDE . 


Se are avere cum &e e our 
tan 


Rue nee amrenx «+ 


+ Jp" 


«accord 
& qui 
uns fu: 
que les 
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ce, af 
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de leur 
accord 
rang ; 1 
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dans le 
ronne, 
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des vûe 
du, fou 
réfiden. 
lEmpe: 
la Cour 
fe, ils 
venus 
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UC 
depuis | 
mille. I 
n'ont p 
accorde 
qui les 
VER 
Kyang-c 
toient tr 
Peking 
parties 
de quit 


(a) 0 
(ob) 


VIII 


ee © 


DT LA CHINE, Liv. IL Car. IN. 65 


«ccorda plufieurs titres d'honneur à fes frères, qui étoient en grand nombre, 
& qui avoient contribué par leur valeur à la conquête d’un fi grand Etat. Les 
uns furent créés Tfiay-wang; les autres, Kyung-wang & Pey lb. Ce font ceux 
que les Européens ont nommés Regules, ou Princes du premier, du fecond & 
du troifième rang. Le nouveau Monarque établit alors qu’entre les enfans de 
chaque Regule il y en auroit toûjours un qui fuccéderoit à fon père dans la 
même dignité. 

OuTRE ces trois premiers titres, le même Empcreur en créa d’autres d'u- 
ne moindre diftinétion, pour les autres enfans des Regules. Ceux du quatriè- 
me rang fe nomment Pey-tfe ; ceux du cinquième, Kong-heu, &c. Le cinquié- 
me rang eft au-deffus des plus grands Mandarins de l’Empire ; mais les Princes 
de tous les autres rangs inférieurs ne font diftingués des Mandarins que par 
la ceinture jaune. Cette diftinétion eft commune à tous les Princes du Sang, 
de quelque rang qu'ils puiflent être. Cependant (a) ceux que ieurs riches 
ne mettent. point en état d'entretenir un équipage convenable .à leur naiflan- 
ce, affettent de cacher cette ceinture. 

QuEezque luftre que les Princes du Sang puiffent tirer de leur naïffance & 
de leurs dignités, ils vivent dans l'Etat fans pouvoir & fans crédit. On leur 
accorde un Palais, une Cour avec des Officiers, & un revenu digne de leur 
rang ; mais ils ne jouiflent d'aucune forte d'autorité. Le Peuple ne laiffe pas de 
les traiter avec beaucoup de refpett. Autrefois, lorfqu’ils étoient difperfés 
dans les Provinces, ils recevoient, tous les trois mois, des Officiers de la Cou- 
ronne, le quart des revenus qui leur étoient affignés ; afin que la facilité qu'ils 
avoient à le dépenfer pour leurs:plaifirs, leur ôtât la perfée de l’amaffer dans 
des vûes moins favorables à la tranquillité publique. 1] leur étoit même défen- 
du, fous peine de mort, de s’écarter du lieu qu’on leur avoit marqué pour leur 
réfidence. Mais depuis que les Tartares fe font rendus maîtres de la Chine, 
l'Empereur a jugé qu'il y avoir plus de sûreté à faire vivre les Princes du Sang à 
la Cour, fous fes propres yeux. Avec ce qui leur eft affigné pour leur dépen- 
fe, ils ont des maïfons, des terres & des rentes, dont ils font valoir les re- 
venus par l'induftrie de leurs domeftiques. Aufi quelques-uns d’entr'eux font- 
ils très-riches (b). 

Quorqu'on ne compte pas plus de cinq générations des Princes du Sang, 
depuis leur origine, leur nombre ne monte pas aujourd’hui à moins de deux 
mille. Ils fe nuifent les uns aux autres en fe multipliant; parce que la plûpart 
n'ont point de biens en fonds de terre, & que l’Empereur ne pouvant leur 
accorder à tous des penfions, plufieurs vivent dans une extrême pauvreté, 
qui les expofe au mépris. 

VERs la fin de la dynaftie de Ming (c), on comptoit dans la Ville de 
Kyang-cheu plus de trois mille familles de cette race, dont quelques-unes é- 
toient réduites à vivre dela charité d'autrui. Les bandits qui s’'emparérent de 
Peking , extirpèrent prefqu’entièrement cette race; ce qui a rendu quelques 
parties de la Ville défertes. Ceux qui échapèrent au carnage prirent le parti 
de quitter la ceinture jaune & de changer de nom, pour fe méler avec le 
Peuple 


(a) Ibidem. 
(b) Ibid. pag. 242, 


VIII. Part. 


(c) Ibid, pag. 269. 


Noztrssr 
CuHiNoisx, 
Titres des 
Princes du 
Sang. 
Origine du 
nom Regulz, 


Divers rargs 
des Princés, 


Etat qu'ils 
confervent, : 


Cnmbien ils 
fe x multi 
pire: 


Race de 
Ming, extir- 
pée. 


NOBLESSE 
CHINOISE. 


J'emmes des 
Princes & 
leurs droits. 


Deux for- 
. tes de domef- 
tiques des 
Princes, 


Fontions 
des Princes 
du Sang, 


Quels font 
les Nobles a- 
près les Prin- 
ces dela fa. 
mille Royale. 


Tamille de 
Confucius, 


66 VOYAGES DANS LEMPIRE 


Peuple. Mais on les connoît encore pour defcendans du Sang Impérial. Les 
Miffionaires de la meme Ville en eurent un pendant quelque-tems à leur fer- 
vice, dans une maifon qui avoit été bätie par un autre de ces Princes. Ce 
noble valet ayant découvert que les Tartares le cherchoient, pric la fuite 
& difparut (d). 

L'usaGE accorde aux Princes, outre leur femme légitime , trois autres 
femmes, auxquelles l'Empereur donne des titres & dont les noms font enre- 
giftrés au Tribunal des Princes. Leurs enfans prennent féance après ceux des 
femmes légitimes; & fonc plus refpectes que les enfans des concubines ordi- 
naires.. Les Princes ont auili deux fortes de domeftiques; les uns, qui font 
proprement efclaves; les autres, l'artares, ou Chinois Tartarifés, que l’'Em- 
pereur leur accorde en plus ou moins grand nombre, fuivant le deffein qu'il 
a de leur faire honneur. Ce font les derniers qui compofent l'équipage du Re- 
gule, & qui s'appellent vulgairement /es gens de fa porte. 11 fe trouve entr'eux 
des Mandarins confidérables, des Vicervis & meme des T/ong-tus, qui fans 
être efclaves, comme les premiers , ne font pas moins foumis à leur Mat- 
tre, & pañlent au fervice de fes enfans lorfqu’ils héritent de la dignité de leur 
père. Si le Prince eft dégradé pendant fa vie, ou fi fa dignité n’eft pas confer- 
vée à fes enfans, cette forte de domeftiques pafle à quelqu’autre Prince du 
fang que l'Empereur élève à la dignité de Regule. 

Les fonétions des Princes des cinq premiers Ordres fe réduifent à fe trou- 
ver préfens aux cérémonies publiques, & à paroître chaque matin au Paiais 
Impérial. Ils fe retirent enfuite dans l'intérieur de leur Palais, où toutes leurs 
affaires font bornées au gouvernement de leur famille & de leurs Officiers do- 
meftiques. On ne leur laiffe pas meme la liberté de fe vifiter les uns les au- 
tres, ni celle de fe loger hors de la Ville , fans une permiffion de la Cour. 
Cependant il leur arrive quelquefois d'etre employés aux affaires publiques, & 
de fe faire confidérer par d'importans fervices.. L'Auteur donne pour éxem- 
ple le treizième frère de l'Empereur Kang-hi. 

ON met au rang des Nobles, 1°. ceux qui ont été revêtus de la dignité de 
Mandarins dans les Provinces; foit qu'ils ayent été congediés, ce qui arrive 
prefqu'à tous; foit qu'ils ayent été forcés de réfigner leur Emploi à l'oc- 
cafñon de la mort d'un père, foit qu’ils fe foient retirés volontairement avec 
Ja permifion de l'Empereur. 2°, Ceux qui ne s'étant pas rendus capables 
d'obtenir les degrés littéraires, n’ont pas laiflé de fe procurer, par faveur ou 
par des préfens, certains titres d’honneur qui leur donnent le privilége de 
vifiter les Mandarins, & qui leur attirent par conféquent le refpeét du Peu- 
ple. 30. Tous les Etudians, depuis l’âge de quinze ou feize ans jufqu’à qua- 
rante, qui ont fubi les éxamens établis par l'ufage. 

La plus noble famille de la Chine eft celle du Philofophe Confucius. I! 
n’y en a point d’autre qui foit proprement héréditaire; & c'eft en effet la plus 
ancienne du Monde, puifqu’elle s’eft confervée en droite ligne depuis plus de 
deux mille ans. Elle defcend d'un neveu de cet homme célébre, qui eft 
nommé par excellence Ching jin ti chi cul, c'elt-à dire, Neveu du grand Homme. 
En confidération d’une fi belle origine, les Empereurs ont conftamment ho- 

noré 


(4) Magalhaens dit (ag. 146.) que les 
Tartares font mourir tous ces Princes, fui- 


vant leur ufage, à l'acceflion d'une nouvelle 
faille. 


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t a fe trou- 
1 au Palais 
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de la Cour. 
bliques, & 
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à dignité de 

qui arrive 
ploi à l'oc- 
ment avec 
us. capables 
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brivilége de 
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jufqu’à qua- 


fucius. Il 
fret la plus 
puis plus de 
e, qui et 
and Homme. 
mment ho- 

noïé 


‘une nouvelle 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. II. 6? 


noré un de fes defcendans du titre de Kong, qui r“pond à celui de nos Ducs 
ou de nos anciens Comtes. Celui qui porte aujourd'hui ce titre fait fa réfiden- 
ce à Kye-feu-hyen, dans la Province de Chan-tong, patrie de l'illuftre Confu- 
cius, qui a toûjours pour Gouverneur un Mandarin de la même famille N D + 

UY»E des principales marques de Noblefle, entre les Chinois, confifte dans 
les titres d'honneur que l'Empereur accorde aux perfonnes diftinguées par 
leur mérite. Il étend quelquefois cette faveur jufqu’a la dixième genération, 
en la mefürant aux fervices qu’on a rendus au Public. 11 la fait memé remon- 
ter, par des Lettres exprefles, au père, à la mère, au grand père, qu'il ho- 
nore chacun d'un titre particulier, fur ce glorieux principe d’émulation, que 
toutes les vertus des enfans doivent être attribuées à l’éxemple & aux foins 
de leurs ancêtres. 

L'EmPereur Kang-hi fit un éxercice éclatant de cette méthode en 

1678, pour récompenfer le Père Ferdinand Verbieff, Jéfuite Flamand. Ce 
Miflionaire, ayant fini fes Tables des mouvemens célefles & des Eclypfes 
pour deux mille ans, réduifit ce grand Ouvrage à trente-deux volumes de 
Cartes, avec leurs explications, fous le vitre d'AfZronomie perpétuelle de l'Empe- 
reur Kang-bi. 1] eut l'honneur de les préfenter à Sa Majeité dans une Af- 
femblée générale des Grands de l'Empire, qui avoit été convoquée à cette oc- 
cafñon. Ce Préfent fut reçu avec beaucoup de fatisfaétion; & non-feulement 
il fut placé dans les Archives du Palais, mais en récompenfe d’un fi grand 
fervice, le Père Verbieft fut créé Préfident du Tribunal des Mathématiques, 
avec le titre de Ta-jin, ou de Grand-Homme , qui appartient à cette di- 
gnité, & que l'Empereur étendit à toutes les perfonnes de fon fang. Quoi- 
que Verbieft n'eût perfonne de fa famille à la Chine, tous les autres Miifio- 
“naires de fon Ordre pañlèrent pour fes frères & furent confidérés fous le 
titre de Mandarins. Sa qualité de Ta-jin procura dans la fuite, à l'Evé- 
que d’Heliopolis, un accès favorable dans l'Empire de la Chine, & la plû- 
part des Miffionaires la firent infcrire fur la porte de leurs maifons. C’eft 
l'ufage commun des Chinois. Fiers des titres, qu’ils ont obtenus, ils 
ne manquent point de les faire graver dans plufieurs endroits de leur 
demeure, & même fur les lanternes qu'on porte devant eux pendant la nuit, 
L'Empereur conféra les mêmes honneurs aux ancêtres de Verbieft, par autant 
de Patentes qu’il y eut de perfonnes nommées. Pierre Verbieft, fon grand-pè- 
re; Pafchafie de Wolff, fa grand'mère; Louis Verbieft , fon père, & Anne 
Van-berke, fa mère, furent ainfi revétus des preinières dignités de la Chine. 

IL paroît qu’à l’excepcion des Princes de la famille régnante & des defcen- 
dans de Confucius, il n’y a point d'autre Nobleffe à la Chine que celle du mé- 
rite, déclaré par l'Empereur & diftingué par de juftes récompenfes. Tous 
ceux qui n'ont pas pris les degrés Littéraires, pañlent pour Plébeyens. Il ar- 
rive de-là que les Provinces n'ayant point d’ancienne Nobleffe, on ne craint 
jamais d'y voir établir une autorité dangereufe, pour celle du Souverain (f). 

Les Chinois Lettrés ont été annoblis dans la feule vûe d’encourager l’appli- 
cation à l'étude & le goût des Sciences, dont les principales, à la Chine, font 

| l'Hiftoire 
(e) Chine du Pêre du Ialde, pag. 50. & 


: (f) Chine du Père du Halde, pag. 269. & 
fuivantes, 


fuivantes, 


I2 


Noncesse 
CuinNoise, 


Titres parti. 
culiers de No- 
blefle à ia 
Chine, 


Comment le 
Père Verbicft 
fut annobli, 
lui & fes ane 
cètres. 


Lettrés de 
la Chine. 


68 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Nooesse l’Hiftoire, la Jurifprudence & la Morale; comme celles qui ont le plus d'in 


CuiNoise. 
Ecoles & 
Colléges, 


Alphabet 
Chinois, 


… Degrés de 
t'inftruétion, 


Comment les 
enfans ap- 
prennent à é- 
crire, 


fluence fur la paix & le bonheur de la fociété. On voit, dans toutes les par- 
ties de l'Empire, des Ecoles ©c des Salles ou des Colléges, où l'on prend, 
comme en Europe, les degrés de Licéncié, dé Maître-ès-Arts & de Doéteur. 
C'eft dans les deux dernières de ces trois claffes qu'on choifit tous les Magif- 
trats & les Officiers civils. Comme il n’y a point d'autre voie pour s'élever aux 
Dignités, tout le monde fe livre aïidûment à l'étude, dans l’efpérance d’ob- 
tenir les Degrés & de parvenir à la fortune. Les jeunes Chinois commencent 
leurs études dès l’âge de cinq ou fix ans.. Le nombre des écoliers eft fi grand 
que pour faciliter l'inftruétion (g), le premier Rudiment qu'ua leur préfénte 
eft une centaine de caraétères qui expriment les chofes les plus communes, 
telles que le foleil, la lune, l'homme, certaines plantes & certains animaux, 
une maïfon, des uftenciles familiers, en leur faifant voir, d'un autre côté, 
les figures des chofes mêmes. Ces figures, quoique repréfentées groffiérement, 
fervent beaucoup à rendre leur pénétration plus vive, & peuvent être regar- 
dées comme le premier alphabet des Chinois (4. 

ON leur met enfuite entre les mains un petit Livre nommé Sang-tfe-king , 

qui contient tout ce qu’un enfant doit apprendre, & la méthode pour l'enfei- 

ner. Il eft compofé de plufieurs courtes fentences, dont chacune n’a pas plus 

e trois caraétères, & qui font rangées en rimes, comme un- fécours pour 
Ja mémoire des enfans. Ils doivent les apprendre par degrés, quoiqu'elles 
foient au nombre de plufieurs milles. Un jeune Chinois en apprend d'abord 
cinq ou fix par jour, à force de les répéter du matin jufqu’au foir, & les ré- 
cite deux fois à fon Maître. Il eft châtié s’il manque plufieurs fois à fa lecon. 
On le fait coucher fur un banc, où il reçoit neuf ou dix coups de fouet par- 
deflus fes habits. L'application eft fi rigoureufe & fi conftante, qu’on n'ac- 
corde aux enfans qu'un mois.de congé au commencement de l'année, & cinq 
ou fix jours au milieu: . 

Lorsqu'izs font une fois arrivés au Livre Tfe-chu, qui contient la Doc- 
trine.de Confucius & de Menus, il ne leur cft pas permis de jetter les yeux 
fur d’autres Livres avant qu’ils l'ayent appris jufqu’à la derniére lettre. Ils 
n'en comprennent point encore le fens; mais on attend, pour leur en donner 
Texplication, qu’ils fçachent parfaitement tous les caraétères. Pendant qu'ils 
apprennent à lire les lettres, on les accoutume à les former avec un pinceau ;. 
car les Chmois n’ont pas l’ufage des plumes.” Oncomimence par leur .donne: 
de grandes feuilles de papier, écrites en grands caraétèrés rouges, qu'ils doi- 
vent couvrir de noir. Enfuite on leur fait prendre une feuille de lettres noires, 
moins grandes que les premières, fur lefquelles mettant une feuille blanche & 
tranfparente, ils forment de nouvelles traces fur celle de deffous. Mais ils fe 
fervent encore plus fouvent d’une planche blanchie & .divifée en petits quar- 
rés, dans lefquels ils tracent leurs caraétères, après quoi ils les efFacent avec 
de l'eau pour épargner le papier. Ils apportent ainfi beaucoup de Maya £e' 

ormer : 


(g) Le Traduéteur a tout-à-faitmanquéicile ‘ ,, xante-dix, ou quatre vingt milles, le pre- 
fens del’Original; voici commeilauroit dûtra- ,, mier Rudiment &c. R. d. E. 

duire ,, Dès l’age_ de cinq à fix ans, les jeunes (b) C'eft une forte de lureau typographi- 
>, Chinois commencent à étudier les lettres :. que, tel qu'on s'efforce de l'introduire en: 
» Mais comme le nombre des lettres eft fi lL'rance. 

> fort multiplié, qu'il monte à près de foi- 


plus d'iu- 
“ pe: NN 
Doéteur. * # 

es Magif- WMOR T du dernier EMPEREUR CHINOIS de #9 
lever aux EX 7 s4 
nce d’ob- 
nmencent 
t fi grand 
 préfénte 
mmunes , 
animaux, 
tre côté, 
iérement, 
tre regar- 


Race de MING en 1644. tirée de NIEUHOF. 


r-tfe-king , 
ar l'enfei- 
a pas plus 
ours pour 
uoïqu'elles 
id d'abord 
& les ré- 
à fa leçon 
ouet par- 
d’on n'ac- 


> & cinq 


t la Doc- 
les yeux 
ttre. Ils 
n donner 
dant qu’ils 
pinceau ;. 
r donne: 
qu’ils doi- 
es noires, 
blanche & 
ais ils fe 
tits quar- 
ent avec 
avail à fe 
former : 


les, le pre- 


typographi- 
toduire en: 


DOOD van den laatstn CHINEESSEN KEIZER uit het 
Geslacht MING, 4° 1644 - Volgens NIEUHOF. 


pofitic 
réflerr 
en KI 
le ftyl 
fiques 
caraét 
vinces 
ancêtr 
fition 


fouven 
d'autre 
qui po 
l'ännéc 
néurs 


ils app: 
téurs ef 
qui ne 
rable. ] 
main d 
tre Mai 
gnages 
UC 
dans Ëh 
Gradué 
Mais il 
teur ex 
cinquan 
pour les 
{® dans 


à 
w 


former la main, parce que dans l'éxamen triennal pour les Degrés, on rejette 
ordinairement ceux qui. écrivent mal; à moins qu’ils ne donnent des preuves 
d'une habileté diftinguée dans le langage, ou dans la manière dont ils traitent 
leur fujet. l re, 

Larsqu'iis font afléz avancés dans l'écriture pour s'appliquer à la com- 

ofition, ils doivent apprendre les régles du Pen-chang, efpèce de theme, qui 
reflemble à celui qu’on fait faire aux écoliers de l'Europe avant que d'entrer 
en Rhétorique, mais plus difficile, parce que le féns en eft plus reflèrré & 
le ftyle particulier. On leur donné pour füujet une fentence des Auteurs claf- 
fiques, qu'ils appellent Ti-mw ou thèfe. Il ne confifte fouvent qu’en un fimple 
caraétère. Pour s’aflürer du progrès des enfans, l'ufage, dans plufeurs Pro- 
vinces, elt d'envoyer ceux d'une même famille à la Salle commune de leurs 
ancêtres, où chaque Chef de maifon leur donne à fon tour un fujet de compo- 
fition & leur fait préparer un diner. Il juge de la bonté de leur travail & don- 
né le prix à celui qui l'a mérité. Si quelqu'un s’abfénte fdns une jufte raifon, 
fès parens doivent payer vingt fols pour l'expiation de fa faûte. 

OurTre ces foins volontaires & domeftiques, les jeunes écoliers fubiflent 
fouvent l’éxamen des Mandarins qui préfident aux Lettres, & font obligés à 
d’autres compofitions, fous les yeux d’un Mandarin inférieur de cet Ordre, 
qui porte le titre de Hyo-quan (1). Cette cérémonie fe renouvelle deux fois 
l'ännée, au printems & pendant l'hyver. Dañs quelques Villes, les Gouver- 
néurs fe chargent eux-mêmes de faire compofer les gens de Lettres du voifi- 
nage. Ils les affemblent chaque mois; ils diftribuent des récompenfes à ceux 
qui ont le mieux réuffi, & fourniffent aux autres frais de la fete. | 

Iz n'y a point de Ville, de Bourg, ni meme de petit Village, qui n'ait fes 
Maîtres d'Ecole pour l'inftruétion de la Jeuneffe. Les enfans de qualité ont 


Bu-leurs Précepteurs, qui font-des Doéteurs ou dés Licentiés; [ & ceux qui font 


d'une moindre condition ont pour Précepteurs des Bacheliers.] Ils appren- 
“nént d’eux non-feulement la fcience des Lettres, mais encore celle des manié- 
res & toutes les cérémonies qui regardent la civilité. Dans l’âge-convenable, 
ils apprennent l'Hiftoire & les Loix de leur Patrie. Le nombre dé ces Précep- 
teurs eft infini, parce qu'ils fe prennent entre ceux qui afpirént aux Degrés & 
qui ne réuffiffent point à les obtenir. L'emploi d'un Maître d’Ecole eft hono- 
rable, Ils font entretenus aux frais dès familles. Les parens leur donnent la 
main dans toutes fôrtes d’occafons. Leur titre eft Syeu-feng , qui fignifie, ANo- 
tre Maître ou Notre Doëéteur. Ils réçoivent, pendant toute leur vie, des témoi- 
gnages d’une profonde foumifion de la parc de leurs Eleves. 

UOIQUE la Chine n'ait pas d'Univerfités, comme l'Europe, on trouvé 
dans éhaque Ville du Premiér Ordfe un grand Paläis, qui ferc à l’éxamen des 
Gradués. Ces édifices font encore plus grands dans les Villes Capitales: 
Mais ils font tous bäcis dans le même goût. Le mur d'enclos eft d’une hau- 
teur extraordinaire, & l'entrée magnifique. C'eft une place quarrée , de cent 
cinquante pas de grandeur, plantée d'arbres, avec des bancs & des fiéges 
pour les Officiers ê les Soldats qui font la garde pendant l'éxamen, On pas- 
fe dans une vafte cour, où les Mandarins-forment eux-mêmes un autre corps 

de-garde - 


(4) Cetermefignife, Gouverneuride l'Ecole. 


L 3: 


DE LA:CHIN'E, Liv: Ik Car. IN. 69 


LETTRÉS 
LE LA CHINE, 


Ven-chang, 
efpace de thc- 
ine, 


Compoñition 
qu'on fait fai- 
re aux enfans, 


Coinpoñition 
des Gens de 
Lettres. 


Les Précep. * 
teurs font en 
grand nom- 
bre, 


Palais qui 
fervent de 
Colléges à la : 
Chine. 

Leur def. 
cription, 


ù VOYAGES DANS LEMPIRE 


Lerrnés pe de-garde (4). Au fond de cette cour eft un autre mur, avec des portes à eu d 
LA Cuixe.  vyentaux, qui donnent entrée dans une feconde cour, où l’on traverfe , fur enn 


Petites un pont de pierre, un foffé plein d'eau, pour atriver à la troifième porte. r 
chambres Une garde, qui eft ici placée, ne laiffe pañler perfonne fans l’ordre des Off. & le 
pour les Etu. çiers. Après cette porte on découvre une grande cour quarrée, dans laquel. IL 
css Je on ne peut entrer que par un paflage fort étroit. Des deux côtés de cette conf 

cour eft un grand nombre de petites chambres (7), l’une près de l'autre, endrd 
longues de quatre pieds & demi fur trois & demi de large, pour loger les buna 

Précautions  Etudians, qui font quelquefois plus de fix mille (m). Mais avant que d'en. Exa 
pourempé.  trer au Palais pour là compofition (#), ils font dépouillés avec beaucoup de [SF à vif 
gherlafraude. foin , dans la crainte qu'ils n’ayent apporté quelque Livre ou quélqu’Ecrit. En a 

On ne leur laiffe que de l’encre & des pinceaux. Si l'on découvroit quelque & à Co 
fraude, les coupables feroient punis févèrement , & même exclus de tous A près d 
les Degrés. Auffi-tôt que les Afpirans font entrés, on ferme foigneufement didats 
les portes & l’on y met le fceau public. Le Tribunal a des Officiers (0), D untr 
, dont le devoir eft de veiller à tout ce qui fe pañle, & d’empécher les vilites Jes di 
ou les communications d'une chambre à l’autre. empêd 
Au bout du pañlage étroit qui.donne entrée dans la cour, eft une Tour, Le H 
élevée fur quatre arches & flanquée de quatre tourelles, ou de quatre petits [SM de che 
dômes ronds, d’où l’on ne manque point, au moindre bruit (hp), de battre LES Syeou-1 
auffi-tôt le tambour pour donner avis du défordre. Près de cette T'our, or à des E 
ménagé divers appartemens & une grande falle bien meublée, où s’affemblent [EN bleue, 
‘ceux qui doivent préfider au premier éxamen. DE cette falle on entre dans for la 
une autre cour, où l’on trouve une autre falle qui reffemble à la première, des M 
mais plus magnifiquement meublée, avec divers appartemens pour le Préfi- JW  punit 
dent & les principaux Officiers. On y trouve auffi des galeries, un jardin faveur 
_& quantité d’autres petits appartemens pour les Mandarins, les Sécretairés & M la fois 
les Officiers inférieurs: [ enfin tout ce qui eft neceffaire pour loger comnto-f kb Le. 
dément tous ceux qui font à la fuite des Examinateurs. ] NU minen 

Préfidens de Les Chefs, ou les Préfidens, à qui appartient le droit de l'éxamen, font EM genre. 
j'Examenlit es Fu-yuen, les Chi-fu & les Chi-hyen ; c’eft-à-dire , les Gouverneurs de la val, 6 
Fi Province & des Villes du premier & du troifième rang. Auffi-tôt que les D On do 

jeunes Etudians font en état de fubir l'éxamen des Mandarins, ils doivent | leur Pr 
efluyer d'abord celui du Chi-byen de leur jurifdiétion. Cet Officier donne le DB les ftra 
Theme , éxamine les compofitions ou lès fait éxamniner pär fon Tribunal, & krvres [: 
Infcriptions juge de la bonté dés Piéces. De huit cens Candidats, par éxemple, il en qui for 
es mr nomme fix cens, qui prennent le titre de Æyen-ming, c’eft-à-dire, d’Inferits Le 
_ pour le Hyen. Il fe trouve des Hyens où le nombre des Etudians monte | vince, 
jufqu’a fix mille. Les fix cens doivent paroître enfuite à l'éxamen du Chi-fu, Bachel 
ou leurs ci 
quefois 
CR) Angl. où les Mandarins fe placent  (m) Du hade, pag. 174. & fuiv. ne, de 
avec un corps de garde. R. d. E. (n) Navarette dit que c’eft le jour avant un Tai 
(4) I eft aifé, remarque Navarette, de  l'éxunen. fivé 
s'imaginer quelle doit être la grandeur de (o) Navarette dit que de deux en deux on hs à 
ces Colléges. Celui de Canton a cinq mille place une fentinelle. d'arger 
chambres ou cellules, qui ont chacune leur (p) Querelle ou faute. 
table & leur chaife. Elles font tellement dif- (g) Du Halde, ubi Jup. & Navarette dans 


poftes, que le Viceroi, qui eft dans une fa Defcription de la Chine, pag. 10. 
Jour voifine, les a toutes fous fes yeux, 


s portes à 
rerfe , für 
me porte, 
> des Off. 
ms Jlaquel- 
s de Cette 
de l'autre, 
loger les 
_qué d’en- 
aucoup de 
iélqu'Ecrit. 
oit quelque 
lus de tous 
neufement 
ciers (0), 
r Jes vifites 


une Tour, 
quatre petits 
}, de battre 
T'our, of à 
s’affemblent 
_eñtre dans 
a première, 
ur le Préfi- 
s, un jardin 
écretairés & 


ser Comnfo-f"h 


kamen, font 
neurs de la 
tôt que les 
ils doivent 
er donne Île 
ribunal, & 
mple, il en 
e, d'Inferits 
dians monte 
du Chi-fu, 
ou 


R fuiv. 
le jour avant 


1x en deux on 


avarette dans 
, 10. 


4 


DE LA CHINE, Liv. II. Car. NI 71 


eu dù Gouverneur de la Ville du-premier Ordre, qui, par un nouveau choix 
en omme environ quatre cens fous le titre de Fu-ming, c'eft-à-dire Infcrits 
r le fecond Examen. Jufqu’alors ils n’ont aucun Degré dans la Littérature 
& leur nom général eft celui de Tong-/eng ou Candidats. ; 
IL ya dans chaque Province un Mandarin, envoyé de la Cour, qui ne 
conferve fon Office que trois ans, fous le citre de Æyo-tao, ou dans quelques 
endroits fous celui de ÆHyo-yuen. Il eft en correfpondance avec les grands Tri- 
bunaux de l'Empire. Pendant la durée de fes fonétions, il eft chargé de deux 
Examens; l’un, qui fe nomme Sui-kau; l’autre, Ko-kau. Ce devoir l’oblige 
à vifiter tous les Fus, ou toutes les Villes du premier Ordre de fa Province. 
En arrivant dans une de ces Villes ,. il commence par aller rendre fes refpeéts 
à Confucius. 
près quoi, les jours fuivans font employés à l'Éxamen. Les quatre cens Can- 
didats Fu-mings paroïffent à fon Tribunal pour la compofition. S'ils forment 
un trop grand nombre avec.ceux des autres Hyens fubordonnés au même Fu ,on 
les divife en deux troupes. Ici l’on employe toutes fortes de précautions pour 
empêcher que les auteurs des compofitions ne foient connus des Mandarins. 
Le Hyostao nomme quirize perfonnes, fur les quatre cens qu'on fuppofe venus 
de chaque Hyen: On leur accorde alors le premier Degré, avec la qualité de 
Syeou-tfay ; qui répond à celle de Bachelier. Comme c’eft proprement l’entrée 
des Etudes, ils prennent l'habit de leur Ordre, qui conffte dans une robe 
bleue, bordée de noir, avec la figure d'un oiïféau , en argent ou en étain 
far la pointe de leur bonnet. Ils ne font plus fujets à la baftonade par l'ordré 
des Mandarins ordinaires. Ils dépendent d’un Mandarin particulier, qui les 
punit lorfqu’ils tombent dans quelque faute. Mais fi l'on découvroit que la 


faveur eût quelque part à leur élettion, l'Envoyé de la Cour perdroit tout à. 


la fois fa fortune & fa réputation. 

Les mêmes Mandarins, qui font chargés de l'Examen du Sçavoir, éxa- 
minent aufi les Candidats qui fe préfentent pour la Guerre. Dans ce dernier 
genre ,.il faut donner des preuvés d'habileté à tirer de l'arc, à monter à che- 
val, & de force à lever quelque groffé pierre ou à porter un pefant fardeau. 
On donne en même-tems, à ceux qui ont fait quelque progrès dans l'étude de 


leur Profeffion, des queftions à refoudre fur les campemens, les marches & 


les ftratagèmes militaires; car les Guerriers ont, comme les Lettrés, des Li- 


Mrvres [claïiques, qu'on nomme King ,] qui traitent du métier des armes, & 


qui font uniquement compofés pour leur inftruétion. 

Le Hyo-tao étant obligé par fon Office de faire une fois le tour de la Pro- 
vince, affémble dans chaque Villedu premier Ordre tous les Syeou-tfays, ou les 
Bacheliers quien dépendent. Après s'être informé de leur conduite, il éxamine 
leurs compofitions, il récompenfe les progrès, il punit les négligences. Quel- 
quefois, pour éxercer une juftice plus éxaéte, il les divife en fix claffès: l’u- 
ne, de ceux qui fe font diftingués avec éclat; il leur donne pour récompenfe 
se Taël Na une écharpe d'argent (r). Ceux de la feconde claffe reçoivent une 

aveur plus légére, telle A écharpe de foie, ou quelque petite fomme 
d'argent. La troifième claffé n’eft ni récompenfée ni punie. Ceux de la qua- 
trième 


Gr). Angl & une écharpe de foie, K, d. E, : 


Enfuite il explique quelques paflages des Auteurs claffiques, a- . 


LerrTrés ne 


. LA CHINE. : 


Mandarin: 
qui préfide 
aux Degrés, 


Manière 
dont on les 
prend. 


Premier 
degré des 
Syeoutfays. 


Leurs pri- 
vileges, 


In{truétion 
des Candidats 
inilitaires, 


Examen ti- 
goureux des 
Bacheliers, 


cLETTRÉS 
. DE LA CHINE. 


- Châtiment 
pour ceux qui 
inatquent aux 
affemblées. 


Degré de 
Kyu-fin, ou 
Maître ès 
Aïts. 


Habillement 
qui le diftin- 
gue. 

Examen pour 
le degré de 
-Docteur. 


72 VOYAGES DANS'LEMPIRE 


trième reçoivent la baftonade. . Ceux de la cinquième perdent l'oifeau qu'ils 
portent à leur bonnet, & deviennent demi-Bacheliers. Enfin ceux. qui ont le 
malheur de compofér la dernière. claffe, font entièrement dégradés. Mais 
cet excès d’humiliation eft très-rare. Dans les Examens de cette efpèce, on 
yoit quelqueïois un homme de cinquante ans recevoir la baftonade; tandis que 
fon fils, qui compofe avec lui, reçoit des applaudiffemens & des récompen- 
fes. Mais le Mandarin ne fe porte jamais à des punitions fi rigoureufes lorf- 
qu'il n'y a point de plaintes contre la conduite &;.contre les principes des 
mœurs. 

UN Gradué qui ne fe trouve point à cet Examen triennal s'expofe au dan- 
ger d'être privé de fon titre & de retomber au rang-du Peuple. 1l n’y a que 
la maladie, ou le deuil pour la mort d'un père, qui puifle lui fervir d'excufe. 
Seulemen: les anciens Gradués, qui font parvenus à la vieilleffe, obtiennent 
pour le refte de leur vie une difpenfe de toutes fortes d'Examens, fans perdre 
l'habit ni les honneurs de leur Degré. Rr 

LE Degré de Kyu-fin, qui fignifie Licentié ou Maître-és-Arts , demande 
un nouvel Examen, qu’on appelle Chu-kao. Il ne fe fait qu’une fois l'an, dans 
la Capitale de chaque Province, fous l’infpeétion des grands Officiers, accom- 
pagnés de quelques autres Mandarins. La Cour en députe deux, avec la 
qualité de Préfidens; l'un, qui porte le titre de Ching-chu-kao, & qui doit être 
Hau-lin, c'eft-à-dire, Membre du principal Collége des Docteurs de l'Empi- 
re; l’autre, nommé Fu-chu. Sur dix mille Syeou-tfays, qui.fe trouveront dans 
une Province, il n’y en aura pas plus de foixante qui obtiendront le degré de 
Kyu-fin. Leur robe eft de couleur brunâtre, avec un bord bleu de quatre 
doigts. L’oifeau, qu'ils portent fur leur bonnet, doit étre d'Or ou de cuivre 
doré. Leur Chef eft honoré du titre de Kay-yuen. Ce Degré ne s'obtient pas 
facilement, fi l’on ne corrempt les Juges (5). Les Xyu-Jins doivent fe ren- 
dre à Peking l’année fuivante, pour fubir l’éxamen qui les conduit au degré 
de Doëéteur. .C’eft l'Empereur qui fait les frais de leur voyage. Ceux qui 
étant parvenus au degré de.Kyu-fins fe bornent à cet honneur, foit parce 
qu’ils font déja d’un. âge avancé , foit parce que leur fortune eft médiocre, 
ont la liberté de fe difpenfer de cet Examen, qui fe fait à Peking tous les trois 
ans. Un Kyu-fin eft qualifié pour toutes fortes d'Emplois. Dans ce Degré, 
on obtient quelquefois des Emplois importans, par le rang de l’âge. On a vû 
des Kyu-fins élevés à la dignité de Vicerois. Aufñli-tôc qu'ils font revêtus de 
quélqu'Office public, ils renoncent au degré de Doëéteur. dé 

Tous les Licentiés qui font fans Emploi, doivent fe rendre à Peking pour 
J’Examen triennal, qui porte le.nom d'Examen Impérial. C’eft l'Empereur 
même, qui diète le fujet de la compoñition. L’attention qu'il y apporte & le 
compte éxaét qu'on lui rend du travail, donnent lieu de fuppoñfer qu’il en eft 
le Juge. Le nombre de ceux qui forment cette Affemblée, monte quelque- 
fois à cinq ou fix mille, dont environ trois cens font élevés au degré de Doc- 
teur. Quelquefois cette diftinétion n’eft accordée qu’à cent cinquante. Les 
trois principaux prennent le titre de Tyen Je men Jeng, qui fignifie Difciples du 
Fils du Ciel. Le premier ou le Chef, fe nomme Chuang-yuen le fecond, Pang- 
quen, & le troifième, Tan-wha. Entre les autres, l'Empereur en choifit un 
certaig 


Cs) Angl. I n'eft pas aifé de corrompre les Juges pour obtenir ce degré. R. d. E. 


qu'apr 
T5-byo 
re&l 
prefen 
plufieu 
rin leu 
fiftent 
qu'ils € 
tin; a] 
te jufq 
Ils retc 
tfays d 
neur fu 
prefent 
fieurs «€ 
font .u. 
ornces 
comme 
te, au 
ordinai 


_ (+) CI 
fuivantec, 


VIII 


eau qu'ils 
qui ont le 
és. Mais 
fpèce, on 
candis que 
récompen- 
eufes lorf- 
ncipes des 


fe au dan- 
In'yaque 
r d'excufe. 
obtiennent 
ans perdre 


, -demande 
s l'an, dans 
rs, aCCOmM- 
ç, avec la 
ui doit être 
de l'Empi- 
veront dans 
le degré de 
1 de quatre 
u de cuivre 
‘obtient pas 
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jit au degré 
Ceux qui 
foit parce 
médiocre, 
ous les trois 
s ce Degré, 
e. On a vû 
revêtus de 


'eking pour 
l'Empereur 
bporte & le 
qu'il en eft 
e quelque- 
ré de Doc- 
ante, Les 
Difciples du 
ond, Pang- 
choifit un 
certaig 


d. E. 


DE LA CHINE, Liv. Il. Crar. HI. 3 


‘ 


cettain nombre, qu’il décore du titre de Hau-lin, c'eft-à-dire, Doéteur du 
premier Ordre. Le refte porte celui de T/in-t/e. 

Ux Chinois qui parvient au glorieux titre de Tfin-tfe, foit dans la Littcra- 
ture, foit dans les armes, peut le regarder comme un établiffement folide , 
qui le met à couvert de toutes fortes de befoins. Outre les préfens, qu’il re- 
çoic en grand nombre, de fes amis & de fes cliens, il peut s'attendre d’être 
employé tôt ou tard aux Oflices les plus importans de l'Empire & de voir fa 
proteétion recherchée de tout le monde. Ses parens & fes amis ne manquent 
point d’ériger dans leur Ville des arcs de triomphe à fon honneur. Ils y inf 
crivent fon nom, fon âge, ie lieu & le tems de fon élévation. 

L'EMPEREUR. Kang-hi remarqua, vers la fin de fon régne, que les Livres 
imprimés n’étoient point en.auili grand nombre ni aufli bien écrits, qu'il le 
defiroit pour fa propre gloire & pour l'utilité publique. Il en accufa:les prin- 
cipaux Docteurs, qui négligeoient leurs études pour fe livrer aux recherches 
de l'ambition. Auifi-tôt que l’éxamen fut fini, il entreprit, contre l'ufage, 
d'éxaminer les autres. Si fa réfolution leur caufa beaucoup d’allarme, elle fut 
füuivie d’une fentence encore plus févère. Plufieurs furent dégradés & renvoyés 
honteufement dans leurs Provinces. L'effet de cet éxemple fut d'infpirer aux 
autres plus d'application à l'étude. L'Empereur s'applaudit d’autant plus de 
fa conduite, qu'un des plus fçavans Hommes de fa Cour, qu’il avoit employé 
à l'éxamen des compolitions , porta le méme jugement que lui des piéces 
qu'il avoit réjettées, à l'exception d'une feule, que ce Doéteur jugea dou- 
teufe (+). 

Du Halde, obferve encore, àl'occafion des Syeou-t/ays, ou des Bacheliers, 
qu'après avoir été déclarés dignes des Degrés, ils fe rendent à la porte du 
Ti-hyo-tao (v), ou du Mandarin qui préfide aux Examens, vêtus de toile noi- 
re & la tete couverte d’un bonnet commun.  Aufñli-tôt qu'ils font admis à fa 
prefence, ils s’inclinent devant lui, ils tombent à genoux & fe profternent 
plufieurs fois à droite & à gauche, füur'deux lignes, jufqu’à ce que le Manda- 
rin leur fafle apporter les habits convenables au degré de Bacheliers, qui con- 
fiftent dans une vefte, un furtout ou une rose, &c un bonnet de foie. Lorf- 
qu'ils en font revêtus, ils fe profternent encore devant le Tribunal du Manda- 
rin; après quoi fe rendant au Palais de Confucius, ils baiffent quatre fois la tê- 
te jufqu'a terre devant fon nom & devant ceux des plus éminens Philofophes. 
Ils retournent enfuite dans leurs Provinces. Là, fe joignant à tous les Syeou- 
tfays du même Diftriét, ils vont en corps fe profterner devant le Gouver- 
neur fur fon Tribunal. Cet Officier fuprême les prefle de fe relever, & leur 
prefente du vin dans des coupes, qu’il éleve d’abord en l'air, Dans plu- 
fieurs endroits , il diftribue entr'eux des piéces de foie rouge, dont ils fe 
font une efpèce de baudriers. Ils reçoivent aufli deux petites baguettes, 
ornées de fleurs d'argent, qu'ils placent des deux côtés de leurs bonnets 
comme des caducées. Alors ils fe rendent, avec le Gouverneur à leur té- 
te, au Palais de Confucius, pour terminer la cérémonie par les falutations 
ordinaires. Ce dernier aéte eft comme le fceau qui acheve de les mettre en 

pofleñion 
(+) Chine du Père du Halde, page 176. & 
iulvantes, 


VIII, Part. 


(uv) C'eft apparemment le même qu’on a 
déja nommé fimplement Hyo tao. 


K 


LerTrés 
DE LA CHINE. 


Avantages 
du titre ds 
Tfin-tfe. 


Réformation 
que l'Empe- 
reur Kang-hi 
fitentre les 
Docteurs. 


Cérémonies 
qui fuivent 
l'élection des 
Syeou-tfays. 


Dernier aëe 
dela cérémo- 
nie, : 


LETTRÉS 
LE LA CHINE. 


Origine de 
trois Ordres 
de Bacheliers. 


Trois claffés 
de Bacheliers 
privilégiés, 


Formulités 
qui précédent 
l'élection. 


74 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


pofleffion de leur-nouvelle dignité, parce qu'ils reconnoiflent ainfi Confucius 
pour leur Maître & qu'ils font proféflion de fuivre fes maximes de Gouver- 
nement (x). 
NaAvarETTE, dont le récit s'accorde avec tout ce qu'on a rapporté d'a: 
rès Du Halde, y ajoûte néanmoins quelques circonftances qui méritent d'è. 
tre obfervées. Il nous apprend que fous la famille de Gong, qui régnoit il y 
a plus de fix cens ans, les Lettres furent plus floriflantes que jamais à Ja 
Chine. Le nombre des Ecoles fut alors augmenté. Chaque Ville médiocre 
eut vingt Bacheliers. Chaque Cité en cut quarante, & les Capitales en eu- 
rent cinquante. Ces Bacheliers de furcroît reçurent le nom de Lin-feng , qui 
fignifie, Bacheliers accordés par la Conr. Enfuite le nombre fut pouflé à foixan- 
te pour les Villes inférieures, & jufqu’à cent vingt pour les Capitales, fous le 
nom de T/eng-feng, ou de Bacheliers d'augmentation. Enfin, la permiffion 
de prendre les Degrés fut accordée à tous. ceux qui fe préfenteroient avec les 
difpofitions néceffaires. Ces derniers . furent diftingués par le nom de Zu: 
byo, qui fignifie Bacheliers adoptés. Ain le Corps des Bacheliers eft compofé 
de trois Ordres. 

Les Bacheliers privilégiés, qui font difpenfés de l'Examen, portent le nom 
de Kung-feng , & forment aufñli trois clafles. Les premiers font connus fous le 
titre particulier de Pa-kung-feng, qui fignifie; Qu'ayant été d’excellens Rh:. 
toriciens & leurs compofitions ayant toûjours été fort élégantes, ils ont mc. 
rité le Degré dont ils jouiflent fans avoir été obligés d'attendre le terme ordi. 
naire. La feconde claffe eft celle des Tfye-fuen-kungs, qui ont joui pendant 
vingt ans du degré de Bacheliers. Les derniers portent le nom de Nesntur:z- 
Jeng, qui les fait connoître pour des Bacheliers privilégiés par la faveur cx- 
prefle de l'Empereur. Les enfans des Chartiers, des Bouchers, des Bour. 
reaux , des Comédiens, &.les Bätards, font exclus de toutes fortes de De- 

rés. 

LEs Candidats, après avoir mis la dernière main à leurs compoñitions, les 
ferment foigneufement & mettent deflus le nom de leur Pays, avec une en- 
veloppe qui ne permet pas de le lire. Elles font livrées aux Officiers établis, 
qui les portent à la Salle des Mandarins, où elles doivent être éxaminées, 
Celles qui ne méritent pas (y) de pañlér dans la feconde chambre, font mifes 
à part. Toutes les autres font rejettées. De cinq mille, il y en a toûjours là 
moitié qui ne paffent point cette première chambre, Les autres, après avoir 
fubi l'Examen dans la feconde, font réduites auffi prefqu’à la moitié, qui par- 
vient jufqu’à la troifième chambre, pour y-être jugée par les Prélidens de 
J'Examen. Il en demeure cinquante des plus élégantes, dans l'ordre qui con. 
vient à chacune, c’eft-à-dire, la première, la feconde, &c. On cherche 2- 
lors les noms des compofiteurs, & les ayant appellés à haute voix, on les inf. 
crit fur de grands tableaux, qui font fufpendus dans une place publique. Cet. 
te feule déclaration les élève au Degré. [ C'eft ainfi, dit l’Auteur, qu’Eleazars» 
fut déclaré grand Prêtre (2), après avoir été revêtu des habits d’Aaron, fans 
aucune onétion, ou confécration ultérieure.] 


S’iL fe trouve d’autres compofitions qui méritent le même honneur, on 
confervi. 


(x) Chine du Père’ du Flalde, pag. 295, (z) Nombr, XX, 26, 


(y) Ang, celles qui méritent, KR. d. E, 


con 
que 
un] 
rabl 
L 
ont 
te |: 
nef 
teur: 
tes d 
cun : 
A 
de p: 

leur 
céleb 
arriv! 
cun | 
frais ( 
Sonn 
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ala q 
reur, 


» meft diff 
É monte 
demand 
me mie 
loifir. 1 
homme 

LA 
celle de 
des Et 
véniens 
voient d 
mé pou 


(a) M 
vingt-dix 
tiés ou M: 


onfucius 
Gouver- 


orté d'a: 
tent d’'ê- 
snoit il y 
ais à Ja 
médiocre 
s en CU- 
eng , qui 
à foixan- 
5, fous le 
ermiffion 
- avec les 
n de Fu- 
 compofé 


nt le nom 
us fous le 
lens Rh:- 
s Ont Mi= 
rme ordi- 
i pendant 
NVeen-Rurg- 
aveur CX- 
des Bour- 
s de Dec- 


tions, leg 
une cn- 
rs établis, 
aminées. 
ont mifes 
ûjours la 
bres avoir 
| qui par- 
Hidens de 
qui con- 
erche a- 
bn les inf- 
e, Cet- 


qu'Eleazars® 


ron, fans 


neur, on 
confer ve 


DE LA CHINE, Liv. II. Car. HI. 75 


conferve par écrit le nom des Auteurs, avec une recommandation, dans la. . 


quelle on déclare qu’ils auroient été dignés du Degré, fi l'ufage en eût admis 
un plus grand nombre; ce qui paîle pour une diftinétion-extrémement hono- 
rable. 

LA durée de l'Examen eft de trois jours, pendant lefquels tous ceux qui 
ont part à cette importante cérémonie font enfermés. L'Empereur en fait tou- 
te la dépenfe. Elle va fi loin que Navarette fe difpenfe du calcul, parce qu'il 
ne paroîtroit pas croyable aux Européens. Enfuite le Viceroi, les Examina- 
teurs & les autres grands Mandarins, reçoivent les Gradués avec toutes for- 
tes d’honneurs, les traitent dans un feftin folemnel, & leur donnent à cha- 
cun fon écuelle d'argent, fon parafol de foie bleue & fon fedan. 

Au moment que les tableaux font fufpendus, quantité de perfonnes fe hâtent 
de partir, pour aller porter à la famille des Gradués la première nouvelle de 
leur élévation. Ces Couriers font généreufement récompenfés. Toute la Ville 
célebre le bonheur de fon citoyen par des réjouiffances publiques. Lorfqu'il 
arrive lui-même, il eft accablé de vifites, de félicitations & de préfens. Cha- 
cun lui offre une fomme d’argent, Yuivant fa fortune, pour contribuer aux 
frais des voyages qu’il eft obligé de faire à la Cour en qualité de Licentié (4). 
Son nom d’ailleurs eft enregiftré dans les Livres Impériaux, afin qu’il puifle 
être employé dans l’occafion aux Emplois du Gouvernement. Ceux qui afpirent 
à la qualité de Doëéteur, déclarent qu'ils veulent être éxaminés par l'Empe- 
reur, & reçoivent ordre de fe rendre à la Cour, où Sa Majefté leur donne 
des thêmes & juge de leur.compofition. On accorde tous les honneurs imagi- 
nables à ceux qui remportent le premier prix. Quelques-uns font réfervés pour 
le Collège Impérial (b). Les autres retournent dans leur Patrie, pour y at- 
tendre les Emplois qui leur font deftinés. 

Quorqu'on apporte des foins extrêmes à prévenir la corruption, les 
moyens ne manquent jamais pour s'élever par cette voie. Du tems de l’Au- 
teur, l'Empereur Kang-hi fit couper la tête à deux Licentiés (c) convaincus 


de ce crime, [ & un autre fut mis aux fers pour la même raifon.] La métho- 


de de corruption la plus commune eft de rendre vifite à l'Examinateur. S'il 


‘ fr eft difpofé à favorifer le Candidat, il convient d’une fomme avec lui, [ qui 


monte environ à cinq cens ducats, & quelques fois plus haut.] Enfuite 1l lui 
demande une marque à laquelle il puifle diftinguer fa compofition, s’il n’ai- 
me mieux lui communiquer le fujet, pour lui donner le tems d’yctravailler à 
loifir. Mais fi le Candidat qui s’élève par cette lâcheté eft reconnu pour un 

homme fans mérite, on s’en prend à l'Examinateur. O4 
L'AuTEtR attribue deux utilités confidérables à l’ufage de ces Examens; 
celle de banrir la päreffe des Ecoles, & celle de diminuer le nombre exceffif 
des Etudians. Ce fut pour remédier, dit-il, au dernier de ces deux incon- 
véniens, que l'Empereur Juftinien ôta leurs revenus à plufieurs Villes qui a- 
voient des Ecoles publiques; & François Premier, Roi de France, fut bla- 
mé pour avoir fondé un trop grand nombre d'Univerfités ; parce qu'en augmen- 
tant 


(b) Autrement, le Collège des Hau-lins, 
(ce) Angl, à un Licentié à à fon Examina- 
teur. R. d, LE, 


(a) Magalhaens compte à la Chine quatre- 
vingt-dix mille Bacheliers, & dix mille Licen- 
tiés ou Maitres-ês-Arts, 


K 2 


LeTrnés 
DELA. CHINE, 


Durée & 
frais de l’Exa- 
mên. 


Réjouifrin. 
ces pour l'é- 
leétion des 
Gradués. 


La corrnp. 
tion fe gliffe 
dans ces ufa- 
ges. 


Réfléxions 
de l'auteur 
fur l'utilité 
des Examens 
Chinois, 


LeTTRÉS 0 
pe LA Caine. de foldats, de laboureurs & d’artifans. 


Modeftie 
des Lettrés 


Chinois, ac- 


compagnée 
d’orgueil. 


Raifons qui 
font retpeéter 


l'agriculture 
aux Chinois. 


Leuropinion 
fur fon où igi- 
Le, 


76 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
tant à l'excès le nombre des Etudians , il priva fon Royaume d'une in&nité 


NavarETTE paroît regretter que les Ecoliers de l'Europe ne refflemblent 
as mieux à ceux de la Chine. La gravité, dit-il, & la modeftie font le partage 
des Lettrés Chinois. Ils marchent toûjours les yeux baiflés. Un jeune Ecolier 
n’eft pas moins compofé dans fon air & dans fes manières. Mais ces vertus, ajoû- 
te le même Auteur , font infeétées d'un orgueil incroyable, qui leur. fait prefque 
refufer la qualité d'hommes à tous les autres Peuples du Monde. Cependant les 
Tartares, qui n'ont pas tant d'inclination pour les Lettres, ont un peu humi- 
lié les Sçavans Chinois ( d ). 

OBsERvONS ici que fous le nom de Sçavans ou de Lettrés, on comprend 
tous les Etudians de la Chine, foit qu'ils ayent pris quelque Degré, ou qu’its 
n’y foient point encore parvenus; foit Employés ou Bus Emplois. Tous les 
Mandarins font. Lettrés; mais tous les Lettrés ne font pas Mandarins. 


Examens & des Degrés, mais avec moins d'é- 


(d) Defcription de la Chine par Navarct: 
tendue, pag. 235. & fuiv. 


te, pag. 49. & fuiv, Le Comte parle aufli des 


G. IL. 


Claffe des Laboureurs, € confidération que les Chinois ont pour 
l'Agriculture. 


LE Laboureurs, à la Chine, font au-deffus des Marchands & des Arti- 
fans. Leurs privilèges ont plus d’étendue, & leur profelïion eft regardée 
comme la plus néceffaire à l'Etat. Les Chinois prétendent, fuivant Navaret- 
te, que l'Empereur eft obligé de leur accorder une proteétion fpéciale & 
d'augmenter fans cefle leurs privilèges, parce que c’eft de leur travail & de 
leur induftrie que toute la Nation ure fa fubfiftance (4). Il eft certain qu’elle 
ne pourroit pas fubfifter fans l'application & les efforts continuels que les Pay- 
fans apportent à l'agriculture. La Chine eft fi peuplée, que toutes fes terres, 
cultivées jufqu'à la moindre partie, comme ellesle font effeétivement., fuflifent 
à peine pour la nourriture de tous fes Habitans. Un Empire fi vafte a peu 
de reflource dans le fecours des Etrangers pour fuppléer à fes nécelités , 
quand fes correfpondances feroient mieux établies avec eux. C'elt par cette 
raifon qu'on y a toñjours regardé le. progrès de l'agriculture comme un des 
objets du Gouvernement, & que les Laboureurs & leur profellion y font éga- 
lement:refpeétés. On:y célèbre une fete.publique à leur honneur. L'Empe- 
reur même fait gloire, une fois l'année, de manier. la-charrue, à limitation 
des anciens Monarques du Levant, qui fe réduifoient quelquefois à cet éxer- 
cice dans la même vûe. 

L'oPINION commune, fuivant le témoignage des Miffionaires , .eft que 


cette utile profelion fut inventée par. Chin-nong (b), que les Chinois honorent 

Encore 
23. & Du  régne commença deux mille huit cens trente- 
deux ans avant l'Ére Chrétienne, Du Hude, 
P8g. 137. 


(a) Navarette, wbi Jup. pag. 
Halde, pag 272. 

(b} Son nom fignifie Liboureur célefle. Il 
fut le fecond Empereur de la Chine, & fon: 


enc 
les « 
ils p 
loig 
choi 
les 
reur 
On 
trer 
& qi 
com! 
rofe 
ma 
D 
vAng 
cha 
vang 
vitn 
fance 
porté 
neur 
King 
du tre 
Mini 
ter. 
lébre 
au qu 
noifé 
neur c 
grand 
couro: 
la Vil 
d'un g 
préfen 
l'agric 
même 
phe à 
rées p: 
Pai 
fe, qu 
che, 
l'indu 
baguet 
faire a 


(cs) 1 
ces, -Ubi 


ne infinité 


D'E LA CHINE, Liv. Il Cnrap. IE 77 


encore à ce titre (c). Les Livres de leurs Philofophes n'ont pas peu fervi à  Acnreur. 
les confirmer dans ces fentimens. Ils rapportent que l'Empereur Yao, dont TURE 
effemblent ils placent le régne quatre cens quatre-vingt ans après celui de Chin-nong, é- PES Cninous. 
le partage loigna fes propres enfans du Trône en faveur d'un jeune Laboureur , qu’il 
ne Écolier choifit pour lui fuccèder. Une préférence fi finguliére a tranfmis dans tous 
rtus , ajoû- les Chinois la plus haute eftime pour la profeiion de l'agriculture. L'Empe. 
it prefque reur Yu, fucceffeur de Chun, fut appellé de même à la Couronne Impériale. 
vendant les On prétend que par l’invention des canaux, il trouva le moyen de faire ren 
peu humi- trer dans la Mer les eaux qui couvroient la furface d'une partie de l'Empire, 
& qu'il en fit enfuite ufage pour rendre les terres plus fertiles. On-ajoûte qu'il 
comprend compofa plüfieurs Livres fur la culture des terres & fur la manière de les ar- 
» Où qu'ils rofer. Ce fut pour récompenfer tant de fervices que l'Empereur Chun le nom- 


Tous les 
ns. 


ec inoins d'é- 


NE es DATE DRE 


ma fon fuccefleur, & l’agriculture reçuc un luftre fort éclatant de ce choix. 
D'aurres Empereurs ont marqué leur zéle pour un Art fi noble. Kang- 
vang , troifième Monarque de la famille de Cheu, établit des bornes dans les 
champs, pour prévenir les fujets de conteftation entre les Laboureurs.  Aing- 
vang, vingt-quatrième Empereur de la même race, fous le régne duquel on 
vit naître le Philofophe Confucius, cinq cens trente & un ans avant la naif- 
fance de Jefus-Chrift, renouvella toutes les Loix que fes Prédéceffeurs avoient 
portées en faveur de l’agriculture. . Mais elle fut élevée au comble de l’hon- 
neur par l'Empereur Wen-ti, qui régna trois cens cinquante-deux ans après 
King-vang. Ce Prince voyant fes Etats ruinés par la guerre, donna l'éxemple 
du travail à fes Sujets, en labourant lui-même les terres de la Couronne. $es 


Zéle de plu- 
fieurs Empe. 
reurs pour l'a- 
griculture, 


des Arti- à Miniftres & toute la Nobleffe de l'Empire fe virent dans la néceffité de l’imi- 
L regardée Ÿ ter. On regarde cet évènement comme l’origine d'une grande fête qui fe cé- lête à foù 
 Navaret- Es lèbre annuellement dans toutes les Villes de la Chine, lorfque le Soleil entre honneur. 


péciale & 
vail & de 
ain qu'elle 


Sc ffirene 


l'origine, 


au gr es degré du Verfeau; c'eft-à dire, au point que l’Aftronomie Chi. Qu£lle en fut 


noife a fixé pour le-commencement du printems. Dans ce jour, le Gouver- 
neur de chaque Ville fort de fon Palais, précédé de fes Enfeignes & d'un 


Re 


e les Pay- 
fes terres, 
. fufifent 
fte a peu 
écefités , 
par cette 
nc un des 
font éga- 
L'Empe- 
limitation 
cet ÉXCr- 


, eft que 
honorent 
encore 


ens trente- 


Du Haude , 


grand nombre de flambeaux allumés , au bruit de divers Inftrumens. Il eft 
couronné de fleurs, & dans cet équipage il marche vers la porte Orientale de 
la Ville, comme s’il alloit au-devant du Printems. Son cortége eft compoté 
d’un grand nombre de litiéres, peintes ou revêtues d'étofes de foie, qui re- 
préfentent, entre diverfes figures, les portraits des Hommes illuftres dont 
l'agriculture a reffenti les bienfaits, avec les Hiftoires qui appartiennent au 
même fujet. Les rues font ornées de tapifleries. On-éleve des arcs de triom- 
phe à certaines diftances, on fufpend des lanternes, & les Villes font éclai- 
rées par des illuminations. 

Parmi les figures on voit une vache de terre, d'une grofeur fi monftrueu:- 
fe, que cinquante hommes fuffifent à peine pour la tirer. Derricre cette va- 
che, qui a les cornes dorées, paroît un enfant, qui paffe pour le Génie de 
l'induftrie & du travail. Il marche, un pied nud & l'autre chauflé, avec une 
baguette à la main, dont il aiguillonne fans cefle la vache, comme pour la 
faire avancer. Il eft fuivi des Laboureurs, armés de leurs inftrumens, & l’on 

voit 


(c) Navarctte ditqu'’onluia bâti des Temples magnifiques, où il eft honoré par des facrifi- 
ces, -Ubi Jup. pag. 53. 


3 


Figures 
qu’on y porte 
cn proceflion. 


AGRTCUL- 
TURE 
DES CHiNois. 


L'Empereur 
de la Chine las 
bourela terre. 


Circonftan- 
ces de cette 
cérémonie. 


Préparatifs 
auxquels 
l'Empereur 
cft obligé. 


Payfans qui 
l'affient, 


78 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


voit paroître après eux des troupes de Mafques & de Comédiens qui repréfen. 
tent diverfes Piéces. Cette proceflion fe rend au Palais du Gouverneur , Où 
l'on dépouille la vache de tous fes ornemens. On tire de fon ventre un grand 
nombre d'autres petites vaches de terre, qui fediftribuent à l’Affemblée, avec 
les fragmens de la grande vache, qu'on brife en piéces. Enfüite le Gouver- 
neur prononce une courte harangue à l'honneur de l'Agriculture, qu’il recom- 
mande, comme l'éxercice le plus utile au bien public. 

L’ArTENTION des Empereurs & des Mandarins pour la culture des terres 
eft portée fi loin, que s’il arrive à la Cour quelque Mefager d'un Viceroi, le 
Monarque n'oublie jamais de s'informer quel eft l'écat des champs & des moif- 
fons. Une pluie favorable eft une occafon de vifites & de complimens entre 
les Mandarins. Au Printems, qui tombe dans le.cours du mois de Février, 
l'Empereur nemanque pas, fuivant l'ancien ufage, de conduire folemnellement 
une charrue & d'ouvrir quelques fillons, pour animer les Laboureurs par fon 
éxemple. Les Mandarins obfervent la même cérémonie dans chaque Ville, 
avec les formalités fuivantes. Le Tribunal des Mathématiques commence , 
fur les ordres qu'il reçoit, par fixer le vingt-quatrièéme jour de la feconde 
Lune , comme le plus propre au labourage. Enfüite le Tribunal des Rites 
avertit l'Empereur, par un Mémoire, des préparatifs établis pour la fête, 
1. Sa Majefté doit nommer douze Seigneurs pour lui fervir de cortége & la- 
bourer aprés elle. Ces Seigneurs doivent étre trois Princes, & neuf Préfi- 
dens des Cours Souveraines, ou leurs Afliftans, dans les cas dé vieilleffe & 
de maladie. 2. Comme le devoir de l'Empereur, dans cette cérémonie, ne 
confifte pas feulement à labourer la terre, pour exciter l'émulation par fon 
éxemple, & qu’en qualité de premier Pontife il eft obligé d'offrir un facrifi- 
ce à Chang-ti, pour obtenir l'abondance, il eft averti qu’il doit s'y préparer 
par trois jours de jeûne & de continence. Les Princes & les Mandarins nom- 
imés pour l'accompagner font affüjectis à la meme Loi. 3. La veille du jour 
marqué, Sa Majelté doit envoyer à la Salle de fes ancêtres une députation de 
plufieurs Scigneurs , pour fe profterner devant leurs ‘l'ablettes & leur donner 
avis, comme s'ils étoient vivans, qu’elle fe propofe d'offrir le lendemain un 
grand facrifice. 

Ourre ces devoirs, qui regardent l'Empereur, le même Tribunal pref- 
crit à divers autres Tribunaux les préparatifs qui les concernent. L'un cft 
chargé de préparer le facrifice. Un autre, de compoñer la formule que 
l'Empereur doit répéter dans la cérémonie. Un autre, de faire dreffer les 
tentes où fa Maifon doit dînér. Un quatrième, d'affembler quarante ou cin- 
quante Laboureurs, refpeétables par leur âge, qui doivent être préfens lorf. 
que l'Empereur met la main à la charrue; & quarante jeunes Payfans, pour 
difpofer les inftrumens d'agriculture , pour accoupler les bœufs & préparer 
les grains qui doivent être femés.: On choifit cinq fortes de grains, qui re- 
préfentent toutes les autres. C'eft du froment, du riz, des feves & deux 
éfpèces de millet. 

Le vingt-quatrième jour de la Lune, l'Empereur, en habits de cérémo- 
nie, fe rend avec toute fa Cour au lieu aligné pour offrir à Chang-ti le fa- 


* crifice du Printems , dans la double vûe d'obtenir la confervation & l’abon. 


dance des biens de la terre. Ce lieu eft une petite éminence, compofée de ter- 
re, à peu de diftance au Sud de la Ville. Elle doit avoir cinquante pieds & 
quatre 


fillons 
plus f; 
ze épis 
recueil 
qui n'e 
rial. 
dans le 
du tra 
frande 
EN 
jourd’h 
pour l'e 
les Gou 
de leur 
ne cond 
la paix 
pour to 
ve ce fa 
lui envc 
de port. 
s’afleoir 
je refte 
rang, € 
doit êtr 
Auf ra; 
que tem 
sumes € 
ve jamai 


| 


duifent ; 


sonde, 


repréfen. 
neur , où 
un grand 
ée, avec 
 Gouver- 
il recom- 


des terres 
iceroi, le 
des moif- 
ens entre 
> Février, 
nellement 
rs par fon 
ue Ville, 
mmence , 
| fecondc 
des Rites 
r la féte. 
ége & la- 
euf Préfi- 
eilleffe & 
onie, ne 
n par fon 
un facrifi- 
j préparer 
rins nom- 
e du jour 
itation de 
r donner 
emain un 


nal pref- 
L'un cft 
mule que 
ireffer les 
e ou cin- 
fens lorf- 
ns, pour 
préparer 
, qui re- 


& deux 


cérémo- 
p-ti le fa- 
l’abon- 
fe de ter- 
pieds & 
quatre 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. Il. 79 


quatre pouces de hauteur. .La place qui doit être labourée par les mains Im- 
périales, eft immédiatement à côté. 

AussiTôT que le facrifice elt offert, l'Empereur defcend avec les trois 
Princes & les neuf Préfidens qu'il a choifis. Pluficurs Seigneurs portent les 
caifles où font contenues les femences. Toute la Cour demeure attentive , 
dans un profond filence. Alors Sa Majefté prend la conduite de la charrue, 
& fait plufieurs fillons en avant & en arrière. Les trois Princes & les Préfi- 
dens font fucceflivement la même chofe après l'Empereur. Après ce travail, 

ui fe recommence en plufeurs endroits du champ, Sa Majeité Impériale 
éme les différentes fortes de grains. Le jour füuivant, les quarante Labou- 
reurs & les jeuncs Payfans achevent ce qui refte à labourer dans le même 
champ. Cette étrange cérémonie fe termine par des préfens que l'Empereur 
leur diftribue. Ils confiftent en quatre piéces d’étoffe de coton. 

Dans le cours de la faifon, le Gouverneur de Peking eft obligé de vifiter 
fouvent ce champ & de le faire foigneufement cultiver. Il en éxamine tous les 
fillons, pour découvrir s’il n’y croît pas quelqu'épi extraordinaire. Ce feroit le 
plus favorable augure, ét trouver, par éxemple, une tige qui portät trei- 
ze épis. Le Gouverneur fe hâteroit d'en avertir la Cour. En automne, il doit 
recueillir le grain dans des facs jaunes, pour les renfermer dans un magafin 
qui n’a point d'autre ufage, & qui eft diftingué par le nom de Magafin Impé- 
ral. Ce grain fe conferve pour les plus grandes cérémonies. L'Empereur, 
dans les facrifices qu’il offre à Tyen ou à Chang-ti, le préfente comme le fruit 
du travail'de fes mains; & dans certains jours de l’année, il fait la même of- 
frande à fes Ancétres. 

ENTRE plufieurs bons Réglémens de l'Empereur Yong-ching, qui régne au- 
jourd’hui, Du Halde en rapporte un qui marque une confidération fingulière 
pour l'agriculture. Ce Prince, pour encourager les Laboureurs, éxige de tous 
les Gouverneurs des Villes, qu'ils lui envoyent tousles ans le nom d'un Payfan 
de leur diftriét, qui fe diftingue par fon application à cultiver la terre, par u- 
ne conduite irréprochable, par l'union qu’il fait régner dans fa famille & par 
la paix qu'il entretient avec fes voilins; enfin, par fa frugalité & fon averlion 
pour toutes fortes d'excès. Sur le témoignage dû Gouverneur, Sa Majelté éle- 
ve ce fage & diligent Laboureur au degré de Mandarin du huitième Ordre, & 
lui envoye des Patentes de Mandarin honoraire; diftinétion qui le met en droit 
de porter l’habit de Mandarin, de rendre vilite au Gouverneur de la Ville, de 
s'affeoir en fa préfence & de prendre du thé avec lui. Il eft refpeété pendant 
je refte de fa vie. Après fa mort, on lui fait des funérailles convenables à fon 
rang, & fes titres d'honneur font infcrits dans la Salle de fes ancêtres. Quelle 
doit être l'émulation des Laboureurs, après des éxemples de cette nature (4)? 
Auñi rapportent-ils tous leurs foins à la culture de leurs terres. S'ils ont quel- 
que tems de refte, ils vont couper du bois fur les montagnes, ils vifitent les lé- 
sumes de leurs jardins, ils font leur provifion de cannes, &c. On ne les trou- 
e jamais oififs. Jamais lesterres dela Chine ne demeurent en friche. Elles pro- 


duifent généralement trois moiffons chaque année ; la première, de riz; la fe- 


onde, de veflé, qui fe féme avant que le riz foit moiflonné; & la troifième 
2 9 


de: 


(4) Chine du Père du Ilaïde, pag. 274. & fuivantes, : 


AGrIcuL- 
TURE 
pes CuiNois, 
Comment 
l'Empereur 
laboure la 

terre. 


Soin qu'on 


‘prend du 


champ labou- 
ré par l'Éme 
pereur. 


Ufage qu'on 
fait de fes 
fruits. 


Réglement 
de l’'Empe- 
reur Yong- 
ching à l’hon- 
neur de l'agri- 
cultures 


Effets de ces 
diftinétions 
parmi les La- 
boureurs, 


8o VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Acnreur. de féves ou de quelqu’autre grain. Les Chinois n'employent guères leur terrain 
TURF à des ufages inutiles, tels que les jardins à fleurs ou les allées pour la promena- 
pes Cminors. de, Le plaifir particulier marche toûjours après l'intérêt public. 
à du , Le principal objet du travail des Laboureurs eft la culture du riz. Leurs 
terres font préparées fort habilement. Ils n’épargnent aucun foin pour ramaf. 
eo fer toutes fortes d'ordures & d'excrémens d'hommes & d'animaux. Ils don. 
ploye, nent, en échange, du bois, des légumes & de l'huile de lin. Cette prépara- 
tion, qui ne ferviroit dans d’autres Pays qu’à brûler les Plantes (ee convient 
beaucoup aux terres de la Chine, fur-tout avec l'art qu'ont les Chinois de 
tempérer ces matières par des mélanges [ avec de l'eau ordinaire ]. Ils lèvent > 
ces ordures dans des feaux (f), qu'ils portent couverts fur leurs épaules. 
Le foin qu’ils prennent continuellement de les ramafler, fert beaucoup à l’en- 
tretien de la propreté dans les Villes. 

Dans la Province de Che-kyang, & dans d'autres cantons qui font parti- les 
culièrement fertiles en riz (g), on employe, pour engraifler les terres, des cha 
boules de poil de cochon & meme de poil humain, que les Habitans croient les 
propres à fortifier le grain. Les Barbiers confervent avec foin la barbe & les bles ç 
cheveux qu’ils rafent. Ils les vendent deux liards la livre à des Payfans dont ont a 
la profeffion eît de les ramafler, & l’on voit fouvent des Barques qui n’ont pas égale 

Chaux vive d'autre charge. Lorfque le riz commence à fe montrer en épis, on méle avec dans 
qu'on méle l'eau dont la terre eft arrofée, de la chaux vive, que les Chinois croient pro- à CCrt 
SARrMeAUe pre, non-feulement à tuer les infeétes & à détruire les mauvaifes herbes, mais tres € 

encore àcommuniquer au terrain une chaleur qui contribue beaucoup à fa fécon- tes le 
dité. Cette précaution rend les champs de riz fi nets, que l'Auteur y cher- kB d'enb: 
cha quelquefois une petite plante d'herbe fans en pouvoir trouver. Il en con- chéâtr 


clut que le riz, qui eft d’une force & d'une beauté furprenante, tire de later- ER eft au 
re tout ce qu’elle a de fucs nourriciers (h ). bois, 


Tranfplanta- 


on du ile ON féme d’abord le riz fans ordre. Mais lorfqu'il s'eft élevé d'un pied ou | pouce: 


d’un pied & demi, on l'arrache avec les racines, pour le raffembler en petites ne pal 
gerbes, qu'on plante fur diverfes lignes en forme d’échiquier. Les épis f |B es = 
repofant ainfi les uns fur les autres, en ont plus de force pour réfifter aux 3 chée : 
vents. Maisavant cette tranfplantation on employe la méthode füuivante, pour celles 
rendre la terre égale & unie. Après l'avoir labourée trois ou quatre fois de LE Jorfqu 
fuite, tohjours dans l'eau jufqu’a la cheville du pied, on brife les mottes avec portan 
les inftrumens ; enfuite, à l’aide d'une machine de bois, fur laquelle le Labou- doit & 
reur eft debout pour conduire le bufle qui la traîne, on l’applanit fi parfaite- | be por 
-ment que la hauteur de l’eau demeure par-tout égale. Auñi les plaines reffem- [SN qui 
-blent-elles plus à de vaftes jardins qu’à des champs ouverts. deux T 
Les morta. Toures les montagnes de la Chine font cultivées ; mais on n'y apperçoit pied} 
gnesdelaChi. ni haies, ni fofiés, ni prefqu'aucun arbre, tant les Chinois ménagent un pou- ajuftée 
ne font culti- . ; 
vées. 


(e) Chine du Père du IMalde, page 274 de Plantes. Il ajoûte qu'il n'y a point de cor- 
& fuivantes. ne, d'os & de plume qu’on ne réduifeen cen- 
(f) Navarette dit que dans certains téems dre pour amander les terres. 
on arrofe le riz & les légumes avec un mélan- (g) Voyez Ci-defus les Journaux. 
ge d'urine & d'excrémens; ce qui paroît une (Ch) Navarette ditque c’eftquandils le trarif 
énigme aux Miffionaires, parce qu'en Eu-  plantent, obfervée 
rope l'urine brûle & détruit toutes fortes la defcri 


VII 


r terrain 
romena- 


. Leurs 
ar ramaf- 
Ils don- 
prépara- 
convient 
hinois de 


Ils lèvent 


| épaules. 
ap'a l'en- 


nt parti- 
rres, des 
s croient 
rbe & les 
fans dont 
n'ont pas . 
néle avec 
oient pro- 
bes, mais 
| fa fécon- 
ir y cher- 
Il en con- 
> de la ter- 


n pied ou 
en petites 
es épis fe 
fifter aux 
ante , pour 
e fois de 
ottes avec 
le Labou- 
i parfaite- 
es reffem- 


apperçoit 
t un pou- 
ce 


oint de cor- 
duifeen cen- 


uXx. 


dilsle trani 


me 


DE LA CHINE,ZLiv. I. Cnar. ll. 81 


cedeterre. C’eft un fpeétacle fort agréable, dans quantité delieux, que de voir 
des plaines de trois ou quatre lieues de longueur, environnées de collines & de 
montagnes, qui, depuis le pied jufqu’au fommet, font coupées en terrafles 
hautes de trois ou quatre pieds, qui s'élèvent quelquefois l'une für l’autre juf- 
qu’au nombre de vingt ou trente. Ces montagnes ne font pas ordinairement 
pierreufes comme celles de l'Europe. La terre en eft fi légère, qu'elle fe con- 
pe aifément; & fi profonde dans quelques Provinces, qu'on la creufe l'efpace 
de trois ou quatre cens pieds fans rencontrer le roc. Lorfquw'il s'y trouve des 
pierres en trop grand nombre, les Chinois trouvent le moyen de les en pur- 
ger; & bâtiffant de petits murs pour foutenir les cerrafles, ils applaniffent les 
bonnes terres & les enfemencent de diverfes fortes de grains. 

Izs pouffent encore plus loin l’induftrie. Quoique dans quelques Provinces 
les montagnes foient-ftériles & incultes, cependant comme les vallées & les 
champs qui les féparent en quantité d'endroits font fécondes & bien cultivées, 
les Habitans mettent d'abord au niveau tous les lieux inégaux qui font capa- 
bles de culture.  Enfuite ils divifent en différentes piécés toute la terre qu’ils 
ont ainfi nivelée ; & de celle qui borde les vallées & qu’ils ne peuvent rendre 
égale , ilscompofent des étages en forme d’amphithéâtres. Le riz qu’ils fément 
dans l’une & dans l’autre ne pouvant croître fans eau, ils {ont des réfervoirs 
à certaines diftances & d’une jufte hauteur, pour recevoir la pluie & les au- 
tres eaux qui defcendent des montagnes, .& la diftribuer également dans tou- 
tes leurs piéces de riz, foit en la faifant tomber des réfervoirs dans les piéces 
d'enbas, foit en la faifant monter jufqu’aux plus hauts étages de leur amphi- 
théâtre Ci) Ils employent pour cela une machine hydraulique (k), dont le jeu 
eft aufñfi fimple que la compofition (/). Elle eft compofée d’une chaîne de 
bois, ou d’une forte de chapelet de petites planches quarrées de fix ou fept 
pouces, qui font comme enfilées parallelement à d'égales diftances. Cette chaî- 
ne pañle dans un tube quarré, à l'extrémité inférieure duquel eft un cylindre, 
ou un barril, dont l'axe eft fixé des deux côtés (#”). À l’autre bout eft atta- 
chée une efpèce de tambour ,entouré de vetites planches pour répondre à 
celles de la chaîne, qui pafle autour du tambour & du cylindre ; de forte que 
lorfque le tambour tourne , la chaîne tourne auffi. Le bout inférieur du tube 
portant dans l'eau, & le bout du tambour étant élevé à la hauteur où l’eau 
doit être conduite, les planches qui rempliflent éxaétement la cavité du tu- 
be pouffent continuellement l’eau, tandis que la machine eft en mouvement; 
ce qui fe fait par trois moyens: 1°. Avec la main, par le fecours d’une ou de 
deux manivelles attachées aux deux bouts de l'axe du tambour. 20. Avec le 
pied, par le moyen d’une groffe cheville de bois, d’un demi-pied de longueur, 
ajuftée dans cette vûe à l'axe du tambour. Ces chevilles ont la téte affez 
longue & bien arrondie, pour y placer commodément la plante nue du pied; 


N de 


(à) Defcription de la Chine par-Navaret- 
te, pag. 52. &fuiv. Chine du Père Du Hide, 
pag. 272. | : 

(&) Ce font apparemment les machines que 
Navarette appelle admirables. Il les a fouvent 
obfervées, dit-il, inais fans en pouvoir faire 
la defcription. Elles ont été tranfhortées à Ma- 


VIII. Part, 


hille par les Efpagnols, & à Patavia par lcs 
Hollandois. L’Auteur croit qu'il n’y à poitt 
de-meilleure invention au monde pour-vuider 
les puits & les Etangs. 

(1) On a déja parlé de cette machine dans 
les Journaux. 

Çm) Mais de manière qu'ileft hors du tube: 


L 


AGAICUL: 
TURE 
DEs Cuimots, 


Autre éxem- 
ple de l’induf- 
trie des Chi- 
nois. 


Machine hy« 
draulique 
qu'ils em- 
ployent pour 
la culture du 
riz. 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


82 


Acreurrure de forte qu’une ou plufieurs perfonnes peuvent mettre fäns peine la machine 
vss Chinois. en mouvement , tandis que leurs mains font employées à tenir un parafol & 


Methode 
pour nétoyer 
Σs canaux. 


Combien 
l'induftrie eft 
aécelTaire 
aux Chinois 
pour vivre. 


Caraûtère 
général des 
Marchands 
Chinois. 


un éventail 30. Avec le fecours d'un bufle ou de quelqu’autre animal, atta. 
ché à une grande roue de quatre brafles de diametre & placée horizontale. 
ment. On fixe autour de.fa circonférence un grand nombre de chevilles ou. 
de dents, qui s’ajuflant éxaétement avec celles de l'axe du tambour , font 
tourner très-facilement la machine. 

Lorsqu'on a bcfoin de nétoyer le canal, ce qui arrive fort fouvent , on 
le divife, à certaines diftances, par des foflés (nm); & chaque Village voi- 
fin ayant fa part du travail, les Payfans paroiflent auili-côt avec leur machine 
à chaîne, qui fert à faire pañler l’eau d’un foffé à l'autre, Cette entreprife, 
quoique pénible , eft bien-tôc finie, à caufe de la multitude des ouvriers. 
Dans quelques endroits de la Province de Fo-kyen,. les montagnes font conti- 
gues, fans etre fort hautes. Mais quoiqu'on y trouve à peine quelques val. 
lées, l’art des Habitans eft parvenu à les cultiver, en conduifant de l’une à 
l’autre une abondante quantité d’eau par des tuyaux de bambou (0 


C'EST à cette admirable induftrie des Payfans que la Chine eft babe de: 


l'abondance de fes grains & de fes légumes. Elle en eft mieux fournie que 
toutes les autres régions du Monde. Cependant il eft certain que le Pays 
fuffit à peine pour nourrir fes Habitans. Ils auroient befoin d'un efpace plus 
grand du double (p). Après tout, les Laboureurs Chinois font pauvres, & 
chacun n’a qu'une petite portion de terre à cultiver. L'ufage eft que le 
Seigneur tire la moitié de la récolte & qu'il paye toutes ls taxes. L'autre 
moitié demeure au Laboureur,, pour unique fruit de fon travail (4). 


(p) Ibid. pag. 318. 
(g) Defcription de la Chine par Navaret. 
te, pag: 53 


(n) Angl. pardes digues. KR. d. E. 
Co) Chine du Père Du Halde, pag. 272. 
& fuivantes. 


& IIT 


Commerce € Navigation des Chinois. 


Claffe des Marchands. 


Ÿ nombre des Marchands eft incroyable, dans toutes les parties de la 
L Chine. Ils font tous d'une extreme politeffe, & ne rejettent pas l’oc- 
cafion de vendre avec le moindre profit : fort différens des Japonois, qui 
font au contraire groffiers, peu obligeans, & fi apiniâtres, qu'après avoir 
une fois déclaré qu'une chofe vaut vingt ducats, toutes les raifons du monde 
ne leur en-feroient rien rabattre (a). ‘Le Père le Comte repréfente les Chi- 
nois comme la Nation de l'Univers la plus propre au Commerce & qui s’y 
entend le mieux. Ils font, dit-il, fort infinuans dans leurs manières; & leur 
avidité pour le gain leur fait trouver «des moyens de vivre & des méthodes 
de trafic qui ne viennent point naturellement à l'efprit.. Il n’y a point d’occa- 
fion dont ils ne tirent avantage, ni de voyages qu'ils nentreprennent, au 
mépris de toutes les difficultés, dans l’efpérance du moindre profit (4). 

| Mais 


(a) Ibid. pag. 55. 
(#.) Mémoires de la Chine par le Père le Comte, pag. 249 


99 
de 


plu 
bois 


cles 
tion 
terr! 
I. 

ort 
Cor 
plus 
quil 
rare 


machine 
arafol & 
al, atta- 
rizontale. 
villes ou. 
ur, font 


vent , On 
lage voi- 
: machine 
ntreprife , 
ouvriers. 
ont conti- 
ques val- 
de l’une à 
) }. 

Fe 
Jurnie que 
1e le Pays 
fpace plus 
auvres, & 
eft que le 
. L'autre 


par Navaret. 


rties de la 
t pas l'oc- 
bonois, qui 
près avoir 
du monde 
te les Chi- 
& qui s’y 
es; & leur 
méthodes 
int d’occa- 
nnent, au 
(b). 
Mais 


KF pag. 132. [ Peut-être qu'au-lieu du commerce 


Mars füuivant le témoignage de quelques Miffionaires , il feroit à fouhai- 
ter qu'ils fuflent d'un peu meilleure foi dans leurs marchés, fur-tout à l'égard 
des Etrangers. Ils s'efforcent toujours de vendre au-deflus du jufte prix, & 


fouvent.ils ne font pas fcrupule d’altérer les marchandifes. Leur maxime eft 


ue ceux qui achetent ne cherchent qu’à payer le moins qu’il leur eft poilible , 
fe difpenferoient même abfolument de payer fi le Marchand y confentoit. 
ils fe croient en droit, fur ce principe, de demander les plus hauts prix. 
, Ce n’eft pas le Marchand qui trompe, difent:ils fort hardiment; c’eft l'a- 
» Cheteur qui fe crompe lui-même. L'acheteur n'eft forcé à rien, & le pro- 
» fit que tire le Marchand eft le fruit de fon induftrie. Cependant ceux qui 
» fe conduifent par de fi mauvais principes, font les premiers à faire l'éloge 
de l'honnêteté & du défintéreflement (c). Magalhaens regarde comme les 
plus riches Négocians de la Chine ceux qui font le commerce de la foie & du 
bois de conftruétion (4). 

EN traitant du Commerce des Chinois, nous le diviferons en quatre arti- 
cles: L. Le fond réel du Commerce, domeftique & étranger. II. La Naviga- 
tion & la qualité de leur Marine. III. Les commodités pour les voyages par 
terre. IV. La Monnoie, les Poids & les Mefures. : 

I. Les richefles particulières de chaque Province, & la facilité de tranf- 
porter les marchandifes par les rivières & les canaux, ont toûjours rendu le 
Commerce intérieur de la Chine trés-floriffant. Le Commerce extérieur eft 
plus négligé, parce que les Chinois trouvant dans leur propre Pays tout ce 
qui leur eft néceffaire pour les befoins & les agrémens de la vie, s’éloignent 
rarement de leurs frontières. Auili long-tems que la Chine fut gouvernée 
par fes propres Empereurs, les Ports furent toûjours fermés aux Etrangers, 
& les défenfes fi rigoureufes pour le Commerce du dehors, qu’il n'étoit pas 
permis aux Habitans de fortir des limites de l'Empire. Mais depuis que les 
Tartares s’y font rendus les maîtres, ils ont ouvert leurs Ports à toutes les 
Nations (e). 

Le Commerce intérieur de la Chine eft fi confidérable, qu’il ne fouffre au- 
cune comparaifon avec celui de l'Europe On peut regarder les Provinces 
Chinoifes comme autant de Royaumes, entre lefquels il fe fait une communi- 
cation de richeffes, qui fert à lier leurs Habitans & à faire régner l’abondan- 
ce dans toutes les Villes. Les Provinces de Hu-quang & de Xyang-fi fournif- 
fent du riz à celles qui n’en font pas fi bien pourvues. Celle de Che-kyang 
produit la plus belle foie. Les vernis & l’encre viennent de Kyang-nan, a- 
vec toutes fortes d'ouvrages curieux dans ces deux genres. Tun-nan, Chen-fi 
& Chan-fi donnent du fer, du cuivre & plufieurs autres métaux, des che- 
vaux, des mulets & des pelleteries. Fo-kyen produit du fucre & le meilleur 
thé de l'Empire. Se-chuen fournit des herbes & des plantes médicinales, telles 
que la rhubarbe, &c. Chaque Province contribue ainfi au bien public, par 
une abondance de commodités, dont le détail eft impoflible (f). Toutes ces 


marchandifes 


D 


(ce) Du Halde, ubi fup. pag. 534. Ce) Chine du Père du Halde pag. 333. & 
(d) Relation de la Chine par Magalhacns,  fuivantes. 
(f ) Le Comte, uki fup. pag, 2955 & Du 
14 la foie, il faut lire ici le commerce du  Ilalde, pag. 334. ip: pag: 2955 
el.] 


L 


2 


DE LA CHINE, Liv. IL Crar. NL 88 


CoMMtrRCE 
Di LA ÇHIN£: 


Commerce 
intérieur dela 
Chine, 


Communicas 
tion des ri- 
chefTes entre 
les Provincon 


Facilité de 
la vente, 


COMMERCE 
DE LA CHINE. 


Ardeur des 
Chinois pour 
le Commerce, 


Progrès 
qu'ils y font 


des plus petits 


conmnence- 
mens . 


lL'erme de 


‘sur Commer- 


ce par mer, 


Ce qu'ils 
portent aux 
ifles du Ja- 


po 


84 VOYAGES DANS LEMPIRE 


marchandifes paflant d’un lieu à l’autre par le moyen des Rivières, font ven. 
dues fort promptement. On voit , pat éxemple, des Marchands qui à leur 
arrivée dans une Ville, vendent en trois ou-quatre jours fix mille bonnets con- 
venables à la faifon. Le Commerce n’eft jamais interrompu, à l’exceptio 
feulement des deux premiers jours de la première Lune, qui font employés aux 
réjouiffances & aux vifites mutuelles de la nouvelle année. Dans tous les au- 
tres tems , l'agitation des affaires eft continuelle, à la campagne comme à 
la Ville. Les Mandarins mêmes y prennent part, en mettant leur argent en: 
tre les mains des Marchands pour le faire valoir par les voies du Commerce: 
En un mot, il n’y a point de famille, jufqu’à la plus pauvre, qui ne trou: 
ve, avec un peu de conduite, le moyen de fubfifter par les mêmes voies. 
On en connoît, dit l’Auteur, dont tout le fonds ne monte pas à plus d’un 
écu de France, & qui ne laiffent pas d’en tirer leur entretien, père, mère ; 
avec deux ou trois enfans, de fe procurer des habits de foie pour les jours 
de‘cérémonie, & de parvenir en peu d’années à des établiffemens confidéra- 
bles. Si ce progrès paroît incompréhenfible, les éxemples n’en font pas 
moins communs. Un petit Marchand, qui n'a qu'environ cinquante fcls, 
achete du fucre & de la farine de riz, dont il fait de petits gâteaux, qui 
fortent du four une heure-ou deux avant le’jour, pour allumer , fuivant l’ex- 
prefion Chinoife, Je courage des voyageurs. À peine fà boutique eft-elle ou: 
verte, que toute fa marchandife elt enlevée par ie Peuple” de la campagne, 
qui fe rend en foule dès le matin dans les Villes, par les Artifans, les Por: 
teurs, les enfans des Gardes & les Plaideurs. Ce petit commerce produit 
en peu de jours (g) un profit de vingt fois, dont la moitié füuffit au Mar- 
chand pour fa fubfiflance & celle de fa famille. En un mot, nos Foires les 
plus fréquentées ne font qu’une foible image de la multitude incroyable de 
Peuple qu'on voit dans la plûpart des Villes de la Chine, & qui s'occupe à 
vendre ou acheter toutes fortes de commodités. 

IL n’eft pas furprenant. qu'avec un Commerce fi floriffant dans l’intérieur 
de l'Empire, les Chinois négligent ‘beaucoup les Pays étrangers. Par Mer, 
on ne les voit jamais pañlér les Détroits de la Sonde Leurs plus longs voya- 
ges, de ce côté-là, fe bornent à Batavia. Du côté de Malaca, ils ne vont 
jamais plus loin qu'Achem; & le terme de leur navigation au Nord (5) eff 
ordinairement le Japon. 
* Les Hes du Japon font le Pays qu'ils fréquentent le plus: Ils partent au 
mois de Juin, ou dé Juillet au plus card, pour ferendre avec leurs marchan- 
difes à Siam ou à Camboya, & fe fretter dans ces deux Ports de celles qui 
conviennent aux Japonois. Le profit de ce voyage monte à deux cens pour 
cent, S'ils font directement voile au Japon, de leurs Ports de Ning-po, de 
Canton ou d'Emcui, ils fe chargent des marchandifes füuivantes: 10. de dro- 
gues , telles que le Jin-feng, [lariftoloche, | 
&c. 20. De cuirs de vaches & de bufles, d'areka, & de füucre blanc, für 
lequel ils gagnent quelquefois mille pour cent. 3°. De toutes fortes FAR 

F è 


(g) Ang}. en peu d'heures. R.. d. FE. . Pays, ils en prirent occafion de s'y établir; 
(h) Navarette raconte que la paffion des ce qui a produitla défenfe générale. de paffer. 
richeffes ayant porté quelques’ €hinois à de. La mer, 

mander la permiflion de voyager dans ces 


la rhubarbe, les mirobolans fé» 


de fo 
partic 
4. L 
dent 
ence 
ils tro 
cent ; 
dois. 
L'E 
perles 
cuivre 
mais q 
que de 
un pra 
Des lai 
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chère 2 
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10, U 
trés-agré: 
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rtent au 
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de dro- 


bbolans ,5 


nc, für 
d’étoffes 
de 


y établir ; 


.de pañfer. 


DE LA CHINE, Liv: Il Can M. gs 


de foie, mais fur-tout de fatins, de taffetas & de damas de diverfes couleurs 
particulièrement de noirs. Ils tirent quinze taëls de ce qui leur revient à fix. 
4 . De cordes de foie pour les Inftrumens, & de bois d'aigle & de fandal ; 
dont les Japonois font fort avides, parce qu'ils en ont befoin fans cefle pour 
encenfer leurs Idoles. 50. Enfin, de draps & de camelots de l'Europe ,-dont 
ils trouvent promptement à fe défaire & qui leur rapportent cinquante pour 
cent ; d’où l'on peut conclure queis doivent être les profits des Hoillan- 
dois. 

Les marchandifes que les Chinois rapportent. du Japon , font, 1°, des 
perles fines , fur lefquelles ils gagnent quelquefois mille pour cent. 20, Du 
cuivre rouge en barres , qui leur coûte entre trois taëls & quatre & demi a 
mais qu'ils vendent dix ou douze taëls à la Chine; du cuivre en œuvre , tel 
que des balances, des réchaux, des caflolettes, des baflins, &c. Ils en tirent 
un profit confidéruble dans leur Pays, parce que ce cuivre eft fort beau. 
Des lames de fabres, qui ne coûtent qu’une piaître au Japon, & qui fe re- 
vendent quelquefois dix à la Chine. 4°. Du papier à fleurs, dont les Chinois 
font des éventails. 5°. De la porcelaine, qui eft trés belle , mais de peu 
d'ufage, parce qu'elle ne foutient pas l’eau bouillante. Elle n’eft pas ‘plus 
chère au Japon que la porcelaine de la Chine à Canton. 6°. Des vérnis Je- 
ponois, avec lefquels il n'y en a point au monde qui puiflent entrer en com- 
paraifon. Mais ils font {i chers que les Chinois en achétent rarement. Un 
cabinet de deux pieds de haut fur la même largeur, s’elt vendu à la Chine 
jufqu’à cent piaftres. Ceux qui s'expofent le plus aux rifques de ce commer- 
ce, font les Marchands d'Emoui & de Ningpo, parce que les portant à Ma- 
nille & à Batavia, ils les vendent fort bien aux Européens, qui font pañion- 
nés pour les ouvrages de cette nature. 7°. Enfin, les Marchands Chinois 
rapportent de l'or, qui eft très-fin au japon; & quantité d’un métal qui-fè 
nomme Zombak, fur. lequel ils gagnent foixante pour cent à Batavia. 

Izs portent aufñi leur Commerce à Manille ;ÿ mais on ne voit guéres-en- 
treprendre ce voyage qu'aux. Marchands d'Emoui, qui fe chargent d’une 
groffe quantité de foie, de fatins rayés ou à fleurs, de broderies, de tapis 
de couflins, de robes de chambre, de bas de foie, de thé, de porcelaine , 
de vernis du Japon, de drogues, &c. fur lefquels leur profit eft générale- 
ment de cinquante pour cent. - lis ne rapportent que des piaftres. 

M u1s le Commerce auquel ils s'attachent le plus, parce qu'il eft le plus a- 
vantageux &.le plus facile, eft celui de Batavia, Leurs Vaifleaux- partent 
chaque année de Canton , d'Emoui & de Ning-po, vers l'onzième Lune : 
c'eft-à-dire, au mois de Décembre, avec les marchandifes fuivantes : d 

10, UNE forte de thé-verd, qui eft d’une beauté fingulière & d'une odeur 
très-agréable.. Le Song-lo & le Bobé (i) font moins recherchés par les Hol. 
landois. 2°. De-la. porcelaine, qui n’eft pas plus chère à Batavia qu'à Canton, 
3°. Du fil & des feuilles d'or, qui ne font que du papier doré. Une partie 
du fil fe vend en petits écheveaux, qui portent le nom de poignées. Il eft 
cher, parce qu'il.eft couvert de l'or le plus fin; mais celui qu'ils portent 
Batavia fe vend ordinairement au poids, en petits paquets, avec de grofes 

poignées : 
(3). .4ngt, le thé bout, R. dE 


T 
a 
L35 


Comiterce 
DEs CHrwbis, 


Ce qu'ils 


"rapportent 


des mêmes 
Iles. 


Cherté des 


vernis du Ja- 
pou. 


Commerce 
des Chinois à 
Manille, 


Leur Coin. 
merce à Bata- 
via. 


Ce qu'ils y 
portent, 


"COMMERCE 
DES Cainois. 


«Ce qu'ils en 


apportent. 


Autres lieux 
où les Chinois 


portent leur 
Cormerce. 


Commerce 
des Euro- 
péens à la 
Chine. 


86 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


poignées de foie rouge, qu'on y mêle exprès , pour donner plus de luftre 4 
l'or & plus de pefanteur aux paquets. Les Hollandois ne l’achétent point 
pour leur ufage. Ils le revendent dans le Pays des Malayens avec un profit 
confidérable. 40. Du Tutenak, ou tombak (&), efpèce de métal, qui tien 
de la nature de l’étain & du fer, & qui leur rapporte quelquefois jufqu'à cent 
cinquante pour cent. 50. Des drogues, particulièrement de la rhubarbe. 6o. 
Des uftenciles de cuivre jaune, tels que des bañlins, des réchauds , de grands 
chaudrons, &c. 

ILs rapportent de Batavia ; 19. de l'argent en piaftres; 20, du poivre, 
des clous de girofle, des noix de mufcade & d’autres épices. 30. Del’écaille 
de tortue, dont les Chinois font de très-jolis bijoux, tels que des peignes, 
des boëtes, des coupes, des manches de couteau , des pipes, des tabatic. 
es à PEuropéenne, qu’ils ne vendent que dix fols. 40. Du bois de fandal, & 
du bois rouge & noir pour les ouvrages de marquéterie , avec une autre 
forte de bois qu'on nomme ordinairement Bref! (1), & qui fert pout la 
teinture. 5°. Des pierres d’agathes, toutes tatllées. Les Chinoïs s'en font 
des ornemens pour leurs ceintures, des boutons pour leurs bénnéts, & une 
forte de colliers. 6°. De l’ämbre jaune, qu'ils achétent à fort bon marché, 
20. Des draps de l'Europe , qui ne leur coûtent pas hon plus fort cher & 
qu'ils revendent au Japon. 

TEL eîtle principal Commerce des Chinois hors de l'Empire. Ils font 
auffi, mais rarement, le voyage d'Æchem, de Malace, d'Ibor, de Patane, de 
Ligor, qui dépend du Royaume de Siam, de la Cochinchine, &c. Le Com. 
merce qu'ils font à Ihor eft également avantageux & facile. Ils ne gagne. 
roient point les frais de leur entreprife dans le voyage d'Achem, s'ils n'y é. 
toient pas rendus au mois de Novembre ou de Décembre, qui eft le tems où 
les Vaifléaux de Surate & de Bengale fe trouvent fur cette Côte. Ils ne rap- 
portent ordinairement de toutes ces régions que du poivre, de la canelle & 
d’autres épices; des nids d’oifeaux, qui pañlent pour un mets délicieux aux 
tables Chinoifes ; da riz, du camphre & des cannes de Rafan (m), qu'on en- 
trelaffe comme des petites cordes; des torches, compofées de fewillages de 
certains arbres, qui brûlent comme de la poix & qui fervent de flambeaux; 
de l'or, de l’étain, &c. 

À l'égard du Commerce des Européens à la Chine, le Port de Canton eft 
prefque le feul qui leur foit ouvert dans certains terms de l'année. Encore 
n'ont-ils pas la liberté de s’avancer jufqu’à la Ville. Ils jettent Fancre à 
Whang-pu, Place qui en eft éloignée de quatre lieues fur la Rivière, & où 
le nombre des Vaiffeaux eft toûjours fort grand. Autrefois les draps de 
l'Europe, les criftaux, les épées , les pendules, les montres à répétition, 
les telefcopes, les miroirs & les glaces, &e. s’y vendoïent avec beaucoup 
d'avantage ; mais depuis que les Anglois font ce voyage réguliéremenc cha- 
que année, il n’y a point une feule de cés marchsndifes qui ne foit du mé. 
me prix à Canton qu'en Europe. Le corail même ne s'y vend prefque plus 
qu'avec perte, L'argent et aujourd'hui la feule matière du Commerce x 

4 


(m) Nous avons déjà averti ci-devant qu'i 


(k) Angl. ou Toutenaque. R. d. FE. 
faut lire des Cannes de Rotin, R. d. L: 


(7) Parce que le Bréfil en produit beau- 
coup. KR. d, T, 


E 


s de Juftre ; 
hétent point 
ec un profit 
al, qui tient 
jufqu'à cent 
hubarbe, 60, 
s,de grands 


du poivre, 
Del’écaille 
es peignes, 
des vas 
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c une dutre 
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is s'en font 
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on marché, 
ort cher & 


e. Ils font 
 Patane, de 
, Le Com. 
S ne gagne- 
s'ils n'y é- 
le tems où 


Ils ne rap- 
à canelle & 
élicieux aux 
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flambeaux ; 


Canton ei 
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it l'ancre À 
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8 draps de 
répétition , 
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ci-devant qu'il 
R. d. EL. 


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* | & des P: 
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M lement ils 
l qu’aujourc 
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} le mettre 
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à Les V 
| les (q). 4 


l qu'ils ont 
j 


(n) Chin 

à & fuivant.s. 

h  (o) Mém 

: NA te, pag 23: 
7. v. Schleu derer | » (p)Onk 


CHINEESSE BARKEN, wüt Nmvuor. 


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| À 


D'E LA CHINE, Liv. IL Cuar, Ill. 87 


ja Chine. On peut faire un profit confidérable en l’échangeant pour de 
l'or, qui eft une marchandife dans le Pays. On y gagne encore un tiers. 


L'or qui fe trouve à Canton, vient en partie des Provinces de la Chine, 


& des Pays étrangers, tels qu’Æ4chem, la Cochinchine, le Japon, &c. Il eft 
refondu dans cette Ville, à la réferve de celui qu'on tire de la Cochinchine, 
qui eft ordinairement au pur & aufli beau qu'il puiffe être, lorfqu'on l'a 
chéte du Roi du Pays. Mais celui que fes Sujets vendent fecrettement n’eft 
pas fi pur & demande d'être rafiné à Canton. Les Chinois divifent leur or 
par carats, comme en Europe. L'or commun eft depuis quatre-vingt-dix 
carats jufqu’à cent. Il eft plus ou moins cher, fuivant le tems auquel il s’a- 
chéte; c’elt-à-dire, qu'aux mois de Mars, d'Avril & de Mai il eft moins 
cher qu'aux mois de Juillet & de Janvier, parce que dans cette derniére fai- 
fon le Port & la Rade de Canton ont des Vaifleaux en plus grand nom- 
bre. 

ON achéte aufli, à la Chine, des drogues excellentes, plufieurs fortes de 
thé, du fil d’or, du mufc, des pierres précieufes, des perles, du vif-ar- 
gent, &c. Mais le principal objet du Commerce des Européens eft la por- 
celaine, les vernis du Japon &.les foies, dont on parlera plus particulière. 
ment dans la feétion fuivante (#). 

Quoique la Navigation des Chinois n'ait point aujourd'hui plus d'éten- 


due qu’on l’a rapporté, quelques Voyageurs prétendent que long-tems avant 


la naïffance de Jefus-Chrift ils faifoient voile dans toutes les Mers de l'Inde, 
à l’aide du compas, & qu'ils avoient découvert le Cap de Bonne-Efpérance. 
Quelque jugement qu’on en porte, obferve le Pére le Comte, il eft certain 
qu'ils ont eu fort anciennement des Vaiffeaux très-forts, & que s'ils n'a- 
voient pas plus perfectionné la Navigation que les autres Sciences, non-feu- 
lement ils l’entendoient beaucoup mieux que les Grecs & les Romains, mais 
qu'aujourd'hui méme ils ne naviguent pas moins sûrement que les Portu- 
gais (0). 

Leurs Vaifleaux, qu'ils appellent du nom commun de Chuen, comme leurs 
Bateaux & Barques, ont été nommés par les Portugais, Soma ou Sommmas (p), 


| fans qu'on puifle pénétrer l'origine de ce nom. Les plus grands ne portent 


pas plus de deux cens cinquante ou trois cens tonneaux. Ce ne font propre- 
ment que des Barques plates, à deux mts. Leur longueur eft de quatre- 


| vingt ou quatre vingt-dix pieds. L'Avant n’a point de bec ou de proue. Il 
| s'élève dans la forme de deux aîles ou de deux cornes, d'une figure fort bi- 
A zarre. L'arrière eftouverc par le 1nilieu , pour contenir le gouvernail & 
le mettre à couvert du battement des vagues. Ce gouvernail n'a que cinq 
: ou fix pieds de largeur, & ne tient au Bâtiment que par le moyen de quel. 
à ques cordes. 


| les (g). Avec le grand mât, ils en ont un d'avant, & quelquefois un petit - 


Les Vaifléaux Chinois n’ont ni mâts de mifène, ni beaupré, ni écoutil- 


perroquet 


(a) Chine du Père du Halde, pag. 334 dit que la forme n'eft pas fi belle qu’en Eu- 
& fuivant.s. rope. 

(o) Mémoires dela Chi ie du Père le Com- (q) Angl. les Vaiffcau Chinois n'ont ni 
te, pag 231. atimon, nibeaupré, niamats de hune. R. d, E. 

(p) On les appelle aufi ‘oncs, Le Comte 


CoMMERCS 
DE LA CHINE, 
En quoi il 
confifte au- 

jourd'hui. 


Or de la 
Chine. 


Ses quali- 
tés. 


Drogues & 
autres Imat- 
chanlifes de 
la Chine. 


La naviga- 
tion des Chi- 
nois eft fort 
ancienne. 


Forme &° 
qualités de 
leurs Vaif 
feaux, 


nn ee 2e ete ed dotée à ne og 


NAVIGATION 
Les Cuinois. 


l'orme de 


_ leurs voiles. 


Gomme.exe 
cellente dont 


Icurs Vaifre- 


aux font ca! 


fatés. 


Coïnment 
les Chinois 
Haviguent, 


Vaiffeaufur 
lequel le Père 
le Comte par- 


tit de Siam, 


88 VOYAGES DANS LEMPINAE 


perroquet qui n’eft pas de grand ufage. Le grand mât, ou le mât de mat. 
tre, eft placé près du mât d'avant, qui eft fort reculé vers la proue. La pro. 
portion de l’un à l’autre eft ordinairement de deux à trois, & la longueur du 
grand mât revient aux deux tiers de celle du Vaiffeau. 

Leurs voiles font compofées de nattes de bambou, divifées en feuillets 
comme un Livre , & jointes par des cannes de bambou. Elles s'ouvrent com- 
me un Paravent. Au fommet eft une piéce de bois, qui fert de vergue; & 

u pied, une forte de planche, large de plus de douze pouces fur cinq ou fix 
d'épaifleur, qui tient la voile ferme, [ lorfqu'on veut la hiffer, ou qu’on Veutyh 
la ramafñlér. ] En général, les Vaiffeaux Chinois ne font pas bons voiliers. Ils 
prennent plus de vent que les nôtres, à caufe de la roideur des voiles, 
qui ne cedent point à l’imprefion du fouffle ; mais leur forme, qui n’eft 
pas fi commode, leur fait perdre l'avantage qu’ils ont de ce côté-là fur les 
r.Ôtres. 

Les Vaifleaux Chinois ne font pas calfatés, comme en Europe, avec de la 
poix & du goudron, mais avec une efpéce particulière de gomme, d'une bonté 
fi fingulière , qu’un ou deux puits, pratiqués au fond de calle, fuffifent pour te- 
nir le Vaifieaufec. Auffiles Chinois n'ont-ils point eu jufqu’à préfent l'ufage des 
pompes. Leurs ancres ne font pas de fer comme les nôtres; elles font d’un 
bois que la dureté & fa pefanteur ont fait nommer bois de fer. Ils préten- 
dent qu’elles font meilleures que celle de l'Europe, parce qu’elles ne plient 
jamais. Cependant leur ufage ordinaire eft de les-armer de fer. | 

Les Chinois n’ont à bord, ni Patron, ni Pilote, Ceux qui frettent -un 
Vaifléau font leurs propres guides (r); mais la plûpart n’entendent pas mal 
la Navigation, fur-tout au long des Côtes; car l’Auteur ne leur accorde pas 
tant d’habileté en haute Mer. Ils tournent la proue de leur Vaifleau vers le 
lieu pour lequel ils mettent à la voile, & tiennent courfe fans confidérer les 
variations du vent, cette négligence vient fans doute de ce qu'ils entrepren- 
nent rarement de longs vcyages. Cependant (s) ils ne font pas mauvais 
Matelots lorfqu'ils y apportent tous leurs foins, 

LE Vaifleau fur lequel le Père le Comte & d'autres Jéfuites firent voile de 
Siam à la Chine, en 1687, étoit de cent vingt tonneaux, chacun du poids 
de deux mille livres. La forme de ce Bâtiment n'étoit pas fans beauté, à 
l'exception de l'avant, qui étoit plat &-fans bec. Les mûts reffembloient 
peu aux nôtres par la difpofition, le nombre & la force. Le grand mât étoit 
placé prefqu’au même endroit où nous plaçons nôtre mât d'avant. [ Ilsavoients 

our étay & pour haubans, un fimple cordage, qui fe tranfportoit de bat bord 
à ftribord, pour être toûjours amarré au deflus du vent. ] Cependant il y avoit 
un Beaupré & un Mifene (+), celui-ci placé à la gauche du Vaiffeau ; mais fi petits 
l'un & l’autre qu’à peine méritoient-ils le nom de mâts. En récompenfe, le 
grand étoit fort gros à proportion de la grandeur du Bâtiment; & pour le for- 
tifier, on l’avoit revêtu de planches depuis la contrequille jufqu’au fecond 
pont. À la pointe du perroquet il avoit (v) deux piéces de bois, pété & 

ongués 


(r) Angl. Ce font les feuls Timoniers qui Du Halde, ubi fuprè, pag. 327. & fuiv. 
conduifent le Vaiffeau & commandent la ma- (t) Angl. & un artimon. R. d. E. 
nœuvre. K. d. E. (v) Angl. au-lieu de mats de hune , ila- 


(s) Mémoires du Père le Comte, pag. 23. voit &c. R. d. E. 


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. & fuiv. 
d. E 


le hune , ila- 


DE LA CHIN'E, Liv. I. Cuar. N. 89 


iongues de fept ou huit pieds, qui étoient attachées avec des chevilles au fom- 
met du grand mât, & qui fe juignoient enfemble par l'extrémité fupérieure. 
Il avoit deux voiles, mais toutes deux.de nattes. La hauteur de celle du grand 
mât étoit d'environ quarante-cinq pieds, fur vingt-huit ou trente de largeur. 
La feconde étoit proportionnée au mät qui la portoit. Elles étoient garnies, 
des deux.côtés, de plufieurs rangées de bambous, placées dans leur largeur, 
qui excédoient de près d'un pied le bord extérieur, & de quelque chofe de 
plus le bord voifin du mât (x). Elles y étoient attachées avec une forte d’an- 
neaux qui occupoient environ le quart de leur largeur, du côté oppofé à celui 
des bras ou des crochets; de forte qu’elles étoient divifées par le mât ca deux 
parties fort inégales, & que les trois quarts étoient du côté des bras (y). 
Ainfi chaque voile pouvoit tourner fur fon mât comme fur un gond, & cou- 
rir facilement vers l'arrière environ de trente-fix points, ce qui étoit néceffai- 
re pour revirer, portant.tantôt fur le mât, tantôt fur les anneaux feulement. 


Du [ Les Vergues y fervoient de ralingue par le haut: un gros rouleau de bois, 


égal en grofleur à la vergue, faifoit le même office par le bas. Cerouleau fer- 
voit à tenir la voile tendue; & afin qu'il ne la déchirât pas, il étoit foutenu 
en deux endroits par deux ais, qui étoient fuspendus chacun par deux amar- 
res, lefquels defcendoient du haut du mât à cet effet. Chacune de fes voiles 
n'avoit qu'une écoute, un couet, & ce-que les Portugais nomment aragnée, 
qui eftune longue fuite de petites manœuvres qui prennent le bord de la voile 
depuis le haut jufqu’au bas, à un ou deux pieds de diftance les unes des au- 
tres, & dont toutes les extrémités s’amarroient fur l'écoute, où elles faifoient 
un gros nœud. Ces fortes de voiles fe plient & fe déplientcomme des paravens. 
Quand on vouloit hifler la grande voile, on fe fervoit de deux virevaux & 
de trois drifles, qui pañloient fur trois rouets de poulies enchaflées dans la té- 
te du grand mât. Quand il étoit queftion de l'amener, ils y enfonçoient deux 
crocs de fer, &.aprés avoir largué les driffes, ils en ferroient les différens 
pans, à diverfes reprifes, en hälant avec force für les crocs.] Les agrès 
étant mal conftruits., demanderoïient tant de tems pour être remis en or- 
dre, que pendant le calme, les Chinois laïiffent leurs voiles déployées au ha- 
zard. Le poids énorme d’une voile, joint à l’action du vent qui agit fur le 
mât, mettroient la proue fousl’eau, fi les Chinois ne remédioient à cet inconvé- 
nient par le foin qu'ils ont de charger beaucoup plus leurs Vaiffeaux fur l’ar- 
rière. .Auffi, lorfqu’un Bâtiment eff à l’ancre, la proue eft entièrement hors 
de. l’eau, tandis que l’arrière y eft fort enfoncé. La largeur des voiles Chinoi- 
fes & leur fituation vers la proue, donnent fans contredit beaucoup de vîtef- 
fe à la courfe d’un Vaifleau lorfqu'il fuit le vent (3); mais avec un quart ou 
d’autres portions de vent, .il eft jetté néceffairement hors de fa direétion; fans 
parler du rifque qu’il court toûjours lorfq’il eft furpris par quelque tourbillon 
fubit. Dans le beau tems, outre la voile de Beaupré & celle du Perroquet, les 

Chinois 


ou crochets, font les écoutes. R. d. F. 

(3) Rechteren dit que les Joncs vont auñfi 
vite que le vent, parce que leurs voiles font 
plattes & ferrées. Les Vaiffleaux Hollandois, 
dit-il, ne peuvent les Suivre, 1l ajoûte qu'ils 
revirent avec beaucoup de facihté, 


(x) Angl. Fes étoient garnies des deux 
côtés de pilufieurs rangs de bambous, cou- 
chés fur la largeur de la voile, à un pied près 
les uns des autres en dehors, & beaucoup 
moins ferrés du côté des mâts. KR. d, E. 

(y) Ce que le Traduéteur appelle ici bras 


VIIL Part. ‘M 


NAVIGATION 
DES CHiNois. 


NAVIGATION 
pes CHiNoïis. 


Compofition 
du Gouver- 


nail 


Ses avanta- 


Aa 
ges. 


Somas, ou 
Mettifas 
Vaiffleaux 
Chinois. 


Bouflole de 
la Chine, 


Jfage qu’en 
font les Chi- 
nois. 


2° VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Chinois employent [un grand coutelas qui fe met au côté de la voile qui efty. 


fans écoute ] des bonettes, & une voile quarrée fur le mât de mifène (a). 
Toutes ces voiles d'augmentation font de toile. 

La éhambre, où le Gouvernail eft renfermé , fe trouve formée par les deux 
côtés de la poupe, qui, laiffant une ouverture aflez large en dehors, fe rap. 

rochent en dedans vers un angle aigu, dont la pointe eft coupée pour laif 
fer un jeu libre au gouvernail. Les deux cables qui foutiennent le Gouver- 
nail font roulés autour d'un cabeftan , placé fur la plus haute partie de 
l'arrière , d’où le gouvernail fe lève & s’abaifle facilement. Deux autres ca. 
bles (b) pañfant fous le Vaifleau, s'avancent jufqu'à l'avant de la proue, au- 
quel ils tiennent aufli par le moyen d'un cabeftan, & fervent encore à faciliter 


le mouvement dy Gouvernail [ en tenar’ lieu des gonds qui attachent les nô-;#= 


tres à l’eftambord.] L’Auteur décrit plufieurs autres inventions, qui augmen- 
tent fa mobilité, où la force de celui qui en a la conduite. 
de fept à huit pieds de long, fans manivelle & fans poulie; pour augmenter 
la force du Timonier. Quatre manœuvres attachées deux à chaque bord du Vaif- 
feau & dont une de chaque côté fait quelques tours fur le bout de la barre, 
fervent au Timonier à le tenir en état.] 

UX Gouvernail de cette nature ne fe fent prefque point dans un grand Vaif- 
feau, parce que les cables prétent facilement, & que leur tremblement conti- 
nuel le fait comme voltiger. Mais de-là vient auffi l'extrême difficulté de tenir 
le Vaiffeau ferme fur le méme vent. Les Chinois ont commencé à faire des 
Somas, nommés aufli Meflilas, parce qu’ils y fixent les gouvernails à la ma. 
nière de l’Europe, fans rien changer d'ailleurs à l'ancienne forme. Le Roi de 


Siam en a fait conftruire quelques-uns de fept”ou huit cens tonneaux, qui font 
les plus grands qu'on ait jamais vûs de cette efpece. 


Ox n'a point, à la Chine, l'ufage de la Bouflole ou du Compas de Mer. 
Les Chinois employent, pour régler leur courfe, une Carte fort fimple. Le: 
bords de la boëte font divifés en vingt-quatre parties égales, qui marquent les 
points ou les vents, & qui font placées fur un lit de fable; moins pour affû- 
rer (c) l'aiguille contre l'agitation du Vaïfleau, que pour y brûler des pañtil- 
les dont ils la parfument continuellement. Ils lui offrent auili des vivres, en 
forme de facrifice. 

Sx1 les Chinois ont découvert avant nous la Bouflolc, comme plufieurs E- 
crivains l’affûrent, ils en ont tiré jufqu’à préfent peu d'avantage. Leur métho- 
de eft de diriger la proue du Vaifieau vers le lieu où ils veulent arriver, par 
le moyen d’un fil de foie qui divife la Carte en deux parties égales, du Nord 
au Sud. Ils s’y prennent de deux manières. Par éxemple, s'ils veulent faire 
voile au Nord-Eft, ils mettent le rhumb paralelle à la-quille du Vaiïflkau, & 
tournent enfuite le Vaifleau jufqu'à ce que l'aiguille fe trouve parallele au fil; 
ou, ce qui revient au même, mettant le fil parallele à la quille, ils tournent 
la pointe de l'aiguille au Nord-Oueft. L’aiguille de leur plus grand Compas de 
Mer n'a pas plus de trois pouces de longueur. Sa figure, d'un côté, vue 

R orte 


nois n’avoient aucune notion de la variation 
& de la déclinaifon de l'aiguille, avant que 
les Miffionaires les en euffent convaincus par 
des expériences. Ubi Jup. pag. 229. 


(a) Angl. fur le mât d’artimon. R. d. E, 

(b}) Ces deux cables tiennent apparem- 
ment au bas du Gouvernail. 

(6) Le Père le Corte affüre que les Chi- 


CI y a une barre 


qui en 
pas ce 
d’aille 
fés. 
plaque 
ratan, 
L'E d 
prenan 
(ol: & 
& }e C 
Cepcrd 
nie enti 
fervatio 
Soidats 
chandife 
appartel 
divifé e 
diligens 
pour en 
l'emport 
que fur 
tion, de 


-conduife 


L'INr 
fe de me 
ges que « 
crainte. 
ils remor 
qui coule 
pendant 
rans d'un 
Il s’en trc 


qui reffemb} 
l'Hifioire A 


qui eftyin 
1e t% 


les deux 

fe rap- 
our Jaif 
Gouver- 
artie de 
utres Ca- 
pue, au- 
| faciliter 
it les nô-}> 
augmen- 
ane barre} 
agmenter na 
d du Vait- 
la barre, 


rand Vaif- 
ent conti- 
é de tenir 
_fure des 
; à la ma- 
Le Roi de 
, qui font 


s de Mer. 
ple. Les 
rquent les 
pour aff- 
des paftil- 
nivres, en 


ufeurs E- 
ur métho- 
iver, par 
du Nord 
lent faire 
difleau, & 
le au fil; 
s tournent 
ompas de 
s, eftune 

forte 


la variatiof 
, avant que 
vaincus pit 
29. 


DE LA CIIINE, Liv. IL Car. lf. 


ÿi 
forte de fleur de lys, & de l’autre, un Trident. Toutes les aiguilles aimantées 
des Chinois fe font à Nangazaqui, Port du Japon. . 

Le fond-de-calle, dans le Vaiffeau du Pére le Comte, étoit divifé en cinq 


ou fix chambres, féparées par de grofles cloifons de bois. Au-lieu de pompe 
iln'y avoit qu'un puits, au pied du grand mät, d’où les Matelots AE ae 
avec des feaux de cuir, Quoique la Mer fût trés-groffe & le Vaiffeau fort char- 
gé, les planches en étoient li fortes & fi bien calfatées, qu'il n’y entroit pref. 
que point d’eau. 

Le goudron d2s Chinois eft une compofition de chaux, d'huile, ou plûtôt 
de réfine, qui diftilie d'un arbre nommé Zong-chu (d ) & d'Okam (e) bin 
bou, Lorfque cette compofition eft féche, on la prendroit pour de la chaux, 
qui en cit la principale matière. Elle eft plus nette que notre goudron, & n'a 
pas cette odeur défagréable qui régne fur les Vaifleaux de l'Europe Elle eft 
d'ailleurs à l'épreuve du feu, auquel le goudron & la poix font fans cefle expo: 
fés. Les ancres étoient de bois; mais les deux branches étoicnt couvertes de 
plaques de fer. Tous les agrès, aufli-bien que les cables, étoient de cannes de 
ratan, ou-d'écorce de Coco, que les Portugais appellent Cairo. 

L'EQuiPAGE du Väaifleau confiftoit en quarante-fept hommes, en y com- 
prenant les Officiers. L'unique emploi du Pilote étoit de veiller ‘fur : bouf- 
fol: & de régler la courfe. Le Patron dirigcoit la manœuvre du Vaifleau 
& le Capitaine prenoit foim des provifons, fansentrer dans aucun autre foin. 
Cependant tout s éxécutoit avéc une promptitude furprenante. Cette harmo- 
nié entre les Chinois d'un Vaifleau, vient de Fintérét qu'ils ont tous à fa con- 
fervation, parce qu'ils ont tous quelque part à fa cargaifon. Officiers & 
Soidats, chacun a la liberté de mettre à bord une certame quantité de mar 
chandifes, & cette permiflion leur fert de paye. Chacun occupe auñi fon 
appartement particulier, dans l’efpace qui eft entre les ponts & qui fe trouve 
divifé en différentes cabines. En un mot, conclut l’Auteur, les Chinois font 
diligens, attentifs & laborieux. Il ne leur manque qu’un peu d'expérience 
pour en faire d'habiles gens de (f) Mer. Mais quoique les Européens 
l'emportent beaucoup fur eux dans la Navigation fur Mer, il faut enteee 
que fur les Rivières & les Canaux ils ont une adreffe particulière à leur Na- 
tion, dont nous fommes fort éloignés. Un petit nombre de leurs Bateliers 


-conduifent des Barques aufi grandes que nos Vaiffeaux. 


L'inpusrrie avec laquelle ils naviguent fur les torrens', a quelque cho- 
fe de merveilleux & d'incroyable. Ils franchiffent intrépidement ne affa- 
ges que des gens moins hardis ne peuvent regarder fans quelque mar: e de 
crainte, Sans parler des chûtes d'eau qui fe trouvent fouvent dans un ces l 
ils remontent à force de bras d'un canal à l'autre. La Chine a des Rvidres 
qui coulent, ou plûtôt qui fe précipitent ; au travers de quantité de rochers 
pendant l'efpace de foixante ou quatre-vingt lieues, -& qui forment des cot 
Le d'une rapidité extrèéme, auxquels les Chinois donnent le nom de Chans. 
s'en trouve dans diverfes parties de l'Empire, & l'Auteur en vit plufeurs 
dans 
(4) Cet arbre diftile une efhèce d'huile 


qui refemble aflez au vernis, Fuyez ci-après 
l'Hifioire Naturelle, 


(2) ane Fe Filafe. R. d. E. ! 
) Chine du Père du Halde, pag. 92! 
& fuivantes. mi és is 


M 2 


NAVIGATION 
DES CHinNots. 
Fond-de- 
calle & Pouys 

A bel : 
des Vaif 
feaux. 


Goudron da 
la Cine, 


Equipare 
des Vaif- 
feaux. 


Paye des Of- 
ficiers & des 
Matelots. 


Jugement 
fur leurs qui- 
lités pour là 
Navigation. . 


Leur intré- 
pidité fur les 
Torrens, qui 
font coim- 
muns à la 
Chine. 


NAVIGATION 
pes CuiNois. 


Paffage fort 
dangereux, 


Habileté 
des Chinois 
dans les plus 
grands périls. 


dans le voyage qu'il fit de Nan-chang, Capitale de la Province de Kyangfi , 
jufqu'au célèbre Port de Canton. Sa Barque fut emportée par un de ces cou 
rans avec une fi étrange violence, que tout l'art des-Matelots n'ayant pû s'y 
oppofer, elle fut abandonnée au mouvement de l'eau, qui-la fit pirouetter 
long-tems dans un grand nombre de détours formés par les Rochers. Enfin, le 
Gouvernail s'étant brifé contre ur:-de ces écueils (g) qui ne fe montroit qu'à la 
furface de l'eau, la Barque fut jettée fur-le Roc même, oùelle demeura immo. 
bile. Mais fi le coup eut porté fur les flancs au-lieu de porter fur l'arrière, el. 
le étoit perdue fans reflource avec les Paffagers. 

Dans la Province de Fo-kyen, où l'on pañfe de Canton & de Hang-cheu; 
on eft expofé pendant neuf ou dix lieues (b) au danger de périr. Les fauts y 
font continnels, & brifés par des milliers de pointes qui laïffent à peine l’efpa: 
ce néceflaire pour le plage d'une Barque. Ce ne font que détours, où les 
torrens contraires qui s’entreheurcent pouflent les Barques avectoute la rapidi- 
té d'unefléche. On eft toûjours à deux pieds des écueils, & menacés de fe 
voir précipiter fur l’un en voulant éviter l'autre. Il n'y a que les Chinois au 
monde qui foient capables de furmonter des obftacles de cette nature; & leur 
adrefle même n'empêche pas que les naufrages n’y foient. fort communs. Il 
doit paroître étonnant que toutes leurs Barques n’ayent-pas lemême fort. Quel: 
quefois elles font en piéces, & tout l’Equipage enfeveli. miférablement dans 
les flots, avant qu'on puiffe s’imaginer ce qui les a fait difparoître. Quelque- 
fois en defcendant les fauts des rivières, une Barque plonge & s'enfonce par 
la proue, fans pouvoir fe relever. En’un mot, eh alles font fi dange: 
reux, que fi l’on en croit le Père le Comte, il ne vitjamais la mort de fiprès, 
pendant dix ans de navigation fur les Mers les plus orageufes du Monde où il 
fit plus de douze mille lieues, que pendant dix jours qu’il employa dans une 
Barque à traverfer ces affreux torrens. 

Les Barques Chinoifes font A HE d'un bois fi léger, qu'elles en font 
beaucoup plus faciles à ménager, Elles font divifées en cinq ou fix apparte- 
mens par de.fortes cloifons ; de forte qu’en heurtant contre un Xocher, il n'y 
a guères plus d’une divifion: qui fe rempliffe d'eau, & que les autres demeu- 
rant impénetrables, on a le tems néceflaire pour boucher les ouvertures. Dans 
les endroits: aù le courant eft fort:rapide fans avoir beaucoup de profondeur, 
fix Matelots placés au:long de la rive, c'eft-à-dire, trois de chaque côté, fe 
fervent de longs.pieux enfoncés dans: l'eau & de cordes qu'ils attachent à la 
Barque pour rallentir fon mouvement. Ainfi: quelque rapide que puiffe être ke 
torrent, pourvu que fon cours foit uniforme, on y avance aulfi lentement que 
für la rivière la plus calme. Dans les tournans, on employe un double Gouver- 
nail, de la forme d’une rame, & long de quarante ou cinquante pieds. L'un 
eft à la Proue, l’autre à la Poupe.: Tout dépend du jeu de ces deux machines, 
Les mouvemens &.les fécoufles qu’on donne à la Barque, font infinis dans leur 
nombre & leur variété. -C'eft donc un manége plûtôt qu'une Navigation; [un 


cheval eft moins agité par la main de celui qui.le monte, qu'une barque ne 
l'eft 


aux Bateliers. Chinois, . 
re D Angl, pendant neuf ou dix jours 
. @ E. p 


(g) Cette avanture prouve fort bien que 
les voyageurs ne doivent pas s’expofer légère- 
mer à de tels dangers, mais elle eft uñe foi- 
ble preuve de l'habileté que l’Auteur accorde” 


Kyangi , 
le ces cou: 
int pl s'y 
pirouetter 
Enfin, le 
roit qu'à la 
ura immo- 
rrière, el: 


lang-cheu ; 
Les fauts y 
ine l’efpa: 
rs, où les 
> la rapidi- 
acés de fe 
Chinois au 
es; & leur 
muns. Il 
ort. Quel: 
ment dans 
Quelque- 
fonce par 
: fi dange: 
de fi près, 
onde où il 
dans une 


es en font 
x apparte- 
1er, iln'y 
es demeu- 
res. Dans 
ofondeur , 
* côté, fe 
hent à la 
iffe être le 
ement que 
e Gouver- 
ds. L'un 
machines, 
‘dans leur 
ion; [un 
barque ne 
l'eft 


dix jours. 


EE == 


VERS SES SORTES DE = RARQVEN 
TOUT INERSC E SOORT - | 
Le, L ÉRSCHEID : AN VAARTUIGE 


FPE 


N feize pi 
D peuarr 


#1) 
Al 


À Barqurs $s nt DRAGON. EL - Æ 


= | étoffes 
h porter, 

| Chaque 
| le quart 

| font pa; 
} ceux qu 
| Ÿ de Peki 
D roît pet 


de lEmpe 
quatre. vin 
Dés ; &e 


 SERPENTor DRAAK-BARK, uit Nievuor. 


DE L'A CHINE, Liv. Il Cuapr. I. 93 


l'eft par des Matclots Chinois. ] Aufñfi les Barques périflent-elles moins faute Navrcarrox 
d’adrefle & d’habileté que de forces; ce qui fait juger à l’Auteur que files Des Carnous. 
Chinois avoient feize hommes d'équipage au-lieu de huit, ce malheur feroit 

beaucoup plus rare (i). Er 

LE nombre des grandes Barques eft fi prodigieux fur toutes les rivières & Mel 
& fur tous les canaux, particulièrement dans les Provinces Méridionales, qu'il EAU Combe 
eft impoñlible de le compter. Elles font quelquefois fi fertées l’une près de l'au-  & leur beau. 
tre pendant trois quarts de mille, qu’on n’en feroit point entrer fäns peine uné t* 
nouvelle dans le rang: Mais ce qui charme véritablement les yeux, c’eft là  Barques In. 
multitude des Barques Impériales, qui font divifées en Efcadres, dont chacu- périr'es, 
ne eft commandée par un Mandarin. On prétend que celles qui font employées 
à porter les tributs & les provifions des Provinces à la Cour, montent feules à 
(k) dix mille. Cependant les Infpeéteurs du tranfport des marchandifes, qui 
ont l’occafon continuelle de les compter à leur pañage, affürent qu’ils n’en 
ont jamais vû plus de quatre ou cinq mille. Mais ce nombre même eft furpre- 
nant , quand on confidère leur ufage & leur grandeur ; car la plûpart font du 
port de quatre-vingt tonneaux (/). 

ON diftingue trois fortes de Barques Impériales: 1°. Les Leang-tchou , où Er 

Barques de provifion. 20. Les Long-i-tchou, ou Barques de l'habit du Dragon. ques Inpéria- 
g°. Les Tjo-chuen, qui fervent à tranfporter les Mandarins employés par la les. 
Cour. Rien n’approche Ge ces Bâtimens pour la propreté. Ils font peints, do- 
rés, embellis de figures de Dragons, & vernis au-dehors comme au-dedans. 
Ceux de grandeur médiocre, dont l’ufage eft le plus fréquent, ont plus de 
feize pieds de large & quatre-vingt de long, fur neuf de profondeur depuis le 
pont. Leur forme eft plate & quarrée, à l'exception de l'avant, qui eft un 
peu arrondi. ‘ 

Les Leang-tchouens, ou les Barques de provifions, font d'une largeur égale 
depuis l'avant jufqu’à l'arrière. On s’en fert pour le t:anfport des provifions , 
de chaque Province à la Cour. Magalhaens fait monter leür nombre à dix mil- 
le. Elles ont leur château-d’avant & leurs ponts, avec une falle ou une caba- 
ne + centre, comme cellés des Mandarins; mais qui n’eft pas tout-à-fait fi 
grande. | 

Les, Long-y-tchouens, ou les Barques de habit du Dragon, c'eft-à-dire , des ee 
étoffes de l'Empereur, parce que fes armes font des Dragons, fervent à tranf | 
porter, des Provinces à la Cour, les brocards & les autres piéces de foie (#1). 

Chaque Barque ne fait qu'un voyage dans le cours de l’année, & ne porte qué 
le quart de la cargaifon qu’elle peut contenir. Les appointeméns du Patron 
font payés par le Tréfor Royal, fuivant la diftance des lieux. Par éxemple, 
ceux qui viennent de la Province de Kyang-fi, qui eft à plusdetrois cens lieues 
de Peking, reçoivent cent-lyangs ou centtaëls. Cettefomme, à la vérité, pa: 
roît petite pour une fi graude dépenfc. Mais le Patron cit PSCNTARE pa là 

| iberté 


je l NURENNNNNR = 


TT EL NL 


D ion sde éd 


Leanz- 
houens. 


are pe 


de 


BRUN be 


(à) Mémoires du Père le Comte, pag. faire le compte rond. 
233. 235. (4) Chine du Père du Halde, pag, 18 & 
(&) Le Comte dit que pour le feul fervice 327. 
de l'Empereur on en tient neuf mille neuf tens (my Magalhaens, pag. 129. & fuivantes. 
quatre-vingt dix-neuf toûjours prêtes & équi- Du Halde, pag. 327, 
MIT pées, & que les Chinois difent dix mille pour 


M 3 


NAVIGATION 
LES CHINOIS, 


"Tfo-tchuens. 


- Defcription 


des Tfo- 
tchuens par 
Du Halde. 


Vitres Chi- 


noifes. 


Diverfes for. 
es drames, 


VOYAGES DANS L’'EMPIRE 


liberté qu'il a de prendre des Paffagers & des marchandifes, qui font difpen. 
{és des droits de la douane (n). Suivant Magalhaens, le nombre de ces Bar. 
ques monte à trois cens foixante-cinq (0). 

Les T/o-tchuens font établies pour tranfporter les Mandarins dans leurs Gou- 
vernemens, & les perfonnes de diftinétion qui font envoyées de la Cour ou qui 
Ces Barques font plus hautes & plus étroites que les autres, 
Leur groffeur eft à peu près la même que celle de nos Vaiffeaux du troifième 
, dont le premier contient un appartement 
autre, & dont la hauteur eft de fept ou huit 

Un Mandarin peut y dormir, manger, écrire, recevoir des vifites, 
Il ne lui manque aucune des commodités de fon Palais. 
peut voyager plus agréablement que dans ces Barques, tous les Seigneurs don. 
nent la préférence aux voitures d'eau (r). 

Du Halde entre dans un plus grand détail. Outre le logement du Patron & 
de fa famille, qui confifle dans fa propre cabine, une cuifine & deux grandes 
chambres, l’une devant & l’autre derrière, chaque T/o-tchuen a fa falle, haute 
de fix ou fept pieds & large d'onze ou douze (s). Elle eft faivie d'une anti. 
chambre & de deux ou trois autres piéces, avec une garderobe fans aucun or- 
nement. Cet appartement, qui eft pour les Mandarins, eft tout entier fous le 
même pont (+). Il eft revêtu d'un beau vernis rouge & blanc. Les côtés-& le 
platfond font ornés de quantité d'ouvrages de fculpture, de peinture & de do- 
rure; les tables & les fiéges, vernis en rouge ou en noir. Des deux côtés, la 
falle a des fenêtres, qui peuvent être ôtées dans l’occafion. Au lieu de vîtres, 
on employe de fort belles écailles d'huîtres, ou des ctofes très-fines, glacées 
avec une efpéce de cire luifante, & embellies de fleurs, d'arbres & d'une 
grande varicté de figures. Le tillac cit environné de galeries, pour le palage 
des Matelots, qui évitent ainfi de fe rendre incommodes aux voyageurs. 

Sur cet appartement eft une forte de plate-forme ou de terrafle, ouverte 
de tous côtés, & réfervée pour la mufique, qui confifte en quatre ou cinq Inf- 
trumens. Deflous eft le fond-de-calle, divifé en quantité de petites chambres, 

.qui fervent pour le bagage. Les voiles reffemblent à celles des autres Bàtimens ; 
mais elles font plus commodes, parce qu'elles ferrent mieux le vent. 
leurs, les bras (vw) peuvent fe rompre fans qu'il y ait aucun danger pour le 
Les Chinois employent, pour la conduite de ces grandes Barques, 
une forte d'aviron, ou de picu long & épais, qui a d'un côté la forme d'une 
béquille, pour y appuyer plus facilement l’épaule. 
plufieurs formes, 


. peu di 


y font appellées. 


rang (p). Elles ont deux ponts (q 
complet, qui s'étend d’un bout à 


Comme on ne 


#2 


Ils ont auffi des rames de 
Mais les rames communes font une efpèce de pelle, qui 
a, vers Je milicu du manche, un trou pour recevoir les chevilles qui font fixées 
Il y en a d’autres dont les extrémités reflemblent à la 
[en ce qu'étant continuellement dans l’eau, elles la ]cou-f* 
pent obliquement à droite & à gauche, La méthode des rames eft d'autant plus 


au côté de la Barque. 
queue d'un poiffon, 


(n) Du Halde, ubi fup. 

(Co) Magalhaens, pag. 130. 
; (p) Le même Auteur dit qu'elles ont Îa 
forme des Caravelles, mais qu'elles font plus 
Le Conte ajoûte qu'elles font d'une 
Cgale largeur, d'un bout à l'autre, 


(q) LeComte, pag. 233. Du Halde, p 
286 


) Du Halde, pag. 337. 

) Onadit plushaut fept ou huit pieds, 
) On ne parle point ici de deux ponts, 
) C'eft-è-dire, les écoutes, R, dE, 


com 


rames 
elles 
contre 
des c 
Dans « 
trelafTe 
Entre 
ne au 
quelle 4 
l'efcort 
les dev 
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Ou 
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queue , « 
l'eau. C 
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(x) To: 
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(y) Du 
(3) Ma 


t difpen. 
ces Bar- 


curs Gou- 

ur OÙ qui 

es autres. 
troifième 
partement 
pt ou huit 
es vifites, 
me on ñ€ 
neurs don. 


| Patron & 
ux grandes 
lle, haute 
d'une anti- 
s-aucun Or- 
itier fous le 
côtés. & le 
re & de do- 
x côtés, la 
1 de vîtres, 
es, glacées 
es & d’une 
r le palage 
Deurs. 

e, ouverte 
ou cinq Inf- 
s chambres, 
Bètimens; 
nt. D'ail- 
ger pour le 
es Barques, 
orme d'une 
s rames de 
pelle, qui 
font fixées 
mblent à la 


autant plus 
commode, 


uit pieds, 
deux ponts, 
R. dE, 


les la ]cou-f* 


Halde, pag. 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. lil. 


commode, que de la manière dont les rameurs font rangés, ils tiennent fort 
peu de place dans la Barque. Lis font des deux côtés fur des planches. Leurs 
rames fervent de gouvernail & fe brifent rarement. Sans jamais fortir le l’eau, 
elles ne laiflent pas de poufler la Barque en avant, Mais lorfque le vent eft 
contraire, ou lorfqu'on remonte contre le courant, on tire les Barques avec 
des cordes, qui, dans quelques endroits, font de chanvre comme les nôtres. 
Dans d’autres lieux, elles font compofées de belles éclifles decannes, bien en- 
trelaffées, qui font extrêmement fortes & qui ne pourriffent jamais dans l'eau. 
Entre les Barques qui fuivent les grands Mandarins (x), il y en a toûjours u- 
ne au moins, qui fe nomme Ho-che-tchouen, ou Barque des provifions, fur la- 
quelle eft la cuiline avec tous les alimens. Une autre fert pour les Soldats de 
l'efcorte. Une troifième, beaucoup plus petite & plus légère, prend toûjours 
les devans pour donner avis de l'approche du Mandarin, & faire préparer tout 
ce qui lui eft néceffaire à fon arrivée (y). 

OurTre les Barques Impériales, on en voit un grand nombre , que les 
Chinois appellent Long-tchouen, d’une longueur prefqu’égale à ieur largeur, 
mais fort légères & fort petites en comparaïfon des premières. Elles appar- 
# tiennent à des Particuliers, qui louent les plus commodes aux Lettrés & aux 
perfonnes riches. On y trouve une belle cabine, avec un lit, une table & des 
chaifes. On y peut manger , dormir & recevoir des vifites, avec autant de 
commodité que dans fa propre maïfon. Les Marelots font logés à la Proue, & 
le Patron , avec toute fa famille , à la Poupe, qui fert aufli de cuifine pour ce- 
lui qui loue la Barque (+). Les Barques de Commerce, pour le tranfport des 
marchandifes, font beaucoup plus grandes. On en voit d’autres qui pourroient 
porter le nom de Galères, & dont on vante la commodité pour naviguer fur 
les rivicres, le long des Côtes de Mer & fur-tout entre les Îfles. Elles n'ont 


05 


NaAVISATION 
DES CHINOIS, 


Barques de 
cortège pour : 
les Manda- 
rins, 


Barques.de 
louage pour 
les Particu- 
liers, 


Barques de 
Commerce. 


Efpèce de 
Galères, 


pas moins de longueur que les Barques marchandes de trois cens cinquante ton- 


PA neaux; mais elles font fi plates (a) qu’à peine tirent-elles deux pieds d'eau. 
M Leurs rames, qui font fort longues, ne traverfent pas les côtés de la Barque, 
oomme en Europe; elles font placées en dehors, dans une pofition préfque pa- 
ralelle aux côtés; & n'ayant pas befoin de beaucoup de monde pour les re- 
muer, elles font avancer fort légèrement un Vaifleau (2). 

A l'égard des Barques ordinaires, on attache à la Poupe une efpéce de lon- 
gue rame, plus proche d'un côté de la Barque que de l’autre; & quelquefois 
on en place une autre à la Proue, dont on fe fert, comme un poiflon de fa 
queue, en la pouflant & la retirant, mais fans la lever jamais au-deflus de 
l'eau. Cette manœuvre produit un roulement continuel dans la Barque; mais 
elle a cet avantage, que le mouvement n’eft jamais interrompu, comme il 
l'eft néceffairement en Europe par la méthode de lever les rames (c). 

ENrin, la Chine offre de toutes parts une prodigieufe multitude de Bar- 
ques, qui fervent de demeure à des familles entières, avec plus de commodités 
| que dans les maifons de terre. Les plus petites ont, au-lieu de cabines, une 
hute 


(x) Tous les Quans ou les Mandarins ont 
de ces Barques de cortège. 

(y) Du Halde, ubi fup, pag. 286. 

(3) Magalhaens , pag. 190, Du Halde, 


pag. 327. 


(b) Du Halde, ébid. 


(a) C'eit à-dire fipeu profondes. R. d. E, 


Barques ot- 
dinaires. 


Barques qui 
fervent de 
maifons. 


(c) Mémoires du Père Ie Comte, pag. 234 ” 


made 


oo mm 


NAVIGATION 
DES CHiNois, 


Radeaux où 
Flottes de 
bois. 


Leur forme, 


& comment 
on les con- 
duit, 


sHôtellcries 


& Lits Chi. 
nois, 


96 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


hute de nattes légères, d'environ quatre pieds quarrés, où l’on eft à couver: 
de la pluie & des ardeurs du Soleil (d). 

Les Marchands de bois & de fel (e), qui font les plus riches de la Chine, 
employent au-lieu de Barques pour le tranfport de leurs marchandifes, une ef. 

éce de Radeau ou de Flotte. Magalhaens vit une de ces Flottes, compote 
d'un bois qui avoit été coupé, fur les montagnes de Se-chuen, Les troncs d'ar- 
bres font apportés fur les bords de la Rivière de Kyang, où l’on commence 
par les fcier en planches & en folives. Enfuite, perçant chaque piéce aux 
deux bouts, on les lie foigneufement enfemble avec de l’ofier fifcelé, pour en 
former des trains de cinq pieds de haut fur dix de large. La longueur n’a point 
de régle & s'étend quelquefois l'efpace d'une demie-lieue. Chaque partie du 
Radeau prête & fe remue auffi facilement que les chaînons d'une chaîne, 
Quatre ou cinq hommes, placés à la tête de cette grande machine, la con. 
duifent avec des crocs & des rames, & font aidés par quelques autres Mate. 
lots, qui fe diftribuent fur les côtés à d’égalesdiftances. Ils conftruifent, d’ef. 
pace en efpace, fur la fuperficie, des hutes couvertes de planches ou de nat- 
tes, qui leur férvent à mettre leur bagage à couvert, à préparer leurs vi. 
vres & à prendre leur repos. Ils vendent leurs bois & leurs hutes dans les 
Villes où ils pañlent ; & leur voyage eft de plus de fix cens lieues lorfqu'ils 


portent leur bois à Peking (f). 


(d) Du Halde, ubi [up. (f) Magalhaens, wbi fup. pag. 131 & Du 
Ce) Les Traduéteurs Anglois de Magalihaens Halde, ubi fupra. 
giettent Joie au lieu de Jel. À 


(."IFT. 
Coimodités Chinoifes pour les voyages €S les tranfports par terre. 


D’: chemins, entretenus aufi foigneufement qu'on l’a déja fait obfer- 
ver, doivent être également commodes pour les voyages & pour le 
tranfport. La multitude des Villages, qui font remplis de ‘Temples ou de 
Monaftères de Bonzes, offrent d'abord un foulagement confidérable aux Voya- 
geurs. Les hôtelleries font aufli en fort grand nombre ; mais à la referve des 
grands chemins, où la plûpart font très-grandes & trés-belles, on ne peut 
rien s’imaginer de plus miférable. : Les voyageurs font obligés de porter leur 
lit avec eux, s'ils ne veulent coucher fur une fimple natte. On n’a point à 
la Chine, fur-tout entre les gens du commun , l’ufage des draps & des cou- 
vettures, On s’envelope dans une piéce d'étofe , doublée de toile, où l'on 
eft quelquefois touc-à-fait nud, Ainfi les lits fe tranfportent aifément. La bon. 
ne chére répond au logement; car c'eft être fort heureux que de trouver un 
peu de viande ou de poiffon. Cependant la volaille & les Faifans fonc à très: 
bon marché dans divers endroits. En général, les hôtelleries Chinoifes font 
compofées de quatre murs de terre, qui ne font revétus d'aucun plâtre. Tour 
tes les folives du toît paroiflent à découvert, & fouvent elles laiffent pañage 


au jour par quantité d'endroits. Les chambres font rarement pavées , [ & quel 


ques fois elles font remplies de trous. ] Dans quelques Provinces, ces édifices 


font de fimple terre & couverts de rofeaux ; mais ils font bâtis de brique dans 
A les 


4 
EL 


, COUVCTE 


a Chine, 
‘une ef. 
"ompofée, 
ncs d'ar- 
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piéce aux 
> pOur En 
; n a point 
partie du 
1e chaîne. 
e, la con- 
tres Mate- 
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es dans Îles 
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PR 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IL 97 


hs grandes Villes, & la plûpart affez commodes. Au Nord de l'Empire on 
trouve une‘efpèce d'altoves, qui fe nomment Xans,  C’eft une grande eftrade 
de brique, -de toute la largeur de la chambre, avec un poîle au-deflous (a), 
& des nattes de rofeaux pour platfond. C’eft-là qu’on peut placer fon lit. 

LE foin qu'on a d'établir des gardes fur les grands chemins, à certaines 
diftances (), laifle peu de crainte aux voyageurs de la part des brigands. 
Les mauvaifés rencontres font très-rares, excepté dans les Provinces, voifines 
de Peking. Mais il n’arrive prefque jamais que les Voleurs joignent le meurtre 
au pillage. Ils ne penfent qu’à fe retirer adroitement, après avoir éxercé leur 
profeflion (c). D'ailleurs, la multitude des Pafläns fufit pour la sûrété des 
grandes routes. Un Miflionaire raconte que pendant pluficurs jours il fut fui- 
vi par un Voleur qui ne put trouver l'occafion de l’infulter, parce qu’il n’avoit 
pas plûtôt perdu de vûe une compagnie de voyageurs qu'il en paroifloit une 
autre. | 

SuivanrT le témoignage de tous les Miffionaires, le plus fâcheux & pref- 
que le feul inconvénient des Voyages, fur-tout en hyver & dans les Parties 
Méridionales dé la Chine, eft l’excès de la pouffière, parce que la pluie eft 
fort rare dans cette faifon. La terre eft alors fi féche & fi mobile, que dans 
un grand vent il s'en élève des nuées qui obfcurciffent le Ciel & qui coupent 
la refpiration. La multitude des Paffans & des voitures produit auffi le même 
cffet. On eft fouvent obligé de fe couvrir le vifage d’un voile, ‘ou les yeux de 
deux verres enchaflés: dans une bande de cuir ou de foie qu'on fe lie derrière 
la téte. cs Provinces Méridiohales ne font pas fujettes a ce défagrémenc, 
mais elles en ont un autre, qui eft le débordement des eaux, contre lequel on 
s’eft précautionné dans chaque Province par un grand nombre de ponts. 

La méthode la plus commune pour les voyages parterre, eft de marcher à 
cheval. Mais quoique les chevaux foient affez bons, ils demandent de l'atten- 
tion pour lés choifir. S'ils fe fatiguent fur la route, il n’y a point d’efpérance 
d’en pouvoir changer à la pofte, parce que tous les Chevaux de pofte appartien- 
nent à l'Empereur, & ne fervent que pour fes Couriers ou pour les Officiers 
de fa Cour. si 

Lorsque le chemin eft trop rude pour les chevaux ,; on trouve des 
chaïfes, que leur reffémblance avec celles des Mandarins a fait nommer (4) 
Quan-kyau.. Elles font peu différentes dés Fiacres de Paris, excepté qu'elles 
font plus grandes, plus hautes & plus légères. Elles font compofées de can- 
nes de hambou. crnifées :8m fnrme de treillagr, & liées enfcmble avec des 
cordes de ratan. On les couvre, du haut en bas, d'une piéce de toile peinte 
ou d’'étofe de foie, fuivant la faifon; & pendant la pluie, on y ajoûte un fur- 
tout de taffetas huilé. Si l’on n’a que deux porteurs, les deux bouts des bi- 
tons font paflés dans deux nœuds coulans, qui font attachés au corpsde la voi- 
ture & portent fur les épaules (e). Mais on fe fait fuivre ordinairement de 
huit hommes, qui fe relevent fucceflivement; 


+ 


S1 
(a) Voyez les Journaux précédens, que les Auteurs n'ont pas rapporté en entierle 
(D) Ibidem. ARE paffage de Du Halde, que parce que le Traduc- 
(c) Chine du Père du Halde, pag. 265, teur a mal rendu ce qu'ils difent; plütôt que 
Çd) C'eft-à-dire, Chaife de Mandarins. de corriger fes fautes nous raporterons les 
Ce) Cette defcription eftobfcure tant parce. propres termes de Du Halde; Îles voici, Si 


VIII. Part. N ES 9, P4 


Voracrs 
ET VOiTurgs 
PARTERREÉ, 

Alcoves de 
Provincés dy 
Nord. 

Sûreté des 
grands che- 
mins. 


Incommo- 
dité de la 
pouffière & 
du déborde: 
ment des 
eaux. 


. Chevaux de 
la Chine. 


Chaifes. 


| 
| 
À 
| 
| 


VOYAGES 
LT VOITURES 
PAR TERRE, 
Voyages noc- 
turnes aux 
flanbeaux, 


Tranfport du 
bagage, 


08 VOYAGES DANS LEMPIRE 


S1 l'envie de fe garantir de la chaleur fait choifir le temps.de la nuit pour 
voyager, fur-tout dans les Pays montagneux qui font infeltés de tygres, on 
loue, de diftance en diftance, des gardes avec des torches ,. qui fervent tout à 
la fois à bannir les ténébres & à répandre l'épouvante- parmi ces terribles ani- 
maux.. Les torches de voyage font compofées de branches de Pin féchées au 
feu, & fi bien préparées, que le vent & la pluie ne fervent qu'à les faire brû- 
ler plus vite. Chaque torche eft longue de fix ou fept pieds, & dure prés 
d’une heure, Mais il n’y a que les Mandarins & les Couriers de l'Empereur 


qui voyagent avec cette pompe, parce que leur fuite eft ordinairement affez 


nombreufe pour ne l-ur laiffer rien à craindre des T'ygres ni des Voleurs. 

UNE grande commodité des Chinois pour les voyages par terre, c'eft la 
facilité & la sûreté avec laquelle ils font tranfporter leurs bagages ou leurs 
marchandifes par des Porteurs publics, qui font en grand nombre dans toutes 
les Villes de l’Empire. Ces porte-faix ont leur Chef, à qui les voyageurs s’a- 
dreflent. On convient du prix, qui eft toûjours payé d’avance , & le Chef 
donne autant de billets qu’on lui demande de porteurs. Ils paroïflent à l’inf. 
tant-fur fon ordre, & c'eft lui qui répond de chaque fardeau. Lorfque les por- 
teurs ont rempli leur office, ils fe rendent chez lui, avec les billets qu’ils ont 
reçu des voyageurs, pour recévoir le prix de leur travail. Dans les Villes 
qui fe trouvent fituées fur les grandes routes, il y a quantité de Bureaux où 
les porteurs fe font infcrire, après avoir donné de bonnes..cautions; de forte 
qu'on peut s’en procurer trois ou quatre cens dans Foccafon. Leur Chef, à 
qui l’on ne manque point de s'adreflér, prend le mémoire de toutes les mar- 


chandifes qu’on veut faire porter, & reçoit autant par livre. Le prix commun 
q P , P L 


eft quatre fols & demi par jour chaque quintal. Il ne refte enfuite aucune 
peine aux Etrangers, parce qu’en livrant les fardeaux aux porteurs on leur 
donne à chacun le mémoire de ce qu’ils contiennent, &: qu’on peut fe rendre 
tranquilement au terme avec la certitude que toutes les marchandifés qu’on a 
confiées au Chef y feront délivrées fidellement,. dans le Bureau qui eft en cor- 
refpondance avec le fien. Le fardeau eft attaché avec: des cordes, au milieu 
d’une canne de bambou, qui eft foutenue par les deux bouts fur les épaules 
de deux hommes. . Mais fi le poids eft trop confidérable , on y employe 
quatre hommes & deux cannes de bambou, avec la liberté de changer 
tous les jours de porteurs & de leur faire faire chaque jour autant de chemin 
qu’on en fait foi-même.. Lorfqu'un feul porteur füffit pour le fardeau, il en 
diminue le poids en le divifanr en denv parrire égales. qu'il attache avec des 
cordes & des crochets, aux deux bouts d'une canne plate. Il pofe la canne 
fur fon épaule, comme une balance, qui fe. baifle & fe lève alternativement 
dans fa marche. Eft:il fatigué d’une épaulé? il tranfpofe adroitement la can- 

ne 


tion+- ainfi la remarque que les Auteurs An- 
glois ont faite & qui a été omife par le Tra- 
duéteur n'eft pas hors d'œuvre, ils difent que 
les Porteurs, doivent être rangés de façon qu’ils 
fe fuivent l’un l’autre, deux devant & deux 
derrière , & que la chaife eft fufpendue 
entr'eux de même qu'un fardeau que deux 
hours portent fufpendu à un feul levier, 


,, la chaife n’eft portée que par deux hom- 
» mes, les deux bâtons font appuyés fur leurs 
» épaules; fic'eft une chaife à quatre por- 
, teurs, les extrémités tant devant que der- 
rière font pañlées dans deux nœuds coulans 
d'une grofle corde forte & lâche pendue par 
,, le milieu àun gros bâton, dont les porteurs 
» foutiennent chacun un bout fur une épaule. 
On ne comprend pas aifément cette defcripe 


nouvel 
toient 1 
teur, l’ 
nomme 
élevés : 
-particul 


(f) À 


roué nai: 


& 
tes fembl 
fur le dev 
(b) Ü 
ent Taël 


it pour 
es, on 
t tout à 
les ani- 
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ire brû- 
re près 
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nt aflez . 
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1s toutes 
eurs $’a- 
le Chef 
t à l'inf- 
> les por- 
qu’ils ont 
es Villes 
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de forte 
Chef, à 
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comimun 
e aucune 
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fe rendre 
s qu'on à 
ft en cor- 
au milieu 
8. épaules 
employe 
changer 
e chemin 
au, il en 
avec: des 
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pt la can- 
ne 


uteurs Ân- 
as le Tra- 
 difent que 
façon qu'ils 
nt & deux 
fufpendue 
que deux 


eul Jevicre 


DE LA CHINE, Liv. IL Crar. ll. dù 


ne fur l’autre & fait ainfi dix lieues par jour, avec un poids de cent foixante 
livres de France. 

Dans quelques Provinces, on fe fert de mulets pour le tranfport des balles 
& des marchandifes, mais plus ordinairement de voitures , qui quoique fort 
grandes, n’ont qu'une feule roue (f) placée au milieu. Sur les deux bouts de 
l'effieu ; qui s’allonge des deux côtés, on place une claie, fur laquelle on met 
deux fardeaux d’égale pefänteur. La voiture eft poullée par un feul hoimmé; 
mais fi le poids excéde fes forces, on employe un autre homme, ou un âne; 
pour tirer par devant. Les effieux Chinois reffemblent aux nôtres, & la place 
de la roue eft devant, comme à nos brouettes (g). Mais l’ufage de ces voi: 
tures eft rare dans les voyages. Le prix commun du loyer d’une mule pout 
vingt-cinq jours, eft de quatre Lyangs & demi (b) ou de cinq au plus, fui- 
vant les différentes faifons & la cherté des vivres. Les mules de renvoi font 
à meilleur compte. Ces animaux font moins gros à la Chine qu’én Europe; 
mais ils font extrémemient forts. Leur charge ordinaire eft de cent quatre- 
vingt où de deux éens livres Chinoifes, qui font plus pefantes de quatre on- 
ces que celles de France. 

Les Douares, à la Chine, font moins rigoureufes que dans la plûüpart dés 
autres Pays. On n'y fouille perfoime, & rarement éuvre-t'on les paquets où 
les caifles. On n'y prénd même rien d'un voyageur qui fait quelque figure. Il 
paroît aflèz, difent les gardes, que Monfieur n'eft pas Marchañd. Au paflige 
de quelques Douanés, on lèvé les dfoits en nature, & l’on s'en rapporte au 
mémoire du Marchand. Dans d’autres lieux ; on fait payer autant pour tel poids; 
ce qui eft bien-tôt réglé. Le Xung-homême de l'Empereur (5) n'éxempte point 
des droits de la Douane. Cependant, par refpeét pour l'Empereur, on laiffe 
pañler fès Couriers fans leur faire aucune demande. La Douané de Péking eft 


- ordinairement plus éxaéte. 


Les malles ou les coffres des grands Officiers de la Coùr ne s'ouvrent ja- 
mais Elles poftent pour fnarque un fong-tyan, qui éft une bañde de papier, 
fur laquelle eft écrit le tems de leur départ, avec lenom & la dignité du Mai- 
tre. Anciennement les Douanes fe fermoient uné fois l’ännée, pendant le re- 
nouvellement du Mandarin, qui étoit changé tous les ans. (Ces Officés n'é- 
toient remplis que par des gens confidérables. Mais depuis douze añs, dit l’Au- 
teur , l'intendänce des Douanes appartient au Viceroï de chaque Province, qui 
nomme des Commis pour recevoir les droits. Cépendant quelques troubles , 
élevés à l'occañon du Commerce, ont obligé la Cour d'établir des Mändarinis 
particuliers pour les Douanes de Quang-tong &-de Fo-kyen (k). | 


(f) Angl. de voitures qui n’ont qu'une  fols. 
roué inais fort grande R: d. E, (5) Ceft-à-dire, Ordre pour voyager. 
(g) Angl. Les Chinois ont auffi des brouet- Voyez ci-deflus les Journaux des Miffio- 
tes femblables aux nôtres, & dont la roueeit  naires. PA 


fur le devant. R.'d. FE. CR) Chine du Père dit Iftlde, page 266. 
Ch) Un lyang, que les Portugais nom.  & fuivantés. : | 
ment Taël, fait environ fix fchellings quatre 


#hk 
# 


N 2 


VoTacrs 
ET VOITURES 
DES CHINors. 

Mulets & 
voitures À 
roues. 


Douanes de 
la Chine. 


Privilége des 
Grands Off- 
ciers dela 
Cour. 


Moxxnote, 
Poins er 
Mesures 
DE LA Cuir. 


Monnoie, 
Poids & Me- 
fures de la 
Chine. 

L'or eft mar- 
chandife, Sa 
proportion a- 
vec l'argent, 


… Fincffe de 
l'argent & fes 
degrés, 


Comment les 
Chinois les 
diftinguent, 


Leur mon- 
noie eft fans 
Coin. 


Inconvé.- 
ñient des lin- 
gots Chinois. 


Leur avan- 
tagc. 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


$. I V. 
Monnoie, Coin, Poids £ Mefures. 


Fa T & le cuivre font les feules monnoies courantes de la Chiie 
pour les néceflités de la vie & pour l’entretien du Commerce. L'or eft 
fur le même pied que les pierres précicufes en Europe. 1l s’achete comme les- 
autres marchandifes; & les Européens en tirent un profit d’autant plus confi- 
dérable, que, fuivant le Père le Comte, fa proportion avec la livre d'argent 
eft d'un à dix, au-lieu qu’en Europe elle eft d'un à quinze. Ainfi les Marchands 
y gagnent un.ticrs. 

L'ARGENT Chinois n’eft pas de la même fineffe. Comme on fixe en France 
la plus grande finefle de l'or à vingt-quatre carats, les Chinois divifent leur 
alloi en cent parties, qui font le plus haut degré de fineffe pour l'argent. Il 
s'en trouve néanmoins de quatre-vingt-dix parties & de divers autres degrés 
jufqu’a cent. Il s'en trouve même de quatre-vingt; mais qui paîle pour le plus 
bas, & qui ne feroit pasreçu dans le Commerce fans une augmentation de poids 
qui l'égale à la valeur del’argent de cours (4). Les Chinois prennent l'argent de 
France fur le pied de leur quatre-vingt-quinziéme degré. Cependant ceux qui 
entendent bien cette matière, jugent qu'il eft au plus du quatre-vingt-treiziè- 
me; de forte que dans cent onces de notre argent il y en a fept d'alliage; ou, 
ce qui revient au même, cent onces n'en valent que quatre-vingt-treize d’ar- 
gent fin. 

L'HABILETÉ des Chinois eft fingulière, pour juger de lafineffé de l'argent 
a-la première vûe. Ils ne s'y trompent prefque jamais. Le Comte leur attribue 
trois méthodes; 10. l’éxamen de fa couleur; 2°. celui de plufieurs petits trous 
qui-fe font au métal dans le creufet; 3°. divers petits Cercles que l’air forme 
fur la furface du métal, lorfqu'’il fe réfroidit après avoir été fondu. Si la cou- 
leur eft blanche, les trous petits & profonds, les cercles en grand nombre, 
l'un près de l’autre. & très-fins, fur-tout vers le centre de la piéce; l'argent 
paîle alors pour pur. Mais plus il manque de ces trois qualités, plus on y fup- 
pofe d’alliage (b). t-3{sl 

L’arGeNT monnoyé de la Chine n'eft pas frappé au Coin, comme en-Eu- 
rope. Îleft fondu en lingots (c), qui fe coupent en piéces, grandes ou peti- 
tes. fuivant l’occafou, & dun la valeur ef réglée par lé puide. Ces liupots, 
qui font de l'argent le plus fin, ne s'employent que pour le payement des form. 
mes. La difficulté confifte à s’en fervir dans les détails du Commerce. On eft 
quelquefois obligé d'en mettre le bord au feu & de. le rendre affez mince, en 
le battant avec le marteau, pour le compter facilement en-petites piéces ; d'où 
il'arrive que les payemens font toûjours la plus longue partie d'un marché. Les 
Chinois conviennent qu'il leur feroit plus commode d’avoir des monnoiës d’une 
valeur & d’un poids fixes. Mais alorsles Provinces, difent-ils, fereimpliroient 

de 


(a) Mémoires du Père le Comte, pag. 306 Bateau, & dit qu’ils font de différentes gran- 
& Du Halde, ubi fup. pag. 330. deurs & de diffé.ens poids, depuis un écu, 
(b) LeComnte, ibid. pag. 305. & füuiv. qui fait l’once, jufqu'à cent, 

(ce) Megalhacns leur donne la forme d'un 
F 


verfin 
différe 
points 
balanc. 


naftie de 
Miion: 
faivante 

LE n 
nomme 
de bona 
dont il € 
noie, qu 

Sous 
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taux. LIL 
terre cui 
les, qui 


(4) Du 
(e) Un 
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+ (f) L’A 
gent, qui 
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(g) C'e 
puilque da 


a Chine 
L'or eft 
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s confi- 
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1 France 
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Q ’ 
es d’une 
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ac 


ntes gran 
s un CU) 


DE LA CHINE, Liv. I. Car. IN. 101 


de faux-monnoyeurs, dont on n’a rien à redouter tandis que l’ufage de couper 

l'argent fera confervé. Comme il eft difficile qu’en le coupant tant de foisilne 

s'en perde quelques petites parties, les Pauvres s’attachent beaucoup à les re- 
cueillir, en lavant les. ordures qu’on jette des maifons dans les rues. Le peu 

qu’ils en-trouvent fuffit pour leur fubfiftance (4). 

La plûpart des Chinois portent fur eux, dans un étui fort propre, une pai- 
re de petites balances pour pefer l'argent. Elles font compofées d’un petit plat 
& d’un traverfin d'yvoire ou d’ébène, & d'un poids qui gliffe au long du tra- 
verfin. [Ce traverfin qui eft divifé en de très petites parties fur trois faces 
différentes, eft fufpendu par des fils de foie à l’un des bouts , en trois différents 
points, afin de pefer plus aifément toutes fortes de poids.] Cette efpèce de 
balance, qui rellemble affez à la Romaine, eft d'une jufteffe merveilleufe. IL 
n'y a point de monnoie, dépuis quinze ou vingt taëls jufqu’au fou, qui ne puif- 
fe être pefée avec une précilion furprenante. La millième partie d’un écu don- 
ne une pente fenfible à la balance. 

La monnoie de cuivre eft la feule, à la Chine, qui foit frappée de quelques 
caraétères & dont on fafle ufage dans les détails. Ce font de petites piéces ron- 

s, percées au milieu, qui s’employent féparément pour les petits marchés, 
ou qui s’enfilent dansun cordon, par centaines, jufqu'au nombre de milles. Le 
métal n’eft ni pur, nibien battu. Dix de ces piéces compofent un fou (e), 
& dix fols font la dixiéme partie d’un écu Chinois (f), qui fe nomme Lyang, 
ou T'aël en Portugais, & qui revient à cent fols monnoie de. France (g). Les 
Curieux raffemblent toutes ces diverfes petites piéces (h}, qui ont eu cours à 
la Chine en différens tems. 

Du Halde donne l'Extrait d'un Livre fur les monnoies, compofé fous la Dy- 
naftie de Song (i), qui lui fut envoyé de la Chine par le Père d'Entrecolles, 
Mifionaire de fa Compagnie. On croit devoir en tirer ici les particularités 
fuivantes. | 

LE mot Chinois qui fignifie Monnoie eft T/yen. La monnoie de cuivre fe 
nomme Tong-t/yen, & celle d'argent, In:t/yen (k). Le petit Coin de cuivre 
de bonalloi,a quatre parties de plomb fur dix. De-là vient que le cuivre rouge 
dont il eft compofé perd la couleur & le fon, & qu'une pièce de cette mon- 
noie, quoiqu'affez épaifle, peut ètre divifée avec les doigts. 

Sous le régne de Y4, Fondateur de la première Dynaltie, l'or & l'argent 
étoient des monnoies courantes, comme le cuivre. Quelques Empereurs des 
autres races permirent auifi l'ufage des Coins étrangers pour les méimes mé- 
taux. L Eupiic avuie uuuse cela des ivunoies de plomb, de fer & même de 
terre cuite, qui étoient frappées de figures & de caractères. Les petites coquil- 
les, qui portent le nom de Koris au Bengale, & de Puey à la Chine, avoient 

| \ cours 


-(d) Du Halde ,. ubi fup. pag. 330: 


. préfente équivalent à fept livres dix fols. Mais 
(e) Un fou de France, qui eft à peu près 


il n'a cours que pour fix fchellings & huit fols : 


le demi-fou d'Angleterre. 

(f) L’Auteur devoit dire une once d'ar- 
gent, .qui fe nomme lyang;, car il n’y a point . 
de coin d'argent qui foit connu fous-cenoim, 
ni foûs aucun autre. 

(g) C’eft plûtôt cent cinquante-fept fols, 
puifque dans un autre endroit l'Auteur le re- 


* N' 


d'Angleterre. 

(b) Le Comte, pag. 303. & fuiv. Du Ha 
de, ubifup. pag. 330. 

(3) Elle commença en 960. 

Çk) C'eft ainfi qu’on appelle à Canton les 
pialtres, & les écus de France. 


0 > 


> 


MonNNore, 
loivs ET 
Mesures 
DE LA CHIN£, 


Balances 
Chinvifes. 


Monnoie de 
cuivre & fon 
coin, : 


Extrait d'un 
Livre Chinois 
fur les mon- 
noies, 


Monnoiés 
du regne de 
Yu. 


102 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Mownore. Coursdans lemêmetempspour petite monnoie; c'eft-à-dire, qu’ilen falloit piu. 
a LA Cure. fieurs pour faire une piéce de cuivre, Mais ces ufages ne furent pas de longuc 
durée. 
Chan A l'égard de la forme, les monnoies Chinoifes en ont changé fous les diffé. 
gemens F é « Ù 

de forme dans rens régnes. Depuis la Dynaftie précédente , les piéces de cuivre ont toûjours 
la monnoic - été rondes & percées d’un trou quarré au milieu, avec un bord un peu élevé 
EUR: pour les enfiler plus facilement, Sous la Dynaftie de Æau (1), la motinoic 
étoit percée de même. Au commencement de la première Dynaftic , il y 
avoit, outre la monnoie ronde, un autre Coin de la forme d'un coutelas, qui 
. fe nommoit Tau par cette raifon. Un autre forte, qui refflembloic au dos de 
la tortue, en tiroit le nom de Quey. Enfin, d'autres fe nommoient Pus, & 
* leur figure étoit encore plus bizarre, La monnoie ronde avoit ordinairement 
un pouce ou un pouce & demi de diamettre, & le double en largeur. : Celles 
qui fe nommoient Pus &. Tum étoient lotigues de cinq pouces , & réffembloient 
‘apparemment aux Coupans du Japon. Mais l'üfage en fut abandommé parce 

qu'il étoit incommode. 

Monnaiedu Sous le régne de Song, la Chinc avoit de fi petites piéces, qu'elles en 

aus song rtoient le nom d'yeux d’oie, & fi minces qe: farnâgeoient fur l'edu, 
| Tang, & qu'en les maniant on couroit rifque de 
moins de dix mille pour acheter une refure de riz, nécellaire à la fabfiftance 
d’un homme pendant dix jours. L'ufage de cette monñoie dura peu, parce 
. que le Peuple la refufa dans le Commerce. 

- Sous la première Dynaftie de Tong, les botds de la Rivière faune s'étant 
éboulés, on trouva dans leurs Mines trois mille trois cens piéces de monhnoïie 
& trois pieds. Mais les caraétères étoient effacés, C'étoit fans doute lé Coin 

. courant fous les Empéreurs des trois premières races, qui faifoient leut réfi. 
«dence afféz près de cette grande Rivière. 

LA monnoie Chinoife n'a jamais porté , comme celle de l'Europe, la figu. 
re de la tête du Prince. Cet ufage paroîtroit peu refpeétueux pour Sa Ma- 
jefté Impériale, parce que fon image feroit eéxpofée à paller continuellement 

- par les mains des Marchands & par celles du Peuple. Les Infcriptions des 
Coins Chinois contiennent ordinairement les citres pompeux qu’on donfie aux 
Empereurs dans les différentes années de leur régne; tels qué le brillant fans 
fin, le tout puiffant (m) le magnanime. 

Autres inf Sur une autre monnoie on lit le nom de’ la Famille régnante, celui du 
riptions des Tribunal qui préfide à la monnoie , & celui de la Ville où elle a été frappée. 
FOBROÏGS,  Ty’autres portent l'empreinte de leur valeur, telles, que les Puau-lÿahg où les 

_demi-taëls, D’autres portent ces quatre mots pour infeription: Queÿ x ching 

ti; c'eft-à-dire, L'argent circule €S retourne enfin à l'Empereur. À l'égatd .des 
caraétères des anciennes monnoics, telles que le Pu & le Tau, ils ne font 
entendus de perfonne. , ER 

Tioisforts IL y a trois fortes d'anciens Coins, qui confiftent dans un mélange d'argent 
Nos & d'étain, dont toute la fuperficie eft entièrement couverte de figures. La 

ins, + , k ; x ; 

premiére forte eft ronde. Son poids eft de huit taëls. Elle repréfente un Dra- 
gon au milieu des nues. Sur la feconde, qui eft quarrée & qui pafle fix 

taëls, 


(1) Elle commença vers l’année 206. 
Cm) Aagl. le fouveranement pacitique, KR. d. E 


es brifér, 1 fl n’en falloit pas; 


” 


alloit piu- 
le longuc 


les d:fFé. 
t toûjours 
peu élevé 
| motinoic 
ftie il y 
itelas, qui 
au dos de 
it Pus, & 
nairement 
. . Celles 
fembloient 
mné parce 


qu'elles en 
fur l’eau, 
y falloit pass 
fabfiftance 
peu , parce 


une s'étant 
de Monnoie 
ute le Coin 
t leur réfi- 


pe, la figu- 
pur Sa Ma- 
nuélternent 
| ser des 
onfic aux 
Hant Jans 


; celui du 

é frappée. 
Vang ou les 
y Va ching 
égatd des 

s ne font 


e d'argent 
ures. La 
e un Dra- 
pafe fix 

taëls, 


COINS ne DIFFERENTES DYNASTIES. 


MUNTEN vaAN ONDERSCHEIDE KEIZERL. GESLACHTEN. 


Shun chi. 
Van _Sch 


un- 


Kang hi. 


van Kang-hi. 


. Set 
De odiong. 


Vano chin . 


Van Yong-Ching. 


a Li 


is 


ST 


= 
_—— 
a 
— 
— 
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EL TT TEINTE EEE EEE 


taëls. 
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gneurs, 
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opération 
au moule 
rence qu’i 
ces mêmes 


(n) ,Maga 
tiquettes de | 

(o) Du. 
haens fuppoft 
cette monnoie 
fut trompé pa 
int avec les 


taëls , on voit. un cheval qui galope. La oifième pèfe quatre taëls. Sa 
forme, qui eft oblongue, repréfente le dos d'une tortue, & porte fur cha- 
que compartiment le-mot.de Jang, qui fignife Roi. Onattribue cette mon- 
noie au.f'ondateur de la race de Chang. 

Iz eft prefqu’impoflible d’affigner la valeur des anciens Coins. Quoiqu’ils 
portent la marque de leur poids, quelques-uns ont cours pour une fomnne fort 
fupérieure à leur valeur intrinféque. Lorfqu'ils ont été rares, foit qu'on les 
eût confiés à la terre dans les troubles publics, foit que dans l'invañon de 
quelques. ennemis étrangers il en fût forti beaucoup de l'Empire, on a vû 
monter les petites piéces de cuivre dix fois-au-deflus de leur prix ; ce qui a 
quelquefois produit des tumultes populaires, parce que les Marchands neman- 
quent point alors d'augmenter à proportion le prix des marchandifes. Le cui- 
vre devint un jour fi rare, que l'Empereur fit démolir près de quatorze cens 
Temples de Fo, & fondre toutes les flatues de cuivre quis'y trouvoient,. pour 
les battre en monnoie. Dans d’autres tems, l’ufage des vafes de cuivre & des 
autres uftenciles du même métal a étéinterdit au Peuple, avec ordre de ies por- 
ter à la: Monnoie. 

. Au commencement du régne de Æong-vu, Fondateur de la race de Ming, 
la rareté extraordinaire de l'argent obligea la Cour de payer les Mandarins & 
les Soldats, partie en argent, partie en papier, avec des billets du Sceau Im- 
périal (n), qui pafloient pour mille petites piéces de cuivre ou pour un taël 
d'argent; mais les difputes, les procès & d'autres inconvéniens que cet éta- 
à bliffement faifoit naître tous les jours, portèrent l'Empereur à l’abolir. Cepen- 
! dant ces billets (0) font encore recherchés par le Peuple & même par les Sei- 


DE LA CHINE, Liv. I Cnar. Or 103 


Monnolr 
DE LA CHINE, 


Valeur des 
anciens 
Coins. 


Billets de 
monnoic Chi. 
nois. 


gneurs, pour les fufpendre à la principale poutre de leurs maïifons, dans la - 


| folle imagination qu'ils fervent à les préferver de toutes fortes de difgraces. 
… Cette monnoie en papiér avoit-été introduite aver ani nen de fuccès pendant 
le régne de la Dynaltie de Ten: Elle Etoit compofée d'écorce du Xu-chu, & 


| non ** feuilles de Meûrier, comme Marco-Polo l'affdre. Il refte à la Chine’ 


qu axé d'autres anciens Coins, doné quelques-uns viennent des Pays étran- 
à». +, & font peu:connus dans leur origine. On peut dire Ja même chofe de 
: ceux qui portent la figure du Fong-whang & du Ki-lin, deux oïifeaux fabuleux. 
| Le Peuple s’en forme mille idées fuperftitieufes. 
| La monnoie Chinoife a toñjours été frappée au nom de l'Empereur, & ja- 
mais les Princes ne fe font attribué ce droit ,. dans les temsmêmes où l'excès 
| de leur puiffance leur faifoit prendre le titre de Rois. On éomptoit autrefois 
vingt-deux Villes qui étoient en pofleffion de battre monnoie. Mais cette 
opération ne fé fait aujourd'hui-qu'à la Cour, La monnoie d'argent s'y jette 
au moule (p): Si l’ufage étoit de la frapper au coin, il y a beaucoup d’appa- 
rence qu’il produiroit un grand nombre de faux-monnoyeurs, puifque les pié- 
ces mêmes de cuivre font fouvent contrefaites. Ce crime eft puni de mort par 
la 


_(#) Magalhaens.(pag. 137.) les appelle E-  au'Peuple que ces Lillets feront changés en or 
tiquettes de papier. &en argent réel dans. l’autre Monde. On voit 


(o) Du: Haïtde en donne la figure, Magal- 


haens fuppofe que Marco-Polo, qUePREe de. 
de fontems, -. 


cette monnoie comine ayant cours 
fut trompé par les billets que les Bonzes brû- 
it avec les corps anoïts, en faifant croire 


des boutiques qui en font remplies, pour les 
vendre publiquement. 

(p) C'eft la monnoie de. cuivre qui fe jette 
au moule 5, & quant à l'argentil ne fe monnoie 
pas, R, d, E, 


Monnoios : 


incertaines. 


Au nom de 
qui, & dans 
quel lieu la 
monnoic fe 
fais, 


MonwNoir 
er MESURES 
DE LA CHINE. 


Cabinet d’an- 
cicnnes mon- 
noics. 


Manière de 
fuppléer aux 
lacunes. 


Divifion de 
Ja livre Chi- 
noife. 


Origine des 
mcefures Chi- 
nuites, 


Leur divi- 
fion, 


104 VOYAGES DANS LEMPIRE 
la Loi ; cependant quelques Empereurs fe font contentés de faire couper la mai 
aux coupables, & d'autres ont réduit Ja peine au banniflement. [Ceux quifé 
fonc ce métier mêlent leur fauffe monnoie avec la bonne; & ils pouffent quel. 
ques fois la fraude, jufqu'a couper des piéces de carton en forme de deniers 
& ils les mettent avec d’autres dans l’enfilade.] | 
L'EMPEREUR Kang-hi avoit raflemblé dans un cabinet toutes fortes de 
Coins, rangés fuivant l'ordre des Dynafties. On y én voyoitun grand nombre 
des trois premières Dynafties , de Aya, Chang & Chu , fur-tout de la dernière, qui 
dans la fuppotition qu'elles ne foient pas contrefaites, fervent de témoignage 
& de preuve à la vérité de l’'Hiftoire Chinoife. Comme il manque à cette col. 
Jeétion un grand nombre de Cains, tant anciens que modernes, on y a fup- 
pléé par des piéces de carton, fort habilement fabriquées d'après les récits des 
anciens Livres. L’imitation eft fi parfaite, qu’on prendroit ces piéces pour u- 
ne monnoie réelle (q.). 

Mais pour comprendre inieux la valeur des monnoïcs Chinoifes, anciennes 
& modernes, on doit obferver queles Chinoisdivifent lalivre en feize Lyangs, 
qui font autant d’onces; le Lyang en dix parties, qui fe nomment Tfyens (r ); 
le Tfyen en dix l'uens (s), & le Fuen en dix Lis d'argent. Le traverfin des 
balances du Pays ne porte pas plus loin cette divifion. Cependant, pour l'or & 
l'argent d'un poids confidérable, la divifion s’étend jufqu’aux parties prefque 
imperceptibles, dans la même progreflion décimale; ce qui fait qu'il elt pref. 
qu'impollible d'en donner une jufte idée dans les Langues de l'Europe. Les 
Chinois divifent le Li en dix Whas, le: Wha en dix Sés,' le Sé en dix Fus, le 
Fu en dix Chins, le Chin, qui fignifie grain de poufière, en dix Yus; le Vu 
en dix Myaus, le Myau en dix Mos, le Mo en dix Jfyuns, & le Tfyun en dix 
Suns (t). 

a : iron des mefñreseft auffi ancienne que le régne de Whang:ti, 
troifième Empereur de la Chine. Où prit un grain de millet pour déterminer 
les dimenfons d’une ligne; dix lignes firent un pouce; dix pouces un pied, 
&c. Mais la figure de ces grains étant ovale, les différentes manières de les 
ranger ont mis de la diverfité dans les mefüures (v) fous les différentes Dynaf 
ties. On diftingue aujourd'hui à la Chine trois fortes de mefures; 19. Le Pied 
du Palais, établi par l'Empereur Kang-hi, qui eft le Pied de Paris (x) & qui 
a la proportion de quatre-vingt-dix-fept & demi à cent, avec le Pied du Tri: 
bunal des Mathématiques (y): 2°. Le Pied du Tribunal des ouvrages publics, 
nommé Kong-pu, qui eften ufage parmi les ouvriers. Il eft plus court d’une li: 
gne que celui de Paris (æ). 30. Le Pied des Tailleurs, en ufage parmi les 
Marchands, eft plus grand de fept lignes que le Kong-pu. C'eft la première de 
ces trois mefures que les Mifionaires ont conftamment employée pour lever 

| les 


(g) Chine du Père du Halde, pag. 331. font différentes en plufieurs endroits, & que 


€ fuivantes. -de-là viennent les contradiétions des Millio- 
r) Les Portugais donnent at Zyang lenom  naires. NE 

de Taël, & au Zjyen celui de Maz. (x) Le pied de Paris eft à celui d’Angle. 
(s) Chaque Fuen eft équivalent au fou de terre comme 1068 à 1000. ou 122 pouces. 


Fe) Du Halde, ubi fup. pag. 332 & Mémoi- Ne AS qua au pied de Paris comme 
res du Père le Comte, pag. 307. 974 à 100. KR. d. EL. 
(vu) Le Père le Comte dit que les mefures 


(3) Du Halde dit qu'il eft plus court d'uns 
ligne que celui du Palais. R, dE, 


les C 
lui q 
tache 
deux 
Chino 
vant 
huit 
gale à 
de vi 


Ced 
pied à 
dix-neuf 


O: 


dans to 
multitu 
noifes. 
&c. fo 
précieu 
Palais, 
Les 
point en 
On peut 
bornent 
n'appro 
idées & 
donne p 
bombes 
Mais ils 
de l’Imp 
nous leu! 
Izsr 
arbres ( 
n'entend 


(a) De 
tétte, pag 
(b) Na 
perfeétion. 
(c) Mé 
(d) L'4 
bres, des « 
coup mieu) 


VIIL. 


er la man 
: Ceux quifn 
lent quel- 
e deniers, 


fortes de 
nd nombre 
nière , qui, 
émoignage 
à cette Col. 
on y a fup- 
s récits des 
ces pour u- 


, anciennes 
ize Lyangs, 
Tfyens Cr); 
raverfin dés 
pour l'or & 
ties prefque 
lil eft pref- 
rope. Les 
dix Fus, le 
Vus ; le Vu 
fyun en dix 


e Whang:ti, 
déterminer 
es un pied, 
ières de les 
intes Dynaf. 
1°. Le Pied 
S (x) & qui 
’ied du ‘Fri- 
ges publics, 
it d’une li- 
e parmi les 
première de 
pour lever 
les 


droits, & que 
is des Millio- 


celui d’Angle: 
231 pouces, 


Paris comme 


us court d'uns 


DE LA CHINE, Liv. Il Crar. NI 


les Cartes de l'Empire: Ælle diffère des autres Pieds Chinois, @& même de ce- 
Jui qui étoit autrefois en ufage au Tribunal des Mathématiques (a). En s’at- 
tachant à ce Pied, le Père Thomas, Miffionaire Jéfuite, réduifit le Degré à 
deux cens lis Chinois, dont chacun eft compofé de cent quatre-vingt braffes 
Chinoifes, chacune de dix pieds. Comme la vingtième partie d’un Degré, fui. 
vant l’obfervation de l’Académie des Sciences de Paris, contient deux mille 
huit cens cinquante-trois toifes, chacune de fix pieds du Châtelet, elle eft é- 
gale à mil huit cens toifes Chinoifes, ou dix lis; & par conféquent, un Degré 
de vingt grandes lieuës de France contient deux cens lis (b). 


(a) Le Comte eftime la différence de ce 
pied à celui de Paris, comme quatre-vingt- 
dix-neuf à cent, 


(b) Du Halde, pag. 141 & pag. 11, de fe 
Préface. 


$. v. 
Claffe des Artifans de la Chine € Arts manuels. 


O N pourroit donner beaucoup d’étendue à cet article. La Chine contient 
plus d’Artifans qu’on ne peut fe l’imaginer. Le nombre en eft prodigieux 
dans tous les genres. Rien ne caufe tant d’admiration aux Européens que la 
multitude de bijoux & de curiofités qui fe vendent dans les boutiques Chi- 
noïfes. Chaque grande Ville, telle que Nan-king, Su-cheu-fu, Hang-cheu-fu, 
&c. fourniroit la charge de quatre galions en toutes fortes d'ornemens & de 
précieufes bagatelles. On y trouveroit dequoi meubler fur le champ un vafte 
Palais, à fort bon compte d a). 

Les Chinoïe fane de ë auds progrès dans les Arts, quoiqu'ils ne les ayent 
point encore portés à ce degré de perfoétiuu qui fair Laut d’honueur à l’Eurupe, 
On peut attribuer la fupériorité que nous avons encore fur eux aux Loix qui 
bornent leur dépenfe. L’induftrie de leurs ouvriers eft extraordinaire; & s'ils 
n’approchent du de nous pour l'invention, ils entrent facilement dans nos 
idées & réuffiflent fort bien (2) dans l’imitation des modèles. L’Auteur en 
donne pour témoignage les glaces de miroir, les montres, les piftolets, les 
bombes, & quantité d’autres ouvrages qui fe font en divers lieux de l’Empire, 
Mais ils avoient, depuis un tems immémorial, l’ufage de la poudre à tirer, 
de l’Imprimerie & de la Bouflole ; connoiffances nouvelles en Europe, &dont 
nous leur avons peut-être l'obligation (ec). : 

ILs réuffiffent médiocrement dans la peinture des fleurs, des oifeaux & des 
arbres (4); mais beaucoup moins dans celle des figures humaines (e). Ils 
n'entendent point l'art des ombres. Aufñi admirent-ils beaucoup nos moindres 


tableaux. 


(a) Defcription de la Chine par Nava- 
rette, pag. 53. 

(b) Navarette 
perfection. 


(c) Mémoires du Père le Comte, pag. 229. payfiges; mais qu'entendant peu les figures 


-de cire à Nan-king, dans une perfe&tion dont 
MERS QE il fut furpris. pe AL 

dit qu’ils imitent, tout en (e) Du Halde dit (pag. 281.) qu'ils pei- 

ë gnent fort bien des fleurs, ‘dés animaux & dés 

(d) L'Auteur obferve qu’ils font des ar- 

bres, des oifeaux & des fleurs de foie beau- 

coup mieux qu'ils ne les peignent, On en fait 


VIII. Part. 


umaines, ils les défigurent & les eftropient 
ridiculement, 


og 


ARTISANS 2T 

RTS Ma. 
NUELS DE LA 
CHINc. 

Réduétion 
du Degré aux 
mefures Chi- 
noiles. 


Difpofition 
des Chinois 
pour les Arts, 


Peintres de 
la Chine, 


ARTISANS 

ET ARTS MA- 
NUELS DE LA 
CHINE. 


Inftrumens. 
Méchani- 
ques. 


Comment les 
Ouvriers fer- 
ventle Public. 


Ufage des 
Barbiers & 
Cordonniers, 


Oifeaux pour 
la pèche, 


106 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


tableaux: Cependant on a vû des Peintres Chinoïs devenir fort bons. Artiftes. 
après avoir pris les principes de la Peinture à Manille ou. à Macao. Les Ouvra. 
ges de filigrame qu'ils font à Manille & dont ils doivent l’art aux Indiens, ont 
caufé de l’étonnement en Europe. On commence à les imiter afféz. heureufe. 
ment en Italie. Les ouvriers de Canton font de très:bonnes lunéttes, des té. 
lefcopes, des verres-ardens & des miroirs, fi femblables aux nôtres qu'on 
remarque que peu de différence. L’Auteur fut informé, peu deitems avant fon 
retour, que faute de fable fin, dont ils manquent dans leur Pays, ils: y em- 
ployent des cailloux réduits en poudre, e4 l'a 

Leurs Inftrumens Méchaniques ont beaucoup de reffeinblance avec les nô- 
tres, à l'exception de quelques-uns, qui leur font particuliers. Léurs Tail. 
leurs, par éxemple, ne fe férvent point de dé à coudre, & fe lient autour du 
pouce quelque vieux morceau de drap. La plûpart travaillent debout, ap- 
puyés contre une table , für laquelle ils tiennent leur ouvrage (f). 

On trouve dans chaque Ville des Ouvriers de toutes fortes de profeflions, 
Les uns travaillent dans leurs boutiques. Les autres cherchent dans les ruës 
à fe louer. Mais le plus grand nombre eft employé dans l’intérieur des fa. 
milles. Si l’on a befôin d’un habit, on fait venir chez foi, de grand matin, 
un Tailleur qui s’en retourne le foir. L'ufage eft le même pour tous les au- 
tres Artifans. Ils apportent leurs inftrumens avec eux , fans en excepter les 
Forgerons & les Serruriers, qui viennent avec leur enclume &. leur foufflet 
() pour les ouvrages les plus fimples.. 

Es Barbiers portent fur leurs épaules une fellette, un bafin, un pot à 
l’eau, du feu, le linge néceflaire & tout ce qui appartient à leur profeffion. 
Ils donnent avis de‘leur marche par le fon d’ 
font appellés, foit au milieu d’une rue, d’une place, an à Ja porte d'une mai- 
fon, ile fe difpofent fur le rhamp an fervice qu’on leur demande. Ils rafenc 
Ja tête, ils arrangent les fourcils, ils nétoyent les oreilles, ils frottent les é- 
paules & dégourdiffent les bras, pour dix-huit deniers, qu’ils reçoivent avec 
beaucoup de remercîmens.. Enfüuite ils recommencent à fonner leur cloche. 
Les Cordonniers vont de même par les rues (h). Ils racommodent pour 
trois fols une paire de fouliers, qui dure des années entières aprés cette ré- 
paration. L’Auteur ne put apprendre leur méthode, ni comment ils donnent 
cette force au cuir. ve 

Les Pécheurs fe fervent de filets dans les grandes pêcheries, & de lignés 
dans les petites; mais l’ufage de plufieurs Provinces eft d'employer, à là pêche 
une forte. de cormoran, femblable au, corbeau (i), qu’on mene avec foi, 
comme un chien pour la chafle du liévre.: Au lever du Soleil, on voit fur la 
rivière un grand nombre de bateaux, & plufieurs de ces.oifeaux perchés des. 
fus du côté de l’Avant. Au fignal qu’on leur donne, en frappant l'eau d’une 
rame, ils fe jettent dans la Rivière ; ils plongent, chacun de fon côté | & 
faififfant le poiflon, qu'ils lèvent parle milieu.du corps, ils retournent à la 
Barque avec leur proie. Le Pêcheur prend l'oiféau, lui baifé la tête , pañle 
la main au Jong de fon col pour lui fairé réndre le poiflon, qu'il auroit aval. 


(b) Chine du Pere du Halde, pag, 277. 
(3) Voyez ci-deflus les Journaux & les Ei- 
_ gurcs. 


(f) Navarette, nbi Jup. pag. 53. 
) Le même Auteur dit que leurs foufflets 
font plus commodes que ceux de l'Europe, 


une petite cloche; & lorfqu'ils. 


pas ns NE 


Artiftes, 
»S OUVra. 
cns,: ont 
neureufe. Sr ins LE RTS 
, des té. à à QUWA ou L ; OISEAU Ge 
‘qu on y i D gRE DE PECHER.tiré 
avant fon NE 
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un pot à 
profeflion. 
& lorfqu’ils. 
d’une mai- 
Ils rafent 
tent les é- 
ivent avec 
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Lg. à les Lie 


DH LOU-WA , OF VISSER, met de Wvze van VISCHVANGST,uit NiEUHOFr. 


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CHINFESSE 


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VISCHVANGST, 


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lavoir E 
mée 75 
che de : 
vers, ‘ / 
cher le 

pour un 
argent, 


Ck) 


DE LA CHINE, Lrv. Il Cnar. Il 1C7 


lé tout entier lorfqu'il eft petit, s’il n’avoit été retenu par uh anneau qu'on Anrrsans 
lui a paflé au bas du col. Enfüuite on le récompenfe de fes fervices en lui £T Arts ma: 
offrant à manger. Lorfque le poiflon eft trop gros, plufeurs oifeaux fe Ge ** 
joignent & s’aident mutuellement, L'un s'attache à la queue , l’autre à la , 
tête; & s’uniflant quelquefois tous enfémble , ils l'apportent légèrement. au 

bateau 


Les Chinois employent pour la pêche une autre méthode, qui n'eft pas Autrepêche. | 


moins aifée. Ils ont des bateaux longs & étroits, auxquels ils attachent, des 

deux côtés, une planche de deux pieds de largeur, qui s'étend d'un bout à 

l'autre. Cette planche eft revêtue d’un vernis fort blanc & fort juifant. On 

la fait abaïfler, par une pente fort douce, jufqu’à la fuperficie de l’eau. Pen- 

dant la nuit, qui eft le tems de cette pêche, on la tourne vers la Lune, pour 
augmenter fon éclat par la réfléxion de la lumière. Le poiffon, qui joue fur 

l'eau, prend aifément da couleur de la planche pour celle de l'eau même. Il 

faute für le côté qui fe préfente à lui & tombe dans la Barque. 

Ox le prend auffi à coups de fléches, qui font attachées à l'arcavec un Péien 

fil, autant pour ‘empêcher qu'elles ne fe perdent, que pour tirer le poiffon CpeP° 
lorfqu’il eft percé. Dans d’autres lieux, la vafe eft fi remplie de poiflon, que 


les Pêcheurs, fe tenant dans l'eau jufqu’à la ceinture, le prennent avec une 
efpèce de (& ) itrident. . 


| 

+ à » J 
Les principaux ouvrages qui fortent des manufaétures: Chinoifes, font les Vernis des | 
vernis, les étofes de foie & la porcelaine. On vérnit à la Chine les tables, Chinois. | 
les chaifes, les cabinets, les bois de lit, & : non-féulement la plûpart des | 
meubles de bois, mais jufqu’aux uftenciles de cuivre & d'étain. Cette efpé- | 
| 


| ce de peinture leur donne un luftre merveilleux, fur-tout lorfqu’elle eft mêlée | 
à de figuresenor &enargent. A la vérité les vernis de Canton ne font ni fi ; | 


| beaux ni fi durables que ceux du Japon, du Tong-king , & de Nan-king , 
Capitale de Kyang-nan, parce qu’on les fait trop à la hâte & qu'on ne cher- 
| che qu’à tromper les yeux des Européens. Pour donner toute fa petfeétion 
au vernis, il ne faut pas moins d’un Eté éntier. Mais lès Marchands Chinois 
ont peu de ces ouvrages eh magafñn. Ils attendent l’arrivée des Vaiffeaux 
pour ÉXÉCULGL ve qu'an léur demande. C 

‘Le vernis de la Chine n'eit pas uuc nmpañirinn, & ne doit pas être re:  Ceque c'eft 

ardé comme un aufi grand fécret que plufieurs lcrivains fe l'imaginent, que le vernis 

1 diftilé, comme une gornme, d'un arbre dont on donnera la déféription dans la Chine, 

Y'Hiftoire Naturelle. Nous ne parlerons ici que de là manière dont il s’ap- | 
plique, Cette ‘opération fe fait de deux manières. : La première , qui eft Deux manié- | 
fort fimple, confifte dans une application immédiate für ke bois, Après 1° delappli- 
l'avoir bien poli, on le frotte deux ou trois fois d’une efpèce d'huile, nom- 4396 


mée Tong-yeu , qu'on laïfle fécher, pour appliquer autant de fois une cou- 
che de vernis. Il eff fi tranfparent, que le grain de bois fe fait voir au tra- 
vers, : Aufi l'application eft-elle fouveñit reériouvellée lorfqu'on veut ca- 
cher le fond de la matière. ‘Il deviént alors fi luifant qu’on le prendroit 
pour une glace de miroir. Aufli-tôt qu'il eft fc, on y peint, ‘en or & en | À 
argent, dés fleurs, des figures d'honimes & d’oifeaux, des arbres, des mon- | 


tagnes , 


TT 


= 


(k) Le Comte, pag. 237, & Du Halde, pag. 316, 
O 2 


ARTS MA- 
NUELS DE LA 
CHINE, 


108 VOYAGES DANS LEMPIRE 


tagnes, des Palais, &c. après quoi l’on applique une nouvelle couche de 
he gr , mais légère , pour conferver la peinture & pour lui donner un air 
de glace. 

LA feconde manière demande plus de préparation. On fe fert d'une ef. 
pèce de maftic, ou de carton, compofé de papier, de lin, de chaux & 
d’autres matières, qui étant bien battues & collées fur le bois , forment un 


” fondement très-ferme & très-uni. On y pare deux ou trois fois l'huile dont 


Remède aux 

effets des li- 
ueurs chay- 
es. 


Origine de 
Ja foie & fes 
progrès à la 
Chine, 


Qualités de 
la bonne foie. 


Rouets de 
la Chine, 


on a parlé, fur laquelle on applique plufieurs couches de vernis, en laiffant 
fécher fucceflivement ces deux enduits, Chaque ouvrier a fa méthode parti- 
culière pour toutes ces opérations. 

Les liqueurs chaudes terniflent quelquefois le vernis de la Chine & lui font 
prendre une couleur jaune. Mais un Auteur Chinois (/) nous apprend le 
moyen d'y remédier. Il n’eft queftion, pour rétablir le noir glacé, que d'expo- 
fer la piéce, nendant toute une nuit, à la gelée blanche; ou, ce qui eft en- 
core plus sûr, de la tenir quelque-tems dans la nége. | 

Tous les Auteurs conviennent aflez que la foie & les vers qui la produi- 
fent, font venus originairement de laChine. Etant paflés dans les Indes & de- 
là en Perfe, ils furent introduits chez les Grecs & les Romains, parmi lefquels 
la foie fut d’abord eftimée au poids de l'or. Les plus anciens Ecrivains de la 
Chine rendent témoignage qu'avant le régne de #hang-ti, lorfqu’on commen- 
çoit à défricher leur Pays, les premiers Habitans n’étoient vêtusque de peaux, 
& que ce fecours n'ayant pû füuffire à mefure qu’ils fe multiplioient, une des 
femmes de l'Empereur inventa. l’art de fabriquer la foie, Cependant on trouve 
peu d'anciens mémoires où les vers à foie foient nommés. Dans les fiécles fui- 
vans, plufieurs Impératrices fe firent un amufement d'en nourrir & de rendre 
la foie propre à divers ouvrages. On afligna un des vergers du Palais pour y 
planter des Meûriers. L’Impératrice même, accompagnée des Reines & des 
premières Dames de fa Cour, s’y rendoit en cérémenie & ramañloit les feuil- 
les. Les plus belles piéces d'étoies de foie, qui étoient l’ouvrage de fes mains 
ou qui fe faifoient par fes ordres, étoient confacrées à Chang-ti dans la céré- 
monie du grand facrifice, Il paroît ainfi que les manufaétures de foie furent 
encouragées par les Impératrices, comme l'agriculture l'érair par les Empe- 
reurs. Mais depuis quelqne.reme lee ImpyésauriCeS ON ceflé de prendre partau 
progrès de la foie (m). j SPA EURE G ff 

Les Chinois jugent de fa bonté par fa blancheur, fa.fineffe & fa douceur. 
Lorfqu'elle eft rude à la main, c’eft un fort mauvais figne. Souvent, pour la 
rendre plus moëlleufe, ils. la préparent avec de l’eau de riz, mêlée de chaux. 
Mais cette préparation la brûle. Aufñi fouffre-t’elle-difficilement le rouer après 
avoir été tranfportée en Europe, quoique rien ne fe file plus aifément que la 
foie faine. Un ouvrier Chinois la file, une heure entière, fans en rompre un 
feul fil. Les rouets Chinois font ”-"t différens de ceux de l'Europe. & beaucoup 
moins fatiguans. Deux qu tres: cranches de bambou füuffifent avec une roue 
commune. On eft furpris de la fimplicité des inftrumens qui fervent à faire les 
plus belles étofes de la Chine. AE sh: 

La foie de Che-kyang eft fans comparaifon. plus fine & meilleure que is 

es 


(4) Chine du Père Du Halde, pag, 336 (Cm) Ibid, pag. 353 


& fuivantes, 


uelles 
ont, 1 
cé que 
bres, d 


nommé 


tF foit for 


peut le 
D'ailleu 
lui donr 
Kyang-c 
ve. On 
on l’éte 


(n) Le 
les font p 
fe venden 

(o) Na 


les rouler : 
(g) C'et 


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es & de- 
1 lefquels 
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commen- 
le peaux , 
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douceur. 
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de chaux. 
quet après 
t que la 
pmpre un 
beaucoup 
une roue 
à faire les 


que celle 
des 


pt foit fort ferré, il eft fi fouple & 1i pit qu'il ue 


des autres Provinces. On l'employe pour les plus belles étofes, dans la Pro- 
vinces de Kyang-nan, où les bons ouvriers font en fort grand nombre & d'où 
l'Empereur tire les fiennes, foit pour fon propre ufage, foit pour les préfens 
qu'il fait aux Seigneurs. La foie de Canton, qui vient du Tong-king, n'eft 
pas à beaucoup prés fi bonne (n). . Cependant le grand Commerce de ce Port 
y attire une infinité d’excellens ouvriers (0), qui feroient d'aufi riches éto- 
fes que celles de Pateopé s'ils étoient sûrs de la vente, Mais ils fe bornent or- 
dinairement aux plus fimples, parce que les Chinois préfèrent lutile à l’a- 
réable. ri 
‘ A l'égard de leurs tiffus d'or, ils ne tirent point ce métal en fil, pour l'en- 
trelacer avec la foie. Mais coupant en petites tranches une longue feuille de 
papier doré, ils les roulent avec beaucoup d'adreffe autour du fil de foie. Quoi- 
ue ces étofes ayent beaucoup d'éclat dans leur fraîcheur (p), elles fe ternif- 
ent fi-tôt à l'air, qu’elles ne peuvent guëres fervir à faire des habits. On n’en 
voitporter qu'aux Mandarins & à leurs femmes, qui n’en font pas même beau- 
coup d’ufage. À 
Les étofes de foie les plus communes à la Chine, font les gazes unies & à 
fleurs, qui fervent aux Chinois pour leurs habits d'Eté; les damas de toutes 
fortes de couleurs; les fatins rayés ; les fatins noirs de Nan-king ; les gros taf- 
fetas, ou les petites moires, qui font d’un excellent fervice; diverfes autres 
efpéces, les unes qui reffemblent aux grograins (4) à fleurs, d’autres à fleurs 
ouvertes, façon de gaze; d’autres à raies de fort bon goût, à ramages, à fi- 
gures ou brodés de rofes, &c. des crépons, des brocards (r), des pluches & 
différentes fortes de velours. Le plus cher eft le cramoiïfi; mais il eft fouvent 


tcontrefait. Ft. ge quelques goutes de jus de limon [ mêlé avec dela chaux, ] 


qu’on jette deflus, font découvrir l’impolture. 
EN un mot, les Chinois fabriquent une infinité d'étofes de foie, pour lef- 
uelles les Européens n’ont pas même de noms. Mais les deux plus communes 
ares 1°. une forte de fatin, qu'ils nomment Fuan-t/e, plus fort & moins gla- 


cé que celui de l’Europe. Il y en a d'unis, & d’autres à fleurs ou chargés d'ar- 
bres, d’oifeaux, de papillons, &c. 2°. Une efpèce particulière de taffetas, 
nommé Cheu-1f, duu on fait des doublures & des Apnteuchaulles, Quoiqu'il 


sf euupe jamais [ & qu’on 
peut le doubler & le prefler de la main, fans lui faire prendre de pli] (s). 
D'ailleurs il fe lave comme la toile, fans perdre beaucoup de fon glacé; qu'on 
lui donne avec de la graiffe de marfouin de rivière, nommé par les Chinois 
Kyang-chu, c’eft-à-dire, Cochon de la Rivière de Tang-t/e-kyang , où ilfe trou- 
ve. On purifie cette graiffe à force de la laver & de la faire bouillir. Enfüite 
on létend, avec une broffe très-fine, fur le taffetas, du côté qu’on veut le 


glacer , 


(n) Le Comte prétend néanmoins qu'el- (r) Les figures de leurs brocards, fuivant 
les font plus eftimées des Etrangers & qu'elles le même Auteur, ne font pas relevées fur le 
fe vendent mieux. * fond par un mélange de foiecrue, comme el- 

(o) Navarette, (pag. 54.) ditqu'ilyaqua- les le font en Europe; ce qui rend l'ouvrage 
tre-vingt-dix mille métiers à Canton. ‘moins durable. Elles ne font diftinguées que 

(p) Le Comte dit qu'ils inférent quelque par la différence des couleurs & des ombres. 
fois leurs tranches dorées dans le tiffu, fans (s) Le Comte dit qu'ils fe vendent au 
les rouler autour de la foie. poids, 

(a) C'eft-à-dire à du gros ds Tours. K, d.E. 


O0 3 


ARTS Ma1- 
NUELS DE LA 
CuinNe. 


La meilleure 
foie de la Chi- 
ne. 


Manière 
dont on y 
fait les tiffus. 


Etofes de 
foic les plus 
communes. 


Autres étof- 
fes de fabri- 
que Chinoife. 


ARnTs Ma1- 
NUELS DE LA 
CHINe. 
Etofes lé. 
gères, nom- 
mées Cha, 


Vers à foie 
d'une nature 
particulière. 


Deux eipéces. 


Manufacture 
de rubans, de 
bas de foie & 
de boutons. 


Etofes de 
laine. 


110 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


lacer, & toûjours du hauten bas dans le même fens. Les Artifans brûlenc, 
ans leurs lampes, de la même graifle au- lieu d'huile, parce que fon odeur 
chafle les mouches, qui feroient nüifibles à la foie (+). 

Le Comte obferve qu'en Eté les Chinois font ufage d’une autre efpèce dé. 
tofc, nommée Cha. ns être auffi ferrée ni aufli luifante que le taffetas de 
France, elle eft beaucoup plus moëlleufe. Les uns l'aimént unie; mais là plû. 
part donnent la préférence à celle qui eft parfemée de grandes fleurs à jour, 
découpées comme les dentelles d'Angleterre. Ces découpures font quelquefois 
en fi grand nombre, qu’à peine diftingue-t'on le fond de l'étofe. Les habits 
qu'on en fait font d’une extrême propreté. (On en voit peus béaucoup aux 
perfonnes de diftinétion, quoique la dépenfe en foit fi légere, qu’une piéce 
entière , dont on fait le fur-tout & la vefte, ne coûte pas plus de deux gui- 
nées (v). ET 

&. Hute de Chan-tong produit une forte de foie, qui fe trouve enabon- 
dance, fur les arbres & dans les champs. Onen fabrique une étofe qui fe nom- 
me Xyen-cheu. Cette foie eft l'ouvrage d’une efpéce de petits vers, fembla- 
bles aux chenilles. Elle ne fe forme poiñit dans des coques, mais en longs fils, 
qui s’attachent aux arbuftes & aux buiflons. Quoiqu’elle foit moins fine que 
la foie des vers ordinaires, elle réfifte mieux au tems. Les vers qui la produi- 
fent mangent toutes fortes de feuilles, comme celles de Meûrier. Quand: on 
ne connoît pas cette forte de foie, on la prendroit pour du gros droguet.. 

ON diftingue deux efpèces de ces vers à foie fauvages dans la Province de 
Chan-tong ; Y'une nommée T/uen-kyen, plus grofle & plus noire que lès nôtres; 
l’autre, moins grofle, qui fe nomme T'yau-kyen. Les fils de la première font 
d'un gris roux. Ceux de la feconde font plus noirs, & la foie eft tellement 
mêlée de ces deux couleurs, que fouvent la même piéce eft divifée en raies 
grifes, jaunes & blanches. Cette foie eft fort épaifle, ne fe coupe jamais, du- 
re long-tems & fé live comme la toile. Lorfqu’elle eft d'une certaine bonté, 
l'huile même n'eft pas capable de la tachér. Elle eft fort eftimée des Chinois ; 
& quelquefois elle éft auffi chère que le fatin ou que leurs plus belles foies.. Des 
reftes de la foie de Che-kyang ïls fabriquent un faux Xyen-cheu, par lequel on 


eft facilement trompé lorfgu'on n’y apporte point d’arrentlou. 
Les Marchands de Canton ont établi depuis quelques années, avec fuccès, 


une manufaéture pour la fabrique des rubans, des bas de foie & des boutons. 
Une päire de bas s’y vend unlyang (x), & la douzaine de gros boutotis ne 
coûte pas plus de fix fols (y). SR 5 ST 
uorQuE la foie paîle avec raifon pour üne dés principales richeffes de 
la Chine, on y voit auffi des manufaétures de laine & de toile. La laine y eft 
fort commune & à bon marché, fur-tout dans les Provinces de Chan-fi, de 


.Chen-fi & de Se-chuen, où l'on nourrit un grand nombre de troupeaux. Cepen- 


dant les Chinois ne font point de draps de laine. Ils eftiment beaucoup ceux 
qu’ils reçoivent des Angloïs; mais Comme il éft beaucoup plus ther que leurs 
étofes de foie, ils en achetent fort peu, Les Mandaritis fe font des robes de 

chambre 


fix fchel!lings huit fols d'Angleterre, 
à y) Chine du Père du Halde, pag. 164 
à 354« 


… (t) Mémoires du Pèrele Comte, pag. 138. 
& fuiv. Chine du Père du Halde, pag. 354. 

(v) Mémoires du Pérele Comte, pag. 140: 
(x) C'eft une once d'argent, qui revient à 


chambre 
quete (æ 
œw 
tres-gran 
Les é 
robes fon 
on fait le 
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La tige e 
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Mais pour « 
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on a l'oblig: 
concerne la 
fecond, qui 
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(3) Magaih: 
leur de cendre 
ort chers: Les 
€n font beaucou 


M 


 L'AUTE 


ment du: 
que la Chine a 
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| croît dans les : 


rudes, termim 
poivre. Ses br: 
tons, aufli-tôt 
ler leur coque 
que leur ouvra 
Marquer dans |” 
Les forêts « 
donner aux pro, 


ent, 
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d'é- 
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raies 
s, du- 
D onté , 
inois ; 
s. Des 

el on 


ccés, 
tons. 
Dis né 


chambre d'hyver d'une forte de gros Rat. À l'égard des ferges & des droy Ans ma- 
ets (3) il n'y.en;a)guêres de meilleurs que ceux de la Chine. Ils viennent AS PE LA 
+ Bonzes, qui les font travailler par leurs femmes, & le commerce.en eft “""*"* 
très-grand dans toute l'étendue de l'Empire. ; 

Les étoffes de coton y font aufli fort communes(a). En Eté, les longues Etofes de 
robes font d’une forte de toile, travaillée en forme de filet. Mais l’étofe dont ‘°°°: à 
on fait: le plus de ças à la Chine & qui ne fe trouve dans aucun autre Pays, #4 a 
fenomme Ko-pu, parce qu'elle eft -compofée. d'une Plante nommée Ko, qui ” 
croît dans la Province de Fo-kyen. C'elt une efpèce d'arbufte rampant, répan- 
du dans toutes les campagnes & dont la feuille eft beaucoup plus grande que 
celle du lierre. Elle eft ronde, unie, verte en. dedans & cotoneufe en dehors. 

La tige eft quelquefois de la groffeur du pouce, fort pliante, & cotoneufe 

comme les feuilles. Lorfqu’elle commence à fécher on la fait rouir dans l'eau, 9 
comme le lin & le chanvre, On lève la première peau, qui n'eft d'aucun ufa- 
ge. La feconde, qui eft beaucoup plus fine & plus délicate, fe divife avec la 

main. en fils très-menus, & fe met en œuvre fans avoir été battue ni filée. 

L’'étofe eft tranfparente & n'eft pas fans beauté; mais elle eft fi légere qu’on 

croit n’avoir rien fur le dos (b). 

La fabrique de la.porcelaine, qui eft un des trois principaux Arts méchani. Deux Trat- 
ques de la Chine, a déja trouvé place dans quelques articles de ce Recueil. ARE 
Mais pour donner une idée plus complette des manufaétures de porcelaine & de 
de foie, on ne fera pas difficulté d’inférer. ici l'Extrait de deux Traités, dont 
on a l'obligation au Père d’Entrecolles, Miflionaire Jéfuite. Le premier, qui ,. ° i 
concerne la foie & les vers qui la produifent, eft tiré d’un Auteur Chinois. 1 . 
fecond, qui regarde la porcelaine, eft l'ouvrage de ce Miflionaire même & le 
fruit de fes recherches. 


(3) Magalhaens dit que les droguets cou (a Le même Auteur dit que l'abondance 
leur de cendre & de canelle font fort beaux & en eft incroyable & qu’il s’en trouve detoutes 
fort chers. Les perfonnes âgées. & de qualité fortes de couleurs. 

en font beaucoup d'ufage. (b) Le Comte, pag. 141. & fuiv. 


$. VL 


Manière de: nourrir les vers à foie ES de tirer leur produétion. 


À nr pau Chinois, qui compofa fon Traité en 1368, au commence- Deux efpèces 
ment du régne de Ming, Chef de la race du même nom, noûs apprend de Meuriers 
que la Chine a deux fortes de Meuriers ; l’un, nommé Sang, ou Ti-fang, nefe binoise 
cultive que pour fes feuilles. L'autre, qui s'appelle Che, ou Ye-fang, & qui 

| croît dans les forêts, eft petit & fauvage. Ses feuilles font rondes, petites, 

rudes, terminées en pointe & dentelées par les bords. Son fruit reflemble au 

poivre. Ses branches font épineufes & comme en grapes. Dans certainsCan- 

tons, aufli-tôt que les vers à foie font éclos, on les place fur ces arbres pour ù 
ler leur coque. Ils y déviennent plus gros que les vers domeftiques; & quoi- 

que leur ouvrage foit moins bon il n’eft pas fans utilité, comme on l’a fait re- 

marquer dans l’article pire à l’occafon du Kyen-cheu. 


Les forêts où croiflent ces arbres doivent être ouvertes en fentiers, pour “ due 


donner aux propriétaires la facilité de les énonder & d’en chaflér les re Lûe ble. 
es 


VERS A sOIE 
DE LA CHINE. 


: Vrais Meu- 
tiers, 


Mauière de 
les cultiver. 


Nourriture 
des vers à 
foie pour le 
Printems, 


Renouvel- 
lement des 
Meuriers, 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


x12 


Les feuilles auxquelles on s’apperçoit que les vers n’ont pas touché dans le cours 
du printemps, doivent être arrachées en Eté, parce que celles du printems 
fuivant feroient corrompues par la coninünication d’un refle de vieille féve, 
On cultive les Te-fangs comme les-vrais Meuriers. Is doivent être plantés fort 
au large. On féme du millet dans les intervallés, ‘pour diriger la trop grande 
abondance de petites feuilles. Si l'on découvroit en Europe l'efpéce 4 vers 
que les Chinois nourriffent par cette-méthode, ôn devroit les ‘ramafler avant 
qu'ils changent de nature, -conferver leurs œufs, qu’on feroit éclore l'an. 
née d’après & qui continueroient fans doute de ‘produire fur les mémes arbres. 
Les vers qui filent la foie dont on fabrique le Kyen-cheu | fe-nourriflent de 
jeunes feuilles de chêne. Peut-être les vers domeftiques fubfifteroient-ils avec 


la même nourriture. >) 145401 

A l'égard des vrais Meuriers, ceux dont le fruit paroît : avant les feuilles 

affent pour mal-fains. ‘Les ‘jeunes plantes dont l’écorce eft ridée ne font 
pas d’un bon ufage. ‘ Mais celles qui ont l'écorce blanche, peu de-nœuds & 
de gros bourgeons, produifent de grandes feuilles qui forment une excellente 
nourriture, De tous ces arbres; les meilleurs font: ceux qui donnent le 
moins de fruit. L’abondance des fruits divife la féve. : Faites tremper la 
femence du Meurier dans de l’eau où vous avez fait tremper de h fiente de : 
poules, nourries avec des meures fraîches ou fechées au Soleil , le Meuriers 
qui viendront, de cette femence ne porteront aucun’ fruit. por 


à 


Les jeunes arbres, qu'on a trop dépouillés de leurs feuilles pendant les 
trois premières années , déviennent foibles & peu utiles. : Ceux qu'on n'é- 
monde pas foigneufement né réuffiflent pas mieux: : Dans leur cinquième an- 
née, les racines perdent leur peau (a). Le reméde eft de les découvrir, de 
couper les plus entortillées, de les recouvrir d’une terre qui leur convienne 
& de les arrofer foigneufement. Lorfqu’un arbre commence à vieillir, on 

eut lui faire réprendré de nouvelles forces en coupant au’ mois de Mars 
es branches épuifées, pour greffér, à leur place des réjettons fains. Les 
Meuriers languiflent lorfqué. les vers y logent leur femence. , Mais il eft faci- 
le de la détruire en la feringuant avec un pen d’hnile forte. 

Les Meuriers demandent une terre qui ne foit ni trop dure ni trop forte. 
Elle peut être amandée, foit avec du limon de Rivière, foit avec du fumier 
ou de la cendre. Mais fur toutes chofes l’arbré doit être émondé au mois de 

anvier, par une main habile, qui n’y laiffe qu'une feule efpèce de branches. 
Ce font celles qui fortent du tronc féparément , [ &: qui fe jettent au dehont 
de Farbré.7] On'ne doit pas laiffer aufli plus de quatre bourgeons: fur:chaque 
branche. ‘A la fin de l'automne, avant que les feuilles! commencent: à: jau- 
nir, il fautles cueillir & les faire fécher au Soleil. Enfüite les ayant: broyées 
en poudre , on les'renferme dans des: pots de tèrre bien-bouchés, dont on 
ne laiffe approcher aucune fumée, Au printéms elles ferviront de nourritu- 
ré aux vers, après la myê 4102! 57: SniCE ent Te EE | 
: OùTRrE la méthode de greffer les: vieux arbres, ,on fe procure de nou- 
velles plantes, foit en mettant dans de pétits tubes rémplis de :bonne terre, 
13 L ft0 1 4 ji nec li rod : à $ des 


(a) Du Halde, de qui tout ce détail eft arbres perdent leur vigueur, lorfque leurs r4° 
tiré, dit que vers leur cinquiémé année ces  cines s'enuelaffent, R. 4, E. : 


ans le Cours 
u printerts 
rieille féve, 
plantés fort 


Top À ri 
cé: de’ vers 
jaffer ‘avant 
éclore l'an. 
més arbres. 
urriflent de 
ent-ils avec 


les feuilles 
ée ne font 
e-nœuds & 
e excellente 
donnent le 
tremper la 
a fiente de : 
le Meuriers 
+ AIOMT es 
pendant les 
‘qu'on n'é- 
quième : an- 
couvrir, de 
convienne 
vieillir, on 
is de Mars 
fains. Les 
s il eft faci- 


trop forte, 
c du fumier 
au mois de 
le branches. 
t au déhontf 
: fur:chaque 
icént à jau- 
rant: broyées 
s, dont on 
de nourritu- 


ure de nou- 


bonne terre, 
des 


orfque leurs 14° 


IE 


ÉDUCATION DES VERS À Sozx. 


Devidoir 
Manier van 
t Winden 


maniere de lever des coques de dessus Les nattos 
+Opneemen der Tonnetjes van de Matten. 


Rain marie pour tuer les 


, vers. dans les coques. 
VWaterbad,om de Wurÿmen in hunne 
Tonnetjes te oden . 


67H pe) 
Mitp 


A 
7 44 


: fur Les que 
dsont Le oeuf en: 
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der Seije. # 


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SEIJE REEDERY, uit pv HALDE. 


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des. br 
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millet, 
tôt que 
L'arbre 
per toi 
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parts. 
en ligné 
placer : 
par l’om 
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fur le bo 
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gneufem 
au Sud, 
ne doubl 
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foin. On 
blancheu 
dans l’oc 
nicieux , 
dans la L 
on doit a 
parce qu’ 
extrémer 
mouches. 
foie. On 
neuf ou c 
& difpof 
ge foit lit 
aftez ouv 
introduit. 
ce qu'ils 
éclore, d 
peut appo 
Îtante, pa 
VIIL , 


DE LA CHINE, Lrv. Ii. Cap. HI. 113 


des branches faines qu’on entrelffe enfemble; foit en prenant foin au printems 
de courber les branches qui n’ont point été coupées, & de les faire entrer par 
le bout dans une terre bien préparée. Elles y prennent racine au mois de Dé- 
cembre, après quoi, les féparant du corps de l'arbre, on les tranfplante dans 
la faifon convenable, On féme aufñi de la graine de Meurier. Mais elle doit ê- 
tre choifie fur les meilleurs arbres, & prife du fruit qui croît au milieu des 
branches. Pour diftinguer la plus féconde, on la mêle avec des cendres de 
branches brû!$es. Le lendemain, on remue tout enfemble dans de l’eau. La 
graine inutile flotte au-deflus, & la bonne graine fe précipite au fond.  En- 
fuite, après l'avoir fait fécher au Soleil, on la féme avec une égale quantité de 
millet, qui garantit l'arbre, .en croiflant, de l’ardeur excefivedu Soleil. Auñi- 
tôt que le millec eft mûr, on choifit un temps venteux pour y mettre le feu. 
L'arbre en acquiert beaucoup plus de force au printems fuivant. On doit cou- 
per toutes les branches jufqu’a ce qu’il foit parvenu à fa grandeur naturelle. 
Alors c’eft le fommet qu'on coupe, pour faire poufler les branches de toutes 
parts. Enfin, les jeunes arbres 1e tranfplantent à neuf ou dix pas de diftance, 
en lignes éloignées de quatre pas entr'elles; mais on obferve de ne les pas 
placer vis-à-vis l’un de l'autre, de peur apparemment qu'ils ne s’entrenuifent 
par l’ombre. k 

ON choifit, pour loger les vers à foie, un terrain fec, qui s’éleve unpeu, 
fur le bord d’un ruiffeau, parce que les œufs doivent être fouvent lavés dans 
l’eau courante; loin de tout ce qui a l'apparence de: fumier ou d’égout; loin 
des beftiaux & du bruit; car les odeurs défagréables & le moindre bruit, l’a- 
boyement même d’un chien ou le cri d’un coq y caufe de l’altération lorfqu'ils 
font nouvellement éclos. L'édifice doit être quarré, & les murs fermés foi- 
gneufement pour y entretenir la chaleur. On prend foin de tourner la porte 
au Sud, -ou du moins au Sud-Eft, mais jamais au Nord, & de la couvrir d'u- 
ne double natte, dans:la crainte des vents-coulis. Cependant on ménage une 
fenêtre de chaque côté, pour donner paflage à l’air quand les œufs en ont be. 
foin. On les tient fermées dans tout autre tem5. Elles font de papier & d’une 
blancheur tranfparente, avec des nattes mobiles par derrière, pour recevoir 
dans l’occafon ou pour exclure la lumière, & pour écarter aufi les vents per- 
nicieux , tels que ceux du Sud & du Sud-Oueft, qui ne doivent jamais entrer 
dans la Loge. En ouvrant une fenêtre, pour introduire un peu de fraîcheur, 
on doit apporter beauraup d'attention à chaffer les mouches & les coufins, 
parce qu’ils laiffent toûjours dans les cafés quelqn'ardnre qui rend l'opération 
extrémement difficile. Aufñfi le plus sûr eft-il de la hâter avant la faifon des 
mouches. Les petits lézards & les rats ont beaucoup d’avidité pour les vers à 
foie. On employe des chats pour les détruire. La chambre doit être fournie de 
neuf ou dix rangées de tablettes, neuf ou dix pouces l’une au-déflus de l’autre, 
& difpofées de manière qu’il refte un efpace ouvert au milieu, & que le paf. 
ge foit libre autour de la Loge. Sur ces tablettes on place des claies de jonc, 
afez ouvertes pour recevoir d’abord la chaleur & fucceflivement l’air qu’on 
introduit. C’eft fur ces claies qu’on fait éclore & qu'on nourrit les vers jufc vÀ 
ce qu'ils foient en état de filer. Comme il eft fort important qu'ils puiflent 
éclore, dormir, s’éveiller, fe nourrir & jetter leur peau tous enfemble, onne 
peut apporter trop de foin à conferver dans la Loge une chaleur égale & con- 
Îtante, par des feux couverts dans des poiles, qui doivent être placés aux coins de 

VIIL Part. P l'édifice, 


VERS À SsÔIx 
DE LA CHINE, 


Diftin@tion 
de la graine. 


Prorès de 


l'arbre. 


Logement 
des vers à 
foie, 


Borne de 
l'édilice. 


Ordre qui 
doity régner. 


Chaleur 
qu'ily faut 
entretenir. 


VERS A SOI 
DE LA CHINE, 


Précaution 
contre le So- 
leil couchant, 


Diftinétion 
des mues, 


Comment on 
les place, 


Ce qu'onen 
fait après. 


Soins nécef- 
faires pour les 
œufs, . 


114 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


l'édifice, ou par le fecours d’une bafinoire qu’on tranfporte de tous les côtés. 
La précaution de couvrir le feu de cendre, a pour but d'empêcher la flamme 
& la fumée, qui font également nuïfibles. La fiente de vache, féchée au So- 
lil, eft ce qu'il y a de plus propre à brûler dans cette occafion, parce que les 


‘ vers en aiment l'odeur. 


Ox étend fur chaque claie une couche de paille, hachée fort menu, fur 
laquelle on met une longue feuille de papier, qu’on a pris foin d'adoucir en la 
frottant doucement avec la main. Lorfque cette feuille eft fouillée par l'ordu- 
re des vers, on la couvre d'un filet, & le filet, de feuilles de Meurier, dont 
l'odeur attire la couvée, qu'on prend pour la placer fur une nouvelle claie pen- 
dant qu’on nétoye la première. L’Auteur Chinois confeille d'élever un mur ou 
une paliffade fort ferrée au bout de la Loge, fur-tout du côté de l'Oueit, afin 
qu'en y laiffant entrer l'air, on ne fafle pas tomber fur les vers la réfléxion du 
Soleil couchant. 

LEs coques quifontunpeu pointues, mieux fermées, pins helles & pluspe- 
tites que les autres, contiennent les mues males. Celles qui font plus rondes, 
plusgroffes, plusépaifles, font les femelles. On choïfit fouvent la couvée dans 
les coques, & l’on regarde comme la meilleure celle qui eft la plus claire, un 
peu tranfparente, nette & pefante. Mais il vaut mieux attendre pour ce choix 
qu’elle foit fortie de la coque; ce qui arrive peu après le quatorzième jour de 
la retraite des vers. Ceux qui fortent un. jour plûtôt que les autres doivent être 
abandonnés. On doit prendre ceux qui fortent en grand nombre le jour fui- 
vant, & rejetter aufli ceux qui paroiflent les derniers, comme ceux qui ont 
les aîles courbées, les fourcils chauves, la queue féche & le ventre rougeûtre, 
fans poil. Ces mues inutiles doivent être placées à part. 

LorsquE le choix eft fait, on met enfemble les mâles & les femelles fur 
des feuilles de papier, compofé d’écorce de Meurièr & non de toile de chan- 
vre & fortifié avec du fil de foie ou de coton, collé au revers, parce qu'étant 
couvert d'œufs il doit être trempé trois fois dans de l’eau convenable. Les 
feuilles doivent être étendues fur desnattes, bien couvertes de paille; & lorf- 


que les mues ont été enfemble l’efpace d'environ douze heures, on doît retirer : 


les mâles pour les placer avecles muesrejettées. Si elles demeuroïent plus long- 
tems fur les feuilles , les œufs de la dernière conception n'écloroient point 
avec les autres; inconvénient qu’il faut foigneufement éviter. Il faut donner 


de la place aux femelles & ne pas manquer de les couvrir, parce que l’obfcu- 
rité les empêche de difperfer urup leuis œufs. Après leur ponte, on continue 


de les tenir couvertes pendant quatre ou cinq jours. Enfuite toutes ces mues, 
avec celles qu’on a mifes à part, ou qu'on a tirées mortes des coques, doivent 
être enterrées affez profondément. Elles infeéteroient fans diftinétion, tous 
les animaux qui pourroïient y toucher. On prétend même que fi elles étoient 
enterrées dans divers endroits du même champ, il ne produiroit point pendant 
plufieurs années de ronces ni de plantes épineufes.. D'autres affürent que rien 
n'eft meilleur pour en aïfler le poiffon dans les étangs (b). 

A l'égard des œufs, ceux qui s'attachent enfemble doivent être mis au re- 
but, On fufpend enfuite les feuilles de papier aux folives de la Loge, qui doit 
être 


(>) Chine du Püre du Halde, page 375 & fuivantes. 


ration 
de m: 


les côtés, 
la flamme 
ée au So- 
ce que les 


nenu, fur 
ucir en la 
par l'ordu- 
rier, dont 
> claie pen- 
un mur où 
Dueft, afin 
sfléxion du 


& pluspe- 
us rondes, 
ouvée dans 
claire, un 
ur ce choix 
me jour de 
doivent être 
le jour fui- 
eux qui ont 
> rougeûtre , 


femelles fur 
ile de chan- 
rce qu'étant 
nable. Les 
lle; & lorf- 


doit retirer : 


nt pluslong- 
oient point 
faut donner 
que l'obfcu- 
on continue 
s ces mues, 
es, doivent 
tion, tous 
elles étoient 
int pendant 
nt que rien 


e mis au fC- 
ge, qui doit 
être 


| être alors ouverte, pour y faire entrer le vent; mais le Soleil ne doit pas tom- 
ber fur les œufs, & le côté de chaque feuille fur lequel ils font placés ne doit 
pas être tourné vers le dehors. Le feu qui échauffe la Loge ne doit produire 
ni flamme ni fumée. Il faut prendre garde aufli qu'aucune corde de chanvre 
n’approche des vers ni des œufs. Lorfque les feuilles ont été fufpendues plu- 
fieurs jours, on les prend pour les rouler, fans les ferrer trop; bien entendu 
que les œufs doivent être dans l’intérieur. Il ne réfte plus qu’à les fufpendre au 

‘même lieu, pour y demeurer dans cette fituation pendant tout le cours de l'E- 
té & de l'Automne. 

A la fin de Décembre, ou pendant le mois de Janvier lorfqu’il y a un mois 
intercalaire, on met les œufs dans de l'eau fraîche de rivière, où l’on a fait 
difloudre un peu de fel, en obfervant qu’elle ne fe glace point, & les cou- 
vrant d’un plat de porcelaine, afin que les feuilles ne nâgent point au hazard. 
On les tire de l’eau deux jours après, pour les fufpendre encore. Auff-tôt 
qu’elles font féches, on les‘roule un peu plus ferrées, & chacune ft renfer- 
mée féparéiuent dans un vafe de terre, les deux bouts du cornet de haut en 
bas. Énfuite une fois tous les dix jours on les expofe au Soleil, dans un lieu 
couvert, où la rofée ne puiffe pas tomber; & l’on choifit même un tems où 
le Soleil foit fort éclatant, après une petite pluie. On les remet enfuite dans la 
même fituation. Quelques-uns les font repofer l’efpace d’un jour entier fur 
une couche de cendres de Meurier; après quoi ils les mettent quelques mo- 
mens dans de l’eau de nége, ou les fufpendent pendant trois nuits aux bran- 
ches d’un Meurier, pour y recevoir la nége ou la pluie, fi l’une ou l’autre 
n’eft pas trop violente. T'outes ces efpèces de bains rendent la foie plus forte 
& plus aifée à devider. Mais leur principal ufage eft de conferver la chaleur 
-centrale dans les œufs. |; 

LE tems de faire éclore les œufs eft lorfque les feuilles commencent à pa- 
roître fur les Meuriers. Ils font hâtés ou retardés, fuivant le degré de chaleur 
ou de froid dans lequel on a pris foin de les entretenir. On les avance beau- 
-coup lorfqu’on fait prendre fouvent le jour aux feuilles, & qu’on ne les. ferre 
pas trop en les roulant pour les replacer dans le-vafe de terre. Au contraire, 
on les retarde par la méthode oppofée. Lorfque les vers font prêts à fortir, 
les œufs paroiffent enfler & leur rondeur prend une petite pointe. Trois jours 


‘avant qu'ils commencent d’éclore, on choifit, fur les dix heures, un tems fe- 


rain, oùle vent fe falle un peu fentir; ce qui.eft fort ordinaire dans cette fai- 
fon: & l’on tire du vafe les feuilles roulées, qu’on étend de toute leur lon- 
gueur, en préfentant le revers au Solcil pour faire aCyuérir par degrés aux 
œufs une douce chaleur. Enfuite on les roule encore; & le vafe, dans lequel 
on les remet, ft placé dans un lieu chaud. La même opération étant répétée 
le jour fuivant, on s’apperçoit que les œufs changent de couleur & qu'ils de- 
viennent gris cendré. Alors on joint deux feuilles enfemble, & is roulant 
plus ferrées, on les lie par les deux bouts. 

LE troifième jour, avant la nuit, on ouvre les feuilles. On les étend fur 
une natte fine. Les œufs paroiffent alors blanchâtres. S'il s’en trouve quel- 
ques-uns d’éclos, ils doivent être rejettés; car ceux qui n’éclofént point dans 
le même temps que les autres, ne s'accordent jamais avec eux pour leurs opé- 
rations communes, telles que de fe décharger de leurs ordures, de marcher, 
de manger, & ce qui cft le plus important, pour celle de commencer leurs 

P 2 coques 


0 


DE LA CHINE, Lrv. IL Ca». Ill 115 


VERS A SOIE 
DE LA CHINE. 


Tems deles 
faire éclore. 


Méthode 
qu’on obfer- 
ve, 


Degrés de 
gette Opéri- 


titi. 


VERS A SOIE 
DE LA CHINE, 


Couleur des 


versdela 


bonne cfpèce, 


Néceffité de 


les pefer. 


Choix d’une 


femme pour 
les élever, 


Lumières 
qu'on a tirées 
de l'expérien- 
ce. | 


Ce qui in- 


commode Îes 


vers à foic, 


116 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


coques. Ces vers irréguliers cauferoient beaucoup d’embarras & de perte en 
changeant l’ordre auquel on eft accoutumé, On roule alors trois feuilles en- 
femble, pour les mettré dans un lieu chaud, qui foit à couvert des vents du 
Sud. Le lendemain, vers dix ou onze heures, on eft furpris, en les ouvrant À 
de les trouver pleines de vers, qu'on prendroit pour autant de petites fourmies 
blanches. Les œufs qui ne font point éclos une demie-heure après, doivent 
être jettés, comme ceux qui ont la tête plate, ceux qui font ridés ou comme 
écorchés, ou jaunes, bleu-céleftes & couleur de chair. La bonne efpèce a la 
couleur d’une montagne vûe dans l'éloignement. L’Auteur conféille de pefer 
d'abord la feuille qui contient les vers nouvellement éclos ; enfuite, de la tenir 
panchée & prefqu’entièrement tournée vers une autre feuille de papier, par- 
femée de feuilles de Méurier, qui doivent avoir été préparées comme on l’a 
déja fait obferver. L’odeur ne manque point d'attirer -les petits vers affimés. 
Mais les plus lents doivent être: aidés avec une plume, ou en frappant douce- 
ment fur le dos du papier. Si l’on pèfe enfüuite la feuille à part, on connoîtra 
éxaétement le poids des vers. Cette connoiffance efl néceffaire pour fupputer 


combien leur nourriture demandera de livres de feuilles, & quel fera le poids 


des coques, en fuppofant qu’il n'arrive aucun accident. 

On 2 befoin d’une femme pour l'éducation dela couvée. Avant que dé pren- 
dre pofleffion de cetoffice, elle doit s'être lavée & s’être revêtue d'un habit qui 
n’ait rien de défagréable dans l'odeur. Elle doit avoir paflé quelque tems fans 
manger, & fur-tout n'avoir pas manié de chicorée fauvage, parce que l’o- 
deur en ceft fort nuifble aux jeunes vers. Son habit doit être d’une étofe 
légère & fans doublure, afin qu'elle puifle mieux juger du degré de chaleur, 
& diminuer ou augmenter le feu dans la loge. Ces infeétes ne fçauroient être 
ménagés avec trop de foin. Chaque jour eft une année pour eux. Ila fes 
quatre faifons. Le matin! eft leur printems; le midi, leur Eté ; le foir, leur 
automne, & la nuit, leur hyver. L’expérience a fait reconnoître, ro. que 
les œufs demandent beaucoup de fraîcheur avant que d’éclore; 29, qu’étant 
éclos & femblables à des fourmies , ils ont befoin de beaucoup de chaleur ; 
30. que lorfqu’ils deviennent chenilles & qu’ils approchent du tems de la mue, 
ils doivent être entretenus dans une chaleur modérée; 40. qu'après la grande 
mue, c’eft la fraîcheur qui-leur convient ; 5°. que für leur déclin & lorfqu'ils 
approchent de la vicilleffe la chaleur doit leur être communiquée par de- 
grés; 6. quele grand chaud leur eft néceffaire lorfqu’ils travaillent à leurs 
coques. 

Mais ou ne peur éloiguer avec trop de foin tout ce qui leur eft incom- 
mode. Ils ont une averfion particulière pour le chanvre, pour les feuilles 
mouillées & pour celles qui font échauffées par le Soleil. Lorfqu'ils font nou- 
vellement éclos , ils font incommodés par la pouflière qui s’éléve en nétoyant 
lcur Loge, par l'humidité de la terre, par les mouches & les coufins, par 
l'odeur du poiffon grillé, des poils brûlés, du mufc, de la fumée; par l'ha- 
leine feule, fi’ elle fent le vin, le gingembre, la laitue ou la chicorée fauva- 
ge; par le grand bruit, la malpropreté, les rayons du Soleil, la lumiére 
d’une lampe pendant la nuit, par l'air qui pafle au travers d'une fente, par 
un grand vent, par l'excès du chaud & du froid, fur-tout par le pañlage fu: 
bit de l’un à l'autre. Quant à leur nourriture, les feuilles humides, celles 
qui ont féché au Soleil.ow par un trop grand vent, & celles qui ont contraëté 

quelque 


quelqu 
dies. 
fort n 
dant le 
dres , 
as bri 
Fes , d 
n'y foi 
ort. 
À APR 
comme 
la coups 
tiéres, 
blancs, 
nourritu 
fin , l’ufe 
à-fait ja 
Les 
doit leur! 
fois par 
moins m 
de nourr 
chaleur d 
ôtent l’af 
brins de 
diffiper le 
volet de 
EN les 
qu déper 
ans l'efp: 
(d) eft d 
cinq once 
pas plus d 
rante jour 
Lorsc 
nourriture 
ne la dige 
qualité mc 
un mCt, : 
ge eft diff 
Lorfqu’ils 
faut leur: € 
vent, L’ez 


(c) Ang! 
(d) La tr 
lez claire 


èérte en 
lles en- 
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uvrant, 
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doivent 
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de pefer 
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er, pat- 
ne on l’a 
affamés. 
t douce- 
onnoîtra 
fupputer 
, le poids 


‘dé pren- 
habit qui 
tems fans 
que l'o- 
ne étofé 
chaleur, 
oient être 
Iafes 
foir, leur 
, 1°. que 
, qu'étant 
B chaleur ; 
le la mue, 
la grande 
lorfqu’ils 
e par de- 
bnt à leurs 


ft incom- 
s feuilles 
font nou- 
nétoyant 
fins, par 
par l'ha- 
ce fauva- 
la lumiére 
ente, par 
affage fu: 
les, celles 
contraété 
quelque 


D'E LA CHINE, Liv. Il. Car. Ill. 117 


quelque mauvais goût , font les caufes les plus ordinaires de leurs mala- 
dies. Il faut cueillir les feuilles deux ou trois jours d'avance, & les tenir 
fort nettes dans un lieu expofé à l'air. Onne doit point oublier, pen- 
dant les trois premiers jours, de donner aux vers les feuilles les plus ten- 
dres, coupées en petits fils, avec un couteau fort tranchant, pour ne les. 
pas brifer. On ne doit pas moins obferver, en faifant provifion de feuil- 
les, de fe fervir d'un grand panier ou d'un grand filet, afin qu'elles. 
n'y foient pas trop preflées & qu’elles ne fe flétriffent point dans le tranf- 
ort. 

APRÈS les trois ou quatre premiers jours , lorfque la couleur des vers. 
commence à tourner fur le rouge (c), il faut augmenter leur nourriture, fans 
la couper fi menue. Lorfqu'ils deviennent noirs on leur donne les feuilles en- 
tières, & la quantité doit encore augmenter. Enfuite, lorfqu’ils redeviennent 
blancs, & que leur appétit commence à diminuer, il faut inner auf leur 
nourriture. On doit la diminuer encore plus, lorfqu'ils deviennentjaunes. En- 
fin, l’ufage de la Chine eit de ne leur rieu donner lorfqu’ils font devenus tout- 
à-fait jaunes. Ils doivent être traités de même à chaque mue. 

Les vers mangent également nuit & jour. Aufi-tôt qu’ils font éclos, on 
doit leur offrir à manger quarante-huit fois le premier jour, c’eft-à-dire, deux 
fois par heure; trente fois le fecond jour, & les feuilles doivent être coupées 
moins menues. On continue cette diminution le troifième jour. Si la quantité 
de nourriture n’eft pas proportionnée à leur faim, ils font fujets à des excès de 
chaleur qui caufent leur deftruétion. Comme la pluie & les tems nubileux leur 
ôtent l'appétit, on doit allumer, immédiatement avant leur repas, quelques: 
brins de paille féche, dont la flamme doit s'étendre également fur eux, pour 
difiper le froid ou l'humidité qui les engourdit; ou du moins, .il faut ôter le 
volet de la fenêtre & leur laiffer quelque-tems la communication du jour. 

EN les faifant fouvent manger, on: les fait croître plus vîte,. & c’eft de:là 

ue dépend le principal profit des vers à foie. S'ils parviennent à leur maturité 
si l'efpace de vingt-cinq jours, une claie qui en eft couverte & dontle poids 
(d) eft d'un ZJyen, c’eft-a-dire, d'un peu plus d’une dragme, produira vingt- 
cinq onces de foie. Mais s’ils ont befoin de vingt-huit jours, ils ne donneront. 
pas plus de vingt onces. S'ils retardent jufqu’à la fin du mois, ou jufqu’à qua- 
rante jours, on n’en tire que dix onces. | 

LoRsQU'ILs font parvenus à leur pleine grandeur, il faut leur donner une 
nourriture aifée; peu à la fais, mais fouvent, comme dansleur jeunefle. S'ils 
ne la digèrent point lorfqu'ils commencent à filer, les coques prennent une 
qualité moiteufe, tirant fur le fel, qui rend la foie fort difficile à devider. En 
un met, vingt-quatre. ou vingt-cinq jours après qu’ils font éclos, plusl’ouvra- 
ge eft différé, plus ils confomment de feuilles & moins ils produifent de foie, 
Lorfqu’ils ont jetté leur peau, ce qu'ils ne font point fans quelque lenteur, il 
faut leur donner des feuilles coupées fort menu, en petite quantité, mais fou- 
vent. L’excès du chaud ou du froid leur caufe des maladies. Pour remédier au 


dernier , 
(ce) Angl. à tourner fur le blanc, R. d. E. 
(d) La traduétion ne fait pas comprendre 
uz clairement qu’il s'agit ii du poids des 


P'£ 


vers, lorfqu’on les a pefës dabord après leur: 
fortie des œufs, R, d. L, 


VERS A SOIE 
LE LA CHine, 


Degrés 
qu'on obferve 
dans leur 
nourriture. 


Précautions 
néceflaircs. 


Réple pour 
le prolit qu'on 
tire des vers à 
foie. 


VERS A SOI£ 
DE LA CHINE, 


Maladies de 
chaleur, 


Autres ma- 


.jadies des 


vers à foie, 


Manière de 


faire filer les 
Vurs, 


118 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


dérhier , il fuffit d'entretenir un feu modéré dans leur Loge. Mais fi malgré 
cela, le froïd.les faïfit, par la négligence des gardes à fermer les fenêtres ou 
à leur donner des feuilles de Meurier bien féches, il leur ôte l'appétit & leur 
donne une forte de flux. Au lieu d’excrémens, ils ne rendent qu'une écume à. 
queufe. Dans cet état, la fiente de vaches brûlée leur rend la vie. 
‘ Les inconvéniens de la chaleur viennent, ou de les laïffer trop. long:tems 
fans nourriture, ou de la qualité & de la quantité de leurs alimens, ou des in. 
commodités de leur fituation, ou d’une ardeur brûlante qui fe répand tout d'un 
coup dans l'air. Dans le dernier cas on ouvre une ou plufieurs fenêtres, mais 
tojours du côté contraire au vent; & fi l'air même eit trop chaud, on place 
devant la fenêtre un vafe rempli d’eau fraîche. Onarrofe auffi la chambre d’eau. 
Pour un excès de chaleur interne, après avoir un péu humeété leur nourriture 
ordinaire, on y mêle de cette poudre de Meurier dont on a déja parlé, qui les 
fortifie beaucoup ; mais on diminue la quantité de feuilles. ‘ 
LA plus commune & la plus dangeréufe de toutes lenrs maladies-vient d'un 
autre excès de chaleur, .caufé par l'inconvénient d’une fituation troprefferrée, 
Aufi-tôt qu’ils font éclos, ils demandent d’être fort au large, füur-tont lorf. 
qu’ils font devenus chenilles & que l'humidité commence à les dominer. Quoi. 
que d'eux-mêmes ils ne foient pas fort propres, la malpropreté leur eft très. 
nuifible. Leurs exerémens, qu’ils jettent enabondance, fermentent bien-tôt & 
les échauffent beaucoup, fi l'on n'a pas foin de les nétoyer à propos avec une 
plume; ou, ce qui eft encore mieux, en les faifant changer ouvent de claie, 
fur-tout lorfqu’ils approchent de la mue. -Ce changement doit fe faire avec 
beaucoup de précaution, & tous doivent être déplacés dans le même tem 
La moindre chute où la moindre compreffion leur feroït tort. Quelquefois, 
pour rendre le fecours plus prompt, on jette fur eux de la paille féche, ha- 
chée fort menu & mêlée de feuilles de Meurier, qui les dégage des ordures 
dont ils font environnés.  Lorfqu’ils ont atteint une certaine groffeur, on di- 
vife en trois parties la couvée qui eft fur une claïe, pour les placer fur trois 
claies différentes, On les fubdivife enfuite fur fix -claies, & cette divifion 
continue jufqu’au-hombre de vingt ou plus, parce qu’étant remplis d'humeurs, 
ils-doivent être féparés les uns des autres. R 
LE moment qu'il faut choifir pour les tranfporter dans la nouvelle Loge où 
il doivent filer, eft lorfque leur couleur fe change en un jaune brillant. L’Au- 
teur Chinois propofe, pour les loger, une efpèce de galerie de bois, dont 
le dedans fait fort clair (e). Elle doit être divifée en partitions, chacune 
avec fa petite tablette, fur laquellé on puifle placer les ‘vers. Is ne man- 
queront point de fe ranger éux-mêmes dans l'ordre qui leur convient. Cette 
Loge doit être aflez fpacieufe pour le paffage d'un homme & pour y entrere. 
nir , au milieu, un feu modéré, plus nécefflaire que jamais contre les incon- 
véniens de lhumidité. Le feu ne doit point avoir P us de chaleur. qu'il n'en 
faut pour foutenir les vers dans l’ardeur du travail & pour rendre la foie 
plus tranfparente. : 
: TLs doivent être entourés de nattes , à quelque diftance, & le fommet de 


la galerie ou de la machine de bois doit en être aufli couvert, non-feulement 
pour 


Ce) Angl, dont le dedans foit vuide & le toit tant foit peu incliné. R, d, E, 


fi malgré 
nêtres ou 
it & leur 
écume 4- 


long-tems 
ou des in- 
| tout d’un 
tres, mais 
, on place 
nbre d’eau, 
nourriture 
lé, qui les 


vient d’un 
prefferrée, 
r-tout lorf: 
ner. Quoi: 
ur eft très- 
 bien-tôt & 
js avec une 
nt declaic, 
. faire avec 
même tems, 
Juelquefois, 
féche, ha: 
des ordures 
eur, on di- 

er fur trois 
tte divifion 
d'humeurs, 


le Loge où 
lant. L’Av- 
bois, dont 
s, chacune 
ls ne man- 
ent. Cette 
r y entretc- 
e les incon- 
ér.qu’il n'en 
dre la foie 
fommet de 


-feulement 
pour 


ED UCATION »pzs VER: 


eHaniere de devider la Soie des Cogues 
dans une chaudiere d'eau chaude. 

t Winden 1j 
in een Bekken‘met Warm-water” 


. è autre manier … 
+Winden van de Tonnetjes 
in een Brouw-Ketel . 


’ 
AS 


SE  SFIIKKKKKKKKK 
, 


æ 
pe 


“ii d 


il 


er Seije van de Tonnetjes, 


S À Sozz : 


De NSEIJE REFEDERY, uit pv 


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DE SEIJE -REEDERTY, uit pu HarDe. 


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Jongues, 
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foie gro 
Qu 0! 
on peut: 


(f) A 


DE LA CHINE,Lriv. Il Car. III. t19 


pour couper Île affage à l'air extérieur , mais encore parce que les vers fe Venus à re 
jaifent à travailler dans l'obfcurité. Cependant, aprés trois jours de tra. P# LACHINE, 
vail, il faut retirer les nattes, depuis une heure jufqu'à trois , pour faire en- 

trer le Soleil dans la Loge, mais de manière que fes rayons ne tombent pas 

fur les vers. On:les préferve des effets du tonnerre & des éclairs, en les 

couvrant des mêmes feuilles de papier qui ont fervi fur les claies. 

LEs coques étant achevées dans l'efpace de fept jours, on les raffemble en Conduité 
tas jufqu’au tems d’en tirer la foie. Mais on commence par mettre à part cel- a Liber 
les qui font deftinées pour Ja propagation, fur des chies, dans un lieu frais où 
l'air puiffe pénétrer. Les mues foulées, ou trop échauffées dans les tas , réufi- 
roient moins heureufement, fur-tout les femelles, qui ne produiroient pas des 
œufs fains.. Au bout de fept autres jours, les mues fortent de leurs coques. 

On doit apporter beaucoup de foin à tuer celles qui ne doivent pas fortir, fans 

endommager l'ouvrage. Les coques ne doivent étre mifes dans le chaudron 

qu'antan qu’elles peuvent étre aifément devidées ; car Jes y Jaiffer tremper 

trop long-tems, ce feroit gâter la foie. La meilleure méthode feroit d'y em- 

ployerun aflez grand nombre d'ouvriers pour les devider toutes en même-tems. 

L’Auteur Chinois aflure qu'en un jour cinq hommes peuvent devider trente 

livres de coques, fournir à deux autres honimes autant de foic qu’ils en peu- 

vent mettre en échevaux; c’eft à-dire, environ dix livres. Mais, à ce dé- 

faut, il donne trois moyens d'empécher que les coques ne foient percées. D dd 
1°. IL faut les laïffer l'efpace d’un jour expofées au Soleil, qui à la vérité Rd ee 

nuit un peu à la foie, mais qui tue imfailltblement les vers. 2°. On peut les LS ere. 

mettre au bain-marie, en jettant dans le chaudron une once de fel & une de- 

mie-once d'huile de navette; ce qui ne peut rendre la foie que meilleure & 

plus aifée à devider. La machine qui contient les coques doit être placée fort 

droit dans la chaudière, & le fommet fi bien couvert &X fi bien lutté qu iln'en 

forte aucune vapeur. Mais fi ce bain n’eft pas foigneufement conduit, quan- 

tité de vers on de papillons perceront leurs coques. Auf duic-ïl être plus 

long pour les coques les plus fermes &les plus dures, qui renferment Ja foic 

grotfiére, que pour les coques fines. Lorfque les petits animaux font morts, 

il faut étendre les coques fur des nattes; &, file cems eft frais, les couvrir 

de petites branches de Sauleou de Meurier. 

LA troifième méthode & la meilleure pour tuer les mues, eft de remplir de 

coques plufieurs grands vaifleaux de terre & d'y jetter une certaine quantité de 
efel (F). On les couvre enfuite de grandes feuilles féches , [telles que font. 
celles de Nenuphar,] & l’on bouche foigneufement | ouverture dés vañfeaux. 
Sept jours fuffifent pour faire mourir aini les vers. Mais s'il s’y gliffe un peu 
d'air, ils vivent affez long-tems pour percer leurs coques. En mettant les 
coques dans les vaiffeaux, il ne faut pas manquer de féparer celles qui font 
longues, blanches & luifantes , de celles qui font épaifles & d'an bleu-ob- 
fcur. Les premières donnent la foie fine. Les autres ne fourniffent qu’une 
foie grofhire. : A , 7 | 

Quoique la faifon fa plus propre à toutes ces opérations foit le printems ; | Saifons pros : 

on peut faire éclore aufli les œufs dans le cours de l'Eté & de l’Automne, & PF dlairee 


À clore les vers % 
meme à foiges® 


CALLLAN TEE EEE ET EEE NT SUN NES 


{F) Ang. & d'y jetter quatre onces de fel, fur dix livres de coques. R, d, E. 


VERS à 6OIE 
DE LA CuiNE. 


Obfervations 
furles tems 
qui convien- 
nent aux vers 
à foie. 


Manière u- 
tile de leur 
faire filer la 
foie, 


Planches qui 
repréfentent 
les figures. 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


même chaque mois après la.récolte du Printems. Mais fi toutle monde vouloit 
profiter de cette facilité, les Meuriers ne fourniroient point aflez denoufriture, 
D'ailleurs, s'ils étoient épuifés dans un an, il n’en refteroit pas pour le prin. 
tems d'après, C’eft ce qui fait penfer à l'Auteur qu'il vaut mieux ne faire 
éclore qu'un petit nombre de vers en Eté, & faire feulement une bonne pro. 
vifion d'œufs pour l’Automne. Il préfère cette dernière faifon au Printems, 
parce que le Printems étant la faifon de la pluie & des vents dans les Par. 
ties Méridionaies, ie profit qu'on attend du travail des vers à foic eft plus 
incertain qu'en Automne, où le tems eft d’une férénité continuelle. 2o, Quoi- 
qu'en Automne les vers ne puiflent trouver, pour nourriture, des feuilles 
auîMi tendres qu’au printems, alors du moins ils n’ont rien à craindre des cou. 
fins & des mofquites. 

Les vers à foie élevés pendant l'Eté doivent être entretenus dans une 
grande fraicheur, avec l'attention de couvrir les fenêtres de gaze, pour é. 
loigner les coufins. Ceux qu'on élève en Automne ont d’abord befoin de 
fraîcheur; mais après les mues & lorfqu’ils commencent à filer, ils deman- 
dent plus de chaleur qu’au Printems, parce que l’air devient froid pendant 
les nuits. En un mot, les œufs qu’ils pondent alors ne répondent pas toi. 
jours à l’efpérance du maître. 

S1 l’on garde les œufs d'Eté pour les faire éclore en Automne, il faut 
les renfermer dans un vaifleau de terre, qu'on met dans une grande chau- 
dière remplie d’eau fraîche, & l'eau doit s'élever autant que les œufs. Et. 
elle plus haute ? les œufs périffent. Efl-elle plus baffle ? la force leur man. 
que pour éclore. Si l'on obférve ce confeil, ils écloront en vingt & un 
jours. Mais s’ils tardent plus long-tems , ils meurent, ou ne donnent que 
de mauvaifes coques. 

Lorsque les vers font prêts à filer, fi l’on a foin de les mettre fur le 
dos. d’une coupe renverfée & de les couvrir de papier, ils fileront une piéce 
de foie plate, rande & menue, comme une efpéce d’oublie, qui ne fera pas 
chargée de cette matière vifqneufe qu'ils rendent dans les coques loriqu'ils y de- 
meurent long-tems renfermés, % qui fera auffi facile à devider queles coques, 
fans demander tant de précipitation. 

Aussi-TÔT quelafoieeft devidée, ons’attache immédiatement à la mettre en 
œuvre. Les Chinois y employent des inftrumens fort fimples. Mais com: 
me les Figures peuvent fervir beaucoup mieux que les explications à faire 
prendre une idée jufte de cette méchanique, on donne ici des Planches, 
qui repréfentent non-feulement les divers uftenciles qu’on employe pour les 
vers, mais encore les inftrumens dont on fait ces belles étofes de foie qui 
nous viennent de la Chine (£). 


120 


- (g) Chine du Père du Halde, pag, 359. 


Satis 
dix Cite 


Us: 


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jufriture, 
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ne faire 
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rintems, 
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Rotet à tordre les fé : 
Twyn -Molen. 


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Potet à devider les pelotons en boêines . 
+ Winden van de Kloenen op Klosfen. 


où 
1 
rie de I 
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Ps n’or 
qui not 
néralen 
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La] 
teries « 
affiettes 
pour l’o 
binets, 
fons, & 
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Cxtraorc 
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porcelai 
Fo-kyen 
rente pa 
ge; mai 
vriers de 
péens fai 
les y fab: 
réuflit m 
tériaux p 
poñeffion 
pon, d’o 
Le P£ 
ching & 
lumières 
fouvent t 
traitent d 
füivant l'1 
c'eft-à-dir 


(a) Chin 
(b) Mérr 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. Ill. I2T 


f. VIL 
Manufaîtures de Porcelaine. 


E que toutes les autres Nations de l'Europe. ont nommé Porcelaine , les 

C Anglois l'appellent China, ou China ware, qui fignifie Vaiffelle ou Pote- 
rie de la Chine. Le mot de Porcelaine n’eft pas connu des Chinois. Ils ne 
peuvent en prononcer les fyllabes, dont ils n'ont pas les fons dans leur langue. 
Îs n’ont pas même la lettre r. Mais ce mot vient probablement des Portugais, 
qui nomment une tafle ou une écuelle, Porcellana ; quoiqu'ils donnent gé- 
néralement à la poterie de la Chine le nom de Loca, & les Chinois celui de 
Tfe-ki (ay. 

LA porcelaine eft fi commune à la Chine, que malgré l'abondance des po- 
teries ordinaires, la plûpart des uftenciles domeftiques, tels que les plats, les 
affiettes, les tafles, les jattes, les pots à fleurs & les autres vafes, qui fervent 
pour l’ornement ou pour le befoin, font de porcelaine. Les chambres, les ca- 
binets, & les cuifines mêmes en font remplies. On en couvre les toîts des mai- 
fons, & quelquefois on en incrufte jufqu’aux piliers de marbre & jufqu'au de- 
hors des édifices (b). 

La belle porcelaine, qui eft d’une blancheur éclatante & d’un beau bleu-cé- 
lcfte, vient de Xing-te-ching, Village ou Bourg de la Province de Kyang-fi, 
extraordinairement vafte & peuplé (c). Il n’eft qu'à trois milles (4) de Beu- 
lyang, Ville du troifième Ordre dont il dépend, dans le diftriét de Fau-cheu- 
ju (e), Ville du premier rang de la même Province. On fabrique aufñfi de la 
porcelaine dans d’autres Provinces, comme dans celles de Quang-tong & de 
Fo-kyen; mais les Etrangers n’y peuvent être trompés, parce qu’elle eft diffé- 
rente par la couleur & la finefle. Celle de Fo-kyen eft auffi blanche que la né- 
ge; mais elle eît peu luifante & n’eft pas peinte de diverfes couleurs. Les ou- 
vriers de King-te-ching, attirés par la grandeur du commerce que les Euro- 
péens faifoient dans l’Ifle d'Emoui, y portoient autrefois leurs matériaux pour 
les y fabriquer; mais ils perdirent leurs peines, parce que cette entreprife leur 
réuffit mal. Elle n’eut pas plus de fuccès à Peking, où l’on porta auffi des ma- 
tériaux par l’ordre de l'Empereur Kang-bi. King-te-ching eft ainfi demeurée en 
poñeffion de fournir de la porcelaine à tout l'Univers, Ê 
pon, d'où l’on en vient prendre aufi. 

Le Père d'Entrecolles, Mifionaire Jéfuite, ayant une Eglife à King-te- 
ching & quantité d'ouvriers entre fes nouveaux Convertis, obtint d'eux des 
lumières éxaétes fur tout ce qui concerne la porcelaine. D'ailleurs il avoit été 
fouvent témoin de leurs opérations; il avoit confulté les Livres Chinois qui 
traitent de cette matière, fur-tout les Annales de Feu-lyang, qui contiennent, 
füivant l'ufage de la Chine, une defcription de cette Ville & de fon diftriét ; 
c'eft-à-dire, de fa fituation, de fon étendue, de la nature du terroir, des ufa- 


ges 
Li 
(a) Chine du Père du Halde, pag. 9339. Province. 
(b) Mémoires de la Chine par le Père le (d) Ou plûtôt trois lieuës, 
Conte, pag. 150. Ce) King te-ching eit à plus de quarante 


(ce) Voyez ci-deffus la Géogrtphie de cette ) milles de Faucheu, 


VII, Part. Q à) 


ans en excepter le Ja- 


PoncrLainr 
LE LA CHINE, 


D'où vient 
lenom de por- 
celaine. 


Ufage com. 
mun de la 
porcelaine à 
la Chine, 


Où fe fait la 
plus belle por. 
celaine, 


Onatenté 
inutilement 
de la faire 
ailleurs. 


D'où le Père 
d'Entrecolles 
atiré fes ln, 
mières, 


PORCELAINE 
LE LA CHINE, 


Divifion du 
fi, * en cinq 
art 6$s 


Matériaux 
dela porcelai- 
ne, & prépa- 
rations du 
vernis. 

Deux ter- 
res, 1nom- 
mées Kau-lin 
& Pe-tun-tfe. 


122 VOYAGES DANS LEMPIRE 


ges de fes Habitans, des perfonnes diflinguées par les armes, par le feavoir 
® par la probité ; des événemens extraordinaires , des marchandifes & des 
provifions qui font l'objet du Commerce, &c. Cependant on ne trouve point 
dans ces Annales comment fe nommoit l'inventeur de la porcelaine , nf les 
Chinois ont eu l'obligation de cette découverte au hazard. On y lit feule- 
ment que la porcelaine de King-te-ching eft d’une blancheur extrême, fans 
aucun défaut; & que celle qui fe wranfporte par le Commerce, n'eft connue 
que fous le nom de Précieux joyaux de Jau-cheir. : | ee 

Tour ce qui regarde les manufactures de porcelaine peut être réduit aux 
cinq articles fuivans (f). 1. Les matériaux dontelleeft compofée. 0. Les pré. 
parations de l’huile & du vernis qui lui connent fon éclat, 3. Les différentes 
efpéces de porcelaine & la manicre de les fabriquer. 4. Les couleurs qui fer- 
vent à l'embellir, & l’art de les appliquer. 5. La manière de cuire la terre & 
de lui donner le degré de chaleur convenable. Enfin, l'Auteur ajoûte quel- 
ques obfervations fur la porcelaine ancienne & moderne, & nous explique 
pourquoi les ouvriers de la Chine ne peuvent pas toûjours imiter les modéles 
Européens (£ ). ; | 

r. LA porcelaine eftcompofée de deux fortes de terres, l'une, qui fe nom- 
me Pe-tun-tfe, & l'autre, Kau-lin. Elles font apportées de Xi-muen, par la ri- 
vière, en torme de briques (h); car le territoire de King-te-ching ne pro- 
duit aucune efpèce de matériaux pour cet ouvrage. Le Kau-lin eft mélé de par- 
ticules luifantes. Le Pe-tun-tJe elt fimplement de couleur blanche & d’un trés- 
beau grain. La feconde de ces deux terres fe fait avec des pierres; mais toutes 
fortes de pierres n'y font point également propres. La bonne forte doit être 
verdâtre. Après les avoir tirées de la carrière, on les brife avec de gros mail- 
lets de fer, pour les réduire en poudre rés-fine dans des mortiers. On jette 
cette poudre dans une grande jarre remplie d’eau, qu’on remue fortement avec 
une pelle de fer. Lorfqu'elle a repofé l’efpace de quelques minutes, ils élève 
fur la furface une forte de crême, de quatre ou cinq doigts d'épaitleur > qu'on 
lève pour la mettre dans une autre jarre d'eau. Cette opération fe répéte au 
long-tems qu’il paroît de la crême ou de l'écume dans la première jarre. En- 
fuite on tire les parties groffières qui font demeurées au fond, pour recom- 
mencer à les broyer dans & mortier. À l'égard de la feconde jarre, on attend 
qu'il fe foit formé au fond une efpèce de pâte. Alors, jettant l’eau fort dou- 
cement, on met fécher la pâte dans de grands moules de bois. Maïs avant 


qu’elle foit tout-à-fait féche, on la divife en petites briques, qui fe vendent au 
cent. C’eft de leur forme & de leur couleur qu’elles tirent le nom de Pe-tun-tfe. 
Mais comme les ouvriers y laiflent toûjours beaucoup de parties groffières, on 
eft obligé à King-te-ching de la purifier encore avant que de la mettre en œu- 


vre (i). 


LE 


(f) Ce détailefttiré des Lettres Edifiantes, Vent enterrées pendant vingt, trente & cent 

qui contiennent deux Mémoires du Père d'Ene ans. | 

ecoles fur le même fujct. (i) L'Autcur croit que la terre de Malte, 
(g) Du Halde, wubi fup. pag. 178. & fuiv. nommée terre de S. Paul, eft dela méme Da 
Ch) Quelques Auteurs prétendeit que la ture, quoiqu'elle n'ait point de particules lus 

porcelaine eft compofée d'écailles d'œufs, où  fantegs . 

d'écailles d'un certain poiffon, qui fe confier 


LE À 
nes mon 
ve en m 
fert à dé 
depuis pd 
du Xau-l 
un peu d 
re que le 
font beau 
gie, & 
ouvriers 
la porcel. 

ve la coul 
APRÈ: 
vière ou d 
Enfuite l'a 
me le Kau 
facile d’en 
par les Jéf 
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aflez de cc 
leur du for 
une pâte ft 
des figures 
Ces figures 
comme une 
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pierre ou d 
de couieur 
Enfüite l'ay 
du Wa:-chi. 
2, Our: 
tfe, de Kau 


rflance blanc 


nom de 7%, 
pierre fort « 
che & que fe 
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a des taches 
gés fur un f 
que cette pi 
dans la fecor 


(k) Suivant 
chi coûte un écu 
que trente fols, 


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Joint 
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NUE 


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En- 
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un-tfe. 
:$, ON 
n Œus 


LE 


& cent 


Malte, 
dnme Das 
iles Juis 


Le Kau-lin fe treuve dans des carrières affez profondes, au cœur de certai- 
nes montagnes, dont la furface elt couverte d’une terre rougeitre. On le trou- 
ve en maîñle, donton fait des briques de la même forme que le Pe-tun-tfe. Il 
fert à donner de la fermeté à la fine porcelaine. Cependant on a découvert 
depuis peu une efpece de pierre tendre ou de craie, qu’on employe aulieu 
du Kau-lin& qui fe nomme //a-chi, parce qu’elle eft glutineufe & qu’elle tient 
un peu de la nature du favon. La porcelaine qu’on en fait eft rare & plus chè- 
re que les autres efpèces (t). Elle eft d'un plus beau grain. Ses peintures 
font beaucoup meilleures. lille eft auffi beaucoup plus légère, mais plus fra- 
gie, & le degré de chaleur plus ditlicile à trouver pour la cuire. Quelques 
ouvriers fe contentent d’en faire une colle très-fine, dans laquelle ils trempent 
Ja porcelaine féche, pour lui en faire prendre une couche avant qu'elle reçoi- 
ve la couleur & le vernis. Elle en devient beaucoup plus belle. 

APRÈS avoir tiré le #/4-chi de la carrière, on le lave dans de l’eau de ri- 
vière ou de pluie, pour le féparer de la terre jaune qui y demeure attachée. 
Enfüuite l’ayantbroyé & fait difloudre dans des jarres d’eau, on le prépare com- 
me le Kau-lin. Les ouvriers affürent qu'avec cette fimple préparation il feroit 
facile d’en faire de la porcelaine fans aucun mélange. Un Chinois, converti 
par les Jéfuites, mêéloit deux parties de Pe-tun-tfe fur huit de ÆZwchi. On 
prétend que fi l'on y mettoit plus de Pe-tun-tfe, la porcelaine n'auroit point 
aflez. de corps & fes parties ne feroient point aflez liées pour foûtenir la cha- 
leur du four. Quelquefois on fait difloudre le Wa-chi dans l'eau pour en faire 
une pâte fort claire, où trempant un pinceau, l’on en trace fur la porcelaine 
des figures de caprice, qu’on laifle fécher avant que d'y appliquer le vernis. 
Ces figures paroiffent lorfqu’il eft cuit ; elles font d’un blanc différent du fonds, 
comme une vapeur légère qui fe répand für la furface. Le blanc de Wa-chi fe 
nomme Blanc d'yvoire. 

ON peint auffi des figures fur la porcelaine avec du Cheskau , efpèce de 
pierre ou de minéral, qui reffemble à l’alun, & qui lui donne une autre forte 
de couleur blanche. Mais elle doit étre briñlée pour première préparation. 
Enfüuite l'ayant broyée, on en tire une crême par la inême méthode que celle 
du Wa:-chi. 

2. OuTRE les Barques qui arrivent à King-te-ching chargées de Pe-tun- 
fe, de Kau-lin & de #/a-chi ,on en voit d’autres qui font remplies d’une fub- 


=ftance blanchâtre & liquide, nommée Pe-yeu, ou huile de pierre, [mais le 


nom de 1, qui fignifie vernis, lui conviendroit mieux.] Elle eft tirée d'une 
pierre fort dure (7), qu’on préfère au Pe-tun-tfe, parce qu’elle eft plus blan- 
che &que fes taches font d’un verd plus foncé, L'Hiftoire de Feu-lyang, fans 
entrer dans un grand détail, rend témoignage que la pierre dont on tire l'huile 
a des taches couleur de feuilles de Cyprès Pe-chu-ye-pan, ou des marques rou- 
ges fur un fond brunâtre, à peu-près comme le linaire Zu-tchi-ma-tang. Lorf- 
que cette pierre eft préparée comme le pe-tun-tfe & que fa crême a pañlé 
dans la feconde jarre, on jette fur cent livres de cette crêéme une livre de 
che-kau 
(k) Suivant l'Aunteur, une charge de Wa 


cbi coûte un écu, & celle de Kaue-lin ne çoûte 
que trente fols, 


(4) On ne doit trouver ici rien d'étranges 
puifqu'on prétend que rette pierre fe forme 
des {els & des huiles de ja terre, , 


DE LA CHINE, Liv. IL Caar. HI. 123 


PORCÊT.ATNE 
DE LA CHINE. 

Autreterre, 
nommée Wa- 
chi, 


Préparation 
du Wbu chi, 


Sénufige, 


Che-kaw, 
autre miné- 
rul, 


Huile de 
pierre, nom- 
mée Pe-ycu, 


Son ufagé. 


PORCELAINE 
DS LA CHINE. 


Fraude à : 
redouter. 


Tf kinu, ver- 
nis de nouvel- 
le inveution. 


Peintures 
nouvellement 
découvertes. 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


124 


che-kau, qu’on a fait rougir en le brûlant au feu & qu’on a réduit.en poudre, 
C'eft comme une efpèce de ferment ou de prefure, qui lui donne fa confiften- 
ce ,.quoiqu'on prenne foin de l’entretenir toûjours liquide. 

CerrTe huile de pierre ne s’employe jamaisfeule. On la mêle avec une autre, 
qui en eft comme l'ame. On fait plulieurs couches de chaux vive réduite en 
poudre, en.y jettant un peu d'eau avec la main, & l’on y entremêle des cou- 
ches de fougère (m) féche. Enfuite, mettant le feu à la fougère, on divife 
les cendres en cinq ou fix couches de fougère féche. Si les couches font en 
plus grand nombre, l'huile n’en fera que meilleure. Après avoir amaflé une 
quantité fuffifante de cendre de chaux & de fougère, on les jette dans une 
jarre pleine d’eau, en y joignant, fur cent livres, une livre de Che-kau. On 
remue long-tems ce mélange. Il s'élève fur la furface une croûte ou une peau, 
qu'on met dans une feconde jarre, & qui forme au fond de la jarre une efpé- 
ce de pâte liquide. On jette l’eau doucement. Cette pâte eft la feconde hui. 
le, qui doit être mélée avec la précédente. Les deux huiles doivent être de la 
même épaifleur ; & pour s’en affürer, on trempe dans l’une & dans l’autre de 
petites briques de pe-tun-tfe. L’ufage eft de méler dix mefures d’huile de pier- 
re dans une mefure d’huile de fougère & de chaux. Ceux qui vont le plusal’é- 
pargne n'y en mettent jamais moins de trois mefures. On peut augmenter cet. 
te huile, & par conféquent l’altèrer, en y mettant de l’eau. (On déguife la 
fraude par un mélange proportionné de che-kau, qui empèche que la matière 
ne foit trop liquide. 

L’AuTEUR parle d'une autre efpèce de vernis, nouvellementinventé, qui 
fe nomme Tfi-kin-yeu, c'elt-à-dire, Vernis d’or bruni, Mais on devroit l'ap- 
peller plûtôt Y’ernis couleur de bronze, ou de caffé, ou de feuille morte. Il fe 
tire de la terre jaune commune , par la même méthode que le Pe-tun-tfe. Lorf. 


qu’il eft [ préparé, on en jette la matière la plus déliée ] dans l’eau, & il for.fà 


me une forte de glue, de l’épaifleur du pe-yeu, avec lequel il eft mélé. Ils 
doivent être tous deux d'une égale confiftence. S'ils entrent bien dans la brique 
de Pé-tun-tfe lorfqu’elle eft trempée dans ce mélange, ils s’incorporent avec 
elle. On mêle auffi dans le T/h-kin de l'huile de =haux & de cendres de fougè. 
re, de la même confiflence que le Pe-yeu. Maïs comme cette compofition cf 
plus claire ou plus épaifle, fuivant le degré du melange, on fait plufieurs :!: 
fais pour le reconnoïître. Par éxemple, on mêle deux mefures de T}i-kin avec 
huit mefures de pe-yeu; & fur quatre mefures de ce mélange on met une mc 
fure de vernis de chaux & de fougère. 

ON adécouvert, depuis peu d'années, l'art de peindreavec du Tjui(n), qui 
eftunecouleur violette, & de dorer la porcelaine. On a tenté aufñli d'appliquer 
un mélange de feuilles d'or avec du vernis, & de la poudre de cailloux, de 
la même manière qu’on applique l'huile rouge. Mais le vernis de Tfi-kin a paru 

lus beau & plus éclatant. L’ufage s’étoit introduit de dorer le dehors des 
Enfuite on.a changé cette mé- 
thode, 


tafles & de laifler l'intérieur tout-à-fait blanc. 


d'hui; & de-là vient, peut-être, que fa por- 
celaine de la Chine n'eft plus ff balle. 

(n) C'ett plâtôt Tyw, comme où le vai 
dans da fuite 


(m) Autrefois , avec la fougère, on fe 
fervoit du bois d'un arbre qui porte un fruit 
femblable à la nèfle, & queles Chinois nom: 
meut Setf Mais ce bois it rare aujours 


# + 


AS 


thode, pq 
ronde ou « 
Jes taches 
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fond bleu 
3. DA 
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l'autre.  P4 
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Lorfqu’il e 
où l'on s’ef 
coup d'atte 
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{ €) Chine 
& fuivontes, 


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(n), qui 
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thode, 


ue fa por- 
le, 


où le voi 


DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. I. 125 


thode, pour appliquer en deux ou trois endroits une piéce de papier mouillé, 
ronde ou quarrée , qu’on retire aprés avoir donné le vernis. Alors on peint 
les taches en rouge ou en bleu, & l’on ne manque point de les vernifier 
auf lorfque la porcelaine eft féche. Quelques-uns rempliffent ces efpaces d'un 
fond bleu ou noir, pour les dorer après la première cuifflon (o). | 

3. DANS la partie la moins fréquentée de King-te-ching , on a fait un en- 
clos de murs, qui forme une place, où l'on a conitruit un grand nombre d’ap- 
pentis. Ce font autant d’atteliers, où l’on voit une infinité de pots de terre, 
rangés en ligne les uns fur les autres. Dans cet enclos habitent quantité d'ou- 
vriers, qui ont chacun leur objet différent. Une piéce de porcelaine pañle 
entre les mains de plus de vingt perfonnes avant que d'entrer dans la four- 
naife, & de plus de foixante avant qu’elle foit cuite. 

LE premier travail confifte à purifier le pe-tun-tfe & le kaulin de leurs 
parties les plus groffières. Le Pe-tun-tfe fe purifie par la même méthode qu'on 
employe pour le faire. Le Xau-lin étant mis dans une jarre pleine d'eau, s'y 
diflout de lui-même. ; | 

APRès avoir préparé ces deux matériaux, on les mêle dans une jufte pro- 
portion. La plus belle porcelaine demande une égale quantité de l’un & de 
l'autre. Pour la médiocre , on met quatre parties de kaulin fur fix de pe: 
tun-tfe ; & pour celle du dernier ordre , le degré du mélange eft d’un à 
trois. 

ENsuiTE on jette la mafle dans un lieu creux, bien pavé & revêtu de 
plâtre , pour la remuer & la paîtrir jufqu’àa ce qu’elle durcifle. Ce travail eft 


HF fort pénible, [& dés qu'il vient à cefler tous les autres ouvriers font arrêtés. ] 


Lorfqu’il eft achevé, on met la matière en morceaux fur des planches (p), 
où l'on s’efforce encore de la paîtrir & de la rouler en tous fens, avec beau- 
coup d'attention pour n'y laifler aucune petite cavité & pour écarter les 
moindres mélanges de matière étrangère. Un grain de fable ou un cheveu 
gâteroit la porcelaine; & s’il manquoit quelque chofe au foin de la paîtrir, 
elle feroit fujette à fe féler, à fe fendre ou à d’autres altérations. Elle reçoit 
fa forme avec une roue ou dans des moules , & le cizeau lui donne enfuite 
fa perfeétion. 

Toures les piéces de porcelaine unie fe font d'abord avec la roue. Une 
tafle à thé eft fort imparfaite en fortant de cette machine, à peu près comme 
la calotte d’un chapeau avant que d’avoir été maniée fur la forme. L’ouvrier 
lui donne là largeur & la hauteur qu'il fe propofe, & n’a befoin que d’un 
inftant pour cette opération, Aufñi ne gagne-t-il que trois deniers ou la va 
leur d’un liard pour chaque planche, qui doit être garnie de vingt-fix pié- 
ces. Le pied de la taffe n’eft alors qu’un morceau de pâte fans forme, qu’on 
creufe avec le cizeau lorfque la taffe eft féche & qu’elle a reçu tous fes orne- 
mens. De la roue elle pañle entre les mains d’un fecond ouvrier, qui la place 
fur fa bafe ; enfuite dans celles du troifième, qui la met dens un moule, 
fixé fur une autre forte de tour pour lui donner fa véritable forme. 


Un 
quatrième ouvrier la polit avec le cizeau, fur-tout vers les bords. Il la 
grate 


(e) Chine du Père du Halde, page 339, 
& fuivontes, 
: 


d 


Cp) Ang fur de Jarges ardoites, KR, 4,6 


PORCELATNE 


DE LA CHINE, 


Maniére 
dont fe fait la 
porcelaine, 


Première o- 
pérat'on. 


Manière de 
paitrirla mal- 
fe, 


Opération 
de la roue, 


Salaire de 


l'ouvrier, - 


Ufage du 
cizcaue 


PORCI LAINE 
DE LA CHiNc, 


Comment fe 
font ics grare 
dus piéces. 


Ouvrages 
foulés & ca: 
nelcs, 


Comment 
\cs Chinois 
imitentun 
mouéle, 


Matière & 
compofition 
de; moules, 


126 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


grate plufieurs fois pour diminuer l'épaifleur & la rendre tranfparénte, en 
l'humectant un peu , de peur qu’elle ne fe brisät fi elle étoit trop féche. Lorf. 
qu'elle eft fortie du moule, elle doit être doucement roulée, fans être plus 
ferrée d'un côté que de l'autre , parce qu’autrement elle n’auroit point une 
parfaite rondeur. 

Les grandes piéces de porcelaine fe font à deux reprifes. Trois ou quatre 
hommes en foutiennent une partie fur: la roue , tandis qu'on leur donne ler 
forme; & l'on y joint l'autre partie, lorfqu'elle eft féche, avec un morcern 
de la même matière, qui étant bien humectée dans l'eau, tient lieu de ciment 
ou de colle. On fait fécher foigneufement ie vafe entier , après quoi l’on n'a 
befoin que d'un couteau pour achever de polir la jointure. Elle ne paroît pas 
moins unie que le refte après avoir été verniflée. On applique de même ke 
anfes, les oreilles, les bas-reliefs & d’autres parties. Les ouvrages moulés & 
canelés, ceux qui repréfentent des animaux, des figures grotefques, des pa. 
godes, des brutes, & qui font commandés par les Européens, confiftent auf 
en trois ou quatre piéces, qui font jointes. finies avec des inftrumens pro: 
pres à les creufer & à les polir. On y ajoûte différentes couches, qui leur man. 
quent en fortant du moule, Les fleurs & les ornemens, qui paroiïffent gravés 
fur la porcelaine, n'y font qu'imprimés, avec des cachets & des moules. 

Lorsqu'on donne aux ouvriers Chinois un modéle qu'ils ne peuvent imiter 
avec la roue, ils en prennent l'impreflion avec une efpèce de terre, & fai 
fant leur moule en plufieurs piéces pour le féparer du modéle, ils le laiffent 
doucement fécher. Lorfqu'on veut s’en fervir on l'approche pendant quelque 
tems du feu; aprés quoi on le remplit de la matière de porcelaine, à pro. 
portion de l'épaifleur qu'on veut lui donner. On preffe avec la main dans 
tous les endroits, puis on préfente un moment le moule au feu. Aufli-tôt h 
figure empreinte fe détache du moule par l’aétion du feu, laquelle confume 
un peu de l'humidité qui colloit cette matière au moule. Les différentes 
piéces d'un tout, tirées féparément, fe réuniflent enfuite avec de la matière 
de porcelaine un peu liquide. L’Auteur vit des figures d'animaux qui étoient 
toutes maflives. Les artiftes laiffent d’abord durcir la maîle. Enfüite lui don 
nant la forme qu'ils fe font propofée, ils finiffent leur ouvrage avec le ci. 
zeau , ou par la jonétion des parties qu’ils ont travaillées féparément. Il ne 
refte qu’à le vernifler ou à le cuire; après quoi ils le peignent , le dorent & 
le font cuire une feconde fois. Les porcelaines de cetté efpèce, qui font d’une 
éxécution difficile & qui fe vendent fort cher , doivent être garanties foigneu- 
fement du froid. Lorfqu’on néglige de les faire fécher également, les par- 
ties qui reftent humides ne manquent point de fe fendre. On évite cette 
difgrace en faifant du feu dans les laboratoires. 

LEs moules fe font d'une terre jaune & grafle, qui fe trouve près de King- 
te-ching. On commence par la bien pétrir, & lorfqu'elle s’eft un peu endur- 
cie, on la bat fortement [{ au feu.] Enfuite, lui donnant la figure qu’on fe pro- 
pofe, on l’acheve fur la roue. Si l'on veut hâter l'ouvrage, on fait un grand 
nombre de moules, afin de pouvoir employer plufieuts troupes d'ouvriers à la 
fois. Avec un peu de foin, ces moules durent long-tems. S'ils s'altèrent, on 
peut facilement les réparer (q). 


LES 


pag, 342. & fuivantes, 


(g) Chine du Père du Halde, 


À jette de l’eau 


fait rouges, 


: ple ne faifoit 


| cela dans un 
- palpable dan: 


Les Pe 
plus habile 
fance des r 
en fçait ord 
dre fur la p 
des animau 
La parti 
grand nom! 
cle coloré, 
peintes enfu 
& de monta 
figures hum 
ON fait d 
efpèce reffe 


rouge fouffé 
rempe.. E 
ces efpèces 

LES Anne 


l'azur (r), < 
ration. 10. ( 
dans le fable 


pilon ne font 


 tranfvafe l'ea 


—, 


quoi mettant 


| me en pâte, 


.ON aflüra 
ou dans la ter 
roître un peu 
fant.. Sa forr 
doigt , mais p 
très-rare & ne 
peignant une 
le Tfui (s) qu 
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lang & huit t 
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ils l’once, 

LE vernis: 
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1 étoient 
e Jui don: 
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| les par 
rite cette 


5 de King- 
eu endur- 
on fe pro-4 
un grand 
rriers à la 
rent, 0 


LES 


Les Peintres Chinoisen porcelaine, qui fenomment #/ha-peys, ne font pas 
plus habiles ni moins pauvres que les autres ouvriers. Ils n’ont aucune connoif- 
fnce des régles. Un Européen qui s'eft mélé quelques mois du même métier, 
en fçait ordinairement autant qu'eux. ( ‘ependant ils ont une méthode de pein- 
dre fur la porcelaine, fur les gazes, le. éventails & les lanternes, des fleurs, 
des animaux & des payfages, qui méritent de l'admiration. 

La partie de la peinture eit divifée, dans la même manufaëture, entre un 
grand nombre d'ouvriers. L'un n'a pour emploi que de former le premier cer- 
cle coloré, qui doit être autour des bords. Un autre trace les fleurs, qui font 

sintes enfuite par un troifième. Les uns font chargés des figures de rivières 
& de montagnes. Les autres, de celles d'oifeaux & d'autres créatures. Les 
figures humaines font ordinairement les plus mal éxécutées. 

ON fait de la porcelaine de toutes fortes de couleurs. Celle d’une certaine 
efpèce reffemble à la compofition de nos verres-ardens. D'autres font tout-à- 
fait rouges, [ & parmi celles-là, lesunes d'un rouge a l'huile ; & d’autres d'un 
rouge foufflé,] avec de petits points qui reffemblent à nos peintures en dé- 
wempe.. Enfin d'autres repréfentent des payfages, enluminés d'Or. ‘Toutes 
ces efpèces font d'une beauté extraordinaire, mais extrémement chères. 

Les Annales de King-te-ching rendent témoignage qu'anciennement le Peu- 


l'azur (r), que les Chinois appellent Lyau & dont l’Auteur donne la prépa- 
sation. 10. On le fait calciner, en l’enterrant l'efpace de vingt-quatre heures 
dans le fable de la fournaife avant qu'elle foit échauffée. On l’enferme pour 
cela dans un vafe de porcelaine bien lutté. Enfuite on le réduit en poudre im- 
- palpable dans de grands mortiers, [ de porcelaine ] dont le fond & la tête du 
D pilon ne font pas vernis. On le pañle au fas, & l'ayant mis dans un vafe verni, on 
| jette de l’eau bouillante par deflus. On l'agite pour en ôter l'écume, & l’on 
| tranfvafe l'eau fort doucement. Cette opération fe répéte deux fois; aprés 
quoi mettant le bleu dans un mortier, tandis qu'il eft encore humide & com- 
: me en pâte, on le broye fort long-tems. 

| ON affüra l’Auteur que cet azur fe trouve au fond des Mines de charbon, 
ou dans la terre rouge qui en eft ordinairement voifine. Lorfqu'on en voit pa- 
roître un peu fur la furface, on eft sûr d'en trouver beaucoup plus en creu- 
fant.. Sa forme, dans les Mines, eft celle d’un petit lingot de la groffeur du 
doigt , mais plus plat que rond. L’azur groflier eft affez commun: le fin çft 
tès-rare & ne fe diftingue pas facilement à la vûe. On le met à l'épreuve en 
peignant une tafle & la faifant cuire Si l'Europe produifoit ce bel azur, & 
le Tjui (5) qui eft une charmante efpèce de violet, elle ne pourroit envoyer 
de marchandife plus recherchée à Xing-te-ching. La livre de tfui s'y vend un 
lang & huit tfyens, qui reviennent à neuf francs. Une boëte de Iyau ou d'a- 
ur, qui ne contient que dix onces, fe vend deux lyangs; c’eft-a-dire, vingt 
ils l’once. 

LE vernis rouge eft compofé de T/yau-fau, ou de couperofe. On en met 
une livre dans un creufet, bien lutté avec un autre. Au fommet du fecond 
et une petite ouverture, qu’on couvre de manière qu’il puifle être aifémentdé- 
couvert au befoin. On place, autour, des charbons allumés; & pour rendre 


(#) C'eût le lapis-armenus. 
(5) On a là ci-deflus Z/ym. L'erreur eft d'un côté ou de l'antre, 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. IL. 127 


| ple ne faifoit ufage que de porcelaine blanche. On la peignoit d'abord avec 


la 


PoncELaINE 


Di LA CHINE, 


Peinture de 


la porcelaine. 


Diverfes 


couleurs dela 
porcelaine. 


L'ancienne 


étoit blanche, 


le 


Comment 
$s Chinois 


préparent l'a- 


Zt 


il, 


Où l’azur fe 
trouve, 


ge 
de 


Vernis rou. 
» Compofé 
couperofe, : 


PORCELAINE 
DE LA CHINE. 


Vernis blanc, 


Vernis verd. 


Vernis jaune, 


Poudre de 
cuivre, 


Rouge foufé, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


125 


la réverbération plus ardente, on l'environne de briques. La matière n'eft ar. 
rivée à fa perfection qu'après que la fumée noire ayant ceflé il s'élève une pe. 
tite vapeur. On en prend alors un peu, qu'on humeëte dans l’eau & dont on fait 
l'effai fur du bois de fapin. Elle doit produire un rouge luifant. On la retire 
du feu, & lorfquelle cit bien réfroidie, on trouve au fond du creufet une pe. 
tite pâte rouge. Mais le plus beau rouge s'attache au creufet fupérieur. Une 
livre de couperofe fournit quatre onces de vernis rouge. 

4. Quoique la porcelaine foit naturellement blanche & qu'elle acquiére 
encore plus de blancheur par le glacé, onne laïfle pas de la revetir quelquefois 
d'un vernis blanc. 11 fe fait avec la poudre d'un caillou tranfparent, qu'on fait 
calciner au feu comme le Lapis-armenus où l'azur. On méle avec une once de 
cette poudre une autre once de cérufe, ou de blanc de plomb pulvérifé, qui 
entre aufli dans la compofition des autres couleurs. Par éxemple, pour le ver. 
nis verd, on joint à une once de cérufe & à une demi-once de poudre 
de caillou, trois onces d'un autre ingrédient que les Chinois nomment 
Tong-wha-pyen, & qui, fuivant les informations que l'Auteur put fe procurer, 
doit être compofé des plus fines écailles du cuivre battu au marteau. Le ver 
ainfi préparé, devient comme la mère du violet, qui fe fait par l'addition d'. 
ne certaine quantité de blanc & qui eft plus ou moins foncé, füuivant le deg 
du verd. Le jaune fe fait en mêlant fept dragmes de blanc préparé avec trois 
dragmes de couperofe rouge. Toutes ces couleurs, appliquées fur la porcehi. 
ne après qu'elle a été bien verniflée & bien cuite, ne paroïffent point jufqu 
ce qu’elle foit remife au feu. Suivant le Livre Chinois, l'enduit fe fait ave 
de la cérufe, du falpêtre & de la couperofe. Mais les ouvriers chrétiens ne 
parlérent au Père d'Entrecolles que du blanc de plomb, mêlé avec la couleur 
lorfqu’on la fait diffoudre dans de l’eau gommée. 

L'HuiLE rouge, que les Chinois nomment Tu-li-bong , elt compofée 
poudre de cuivre rouge & de celle d’une pierre ou d’un caillou rougeitre. Un 
Médecin Chrétien aflura le Miflionaire que cette pierre eft une forte d’aln, 
qui fert aux ufages de la Médécine. On bat le tout enfemble dans un mor 
tuer, en y mêlant de l'urine & de l'huile de Pe-yeu. Mais l’Auteur ne put di. 
couvrir la quantité de ces ingrédiens. Les Chinois en font un fecret. Ils éter. 
dent leur compofition fur la porcelaine, fans employer aucune aûtre forte à 
vernis, avec beaucoup d'attention pour empêcher qu’en la faifant cuire ellene 
coule au fond du vafe. La poudre de cuivre fe fait avec du cuivre & du plomb 
féparé des lingots d'argent de bas alloi qui fervent de monnoie. Avant la cor. 
gélation du cuivre fondu, on trempe légérement dans l’eau une petite brok, 
qu'on fecoue par le manche pour en faire tomber quelques goutes fur le cuivre. 
Cette afperfion fait lever, fur la furface, une peau qu’on lève avec de petites 
pincettes de fer & qu’on plonge dans de l’eau froide. C'elt'de cette peau que 
fe'forme la poudre decuivre, & le moyen de l’augmenter eft de répéter la mè- 
me opération. L’Auteur juge que fi la couperofe étoit diffoute dans l’eau-for- 
te, cit: poudre de cuivre fcroit encore plus propre à la peinture rouge 
Mais ies Chinois n’ont point l’art de compofer l'eau-forte, [non plus que lea 
régale. | : 

Pour une autre forte de porcelaine, qui fe fait avec du Che-vi-hong ou du 
rouge fouflé, on prend une pipe, dont on couvre un bout, d'une fine gx, 
qu'on applique fur Ja poudre rouge bicu préparée, La gaze prend la ae 

Snfuitc 


Enfuite 
verte à | 
plus chèr 
la compo 
de. On ft 
vouloit f: 
que la po 
Les man 
férvices d 

LE rot 
méle avec 
mélange fi 
corpore a 
de poiffon 
Pour faire 
& trois fu 
de fable, 4 

ON fait 
fuens de p 
pyen. On 
qu'on fait 
pouillée d 

.compofitio 
A l'égar 
lyang de c 
huit lis de 
Un tiers de 
tiers de ver 
feuille un p 
Pour f: 
peu épaife, 
chaux & bo 
leur, on co 
blanc s’inco: 
UN lyang 
lis d'azur, 
tent huitlis 

femble au vi 

fit à fes quef 

que c’eft par 

On en trouv 

& fe vend ur 

Orfévres l'en 

mune ou de « 


(t) Voyez ci 
melüres, 
(v) Chine du 


VIIL Part. 


left ar. 
ine pe- 
on fait 
a retire 
une pe. 


. Une 


iCquiere 
lquefois 
a’on fait 
once de 
fé, qui 
r le ver. 
poudre 
L1omment 
rocurer, 
Le verd 
tion d'u- 
le degri 
vec trois 
porcelai 
nt jufqu'i 
fait avec 
'étiens ne 
la couleur 


pofée de 
âtre. Un 
te d’alun, 
s un mor 
e put dé: 
Ils éten. 
forte dk 
ire ellene 
du plomb 
nt la con. 
te brok, 
le cuivre. 
de petites 
peau que 
er la mè- 
l'eau-for- 
re rouge 
s que l'eau ÿ 


ong où du 
ne ga, 

1 poudre. 
Eniutc 


mefüres, 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. Il 129 


Fnluite foufflant par l'autre bout de la pipe fur la porcelaine, on la voit cou- 
verte à l'inftant de petites taches rouges. Cette efpécede porcelaine eft encore 
plus chère & plus rare que les précédentes, parce qu'il y a plus de difficulté à 
la compofer. Le bleu fe fouflle beaucoup plus facilement par la même métho- 
de. On pouroit parfemer la porcelaine de taches d'Or & d'Argent, fi l'on en 
vouloit faire la dépenfe. On employe la pipe pour fouffler aufi le vernis, lorf: 
que la porcelaine eft fi mince & fi fine qu’on ne peut la porter que fur du coton. 
Les manufaétures de King-te-ching offrirent à l'Empereur Kang-hi quelques 
fervices de cette efpéce. 

Le rouge de Tfau-fau, ou de couperofe, fe fait de la manière fuivante. On 
méle avec un lyang, ou un taël de cérufe, deux t/yens (t) de ce rouge. Ce 


PorcerAiNe 
DE LA Cuin», 


Rouge de 


Téau-fau, oi 


mélange fe fait à fec, en les paflant enfemble dans un tamis. Enfüuite on les in- de couperofe, 


corpore avec de l’eau & de la colle commune, réduite en confiftence de celle 
de poiflon; ce qui fait tenir le rouge fur la porcelaine & l'empêche de couler. 
Pour faire du blanc, on joint à un lyang ou une once de cérufe, trois tfyens 
& trois fuens de poudre impalpable d’une pierre tranfparente, calcinée au feu 
de fable , & l’on n’y employe d'eau que pour l'incorporation (vu). 

O x fait un verd-foncé en y ajoûtant uniyang de cérufe, trois tfyens & trois 
fuens de poudre de cailloux, & huit fuens, ou près d'un tfyen de Tong-wha- 
pyen. On a déja remarqué que le tong-wha-pyen n’eft que la petite écaille 
qu'on fait fortir du cuivre, en le battant au marteau lorfqu il a été fondu, dé- 
pouillée des moindres particules du même métal qui ne font pas propres à la 
.compofition du verd, 

A l'égard du jaune, il fe fait en ajoûtant à la compofition précédente un 


Verd foncé, 


Compoñition 


lyang de cérufe, trois tfyens & trois fuens de poudre de caillou, & un fuen du jaune. 


huit lis de rouge pur. Quelques-uns mettent deux fuens & demi de rouge. 
Un tiers de verd fur deux tiers de blanc font un verd de Mer fort luifant. Deux 
tiers de verd foncé, fur un de jaune, font le verd Æu-lu, qui reffemble à la 
feuille un peu flétrie. ; 

Pour faire le noir, on réduit l'azur, dan, l’eau, à la qualité de liqueur un 


Compofition 


peu épaifle, en y mélant de la colle ou de la glue commune, macérée dans la du nor. 


chaux & bouillie en confiftence. Après avoir peint la porcelaine de cette cou- 
leur, on couvre de blanc les places enduites; & lorfqu’on la remet au feu, le 
blanc s’incorpore avec le noir, comme le vernis commun avec le bleu. 

UN lyang de cérufe, trois tfyens trois fuens de poudre de caillou, & deux 
lis d'azur, forment un bleu-foncé qui tire fur le violet. Quelques-uns y met- 
tent huit lis d’azur. Le violet-foncé fe fait de T/yu, pierre ou minéral qui ref- 


femble au vitriol-romain. L’Auteur crut pouvoir conclure des réponfes qu’on € 


fit à fes queftions, que le T/yu, ou le Tjui, fe tire des Mines de plomb, & 


que c'eft par cettç raifon quil s’infinue comme la cérufe dans la porcelaine, Tfvu. 


On en trouve à Canton. Mais celui qui vient de Peking pañle pour le meilleur 
& fe vend un lyang huit tfyens ( x ) la livre. Lorfqu'il eft fondu ou adouci, les 
Orfévres l'employent comme de l'émail ,avec une couche légère de collecom- 
mune ou de colle de poifflon, pour le foutenir dans fa beauté. On le réduit 


en 


(t) Voyez ci-deflus l'article des poids & f(x) C'eft-à-dire neuflivres de France, ou 
environ huit fchellings trois fols ,; monnoie 
(v) Chine du Père du Halde, pag. 343 d’Angicterre, | 


VIII Part, R ; 


Bleu foncé, 


Violet fon- 


ù 
Le 


Tfui, ou 


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À 


SN 


PORCELAINE 
DE LA CHINE, 


Maunicre de 
dorer & d’ar- 
&thter la por- 
éclaine, 


Le vermillon 
re fouffre 
point un feu 
trop ardent, 


Porcelaine 
nommée 
Whang-lu- 
van, 


# 
Porcclaine 
noire, 


Noir lui- 
fant, nommé 
U-king, 


. deux d'huile de cendre de fougère brûlée avec de la chaux. 


130 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


en poudre fine, qu’on remue dans un vafe d’eau pour la nétoyer. Le crift:] 
tombe au fond. En s’humeétant ainfi, il perd fon luftre & paroît devenir cou. 
leur de cendre. Mais l'éclat de fon violet lui reVient, auffi-tôc que la porce. 
laine eft cuite. Il fe foutient aufli long-tems qu’on le fouhaite; & lorfqu'on 
commence à peindre, il fufht de l'humecter avec de l'eau, mélée d’un peu de 
colle commune. L’Auteur obferve que cet enduit, comme tous les autres, ne 
s'applique qu'après la première cuiflon de la porcelaine. 

Pour la dorer ou l'argenter, on met deux fuens de cérufe avec deux tfyens 
de feuilles d’or ou d'argent qu'on a fait foigneufement difloudre. L'argent eit 
d'un grand luftre fur le vernis de 7/i-kin. Mais les piéces argentées ne doivent 
pas demeurer aufñi long-tems dans la fournaife que les piéces dorées, parce 
que l'argent difparoîfroit avant que l'or.fût arrivé à la perfeétion de fon luftre. 
On prend quelquefois des piéces qui ont été cuites dans la grande fournaife, 
mais qui ne font point encore verniflées ; & fi l’on veut les avoir entièrement 
de la même couleur, on les trempe dans le vafe où le vernis eftpréparé. Mais 
fi l’on fouhaite que les couleurs foient variées, comme celles d'une efpèce de 


porcelaine nommée Æ/hang-lu-van, qui font divifées en quarrés verds, jaunes, 


&c. on y applique ces diverfes couleurs avec un grand pinceau. C'eft à quoi 
fe réduit toute l'opération pbur cette porcelaine; à moins qu'après l'avoir fait 
cuire dans le grand four, on ne mette un peu de vermillon à la bouche de 
quelques animaux ,ou qu'on n'y ajoûte quelqu'autre ornement. Le vermillon, 
qui n'eft pas d’ailleurs fort durable, difparoîtroit dans le feu; De même, dans 
la feconde cuiflon, les piéces doivent être placées au fond de la fournaife, & 
deffous le foupirail, où l’ardeur du feu eft moins violente, parce qu'un feu trop 
violent ne manqueroïit pas de ternir les couleurs. 

CELLES qu'on employe pour ces fortes de porcelaines demandent les pré. 
parations fuivantes. Pour le verd, on prend du tong-wha-pyen, du falpêtre & 
de la poudre de caillou; mais l'Auteur ne put être informé dans quelle pro- 
portion. Lorfque ces ingrédiens ont été réduits féparément en poudre impal- 
pable, on les incorpore enfemble dans de l’eau. Le bleu leplus commun, mé. 
lé avec du falpêtre & de ja poudre de caillou, forme le violet. Le jaune fe fait 
en mêlant trois tfyens de couperofe rouge avec trois onces de poudre de cail: 
lou & trois onces de blanc de plomb: Pour faire le blanc, on. mêle quatre 
tfvens de poudre de caillou avec un lyang de cérufe. 

LA couleur de la porcelaine noire, nommée U-myen, tire fur le plomb & 
reflèmble à celle des verres‘ardens. L'or qu'on y ajoûte la rend encore plus 
agréable, On mêle trois onces d'azur avec fept onces d'huile cofimune de 
pierre, & l'application ne fe fait qu'après qu'on a fait fécher-la porcelaine, 
En variant les proportions, on rend la couleur plus ou moins foncée.  Lorf- 
que la piéce eft cuite on applique l'or, & la feconde cuiffon fe fait dans une 
fournaife particulière. 

LE noir-luifant ou de miroir, nommé U-king, qui doit fon origine au ca- 

rice de la fournaife, fe donne à la porcelaine en la trempant dansun mélange 
iquide d'azur préparé. Cette compofition doit avoir vn peu d'épaifleur, Avec 
dix onces d'azur en poudre on mêle une tafle de Tji-kin, fept de Pe-yeu & 
Ce mélange pro- 
duit fon vernis dans R& cuiflon. Mais il faut placer la porcelaine de cette efpé- 


ON 


ce vers le centre de Ja fournaife, & non près de l'arche, où le feu a toute 


fon ardeur, 


ouvr 
cette 
elle | 
féche 
L, 
la mc 
efpéc 
de re 
lant f 
d'huil 
Dans 
petite 
ne rer 
On 
mutatil 


(y) © 
fut 1) pl 


prendre 
Purcelain 


Le criftal 
venir cou- 
> Ja porce- 
: lorfqu'on 
un peu de 
autres, ne 


deux tfyens 

argent eit 

ne doivent 

ées, parce 

> fon luftre. 

 fournaife, 
entièrement 
paré. Mais 
e efpèce de 
ds, jaunes,. 
C'eft à quoi 
; l'avoir fait 
1 bouche de 
» vermillon, 
même, dans 
ournaife, & 
u’un feutrop 


dent les pré- 
du falpêtre & 
s quelle pro- 
eudre impal- 
mmun , Imè- 
e jaune fe fait 
dre de cail- 
mèle quatre 


le plomb & 
encore plus 
ofhmune de 
: porcelaine. 
cée. Lorf- 
ait dans une 


rigine au Ca- 
sun mélange 
difleur, Avec 
de Pe-yeu & 

élange pro* 
e cette elpé- 


feu a toute 


ON 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IL 131 


! ON fait une efpéce de porcelaine prefque percée à jour, comme les ouvra- porceranne 
gus de découpure, avec la tafle au milieu; c'eft-à-dire, que la tafle ne fait De La Cnine.. 
qu’une feule piéce avec la partie découpée, L’Auteur n'en vit point de cette Porcelaine 
forte. Mais il en vit une autre, fur laquelle on avoit peint, d'aprés nature, Percée à 

des femmes Chinoifes & ‘l'artares. La draperie, le teint & les traits du vifage iii 
-étoient fort bien exprimés. De loin, ces ouvrages paroïifloient émaillés. 

IL faut obferver que l’huile de pierre blanche, employée feule fur la porce- 
laine, en fait une efpèce particulière, nommée Tjui-ki, qui eft remplie d'une 
infinité de veines & comme marbrée ; de forte que dans l'éloignement elle pa-  Autr2 efpé. 
roît avoir été brifée en piéces qu’on a pris la peine de rejoindre, comme un © "0muée 
ouvrage à la mofaïque ou de piéces rapportées (y). La couleur que dorfhe nl 
cette Ruile eft un blanc un peu cendré. Si le fond de la porcelaine eft bleu, 
elle paroît marbrée, & comme fendue, aufli-tôt que la couleur commence à 
fécher. 4 

La porcelaine qui fe nomme Long-tfeun, tirant fur couleur d'olive, étoità Long-tfeum, 
la mode pendant que le Pê:e d'Entrecoles étoit à la Chine. Il en diftingue une Porcclaineàla 
efpéce, que les Chinois nomment T/ing-ko, du nom d’un fruit qui a beaucoup AE 
de reffemblance avec l’olive. On donne cette couleur à la porcelaine en y mé- DR 
lant fept tafles de tfi-kin avec quatre tafles de pe-yeu, environ deux tafles 
d'huile de fougère & de chaux, & une tafle de tfui-yeu ou d'huile de caillou. 

Dans ce mélange, le tfui-veu fait paroître fur la piéce un grand nombre de : 
petites veines. Mais lorfqu'il eft appliqué feul, la porcelaine eft caffante & 
ne rend aucun fon. 

ON fit voir à l’Auteur une cfpèce de porcelaine, nommée Tau-pyen ou Tranf-  Piéce de por- 
mutation. Les ouvriers s’étoient propofés de faire un fervice de rouge foufflé. celaine, nom- 
Mais ils en perdirent plus de cent piéces, & celle dont il eft queftion étoitfor- MéeTranfmu- 
tie de la fournaife comme une efpèce d’agathe. FU 

Lorsqu'on fe prépare à dorer la porcelaine, on broïe l'or avec beaucoup  piécauti 
de foin; & le faifant diffoudre dans une taffe jufqu’a ce qu'il prenne la forme pont (ne dbme 
d'une forte d'hémifphère, on le laiffe fécher dans cette fituation. Pour enfaire re. 
ufage, on le diffout par petites parties dans de l’eau de gomme. Enfüuitéeayant 
incorporé trois parties de cérufe avec trente parties d'or, on applique ce mé- 
lange fur la piéce comme toutes les autres couleurs. Comme l'or fe ternit un 
peu, quelque-t2ms après cette opération, on lui rend fon luftre en humeétant 
la piéce avec de l'eau fraîche & le frottant enfüite avec une pierre d’agathe. 

Mais il faut obferver de le frotter toûjours dans le même fenss par éxemple 
de droit à gauche. d 
_Pour empêcher que les bords de la porcelaine ne s’altèrent, on les for- Commenton 
tifie avec de la poudre de charbon, qui doit être de bambou fans écorce (2) fortifie les 
& mêlée avec du vernis, auquel ce charbon donne une couleur gris-cendrée. ue 
On applique cette compolition, avec un pinceau, fur les bords de la piéce 
lorfqu'on eft prêt à la mettre fur la roue. L'Auteur crait que le charbon 
de bois de faule, ou plûtôt de fureau, qui participe un peu à la nature qu 
N bambou, 


(y) C'eft l'ehéce dont le Père le Comte (3) Les ouvriers prétendent que les cen- 
fut le plus frappé. IL fuppofe qu'on lui fait  dres de l'écorce ou de la peau, feroient fendre 
prendre cette qualité en expolant à l'ait la la porcelaine dans la fournaire, 
purcelaine cuite, pag. 150. 

R 2 


PORCELAINE 
DELA CHINE, 


Manicre de 
jui donner 
uue blancheur 
eKktraordinai- 
IC. 


Ménageinent 
des places 
dans la four- 
naite, 


Fleu foufñlé. 


Fieures en 
Yelief, 


Autre forte 
de porcelaine, 


Conjetture 
de l'Auteur 
fur l’art de 
peindre le 
vérre, 


132 VOYAGES DANS LEMPIRE 


bambou , peut tenir lieu de cette canne en Europe. Il obferva auffi qu'a. 
vant que Er ed le vernis fur la porcelaine, particulièrement fur la plus 
fine, on s'efforce de la rendre unie en applaniffant les plus petites inégalités 
avec un pinceau compofé de trés-petites plumes, qu'on trempe dans l’eau pou: 
le pañler fur toute la piéce. 

Lorsqu'on veut donner une blancheur extraordinaire à. la porcelaine, 
foit par goût pour cette couleur, foit pour la peindre, la dorer & la faire 
cuire enfuite, on mêle creize tafles de pe-yeu avec une tafle de cendre de 
fougère, qu’on rend également fluides. La piéce, fur laquelle on applique 
cg vernis, doit être expofée à la plus grande chaleur de la fournaife. Mais 
cette chaleur cft fi violente, que pour les piéces qu'on ne veut peindre qu’en 
bleu, on ne met que fept taflès de pe-yeu fur une de cendre de fougère & de 
chaux ; fans quoi la couleur ne paroîtroit point au travers après la cuiflon. 

L’AuTEuUR obferve encore que la porcelaine fur laquelle on applique un 
vernis qui contienne beaucoup de cendres de fougère, doit être cuite dans 
une partie tempérée de la fournaife; c'eft-à-dire, âprès les trois premiéres 
rangées, à la diftance d’un pied ou d'un pied & demi du fond. Si elle étoit 
placée au fommet, les cendres iroient bien-tôt en fufion & couleroient au fond 
de la piéce (a). Il arrive la même chofe à l’Huile rouge, au Rouge foufflé, au 
Long-tfeun; ce qui doit être attribué à la poudre de cuivre qui entre dans ce 
vernis. La place du fommet convient à la porcelaine qui eft enduite de cfui- 
yeu; vernis qui produit des veines femblables à celles du marbre. 

LorsQuE la piéce eft entièrement bleue, on la trempe dans le Lyan ou 
l'azur, préparé dans l’eau & réduit en jufte confiftence. Pour le bleu fouf. 
flé, qui fe nomme Tjui-t/ing, on employe le plus bel azur, préparé de la ma- 
nière qu’on a décrite. On le fouffle für la piéce ;: & lorfqu'il eft fec on y ap- 
plique le vernis ordinaire, ou feul, ou mélé avec le T/ui-yeu fi l'on veut qu’elle 
{oit veinée. : 

UELQUES ouvriers tracent fur l’azur fec, avec une longue aiguille, foit 
qu'il foit foufllé ou non, des figures, qui paroïffent fort diftinétement lorfque 
ja piéce a reçu fon vernis & fa cuifon. 11 y a moins de travail qu'on ne s’i- 
magine à la porcelaine relevée en bofles, qui repréfentent des fleurs, des Dra- 

ons & d’autres figures. Après les avoir tracées, il fuffit de faire de petites 
entaillures à l’entour, pour leur donner du relief, & de les vernifler enfuite. 

L'AuTEuR remarqua une autre forte de porcelaine, dont il rapporte la 


 compofition. Après y avoir appliqué le vernis ordinaire, on la fait cuire. En- 


fuite on la peint & on la fait cuire encore. Souvent on n’a recours à la feconde 
cuiffon que pour cacher les défauts de la piéce, en appliquant des couleurs aux 
cndroits défeétueux. Cette furaddition de couleurs plaît à quantité de perfon- 
nes; mais ordinairemert elle n'empêche point qu'on n’apperçoive des inégali- 
tés fur la piéce. L'incorporation des couleurs avec la porcelaine verniffée & cui- 
te par le moyen ue la cérufe, fit conjeéturer à lAuteur que fi l'on employoitla 


cérufe dans les couleurs dont on peint le verre, & qu’on le mîtune feconde fois 
au 


\ : fivetont 
(a) Si l'on mettoit un liard de cuivre au toutes les eafes & toutes les piéces qui fcroient 
fommet d'une des premières piles, il fondroit  au-defous. 
bien-tôt, & la liqueur métallique perceroit 


E Juiv 


La po 
fendro 
équiva 
lorfqu’ 
afperfi 
côté e) 
gèreme 
chaque 
foûten: 


mentées 
trecolles 
re, fur 
enclos d 
tre ce 
pied, e3 
cfpèce d 


(b) Ch 


auffi qu'a 
fur la plua 
inégalités 
l’eau pour 


jorcelaine, 
& la faire 
cendre de 
n applique 
ife. Mais 
indre qu’en 
ugère & de 
 cuiflon. 

applique un 
cuite dans 
; premières 
Si elle étoit 
jent au fond 
e foufflé , au 
tre dans ce 
uite de cfui- 


Je Lyan où 
e bleu fouf- 
ré de la ma- 
fec on y ap- 
veut qu'elle 


iguille, foit 
hent lorfque 
qu'on ne S'i- 
s, des Dra- 
e de petites 
fer enfuite. 
rapporte la 
t cuire. En- 
à la feconde 
ouleurs aux 

é de perfon- 
des inégali- 

iffée & cui- 
employoitla 
feconde fois 
au 


ces qui fcroient 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IH. 133 


au feu , l'ancien art de la peinture féroit peut-être facile à retrouver. Ilobfer- 
ve à cette occafon, que les Chinois avoient anciennement l'artde peindre, fur 
les dehors de la porcelaine, des figures de poiflons & d'autres animaux qui 
ne fé montroient fur une taffe que lorfqu’elle étoit remplie de quelque liqueur. 
Cette porcelaine fe homme Xya-/ing, c'eft-à-dire, Azur snis en preffe. On n'a 
confervé qu’une petite partie de cet admirable fecret. Les vafes qu'on vouloit 
peindre dans ce goût devoient être fort minces. On appliquoit fortement les 
couleurs au dedans, & l’on y peignoit ordinairement des poiflons, parce que 
l'éxécution en étoit plus sûre. La couleur ayant féché, on y étendoitune légère 
couche de pâte de porcelaine. Enfuite, appliquant le vernis du côté inté- 
rieur, on mettoit le vafe fur la roue, pour rendre l'extérieur aui mince qu'il 
étoit pofible. Enfin, l'ayant trempé dans le vernis , on le faifoit cuire dans 
Ja fournaife commune. On peut dire, ajoûte l’Auteur , qu'a préfent même 
les Chinois ont le fecret de faire revivre le plus bel azur après qu'il a difparu ; 
car lorfqu’on l'applique fur la porcelaine il eft d'un noir pile, au-lieu qu'étant 
fec & vernifé il'devient blanc : mais le feu dévelope enfüuite toute la beauté 
de fes couleurs. 

APRÈS tout, il faut un art extrême pour appliquer l'huile ou le vernis 
avec l'égalité néceffaire & dans la jufte quantité que demande cette opération. 
La porcelaine mince & légère reçoit deux couches fort délicates. Elle fe 
fendroit à l'inftant fi les couches étoient trop épaifles. Ces deux couches font 
équivalentes à une feule, qui eft la dofe ordinaire pour la fine porcelaine 
lorfqu’elle eft d’une compofition plus forte. La premiire ne fe fait que par 
afperfion, & l'autre, en trempant la piéce. On la tient d’une main , par le 
côté extérieur, au-deffus du pot de vernis; tandis que de l’autre on arrofe lé- 
gèrement l'intérieur, jufqu’à ce qu'il foit tout-à-fait verniflé, Auñi-tôt que 
chaque piéce paroît féche de ce côté-là, on met la main en dedans; & la 
foûtenant avec un petit bâton par le milieu du pied, on la trempe prompte- 
ment dans le pot. L’Auteur a déjà fait remarquer que le pied demeure fans 
forme. En effet, on ne le met fur la roue, pour le creufer, qu'après que la 
piéce a reçu le vernis. On peint alors dans le creux un petit cercle, & fou- 
vent un caraétère Chinois. Enfüuite l'ayant verniffé à fon tour ;. on porte la 
piéce du laboratoire à la fournaife (b). 

5. Les petites fournaifes peuvent être de fer; mais ordinairement elles 
font de terre, Celle que le Père d’Entrecolles eut la curiofité de voir, étoitde 
Ja hauteur d’un homme & de la grofféur d’un tonneau. Elle étoit compofée 
d’une forte de grandes tuiles quarrées, épaifles d’un demi-pouce, longues d’un 
demi-pied & larges du double (c), placées l’une für l’autre & fort bien ci- 
mentées. On les avoit rangées dans cet ordre avant que de les cuire. D’En- 
trecolles ajoûte que cette fournaife étoit élevée d’un pied au-deflus de la ter- 
re, fur deux ou trois rangées de briques épaifles, mais petites, avec un bon 
enclos de maçonnerie, qui avoit trois ou quatre foupiraux vers le fond. En- 
re ce mur d’enclos & la fournaife , on avoit laiflé un efpace d'environ un demi- 
pied, excepté dans deux ou trois endroits, qui Étant remplis, formoient une 
cfpèce de fupport ou d’archoutant pour l'édifice. 

ON. 


(Bb) Chine du Père Du Halde, pag. 345. (ce) Angl. longues d’un pied & demi, &. 
uiv, larges d'un pied. R. d, E, 


à 


POnCRLAINE 
pe LA Caire, 
Peinture fin- 
gulière des 
Chinois, 


Is font revi- 
vre la couleur 
del'azur, 

æe 


Conftruttion 
des fournai- 
fes, 


PORCELAINE 
* pg LA CHINE, 


Comment on 
y range la 
porcelaine. 


Manière de 
la cuire. 


Adreffe des 
porteurs Chi- 
nois. 

L 3 


Cafes qui fer- 
vent.à faire 
cuire {a por- 
celaine. 


Leur arrane 
geinent dans 
la fournuife. 


Précautions 
pour toucher 
alaporcelai- 
ue. 


134 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ON met dans les fournaifes toute la porcelaine qui doit être cuite pour la 
feconde fois, les tafles en pile l’une fur l’autre & les petites dans les gran- 
des, mais de manière que les côtés peints ne puiflent fe coucher, parce 
que le moindre frottement leur feroit nuifible. Lorfqu’elles ne peuvent être 
placées dans cet ordre, on les met par rangées dans la fournaife, de bas en 
haut, en les couvrant de tuiles de la même terre que la fournaife, ou même 
de cafes deftinées à cet ufage. On couvre le fommet, de la même brique 
dont l’enclos eft compofé , qu’on cimente avec du mortier ou de la terre 
humeétée, en laiffant une ouverture au milieu pour obferver les progrès de 
l'opération.  Enfuite on allume une grofle quantité de charbon, qui fe diftri. 
bue fous la fournaife, au fommet & dans les intervalles qui font entre le 
mur d'enclos. Lorfque le feu devient ardent , on jette les yeux de tems cn 
tems par l'ouverture , qui n’eft couverte que d’une piéce de pot café. Aufñi. 
tôt que la porcelaine a pris fon glacé & des couleurs vives & luifantes , on 
commence par retirer le feu, & l’on retire enfuite toutes les piéces. L’Au- 
teur a vû fouvent, avec beaucoup d'admiration , deux planches longues & 
écroites, chargées de porcelaine, fur les épaules d'un porteur , qui traverfoit 
avec cette charge plulieurs rues pleines de paflans, fans brifer aucune partie 
de fon fardeau. 

Devanr les fournaifes eft une efpèce de porche, où l'on tient quantité 
de cafes ou de boëtes de terre pour y renfermer la porcelaine en la mettant 
dans la fournaife. Chaque piéce a fa boëte ou fon étui , foit qu’elle ait un 
couvercle ou non. Les couvercles s’attachent fi peu au corps de la piéce, 
qu'un petit coup de la main fuffit pour les féparer. Une feule cafe fert pour 
diverfes petites piéces , telles que les taffés à thé, &c. On y met un lit de 
fable fin, parfemé de poudre de Kau-lin, afin que le fable ne s'attache point 
au pied de la taffe. Sur la première cafe on en place une autre, qui eft rem. 
plie de mème & qui la couvre entièrement , fans toucher aux piéces de por- 
celaine qui font deflous. Toute la fournaife fe trouve ainfi remplie de gran- 
des piles de cafes ou de boëtes de terre. 

À l'égard des plus petites piéces, qui font renfermées enfemble dans une 
grande cafe ronde, chacune eit placée fur un petit plat de terre, de l'épais. 
fur d'un écu & d’une largeur fuffifante pour la foutenir. Cette bafe eft par- 
femée auifi de poudre de Xau-lin. Lorfque ces cafes ont une certaine largeur, 
on ne met point de porcelaine au milieu, parce qu'étant trop loin des côtés, 
elle manqueroïit de force pour fe foutenir; ce qui feroit capable d'endomma- 
ger toute la pile. Ces cafes font ordinairement hautes de quatre pieds. Une 
partie de leur nombre n’eft pas cuite, non plus que la porcelaine. En y 
mettant les piéces , l'ouvrier fe garde foigneufement d'y toucher , dans la 
crainte d’y caufer quelque défordre ; car rien n’eft plus fragile. Il les cire de 
Ja planche avec un petit cordon, attaché aux deux pointes d’une fourche 
de bois, En tenant la fourche d’une main, il difpofe le cordon comme il 
doit l'être pour embrafler la piécé; il la fouleve ainfi fort adroitement, & 
Ja met fur fon plat dans la cafe, avec une vîteffe incroyable. 

Les deux cafes qui forment le fond de chaque pile, demeurent vuides, 
parce que le feu ne s’y fait point aflez fentir, D'ailleurs elles font couver- 
tes, en partie, du fable qu’on met au fond de la fournaife, & qui eft né- 
ceflaire pour fupporter les piles, dont la hauteur n’a pas moins de fept pieds 

au 


an 
me 
fes , 
pirau 
la pl 
fortes 
jointe 
re fi 
flam 
T o 
difting 
fonds 
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l'hyve 
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Si le 
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des pilé 
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l'arche 
nement 
toifes d 
fommet 
ne telle 
deflus f 
ont par 
pots ca! 
veut re 
plus pro 
de fer. 
fournaif 
largeur 
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ferme au 
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jour. D 
ieule cui 


(4) 4 
te ouvertu 


& de fum 


te pour la 
s les gran- 
ler, parce 
uvent être 
de bas en 
y Où même 
me brique 
de la terre 
rogrès de 
h fe diftri- 
nt entre Île 
de tems cn 
aflé. Auf. 
ifantes , on 
ces. L’Au- 
longues & 
ui traverfoit 
cune partie 


ent. quantité 
| la mettant 
ju’elle ait un 
de la piéce, 
fe fert pour 
net un lit de 
ttache point 
qui eft rem. 
éces de por- 
plie de gran- 


ble dans une 
| de l'épais- 
bafe eft par: 
aine largeur, 
n des côtés, 
d’endommi- 
- pieds. Une 
aine. Eny 
er, dans la 
Il les cire de 
une fourche 

comme il 
itement, & 


ent vuides, 
ont Couver- 
qui eft né- 
e fept pieds 

au 


DE LA CHINE, Lrv. Il. Cravr». IL 


135 


au milieu. On ne remplit pas non plus la cafe du fommet, par la mé- 
me raifon. La fournaife ne laifle pas d'être entièrement pleine de ca- 
fes, excepté dans les endroits qui font immédiatement au-deffous des fou- 
piraux. Le milieu eft occupé par la plus fine porcelaine ; le fond, par 
la plus groflicre ; & l'ouverture, par celle dont les couleurs font les plus 
fortes. Toutes les piles font placées fort près l’une de l’autre, & font 
jointes au fommet & au fond, comme au milieu, par des piéces de ter- 
re fi bien difpofécs, qu’elles laiffent de toutes parts un paflage libre à la 
flamme. 

Tourte forte de terre n’eft pas propre à la compofition des cafes. On en 
diftingue trois fortes: Une terre jaune, affez commune, dont on compofe les 
fonds ; une autre, qui fe nomme Lan-lu, & qui eft plus forte; la troifième 
eft une terre huileufe, nommée Teu-tu. Les deux dernières fe tirent, pendant 
l'hyver, de certaines Mines fort profondes, auxquelles on ne peut travailler 
en Eté. On fait les cafes, ou les caïfles, dans le voifinage de King-te-ching. 
Si le mélange des terres eft dans une égale proportion, elles coutent un peu 
plus, mais durent long-tems. Lorfque la terre jaune prévaut, elles ne foû- 
tiennent guères plus de deux ou trois cuiflons fans fe brifer en piéces. Cepen- 
dant une cafe brifée ou fendue fe lie fort bien avec une branche d'ofier, qui 
peut même brûler dans la fournaife fans que la porcelaine en fouffre. On prend 
foin que la fournaife ne foit pas remplie de cafés neuves, & que la moitié du 
moins ait déja paflé par le feu: Celles-ci font placées au fommet & au fond 
des piles, & les neuves au milieu. 4 

ON bâtit les fournaifes à l'extrémité d’un long porche, qui fert tout à la fois 

de magafn & de [retraite pour les foufilets,] c'elt-à-dire ,au même ufage que 
l'arche dans:les verreries. Suivant l'Auteur Chinois, elles n’avoient ancien- 
nement que fix pieds de haut fur quatre de large. Elles ont aujourd’hui deux 
toifes de hauteur & prefque le double de largeur, La voûte, ou le rond du 
fommet, fe rétrécit à mefure qu'il s'approche des foupiraux (d ). Elle eft d’u- 
ne telle épaifleur, aufli-bien que le corps de la fournaife, qu'on peut marcher 
deflus fans être incommodé par le feu. Outre cette ouverture, les fournaifes 
ont par le haut cinq ou fix trous, comme autant d'yeux, qui font couverts de 
pots cafés, pour tempérer le feu par la communication de l'air. Lorfqu'on 
veut reconnoître en quel état et la porcelaine, on découvre le trou qui cft le 
plus proche du grand foupirail, & l'on ouvre une des cafés avec des pincettes 
de fer. Si la cuiffon eft aflez avancée, on difcontinue le feu, & la porte de la 
fournaife demeure quelque-tems ouverte (e). Chaque fournaife a dans toute fa 
largeur un foyer profond & large d'un ou deux pieds. On le pañle fur une 
planche pour arranger les piéces de porcelaine. Lorfque le feu eft allumé, on 
ferme aufli-tôt la porte du foyer, en n’y laiffant qu’une ouverture pour y jetter 
des piéces de bois longues d’un pied. La fournaife eft d'abord échauffée nuit & 
jour. Deux hommes fe relevent pour y jetter continuellement du bois. Une 
feule cuiflon en confume ordinairement cent quatre-vingt charges. Ancienne- 


ment, 


Cd) Angl. du grand foupirail. C'eft par cec- Ce) 43h demeure quelque tems fermée, 
te ouverture que Jortent les tourbilons defiamme KR, AŸL 
(? de fumée, K. d, E, 


PorceLAINe 
D£ LA CHINE. 


Terres dont 
on compofe 
les cafvs. 


Forme & fi. 
tuation des 
fournaifes. 


Leur foyer. . 


Manière 
dont on les é- 
chauffe, 


PORCELAINE 
DE LA CHINE, 


Quand fa 


porcelaine 


«doit êtretirée 


du feu, 


Comment les 
ouvriers réfi- 


{tent à l'ar- 
deur du feu. 


Dangers de 


la porcelaine 
dans la cuif- 
fon. 


Quantité de 


Marchands 
s'y ruinent, 


-fent immédiatement fur le bois, fur le feu & fur la porcelaine même. 


cit encore moins au goût des Chinois (£g). 


136 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ment, fuivantun Auteur Chinois, on en brûloit deux cens quarante Charges, 
& jufqu’à deux cens foixante lorfque le tems étoit pluvieux, quoiqu’alors les 
fournaifes fuflenc de la moitié moins grandes qu'aujourd'hui, Le feu étoit mc. 
diocre pendant les fept premiers jours; mais il devenoit fort ardent le hui. 
tième. 

IL faut obferver qu’autrefois les cafes, ou les caiflés, dans lefquelles la peti. 
te porcelaine eft renfermée, avoient d'abord été cuites à part, & qu’on n'ou. 
vroit la porte de la fournaife que cinq jours après l'extinétion du feu. Les four. 
naifes pour la grande porcelaine demeuroient fermées l’efpace de dix jours, 
Aujourd'hui, l’on attend à la vérité quelques jours pour tirer la grande porc. 
Jaine de la fournaife, parce qu’autrement elle pourroit fe fendre ou fe brifer; 
mais pour la petite, fi le feu ceffe le foir, on fe hâte de la tirer le lendemain 
au matin, dans la feule vûe peut-être d'épargner du bois. Comme elle eft à. 
Jors brûlante, l’ouvrier qui la tire fe fert d’une efpèce de longue fronde, qu'il 
porte fufpendue au col (f). - 

Dans les petites fournaifes, la porcelaine demande d’être tirée lorfqu'on 
s’apperçoit qu’elle eft d’un rouge de feu vers le fond, que les piéces, placées 
en piles, peuvent être diftinguées l’une de l’autre ; que celles qui font peintes 
commencent à paroître unies, & que les couleurs font incorporées avec la 
terre, comme le vernis s’incorpore avec l'azur fin, par la chaleur de la gran- 
de fournaife. A l’égard de la porcelaine qui cuit pour la feconde fois dans l 
grande fournaife, on juge qu’il ne manque rien à fa perfeétion, 1°. lorfque 
les cafes font rouges de chaleur; 2°. lorfque la flamme commence à devenir 
blanchâtre ; 3. lorfqu'après avoir tiré une piéce des cafes fupérieures & l'a. 
voir life réfroidir, le vernis & les couleurs fatisfont l’ouvrier; 43. lorfque 
le fable devient luifant au fond de la fournaife. D’Entrecolles admira beau. 
coup qu'après avoir vû brûler cent quatre-vingt charges de bois à l'entrée de 
la fournaife , ilne reftât point de cendres dans le foyer. Les ouvriers qui entre. 
tiennent les feux, doivent être bien précautionnés contre leur ardeur. On prétend 
qu’ils mettent du fel dans leur thé, pour en boire beaucoup fans être incommodécs 
de l'excès. Mais comment s’imaginer qu'une liqueur falée puiffe appaifer la foif 

Toures les cuiflons ne réufiffent point heureufement. 1l arrive af 
fouvent que l’entreprife manque, & qu'il ne refte de la porcelaine & des cales 

qu'une mafle informe, & fort dure. Un excès de chaleur dans le feu, on 
quelque défaut dans lescafes, peut ruiner entièrement l'ouvrage. Il n’eft point 
aifé de régler les degrés du feu, parce que les moindres variations de l'air agif 
Ainf 
pour un que la fortune favorifel’on voit cent ouvriers ruinés, [ & qui ne laif.# 
fent pas de tenter fortune, dans l'efpérance de pouvoir amafler dequoi lever 
boutique de Marchand.] On ne doit pas être étonné par conféquent que là 
porcelaine foit fi chère en Europe. D'ailleurs celle qu'on y envoye et faite 
ordinairement fur de nouveaux modéles, la plûpart fi bizarres, que n'étant 
pas toûjours goûtée , le moindre défaut devient un prétexte aux Européens 
pour la refufer. Alors elle demeure néceflairement à l'ouvrier, parce qu'elle 


IL 


ñ 
(f) Chine du-Père Du Halde, pag. 343. 


& füuivantes, 


(g) Ibid. pag. 348. 


-ou 
tred 
fea 
dell 

par 
res ( 
s’éle 
pofé 
difti 
ture 
Mar 
cher 
O 

eft p: 
ai de 
neine 
en ef 
& l'o 
C 
propa 
d'une 
pù fai 
plus d 
nécef 
de les 
Jaiffan 
grla mé 
chafe: 
L'R 
Emper 
vriers. 
nos Ca 
& den 
Je du f 
ces ou: 
réuffit. 
chacun 
mi-pie 
comma 
petite 
torze t 
heureu: 
+ La 
profeffi 
dans l’é 
fur fes | 
tant de 
VIII 


nte charges, 
iqu'alors les 
feu étoit mé. 
rdent le hui. 


quelles la peti- 
{ qu'on n'ou- 
eu. Les four. 
de dix jours. 
rande porce. 
ou fe brifer; 
le lendemain 
me elle eft à: 
fronde, qu'il 


irée lorfqu'on 
éces, placées 
i font peintes 
orées avec la 
ur de la gran- 
e fois dans la 
, 1°. lorfque 
nec à devenir 
rieures & la. 
3 4. lorfque 
admira beau. 
à l'entrée de 
iers qui entre- 
r. On prétend 

incommodés 
ppaifer la foif? 

arrive afez 
e & des cales 
s le feu, où 

Il n’eft point 

de l'air agi! 
nême. Ainf 


Se qui ne lil. 


dequoi lever 
quent que la 
oye eft faite 

que n'étant 
x Européens 
parce qu'elle 


IL 


DE LA CHINE, Lrv. Il. Cuar. ll. 197 


ÆL faut confefler, à l'honneur de la Chine, que les Artiftes du pays font des 
-ouvrages fi furprenans, qu'un Etranger les croiroit impoñlibles. Le Père d'En- 
trecoles vit, par éxemple, une lanterne, de la grandeur de celle d'un Vaif 
feau, compofée d’une feule pièce de porcelaine, & dans laquelle une -chan- 
delle fuflifoit pour éclairer toute unechambre. Elle avoit été faite fept ans au- 
paravant par l’ordre du Prince héréditaire. Le même Mifionaire vit des jar- 
res de porcelaine hautes de trois pieds, fans y comprendre le couvercle, qu 
s’élevoit encore d'un pied, dans la forme d'une pyramide. Elles étoient com- 
pofées de trois piéces, mais jointes avec tant d'habilcté, qu'on n’auroit pà 
diftinguer la jointure. : On lui raconta que de vingt-quatre piéces de cette na- 
ture, huit feulement avoient réuñi. Elles avoient été commandées par des 
Marchands de Canton pour étre tranfportées en Europe; car les Chinois n’a- 
chetent point de porcelaine d’un fi grand prix. 

ON en vante une autre efpèce, dont la compofñition eft trés-difficile & qui 
eft par conféquent d’une extrême rareté. lle eft exceflivement mince, unie 
ai dehors comime au dedans, & revêtue néanmoins de fleurs & d’autres or- 
nemens qui paroiffent gravés. Aufi-tôt qu’elle eft fortie de la roue, -on la jette 
en effet dans un moule gravé, oùHlintérieur de la piéce prend ainfi lesfigures, 
& l’on rend le dehors auili mince qu'il eft poflible avec un cizeau. 

CEPENDANT les Chinois ne peuvent éxécuter tous les ouvrages qu’on leur 
propofe. On leur demande quelquefois, pour l'Europe, des furtous de table 
d’une feule piéce & des quadres de tableaux; mais les plus grands qu'ils ayent 
pô faire n'ont jamais été de plus d'un pied. Lorfqu'ils ont voulu leur donner 
plus d’étendue, ils ont eu le chagrin de les voir tomber en piéces. L’épaiffeur 
néceflaire à ces ouvrages les rend extrêmement difficiles ; de forte qu’au-lieu 
de les compofer folides, on fait deux dehors creux, qu'on tâche de joindreen 
Jaiffant un vuide dans l'intervalle. On met feulement au travers une piéce de 


gérla même matière, qui laiffe un enfoncement de chaque côté, [pour les en- 


chaffer dans des ouvrages de menuiferie.] : 

L'Histoire de King-te-ching parle de divers ouvrages ordonnés pat les 
Empereurs, & dont le fuccès n’a pas mieux répondu aux efpérances des ou- 
vriers. Le père de l'Empereur Kang-hi en uemanda plufieurs de la forme de 
nos caifles d'orangers, pour y nourrir du poiflon. Ils devoient avoir trois pieds 
& demi de hauteur ; l’épañffeur des côtés der ic être de quatre pouces, & cel- 
Je du fond, d’un demi-pied. Les ouvriers +. : ‘aillèrent l’efpace de trois ans à 
ces ouvrages & firent deux cens çaifles; mais 1l n’y en eut point une feule qui 
réuffit. Le même Empereur defira-des ornemens pour le front d'une galerie, 
chacun de la hauteur de trois pieds, d’un pied & demi de largeur, & d’un de- 
mi-pied d'épaifleur. Mais ils ne pûrent être éxécutés. Le Prince héréditaire 
commanda aufi divers Inftrumens de mufique, particulièrement une efpéce de 
petite orgue, nommée T/eng, de la hauteur d’un pied & compofée de qua- 
torze tuyaux dont l'harmonie eft affez agréable. Le fuccès ne fut pas plus 
heureux. 

La ftatue de Pu, qui eft le Patron des ouvriers en porcelaine (car chaque 
profeffion a le fien ) doit fon origine à la difficulté qu’ils trouvent quelquefois 
dans l’éxécution de ces modéles. Un Empereur ayant ordonné quelques piéces 
fur fes propres idées, l’ouvrier qui fe trouva chargé de cette entreprife conçut 


tant de chagrin de fe voir maltraité par les Officiers pour avoir mal réuñi, 
VIII. Part, S que 


PoncerArNe 
DL LA CHINE, 


Ouvrages 
furprenans 
des Chinois, 


Ouvrages 
qui ne peu- 
vent être Éxé- 
cutés en 
porcelaine. 


Ouvrares 
commandés 
par les Empe- 
reurs, 


Origine du 
Patron de la 
porcelaine, 


PoncrLarwe 
D LA CHIN£, 


Inttrumens 
muficaux de 
cétte maticre. 


Grotefques 
& autres figu 
res en porcc- 
laine. 


Si l'ancien- 
neett préféra- 
bleàla mo- 
derne. 


Vieille por- 
celaine con- 
trefaite. 


138 VOYAGES DANS LEMPIRE 


ue dans fon défefpoir il fe précipita au milieu d'une fournaife, où il fut con: 
umé par les flammes. Cependant les autres ouvrages de porcelaine qui étoient 
alors dans la même fournaife, en fortirent fi beaux & fi conformes au goût de 
l'Empereur, que le malheureux ouvrier pafla pour un Héros & devint enfuite 
l'Idole qui préfide à la porcelaine. 
uorQUu'on n'ait pû réuflir à faire une orgue, on a trouvé le moyen de 
faire des flutes, des flageolets & d'autres Inftrumens qui fe nomment Twn.b, 
compofés de neuf petites plaques rondes, un peu concaves, qui forment dif. 
férens tons. On les fufpend dansun quadre, à différentes hauteurs, & les frap. 
pant comme un tympanon, on en tire un tintement qui s'accorde fort bien 
avec les autres Inftrumens $& même avec la voix. Mais les ouvriers excellent 
particulièrement dans l'éxécution des grotefques & dans la repréfentation des 
animaux. Ils font des canards & des tortues qui nâgent fur l’eau. L’Auteur vit 


la figure d'un chat au naturel. On lui avoit mis dans la téteune lampe, dont la: 


flamme formoit les deux yeux. Les rats en étoient cffrayés pendant la nuit, 
On voit fortir aufli dans les manufaétures de porcelaine quantité de ftatues, 
fur-tout de la Deéfle Quanin, qui eft fort célébre à la Chine & que les femmes 
invoquent pour obtenir la fécondité. Elle eft repréfentée avec un enfant dans 
fes bras. L’Auteur la compare aux ftatues antiques de Venus & de Diane, a- 
vec cette différence, que celles de Quanin font extrémement modeftes. 

Les opinions des Chinois font partagées fur la préférence de la porcelaine 
ancienne ou moderne. On:s’eft imaginé fauffement en Europe, que la meilleu: 
re doit avoir été long-tems enfevelie dans la terre, À là vérité, il arrive quel: 

uefois qu'en creufant de vieilles ruines ou nétoyant des puits, on y trouve 

excellentes piéces, qui y ont été mifes à couvert dans des tems orageux. Mais 
l’Auteur déclare qu'ayant vû dans plufieurs endroits d’autres piéces, qui étoient 
probablement fort anciennes, il ne les trouva pas comparables aux ouvrages 
d'aujourd'hui; d'où il conclut, qu'autrefois comme à préfent il y avoit de la 
porcelaine à tout prix. Les Chinois achetent.fort cher les moindres piéces du 
fiécle de Tun & de Chun, deux de leurs premiers Empereurs, lorfqu’elles ont 
confervé leur beauté, qui fait leur unique prix. ‘Tout ce que la ‘porcelaine 
gagne à demeurer long-tems en terre, eft d'y prendre une couleur d'yvoire ou 
de marbre, qui devient une preuve de fa vicilleffe. 

SurvanT les Annales de King-te-ching, certaines jarres coutoient ancien. 
nement jufqu’à cinquante-huit ou cinquante-neuf lyangs, qui reviennent à plus 
de quatre-vingt écus. : Les mêmes Annales ajoûtent qu'on bâtifloit exprès une 
fournaife pour chaque jarre, & qu'on né ménageoit pas la dépenfe. ‘ Le Man. 
darin de Ring:texching, ami de l'Auteur, fit préfent aux protééteurs qu'il avoit 
à la Cour, d'un Ku-tang ou de plufieurs vieilles piéces de porcelaine, qu'il 
avoit eu l'art de faire lui-même, ou plûtôt de contrefaire. Il y avoit cm- 
ployé un grand nombre d'ouvriers. La matière de ces fauflés antiquités eft une 
terre jaunâtre, qui fe trouve près de King-te-ching. Elles font fort épaifles. 
Une feule piéce, dont le Mandarin fit préfent au Péred'Entrecolles, pefoitau- 
tant que dix piéces communes. On ne remarque rien de particulier dans cette 
efpèce de poréelaine , à l'exception du vernis, qui eft compofé d'huile de 
pierre & qui étant mélé d’une groflé quantité d’huile commune, donne à la 
piéce une couleur de verd de Mer. Lorfqu’elle eft cuite, on la jette dans un 


bouillon fort gras, de quelques chapons & d’autres viandes. Enfüite sou 
remife 


rem 
qu'o 
quat 
pen 
Le f. 
le m 


Q 


moin 


étroit: 
largeu 
manié 
King-t 
s'élève 
te de 
qui co! 

ue ce 
urpret 
qu'ils f 
portent 


la rivié 
& forrr 


les mai 


(b) 2 


fort au v 


ES 
ten 
ciens ter 
fur des I 
pinceau. 


il fut con: 
jui étoient 
u goût de 
int enfuite 


moyen de 

nt Tun-bo, 

rment dif. 

& les frap- 

> fort bien 

s excellent 

tation des 

‘Auteur vit 

pe, dont la: 
ant la nuit, 

de ftatues, 

les femmes 
enfant dans 
> Diane, a- 
ftes. 
| porcelaine 
> Ja meilleu: 
arrive quel 
n y trouve 
geux. Mais 
, quiétoient 
IX Ouvrages 
avoit de la 
es piéces du 
fqu’elles ont 
; ‘porcelaiie 
d'yvoire ou 


ient ancien: 
nent à plus 

exprès une 

.' Le Man- 
rsqu’ilavoit 
laine, qu'il 
, avoit em- 
ités eft une 

ort épaifles. 
, pefoitau- 

r dans cette 
s d'huile dé 
donne à la 

tte dans un 
uite Jayant 

remife 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. II. 139 


remife au feu, on la laiffe repoñer l'efpace d'un mois dans le plus fale mélange 
qu'on puille truuvér. Après cette operation, elle pale pour vieille de trois ou 
quatre cens ans, ou du moins pour avoir été faite fous la Dynaftie de Ming, 
pendant laquelle le goût de la Cour étoit pour la porcelaine de cette épaifleur. 
Le faux Xu-tang eft fi éloigné de reffembler au véritable(h), qu'il ne rend pas 
le moindre fon lorfqu'il eft frappé, même en l’approchant de l'oreille. 
Quoique la porcelaine ne foit pas fi M brrente que le verre, elle eft 
moins fujette à fe brifer. La bonne n’eft pas moins fonore que le verre. Si le 
diamant coupe le verre, on s'en fert aufñli pour raccommoder la porcelaine 
brifée, en yfaifant, comme avec une aiguille, de.petits trous par lefquels on 
fait pafler un fil de leton très-fin. À peine s'apperçoit-on qu’elle ait été caffée. 
Cet art forme une profeflion particulière dans l'Empire de la Chine. 
KING-TE-CHING a tiré beaucoup d'avantage des fragmens de la porcelaine 
qui s’ybrife, &dela multitude de fes fours. On y bâtit fans celle, & l’on n'y voit 
point une maifon qui ne foit entourée de murs. Les briques, qui font longues & lar- 
ges, ne fe pofent point à plat, mais decôté. Elles font rangées alternativement 
avec leur face & leur côté en dehors, & liées par une légère couche de mor- 
tier. Le dos du mur eft conftruit de même. Ces murs deviennent plus 
étroits en s'élevant, de forte qu’au fommet ils n’ont qu’une feule brique de 
largeur & de longueur, les éperons des briques traverfières étant placés de 
manière qu'ils ne rencontrent point ceux du côté oppofé. Ainfi les murs de 
King-te-ching font creux & femblables à des cafes à deux faces. Comme ils 
s'élèvent par degrés, on remplit les cavités de pots cafés, fur lefquels on jet- 
te de la terre détrempée en mortier clair, qui lie tout dans urie feule mañle & 
qui contient les briques dans leur afliette. On croiroit, dans l'éloignement, 
ue ces murs font compofés en belle pierre, grife & polie. Ce qu'il y a de 
urprenant, fuivant le même récit, c’eft qu’ils durent des fiécles entiers lorf- 
qu'ils font couverts de bonnes tuiles. Mais il faut obferver aufli qu'ils ne fup- 
portent jamais aucun ouvrage de charpente. L’ufage des Chinois cft d'em- 
ployer des piliers de bois fort maflifs pour foûtenir ces conftruétions. 
Le refte des fragmens de la porcelaine & des cafes fe jette fur les bords de 
la rivière, au-deffous de King-te-ching. Ilretferre infenfiblement le canal (i) 


& forme à la fin un efpace allez folide pour aggrandir la Ville par les nouvel- 
les maifons qu'on y bâtit. 


(b) Angl. Le faux Ku-tang refflemble fi 


i) Chine du Père Du Halde, pag. 351. 
fort au véritable. R. d. E, (i) pag. 35 


& fuivantes. 


& VIIL 


Encre, Papier & Pinceaux des Chinois, €ÿ leur manière d'imprimer 
€ÿ de relier les Livres. 


LT manufaétures de papier font fi curieufes à la Chine, qu’elles ne méri- 
ciens tems de l'Empire, les Chinois n’avoient point de papier. 
fur des planches & fur de larges piéces de bambou. Au-lieu de plume ou de 


pinceau, ils fe fervoient d’un ftile de fer, ou d'un poinçon, Ils Fons 
S 2 même 


Porcer.AIN® 
DL LA Cine, 


Comparai. 
fon de la por- 
celaine & du 
verre. 


Ufage qu'on 
fait à King te- 
ching des 
fragmens de 
porcelaine. 

Manière 
dont les murs 
y font con- 
ftruits, 


Ce qui Ex 
. L è : voit autrefois 
tent pas moins d'attention que la foie & la porcelaine. Dans les plus an- je papier à la 


Ils écrivoient Chine. 


D'APIER 
p® LA CHIN£. 


De quoi lepa- 
pier Chinois 
«it compolé. 


Ses qualités, 


Autre efpèce 
de papier Chi- 
nois. 


Remarques 
tirées d’un 
Ouvrage Chi- 
nois fur cette 
matière, 


140 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


même fur le métal, & les curicux confervent encore d’anciènnes pliques, fi: 
Jefquelles on lit des caraétères fort nettement tracés. Cependant il y a long. 
tems qu'ils ont fait la découverte du papier. Quelques Européens admirant fa 
fineffe, l'ont pris pour une compofition de foie, fans faire attention que la foie, 
ne peut être réduite en pâte (a), 
Les Chinois compofent leur papier, qu'ils appellent Chi, dé l'écorce du 
bambou & d'autres arbres; mais ils n’en prennent que la feconde peau, qui cit 
fort douce & fort blanche. Ils la battent jufqu’à la rendre liquide (2). Les 
quadres qu'ils employent pour donner fa forme à la matière, Ant longs & lar- 
es. Aufli font-ils des feuilles de dix ou douze pieds de longueur & quelque- 
ois plus. Ils trempent chaque feuille dans de l'eau où ils ont fait diffoudre du 
Fan, c'eft-à dire, de l'alun; & de-là vient le nom de Papier-fan, qui eft en 
ufage à la Chine. L’alun empêche que le papier ne boive l'encre, & lui don- 
ne un luftre d'argent ou de vernis. Mais il le rend füjet à fe fendre. Le pa- 
pier Chinois eft plus blanc, plus doux & plus compaët que celui de l'Europe. La 
furface en eït fi unie, qu'il ne s’y trouve rien qui puifle‘arrêter le pinceau, ni 
même en féparer les poils. Cependant, commc il eft compofé d'écorce, il fe 
moifit facilement. La poufière s’y attache & les vers s’y mettent; ce qui ne 


manque point de corrompre les Livres, à moins qu'on ne prenne fouvent la, 


peine de les battre & de les expofer au Soleil. 

Ourre cette efpèce, lés Chinois font un. papier de coton, qui eft encore 
plus blanc, plus fin & plus en ufage. 11 n’eftpas fujet aux mêmes inconvéniens 
jue l’autre, 11 dure aufi long-tems & n’a pas moins de blancheur que célui 

e l'Europe. Les Remarques fuivantes font tirées d’un Livre curieux, com- 
pofé fous le régne préfent, qui traite de l'invention du Chi ou da papier, de 
fa matière, de fes qualités, de fa forme.& de fes différentes efpèces. L'Au- 
teur reconnoît qu’il n'y a rien de clair fur fon origine, quoiqu'il la croie fort 
ancienne. ,, Les Chinois, dit-il, écrivoient d'abord fur de petites planches 
, dé bois de bambou, pañlées au féu & fbigneufement polies, mais couvertes 
». de: leur écorce ou de leur peau. C'eft ce qui paroît affèz prouvé par lés 
termes de, Kyen & de Tfe, dont on fe fervoit alors au:lieu de Chi, pour ex. 
primer la matière fur laquelle on écrivoit. On.tailloit les lettres avec un ci- 
zeau, & dé toutes ces petites planches, prefées l’une füt l’autre Ce), on 
» formoitun volume. Mais des Livres de cette nature étoient d'un ufage fort 
», difficile. Depuis la Dynaftie de Tin, avant la naïffance de Jefus-Chrift, 
on écrivoit fur des piéces de foic ou de toile, coupées de la grandeur dont 
on vouloit faire un Livre. De-la vient que la lettre Chi cft quelquefois com. 
pofée du caraétère Se, qui fignifie Joie, & quelquefois du caraétère Xin, 
, qui fignifie de la toile. 

, Enfin, l'an 95, fous le Tong-han, ou le Han Oriental, pendant le régne 
» de Hoti, un grand Mardarin du Palais inventa une meillèure efpéce de 
» papier, quifut nommée LA oer eee ou Papier du Seigneur Ty. Ce Phy- 
». ficien trouva Île fecret de réduire en pâte fine l'écorce de différens arbres, 
ñ les vieilles étofes de foie & les vieilles toiles, en les faifant bouillir à l'eau, 
 & d'en compofer. diverfes.fortes de papier: ILen fit, avec les nœuds de 


LL 
LE 
29 


5 


> foie, 


(a) Ceci paraît contredit.cy après. re. Rod: Fi: 


Ch) Augl. ils la battent dans de l'eau chi- 


(ce) Angl enfilées l’unc après l'autre. R.d.E... 


» foi 
,, noi 
à ER 
O1 
fujet, 
» Kat 
» Cett 
» ÉCri 
» 168 
» Kyar 
» Un. 
» Il fe 
n {cri 
» Chu, 
A! 
dont le 
fois de 
même 
J'Empe 
ui fe: 
fncièrn 
LA. 
Lettrés 
mais CO 
bre n’a 
les mur 
de papi 
mens Co 
un mot, 
velle tou 


Uo 
fours 
l'arbufte 


jettons d 
les avoir 
de fix o 
jours da 
l'eau cla 
Peu de je 

fduit ca 
fuite dan 
dés mort 


Ont 


(d) Où 
(e) Un 
Plôfieurs P 
fouilles, d 


âques, fur: 
| y a long. 
dmirant fa 
| que la foie, 


‘écorce du 
au, qui cit 
(b). Les 
ngs & lar- 
Y quelque- 
iffoudre du 
ui eft en 
lui don- 

e.. Le pa- 
curope. La 
inceau, ni 
orce, il fe 
cc quine 
fouvent la, 


_eft encore 
convéniens 
que célui 
eux, com- 
papier, de 
cs. L'Au- 
croie fort 
es planches 
couvertes 
ivé par lés 
» pour ex- 
Avec un ci- 
e Ge), on 
ufage fort 
fus-Chrift, 
ndeur dont 
efois com- 
étère in, 


t le régne 
efpéce de 
. Ce Phy- 
ns arbres, 
lir à l'eau, 
nœuds de 


> foie; 


autre. R.d.F,:. 


DE LA CHINE, Liv. Il. Caar. II 


141 
, foie, un® autre efpice, qui porta le nom de Papier de lin (d). Les Chi- 


. nois portérent bien-tôt ces découvertes à leur perfeétion, trouvèrent 
, l'art de polir leur papier. 

On lit dans un autre Livre, intitulé Su-i-kyen-chi-pr, qui traite du même 
fujet, , que dans la Province de Se-chuen le papier fe fait de chanvre; que 
» Kau-tfong, troifième Empereur de la grande Dynaftie de T'ang, fit faire de 
, Cette Plante un excellent papier, fur lequel tous fes ordres fecrets étoient 
» écrits; que dans là Province de F0-kyen, le papier fe fait de bambou; dans 
» les Provinces Septentrionales, d'écorce de Meurier, €: dans celle de Che- 
kyang, de paille de riz ou de froment. Dans celle de Kyang-nan, on fait 
un parchemin de la petite peau qui fe trouve dans les coques de vers à foie. 
Il fe nomme Lo-wen-chi. Sa finefle & fa douceur le rendent propre aux: In- 
\ fcriptions. Enfin, dans la Province de Hu-quang, Varbre Chu, ou le Ku- 
chu, fournit les principales matières pour le papier. 
A l'occafon des diverfes fortes de papier, le même Auteur en nomme une 

dont les feuilles font ordinairement longues de trois changs (e) & quelque- 
fois de cinq. 11 explique comment il eft teint de différentes couleurs , & 
même argenté fans qu'on y employe d'argent; invention qu'on attribue à 
JEmpereur Kau-ti, de la Dynaftie de Tfi. Il traite du papier des Coréens, 
ui fe fait avec lès coques des vers à foie. Enfin, il rapporte que depuis le: 
fpsième fiécle ces Peuples payent à l'Empercur leur tribut en papier. 

LA confommatiôon da papier eft prefqu’incroyable à la Chine. Outre les 
Lettrés, qui en employent une quantité prodigieufe, on ne s’imagineroit ja- 
mais combien il s’en confomme dans les maifons particulières. Chaque cham- 
bre n'a d'un côté que des fenêtres ou des jaloufies, couvertes de papier. Sur 
les murs, qui font ordinairement revétus de plâtre, on applique une couche: 
de papier, pour les conferver blancs & unis. Les platfonds font à comparti- 
mens couverts de papier, fur lefquels on trace diverfes fortes d'ornemens. En: 
un mot, la plus grande partie des maifons n'offre que du papier, qu'onrenous- 
velle tous les ans: 

QUOTE ne faffe fervir à la compofition du papier que l’intérieur de 
plufieurs efpèces d'arbres, on y employe la-fubftance entière du bambou & de 
l'arbufte qui. porte le coton. On tire des plus groffés cannes de bambou les re- 
jettons d'une année, qui font ordinairement de la groffeur de la jambe. Après 
les avoir dépouillés de leur première peau verte, on:les fend en piéces droites 
de fix ou -fept pieds de long , pour les faire rouir‘l'efpace d'environ quinze 
jours dans un étang bourbeux. On lestire enfuite de la boue, on les lave dans 
l'eau claire, & les étendant dans un grand foflé fec, on les y couvre de chaux. 
Peu de jours après on les tire encore pour les laver une feconde fois, On les 
réduit comme en fil, qu’on fait blanchir & fécher au Soleil, & qu'on jette en- 
fuite dans de grandes chaudières, où l'ayant fait bouillir, on le bat enfin dans 
dés mortiers pour en faire une pâte fluide. 

ON trouve fur les montagnes & dans des lieux déferts une Plante, qui pro- 
j duit 


LL 


(d) Ou p'ûtôt pipier de filaffe. R: d. E. pieds. Ce qu'il ya de furprenant, c’eft que les 
Ce) Un Chang et lu mefure de dix pieds:  Chinais puiffént ménager des quadres de catte 
Plôfieurs Particuliers de Londres ont de c:s grandeur & trouver d’affez grandes cuves pour 


feuilles, qui font longues de foisante-dix les y tremper, 


CE 


RaPienr 
DE LA CHIN 


9 


Ô 


Feuilles d’&s 
ne prodigiræ 
fe grandeur, 


©} 


Extefive 
confomma- 
tion de pa- 
Diti® 


Préparation” 
des matériaux 
qui fervent au 
papier. 


Partren 
DE LA CHINE. 


Plante de 
Fau-tong, 
qu'on en- 


ploye au mê- 


me ufagc. 


Réfervoirs 


où l’on met la 


liqueur. 


Moules & 
quadres. 


Compoñition 


desgrandes 


feuilles de pa- 


pier, 


Arbres dont 
on faitauffi le 


papier. 


Papier qui fe 
fait de Ku- 
chu. Detcrip- 
tion de cet 
arbre, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


duit des feps longs & minces comme ceux dela vigne, & dont la peau eft ex. 
trêmement unie, Le nom de Hau-tong, que les Chinois lui donnent, exprime 
cette qualité. Elle fe nomme aufli Ko-tong, parce qu’elle produit de petits pois 
(f) aigfes, d'un verd blanchâtre, qui peuvent fe manger. Ses branches, qui 
{ont à-peu-près de la groffeur des feps de vigne, rampent fur la terre ou s'at. 
tachent aux arbres. Suivant la doétrine de l’Auteur Chinois, lorfque les bran- 
ches du Xo-tong ont trempé quatre ou cinq jours dans l'eau, il en fort un jus 
onctueux (g}) qu’on prendroit pour une efpèce de glue ou de gomme. On le 
mêle dans la pâte dont fe fait le papier, avec beaucoup d’attention pour n’en 
mettre ni trop ni trop peu. L'expérience en apprend la jufte mefure. On bat 
ce mélange jufqu’à ce qu’il tourne en eau grafle & épaifle, qu'on jette dansde 
grands réfervoirs, compofés de quatre murs de trois ou quatre pieds de hau. 
teur, dont les bords & le fond font fi bien cimentés, que la liqueur ne peut ni 
en fortir ni s’y imbiber. Alors les ouvriers fe plaçant aux côtés des refer- 
voirs, prennent dans leurs moules la furface de cette liqueur, qui devient pa- 
pier prefqu’à l'inftant. 

Les moules , dont les quadres fe démontent aifément & peuvent fe reffer- 
rer ou s’élargir, font faits de fils de bambou, tirés aufli fins que le fil d’ar- 
chal par les trous d’une plaque d’acier. On les fait bouillir enfuite dans l’huile 
jufqu’à ce qu’ils en foient bien imprégnés, afin qu'ils ne s’enfoncent pas plus 
qu'il n’eft befoin pour prendre la furface de la liqueur. 

S1 l’on veut faire des feuilles d’une grandeur extraordinaire, on foutient le 
quadre avec des cordons & une poulie. Au moment qu'on le tire du réfer- 
voir, les ouvriers, qui font placés fur les bords, aident à tirer promptement 
chaque feuille.  Enfüite ils l'étendent dans l'intérieur d’un mur creux, dont 
les côtés font blanchis, & dans lequel on fait entrer, par un tuyau, la cha- 
leur d’une fournaife voifine, dont la fumée fort à l’autre bout par un petit fou- 
pirail. Cette efpèce d’étuve fert à fécher les feuilles prefqu'aufi vite qu’elles 
fe font. | 

ENTRE les arbres dont fefaitle papier, on préfère ceux qui ont le plus de 
féve, tels que le meurier, l’orme, le tronc du cotonier, la plante de chan- 
vre, & diverfes autres plantes inconnues en Europe. On commencé par 
gratter légèrement la pellicule extérieure de l'écorce, qui eft verdâtre. En- 
fuite on tire la peau intérieure en longues courroies, & les ayant fait blanchir 
dans l’eau & au Soleil, on achève de les préparer comme le bambou. 

. Maïs le papier dont on fait le plus d'ufage eft celui qui eft compofé de la 
peau intérieure du Chu-ku, nommé auffi Æu-chu.  C'eft de cet arbre qu’il tire 
fon nom de Ku-chi. Lorfqu’on en cafe les branches, l'écorce fe péle faciie- 
ment en longues eourroies, comme autant de rubans. Les feuilles reffemblent 
beaucoup: à celles du Meurier fauvage; mais le fruit a plus de refemblance 
avec la figuc. Il fort des branches fans aucune tige. S'il eft arraché avant 
fa parfaite maturité, la place qu’il quitte rend un jus laiteux comme la figue. 
En uû mot, cet arbre a tant d'autres rapports avec le figuier & le meurier, 
qu’il peut-pañler pour une efpèce de fycomore. Cependant il refflemble nes 
plus 


font naturellement vifqueux, ou de l'écorce 
intérieure du Holly, qui étant pourri & broye 
fe réduit en glue, 


(f) Angl, de petites poires. R. d, E. 
(g) Si le Xo-tong manquoit, on pourroit 
peut-être fe fervir des grains de Miffelto, qui 


plus 
J'éco 
midit 
dans 
Po 
le:fo 
ratio 
en eft 
claire 
remua 
on la 
mélan 
gaule ; 
bâton’ 
liqueut 
par-de 
dans u 
les Ch 
de leu 
ILs 
‘emplo 
colle, 
dans u 
que l'es 
vapeur 
on pa 
vant q 
galité. 
fafle au 
aprés q! 
tendre t 
tant do 
même u 
délayée 
de figur 
Pou: 
comme | 
celui qu 
de h 
uite le ] 
le, pour 
On broic 
l poudre 


(b) Ch 
& fuivante 
(3) Ang 
se, KR, d, 


peau eft ex. 
it, exprime 
e petits pois 
anches, qui 
erre ou S'at- 
ue les bran. 
fort un jui 
nme. On le 
n pour n'en 
üure, On bat 
jette dans de 
eds de hau. 
ji ne peut ni 
s des refer- 
devient pa- 


ent fe reffer- 
: le fil d’ar- 
dans l'huile 
ent pas plus 


n foutient le 
re du réfer- 
romptement 
reux, dont 
au, la cha- 
n petit fou- 
vite qu'elles 


nt le plus de 
te de chan- 
mencé par 
dâtre. En: 
fait blanchir 

ou, 
bmpofé de la 
pre qu'il tire 
 péle faciie- 
reflemblent 
reTemblance 
raché avant 
me la figue. 
le meurier, 
mble encore 
plus 


ou de l'écorce 
pourri & broyé 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnapr. Il. 143 


plas à lAdrachne, qui eft une forte d'arboifier, de grandeur médiocre , dont 
l'écorce eft douce, blanche & luifante , mais fe fend en Eté, parce que l'hu- 
midité Jui manque. Le Xu-chu, comme l'arboifier, croît fur les montagnes & 
dans les lieux pierreux (b). 

Pour endurcir le papier & le rendre propreàrecevoir l'encre, les Chinois 
le font tremper dans de l’eau d’alun. Les Européens appellent cette opé- 
ration faner le papier, parce qu’en Chinois, Fan fignifie de l’alun. La méthode 
en eft fort fimple. On hache fort menu fix onces de colle commune, bien 
claire & bien nette, qu’on jette dans: douze écuelles d'eau bouillante, en la 
remuant avec foin pour empêcher qu’elle ne tourne en grumeaux. Enfuite 
on la fait difloudre dans (i) trois quarts de livre d’alun blanc & calciné. Ce 
mélange fe met dans un grand baflin, au travers duquel on pañle une petite 
gaule, ronde & unie. Enfuite, attachant le bout de chaque feuille à un autre 
bâton ‘qui eft fendu d’un bout à l’autre, on le laiffe tomber doucement dans la. 
liqueur pour y tremper. Lorfqu'il eft queftion de la retirer, on la fait glifler 
par-deflus la gaule ronde; après quoi, mettant le bout du bâton qui la tient, 
dans un trou du mur, elle y demeure fufpendue pour fécher. C’eft ainfi que 
les Chinois donnent à leur papier du corps, de la blancheur & du luftre. Un 
de leurs Auteurs reconnoît que cet art leur vient du Japon. 

Is ont aufii le fecret d’argenter le papier, avec peu de dépenfe & fans y 
employer de feuilles d'argent. Ils prennent fept fuens ou deux fcrupules de 
colle, compofée de cuir'de vache, & trois fuens d’alun blanc, qu’ils mêlent 
dans une demi-pinte d’eau claire, € qu'ils font bouillir fur le feu jufqu’à ce 
que l'eau foit confommée, c’eit-à-dire, jufqu'à ce qu'il ne s’en élève plus de 
vapeurs. Alors, étendant quelnues feuilles de papier fur une table fort unie, 
on pafle deux ou trois fois deflus un pinceau trempé dans la colle, en obfer- 
vant que l’enduit foit égal, & le recommençant lorfqu'il s’y trouve de l'iné- 
galité. Enfuite, prenant du talc, préparé comme on va l'expliquer, on le 
Ale au travers d’une gañe | pour le faire tomber egalement fur les feuilles ; 
après quoi on les fait fécher à l'ombre. Il ne refte, après cela, qu’à les é- 
tendre une feconde fois fur la table, pour en ôter le talc fuperflu en les frot- 
tant doucement avec du coton. La poudre qu’on ôte ainfi peut fervir au 
même ufage pour d’autres feuilles. L’Auteur obferve qu'avec cette poudre , 
délayée dans l’eau & mêlée de coile & d’alun, on neut definer toutes fortes 
de figures fur le papier. 

Pour là préparation du talc (k) on le choifit beau, tranfparent & blanc 
comme la nége, Le talc que les Rufliens apportent à la Chine, l'emporte fur 
celui qu’on tire de la Province de Se:chuen. Après l'avoir fait bouillir environ 

uatre heures, on le laifle dans l’eau pendant un ou deux jours. On doit en- 
fite le laver foigneufement & le battre avec un maillet, dans un fac de toi- 
le, pour le mettre en piéces. Sur dix livres de talc on en met trois d’alun. 
On broie le tout enfemble dans un petit moulin à bras.  Enfuite ayant faffé 
la poudre dans un tamis de foie, on la jette dans de l’eau bouillante, qui doit 
être 


(k) Les Chinois nomment ce minéral Tun- 
muache, qui fignifie, Pierre groffe de nuées, 
parce que chaque morceau qu'on en caflë cit 
une cfpèce de nuée tranfparente, 


(b) Chine du Père Du Talde, pag. 336. 
& fuivantes. 
(5) Angl. On fait difloudre dans ce Mélan- 


ge, KR, d. E, 


Parier 
DE LA Cine, 


Perfce&ions 
qu'on donne 
au papicre 


Manière 
d'argenterle 
papier. 


Préparation 
du talc pour 
cette opéra- 
tion. 


Parter 
DE LA CHINE. 


Les Chinois 
ont l'art dé re- 
nouveller Île 
papier, 


Prix du pa- 
pier, 


De quoi 
l'encre de la 
Chine eft 
compofée, 


144 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


être répandue ‘lorfqu'elle eft devenue claire. La matitre qui refte an fond, 
& qu'on fait durcir au Soleil, doit être auili-tôt réduite en poudre impalpa. 
ble dans un mortier. Cette poudre, après avoir été faffée une feconde fois 
eft teile qu'il faut pour l’ufage. Ù 

ON voit, hors des fauxbourgs de Peking, vis-à-vis les cimetières, un lons 
Village, dont les Habitans renouvellent le vieux papier & tirent un prof 
confidérable de ce métier. Ils ont l’art de le rétablir dans fa beauté, foit qu'il 
ait été employé à l'écriture, ou collé für les murailles, ou mis en carton, où 
fouillé par d’autres ufages. Les ouvriers l'achetent à fort vil prix dans les Pro. 
vinces. Ils en font de gros amas dans leurs maifons , qui ont toutes un enclos 
de murs fort unis, & blanchis foigneufement pour cet ufage. S'il fe trouvedu 
papier fin dans leur amas, ils ont foin de le mettre à part. Leur premiére o. 
pération confifte à le laver dans un petit efpacepavéen pente, près d’un puits, 
en Je frottant de toutes leurs forces avec les mains & le.foulant aux pieds pour 
en faire fortir l’ordure. Ils font bouillir enfuite la mafle qu'ils ont paîrie, & 
l'ayant battue jufqu’à ce qu’elle ait repris la qualité de papier, ils la mettent 
dans un réfervoir ou dans une cuve. Lorfqu’ils en ont une groffe quantité en 
réferve, ils féparent les feuilles avec la pointe d’une aiguille, & les attachent 
aux murs de leur enclos pour yfécher au Soleil. Ce travail prenant peu de tems, 
ils les rejoignent enfemble avec la même propreté (7). 

NavarETTE dit que le papier eft fi commun à la Chine, que pour deux 
réaux & demi; c’eft-à-dire pour quinze fols, il en acheta cinq cens cinquante 
feuilles. 11 ajoûte qu’on en trouve de mille différentes forces, qu'on diftingue 
par leur couleur ou par leur finefle, & qu'on en fait de curieufes figures pour 
les maifons & pour les Temples (" ). 

L'ENcRE de la Chine eft compofée de Noir de lampe, qui fe fait en brûlant 
plufieurs fortes de matières, mais particulièrement du bois de pin, ou del’hui. 
le (n}), dont on corrige l'odeur en y mêlant des parfums. De tous ces ingrc. 
diens on compofe une forte de pâte, qu'on met dans des moules de bois de dif. 
férentes grandeurs, pour lui donner différentes formes. Les impreflions qu’elle 
yreçoitfont desfigures d'hommes, dedragons, d'oifeaux, d'arbres, defleurs, 
&c. Mais la forme générale eft ordinairement celle d'un bâton (0), & d'in 
côté, chaque bâton porte toûjours quelques caraétères Chinois. La meilleure 
encre fe fait à (p) #Whey-cheu, Ville de la Province de Kyang-nan. C'eft fi 
bonté qui eft la régle du prix. Les Européens ont fait des efforts inutiles pour 
la contrefaire. Elle eft fort utile pour le deflein, parce qu’on peut lui donner 
1e degré d'ombre qu’on juge à propos (4). Les Chinois ont aufli de l'encre 
rouge, qu’ils employent principalement pour les titres des Livres. Tout cequi 
fe rapporte à l'écriture eff fi précieux à la Chine, que les ouvriers mêmes qui 
travaillent à la compofition de l'encre, ne paflent point pour des gens d'une 


condition méchanique & fervile. 
L'AurEeur 


Ang'eterre, qu'on appelle communément En 
cre du Japon, eft un quarré oblong, de lalon- 


(4) Chine du Père du Halde, pag. 369. & 


fuivantes. 
(m) Defcription de la Chine par Navaret-  gueur de trois pouces, 
te, pig. 49. ‘ (p) Voyez ci-deflus. 


(g) Du Halde, ubi fup. pag. 370. & Le 


(n) Le Comte dit qu'on y employe de la 
Comte, pag. 188. 


graitle de porc, mélée avec de l'huile. 
(o) La foime des bâtons qui viennent en” 


éclairé 
chent 
allumé 
forme 
qu'il s 
pour n 
fouille 4 
& luifa 
ne s’e 
doit ét 


penfe de 
VII, 


te au fond, 
re impalpa. 
conde fois, 


res, un long 
it un prof: 
6, foit qu'il 
carton. où 
ans les Pro. 
es un enclos 
fe trouvedu 
première o- 
s d’un puits, 
x pieds pour 
t paîtrie, & 
s la mettent 
quantité en 
les attachent 
peu de tems, 


ue pour deux 
ns Cinquante 
on diftingue 
figures pour 


ait en brûlant 
, où delhui- 
pus ces ingré- 
de bois de dif: 
effions qu’elle 
es, defleurs, 
(o), & d'un 
La meilleure 

an. C'etfi 

inutiles pour 

ut lui donner 
fi de l'encre 

Tout cequi 

s mêmes qui 

es gens d'une 


L'AUTEUR 


munément En- 
long, de lalon- 


ag. 370, & Li 


‘DE LA CHINE, Liv. IL Car. Il 


L'AuTeur Chinois qu'on a cité dans l’article précédent, fournit les Re- 
marques fuivantes für l'origine & la nature de cette encre. Il affüre que fonin- 
vention eft d’un temps immémorial, mais qu’elle fut long-tems fans parvenir 
à fa perféétion. On fe fervoit d’abord, pour écrire, d’une efpèce deterre noi- 
re, comme le carattére Ye, qui fignifie Encre, le prouve par fa compofition. 
On exprimoit de cette terre, ou plûtôt de cette pierre, un jus ou unfucnoir. 
D'autres encore prétendent qu'après l'avoir humeétée, on en tiroit uneliqueur 
noire en la broyant fur le marbre. Enfin, cette terre ou cette pierre fe trouve 
nommée dans une réfléxion morale de l'Empereur Vu-vang, qui vivoit onze 
cens vingt ans avant l’Ere Chrétienne. 

Sous les premiers Empereurs de la Dynaftie de Tong, vers l’année 620, 
Je Roi de Corée offrit à l'Empereur de la Chine quelques bâtons d’une encre 
compofée de noir de lampe. Ce noir venoit de vieux bois de pin brûlé, & 
mêlé avec de la cendre (r) de corne de cerf, pour lui donner de la confiften- 
ce. Cette encre a tant de luftre qu’on la croiroit couverte d’un vernis. L’ému- 
lation des Chinois leur fit trouver, vers l’année 900, le moyen de la porter à 
fa perfeëtion. 

EN 170oils en inventèrent une autre efpèce, qui fe nomme Yu-me, c'eft- 
à-dire, Encre Impériale, parce qu’elle eft particulièrement à l'ufage du Palais. 
Elle eft compofée d’huile, dont on raffémble les vapeurs dans un vaifleau de 
cuivre concave, en y mêlant un peu de mufc'pour lui donner une odeur 2- 
gréable. 

La recette fuivante (s), qui eft tirée des Chinois, fait une encre d’un 
beau noir; qualité qu'on regarde comme la plus effentielle. Brulez du noir 
de lampe & de l'Inde (#) dans un creufet, jufqu’à ce qu'ils ayent tout-à-fait 
ceffé de fumer. Faites diffoudre enfuite de la gomme adragante dans de l’eau, 
& lorfqu'elle eft parvenue à fa confiftence, ajoutez-y les autres ingrédiens 
& mêlez le tout enfemble avec une fpatule, pour en faire une pâte qui puiffe 
être mife au moule. Une trop grofle quantité d’Inde rend la pâte dus vio- 
let-noir. 

Le Père Coutancin, Jéfuite, apprit une autre recette d’un Chinois ‘aufi 
éclairé qu’on peut l'être fur cette matière, dans un Pays où les ouvriers ca- 
chent fort foigneufement les fecrets de leur art. On met cinq ou fix méches 
allumées dans un vafe plein d'huile, qu’on couvre d’un couvercle de fer en 
forme d’entonnoir, à la diftance néceffaire pour recevoir la fumée. Lorf- 
qu'il s’y en.eft affez raflemblé, on prend une plume d’oye, dont on fe fert 
pour nétoyer le fond du couvercle, & l’on fait tomber cette fuye fur une 
feuille de papier fec. C'eft le noir dont on fe fert pour faire de l'encre fine 
& luifante, La fuye qui s'attache le plus au couvercle eft la plus groffière & 
ne s’employe que pour l'encre commune. Celle qu’on a recueillie fur le papier 
doit étre bien battue dans un mortier. On y mêle du mufc ou quelqu’eau 
parfumée, avec un peu de colle de cuir de vache, pour incorporer les in- 


grédiens 


145 


(r) Angl. avec de la colle. R. d. E. 

(s) Du Halde donne une autre méthode 
d'après un Auteur Chinois; mais on fe dif- 
penfe de la rapporter iei, parce que les noms 


VIII. Pert. 


des ingrédiens font inconnus en Europe, 

(t) C'eft fans doute de l'Inde en maron, 
ou le fuc d'Inde mis en pain, qui vient de 
Lyau:tong. 


T 


Encre 
DE LA CHIN 8 

Remarques 
fur fon origi- 
ne. 


Invention 
d'une autre 
‘encre. 


Recettes 
pour la com- 
pofition de 
différentes 
encres de {a 
Chine, 


Recette du 
‘ Pére Coutan- 
cin. 


Envcree 


DE LA CHINE. 


Ufage des 
Marchands 
de Whey- 
cheu-fu. 


Fournaifes 
pour l'encre. 


Obfervation 


fur le bois 


qu'on y brûle, 


Régles pour 


dittinguer la 
bonne encre 
de la Chine. 


* moins bonne. 


146 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


_grédiens. Lorfque cette compofition a pris la confiftence de pâte, on 1. 


met dans des moules, pour lui donner fa forme ; après quoi l'ufage et 
de graver deflus, avec un cachet, des caraétères ou des Res en bleu, 
en rouge ou en or. On fait enfuite fécher les bâtons au Soleil ou au vent. 

Dans la Ville de ÆWhey-cheu-fu, célèbre, comme on l'a remarqué, par la 
beauté de fon encre , les Marchands ont de petites chambres où ils entre. 
tiennent, jour & nuit, des lampes allumées.. Chaque chambre eft diftinguée 
par l’huile qu’on y brûle & par l’efpèce d’encre qui s'y fait. L’encre de Ia 
Chine étant à très-bon marché, toutes fes différentes efpèces ne peuvent être 
compofées d'huile de Se/amum, ou de gergelin, comme la plûpart des Chinois 
fe l'imaginent. Ù 

Ox rapporte que dans le diftriét de la même Ville il y a des fournaifes d'u. 
ne forme fingulière, pour y brûler le vieux bois de pin & pour conduire la 
fumée par de longs tuyaux dans de petites chambres tendues de papier. Après 
avoir laiflé aux vapeurs fuligineufes le tems de s’y attacher, on en tire beau- 
coup des murs & des platfonds. D'un autre côté, on tire la réfine du bois 
par d’autres tuyaux, qui font au niveau du terrain. Les chambres font parfu- 
mées de mufc & d’autres drogues, dont l'odeur mélée avec la fuye end celle 
de l'encre fort agréable. 

Les Miffionaires ont obfervé que la nature du bois qu’on fait brûler con- 
tribue beaucoup à la bonté de l'encre. Ils jugent que la fuye qu’on tire des 
fournaifes d’une verrerie & dont les Peintres font ufage en Europe, feroit la 
meilleure pour contrefaire l’encre de la Chine. 

Les Remarques fuivantes font tirées du même Auteur Chinois qu’on à 
déjà cité : 

10. Pour diftinguer les différens degrés de bonté dans l’encre qui fort 
des mains de l'ouvrier, il faut tremper dans l'eau le bout des bâtons, pour 
en frotter un vafe du plus beau vernis, qui fe nomme Tan-quang-fi. Lorf. 

ue la place de l'encre eft féchée , on lève le vafe au Soleil. Si la couleur 
& l'encre n’eft pas différente de celle du vernis, on peut s’aflürer qu’elle eft 
de la plus fine efpèce. Si le noir eft tourné en bleuître, elle eft beaucoup 
Mais s’il eft couleur de cendre, c’eft la plus imparfaite de 
toutes les efpèces. 

20, Pour garantir l'encre de toutes fortes d’altérations, il faut l’enfermer 
dans une boëte avec un peu d'armoife parfaitement mûre. Si les bâtons de- 
meurent expofés au Soleil, ils ne manqueront point de fe fendre & de tom- 
ber en piéces. 

30. Lorsqu'un bâton d'encre s'eft brifé, il n’eft queftion que d’en ré- 
duire, une partie en pâte fur le marbre, d'y mêler les autres morceaux brifés 
& de preffer le tout enfemble. Après l'avoir fait fécher l’efpace d’un jour, 
on le trouvera auffi ferme que jamais. 

49, S1 vous voulez une efpèce d'encre fort délicate, ayez foin de bien la- 
ver le marbre avant que de la paîtrir deflus. Il fuffit pour gâter la nouvelle 
qu'il y refte tant foit peu de celle qu’on a paîtrie la veille. Obfervez auf 
que le marbre doit être lavé avec de l’eau qu'on ait fait bouillir & qu’on ait 
laiffée refroidir. Les meilleures pierres pour la préparation de l'encre fe nom- 
ment Tuan-che. 


5°. L'ENCRE, trop long-tems confervée, ceffe d'être propre à de 
e 


LE 
ui fig: 
e plai 

ranger 

L'AR 

la Chin 
reffemb 
qu'ils n 
defquel 
des typ 
enfemb 
ainfi dit 
fermant 
moyen 

Au: 

pour ch 
à la mél 
bois. 
à tous 

eft vrai 
ont de 

blent, ; 
parées f 
fin du v 
ches que 


(v) CI 
& fuivant. 
(x) C 
& Méimoit 
(y) Ti 


te, on !1. 
ufage ett 
en bleu, 
Lau vent. 
ié, par la 
| ils entre. 
diftinguée 
icre de Îa 
uvent être 
les Chinois 


naifes d'u- 
onduire la 
ier. Après 
tire beau- 
ne du bois 
font parfu- 
rend celle 


brûler con- 
on tire des 
, feroit la 


is qu’on à 


e qui fort 
tons, pour 
ne fi. Lorf- 
i la couleur 
qu'elle eft 

beaucoup 
parfaite de 


l'enfermer 
bâtons de- 
& de ton- 


ie d’en ré- 
eaux brifés 
d'un jour, 


de bien la- 
la nouvelle 
ervez aufi 
& qu'on ait 
re fe nom- 


à l'écriture, 
Elle 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. Il. T47 


Elle devient, fi l’on en croit les Chinois, un remède excellent pour la Dyflen- 
terie & pour les convulfions des enfans. Ils prétendent que fes parties alka- 
lines abforbent les humeurs acides & qu’elles adouciffent l’acrimonie du fang. 
La dofe,'pour les perfonnes formées (vu), eft de deux dragmes , dans un 
verre d’eau ou de vin. 
Les plumes Chinoifes n’ont pas de refflémblance avec celles des Européens. 
Ce font des pinceaux de poil, particulièrement de poil de lapin, qui eft le 
plus doux. Pour écrire, les Chinois ont une petite table de marbre poli, 
avec un trou à l'extrémité pour y mettre de l’eau. Ils y trempent leur bâton 
d'encre, en frottant plus ou moïns le côté le plus uni du trou, fuivant le de- 
gré de noirceur qu'ils veulent donner à leur écriture. Lorfqu'ils écrivent , 
ils ne tiennent pas obliquement leur pinceau, comme les Peintres; mais per- 
pendiculairement, comme s'ils vouloient piquer le papier. Ils écrivent de 
droit à gauche & de haut en bas. Leurs Livres commencent comme nous 
finiflons les nôtres; c’eft-à-dire, que notre dernière page eft pour eux la 
première. 
Le marbre, le pinceau , le papier & l'encre, fe nomment Pau-tfe ; mot 
ui fignifie Les quatre chofes précieufes. Les Chinois Lettrés prennent autant 
à plaifir à les tenir propres & en bon ordre (x), que nos gens de guerre à 
ranger & à nétoyer leurs armes. | 
L'ART de l’Imprimerie, qui ne fait que de naître en Europe, eft connu à 
la Chine depuis-un téms immémorial (y). Mais la méthode des Chinois ne 
reffemble point à la nôtre. Comme nos caractères font en petit nombre & 
qu'ils ne répréfentent que de fimples fons, ou des lettres, de la combinaifon 
defquelles nous formons des mots & des fentences, notre ufage eft de faire 
des types féparés, dont chacun a la forme d'une lettre, Enfuite, les joignant 
enfemble & les rangeant en lignes l’un après l’autre, nous en formons, pour 
ainfi dire, un corps folide de métal, dans une dimenfion bornée; & le ren- 
fermant dans un quadre ou un chaflis, nous y imprimons les feuilles, par le 
moyen d’une preffe inftituée pour cet ufage. { 
Au contraire, les Chinois ayant au-lieu de lettres un caraétère particulier 
pour chaque mot, tombent dans une efpéce d’infinité, qui leur a fait préfèrer 
à la méthode des types celle de tailler ou de graver leurs compofitions en (2) 
bois. L’ufage d’une multitude de types, ou des caraétères, qui répondroient 
à tous les mots de leur langue, feroit peut-être impratiquable à la Chine. Il 
eft vrai que les Européens peuvent employer autant de cypes que les Chinois 
ont de caraétères; mais ce nombre n’eft compofé que de lettres qui fe reffem- 
blent, & qui après avoir fervi à la compofition d'une page peuvent être fé- 
parées pour la page fuivante, & fervir ainfi d'une page à l’autre jufqu’à la 
fin du volume.  Au-lieu que les Chinois ont befoin de tailler autant de plan- 
ches que leur Livre doit contenir de pages; ce qui les met fouvent dans la né- 
ceflité 


(vo) Chine du Père Du Halde, pag. 330. 
& fuivantes, (3) On fçait que nos premiers Livres fu. 

(x) Chine du Père Du Halde, pag. 372. rent gravés de même fur des planches de 
& Mémoires du Père le Comte, pag. 184. bois. 

(y) Trigaut & d'autres difent fix cens ans 


To 


avant Jefus-Chrift. 


IMrRiIMERIe 
CuHiNnorse 


Plumes de 
la Chine. 

Manière 
dont les Chi- 
nois écrivent, 


Art de l’Im- 
primerie Chi- 
noife. Son an- 
cienneté. 


Ce quirend 
leur méthode 
différente de 
la nôtre. 


IMPRIMERIE 


CHINOISE, 
Leur manié- 


re d'impri- 
ucr, 


Les Chinois 


ont aufli des 
types mobi- 
les. 


Comment ils 


impriment 


lorfqu'ils font 


preflés. 


Ferme ordi- 
naire de leur 


impreflion. 


148 VOYAGES: DANS.LEMPIRE 


ceflité de fe pourvoir d'une chambre fort fpacieufe pour les matériaux d'un feu 
volume. eu + 
Ux- Ouvrage qu'on deftine à l'impreffion; eft-tranfcrit par quelque bon 
Ecrivain fur un papier fin & tranfparent. Le Graveur colle chaque feuille für 
une planche de Pommier, ou de Poirier (4), ou de quelqu’autre bois dur. 1] 
rave les caraétères en coupant le refte du bois. Cette opération fe fait avec 
tant d'éxattitude, qu'on auroit peine à diftinguer la copie de l'original , foit 
qu'il foit queftion de caraétères Européens ou.Chinois ; car les nôtres fe cou- 
pent & s’impriment de même à la Chine. | : 
CETTE méthode a beaucoup de commodité ; parce qu’elle épargne la: pci- 
ne de compofer les caraétéres & qu'on n'imprime les feuilles qu'à mefure qu'on 
les vend, fans être expofé,. comme en Europe, au rifque d'en vendre moins 
u'on n’en imprime, ou. de-faire les frais d’une nouvelle impreflion (b). ; 
CEPENDANT les Chinois n'ignorent point la manière d'imprimer des Eu- 
ropéens. Ils ont des caraétères mobiles de bois, pour s’aflürer le pouvoir de 
corriger l'Etat préfent de:la Chine, qu'ils impriment à Peking tous les trois 
mois. On rapporte que dans les Villes de Nan-king & de-Su-cheu-fu ils im- 
priment-de même quelques petits Livres, avec beaucoup de netteté & de cor- 
reétion... : 
Dans les affaires qui demandent de la diligence, telles qu’un ordre qui ar 
rive de la Cour & qui doit étre: imprimé dans l’efpace d’une nuit, ils ont une 
autre méthode. Ils couvrent la planche de cire jaune, fur laquelle ils gra- 
vent les carattères avec une promptitude furprenante. 


1zs n’ont pas-de prefle comme.en Europe. Leurs planches de bois & leur, 


papier enduit d'aluns'en accommoderoient mal. . Voici.de quelle manière ils 
s’y prennent. Après avoir mis leur planche de niveau & l'avoir bien affer- 
mie, ils trempent dans l'encre une brofle dont ils la frottent, avec la-précau- 
tion de ne pas l’humeéter trop ni trop peu. Si la planche eft trop humide, 
Jes caractères fe confondent; & fi elle ne l'eft point aflez, l'impreflion man. 
que de force & ne peut avoir beaucoup de durée. Ils pafent enfuite fur. le 
papier une autre broffe, douce & oblongue, en preflant plus ou moins, füui- 
vant la quantité d'encre qu’il y a fur la planche.  Lorfque la préparation d’en. 
cre eft bien faite, ils peuvent imprimer trois.ou quatre feuilles. fans tremper 
leur brofle dans l'encre. ê 
Pour faire cette encre, ils prennent-du-noirde lampe, le broyent foigneu- 
fement & l'expofent au Soleil.  Enfuite l'ayant paîlée au fas, le plus fin qu'il 
eft poñfible, ils la tempérent avec une liqueur fpiritueufe jufqu'a ce qu’elle ait 
pris la confiftence d’une bouillie épaifle, mais fans grumeaux. Ils la fonc dif. 
foudre au feu, en y jettant, fur dix onces, une once de colle de cuir de.var 
che; après quoi ils la démêlent .dans l’eau, pour la rendre auf claire qu'il 
convient (c). | AR 
Leur papier eft fi clair & fi tranfparent, qu'il ne peut être imprimé qu 
u 
l'Auteur donne à l’Imprimerie Chinoife ef 
fort mal fondée. Auffi avons nous abandonné 
leur méthode, après en avoir ufé d'abord, 
K. d, T. 
Ke) Du Halde, wbi Jup. pag. 373: 


(a) Suivant Navarettr, c’eit le Poirier qui 
eit le meilleur. 

(b) On croit reconnoitre ici le penchant 
des Voyageurs à vanter tout ce qu'ils ont vû 
chez les Etrangers ; car la préférence que 


 U 
c 
fait de 
font pa 
fes. Ce 
de l’Ar 
la Philo 
ces diffe 
objet & 
torique, 
Un fage 
jugées L 
dans cet 
tion de « 
penfe. 


FE IS 
con 
mières R 
dition, la 
la voie d 
point, © 
& du zet 

Pour 
qui confi 
paralleles 
pañées fe 
mais qui ! 


d'un feul 


ique bon 
euille fur 
s dur. Il 
fait avec 
nai, foit 
s fe cou- 


ne la- pei- 
ure qu'on 
dre moins 
“b). 
r de Eu. 
jouvoir de 
s les trois 
-fu ils im- 


& de cor- 


dre qui at- 
ils ont.une 
elle ils gra- 


sois & leur, 
manière ils. 
bien affer- 
Ja.précau- 
DP humide, 
effion man: 
fuite fur. le 
moins, fui- 
ration d’en- 
ns tremper 


ent foigneu- 
lus fin qu'il 
e qu’elle ait 
la font dif- 
cuir de.var 
claire qu'il 
primé que 
d'un 
Chinoife cf 


bus abandonné 
ufé d'abord, 


373: 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. IV. 149 


d'un côté. De-là vient que les Livres ont une double feuille, qui a fon repli 
au dehors & fon ouverture du côté du dos du Livre, où elle eft coufüue. Ainfi 
les Livres Chinois fe rognent du côté du dos, au-lieu que‘les nôtres fe ro- 
gnent fur la tranche. On tire fur le repli une ligne noire, qui fert de direc- 
on au Relieur. 


Les Chinois couvrent leurs Livres de carton gris, ou de fatin à fleurs. On 
en voit aufli de reliés en brocard, à fleurs d’or ou d'argent. Cette manière 
de relier eft également propre & commode, quoiqu'inférieure à la nôtre (4). 


(d) Ibid. & le Conte, pag. 188. 
AS CLS ES STD D USE SES CE SG LS pc 
C'OHCAEPEF TER "RE IV. 


Sciences.des Chinois. 


UOIQUE les Chinois ayent le goût des Sciences & d'excellentes fa- 
cultés pour réuffir dans tous les genres de Littérature, ils n’ont jamais 
fait de progrès confidérable dans les Sciences fpéculatives, parce qu'elles ne 
font pas du nombre de celles que le Gouvernement anime par des récompen- 
fes. Cependant, comme la pratique des affaires demande quelque connoiffance 
de l’Arithmétique, de l’Aftronomie, de la Géométrie, .de la Géographie, de 
la Philofophie Naturelle & de la Phyfique , ils cultivent affez foigneufement 
ces différentes parties du Sçavoir.: Mais les études dont ils font leur principal 
objet & qui forment proprement leurs Sciences, font la Grammaire, la Rhé- 
torique, l'Hiftoire & les Loix de leur Pays, avec la Morale & la Politique. 
Un fage difcernement leur a fait donner la préférence aux lumières qu’ils ont 
jugées les plus utiles à la conduite de l’homme & au bien de la fociété. C’eft 
dans cette double vûe que pour engager les jeunes gens à tourner leur applica- 
ARR ce côté-là, ils leur ont propofé les honneurs & l'élévation pour récom: 
penfe. - 


$. IL 
Arithmétique. Géométrie. ÆAftronomie. 


‘HISTOIRE Chinoife rend témoignage que les Mathématiques ont été 
L connues à la Chine dans les plus anciens tems. L’ufige des quatre pre- 
mières Régles de l’Arithmctique y eft établi; c’eft-à-dire, qu'on y employel'44- 
dition, la Süuftraftion, la Multiplication & la Divifion. - Mais ce n'eft point par 
la voie du calcul que les Chinois fe fervent de ces quatre Régles. Ils n’ont 
point, comme nous, de: caraétères Arithmétiques, compofés de neuf figures 
& du zero. 

Pour faire leurs comptes, ils employent un inftrument nommé Suan:pan, 
qui confifte dans une petite planche, divifée du haut en bas en douze raies 
paralleles, marquées par autant de fils-d'archal , dans chacun defquels font 
pañlées fept petites boules d’os ou d’yvoire, qui peuvent monter & defcendre ; 
mais qui font tellément féparés par A partition au milieu de la planche, qu'il 


IMPRIMERTE 
CHINOISE. 


Couverture 
& reliôre de 
leurs Livres. 


Introduc- 
tion. 


Quel eft 
l'objet de l'é- 
.tude des Chi- 
nois. 


ARITHMETi- 
QUE. 

Ils ont l’ufa- 
ge des quatre 
premières 
Régles de l’A- 
rithmétique. 


Inftrument 
dont ils fe fer- 
vent, 


SCILNCES. 
pEs CHinois. 


Leur Géo- 
inétrie. 


Lumières 
que les Chi- 
nois s’attri- 
buent en A- 
ftronomie, 


Rapport de 
leurs obferva. 
tions avec les 
niètres, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


A59 
y en a deux d’un côté & cinq de l'autre. Les deux, qui font dans la partie fu. 
périeure, valent chacun cinq, & les cinq de la partie baffe ne font qu’autant 
d'unités. En joignant ou féparant ces boules, les Chinois fuputent comme on 
le fait en Europe avec des jettons. Leur promptitude & leur facilité paroiffent 


furprenantes. Ils font leurs calculs aufli vite que nous lirions un Livre de 
comptes , & les plus. groffes fommes les arrêtent moins que nous avec nos 
chiffres. 

Leur Géométrie eft aflez fuperficiélle. Ils font auffi peu verfés dans la théo. 
rie que dans la pratique. S'ils entreprennent de réfoudre un Probléme, c'eft 
moins par principes que par induétion. Cependant ils ne manquent point d’ha. 
bileté pour mefurer leurs terres, ni d’éxaétitude pour en régler les bornes. 
Leur méthode eft fimple & précife (a). 

Is fe vantent d’avoir cultivé l’Aftronomie depuis la fondation de leur Em- 
pire, & fe regardent dans cette Science comme les plus grands maîtres de 
l'Univers. Mais leurs progrès n’ont pas trop bien répondu au tems qu’ils y ont 
employé. Les Miflionaires avouent qu’il n'y a point de Nation qui ait ap. 
porté des foins fi conftans aux obfervations Aftronomiques. Dans tous les tems 
la Chinc aeu, nuit & jour, des Mathématiciens attentifs aux Mouvemens Cé. 
Jeftes. ‘Telle a toûjours été la principale occupation des Lettrés de l'Empire. 
Leur aîMiduité à cet Office étoit regardée comme un devoir de fi haute impor. 
tance, que les Loix punifloient de mort la moindre négligence. Cet ufage eft 

rouvé par un Paffage de Chu-king (b), un de leurs anciens Livres, à l'occa- 

ion de Hi & de Fo, deux de ieurs Aftronômes, auxquels il échapa une Eclvp. 
fe du Soleil, deux mille cent cinquante-cinq ans avant la naiffance de Jéfus. 
Chrift. Plufieurs Mathématiciens Jéfuites ont vérifié laréalité de cette Eclypfe, 
& prétendent qu’elle ne peut avoir été vûe qu’à la Chine. 

DE trente-ffx Eclypies de Soleil, dont Confucius a parlé dans fon Livrein. 
titulé Chun-tfyu, il n'y.en a que deux fauffes & deux douteufes. Toutes les 
autres ont été fouvent vérifiées, non-feulement par les Aftronômes Chinois, 
fous les Dynafties de Han, de Tang, de Hau & de Tuen, mais encore par quan. 
tité de Miffionaires Européens. Les Pères Adam Schaal, Kegler & Slavifck, en 
calculérent plufieurs, & le premier fit imprimer fes calculs en langue Chinoife, 
Le Père Gaubil prit la peine de les éxaminer toutes; & fi l’on en excepte qu 
tre, il trouva que pour le tems & le jour elles s’accordoient avec fon propre 
calcul, fuivant les Tables Aftronomiques dont il fit ufage (c). 

L'EcLypse de l'année 776 avant Jefüus-Chrift, fe trouve dans le Chi-king & 
dans l'Hiftoire de la Chine, comme dans l’Aftronomie de Han. Les Eclypfés 
marquées dans le Chuking, le Chi-king & le Chers font calculées dans les 
Recueils Aftronomiques des Dynaities de Tang & de uen, qui furent compilés 


du tems même de ces familles. Les autres Obfervations, données par le Père 
Gaubil, font tirées de diverfes Hiftoires,compofées pendant le régne des Dy- 
nafties fous lefquelles on fit ces Obfervations. 


LE 


ces Eclypfes ont été publiées par le PèreSéu- 
ciet, dans fes Obfervacions Mathématiques, 
Aftronomiques & Géographiques , Vol, L 
pag. 17. 


(a) LeComte, pag. 213. & fuivantes. Du 
Halde, Vol. IT. pag. 125. 

(b) On le trouve auffi dans le texte de la 
pus ancienne Hiftoire de la Chine. 
(e) Les calculs du Père Gaubil fur Size de 


* entrés à 


LE 
uels 
Été 
ans a 
tions 
la déc 
Il ajoû 
de l'O 
fent d 
Jefus-C 
Lunair( 
Saturne 
euder 
me en 
révolu 
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ftême d 
crits pa 
durée, 
avec ce 
leurs OI 
trouve € 
bres par 
Chinois. 
LE P 
Carte Ch 


feuls. L 

DEru 
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prend qu 
l'année S 
heures; « 
manière c 
que la lo: 
lélévatio: 


: l'afcenfiot 


comment 
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ver & qi 
ls, & di 
places de: 
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peut dém 


| fance d'ur 


LE Per 


(4) 


partie fu- 
 qu’autant 
comme on 
 paroiffent 
y Livre de 
j AVEC nus 


ans la théo. 
ême, c'ef 
point d'ha- 
les bornes. 


de leur Em- 
maîtres de 
qu'ils y ont 
| qui ait ap. 
ous les tems 
yvemens Cé- 
de l'Empire. 


aute impor- 


et ufage eft 
es, à l'occa- 
a une Eclvp- 
ce de Jéfus- 
tte Eclypfe, 


fon Livrein. 
Toutes les 
nes Chinois, 
ore par quan- 
Slavifck, en 
rue Chinoife, 
excepte qua- 
fon propre 


le Chi-king & 
es Eclypfés 
lées dans les 
nt compilés 
s par le Père 
gne des Dy- 


LE 


ar le PéreSôu- 
athématiques: 
Vol. L 


jues ; 


entrés à la Chine. 


D'E LA CHINE, Liv. IL Cruar. IV. 151 


Ce même Mifionaire, après s'être fait une étude particulière de rechercher 
uels avoienc été les progrès des anciens Chinois dans l’Aftronomie, nous ap- 
prend (d) qu'ayant éxaminé l'Etat du Ciel Chinois, compofé plus de cent vingt 
ans avant Jefus Chrift, il y trouva le nombre & l’étendue de leurs Conftella- 
tions & quelles Etoiles répondoient alors aux Solftices & aux Equinoxes, avec 
Ja déclinaifon des Etoiles, & leur diftance des Tropiques & des deux Poles. 
Jl ajoûte que les Chinois connoifloient le mouvement du Soleil & de la Lune, 
de l'Oueft à l'Eft, & celui des Planettes & des Etoiles fixes, quoiqu'ils n'euf- 
fent déterminé le mouvement des dernières qu'environ quatre cens ans après 
Jefus-Chrift. Ils avoient aufli une connoiffance affez éxaéte des mois Solaires & 
Lunaires. Ils donnoient à peu près les mêmes révolutions que les Européens à 
Saturne, Jupiter, Mars, Venus & Mercure. À la vérité, ilsn’avoient jamais. 
eu de régles pour la Rétrogradation &les Stations. Cependant, à la Chine com- 


me en Europe, quelques Philofophes ont attribué au Ciel & aux Planetes une 


révolution autour de la Terre, & d'autres l'ont fuppofée autour du Soleil, Mais 
les derniers font en petit nombre. Il ne paroît meme aucun rapport à ce fy- 
ftême dans leurs calculs, & l’on n’en trouve des traces que dans quelques EË- 
crits particuliers. Ils ont exprimé en Nombres la qualité des Eclypfes, leur 
durée, le lieu de leur apparence, &c. mais le Père Gaubil ne put découvrir 
avec certitude la méthode qu’ils employent à ces opérations. La plûpart de 
leurs Obfervations furent rédigées plus de cent ans avant Jefus-Chrift. On y 
trouve des calculs aflez éxaéts des Eclypfes de ce tems-la: Mais les Nom- 
bres paroiflent obfcurs, & ne font mème entendus aujourd'hui-que de peu de 
Chinois. . 

Le Père Kegler, Préfident du Tribunal des Mathématiques, avoit une vieille 
Carte Chinoiïfe des Etoiles, compofée long-tems avant que les Jéfuites fuflent 
On y avoit marqué les Etoiles qui font invifibles aux yeux 
feuls. Le Télefcope a fait reconnoître l'éxaétitude de ces pofitions. 

Deruis la Dynaftie de Han , qui régnoit avant la naiffance de Jefus- 
Chrift, on trouve à la Chine des Traités d'Aftronomie, par lefquels on ap- 
prend que depuis plus de deux mille ans les Chinois ont connu la longueur de 
l'année Solaire, compofée de trois cens foixante-cinq jours & d'environ fix: 
heures; qu’ils ont connu le mouvement diurne du Soleil & de la Lune, & la 
manière d'obferver la hauteur méridienne du Soleil par l'ombre d'un Gnromon; 
que la longueur de ces ombres leur fervoit à calculer avec affez de jufteffe 
l'élévation du Pole & la déclinaifon du Soleil; qu'ils connoifloient aflez bien 


:lafcenfion [ droite ] des Etoiles & le tems de leur paffage par le Méridien ; 


comment les mémes Etoiles, dans la méme année, fe lèvent ou fe couchent 
avec le Soleil, & comment elles pañlent quelquefvis le Méridien à leur le-… 
ver & quelquefois à leur coucher; qu'ils avoient donné des noms aux Etoi- 
les, & divifé le Ciel en diverfes Conftellations; qu'ils y avoient rapporté les 
places des Planettes ; qu'ils diftinguoient les Etoiles fixes, & qu'ils avoient des 
figures particulières pour cet ufage. Enfin, conclut le Père Gaubil , on 
peut démontrer par l'Hiftoire Chinoife, qu'ils ont toûjours eu la connoif- 


| fance d'un grand nombre de Principes qui appartiennent à l’Aftronomie. 


Le Père Trigault, qui étoit arrivé à la Chine en 1619 & qui avoit lû 


plus- 


(4) Dans deux Lettres publiées par le Père Souciet, Ibid. 


Sciuncrts 
pes CHinois. 
AsTRONOMIEE, 


Recherches 
du Père Gau- 
bil fur leurs 
anciens pro- 
grès. 


Ancienne: 
Carte Chinoi- 
fe des Etoiles. 


Anciens 
Traités d'A- 
itronomie & 
ce qu'on en 
peut conclu 
l'Ce 


SCIENCES 
pEs CuiNots. 
ASTRONOMIE. 


Remarques 
de T'rigaut fur 
l'Aftronomie 
Chinoife, 


Année Chi- 
noife, 


Leurs mois 
Lunaires & : 
leurs mois 
d’incercala- 
tion. 


Leurs Ta- 
bles d'Equa- 
tion. 


Cycle Solai- 
re de quatre 
uille ans. 


Semaines 
des Chinois. 


. Leurs jours 
& leurs heu- 


.1ES. 


. 152 


j# HE 


VOYAGES'DANS L'EMPIRE 


lus de cent volumes des Annales-du Pays, ‘affre que les Obfervations C&. 
feftes des Chinois commencèrent bien-tôt après le Déluge; qu'ils ne les fai. 
foient pas comme nous par heures & par minutes , mais ‘par. Degrés entiers; 
qu'ils ont obfervé un grand nombre d'Eclypfes, en marquant l'heure , Je 
jour, le mois & l’annéé, mais fans égard pour la durée, ni pour la quanti. 
té des obfcurations ; & qu'ils ont apporté plus d'attention que les Altro. 
nômes Européens aux Cometes & aux nouvelles Etoiles ; Obfervations, à. 
joûte le mêmé Auteur (+), qui, joint à celle des Eclypfes & des Comc. 
tes en conjonétion, peuvent être d'une grande utilité pour vérifier leur 
Chronologie. 

L'ANNÉz Chinoife commence à la conjonétion du Soleil & de la Lune, où 
à la nouvelle Lune la plus proche du quinzième Degré de l’Aquarius: Signe où 
Je Soleil, fuivant les idées de l’Europe, entre vers la fin du mois de Janvier 
& demeure pendant lemois fuivant prefqu’entier. C’eft de ce point qu'ils comp. 
tent leur Printems. Le quinzième Degré du Taurus fait le commencement de 
teur Eté; le quinzième Degré du Leo celui de leur Automne, & le quinzième 
Degré du Scorpion celui de leur Hyver. 

ÎLs ont douze mois Lunairés; les uns de vingt-neuf jours &:les autres de 
trente, Tous les cinq ans-ils ont des mois intercalaires, pour ajufter les Lu. 
naifons avec le cours du Soleil. Leur année confifte en troiscens foixante-cinq 
jours & quelque chofe moins .de fix heures. Ils ont calculé les mouvemens des 
Planetes & tout ajufté par des Tables d'Equation, fuivant une Epoque réglée 
au Solftice d'Hyver, qui eft le point fixe de leurs obfervations comme le pre. 
mier Degré d’Aries eft le nôtre, en comptant de cent en cent Degrés. Quel. 
ques Ecrivains fuppofent que les Chinois ont reçu ces Tables dés Arabes , qui 
s'introduifirent à‘la Chine avec les Tartares. Mais ils avoient long-tems au. 
paravant:la fcience des Nombres, fous laquelle ils déguifoient des fecrets de 
politique dont on n'inftruifoit que les Princes. 

Iz y a plus de quatre mille ans, fi l’on s’en rapporte à leur Hiftoire, qu'is 
ont l’ufage d’un cycle ou d’une révolution Solaire, affez femblable aux Olym- 

jades Grecques. Ce cycle eft compofé de foixante ans & leur fert de pc. 
riode ou d'âge pour régler leurs Annales (f). Les années de ce cycle font 
diftinguées par les noms de leurs douze heures, diverfement combinées avec 
dix autres térmes de leur invention (g). 

Izs divifent les femaines, comme les Européens, fuivant l’ordre des Ph. 
netes. Ils leur affignent à chacune quatre Conftel!ations, dont ils accordent 
une à chaque jour du mois, comptant fucceflivement les vingt-huit jours fept 
par fept, pendant tout le cours de l’année, s 

LEUR jour commence à minuit, comme le nôtre, & finit à minuit fui- 
vant; mais fa divifion n’eft qu’en douze heures, dont chacune eft égale àdeux 
des nôtres. Ils ne les comptent point par des nombres, comme nous, mais 
par des noms particuliers & par des figures. Ils divifent d’ailleurs le jour na 
turel en cent parties, & chaque partieen cent minutes ; de forteque chaque jour 
contient dix mille minutes. Cette divifion s’obferve avec d’autant:plus d’éxac- 


titude, que dans l’opinion générale des Chinois il y a dés minutes heureufes 


ou 


(e) Chine du Père Du Halde, pag. 128. 


Ibid pag. 130. 
& fuivantes, (P) Le 


(&g) Mémoires du Pérele Comte, pag. 3°4 


E 


fervations C£. 
ls ne les fai. 
egrés entiers; 
t l'heure , Je 
ur la quanti. 
ue les Altro. 
(ervations, à. 
& des Come. 
vérifier leur 


e la Lune , où 
rius: Signe où 
is de Janvier 
nt qu’ils comp. 
nencement de 
: le quinzième 


les autres de 
ijufter les Lu- 
sfoixante-cinq : 
ouvemens des 
poque réglée 
omme le pre- 
Jegrés. Quel 
s Arabes , qui 
long-tems au. 
es fecrets de 


Jiftoire, qu'is 
le aux Olym- 
ir fert de pc. 
ce cycle font 
mbinées avec 


ordre des Pla. 
ils accordent 
huit jours fept 


- à minuit fui- 
ft égale adeux 
ne nous, mais 
irs le jour na- 
ae chaque jour 
it:plus d’éxac- 
ates heureufes 

où 


Comte, pag. 324 


(ES 


I 


AUPSSENNIERENNENNEENNENT ELLES à 


ER EE SRE Er — A7 


D Cocke d' érfort . ] R Coche de Pekiny . 
NN € Klok van Erfurtb . N KIôk van Pe- king - 


M" Ÿ 
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SV. Schleu direx . 


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: 
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parties, 
rut fort 
Mais de 
ils ont r 
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de la nui 
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qu'à la f 
jufqu’à 
Aufÿ-tôt 
la nuit; 
il eft (D 
allumer 
noître à c 
Jes font c 
duit en pc 
Elles font 
vent, juf 
quefois la 
rent un, 
ples, qui. 
nature. po 
nuit; 
d'erreur c 
un petitE 
dans un b: 
par le bru 


(m) Cette 
de l'Original 
me des cord! 
me dans un 


VIIL P. 


DE LA CHINE, Liv. IN. Cmar. IV. 158 


ou malheureufes, fuivant la pofition du Ciel & les divers afpeéts des Planetes. 
1ls croient l'heure de minuit fort heureufe, parce qu'ils la prennent pour le 
tems de la Création. Ils font perfuadés aufli que la Terre fut-créée à la fecon- 
de heure, & l’homme à la troifième.(4). 

Læs Chinois n'ont point d'horloges pour: régies letems; mais ils fe fervent 
de quadrans folaires & d’autres mefures. Les Mifionaires trouvèrent à la Chi- 
ne des quadrans fort anciens, qui étoient autrefois divifés en quatre grandes 
parties, chacune fubdivifée en vingt-quatre plus petites. Cet inftrument pa- 
rut fort irrégulier au Père le Comte. À peine en put-il reconnoître l'ufage. 
Mais depuis que les Chinois ont reçu le nouveau Calendrier des Miffionaires, 
ils ont réglé leurs quadrans par les jours. «Le tems fe compte aujourd'hui par- 
mi eux comme en Europe, avec cette feule différence, que leur heure eft plus 
Jongue du double ( 5). « 

Four Es les Villes de la Chine ont deux Tours; l’une, nommée Tour du 
Tambour ; Y'autre, Tour de la Cloche. Elles fervent à diftinguer les cinq veilles 
de la nuit, qui font plus longues en Hyver qu'en Eté. La première veille com- 
mence par un coup de tambour , qu'en répéteavec des intervalles réglés, juf- 
qu'à la feconde. Celle-ci commence.par deux coups, qui fe répétent de même 


jufqu’à la troifième; & le nombre augmente ainfi pour les veilles fuivantes. 


Auff-tôt que le jour paroît, les coupsredoublent comme au commencement de 
ha nuit; de forte qu’il.n'y-a point de tems où l'on ne puifle fçavoir quelle heure 
il eft (k). On fait de petites paltilles parfumées, de forme conique, pour les 
allumer à chaque heure de la nuit. Elles portent une marque, qui-fait recon- 
noître à quelle heure chacune doit brûler (7). Magalhaens obferve que ces paftil- 
Jes font compofées de bois de fandal, ou de quelqu’autre bois odoriférant ré- 
duit en poudre, dont on faitune forte depâte & qu'on forme dans des moules. 
Elles font rondes par le bas, & diminuent en cercle à mefure qu'elles s’élè- 
vent, jufqu'à ce qu’elles fe terminent en pointe (m). Mais leur baze a quel- 
quefois la largeur de deux outrois paumes, & même davantage. Elles du- 
rent un, deux &:trois jours, fuivant leur grandeur. On en fait pour-les Tem- 
ples, qui-brûlent pendant-vingt & trente jour-. Toutes les paltilles de cétte 
nature.portent cinq marques, qui fervent à diftinguer les cinq veilles de la 
nuit; & cette manière de mefurer le tems eft fi jufte, qu’elle ne caufe jamais . 
d'erreur confidérable. Ceux qui veulent fe lever à certaine heure fufpendent 
un petit poids à la marque.  Lorfque le feu y eft parvenu , le poids tombe 
dans un baflin de cuivre, placé au-deffous, & ne manque pas de les éveiller 
par le bruit (n;). « 
| L'AsTRONOMIE 


(b) Du Halde, ubi Yup. pag. 132. &fuiv. façon qu'elles forment un rouleau conique, 

(1) Le Comte, pag. 304. qui brule par le bout d'en bus. Ce rouleau, 
(k) Relation de la Chine par Magalhaens, ajoûtent les Auteurs Anglois, và de loin ref- 

pag. 120. & Mémoires du Père le Comte, ps-  femble affez à un filet de pêcheur, ou à une 

corde, -qui environne un cône. Nous avons 

mieux aimé faire cette remarque que de tou- 

ag. 54. : Cher-au texte, ce qui n'étoit guères poñlible 
(m) Cette defcription ne rend paint celle ici. R. d. E. 

de l'Original, qui repréfente les Paftillescom- fgÿ(n) Relation de la Chine par Magalhaens, 

ne des cordes, auxquelles on donne la for- pag. 126. 

me dans un moule & qu'on tord «enfüite de 


VIIL. Part. 


ge 8r. 
(1) Defcription de la Chine par Navarette, 


V 


SCIRNCRS 
bus CHiINots. 
ASTRONOMIS. 


Horloges - 
Chinois. 


Comment 
les veilles de 
Ja nuit font ré. 
glécs. 


Paftilles par- 
fumées qui 
l’ufage eft de 
brüler. 


ro 


SCIENCES 


pes CHINOIS. - 


ASTRONOMIE. 


Tribunal de 
l’Aftronomie 
& fes fonc- 
tions, 


Cérémonies 
en ufage pour 
l’obfervation 
des Eclypfes. 


Calendrier 


hinois. 


154 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


. L'ASTRONOMIE a toûjours été-dans une fi haute confidération à la Chi. 
ne, -qu’elle a donné naïffance au Tribunat-qui porte fon nom & qui n’a point 
d'autre occupation je fervice. Quoiqu'il foit un des plus confidérables 
de l'Empire, il eft fubordonné à celui des Rites (o). Tous les quarante-cinq 
joursil eft obligé d'offrir à l'Empereur une Carte qui repréfente l’état du Eiel, 
avec les altérations de l'air, fuivant la différence des faifons; les prédiétions 
qui concernent les maladies, la féchereffe, la cherté des provifions, le vent, 
la pluie, la grêle , la nége, le tonnerre, &c. Il-doit reffembler -beaucoupà 

uelques-uns de nos Almanachs (p). Outre ces obférvations, le principal 
Din du Tribunal de l’Aftronomie, ou des Mathématiques, eft de calculer les 

Eclypfes, & de marquer à l'Empereur , dans un Mémoire qui doit lui être 
préfenté quelques mois auparavant, le jour, l'heure & la partie du. Ciel où 
elles doivent arriver, leur durée & leurs degrés d'obfcuration. Elles doivent 
étre calculées ‘pour la longitude & la latitude des Capitales de chaque Provin. 
ce. Le Tribunal des Rites, & le Xo-lau, qui eft le gardien des obfervations 
& des prédiétions, en répandent des copies dans toutes les Provinces & les 
Villes de l'Empire, afin que les Eclypfes y puiffent être obfervées comme à 
Péking, qui eft la réfidence de la Cour. Les circonftances de cette cérémo. 
nie méritent une defcription. 

Peu de jours avant l'Eclypfe, le Tribunal des Rites fait afficher, dans une 
place publique, un Ecriten gros caraétères, qui annonce ce phénoméne. Les 
Mandarins de tous les rangs font avertis de fe rendre, avec les habits de leur 
Ordre & les marque: de leur dignité, dans la Cour du Tribunal Aftronomi- 
que, pour y attendre le commencement de l'Eclypfe. Ils fe placent tous, 
près de diverfes grandes tables, fur lefquelles l'Eclypfe eft repréfentée. Ils 
Ja confidérent. Ils raifonnent entr'eux fur fa nature. Aumoment que le So- 
leil ou la Lune commence às’obfcurcir, ils tombent à genoux & frappent la ter. 
re du front.. En même-tems il s’élève dans toute la Ville un bruit affreux de 
tambours & de tymbales, par l'effet d’une :idioule opinion qui prévaut enco. 
re, que ce bruit eft néceffaire pour le fecours d’une Planete utile & pour l 
délivrer du Dragon célefte qui eft prêt à la dévorer. Qoique les Sçavans 
& les perfonnes de diftinétion regardent les Eclypfes commè des effets natu- 

- rels, ils ont tant de refpeét pour les ufages de l'Empire, qu'ils n’abandon- 
nent point leurs anciennes cérémonies. 

PENDANT que les Mandarins font proftérnés, d’autres ferendent à l'Obfer. 
vatoire, pour y éxaminer avec une fcrupuleufe attention le "commencement, 
le milieu & la fin de l'Eclypfe. Ils comparent leurs obfervations avec la figu- 
re qu’on leur a donnée. Enfuiteils les portent, fignées & fcellées de leur 
fceau, à Sa Majefté Impériale, qui obferve l'Eclypfe avec le meme foin dans 
fon: Palais. Cetie pratique s'éxécute de même dans toutes les parties de 
l'Empire. 

Mais le principal objet du Tribunal eft la compofition du-Calendrier, qui 
fe répand chaque année dans toutes les Provinces. Il n'y a point de Livre au 
monde qui foit imprimé en plus gros caractères, ni publié avec plus de folem- 

nité. 


(o\ Tes MiMonaires l'appellent aufMi Tribu- 
mal des Mathématiques. 
(bp) Les Chinois {ont livrés aux folies de 


ropéens. ] 


l'Aftrologie judiciaire, [ de même que les Eu 


nité. | 
ne de 
moind 
millior 
rer un 
IL 
Calen 
Le fec« 
des Pla 
Palais , 
ont que 
ciens, 
une qu: 
mière q 
clypfes 
Les 
noife. 
divifion 
nute du 
fuivant 
ñute de 
dire, le 
que les. 
minute « 
Zodiaqu 
Le fe 
jour de] 
‘vemens : 
‘nutes, le 
‘ftel'-tion 
Mais on 
LE tr! 
Contient 
proches : 
mande u 
jour & n 
Continue] 
quatre au 
ment de 
obligés d 
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qui le pré 
 C'Eesr 
doit être 
lire & de 
jout les P 
par l'ordr 
gneurs & 


1 à la Chi. 
i n'a point 
nfidérables 
irante-cinq 
at du Ciel, 
prédiétions 
s, le vent, 
beaucoup à 
e principal 
calculer les 
oit lui être 
ju . Ciel où 
les doivent 
ue Provin- 
)bfervations 
nces & les 
s comme à 
te. Cérémo- 


r, dans une 
oméne. Les 
bits de leur 
Aftronomi- 
cent tous, 
réfentée. Ils 
it que le So- 
ppent la ter- 
t affreux de 
évaut enco- 
e & pour la 
les Sçavans 
effets natu- 
n’abandon- 


nt à l'Obfer. 
mencement, 
avec-la figu- 
Ilées de leur 

e foin dans 
S parties de 


endrier, qui 
de Livre al 
lus de folem- 

nité, 


me que les Euÿ 


‘nutes, leur di ! 
ftel'-tions Chinoïfes, avec le jour, l'heure & leur éntrée dans chaque Signe. 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. IV. TR 


nité. IL 'eft toûjours précédé d’un Edit de l'Empereur, qui défend, fous pei- 
ne de mort, de publier ou d'employer un autre Calendrier, ou d'y faire la 
moindre altération fous aucun prétexte. On eft obligé d'en imprimer des 


SCIENCES 
Dès Cutnots. 
ASTRONOMIE. 


millions d’éxemplaires, parce que tout le monde eft impatient de s’en procu- * 


rer un'pour l'ufage. 

Iz ya trois autres Tribunaux à Peking, qui doivent compofer chacun leur 
calendriet & le préfenter à l'Empereur. L'un eft fitué près de l’Obfervatoire. 
Le fecond eft une efpèce d’Ecole Mathématique, où l’on explique la théorie 
des Planetes & la méthode des Calculs. Dans le troifième, qui eft voifin du 
Palais , on délibère fur toutes les affaires & l’on compofe tous les Aëtes qui 
ont quelque rapport à l’Aftronomie. On diftingue trois claffes de Mathémati- 
ciens, comme trois Tribunaux; & jufqu’à ces derniers tems on en comproit 
une quatrième, qui étoit compofée d’Aftronômes Mahométans. C’eft la pre- 
miére qui eft chargée de la préparation du grand Calendrier, du calcul des E- 
clypfes & des autres fupputations Aftronomiques. 

Les trois Calendriers fe publient chaque année en langue Tartare & Chi- 
noife. Dans le dernier des trois, qui eft le Calendrier commun, -on trouve Ia 
divifion de l’année en mois Lunaires, avec l'ordre des jours, l'heure & la mi- 
nute du lever & du coucher du Soleil, la longueur des jours & des nuits à 
fuivant la différente élévation du Pole dans chaque Province, l'heure & la mi- 
ute des conjonétions & des oppofitions du Soleil & de la Lune, c’eft-à- 
dire, les Nouvelles & les Pleines-Lunes; le premier & le dernier Quartier, 
que les Aftronômes appellent les Quadratures de cette Planete ; l'heure & la 
minute où le Soleil entre dans chaque Signe & dans chaque demi-Signe du 
Zodiaque. 

Le fecond Calendrier contient les mouvemens des Planetes pour chaque 
jour de l’année, & leurs places dansle Ciel, avecun calcul éxaét de leurs mou- 
‘vemens à chaque heure & chaque minute. ‘On y joint, en degrés & en mi- 

flanée de la première Etoilede la plus proche des vingt-huit Con- 


Mais on n’y parle point d’autres afpeéts que les Conjonétions. 

Le troifième Calendrier, qui eft préfenté en Manufcrit à l'Empereur feul, 
éontient toutes les Conjonétions de la Lune avec les autres Planetes, leurs ap- 
proches avec les Etoiles fixes, & l'étendue d’un degré de latitude; ce qui de. 
mande une éxaétitude fingulière de calcul & de fupputations. Auflitrouvet’on, 
jour & nuit, für la Tour Aftronomique cinq Mathématiciens, qui obfervent 
continuellement le Ciel. L'un a les yeux fixés fur le Zenith, & chacun des 
quatre autres fur un des quatre Points Cardinaux, pour ne pas perdre un mo- 
ment de vûe ce qui fe paile dans les quatre différentes parties du Ciel. Ils font 
obligés d’én tenir un Compte éxaét, qu’ils remettent tous les jours, figné de 
leurs noms & de leurs fceaux , aux Préfidens du Tribunal des Mathématiques, 
qui le préfentent à l'Empereur. 

‘ C'zsr le premier jour du fecond mois, que l’Almanach de l’añnée fuivante 
doit être préfenté à Sa Majefté Impériale. Aufli-tôt qu'elle a pris la peine dele 
lire & de l’approuver, les Officiers fubalternes du Tribunal joignent à chaque 
jout les Prédiétions Aftrologiques & les Jugemens dont on a parlé, Enfuite, 
par l'ordre de l'Empereur, on en diftribue des copies aux Princes, aux Sei- 
gneurs & aux grands Officiers de Peiogs On prend le même foin d’en envoyer 

2, aux 


. Trois autres 
Tribunaux 
d'Aftrono- 
mie. 


Trois claffes: 
d’Aftrono- 
mes. 


Trois Caleh- 
driers, & ce 
qu'ils con- 
tiennent, 


Comment les 
Calendriers (e 
diftribuent 
dans l'Einpi- 
re. 


ee 


156 VOYAGES DANS LEMPIRE 


Scrences AUX Vicerois des Provinces, qui les remettent aux Tréforiers généraux; pour 
pss Cuinois. les faire réimprimer. Le Tréforier général de chaque Province doit en com. 
ASTRONOMIE. muniquer des Exemplaires à tous les Gouverneurs fubordonnés, & garder la 
-Planche qui a fervi à l’impreffion. A la tête du Calendrier, qui eft impriméen 
forme de Livre, on voit en rouge le grand Sceau du Tribunal de l’Aftronomie, 
avec un Edit Impérial, qui défend fous peine de mort d’en vendre & d’en im- 
primer d’autres... 
+ Commentfe La diftribution du Calendrier fe fait tous les ans avec beaucoup de cérémo- 
fait la diftri-  nje. Ce jour-là, tous les Mandarins de Peking & dela Cour fe rendent de grand 
EE matin au Palais. D'un autre côté, les Mandarins du Tribunal Aftronomique, 
Cour. revêtus des habits de leur Ordre & chacun avec la marque de fon rang, s'af- 
femblent à l’'Obfervatoire, pour accompagner de la manière fuivante le Calen- 
Marche des drier. On place les Exemplaires qui doivent être préfentés à l'Empereur, à 
Porteurs. l'Impératrice & aux Reines, fur une grande machine dorée, compofée de plu- 
fieurs étages en forme de pyramide. Ils font en grand papier, couverts de fa. 
tin jaune & proprement renfermés dans des facs de drap d’or. La machine 
eft portée par quarante hommes vêtus de jaune, & fuivie de dix..ou douze au. 
tres machines de moindregrandeur, mais dorées comme la première & fermées 
de rideaux rouges, où font les Calendriers deftinés aux Princes du Sang, re- 
liés en fatin rouge & renfermés dans des facs de drap d'argent. Enfuite vien- 
nent plufieurs tables, couvertes de tapis rouges, fur lefquelles font les Calen- 
driers des Grands, des Généraux d’Armée & des autres Officiers de la Cou- 
ronne,, tous fcellés des fceaux du Tribunal Aflronomique, & couverts dedrap 
jaune. Chaque table offre le nomdu Mandarin ou du. Tribunal d’où viennent 
les Calendriers Gap: 
Ordredela Les porteurs dépofent leur fardeau à la dernière porte de la grande Salle; 
difuibution.  & rangeant les tables des deux côtés du paflage qu’on nomme Impérial, ilsne 
laiffent au milieu que la machine. où. font les Calendriers Impériaux. Enfin, 
les Mandarins de l'Académie Aftronomique .prennent les Calendriers de l’Em. 
pereur & ceux des Reïnes, les placent fur deux tables, couvertes de brocard 
jaune, qui font à l'entrée de la Salle Impériale, fe mettent à genoux, & s'é. 
tant profternés trois fois le front contre terre, délivrent leur préfent.aux Mai. 
tres- d'Hôtel de l'Empereur , qui forment aufli-tôt une autre procefion 
pour aller préfenter ce dépôt à Sa Majefté Impériale. Ce font les Eunu- 
ues qui portent à l’Impératrice.& aux :Reines les Exemplaires qui leur font 
eftinés. 
Ensuite les Mandarins du Tribunal Aftronomique retournent dans la gran- 
de Salle, pour y diftribuer le refte des Calendriers aux Mandarins de tous les 
Ordres. Ils trouvent d'abord, au paflage Impérial, les premiers Officiers des 
Princes, qui reçoivent à genoux.les Calendriers pour leurs Maîtres & pourles 
Mandarins de ces Cours inférieures. Les Exemplaires, pour chaque Cour;. 
montent à douze ou treize cens. Après les Officiers des Princes, on voit pa- 
roître les Seigneurs, les Généraux d'Armée & les Mandarins de tous les Tribu- 
naux, qui. viennent recevoir, à genoux, leurs Calendriers. Auffi-tôt que la 
diftribution.eft finie, ils reprennent leurs rangs dans la Salle; & fe tournant 
vers 


(g} Chine du Père Dw Halde, Vol, .Il. pag. 1314 & fuiv, - 


vers Îe 
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KF(r) Ce 
Provinces, 
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Chinoiles, 


X; pour 
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primé en 
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cérémo- 

de grand 

1omique , 

ng, s'af- 

le Calen- 
>ereur, à 
ve de plu- 
erts de fa- 
. machine 
douze au- 
& fermées. 
Sang, rC- 
fuite vien- 
les Calen- 
de la Cou- 
rts de drap 
ü viennent 


ande Salle ; 
‘rial, ilsne 
x. Enfin, 
rs de l’'Em. 
de brocard 
x, & sé. 
taux Mai. 
proceffion 
les Eunu- 
i leur font 


anslagran- 
de tous les 
fficiers des 
& pourles 


que Cour;. 


n voit pa- 
s les Tribu- 
tôt que la 
e tournant 


vers 


D'E LA CHINE, Liv. ll Cnar. IV. b57 


vers Ja partie la plus intérieure du Palais, ils tombent à genoux, au premier 
fignal qui leur eft donné, & fe profternent, fuivant l’ufage, pour ER gra» 
ces à Sa Majeté de la faveur qu'elle leur accorde. 

A l’éxemple de la Cour, les Gouverneurs & les Mandarins des Provinces 
reçoivent le Calendrier, dans la-Ville Capitale, avec les mêmes cérémonies. 
Le Peuple l’achete. Iln'y a point de famille fi pauvre qu’elle ne s’en procure 
un Exemplaire. Aufi n'en imprime-t'on pas moins de vingt-cinq ou trente 
mille (r) dans chaque Province. En un mor, le Calendrier eft fi refpeété & 
pafle pour un Livre fi important à l'Etat, que le recevoir c'eft fe déclarer fu- 
jet & tributaire de l'Empire; comme le refufer, c'eft déployer ouvertement 
l'étendart de la révolte. | 

Les Aftronômes Chinois divifent les Cieux en vingt-huit Conftellations, 
dans lefquelles ils comprennent toutes les Etoiles fixes, c’eft-a-dire, également 
celles qui font dans le Zodiaque & celles qui en font voilines, On attribue 
cette divifon à l'Empereur Tu, qui voulut diftinguer les différentes manfions 
de la Lune; car les Chinois fe conduifent plus par les Lunaifons que par les 
révolutions Solaires. Les efpaces qu’ils accordent à leurs Conftellations ne font 
point égaux; mais enfemble ils forment un cercle de trois cens fuixante de- 
grés. C'eft fur ces principes qu’ils font des Quadrans, dont le ftile marque par 
fon ombre les révolutions de tous les Corps Céleftes, avec l'heure & le quar- 
tier du jour &-de la nuit.où chaque Conftellation. arrive au Méridien dè 
Peking.- 

Comme ils commencent l’année par la Nouvelle-Lune la plus proche dù 
mois de Février, les PoifJons font leur premier Signe. Le Belier eft le fecond, 
& les autres continuent dans cet ordre. Douze Signes fuffifant pour les douze 
mois Solaires, & les Lunaifons ne quadrant pas toûjours avec ces Signes, ils 
ont des Lunaïfons intercalaires , auxquelles ils: attribuent les mêmes Signes 
qu'aux précédentes; c'eft-à-dire, qu'ils recommencent le cours des mois, ful- 
vant les Signes qu’ils leur attribuent, De-là vient que plufieurs de leurs mois 
faivent l'ordre des Signes, & que d’autres ont des jours -hors des fignes, ou 
manquent de jours pour les remplir. 

IL n’eft pas furprenant, dans cette confufion, que les Chinois foient quelque- 
fois obligés de corriger leurs Tables Aftronomiques. Il s’étoit gliffé des-erreurs fi 
confidérables dans les Calendriers qui fuivirent ceux du Père Adam Schaal, 
qu’ils fe virent dans la néceflité de recourir encore aux Mifionaires, quoique 
renfermés alors dans les prifons: publiques & chargés de neuf chaînes, fur lès 
accufations d'un Aftronôme Arabe & d'un Médecin Chinois (5) nommé Tang- 
quang-fyeu , qui avoient repréfenté leur doctrine comme pernicieufe au Gou- 
vernement, L'Empereur Kang-hi, qui étoit alors fort jeune & dans la fep- 
tième année de fon régne, leur fit demander par un Xo-lau, c'eft-à-dire, par 
un Miniftre d'Etat, s'ils connoifloient quelques fautes dans le Calendrier de 
l'année préfente & dans celui qui parolffoic déja pour l’année d’après. Un des 
Miflionaires, qui étoit le célèbre Verbieft, répondit que le fecond étoit rem- 


RF(Cr) Ce nombre [ qui multiplié par celui des 
Provinces, ne donne que cent cinquante mil. 
le feroit fort éloisné de celui des familles 
Chinoifes, du moins tel qu'on l'a repréfenté 


V 3. 


ter à quantité de millions. 


pli: 
dans les articles précédens, où on le fait mon: : 


(s) Angl. d'un Mandarin Chinois. R, d.E, - 


ScreNcrs* 
nes CHinois 
ASTRONOMIE. : 


Diftribut'on 
du Caleñdrier 
dans les Pro. 
vinces. 


Divifion AC: 
tronomique 
du Ciel fui- 
vantles Chi- 
nois, 


Ordre de : 
leurs Signes, - 
& Lunaifons 
intercalaires, 


Réforma- 
tions de leur 
Calendrier, 


Onarecours 
aux Miffionai- 
res Jéfuites: 


“SereNcrs 
‘DES CHINOIS. 
ASTRONOMIE. 


Le Père Ver- 
bieft eft ap- 
«pellé au Pa- 
his. | 


Offre qu'il 
fait à l'Empe- 
rcur. 


Obftacle de 
lapart d'un 
Aftrorôme A- 
rabe, 


158 


VOYAGES DANSLÉMPLRE 
pli d'erreurs. ‘Il en fit particulièrementirémarquerune, qui, confiftoit à met. 


tre treize mois dans l’année fuivanté:'" ‘L’Empereur:en fut fi 
le lendemain il fe fit amener les Miffionaires au Palais. 
VERBIEST y parut à l'heure marquée; avec les Pères Baglion & Magal. 
haens. On les conduifit dans Ja grande Salle. où tous les Mandarins.du Tri. 
bunal Aftronomique étoient :aflemblés.  Verbieft y découvrit toutes les er. 
reurs du Calendrier ; fur quoi l'Empereur, qui n’avoit jamais vû-les trois Mis. 
fionaires, donna ordré qu'ils fuflent introduits dans fa propre chambre, avec 
tous les Mandarins dévänt léfquels ils: s’étoient expliqués. Ce Prince fit-plâcer 
Verbieft vis-à-vis de lui, & prenant un air gracieux ::,, Eft-il vrai, lui dit.il, 
» que vous puilliez nous faire connoître évidemment fi le Calendrier s'accor. 
r de avec les Cieux ? Verbieft répondit modeftement que la démonttration 
n'en étoit pas difficile ; que les.Inftrumens qu'il avoit fait faire à l'Obfervatoi. 
re étoient Compofés pour épargner l'embarras des longuès méthodes :aux per. 
fonnes occupées des affaires d'État ; qui n'ayant pasile loifir d'étudier-les opé- 
rations Aftronomiques ; pouvoiént 's’affürer’en un inftant (de la: jufteffe des 
calculs & reconnoître s'ils s’accordoient avec l'Etat du Ciel ;: , Si Vôtre 
Majefté, continua le Miffionaire ; ;, defire d’en -voir l'expérience ; qu'il lui 
» plaife de faire placer dans une des cours du Palais, un flile, unéchaife & 
» une table, je .calCulerai fur le champ la proportion de l'Onibre'à toute 
» heure propofée. Par la longueur de l'Ombre.il me fera facile de:dé- 
» terminer la hauteur du Soleil, & de conclure de fa hauteur quelle éft fa 
» place dans lé Zodiaque. Enfuite on ‘jugera fans: peine fi c'eft fa véri. 
» table place qui fe trouvé marquée pour chaque jour dans le Caleridrier. 
CETTE propofition parut plaire à l'Empereur. : Il demanda aux Mandarins 


frappé, que dès 


s'ils entendoient cette manière de calculer, & s'ils étoient capables de former 


des pronoftics fur la feule longueur de-l'Ombre. : Le Mahométan réporidit a. 
vec beaucoup de hardieffe, qu'il comprenoït cette méthode, & que c'étoit une 
régle füre pour diftinguer la vérité. Maisil'ajoûta qu’on devoit fe défier des 
Européens & de leurs Sciences, qui deviendroienc funéftes! x l’Empire ; & 
‘prenant droit de la patience avec laquelle il étoit écouté; 1l s'emporta fans 
ménagement contre le Chriftianifme. L'Empereur: changea de contenance, 
& lui dit: , Je vous ai déjà déclaré que le paflé doit être oublié , & qu'il faut 
» penfer uniquement à régler l'Affronomie, Comment êtes-vous aflez hardi 
» Pour tenir ce langage en ma préfence? Ne m’avez:vous pas: follicité vous. 
» même, par divers Placets , de faire chercher d’habiles' Aftronômes dans 
» toutés les parties de l’Empire? On én'cherche dépuis quatre ans, fäns en 
» avoir pu trouver. Ferdinand Verbieft, qui’entend parfaitement les Ma- 
» thématiques, étoit ici, & vous ne m'avez jamais parlé de fon fçavoir. Je 
vois que vous he confüultez que vos préventions & que vous n’en ufez pas 


® de bonne foi (+). ,, Enfuite Sa Majefté, reprenant un:air riant, fit plu- 


LL 


fieurs queftions au Mifionaire fur l’Aftronomie, & donnâ ordre au Ko-lau 
& à d’autres Mandarins de détérminer la longueur du ftile pour le calcul de 
JOmbre. 


Comme 


ft) Voila une réponfe bien digne de cet incomparable Monarque, & qui femble même 
être au deflus de fon âge. 


M pe Lil 


iftoit à met. 
Dé, que dès 


n & Magal. 
rins.du Tri. 
utés les er- 
trois Mis- 
mbre, avec 
ce fit-placer 
i, lui dit-il, 
rier s'accor- 
monftration 
Obfervatoi. 
es ‘aux per- 
liér/les opé- 
juftefle des 
5» Si Vôtre 
e , qu'il lui 
é.chaife & 
ibre'à toute 
icile: de - dé- 
uelle: ft fà 
eft fa téri. 
ridriér. 

« Mandarins 
s de former 
réporidit a- 
> C'étoit une 
fe défier des 
Empire ; & 
mporta. fans 
contenance, 
& qu'il faut 
afñez hardi 
Hicité vous- 
nômes dans 
ns, fans en 
nt Jes Ma: 
fçavoir, Je 
en ufez pas 
ant, fit plu- 
e au Ko-lau 
e çalcul de 


Comme 


| femble même 


OBSERV- 
Cabinet . je: RS ill RVATOTZIRE DE 7 
Feu Verb'e {te || . 
|| are ; 
Sphere Zodiacale qi re du Per 
“zodiacale Sfere - hi 
Sohere équinoctade. 
‘Hquinoctiale à Sfere . 


LE CO 


ŒIL 


ii = 


PAR AC 


BESCHOUWPLAATS der STARREN 
LL 4 , te 


co LE 


ATOIRE pe lEKING 


dire du Pere LE COMTE. 


AËrizen Z 
{ Horizon po ET 
|‘ Ladrant 


Een Quadran t. 
Sertant . 

Sextans . 
6 Ar Globe « eleste 


Een Hémel- Giôbe . 


QUITTER 
l 1 


! y HN | 
HIT HAS — SS. 


A LE Fu TA 


LECITETN 


D EE Re IT 


= 


* STARREN,, te PEKING. Uit LE COMTE . 


egr'e Peur monte! 
je ‘rappen ten Opga 
Cubtnet . 

Een Vertrek . 
Sphere Zodiacale : 


M ? ‘Zodiacale Siere . 


| Ç Sofere équinecttale. 
M? Hqunoctiale Sfere . 


un 
qu 


Sy.Schey direx. 


BESCHOUWPL/ 


a 
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hivisthhissil 


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tronôm 
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qu'il eut 
pofteur , 
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remarque 

IL y: 
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qu'il laiffa 
voit com! 
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mie. Le 
Ombres é 

LE Sol 
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mité de l( 

L'Emr 
détail, or 
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du ftile, 
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lendemain 
femblés,. 
pieds. troi 
roifloit fo 
che &. qu 
tenant. enf 
reur, M 
racourcit 
ba précifé 


EF (v) Ce 
chine dans 1 
tenue Par tr 


DE LA CHINE, Liv.IL Cuar. IV; En 


Coume il s’agifloit de commencer l'opération dans le Palais même, l’As- 
tronôme Mahométan prit le parti.d’avouer qu'il n'avoit jamais fçu la métho- 
de du Père: Verbieft. L'Empereur en fut informé; & dans le reffentiment. 
qu'il eut de tant d'impudence , il auroit fait. punir fur le champ cet Im- 

ofteur, s'il n'eût jugé plus à propos de remettre fon châtiment. aprés l’ex- 

érience des Milionaires , pour ie convaincre aux yeux mêmes de fes Pro- 
teéteurs. Il ordonna au Milionaire de faire fon opération à part pendant le 
refte du jour , & aux Kolaus de fe rendre le lendemain à l'Obfervatoire, pour. 
remarquer la longueur de l'Ombre à l'heure précife de midi. 

IL y avoit à l'Obfervatoire un pilier quarré de cuivre, de huit pieds & 
trois pouces de hauteur, élevé fur une table de même métal, longue de dix- 
huit pieds & large de deux, fur un pouze d’épaifleur. De la bafe du pilier, 
cette table étoit divifée en dix-fept.pieds, chaque pied en dix pouces, & 
chaque pouce en dix minutés. Autour des bords étoit un petit canal, creufé 
dans le cuivre, large d'un demi-pouce fur la même profondeur , & rem- 
pli d’eau, pour aflürer la table dans une pofition parallele. On s’étoit fervi 
anciennement de cette machine pour déterminer les ombres Méridiennes ; 
mais le pilier s'étoit courbé, & fa pofition.ne formoit plus d’angles droits a- 
vec la tabic. 

La longueur dû ftile ayant été fixée à. huit pieds quatre pouces & neuf 
minutes: Verbieft attacha au pilier une planche unie, parallele à l'Horizon, 
précifément à la hauteur déterminée; &. par le moyen d'un perpendiculaire , 
qu'il laiffa tomber de la planche fur la table, il marqua le point d'où il de-, 
voit commencer à compter la longueur de l'Ombre, qui, fuivant fon cal- 
cul, devoit être le jour fuivant, à midi, de feize pieds fix minutes & de- 
mie. Le Soleil approchoit alors du Solftice d'Hyver, & pa: conféquent les: 
Ombres étoient plus longues que dans aucun autre tems de l’année. 

LE Soleil ne manqua point, à l'heure annoncée, de tomber fur la igne 
tranfverfale que le Miffionaire avoit tracée fur la table pour marquer , extré- 
mité de l'Ombre. Tous les Mandarins en parurent extrémement füurpris. 

L'EMPEREUR: ayant pris beaucoup de plaifir au récit qu’on lui fit de ce 
détail, ordonna que l’expérience feroit recommencée le jour fuivant, dans la 
grande cour du Palais. 11 affigna deux pieds deux pouces pour la longueur 
du flile. Vérbieft ayant préparé deux planches (v), l’une plate & divifée 
en pieds & en pouces, l’autré perpendiculaire, pour fervir de ftile, porta le 
lendemain cette machine au Palais. Tous les Mandarins, ‘qui s’y étoient af- 
femblés,. voyant que l'Ombre, dont: la longueur avoit été marquée de quatre 
pieds trois pouces quatre minutes & demie fur la planche horizontale, pa- 
roifloit fort longue , parce qu’elle n’avoit point encore atteint à la plan- 
che &. qu'elle tomboit d’un côté fur la planche, fe mirent à rire en s’entre- 
tenant enfemble, dans l’opinion-que le Mifionaire avoit commis quelqu’er- 
reur. Mais un peu avant midi, l'Ombre étaut arrivée à la planche fe 
racourcit tout-d'un-coup, & paroiffant près de la ligne tranfverfale tom- 
ba précifément fur l'heure. Alors il fut impoñible aux .Mandarins de ca- 

cher. 


BF" (v) Ce fut Magalhaens qui fit cette mg: voit aifément ui donner une poñition hori: 
chine dans l’efpace d’une nuit, elle étoit foû:  zontale, 
tenue par trois vis à l'aide defquelles on pou 


Screncrs 
DLSs CuiNoïs, 
ASTRONOMIE. 


Confufon de 
l'Aftronôme 
Arabe, 


Opération 
Aftronomi- 
que du Père. 
Verbieft, 


L'Empereur : 
la lui fait re- 
coimencer, 


Succès du : 
Miffionaire, 


“SCIENCES 
pes CuiNois. 
ASTHONOMIE, 


L'expérien- 
ce eft recom- 
mencée une 
troifième 
fois, 


.Jgnorance 
du Mahomé- 
tan Arabe, 


r6® VOYAGES DANS L'EMPIRE 


cher leur étonnement. Le Ko-lau Tartare s’écria : ,, Quel étrange Mat. 
» tre avons-nous ici? Les autres ne prononcèrent point un feul mot; 
mais depuis ce moment, dit l’Auteur , ils conçurent une jaloufie im. 
jacable contre le Mifionaire. . Cependant on informa l'Empereur du fuccès 
de l'obfervation, enlui préfentant la machine, qu'il reçut fort gracieufement, 
Comme une affaire de cette importance ne pouvoit être pefée avec trop de 
foin, il fouhaita que l'expérience fût renouvellée pour la troifième fois fur 1 
Tour Aftronomique. Verbieft le fatisfic avsc ténc de fuccès, que fes ennemis 
mêmes, qui avoient afifté.a toutes les opérations par l'ordre de l'Empereur, 
ne purent fe difpenfer de lui rendre juftice & de louer la méthode Européenne, 
L'ASsTRONÔME Mahométan n'avoit pas d'autre connoiflance du Ciel que 
celle qu’il avoit puifée dans quelques vieilles Tables Arabes. 11 les füuivoit fur 
divers points, & depuis plus d’un an il s'étoit employé à la correcïion du Ca. 
lendrier, par commiflion des Régens de l'Empire. Il avoit mêm2 compo, 
fuivant fa méthode, -un Calendrier en deux volumes pour l'année fuivante, 
Cet Ouvrage, qui avoit été préfenté à l'Empereur, fut remisau Père Verbic!t, 
avec ordre de l’éxaminer. Il n’étoit pas difficile d'y découvrir un grand nom. 
bre de fautes. Outre le défaut d'ordre & quantité d'erreurs dans les calculs, 
Verbieft le trouva rempli de contradiétions manifeftes. C’étoit un mélange 
d'idées Chinoifes & Arabes; de forte qu’on pouvoit le nommer indifférem. 
ment Calendrier de la Chine ou d'Arabie. :Le Miffionairc ayant fait un recueil 
des fautes les plus groffières de chaque mois, par rappart aux mouvemens des 


L'Empereur * Plar tes, les écrivit au bas d’un Placet, qu'il fitpréfente: à l'Empereur. Aufi. 


convoque u- 
-h: Affembiée 
des Grands de 

l'Empire, 


1 ordonre 
que les Ob- 
fervations 
foient répé- 
tées publique 
melt, 

L4 


Manière 
dontle Père 
Verbieft exé- 
cute cet or- 
die. 


tôt ce Prince, comme s’il eût été queftion du falut de l'Empire, convoqua l'Af 
femblée générale de tous les Princes, des Mandarins de la première clafle, & 
des principaux Officiers de tous les Ordres & de tous les Tribunaux de l'Empi- 
re. Îl y envoya le Placet du Père Verbieft, afin que chacun pût donner fona. 
vis fur le parti qu’il convencit de prendre dans une fi grande occafion. Les 
Régens que l'Empereur fon père avoit nommés avant fa mort, lui étoient o- 
dieux depuis long-tems. Ils avoient condamné l’Aftronomie del'Europe & pro: 
tégé les Aftronômes Chinois. Sa Majefté, de l'avis de quelques-uns de fes prin- 
cipaux Confidens, vouloit prendre cette occalion pour annuler tous les Aëtes 
des Régens; & c’étoit dans cette vûe qu'il avait donné toute la folemnité pof. 
fible à l’'Affemblée. 

On y lutie Placet du Père Verbieft. Après de juftes délibérations fur cette 
Je&ure, les Seigneurs & les principaux Membres du Confeil déclarèrent unani- 
mement que la correétion du Calendrier étant une affaire importante, & l’Af- 
tronomie une Science difficile, dont peu de perfonnes avoient connoiflance, 
il étoit néceflaire d’éxaminer publiquement, avec les Inftrumens de l'Obferva- 
toire, les fautes que l'Aftronôme Européen avoit relevées dans fon Mémoire, 
Ce Decret ayant été confirmé par l'Empereur, Verbieft & l’Aftronôme Ma- 
hométan reçurent ordre de fe préparer fans délai pour les Obfervations du So- 
leil & des Planctes, & de mettre par écrit la méthode qu’ils employeroient 
dans cette opération. Le Miffionairé obéit volontiers, & préfenta fes Expli- 
cations aux Mandarins du Tribunal des Rites. 

La première Obfervation devant fe faire le jour que le Soleil entre au quin- 
zième degré du Verfeau , un grand quart de cercle que Verbieft avoit placé de- 


puis dix-huit jours, fcellé de fon fceau fur le Méridien, montra [avec fon ha” 


lidade, ] 


hdade 
devoit 
tomba 
rayon ; 
Quinzi 
mes In 
étoit n 
du Cal. 
prouvé 
AP 
dant la 
plufieu 
fieurs 1 
annon 
fervat 
tous les 
les Cale 
inform 
Mais le 
avoien 
& par 
l'Affe 
Les 
patienc 
l'Euro 
altérati 
thodes 
falloit 
nois du 
rent en 
rent l’a: 
au Père 
nôme 7 
fur leur 
5» VOUS 
5» appo 
» longu 
de tous 
qui ordc 
CET 
teur du 
toute l’2 
il préfer 
retranch 
Aftronû: 
auxquels 
lobligat 
Mais nc 
VIII. 


ange Mat. 
feul mot ; 
loufie im- 
du fuccès 
ieufement, 
ec trop de 
fois fur la 
es ennemis 
Empereur, 
uropéenne, 
du Ciel que 
 fuivoit fur 
ion du Ca. 
> compofé, 
e füuivante, 
e Verbict, 
rand nom- 
les calculs, 
un mélange 
indifférem- 
c un recueil 
vemens des 
reur. Aufi- 
ivoqua l'Af. 
e clafle, & 
x de l'Empi- 
onner fon a. 
afion. Les 
i étoient 0- 
rope & pro: 
s de fes prin- 
us les Actes 
emnité pof- 


bns fur cette 
rent unani- 
te, & l’Af 
bnnoiflance, 

l'Obferva- 

Mémoire, 
onôme Ma 
ions du So- 
ployeroient 
a fes Expii- 


tre au quin- 
bit placé de- 


vec fon ha-f 


Jidade, ] 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cæar, IV. 161 


tidade,] la hauteur du Soleil pour ce jour, & la minute de l'Eclyptique où il 
devoit arriver avant midi. En effet, le Soleil [ s’infinuant par une des pinules, 

tomba précifément fur le lieu indiqué; tandis qu'un Sextant, de fix pieds de 
rayon, placé à la hauteur de l'Equateur , fit voir la déclinaifon de cet Aftre. 
Quinze jours après, Verbieft eut le même fuccès en ‘obfervant avec les mé- 
mes Inftrumens l'entrée du Soleil dans le Signe des Poiffons. Cette obfervation 
étoit néceflaire, pour déterminer fi le mois intercalaire devoit être retranché 
du Calendrier. La hauteur méridienne du Soleil & fa hauteur pour ce jour en 

rouvèrent clairement la nécefité. 

A l'égard des autres Planetes, dont les places devaient être obfervées pen- 
dant la nuit, Verbieft calcula leurs diftances des Etoiles fixes, & marqua, 
plufieurs jours avant l'obfervation, fur un Planifphère, en préfence de plu- 
fieurs Mandarins, ces diftancés, à l'heure fixée par l'Empereur. Le tems 
annoncé pour l’obfervation étant arrivé, il fit porter fes Inftrumens à l'Ob- 
fervatoire, où les Mandarins s’étoient affemblés en fort grand nombre. La, 
tous les fpeétateurs furent convaincus, par la jufteffe de fes opérations, que 
les Calendriers de l’Aftronôme Arabe étoient remplis d'erreurs. L'Empereur , 
informé de ce réfultat, voulut que l'affaire fût éxaminée dans fon Confeil. 
Mais les Aftronômes Tang-quang-Syeu 8 U-ming-when | dont les "Calendriers 
avoient été cenfurés, obtinrent, contre l’ufage, la permiflion d'y afifter ; 
& par leurs artifices, ils trouvèrent le moyen de partager les fuffrages de 
l'Affemblée. | | 

Les Mandarins qui étoient à la tête du Confeil ne purent fupporter avec 
patience que l’Aftronomie Chinoife fût abolie, pour faire place à celle de 
l'Europe. Ils foûtinrent que la dignité de l'Empire ne permettoit pas des 
altérations de cette nature, &: qu'il valoit mieux conferver les anciennes mé- 
thodes avec leurs défauts, que d'en introduire de nouvelles, fur-tout lorfqu’il 
faloit les recevoir des Etrangers. Ils firent honneur aux deux Aftronômes Chi- 
nois du zèle qu’ils témoignoiïent pour la gloire de leur Patrie, & les érigè- 
rent en défenfeurs de ‘leurs Ancêtres. Mais les Mandarins T'artares embraflé- 
rent l'avis oppofé & s’attachèrent à celui de l'Empereur, qui étoit favorable 
au Père Verbieft. La chaleur fut extrême entre les deux Partis. Enfin l’Aftro- 
nôme Tang-quang-/yeu, qui avoit gagné les Miniftres d'Etat & qui fe repofoit 
fur leur proteétion, eut la hardieffe de tenir ce difcours aux Tartares: ,, Si 
» Vous donnez l'avantage à Ferdinand, en recevant l’Aftronomie qu’il vous 
apporte de l’Europe, foyez sûrs que l’Empire des Tartares ne fera pas de 
» longue durée à la Chine. Une déclaration fi téméraire excita l’indignation 
de tous les Mandarins Tartares. Ils en informèrent fur le champ l'Empereur, 
qui ordonna que le coupable fût chargé de fers & conduit à la prifon publique. 

Ce r événement confirma le triomphe du Père Verbieft. 1] Fc établi Direc- 
teur du Tribunal des Mathématiques, avec ordre de réformer le Calendrier & 
toute l’Aftronomie de Ja Chine. Pour commencer l’éxercice de fes fonétions, 
il préfenta un Mémoire à l'Empereur, dans lequel il expliqua la néceffité de 
retrancher du Calendrier le mois intercalaire, qui, fuivant le calculmême des 
Aftronômes Chinois, appartenoit à l’année d’après. Les Membres du Confeil, 
auxquels ce Mémoire fut renvoyé, regardèrent comme un trifte expédient 
l'obligation de fupprimer un mois entier, après l'avoir reçu folemnellement. 
Mais :n'ofant contredire le nouveau Direéteur, ils prirent le parti de lui dépu- 
VIII. Part. X ter 


ScieNces 
Des CHiNoïrs, 
AGSTRONOMIE, 


Nouvel éxa» 
men du Con- 
feil, 


Difficultés 
qu'on oppofe 
au Père Ver. 
bieft, 


Ill'emporte 
fur fes enne- 
mis & devient 
Préfident du 
Tribunal des 
Mathémati. 
ques, 


Sciences 
pr3 CHINoïs. 
ASTRONOMIE, 


Remontran- 


ces qu’il r€- 


çoit dela à 


du Cunfei 


ignorance 
des Chinois 


fur la Géogra- 
phie des Pays 


Etrangers. 


Fabuleufe o- 


pinion qu'ils 
avoient des 
autres Na- 
tions, 


Nomcde mé- 


pris qu'ils 
donnoient à 
Jeurs voifins. 


262 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ter leur Préfident. Ce Mandarin äborda Verbieft d'unairrianc: ,, Prenez gar. 
» de, lui dit-il, à ce que vous allez faire. Vous allez rendre notre Nation 
,» méprifable à tous nos voifins, qui fuivent & qui refpeétent Je Calendrier 
» Chinois. Que penferont-ils, en apprenant que nous fommes tombés dans 
» des erreurs fi groffières, qu'il a fallu retrancher un mois entier de l'année 
» pour. les réparer? Ne pouvez-vous pas trouver quelqu'expédient qui mette 
# notre réputation à couvert? Vous nous rendriez un important fervice.,, Ver. 
bieft luirépondit qu’il n’étoit pas en fon pouvoir de concilier l'ordre des Cieux 
avec le Calendrier Chinois | & que le retranchement d'un mois lui paroifloit 
une néceffité indifpenfable. On publia bien-tôt dans toutes les parties de l'Em. 
pire un Edit Impérial, par lequel on déclaroit que fuivant les calculs il avoit 
été néceffaire de fupprimer le mois intercalaire, & l’on défendoit de le comp- 


ter à l'avenir (y). 
(y) Tout le récit précédent eft tiré du Père du Halde Vol. IL pag. 136. & (uiv. 
i 
IL 


Progrès des Chinois dans les autres Prties des Mathématiques. 


T° defcription qu’on a déja donné (4) du Palais Impérial & des Monu- 
mens publics de la Chine, doit avoir fait connoître que l’Architeéture Chi- 
noife, quoique fort différente de celle del’Europe, n’eft pas fans beauté, fans 
ordre & fans commodité. L'Atlas de Martini, les Cartes qu'il a publiées d'a. 
près les Auteurs Chinois, & nos Obfervations précédentes fur les mefüures gé- 
nérales & particulières du Pays, prouvent auffi qu’ils n’ont pas négligé la Géo- 
raphie de leur Empire. Mais leurs lumières étoient fort bornées fur celle 
des Pays Etrangers. Ils réduifoient toutes les autres Régions du Monde à foi. 
xante-douze Royaumes, qu’ils plaçoient au hazard, comme autant de petites 
Ifles dont leur Mer étoit entourée, fans les diftinguer par les Longitudes & 
les Latitudes. Ils leur donnoi nt des noms méprifans, & dans leurs Defcrip. 
tions ils en repréfentoient les Habitans cormme des monftres. 

Izs nommoient un de ces Royaumes Syau-tin-que, ou le Pays des Nains. II 
étoit habité, difoient-ils, par des hommes de fi petite taille, que dansla crain- 
te d’être enlevés par les aigles & les éperviers, ils étoient obligés de.fe lier 
pluffeurs enfemble. Un autre Royaume portoit entre les Chinois le nom de 
Nyu-jin-que, c'eft-à-dire, de Pays habité par des femmes. Ils fe figuroient que 


dans cetteContrée les femmes devenoient groffés en regardant leur image dans: 


un puits ou dans une rivière, & qu’elles. ne mettoient au monde que des filles, 
Ils fuppofoient un troifième Royaume, dont les Habitans avoient l’eftomac 
affez ouvert pour y mettre une piéce de bois, fur laquelle deux hommes en 
pouvoient porter un troifième d'un lieu à l'autre. Le quatrième Royaume étoit 
peuplé d’Habitans qui avoient des corps humains & des têtes de chien. Les 
Habitans du cinquième avoient les bras fi longs, qu'ils.touchoient à verre fans 
fe baïfler. Quoiqu’ils connuffent mieux les Tartares, les Japonois, les Co- 
réens & les autres Peuples qui bordent la Chine, ils ne les honoroient pas d’un 
autre nom que celui des Quatre Nations barbares. 


(a). Voyez ci-deffus plufieurs détails fur cette matière. { 


Dans. 


Portu 
maïqu 
5» Mil 
Eurof 
ges & 
et le 
uelqu 
A ris 
qu tr 
er que 
tion de 
» COnt 
» Inde 
» CeP 
parut € 
qui ne 
Magall 
Etrang 
Les 
Chinois 
uoit à 
avorite 
d’enten 
bien fa 
geoient 
quelque 
léger, « 
né vers 
qe ). L’ 
a qu’o 
qui pût 
les place 
un gran( 
fixèrent 
le conco 
de plaifi 
mais du 
pañoit a 


(€b) Re 
pag. 61. à 

(ce) Rel 
pag. 61. À 
que ce n’efi 
ré, mais dé 
Traduêteur 


'enez gar- 
e Nation 
alendrier 
nbés dans 
le l’année 
qui mette 
ce, ,, Ver- 
des Cieux 
paroifloit 
- de l'Em. 
ls il avoit 
: le comp- 


TA 
i 


les Monu- 
Éture Chi- 
auté, fans 
ibliées d'a. 
efures gé- 
igé la Géo- 

fur celle 
onde à foi- 
de petites 
gitudes & 
s Defcrip- 


Nains. Il 
ns la crain- 
de.fe lier 
le nom de 
roient que 
mage dans 
» des filles. 

l'eftomac 
Lommes en 
aume étoit 
hien. Les 
terre fans 
s, les Co- 
at pas d'un 


Dans: 


DE LA CHINE, Lav. IL Cnarp. IV. 163 


Dans les derniers tems, ayant reçu quelques informations fur l'éxiftence 
de l'Evrope, ils l'avoient ajoutée à leurs Cartes comme une Ifle déferte. De- 
là vient qu'en 1668 le Viceroi de Canton, après avoir parlé de l'Ambañlade 
Portugaife dans un Mémoire qu’il envoyoit à l'Empereur, ajoûtoit cette re. 
marque: ,, Nous avons vérifié que l'Europe confifte en deux petites Ifles au 
, milieu de la Mer (b). Lorfque les Chinois virent pour la première fois des 
Européens, ils leur demandèrent s’il y avoit en Europe des Villes, des Villa- 
ges & des maifons. Mais ils font revenus de toutes ces erreurs. Un jour 
que le Père Chavagnac, Mifionaire Jéfüite, montroit une Carte du Monde à 
quelques Lettrés, ils y cherchérent long-tems la Chine. Enfin ils jugèrent que 
ce dévoit être l’'Hémifphère Oriental, parce que l'Amérique ne leur aroilfit 
ue trop grande pour le refte du Monde. Le Mifionaire prit plaifir à les laif- 
Êr quelque-tems dans cette idée, Mais un d'entr'eux lui demandant l'explica- 
tion des lettres & des noms: ,, L’Hémifphère que vous regardez, leur dit-il, 
, contient l'Europe, l'Afie & l'Afrique. Voici, dans l'Afie, la Perfe , les 
» Indes & la Tartarie. Où eft donc la Chine? s’écria un des Lettrés. ,, C'eft 
» ce petit coin de terre, lui répondit-cn, & vous en voyez les bornes. Il 
parut extrêmement furpris de cette réponfe; & regardant fes compagnons, 
qui ne le paroifloient pas moins, il leur dit en Chinois; ,, Que cela eft petic! 
Magalhaens attribue cette ignorance au défaut de commerce avec les Pays 
Etrangers (c). 

Les autres Parties des Mathématiques étoient entièrement inconnues aux 
Chinois. Il n’y a pas-plus d’un fiécle qu’ils ont ouvert les yeux fur ce qui man- 
quoit à leurs connoiflances. Kang-hi, leur dernier Empereur, dont la pañion 
favorite étoit d'acquérir de nouvelles lumiéres , ne fe lafloit pas de voir & 
d'entendre les Miflionaires Jéfuites ; tandis que de leur côté, jugeant com- 
bien fa proteétion pouvait être avantageufe au Chriftianifme, ils ne négli- 
geoient rien pour fatisfaire fa curiofité. Ils commencèrent par lui donner 
quelques idées d'Optique, en lui préfentant un demi-cylindre d'un bois fort 
léger, dans l’axe duquel ils avoient placé un verre convexe, qui, étant tour- 

né vers l’objet, repréfentoit en figure naturelle l’image qui étoit dans le tube 

d). L'Empereur, charmé d'une invention qu’il trouva fort nouvelle, deman- 
a qu’on lui fit dans fes jardins de Peking une machine de la même nature, 
qui pt lui faire découvrir, fans être vû lui-même, tout ce qui fe pafloit dans 
les places voifines. Les Miffionaires firent bâtir, près des murs du jardin, 
un grand cabinet (e) avec une fenêtre pyramidale, au fommet de laquelle ils 
fixérent un grand œil de bœuf ou un verre, direétement oppofé à la place où 
le concours du Peuple étoit le plus nombreux. L'Empereur prenoit beaucoup 
de plaifir à ce fpeétacle; & les Reines encore plus, parce que ne fortant ja- 
mais du Palais elles n’avoient point d'autre moyen pour voir tout ce qui fe 

pafloit au dehors. 
LE 


de POriginal. Nous reëtifions 4 cet égard fes 


(b) Relation de la Chine par Magalhaëns, 
Jus Jens en avertir ; celaferoit trop ennuvane. 


pag. 61. & fuiv. 

(ce) Relation de la Chine par Magalhaens, 
pag. 61. &fuiv. I ef à propos de remarquer 
que ce n’eft pas de Magalbaens que ceci ef ti- 
ré, mais de Du Halde. Vol. I. pag. 280. Le 
Traduëteur eff peu éxaût à Juivre les cications 


(d) Angl. le repréfentoit au naturel dans 
le tube, R. d. E. 

(e) C'eft ce qu'on appelle communément 
Camera obfcura, KR, d, T. 


X 2 


Screncrs 
LES CuiNors, 
Matucemart- 

QUES. 


Autres effets 
de leur igno 
rance, 


Avantages 
ueles Mit- 
ionaires tiré- 

rent de l'Op- 
tique. ‘ 


Expériences 
de la chambre 
obfcure, 


ScieNezs 
nzs CHINOIS. 
D'FFRRENTES 

PARTIES DES 
MATHEMATI- 
QUES. 


Expériences 
du Cylindre, 


Expériences 
de Catoptri- 
que. 


Expériences 
de Perfpedi- 
ye 


Expériences 
de Statique, 


Et d'Hydro- 
flatique, 


164 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Le Père Grimaldi donra un autre éxemple des merveilles de l'Optique dans 
le jardin des Jéfuites de Peking. Il traça fur les quatre murs diverfes figures, 
qui ne repréfentoient en face que des montagnes, des forêts, des chaifes & 
d’autres objets de cette efpéce; mais, d'un certain point, on voyoit la figure 
d’un homme bien proportionné. L'Empereur honora la maifon-d'une vifite, & 
regarda long-tems ce prodige avec beaucoup d’admiration. Les Grands de fa 
Cour & les principaux Mandarins, qui vinrent en-foule, n’en parurent pas 
moins frappés. Ce qui leur caufoit le plus d’étonnement, étoit de trouver tant 
de régularité & de proportion dans cette figure humaine, tandis que les murs 
étoient fort irréguliers, & percés même, en plufieurs endroits, de portes-& 
de fenêtres. Il feroit ennuyeux, ajoûte l'Auteur, de nommer toutes les figus 
res qui n'étant tracées que confufément, repréfentoient d’un certain point des 
objets diftinéts, par le moyen des miroirs coniques, cylindriques & pyra: 
midaux. 

Pour effai de Catoptrique, les Jéiuites préfentérent à l’Empercur toutes 
fortes de verres & de télefcopes, qui leur fervirent à faire des obfervations 
céleftes & terreftres, à mefurer les grandes & les petites diftances, à dimi. 
nuer, àgroffir, à multipiier ou-réunir-les objets. La première merveille de 
ce dernier genre fut un tube, de la groffeur d’un (f) prifme oétogone, qui é. 
tant placé parallellement avéc l'horizon, repréfentoit huit différentes fcènes, 
& d’une manière fi naturelle qu'on les prenoit pour les objets mêmes. Ce fpec: 
tacle, relevé par la variété des peintures, amufa long-tems l'Empereur. Les 
Miffionaires lui firent enfüuite préfent d’un autre tube, dans lequel étoit un ver: 
re polygone, qui raffembloit par fes différentes faces plufieurs parties de diffé- 
rens objets, pour en former une feule image. Aïnfi-des bois, des troupeaux, 
& cent autres figures repréfentées dans un tableau, fervoient à former diftinc- 
tement un homme entier ou quelqu’autre objet. On ne manqua point de faire 
voir à Sa Majefté Impériale la Lanterne-Magique, ‘avec toutes les merveilles 
qu’elle préfente aux yeux des ignorans. 

LA Perfpeétive ne fut point oubliée. Le Père Buglio offrit à l'Empereurtrois 
Deffeins, éxécutés fuivant les régles de l'art: Il en-expofa les copies à la vûe 
du Public, dans le jardin des Jéfuites, où tous les Mäandarins s'emprefférent 
de les venir admirer. Ils ne‘comprenoient pas que für une toile plate on eût pu 
repréfenter des falles, des galeries, des portiques, des routes & des avenues, 
auffi loin que la vûe pouvoit s'étendre, & fi naturellement, queles fpeétateurs 
y étoient trompés au premier coup-d'œil. 

Les expériences de Statique eurent leurtour. On fit préfent à l'Empereur 
d'une machine compofée de quatre roues dentelées, avec un manche de fer, 

ar le moyen de laquelle un enfant pouvoit lever fans difficulté un-poids de plu- 
ieurs milliers & réfifter aux efforts de vingt hommes robuftes.. 

À l'égard de l'Hydroftatique, les Miffionaires firent pour Sa Majefté, des 
pompes, des canaux, des roues & plufieurs autres machines propres à lever 
l'eau au-defTus du-niveau de fa fource. Ils en compoftrent une, qui fervit à 
conduire l’eau d’une Rivière, nommée Les dix mille fources, dans quelques ter- 
res du domaine Impérial. Le Père Grimaldy offrit à l'Empereur une machine 
Hydraulique 


(f) Ant, un tube fait eb prifme, R, dE, 


curiofit 
riot lo 
cuivre 
l'air fo 
voile d’ 
d'un e 
pendan 
rlir en C 
vement 
du bout 
roue qu 
étoit pli 
dre cer: 
roues. 
enfla fo 
Lor 
Ciel, o: 
ler auñi 
rent plu 
l'intellig 
C’étoit 
dont la 
petit tre 
poli, qu 
ment to 
Par une 
tres réfr 
lindre, 
nomènes 
Thermo: 
& du ch 
& d’hur 
diamétre 
venable 
ou relâc 
allongeoi 
ui tiroit 
’un cÔte 
Tou: 


_(&) L'o 
cription de 
terne Mag 


que däns 
figures, 
haifes & 
la. figure 
ifite, & 
nds de fa 
rent pas 
uver tant 
les murs 
portes :& 
s les figu- 
point des 
& pyra: 


eur toutes 
fervations 
, à dimi- 
veille de 
ne, qui é- 
es fcènes, 
.. Ce fpec: 
reur. Les 
oit un ver: 
es de diffé- 
roupeaux, 
rer diftinc- 
nt de faire 
merveilles 


ereur trois 
ès à la vûc 
preffèrent 
- on eût pu 
‘avenues, 
peétateurs 


"Empereur 
e de fer, 
bids de plu- 


jefté, des 
es à lever 
i fervit à 
elques ter- 
e machine 
vdrauliqua 


DE LA CHINE, Liv.il. Car. IV. 165 


Hydraulique de nouvelle invention, qui formoit un jet-d’eau continuel; une 
horloge, qui repréfentoit tous les mouvemens céleftes avec beaucoup de juftef- 
fe, & une montre à répétition qui n étoit pas moins julte. 

Les Machines Pneumatiques formèrent un fpeétacle fortagréable pour la 
curiofité de l'Empereur: Après avoir fait faire, d'un bois léger, un petit cha- 
riot long de deux pieds, les Mifionaires placèrent, au milieu, un vaifleau de 
cuivre rempli de charbons embrafés, fur lequel ils mirent un Æolipile, (g)d'où 
l'air fortant par un petit tuyau, frappoit une forte de roue femblable à la 
voile d’un moulin à vent. Cette roue en faifoit tourner une-autre par le moyen 
d'un ellieu; & le chariot, fans autre principe d' mouvement, couroit ainfi 
pendant deux heures. Mais comme l'efpace n'auroit pas fuffi pour le faire cou- 
rir en droite ligne, on fe fervit d'une autre invention pour lui donner un mou- 
vement circulaire. On attacha une petite folive à l'eflien des deux roues; & 
du bout de cette folive on fit paîler un autre effieu par le centre d'une autre 
roue qui étoit un peu plus grande que les deux autres. A mefure que cette rouc 
étoit plus ou moins éloignée du chariot, il décrivoit un plus grand ou un moin- 
dre cercle. On fit la même expérience avec un petit Vaifléau monté fur quatre 
roues. L’Æolipile étoitcachée au milieu. Le vent fortant par deux petits tuyaux 
enfla fort bien les voiles & fit tourner aflez long-tems la machine. 

Lorsqu'iz paroiffoit quelque Phénomene, tel que la Parelie, l'Arc:en- 
Ciel, ou quelque cercle autour. du Soleil ou dela Lune, l'Empereur faifoit appel- 
ler auffi-tôt les Mifionaires, pour leur en demander l'explication. Ils publié- 
rent plufieurs Ouvrages für ces merveilles de la Nature; & pour en faciliter 
l'intelligence, ils compofèrent une machine qui repréfentoit leurs apparences. 
C'étoit une forte de tambour, bien fermé au dehors & blanchi dans l’intérieur’, 
dont la furface repréfentoit les Cieux. La lumière du Soleit y entroit par un 
petit trou, & païñlant par un prifme de verre, tomboit fur un petit cylindre 
poli, qui la réfléchiffoit fur la concavite du tambour, où elle peignoit éxaéte- 
ment toutes les couleurs de l'Arc:en-Ciel. E’image du Soleil étoit réfléchie 
par une partie du cylindte un peu applatie; & par d’autres réfléxions & d'au- 
tres réfraétions ,, fuivant que le prifme étoit plus ou moins incliné vers le cy- 
lindre, on voyoit les cercles autour du Soleil & de la Lune, & les autres Phé- 
nomènes des Corps céleftes. Les Jéfüuites préfentèrent aufli à l'Empereur des 
Thermométres, pour lui faire connoître la diftinétion des divers degrés du froid 
& du chaud. Ils y ajoûtèrent une Hygrometre, pour les degrés de féchereffé 
& d'humidité. C’étoit une machine en forme de tambour, d'un aflez grand 
diamétre, fufpendue par un cordon de boyaux de chat, d'une longueur con- 
venable & parallele à l’'Horizon. Le moindre changement de l'air contraétant 
ou relâchant le cordon, faifoit tourner” le tambour à droite ou à gauche. Il 
allongeoit ou racourciffoit auffi, autour da tambour, une autre petite corde, 

ui tiroit un petit pendule, par lequel les degrés de féchereffe étoient marqués 
de côté, & de l’autre cenx d'humidité. 

Toures ces inventions, jufqu’alors inconnues aux Chinois, leur firentra- 


battre 


; (g) L'on trouve dans l’Original une def- 
cription del'Æolipile, de même que de la Lan- 


le Traduëteur a omis ces defcriptions & a+ 
vec raifon; ces Machines font trop connues: 
terne Magique, dont ileft parlé cy devant; pour s'arrêter à les décrire, R.d.E.. 


X 3 


ScirrNcys 
Des Cuincis. 
DirrereNTzs 

PARTIES DEs 
MaATHEMATI- 

QUES. 


Machines 
Pneumati- 
ques. 


Ouvrages 
des Miffionai- 
res fur les 
Phénomeres 
de la Nature, 


Machines 
qui en facili- 
tent l’explicas 
tion. 


166 VOYAGES DANS LEMPIRE 


‘Screncrcs battre quelque chofe de leur orgueil naturel & prendre une idée plus fa. 
-D£s Cmnors. yorable des Etrangers. Ils commencèrent, dit l'Auteur, à regarder les Eu. 


Effet des ropéens comme leurs Maîtres (b). 


Sciences de 

l'Europe fur (b) Chine du Père du Halde, Vol. I. pag. 126. & fuiv. 

les Chinois. é 

PniLosornte \S TITI. 

NATURELLE AR 
ETMEDECINE. Philofopbie Naturelle & Médecine des Chinois. 


punir A première de ces deux fciences cft cultivée à la Chine. Elle a fes 
ob L principes pour expliquer la compofition des corps, leurs propriétés & 


fur ces deux ques à ÿ s 

Sciences, leurs effets (4). Les Chinois ont divers Ouvrages qui traï-ent de .ces ma. 

tières, & l’on y trouve des raifonnemens très-rafinés fur la nature des cho- 

à fes. Leurs erreurs viennent moins d’un défaut de pénétration, que du peu 


de commerce qu'ils ont avec les Etrangers. Mais à quelque fource qu'on les 
attribue, elles ont arrêté jufqu’a- préfent les progrès de la Médecine Chi. 
noife. L'ignorance de l’Anatomie eft un autre obitacle. A peine les Chi. 
nois connoiflent-ils l’ufage des différentes parties du corps. Lls ont par 
conféquent peu de lumières fur les caufes des maladies. Leurs conjeétures 
portent fur un fyftême fort incertain de la flruéture du corps humain (5). 
Etude dela CEPENDANT l'étude de la Médecine a toûjours été fort en honneur dans 
Médecine, Cette Nation, non-feulement parce qu'elle eft fort utile pour la confervation 
de la vie, mais encore parce que les Chinois fuppofent beaucoup de liaifon 
entre cette Science & les mouvemens du Ciel, Ils avoient anciennement des 
Ecoles Impériales pour l'inftruétion des Médecins. _Aujourd hui, les plus 
eftimés font ceux dont les Ancêtres ont éxercé la même profelfion, & qui 
ont reçu d'eux leurs lumières comme une efpèce d'héritage. : 


ne Les Médecins Chinois reconnoiflent deux principes naturels he ka re nt 
des Médecins ,. tale : ’humi ical. Les efprits 
Chinois fur Lang, ou la chaleur vitale; & l’In, ou l'humide radica prit 


les principes  fang en font les véhicules. De ces deux noms & de leurs caractères ile 
de la vie, ont compofé le nom & le caraétère de l'homme, qu'ils appellent Jin dans 
Jeur langue. Suivant leur doétrine, ces deux principes de Ja vie font lo- 
gés dans toutes les parties du corps, pour leur communiquer le mouvement 
& la force. x 
Trois divi-, 1Ls font trois divifions. du corps humain. La première comprend la droi- 
tions ducorps te & la gauche; deux parties, à chacune defquelles appartient un œil , un 
ie bras, une main, une épaule, une jambe & un pied. La feconde contient 
trois parties; la fupéricure, qui s'étend depuis le fommet de la rête jufqu'à 
la poitrine ; celle du milieu, depuis la poitrine jufqu'au nombril ; & l'infé- 
rieure, depuis le nombril jufqu'a la plante des pieds. La troifième divifon 

comprend les membres & les inteftins. k 
Diviñon des Les principaux membres, où l’humide radical eft logé, font au nombre 
Panne defix: trois du côté gauche; le cœur, le foye & le rognon: trois du côté 


: b : , mn à L1 
are droit; le poulmon, la rate & l’autre rognon, qu'ils appellent dans leur lan 


gue Porte de la vie. e° Les 
| (a ) Mémoires du Père le Comte, pag. 213, 
(b) Du Halde, ubi fup, Vol. I. pag. 394. & Vol. II, pag. 183. 


Les 
font de 
ricarde ; 
tomac 
tuelles 
le cœur 
gauche 
la rate, 
qu'ils fc 
parties 
circulat 
aufli qu 
une efp 
fons, o: 
de leur 
l'artère, 
pañler p 

ftrument 
d'accord 
APR] 
Médecir 
leur faire 
les avoir 
tions an 
fources d 
les narinc 
les yeux 
& des or 
qu’elle de 
lur la vie 
Pour 
établi dou 
in, lhur 
cœur con 
s'appelle 
fources de 
le canal 4 
la vefie d 
de radical 
canaux € 
corps. À 
reins, par 
vitale, pa 
pieds par | 
inking, D 
mains par 
Corps aux 
Lors 


e plus fa. 
ler les Eu. 


Elle a fes 
jpriétés & 
le .ces ma- 
‘e des cho- 
que du peu 
e qu'on les 
lecine Chi. 
ne les Chi. 
Ls ont par 
conjeétures 
ain (b). 

nneur dans 
onfervation 
p de liaifon 
nement des 
i, tes plus 
ion, & qui 


e la vie; le 
fprits & le 
raétères ils 
ct Fin dans 
ie font lo- 
mouvement 


end la droi- 
in œil, un 
le contient 
ête jufqu'à 
; & l'infé- 
e divifñon 


au nombre 
is du côté 
s leur lan- 

Les 


DE LA CHINE, Lrv. IL Cnar. IV. 


Les inteftins ou les entrailles, dans lefquels ils placent la chaleur vitale, 
font de même au nombre de fix: trois à gauche; les petits boyaux ou Je Pé- 
ricarde ; la veflie du fiel & les uretéres: trois à droite; les gros boyaux, l'ef- 
tomac & la troifième partie du corps. Ils. reconnoiffent aufñli des relations mu- 
tuelles entre les membres & les inteflins, comme entre les petits boyaux & 
le cœur, entre la veffie du fiel & le foye, les uretéres & le rognon du côté 
gauche ; & du côté droit, entre les gros boyaux & le poulmon, l'eftomac & 
h rate, la troifième partie du corps & le rognon droit. C’eft de ces parties 
qu'ils font pafler la chaleur vitale & l'humide radical dans toutes les autres 
parties du corps, par le moyen des efprits & du fang ; car il paroît que la 
circulation.du fang eft connue fort anciennement à la Chine. Ils fuppofent 
auffi que le corps , par fes nerfs, fes mufcles, fes veines & fes artères, eft 
une efpèce de Luth ou d’Inftrument mufical, dont les parties rendent divers 
fons, ou plûtôt ont entr’elles une certaine harmonie qui vient de leur figure, 
de leur fituation & de leurs divers ufages; que les différentes pulfations de 
l'artère, qui font comme les tons & les touches de cet Inflrument, doivent 


pañer pour des fignes infaillibles de fa difpofition; comme la corde d’un In- 


ftrument de mufique rend diitérens fons, qui font connoître fi l’Inftrument eft 
d'accord.& bien ou mal monté. 

ArPrès avoir établi ces douze fources de vie dans le corps humain, les 
Médecins Chinois ont travaillé à découvrir les fignes extérieurs qui pouvoient 
Jeur faire connoître la difpofition intérieure de ces douze parties. Ils croient 
les avoir trouvé dans la tête, fiége de tous les fens qui éxécutent les opéra- 
tions animales; & fuppoñfant des relations néceflaires entre ces fens & les 
fources de la vie, ils établiffent un rapport entre la langue & le cœur, entre 
les narines & le poulmon , la bouche & la rate, les oreilles & les rognons, 
les yeux & le foye. Ils s’imaginent aufi que du teint, des yeux, des narines 
& des oreilles, du fon de la voix & du goût aétuel de la langue ou de celui 


qu’elle defire, ils peuvent tirer des conclufions certaines fur l’état du corps & . 


lur la vie & la mort d’un Malade. 

Pour la communication de l’humide radical & de la chaleur vitale, ils ont 
établi douze routes ou douze canaux. Par l’un, qu’ils nomment Chau-chun-in- 
kin, l’humide radical pafle du cœur aux mains. Les vifcères qui font unis au 
cœur conduifent la chaleur vitale par les mêmes voies; & ce canal de chaleur 
s'appelle Cheu-tay-yang-king. Ces deux origines jointes enfemble, font une des 
fources de la vie. Le foye, difent-ils, envoye l’humide radical aux pieds par 
le canal Se-kue-in-king ; mais la chaleur naturelle fe rend au méme endroit, de 
ha veffie du fiel par le canal So-cheu-yang-king. Les rognons envoyent l'humi- 
de radical par un autre paflage, & la chaleur vitale vient des uretères. Ces 
canaux entretiennent la communication de la vie dans la partie gauche du 
corps. À l'égard du côté droit, le poulmon envoye l’humide radical aux 


reins, par le conduit Cheu:tay-in-king ; & les gros boyaux envoyent la chaleur : 
vitale, par le Chang-yang-ming-king. De la rate, l’humide radical fe rend aux : 


pieds par le So-yang-ming-king ; & la chaleur vitale à l'eflomac , par le Sz-ray- 
inking. Du rognon droit, ou de la porte de la vie, l’humide radical pañle aux 
mains par le Cheu-kue-in-king; & la chaleur vitale de la troifième partie du 
corps aux pieds, parle Cheu-chyau-yang-king. | 

LorsQU'ILS ont acquis cette connoiflance dela ftruéture du corps, qui, tou- 


167 


te - 


ScrENcEs 
DES CHiNots; 
FaiLosorrite 
NATURELLE 
zTMEnecins 


Le corps et 
regardé com- 
me un Inftru- 
ment de muli- 
que. 


Signes exté. 


rieurs qui font : 


connoître les 
difpofitions : 
intérieurcs. 


Canaux de 
communica- 
tion pour la 
chaleur vitae 
le, &c, 


a 


SCIENCES 
nes CHINOIS. 
Menecinr. 


Corps exté- 
rieurs qui 
agiflent {ur le 
corps. 


Lumière des 
Médecins 
Chinois fur les 
battemens du 
poulx. 


Ufage de fa 
faignée, rare à 
Ja Chine. 


168 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


te conforme qu'elle eft à l’ancienne Anatomie Chinoife, n’en eft pas, comme 
on le voit, beaucoup plus éxaéte, ils-cherchent à connoître les corpsextérieurs 
qui peuvent caufer des altérations dans le corps humain. Ces corps font les éé. 
mens. Ils en comptent cinq: la terre, les-métaux, l'eau, l'air & le feu, qui 
s’uniflent pour la compofition du corps de l’homme, & dont le mélange eft 
tel, qu’un élément prévaut fur les autres dans quelque partie. Ainf le feu 
prédomine dans le cœur & dans les vifcères voifins ; & le Sud eft le point du 
Ciel qui fe rapporte principalement à ces parties, comme réfidence principa. 
le de la chaleur naturelle. Auffi ne manquent-ils pas d’obferver les affeëtions 
äu cœur pendant l'Eté. Le foye & la vefficule du fiel fe rapportent à l’élé. 
ment de l'air, & tous deux ont une relation à l'Eft, qui eft ie lieu d’où pro. 
cédent les vents & les végétations. ‘C’eft au Printems que la difpofition de 
ces parties doit être obfervée. Les rognons & les uretères appartiennent à 
l'eau & correfpondent au Nord. Ainfi c'eft pendant l'Hyver qu'il faut obfer- 


ver leurs indications. [Ce font les Métaux qui dominent fur les poumons, &: 


* fur les grands inteftins , aufli-bien que le Couchant & l’Automne, qui eft le 
tems de leurs indications. Enfin la ratte & l'eftomac tiennent de Îa nature 
de la terre; ils regardent le milieu du Ciel, entreles quatre points Cardinaux; 
& c’eft le troifième mois de chacune des faifons, qui eft le tems de leurs in. 
dications particulières. ] Le foye & la troifième partie du-corps font fujets au 
feu & à l'eau, & reçoivent les impreffions du cœur & des rognons, pour les 
communiquer à toutes les-autres parties. Les Médecins Chinois raifonnent à 
peu près comme les nôtres fur les rapports & les oppofitions de ces élémens 
avec le corps humain, pour rendre compte des maladies & de toutes les al. 
térations de la fanté. 

Izs prétendent connoître, parles différentés pulfations de l'artère, la bon. 
ne ou la mauvaife difpofñition du corps ; & voici quels font leurs principes, 
C'eft le mouvement, difent-ils, qui fait le poulx ; & ce mouvement eft cauft 
par le flux & le reflux du fang & des efprits, qui font portés dans toutes kes 
parties du corps par les douze canaux dont on a rapporté les noms. Tout ce 
qui fe remue communique du mouvement à quelqu'autre corps mobile ; & 
tout ce qui et remué, céde ou réfifte. Ainfi, comme le fang & les ef. 
prits, qui font dans un mouvement continuel, pouflent & preflent les Vaif 
feaux qui leur fervent de canal, il en doit naître néceflairement un battement 
de poulx. La parfaite connoiffance de ces battemens & de ces percuffions, 
donne celle de la difpofition du corps & des affeétions qu’il reçoit des élé- 
mens. C’eft par les battemens qu'on doit connoître la nature du fang & des 
efprits, & diltinguer leurs défauts & leurs excès, comme le devoir d'un bon 
Médecin eft de les régler, & d'y rétablir l’ordre s'il le trouve altèré. 

L'usAGE de la faignée eft très-rare à la Chine, quoiqu'il y foit connu. Ce. 
lui des clyftères eft venu aux Chinois des Portugais de Macao; mais ils l’ap- 
pellent Reméde des Barbares, parce qu’ils l'ont reçu des Européens. En un 
mot, toute la fcience de la Médecine confifte, parmi eux, dans la connoif- 
fance du poulx & dans l'ufage des Simples, qu'ils ont en grand nombre & 
qu'ils regardent comme de fouverains fpécifiques dans plufieurs maladies. Ils 
prétendent que le battement du poulx leur fait découvrir, non-feulement la 
caufe d'une maladie, mais la partie même du corps où elle réfide. En effet, 


Jeurs Médecins leur prédifent éxaétement tous les fymptômes , & c’eft à 
cette 


cette 
dans 
De- 
éxam 
tions 
La 
ler fa 
douce 
les p 
ou le 
ou di 
la ml 
au vel 
quand 
il fera 
d'un g 
cereitu 
reufem 
vie de 
Efcula 
du Ma 
l’autre 
lent, 
te, 4 
ment à 
l'affüra 
rétablir 
Que 
des, po 
les fuit, 
de Drog 
Ce font 
meurs, 
D'autres 
decines, 
ter des 
D'ailleur 
Simples. 
ÂAPRÈ 
employe 
faitemen 
fruits & 
l'eau dan 


t-défenden 


eft prefté 
un corps 
tions natu 
fe digeftic 
VIIL. : 


IS, Comme 
> eXtérieurs 
ont les élé- 
le feu, qui 
nélange eft 
Ainfi le feu 
le point du 
e principa. 
S Fettions 
tent à l’élé. 
u d’où pro: 
pofition de 
rtiennent à 
| faut obfer. 
oumons, &ÿ+ 
>, qui eft le 
de la nature 
Cardinaux ; 
de leurs in. 
ont fujets au 
1s, pour les 
raifonnent À 
ces élémens 
outes les al. 


ère, Ja bon. 
s principes. 
ent eft caufé 
ns toutes kes 
s Tout ce 
mobile ; & 
ig & les ef. 
nt les Vaif. 
n battement 
percuffions , 
croit des élé- 
fang & des 
oùr. d'un bon 
èré. 
connu. Ce- 
ais ils l'ap- 
ens. En un 
la connoif- 
| nombre & 
aladies. Ils 
eulement la 
En effet, 
& c'eft à 
cette 


DE LA CHINE, Liv. IL Crar. IV. r69 


tœette fcience qu’ils doivent leur réputation. Ils obfervent deux -chofes Scrrwers 
dans le mouvement du poulx, l'endroit où il fe fait fentir & fa durée. pes Cuinors, 
De- là vient qu’ils ont afligné divers endroits du corps où le poulx doit être Menseine. 
éxaminé , & qu'ils fe font fait des régles pour mefurer le tems des pulfi- 

tions. 

Lorsqu’iLs font appelés près d'un Malade, ils mettent d’abord un oreil- Pratique des 
ler fous fon bras; & plaçant quatre doigts au long de l'artère, quelquefois Médecins 
doucement, quelquefois avec une prefion plus forte, ils éxaminent long-tems FAST TS 
Jes pulfations, en s’efforçant de diftinguer les moindres différences. Le plus 
ou le moins de vîtefle ou de lenteur , de foiblefle ou de force, d’uniformité 
ou d'irrégularité, leur fert à découvrir la caufe de la maladie ;-& fans faire 
la moindre quefticn au Malade, ils lui difent s’il a mal à la tête, à l'eftomac, 
au ventre, & fi c’eft la rate ou le foye qui eft affeété. Ils lui annoncent aufñi 
quand il peut efpérer -du foulagement, quand l’appétit-lui reviendra & quand 
il fera tout-à-fait délivré de fa maladie. L’Auteur en rapporte un éxemple, 
d’un grand nombre d’autres, dit-il, qui ne doivent laifler aucun doute fur la 
certitude & le fuccès de cette méthode. Un Miffionaire étant tombé dange-  Guérifon 
reufement malade dans la prifon de Nan-king, les Chrétiens, allarmés pour la d'un Mifio- 
vie de leur Pafteur, engagèrent un des plus habiles Médecins à le vifiter. Cec 71 
Efculape Chinois, après avoir tâté avec les cérémonies ordinaires le poulx 
du Malade, lui prefcrivit {ur le champ trois médecines, l’une pour le matin, 
l'autre pour l'après-midi & la troifième pour le foir. L'effet en parut fi vio- 
lent, que le Miffionaire ayant perdu la parole dans le cours de la nuit fuivan- 
te, paîla pour un homme mort. Mais le matin apporta un extrême change- 
ment à fa fituation. Le Médecin, après avoir tâté le poulx à fon Malade, A 
l'affüra qu’il étoit guéri & qu'il ne lui reftoit qu’à fuivre un certain régime qui 
rétabliroit bien-tôt fes forces. L'effet vérifia cette prédiction. 

QuerquEes Médecins Chinois, dans les vifites qu’ils rendent aux Mala-  Vifites des 
des, portent avec eux leur.chaife, ou la font porter par un domeftique qui Métecins 

les fuit, avec plufieurs boëtes divifées en quarante petites cellules remplies de Ken. 
de Drogues & de Simples, qu’ils adminiftrent, fuivant la qualité de la maladie, des, 

Ce font des fudorifiques ou des purgatifs, propres à purifier le fang & les hu- 

meurs, à fortifier la tête, à difliper les vapeurs, à nétoyer l’eftomac , &c. 

D'autres n’ont point l’ufage de porter leurs boëtes, mais prefcrivent des mé- 

decines, en laïffant au Malade Ja liberté de les recevoir d'eux ou de les ache- 1l 
ter des Droguiftes, qui ont leurs boutiques remplies d’excellens remédes. 

D'ailleurs chaque Ville a des Foires, où l’on ne vend que des Drogues & des 

Simples. 

APRÈS avoir rendu la fanté aux Malades par de fimples décoétions, on  Cordiaux 
employe des cordiaux pour bannir tous les reftes de la maladie & rétablir par- Fees 
faitement les forces. Ils font compofés d'herbes, de feuilles, de racines, de : 
fruits & de femences féches. Les Médecins Chinois permettent de boire de 
l'eau dans toutes fortes de maladies, mais ils ordonnent qu’elle foit bouillie. Ils 
défendent ordinairement toute autre efpèce de nourriture, [ou file Malade 
eft preffé de la faim, ils ne lui en laiffent prendre que très légérement.] Dans 
un corps indifpofé, l'eftomac, difent-ils, n'eft pas capable de faire fes fonc- 
uons naturelles, & les moindres alimens ne peuvent produire qu'une mauvai- 
fe digeftion. 

VIIL. ‘Part, Y IL 


GE — 


170 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Scisnerzs JL fe trouve à la Chine des Médecins qui regardent comme au-deffous. 
“pis CHINOIS, Yeux de prefcrire des remédes, & qui fe bornent à déclarer la nature des 
MenecinE. maladies (c). Leurs vifices fe payent beaucoup Eur cher que celles des 
Unges& autres. Mais ce qui fait ordinairement la fortune & la réputation d’un Mé. 
prix des vi  decin Chinois, c'eit d’avoir guéïi quelques Mandarins diftingués, ou d'au. 
tes. tres perfonnes riches, qui joignent au payement de chagne vifite des gra. 
tifications confidérables. Le prix commun des vifites & des remédes et 
très-médiocre. Un Médecin qu’on a fait appeller près d’un Malade, n'y re. 
tourne point s’il n’eft rappellé. Ainfi chacun a la liberté d'en prendre un au- 

tre lorfqu’il n’eft pas content du premier, [ ce qui arrive aflez fouvent.] Lesgé 
Charlatans ne’ font pas plus rares à la Chine qu'en Europe. Ils prétendent gué:- 
rir toutes les maladies par des recettes inconnues dans la Médecine (4), & 

mettent pour condition qu'ils ne feront payés qu'après l'effet du reméde (e). 

Chaquemae  SuivanT l’Auteur d'un Traité Chinois, qui porte pour titre Le Secret du 
ladic a fon  Poulx, chaque maladie a fon poulx différent. Dans celles du cœur, on doit 
poulx difé-  confulter le poulx du poignet gauche (f). On s’y prend de même dans celles 
ce du foye; mais le poulx doit être éxaminé à la jointure du poignet avec l'os du 

coude. Dans les maladies de l'eftomac, il faut s’adreffer au poignet droit; & 
dans celles du poulmon, à la jointure de la même main. Dans les maladies 
des reins, le poulx doit être confüulté au-deflus de la jointure ,. vers l’extrémi- 
té du coude, du même côté que le rognon malade. 

Diverfesin. LE poulx eft fufceptible d’une infinité de variations, fuivant la différence 
dications du du féxe, de l’âge, de la ftature & des faifons. Chacun de ces états peut être 
Mao Fos diftingué par la différence defon poulx. Lemême Auteur, après avoir nommé 
teur Chinois. plufieurs fortes de poulx, les divife en trois claffes, dont la première en com. 

prend fept, la feconde, huit, & la troifième, neuf. Il explique leur nature. 

]l détermine leurs indications. Entr'autres, il obferve que le Poulx fuperficiel 

dénote des étourdiffemens; le Poulx creux, difette de fang; le Poulx gliffant, 

abondance de phlegme ; le Poulx plein, de la chaleur ; le Poux à longs tremble. queten 
mens, lafitude; le Poulx à tremblemens courts, des douleursaigues ; le Poulx trop fait m: 
abondant , un excès de chaleur ; le Poux petit, un excès de froid; le Poulx en- quoiqu 
foncé, un défaut de liberté dans la refpiration, ou interruption d’efprits: le Da 
Poulx lent, une forte de rhumatifme dans l’eftomac ; Le Poulx tranchant, ftérili. pronof 
té, ou difpofñtion à cet état; le Poulx pareffeux, défaut de chaleur interne; le auf Ie 
Poulx has, des obftruétions dans les vaiffeaux fanguins; le Poulx doux ou fluide, foye, 
des fueurs fpontanées, & de la difpofition à la Pulmonie; le Poulx foible, ua tirés di 
grand épuifement, & des douleurs fourdes, comme dans les os ; le Poulx long, dans fe 
abondance & régularité d’efprits; le Poulx court, difette ou trouble d’efprits; Par 
le Poulx mince comme un cheveu, abbattement d’efprits ; le Poulx variable, défor- les rog; 


dre d’efprits; le Poulx embarraffé &3 confiné, chaleur exceflive; le Poulx vuide, FAR 
: erte cms 
? diétion: 
Ce) Ansl, Comme au deffous d'eux de four: ( f) Le Père du Ialde nous a donné dans Suivant 
nir des remèdes, R. d. E. fa Defcription de la Chine une Tradu&ion de 
(d) Angl, par des recettes qu'ilsramaflent ce Traité du Poulx, Vol, Il. pag. 184. 
de tous côtés, R. d. FE. l’avoit reçue du Père Hervieu, Miffionaire de 
(e) Chinc duPére du Halde, Vol, L, pag. la même Compagnie, 
183. & fuiy. 


au-deffous. 
nature des 
celles des 
: d'un Mé. 
, Où d’au- 
e des gra- 
médes eft 
de, n'y re- 
idre un au- 
vent.] Lesg= 
ndent gué- 
e (d), & 
méde (e). 
Le Secret du 
r, on doit 
dans celles 
avec l’os du 
t droit; & 
les maladies 
s l’extrémi- 


1 différence 
ts peut être 
voir nommé 
re en com- 
leur nature. 
Ix fuperficiel 
pulx glh{Jant, 
pngs tremble. 
le Poulx trop 
le Poulx en: 
d'efprits: le 
ant, ftérili- 
interne ; le 
ix Où fluide, 
W foible, un 
e Poulx long, 
e d’efprits; 
ble, défor- 
Poulx vuide, 
perte 


a donné dans 
‘radu&tion de 
pag. 1£4. | 
Miflionaire de 


D E L A C H I N E, Liv. IL. CuHar. IV. TI 


perte de fang, frayeurs & mouvemens convulfifs; le Poulx précipité ou culbu- 
tant, inquiétudes & délire; le Poilx dur, perte de femence dans les hommes, 
& de fang dans les femmes. : 

L’Aureur Chinois explique la nature de chaque poulx, par des compa- 
raifons & des images qui paroîtront fort étranges aux Éuropéens. Par éxem- 
ple, il prétend que le poulx fuperficiel caufe une fenfation qui reffemble à cel- 
le d'une peau de petit oignon; que le poulx gliflant fe fait fentir comme 
une perle fous les doigts ; que le poulx tranchant forme une fenfation 
qui n'eft guëres différente de celle d’un couteau avec lequel on grate une canne 
de bambou; que le poulx variable repréfente des pierres auxquelles on touche 
dans (g ) l'eau. ; 

Mars il y a quelque chofe encore de plus étrange dans l'explication que le 
même Auteur donne des fept poulx qui indiquent le danger de mort. 1. Lorf- 
que le poulx, confulté le matin, femble bouillir fous les doigts, comme de 
l'eau fur un grand feu; c’eft un figne infaillible qu’il refte peu de tems à vivre. 
2. C'eft un figne de mort aufi prochaine, qu’un poulx femblable au poiffon 
arrêté, qui ne peut fe remuer, & qui va au fond par fa queue fans trop deré- 
gularité. 3. Lorfque le poulx, après avoir battu précipitamment , devient 
tout-d’un-coup lent & parefleux, c’eft un figne demort, mais non pas fi pro- 
chaine. 4. Si le poulx, par la dureté de fes battéemens;, reffemble en quelque 
forte à une balle de pierre ou de terre féche, lancée par une arbalête, les poul- 
mons & l’eftomac font dans une grande difétte d’efprits. 5. Si le poulx ref- 
femble à des goûtes d’eau qui tombent dans une maifon par quelque fente ou 
par quelque trou du toît, & que dans fon retour il foit épars & en défordre 
comme les fils d’une corde qui fe defférre, c’eftune marque que les os font féchés 
jufqu’à la moëlle. G. Si les mouvemens du poulx, à l'extrémité des deux cou- 
des, reflémblent au pas d’une grenouille embarraflée dans des herbes, ou à 
ceux d’un crapaud, la mort eft certaine. 7. Si la pulfation refflemble au bec- 

uetement redoublé d’un oifeau, il y a difette d’efprits dans l’eftomac, lecœur 
ait mal fes fonétions & le fang en défordre. On fe borne ici aces indications, 
quoique le Traduéteur en rapporte un qu grand nombre. 

Dans le même Traité on donne des al pour tâter le poulx, avec les 
pronoftics qu'on en peut tirer, fuivant la différence des maladies. On éxamine 
auf les différens poulx, non-feulement des bras, mais encore du cœur, du 
foye, des poulmons, &c. Enfin l’on y donne les diagnoftics & les pronoftics 
tirés du vifage & des autres parties du corps. L’Auteur (h) eft fort précis 
dans fes Fous & juge en peu d'heures du fort defes Malades. 11 obferve, 


par éxemple, que fi le battement d’un poulx dur, qui marque du défordre dans 
les rognons, reflemble au becquetement d’un oïfeau, le Patient mourra le len- 
demain entre neuf & dix heures de matin, &c. 

Les Médecins Chinois ne s’attribuent pas moins d’éxaétitude dans les pré- 
ciétions qu’ils fondent fur un certain nombre de battemens fans interruption. 


Suivant la doétrine d’un ancien Livre, fi le poulx, après quarante pulfations 
fucceffives 


(g) Ibidem. 
Ch) Ou les Auteurs, car il paroît que c'eft 


Y 2 


une Collection de plufieurs Médecins. 


SCrENCLs 
Dis Cuinois, 


MeveciNs. 


Etranges 
comparailfons 
du poulx, 


Septindfca- 
tions de mort, 


Régles pour 
le tâter 
poulx, 


Autres ob- 
fervations fur 


le même 


fujet. 


SCIENCES 
DES CHiNois. 


MÉDECINE, 


Jugement fur 
ectte doétrine 
des Chinois. 


Tonprophé- 
tique de leurs 
Médecins. 


" Affcétations 
dans leur mé. 
thode. 


VOYAGES DANS L’'EMPIRE 


172 
fucceffives, en omet une, c'eft un figne qu'une des parties nobles eft deftituée 
d’efprits & que le Malade doit mourir-quatre ans après, dans le cours du Prin- 


tems. Tous les Auteurs Chinois font perfuadés qu'une perfonne dont le poulx 
bat cinquante fois fans s'arrêter, eft en parfaite fanté & d'une excellente con- 
flitution ; maisque s’ils’arrête après cinquante pulfations, les efprits manquent 
dans une des parties nobles & la mort elt infaillible au bout de cinq ans. S'il 
s'arrête après trente battemens, il faut s attendre à mourir trois ans aprés. 
Lorfque le poulx du poignet gauche s enfonce, s'élève & s’enfonce encore a- 
près dix-neuf battemens, le foye eft entièrement ruiné & tous les remédes font 
inutiles. On remarque la même chofe fur le poulx de l'extrémité du coude 
droit; c'eft-à-dire, qu'après fept pulfations égales, s’il s'enfonce & qu’il con- 
tinue de s'enfoncer, fans fe relever de long-tems, le Malade a peu d'heures à 
vivre. Si l'interruption arrive après deux battemens, il meurt ordinairement 
en deux ou trois jours. Si c’eft après trois battemens, il peut vivre cinq ou fix 
jours. Après quatre, il pourra vivre jufqu à la fin de la fémaine (i), &c. 

Ce détail fuffit pour donner quelqu’idée de la doétrine des Chinois fur le 
poulx. L’éxaétitude avec laquelle ils s’attachent aux moindres circonftan- 
ces, fait connoître qu’ils ont pris beaucoup de peine à perfectionner leur 
fyftême. Mais des explications & des jugemens fi pofitifs femblent marquer 
auffi que c’eft moins le fruit de l'expérience qu'une invention des Médecins 

our amufer le Public. Revenons aux Obfervations des Européens. 

Le Père le Comte remarque qu’en tâtant le poulx, les Médecins Chinois 
tiennent la main du Malade, l’efpace au moins d'un quart-d'heure. Tan- 
tôt c’eft la main droite , tantôt la gauche, & quelquefois les deux mains en. 
femble. Enfin, prenant le ton prophétique , comme s'ils étoient éclairés 
par’ quelqu'infpiration ils vous difent gravement: ,, Vous. n'avez point de 
mal à la tête ; c’eft une pefanteur , qui n'a fait que vous affoupir. Vous 
avez perdu l'appétit; mais il vous reviendra précifément dans trois jours. 
Cefoir, au Soleil Couchant, vous aurez la tête plus libre, Votre poulx 
marque de l'embarras dans le ventre; à moins que vous n'ayez mangé de 
,, tel ou tel aliment. Cette maladie durera cinq jours; après quoi vous joui- 

rez d’une parfaite fanté. ., Ils ne fe trompent guéres dans la connoiflance 


des maladies & dans leurs pronoftics, lorfqu’ils ont acquis un certain degré 


d'expérience. | ab RU 

Un Etranger, qui n’eft point accoûtumé à leur méthode, auroit peine à 
s'empêcher de rire en leur voyant tâter le poulx. Après avoir appuyé quatre 
doigts le long de l'artère , en preflant allez fort le poignet du Malade, ils 
fe relâchent par degrés, jufqu’à ce que le fang, qui étoit arrêté par la pres- 
fion, ait repris librement fon cours. Un moment après ils recommencent à 

refler le bras, & continuent affez long-tems. Enfuite, comme s'ils alloient 
toucher les cordes d’un Inftrument de mufique, ils levent & laiffent tomber 
fucceffivement leurs doigts, preffant plus ou moins fort, tantôt plus vite, 


LE 


tantôt plus lentement, jufqu'a ce que l'artère réponde aux touches du Méde- 
cin, & que fa force ou fa foibleffe, fon défordre & fes autres fymptômes, 
faffent connoître la nature de la maladie. 


Iz 


(i) Chine du Père du Halde, pag. 190. & fuivantes. 


IL 
res ex 
on ne 
tes fo 
fituatid 
dies, 4 

u'aya 
fluxion 
toit en; 
n'étoit 
cret ; 
mit unt 
ce. À 
un peti 
fit don 
ant de 
vrit en 
Malade. 
Les 
tains ve 
tent u 
qu'ils e 
guilles b 
teur en 
5» On v 
» NOUS 
» mode 
» font a 
> que 
À M 
plûpart c 
dre ordir 
les felles 
péens fe 
d'intérêt 
drogues 
dangereu 
la Médec 
avoir pri 
tant plus 
fe poin 
ces Impo 
Chinois d 
le reffent 
de fon Er 


deftituée 
s du Prin- 
t le poulx 
lente con- 
manquent 
ans. S'il 
ins après. 
encore a- 
nédes font 
du coude 
qu’il con- 
d'heures à 
nairement 
cinq ou fix 
), ec. 
nois. fur le 
circonftan- 
onner leur 
t marquer 
Médecins 
s. 

ns Chinois 
ire. Tan. 
mains en- 
nt. éclairés 
z point de 
Dir. Vous 
rois jours. 
otre poulx 
mangé de 
vous joui- 
bnnoiflance 
ain degré 


it peine à 
uyé quatre 
lalade, ils 
ar la pres- 
encent à 
ils alloient 
t tomber 
plus vite, 
du Méde- 

ptômes , 


18 


DE LA CHINE, Liv. II. Crar. IV. 173 


Iz paroît certain que les Médecins Chinois ont fur cct article des lumié- 
res extraordinaires, que l’Auteur traite même de merveilleufes. Cependant 
on ne peut être trop fur fes gardes avec eux, parce qu'ils employent tou- 
tes fortes de moyens pour s'informer fecrétement , avant leurs vifites, de la 
fiuation des Malades. Ils portent l'artifice jufqu’a leur fuppofer des mala- 
dies, qu'ils leur procurent eux-mêmes. L’Auteur apprit d'un Chinois (4), 

v'ayant fait appeller un Médecin & un Chirurgien pour le guérir d’une 
A0, l'un des deux lui déclara que le mal venoit d’un petit ver qui s’é- 
toit engendré dans la chair, & qui cauferoit infailliblement la gangrene s'il 
n'étoit chaflé promptement. Il fe vanta d’être le feul qui poflédät ce fe- 
cret ; mais il ajoûta qu’il demandoit un falaire confidérable. Le Malade pro- 
mit une grofle fomme d'argent , dont il paya même une partie d’avan- 
ce. Alors cet Impofteur compofa une emplâtre, dans laquelle il fit entrer 
un petit ver. Une heure après, l'ayant tiré d’un air triomphant, il fe 
fit donner le refte de la fomme. Son Compagnon, qui n'eut point au- 
tant de part qu'il fe l'étoit promis au fruit de cette impoiture, décou- 
vrit enfuite le complot ; mais il étoit trop tard pour fauver l'argent du 
Malade. 

Les Chinois font perfuadés que la plûpart des maladies viennent de cer- 
tains vents malins & corrompus, qui pénétrent dans les mufcles & qui por- 
tent un dangereux défordre dans toutes les parties du corps. Le moyen 
qu'ils employent pour les difliper, eft d'appliquer en divers endroits des ai- 
guilles brûlantes ou des boutons de feu. C'eft leur reméde ordinaire; & l’Au- 
teur en ayant un jour marqué de l’étonnement, un Chinois lui répondit : 
» On vous traite en Europe avec le fer; (Il faifoit allufion à la faignée. ) ici 
» nous fommes martyrifés avec le feu. 11 n’y a point d'apparence que cette 
» mode pañfe jamais, parce que les Médecins ne fentent point le mal qu'ils 
,» font aux Malades, & qu'ils ne font pas moins payés pour nous tourmenter 
» que pour nous guérir. ,, 

ÂAu-L1EU d'employer les Apoticaires pour la compofition des remèdes, la 
plûpart des Médecins Chinois fe chargent eux-mêmes de ce foin. Ils font pren- 
dre ordinairement des pillules, qui agiflent plus fouvent par les fueurs que par 
les felles; & dédaignant le fecours des Apoticaires, ils s’étonnent que les Euro- 
péens fe repofent du principal point de leur fanté fur des gens qui n’ont pas 
d'intérêt à guérir un Malade, & qui s’embarraflent peu de la qualité de leurs 
drogues pourvû qu'ils trouvent du profit à les vendre. Mais un ufage de très- 
dangereufe conféquence à la Chine, c’eft que tout le monde eff libre d’éxercer 
la Médecine, comme les Arts méchaniques, fans éxamen de doétrine & fans 
avoir pris les Degrés. Cette licence multiplie beaucoup les Charlatans, d’au- 
tant plus que le Peuple, quoique fouvent trompé par leur ignorance, ne fe 
laffe point de les employer. Cependant ceux qui croient avoir été dupés par 
ces Impofteurs, cherchent l’occafon de fe venger. L’Auteur fe fouvient qu’un 
Chinois de Sat ayant perdu fa fille par l'ignorance d’un Médecin, porta 
le reflentiment jufqu’à faire imprimer un Mémoire où la mauvaife conduite 
de fon Ennemi étoit expofée, avec des réfléxions capables de le décrier, Il 

en 


(x) Mémoires de la Chine par le Père le Comte pag. 215. & fuiv. 


Y 8 


SCIENCES 
DES CHINOIS. 


Mépecinr. 


Artifices 
qu'ils mettent 
en ufage. 


Principale 
caufe des ma- 
ladies, fui- 
vant les Chi- 
nois. 


Reméde 
qu'ils y ap- 
portent. 


Leur préven- 
tion contre les 
Apoticaires. 


Raifon qui 
rend les Char- 
latans com- 
muns à la Chi- 
ne, 


EE 


à à 


SCIENCES 
Des CHINO!IS. 


MADECINE. 


Témoignage 
de Navarette. 


Idée qu'il 
donne de la 
Médecine 
Uhinoifc. 


UR ge des 
ventoufes à la 
Chine, 


Traduétion 
d'un Catalo- 
gue Chinois 
des Plantes, 


2 


174 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


en afficha quantité d'éxemplaires dans les Places publiques & diftribua les'autres 
dans les principales maifons de la Ville. Cette vengeance, qu'il nommoit zéle 
pour le bien public, produifit J'effet auquel il s'étoit attendu. Le Médecin, 
perdu de réputation, fut réduit à la nécefñit£ d'abandonner fa profeffion (/), 

Navar£TTe rend témoignage que la Chine a .d’excellens Médecins, qui 
n'ont pas recours aux Apoticaires pour les remèdes qu'ils adminiftrent à leurs 
propres Malades, & qui découvrent la-nature des maladies par les indications 
du poulx. Il ajoûte néanmoins que la plûpart font fort ignorans; parce queie: 
Loix n'impofant aucun éxamen, tout le monde a la liberté d'éxercer la M. 
decine ("”). 

SurvanT le même Voyageur, la faignée, lesvomitifs, lesclyftères & les 
purgations, ne font point en ufage à la Chine. On n'y connoît pas les poticns, 
La méthode com:nune dés Chinois eftunediéte éxaéte; d'accord là-deflus avec 
Galien, qui dit que les maladies mortelles viennent moins de défaut que d'ex. 
cès. La première loi qu'ils impofent aux Malades, efl de fe retrancher la chair, 
le poiflon & les œufs. Ils permettent l’eau de riz, & le riz même cuit à l'eau, 
mais fort clair, avec quelques herbes falées. Dans la convalefcence, ils accor. 
dent des œufs d’oye & du poiflon falé, fec & rôti. La même méthode s'ob. 
ferve au Japon, dans lés Royaumes du ‘l'ong-king & de la Cochinchine, & 
dans toutes les Contrées de l'Inde jufqu’à l’Empire du Mogol. On fe fert peu 
de rhubarbe à la Chine, quoiqu’elle y foit fi commune qu’elle s’y donne à trois 
fols la livre. On y fait plus d'ufage du Fu-lin, qui porte:en Europe le nom de 
Racine Chinoic: lab. 

Les Chinois n’éxaminent jamais l’urine des Malades, Dans certaines indif. 
poñitions ils employent les ventoufes, & l'Auteur préfère leur méthode à celle 
de l'Europe. Leurs. coupes font de cuivre. Elles ont au fommét une petite 
ouverture, qu’on bouche avec de la cire. Après avoir pofé la petite bougie 
fur la partie malade, ‘on la couvre de la coupe, qui tire fort-bien, Enfuité on 
ôte la cire du trou avec une aiguille. L'air en fort, & la peau vient d'elle: 
même avec la coupe. : L’Auteur ajoûte qu'on trouve à la Chine quantité de 
bons Chirurgiens , qui éxercent très-bien leurs fonétions fans cette varieté 
d’Inftrumens qui paroiffent néceflaires en Europe (#). à 

LE Père Vifdelou, un des fix Jéfuites qui furent envoyés à la Chine (0) 
en 1685, s'appliqua foigneufement à traduire l’Herbier Chinois, où toutes les 
vertus & les qualités des Plantes médicinales du Pays font expliquées. Com. 
me il avoit fait de grands progrès dans la connoïflance des Livres, il fe pro: 
pofoit d'y-joindre fes propres remarques (p). C’eft apparemment le Peu-tfou, 
ou le Catalogue des Plantes, que le Père Du Halde nous a donné dans fa Def- 
cription de la Chine (q). 1ly a joint un Livre de Recettes Chinoïfes, ou de 
Remédes pour la guérifon des maladies. 


(1) Mémoires du PèreleCoimte, pag, 228. (o) 11 fut enfuite créé Evêque titulaire de 
& fuivantes.  … Claudiopolis. 

Cm) Defcription de la Chine par Navarette, (p) Mémoires du Père'e Comte, pag. 220. 
pag. 54. & fuiv. (q) Au fecond Tome de fon Ouvrage. 

(n) Navarette, ui Jup. Voyez ci-defJous l'Hiftoire Naturelle de la Chine. 


XCHCK 
OK 
X 


6. IV. 


2 
ù 
® 
7, 
à 
Y 


a les'autres 
mmoit Zéle 
: Médecin, 
feffion (/). 
lecins, qui 
ent à leurs 
indications 
arce que les 
cer la Mé. 


ftères & les 
les potions, 
-deflus avec 
it que d'ex- 
her la chair, 
cuit à l’eau, 
, ils accor- 
thode s'ob- 
inchine, & 
| fe fert peu 
lonne à trois 
Je le nom de 


taines indif. 
thode à celle 
tune petite 
etite bougie 

Enfuité on 
vient d'elle. 
quantité de 
ette variété 


a Chine ( 0) 
bu toutes les 
ces, Com: 
s, il fe pro- 
le Peu-tfeu, 
dans fa Def- 
bifes, ou de 


e titulaire de 


te, pag. 220. 
fon Ouvrage. 
le de la Chine. 


ç IV. 


AIRS CHINOZIS. 


RUN DOM NES <.S 


torrent [ 
CHINEESSE DEUNTIES, uit pu HAzps. 


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L'Emper 
prenoit p 
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même & 
Kang-hi « 
plus habil 
qui étoit. 
mencèrer 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar, IV. 


" IV. 
Goût des Chinois pour la Mufique, la Poëfie & l'Hifloire. 


ES Chinois s'attribuent la première invention de la Mufique, & fe van- 
tent de l’avoir portée anciennement à fa plus haute perfeétion. Mais fi 


leurs prétentions ne font pas fabuleufes, ils ont fouffert qu'elle ait étrangement . 


dégénèré. Elle eft aujourd'hui fi imparfaite à la Chine, qu'elle en mérite à 
peine le nom. Il paroît certain qu'elle y étoit autrefois fort eftimée. Confu- 
cius même entreprit d'en introduire les régles dans toutes les Contrées dont 
on lui avoit confié le Gouvernement. Les Hiftoires du Pays parlent beaucoup 
de l'excellence de l’ancienne Mufique , & les Chinois regrettent continuelle- 
ment la perte des anciens Livres qui traitoient de cet Art. Quelqu’opinion 
qu'on en doive prendre, la Mufique eft aujourd’hui peu éxercée à la Chine, 
excepté dans les fêtes, les comédies , les mariages & d'autres occafions de 
cette nature. Les Bonzes l'employent aux funérailles. Les Muficiens ‘de la 
Chine lèvent & baïflent la voix, d'une tierce, d’une quinte & d’une oétave; 
mais ils ne chantent jamais par femi-tons. La beauté de leurs concerts ne con- 
fifte point dans la variété des voix ou dans la différence des parties. Ils chan- 
tent tous le même Air, fuivant l'ufage de tous les Afiatiques. La Mufique de 
l'Europe leur plaît aflez, pourvû qu’il n’y ait qu’une voix, accompagnée 
d'Inftrumens. Ils ne trouvent qu'un défordre aonfus dans le contrafte de 
dE voix différentes, & dans les fons graves & aigus, les diézes, les fu- 
ues, &c. e 
; ILs n'ont point de notes, nid’autres figures pour diftinguer la diverfité des 
tons, les élévations & les chûtes de la voix, & les autres variations qui for- 
ment l'harmonie. Cependant ils expriment leurs tons par certains caraétères. 
Les Airs Chinois, joués par un Inftrument ou chantés par une bonne voix, ne 
font pas fans agrément. Ils s’apprennent par routine ou par la juftefle de l’o- 
reille. On ne laïffé pas d’en compofer quelquefois de nouveaux. Kang-hi, 
dernier Empereur dela Chine, en fit plufieurs qui fe chantent aujourd’hui. En 
1679, ce Monarque s’étant fait jouer quelques Airs de clavecin par les Pè- 
rès Grimaldi & Pereira, parut prendre beaucoup de plaïfir aux Airs Euro- 
péens., Il donna ordre à fes Muficiens de jouer un Air Chinois; & lui-même, 
il toucha cet Inftrument avec beaucoup de grace. Le Père Pereira prit fes ta- 
blettes, fur lefquelles il nota aufli-tôt l'Air que Sa Majefté Impériale avoit 
joué, & l’éxécuta enfüite aufli parfaitement que s’il l’eût répété plufieurs fois. 
L'Empereur en fut fi furpris, qu’il avoit peine à fe le perfuader. 11 ne com- 
prenoït pas comment le Miffionaire pouvoit avoir appris, en fi peu de tems, 
un Air que lui & fes Muficiens n’étoient parvenus à jouer facilement qu'après 
quantité de répétitions & par le fecours de certains caraétères. Il fallut, pour 
le convaincre, que Pereira fit plufieurs effais fur d’autres Airs, qu’il nota de 
même & qu'il éxécuta fur le champ avec autant de facilité que d’éxaétitude. 
Kang-hi en prit occafion d’inftituer une Académie de Mufique, compofée des 
plus habiles Muficiens de la Chine. 1l en donna la direétion à fontroifièmefils, 
qui étoit homme de Lettres & qui avoit I beaucoup. Les Académiciens com- 
mencérent par un nouvel éxamen de tous les Auteurs qui avoient écrit fur cet- 
te 


SCILNCE 4 
DES CHINorïs, 


Musique, 


Idées des 
Chinois fur 
leur ancienne 
Mufque. 


Etat de la 
Mufique dla 
Chine. 


L'Empereur 
eft étonné de: 
voir noter un 
Air de mufñ- 
que. 


Académie 
de Mufique 
qu'iléwbiit 


0 


o 


SCIENCES 
pes CHINOIS. 


Musique. 


Inftrumens 
dela Mufique 
Chinoife, 


| Inftrumens 
à vent, 


A quoi les 
Jéiuites ont 
été redeva- 
bles de leur 
entrée à la 
Chinc, 


Goût de 
l'Empereur 
pour les mon- 
tres & les hor- 
loges. 


Ufage que 
ke Père Perei- 
ra fit de fon 
talent pour la 
Mufque, 


é VOYAGES DANS LEMPIRE 


te matière. Ils firent compofer toutes fortes d’Inftrumens à l’ancienne mode 
fuivant les dimenfions qu’ils tirèrent de leurs Livres. Mais les ayant trouvés 
trop défeétueux, ils les corrigèrent par des régles plus modernes; après quoi 
ils formèrent un Recueil de Mufique en quatre Volumes, fous le titre de 7. 
ritable Doëtrine du Li-ti; compofé par l'ordre-de l'Empereur. Ils y joignirent 
enfuite un cinquième Tome, qui contenoit les élémens de la Mufique Euro. 
péenne, rédigés par le Père Pereira. 

Les Chinois ont inventé huit Inftrumens, auxquels ils trouvent beaucou 
de rapport avec la voix humaïne. Les uns font de métal, comme nos cloches; 
d'autres, de pierre, entre lefquels on en diftingue un, qui a la forme de nos 
trompettes. D’autres font de peaux, comme nos tambours. Entre plufieursef. 
péces, il y en a de fi pefans, que pour en faire ufage on eft obligé de les pofer 
fur un bloc de bois. Les Inftrumens à corde font en fort grand nombre; mais 
les cordes font ordinairement de foie, & rarement de boyaux, comme celles 
des vielles, que les aveugles portent dans les rues, & celles des violôns. Ils 
n'ont que trois cordes, fur lefquelles on joue avec un archet. Cependant on 
en voit un à fept cordes, qui eft fort eftimé, & dont l'harmonie n’eft pas dé. 
fagréable lorfqu’il eft touché par une main habile. Il y en a d’autres encore, 
mais uniquement compofés de bois. Cefont de grandes tablettes, qu'on frappe 
l'unecontre l’autre. Les Bonzes fe fervent d'une petite planche, qu’ils touchent 
avec beaucoup d’art & de mefure. Enfin les Chinois ont des Inftrumens à vent, 
tels que des flutes, dont on diftingue deux ou trois fortes, & une machine 
compofée de plufeurs tuyaux, qui a quelque reffemblance avec notre orgue & 
qui rend un fon fort agréable; mais elle eft fi petite qu’elle fe porte dans la 
main (æ). On en avoit fait préfent d’une à l'Empereur, que le Père Pereira 
trouva le moyen d'agrandir, & qui fut placée dans l’Eglife des Jéfüites de 
Peking. La nouveauté & l'harmonie de cet Inftrument charmèérent les Chi- 
pois. Mais ils furent encore plus furpris de lui voir jouer feul des Airs Eu- 
ropéens ou Chinoïs, & les mêler quelquefois enfemble avec beaucoup d'a- 
grément. 

Ox fçait que le Père Ricci, Mifionaire Jéfuite. ”.t redevable de l'accueil 
favorable qu’il reçut de l'Empereur, au préfent a' ui fit d'une horloge & 
d’une montre à répétition. Ce Prince en fut fi fatr. ait, qu’il fit bâtir une Tour 
magnifique pour y placer l’horloge.  L'Impératrice mère ayant paru defirer la 
montre, fur l’éloge qu’on lui en avoit fait, il eut recours à l’artifice pour la 


- conferver. Il donna ordre qu'on la lui fît voir, mais fans être montée; de 


forte que cette Princefle ne la trouva point auffi rare qu’elle fe l’étoit figurée. 
Dans la fuite, les Miffionaires ne manquèrent pas de flatter le goût de l’'Em- 
pereur, en lui offrant quantité d'ouvrages de cette nature. Les Princes Chré- 
tiens, qui avoient fort à cœur la converfion de ce grand Empire, les afifté- 
rent fi libéralement, que bien-tôt le cabinet de l'Empereur fe trouva rempli de 
toutes fortes d’horloges & de montres. 

PEerEtRA, dont le talent étoit fingulier pour la Mufique, plaça au fommet 
de l'Eglife des Jéfuites une grande & magnifique horloge. Il fit fondre un affor- 
timent mufical de petites cloches, qui furent fufpendues dans une Tour conf- 

truite 


(a) Du Halde, wbi fup. Vol. If. pag. 125. 


crituré 

S AÏ 
d’ouv 
qwen. 


il fat 
nois Oo 
& les ( 
à-dire, 
la varié 
enfemb 
à l'efpr 
rime, : 
penfée 
a quelq 
fes diff 
aux Po 
VAE er 
enfées 
è Au 


dans la 
dieffe d 
anciens 
fe, cor 

La 


(bn 
(ec) 


VIII 


enne mode, 
ant trouvés 
après quoi 
titre de 4. 
y joignirent 
fique Euro. 


nt beaucoup 
nos cloches; 
orme de nos 
plufieurs ef. 
é de les pofer 
ombre; mais 
omme celles 
violôns. Ils 
ependant on 
n’eft pas dé. 
tres encore, 
qu'on frappe 
ils touchent 
nens à vent, 
ine machine 
tre orgue & 
jorte dans a 
Père Pereira 
 Jéfuites de 
ent les Chi- 
les Airs Eu- 
fauçoup d'a- 


de l'accueil 
+ horloge & 
tir une Tour 
ru defirer la 
ce pour la 
montée; de 
toit figurée. 
ût de l’'Em- 
inces Chré- 
, les afliftè- 
ra rempli de 


h au fommet 
dre unafor- 
Tour conf- 

truite 


traite exprès pour cet ufage, & qui, à l’aide d’un grand tambour, formoient 
un carillon fur lequel on jouoit à chaque heure du jour les plus beaux Airs du 
Pays. L'heure fonnoit enfuite, fur une cloche d'un ton plus grave. Ce fut un 
amufement nouveau pour la Cour &la Ville. Les Grands & le Peuple ne fe laf- 
foient pas de courir pour entendre cette gracieufe mufique (b). 

La Poëfie & l'Eloquence font des Arts fort anciens à la Chine ; & l’on a gé- 
néralement obfervé que dans tous les Pays du Monde ils ont été long-tems cul- 
tivés avant qu’on y ait connu les autres Sciences. Les premières Hiftoires de 
toutes les Nations furent compofées en Vers, comme la meilleure voie pour 
tranfmettre la mémoire des événemens , fur-tout avant l'invention de l'E- 
criture. 

Sans parler des anciens Livres de la Chine, dont la plûpart font autant 
d'ouvrages de Poëfie, on admire la délicatefle & la douceur des Poëmes de Kyu-i- 
æen. La Dynaftie de Tang vit fleurir Li-t/autpe & Tu-te-mwey, deux Poëtes 
que l’Auteur met à côté d'Anacréon & d’Horace. En unmot, àla Chine com- 
me en Europe, les Poëtes éraient autrefois Philofophes; & de tous les Ecri- 
vains Chinois qui ont quelque réputation, T/ong-nan-fong eft le feul qui n'ait 
point écrit en Vers, C'eft ce qui le fait comparer à la fleur de Hay-tang (c), 
qui feroit parfaite fi elle n’étoit pas infipide. 

Pour bien comprendre en quoi confifte l'excellence de la Poëfie Chinoife, 
il faut être verfé dans la Langue du Pays. Les Compofitions Poëtiques des Chi- 
nois ont quelque reflemblance avec les Sonnets, les Rondeaux, les Madrigaux 
& les Chanfons de l'Europe. Ils ont de longs Vers, ils enontdecourts; c'eft- 
à-dire, qu’il y entre plus ou moins de mots, & que leur beauté confifte dans 
la variété de leur cadence & de leur harmonie. Les Vers Chinoisdoivent avoir 
enfemble une relation de fens & de rime, qui forme une variété auffi agréable 
à l’efprit qu’à l'oreille. On diftingue à la Chine une autre forte de Poëfe, fans 
rime, qui confifte dans l’antithéfe ou l’oppofition des penfées. Si la première 
penfée regarde le Printems, la feconde regardera Automne; ou fila première 
a quelque rapport au feu, l’autre en doit avoir à l’eau. Cette Compoñition a 
fes difficultés, qui demandent un certain art. L’enthoufiafme ne manque point 
aux Poëtes Chinois. La plûpart de leurs expreffions font allégoriques. Ils fça- 
vent employer les figures qui donnent de la chaleur & de la force auftyle & aux 

enfées (4). 
g Au LR leur Rhétorique eft fort naturelle. Ils connoiffent peu de ré- 
gles pour l'ornement du difcours. Leur unique étude en ce genre eff la leéture 
de leurs meilleurs Ecrivains, dans lefquels ils obfervent les tours les plus vifs 
& les plus propres à faire l’impreffion qu’ils fe propofent. 

Leur Éloquence ne confifte point dans l’arrangement des périodes, mais 
dans la chaleur de l’expreffion, dans la nobleffe des métaphores, dans la har- 
dieffe des comparaifons, & füur-tout dans les maximes & les fentences de leurs 
anciens Sages, qui étant exprimées d’une manière concife, vive & myftérieu- 
fe, contiennent beaucoup de fens en peu de mots. | 

La Logique n’a pas fait plus de progrès à la Chine. Elle n’a point de régle 


pour 


(b) Ibid. pag. 127. 
(ce) Ibid, Vol. I. pag. 594. 


VIII. Part. 


(4) Tbid. Vol, IX, pag. 146. 


Z 


DE LA CHINE,Liv.Il Cmar. IV. 17 


SCIFNCES 
DES CHINOIS, 


Possre. 


Poëfie & 
Eloquence 
Chinoifes. 


Poëtes Chi- 
nois. 


Qualités de 
leur Poëfie, 


Poëfie fans 
rime, 


Rhétorique 
Chinoife. 


Eloquence, 


Logique. 


SCIENCES 
DEs CuiNois. 


Poxsie, 


Comédies 
Chinoifes. 


Compagnies 
de Comé- 
diens. 


Mélange de 
chants dans 
les Piéces de 
Théâtres, 


178 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


pour la perfeétion du raifonnement, ni de méthodes pour définir ou divifer 
les idées, & pour en tirer les conféquences. Les Chinois ne füuivent que les 
lumiéres naturelles de la raifon, qui leur fert à comparer plafieurs idées en. 
femble fans le fecours de l’art, & qui les conduit à la conclufion Ce} Cepen- 
dant ces qualités leur ont füuffi pour compoféer un grand nombre de Livres fur 
toutes fortes de fujets, tels que l'Agriculture, la Botanique, les Arts libéraux 

militaires & méchaniques, la Philofophie & l'Aftronomie. Mais la fécondité 
de leur efprit éclate particulièrement dans leurs Hiftoires, leurs Comédies, 
leurs Livres de Chevalerie errante, leurs Romans &leurs Nouvelles. Les Ro. 
mans Chinois reffemblent affez à ceux de l'Europe; avec cette différence, que 
la plûpart des nôtres ne contiennent que des avantures d'amour & d'ingénieu. 
fes fiétions, qui corrompent fouvent le cœur en amufant l'imagination : au. 
lieu que dans ceux des Chinois, l’inftruétion fe trouve jointe à l’amufement, 
avec des maximes utiles à la réformation des mœurs, & des exhortations mé. 


‘mes à la vertu. Les récits y font quelquefois mêlés de Vers, pour animer la 


narration. Du Halde nous a donné, pour éxemple, trois ou quatre Piéces 
de ce genre, que les Miffonaires de fa Compagnie n’ont pas dédaigné de 
traduire. 

Les Comédies doivent être en grand nombre à la Chine, puifqu’il n’y à 
point de fête un peu diftinguée où l’on ne fe faffe un amufement de ces Re- 
préfentations. Mais il n’y faut pas chercher les trois unités, d'aétion, detems 
& de lieu, ni les autres régles auxquelles on s’attache en Europe pour donner 
autant de régularité que de grace à cette forte de Compofition. L’unique def. 
fein des Auteurs étant de réjouir une affémblée ou d'émouvoir les pañfions, & 
d’infpirer l'amour de la vertu & la haine du vice, ils fe croient parvenus à la 
perfection lorfque le fuccés répond à leurs vûes. Ils ne mettent point de dif. 
tinétion entre leurs Tragédies & leurs Nouvelles, excepté que les premières 
fe prononcent fur un théâtre. Dans l’impreffion, les Aëteurs font rarement 
nommés, parce qu’en repréfentantune Piéce, on commence par annoncer aux 
fpeétateurs les Aéteurs qui doivent paroître & le rôle qu’ils ont à jouer. 

U xe Compagnie de Comédiens eft compofée de huit ou neuf Aëteurs, dont 
chacun eft quelquefois chargé de différens rôles. Autrement, comme les moin. 
dres circonftances font repréfentées en dialogues, cette multitude de rôles de. 
manderoit une troupe trop nombreufe. On conçoît que le fpeétateur eft expofé 
à beaucoup d’embarras. Un mafque y pouroit remédier ; mais les Chinois 
n’en font guéres ufage que dans les intermèdes. En général, ce déguifement 
à la Chine eft le partage des brigands & des voleurs. 

Les Tragédies Chinoifes font entremélées de chanfons, comme le chanteft 
quelquefois interrompu pour faire place à deux ou trois lignes de récitation. Il 
eft choquant, pour un Européen, d'entendre un Aéteur qui fe met à chanter 
au milieu d’un dialogue. Mais on doit confidérer que parmi les Chinois, le 
chant exprime toûjours mer vive émotion de l'ame, telle que la joie, la 
colère, la douleur ou le défefpoir. Un Chinois chante, pour déclarer fon in- 
dignation. 1l chante pour s’animer à la vengeance. 11 chante même, lorfqu'il 


eft prêt à fe donner le coup mortel. 
| LES 


Çe) Ibid. pag. 124. 


ODA TT 


AB 


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que les 
liées en- 
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LES 


1. SAleu scud . 


COMEDIENS CHINOIS, tirés de NrEUHor. 
CHINEESSE TOONFEELSPERLERS, uit Nrevnor. 


Le, 
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Les 
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Les: 
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Sujets: II 
neur de | 
qui le fél: 
defte, cc 


ox 
£ ivi 
Cette Piéce 
Commence | 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. IV. 179 


Les chanfons des Comédies ne font pas fort eligible, fur-tout pour les 
Européens, parce qu'elles font remplies d’allufions à des événemens qui leur 
font inconnus, & d’expreflions figurées qui ne leur font pas familières. Dans 
les Tragédies, les Airs font en petit nombre; & lorfqu’on les imprime, ils 
font placés à la tête des chanfons, qui font imprimées en gros caraétères pour 
les diftinguer de la Profe. 

Les Tragédies font divifées en plufieurs parties, qui peuvent porterlenom 
d'Aétes. La première partie, qui fe nomme Sye-1/e, eft une efpéce de Prolo- 

ue ou d’Introduction. Les Aëtes fe nomment Chis, & font divifés en Scenes, 

1 l’on veut, par l'entrée & la fortie des Aéteurs. 

-L'AuTeur nous donne pour eflai du Théatre Chinois, une Tragédie non 
mée Chau-chi-kou-coul ; c’eft-à-dire: Le petit Orphelin de la maifon de Chuu. 
On doit la traduétion de cette Piéce au Père de Prémare, Miffionaire Jéfuite, 
qui l'avoit tirée d’une Colleétion en cent Volumes (f), de cent des meilleures 
Tragédies Chinoifes, compofée fous la Dynaftie de Ywen (g). 

À l'égard de l'Hiftoire, on ne connoît pas de Nation qui ait apporté plus 
de foin à écrire & conferver les Annales de fon Empire. Ces livres refpeétés 
contiennent tout ce qui s’eft paflé fous le régne des premiers Empereurs qui 
ont gouverné la Chine. On y trouve l'Hiftoire & les Loix de l'Empereur Tu, 
avec toutes les mefures qu’il prit pour établir un ordre de Gouvernement dans 
fes Etats; les Réglemens de Chun & de Tu, fes Succefleurs, pour hâter les 
progrès de la Morale & l’établiffement du repos public; les Ufages des petits 
Rois qui gouvernoient les Provinces fous la dépendance de l'Empereur; leurs 
Vertus, leurs Vices, leurs Maximes de Gouvernement, leurs Guerres mutuel- 
les, les grands Hommes, qui florifloient de leur téms, & tous les autres Evé- 
nemens qui ont paru dignes d’être tranfmis à la Poftérité. 

Les Hiftoriens de chaque Régne ont füuivi la même méthode. Mais ce qui 
diftingue beaucoup les Chinois, c’eft l'attention qu'ils ont apportée à garan- 
tir leurs Hiftoires de cette partialité que la flatterie n’auroit pas manqué d’y 
introduire. Une de leurs précautions confifte à choifir un certain nombre de 
Doéteurs défintéreflés, dont l'office eft d’obferver tous les difcours & toutes 
les actions de l'Empereur, de les écrire, chacun en particulier, fans aucune 
communication l’un avec l’autre, & de mettre leurs remarques dans une efpé- 
ce de tronc deftiné à cet ufage. Ils rapportent avec fincérité tout ce queleur 
Maître a fait ou dit de bien & de mal. Par éxemple; tel jour l'Empereur 
oublia fa dignité. ‘Il ne fut pas maître de lui-même & fe laiffa vaincre par 
la colère; Tel jour il n’écouta que fon reffentiment pour faire une injufte 
punition, ou pour caffer fans raifon une Sentence du ‘Tribunal; Tel jour de 
telle année, il donna telle marque de fon affeétion paternelle pour fes 
Sujets: Il entreprit une guerre pour la défenfe de fon Peupl & pour l’hon- 

neur de l'Empire. Tel jour, au milieu des applaudiffemens de fa Cour , 

qui le félicitoit d’une aétion utile à l'Etat, il parut avec un air humble & mo- 

defte, comme s’il n’eût point été fenfible à des éloges fi juftes. d 

LE 


(f) Du Halde, Vol. IL pag, 175. n’a que cinq A&teurs, quoiqu’en y compre- 

(g) Divifés, dit l’Auteur, en quatre Taus. nant les Gardes & les Soldats il y en ait une 
Cette Piéce eft la quatre-vingt-cinquième, & douzaine qui parlent. à 
commence le trente-cinquième Tome, Elle 


Z 2 


Scrences 
DES CHiNols. 


IlisTotré. 


Divifion des 
Tragédies. 


Hiftoire Chi- 
noife, & fes 
qualités. 


Méthode fin. 
gulière des 
Chinois pour 
éviter la fla- 
terie dans 
leurs Hiftoi- 
res, 


SCIENERS 
pes CHINoIs. 
HisTotxe. 


Relations 
particulières 
de chaque 
que Ville, 


Principes 
des Chinois 
fur l'intérêt 
de fa fociété. 

Conclufions 


qu'ils en ont 
tirées. 


180 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Le tronc dans lequel ces Mémoires font dépofés, n'eft jamais ouvert pen. 
dant la vie du Monarque , ni même tandis que fa famille eft fur le Trône, 
Mais lorfque la Couronne pafle dans une autre Maifon , on recueille les Re- 
marques d'une longue fuite d'années, on les compare foigneufement, pour 
vérifier les (b) faits, & l’on en compofe les Annales de chaque Régne. 

Les Relations que chaque Ville imprime de tout ce qui arrive d'importance 
dans fajurifdiétion, ne contribuent pas peu à l’enrichiffement de l'Hiftoire Na. 
tionale. . Dans ces Hiftoires particulières, on n’oublie pas les événemens ex- 
traordinaires, tels que les prodiges & les monftres. C'eft ainfi que dans les 
Annales de la Ville de Fu-cheu-fu on lit qu'une femme accoucha d'un fer- 
pent, & qu’on trouve dans celle de King-te-ching, qu'une truye mit au monde 
Fe petit éléphant avec fà trompe, quoiqu'il n’y ait point d’éléphans à la (i} 

ine. ù 5 


&F(b) Cela fuppofe que la véracité de quel- 
ques-uns de ces Auteurs eft douteufe. 


(i) Mémoires du Père le Comte, pag. 26r. 
& Chine du Père Du Halde, pag. 146. & fuiv. 


$ V. 
Sciences particulières aux Chinois. 


L eft tems de pañfer à cette partie du Sçavoir, qu'on peut nommer propre- 
I ment la Science des Chinois , & qui confifte dans leur Langage & leur 
Style, dans leur Hiftoire & leurs Loix, dans leur Morale & leur Politique. 
On a déja pris foin d'expliquer pourquoiils donnent la préfèrence à ces Scien- 
ces pratiques fur les fpéculatives. Comme ils ont rapporté,. depuis une longue 
fuite de fiécles, toute leur attention à les cultiver, il n’eft pas furprenant 
qu’ils les ayent portées à leur perfeétion. 

Dans la jufte perfuafon que la paix & le bon ordre font les principaux ob- 
jets d’une focieté, les Chinois fe font attachés particulièrement aux Etudes 
dont on peut efpérer ces deux fruits. Après avoir établi une bonne forme de 
Gouvernement, ils penfèrent aux moyens de la foutenir & de la conferver. 
Les lumières de la raifon leur en offrirent deux: 10. de régler en général les 
ufages & les mœurs de la Nation, & d'introduire des régles de civilité & de 
biefféance dans les différens Ordres du Peuple. : 20. d'encourager l'étude de 
la Morale, des Loix, de l’Hiftoire & du Langage. Ils établirent que tous les 
Poftes & les Emplois du Gouvernement civil & militaire ne feroient conférés 
qu'à ceux qui fe dlingneroieus dans ces Etudes. D’unautrecôté, pour les fa- 
ciliter à toutes fortes de perfonnes, autant que pour diftinguer leurs progrès, 
ils inftituèrent dans toutes les Villes de l'Empire des Ecoles & des Salles, qui 
peuvent porter proprement le nom d'Univerfités, où la Jeuneffe, élevée aux 
frais publics, fubit de rigoureux éxamens pour obtenir les trois degrés de Lit- 


térature qui donnent droit aux honneurs & à l'élévation (a). [ Si l'on n’admet-gé* 


toit dans les Confeils des Princes de l'Europe que des gens ainfi qualifiés, les 
Législateurs ne feroient jamais de mauvaifes loix, faute de connoïiffances, «& 
ne s’en laifferoient pas impofer par les artifices de dangereux Miniftres.] 


(a) Voyez ci-deflus le détail des Etudes & tout:ce qui arapport à l'éducation dela Jeunelfe, 


LES 


Le. 
princi] 
du M: 
l'Amit 

oints. 
; Ar 
ment j 
fance & 
parmi 
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qu'ils o 
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père e 
s'il fe p 
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lorqu’ell 
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» fils, d 
» Til,8 
S'IL 4 
foit par 
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Province 
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dbotet 
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res, dans 
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qu'ils doiv 
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On en rec 


frgénéralem 


brouillerie 


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rt pen: 
Trône. 
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portant 
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un fer- 
, monde 


à la (i} 


, pag: 26r. 
6. & fuiv. 


: propre- 
e & leur 
Politique. 
es Scien- 
ne longue 
rprenant 


ipaux ob- 
x Etudes 
forme de 
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énéral les 
ité & de 
’étude de 
e tous les 
conférés 
bur les fa- 
progrès, 
iles, qui 


frgénéralement dans les familles. 


a Jeunelfe, 


DE LA CHINE, Lav. II Cap. IV. 181 


Les Philofophes Chinois réduifent toute la fcience de leur Morale à cinq 
principaux devoirs. Ceux des Pères & des Enfans, du Prince & des Sujets, 
du Mari & de la Femme, de l'aîné des Enfans & de fes frères, & ceux de 
l'Amitié. Tous leurs Livres moraux roulent prefqu’uniquement fur ces cinq 

oints. 

; A l'égard du premier , il n’y a point d'âge, de rang, ni de mécontente- 
ment jufte ou fuppofé, qui puille difpenfer un fils du refpeét, de la complai- 
fance & de l’affeétion qu’il doit à fes parens. Ce fentiment eft pouffé fi loin 
armi les Chinois, que les loix accordent aux pères une autorité abfolue fur 
leur famille, & jufqu’au pouvoir de vendre leurs enfans aux Etrangers lorf- 
w’ils ont à fe plaindre de leur conduite. Un père qui accufe fon fils, devant 
un Mandarin, de lui avoir manqué de refpeét, n’eft point obligé d’en appor- 
ter de preuves. Le fils pafle néceffairement pour coupable, & l'accufation du 
père e toûjours jufte. Aucontraire, un fils feroit regardé comme un monftre 
s’il fe plaignoit de fon père. Il y a même une I. 1 « ai défend aux Mandarins de 
recevoir des plaintes de cette nature. Cependan. :.1es peuvent être écoutées’, 
lorqu’elles font fignées par le grand-père; mais s’il fe trouve quelque fauffeté 
dans le moindre article, la vie du fils eft fort en danger. ,, C’eitle devoird'un 
, fils, difent les Chinois, d'obéir & de prendre patience. De qui fouffrira- 
, t'il, s’il ne peut rien fouffrir de fon père? 
S’1L arrivoit qu’un fils maltraîtat fon père, foit par des paroles injurieufes, 
foit pa des coups, ou, ce qui eft également rare & horrible, que dans ua 
tranfport de fureur il devint parricide; l'allarme fe répandroit dans toute la 
Province, la punition s’étendroit jufques fur fes parens (b), & les Gouver- 
neurs mêmes courroient rifque d’être dépofés; parce qu’on préfumeroit toû- 
jours qu’un miférable fils n’auroit pû parvenir que par degrés à ce comble 
d'horreur, & que ceux qui devoient veiller fur fa conduite auroïent prévenu 
Je fcandale, s'ils euffent apporté une jufte rigueur à le punir de fes premiers 
crimes. Mais alors il n’y a point de châtiment trop févère pour le Coupable. 
Il eft coupé en mille piéces, fa maifon eft détruite, & l’on élève quelque mo- 
nument pour éternifer l'horreur d’une fi déteftable aétion. 

ON a déja vû quelques éxemples de la vénération des enfans pour leurs pè- 
res, dans l’article du deuil pour les Morts. Ce refpeét & cette foûmiffion pour 
les auteurs de leur naïflance, qui font les premiers fentimens qu’on leur infpi- 
re, les difpofe à l'obfervation du fecond devoir; c’eft-à-dire , à l’obéiffance 
qu'ils doivent aux Princes & aux Gouverneurs ; & ces deux principes font 
comme la bafe de toute la Morale & la Politique Chinoifes. 

Les deux devoirs fuivans, qui regardent le mari & la femme, & les en- 


fans d’un même Père en:r'eux, fervent beaucoup au foutien des deux premiers. . 


On en reconnoît les 2vantages dans l'harmonie & le bon ordre qui régnent 


raler dans C'Toutes les difputes, les querelles, & les 
brouilleries qui divifent fi fouvent, dans les autres Païs, le mari & la femme, 


aufli-bien que les frères, & les fœurs, font très-rares à la Chine.}] La même 
influence 


ff (b) Cette loi paroît très-jufte: car géné- 
ralement parlant les fautes des Enfans fontune 
fuite de la négligence, ou du mauvais éxem- 
ple de leurs parens. Rien peut-être ne contri- 


Z 3 . 


bueroit plus à la réforme des mœurs d’un peu- 


tations néceffaires, 


ple, qu'une loi de cette efpèce, avec lesimi- 


SCIENCES 
pes Cuinors, 


MonraALr. 

Cinq devoirs 
de leur Mora- 
le, 


Devoir des 
enfans à l'é- 
gard des pè: 
10S. 


Punition des 
cnfans qui 
manquent de 
refpeët pour 
leur père. 


Etfet des 
quatre autres 
evoirs, 


€. 


SCIRNCES 


DEs Cuinois. 


MoraLze. 


Remarque 
fur la politeffe 
des Chinois. 


Ancienneté 
de leurs prin- 
cipes. 


Fondement 
des Loix Chi- 
noifes. 


Nombreux 
Volumes de 
l'Hiftoire de 
la Chine, 


182 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


influence que ces deux devoirs ont dans la vie privée, fe répand dans la fo. 
ciété publique par l'effet des deux derniers. \ Sous le nom d'amitié, on cum. 
prend aufli ce fentiment d affection qu'on doit à tous les hommes, proches on 
éloignés, étrangers comme voifins. Le devoir confifte dans la modeftie & la 
circonfpeétion à laquelle chacun eftobligé perfonnellement, & dansles civilités 
& lescomplimens qu'on fe doit l’un à l’autre, fuivant l’âge, le rang & le mérite, 

Les régles de la bienféance ont introduit dans l'air & dans les manières des 
Chinois une réferve , une complaifance , une habitude de douceur & de politeffe, 
qui les difpofe toûjours à fe prévenir mutuellement par toutes fortes d’égards, 
& qui les rend capables d’étouffer, ou du moins de diflimuler les plus vifs 
reflentimens. Rien ne contribue tant, difent-ils, au repos & au bon ordre 
de la fociété. La férocité naturelle de certaines Nations, augmentée par une 
éducation brutale, rend le Peuple intraitable, le difpofe à la révolte, & pro. 
duit dans l'Etat des convulfions dangereufes (c). 

Au refte, les principes de la Morale des Chinois ne font pas moins anciens 
que leur Monarchie. Ils les tirent des Livres de leurs premiers Sages, dont 
toutes les maximes & les exhortations portent fur ces fondemens, Ils ont 
fervi de régle à la Nation entière depuis le tems de fon origine. On'en trou. 
ve la preuve dans deux Traités que le Père Du Halde à recueillis dans fa Def. 
cription de la Chine. La traduétion du plus ancien eft du Père Hervieu, fous 
le titre de Recueil de Maximes, de Réfléxions € d'Exemples qui regardent lex 
Meurs. L'autre, qui eft une compofition moderne, a été traduit par le Pé. 


re d'Entrecolles. Il paroît par la feconde de ces deux Piéces, qui eft fort efti. 
mée à la Chine, que la Philofophie morale des Chinois eft d’une nature popu. 
laire, & qu’elle a plûtôt pour but la réformation du genre humain que l’aug. 
mentation du nombre de fes difciples (4). 


Les Loix Chinoifes font toutes fondées fur les mêmes principes de morale 
& de faine raifon. Leur but eft de foûtenir la forme du Gouvernement, telle 
qu’elle eft établie depuis fon origine. : Elles fe trouvent dans Jes anciens Livre 
Claffiques, dont on traitera bien-tôt ; dans les Edits, les Déclarations, les Or. 
donnances & les Inftruétions des Empereurs, Du Halde en a donné un Re 
cueil fort curieux , auquel il a joint les Remontrances & les Difcours des 
plus habiles Miniftres, fur les bonnes & mauvaifes qualités du Gouverne 
ment. Ce Recueil, qui porte le titre de Colleétion Impériale, eft l’ouvra: 
ge de Kang-hi, dernier Empereur de la Chine, qui a joint fes propres Re. 
marques à la plus grande partie des Loix. [ Ces piéces méritent d’être lues 
de tous ceux qui veulent connoître les maximes du Gouvernement Chinois, 
ou qui cherchent à faire des progrès dans cette bonne politique qui a pour 
objet le bien de la Nation, plûtôt que l'intérêt de ceux qui gouver: 
nent. | 

L'HrsTotrre de la Chine forme un très-grand nombre de volumes, com- 
me on doit fe le figurer d’une fucceflion d'Empereurs qui dure depuis quatre 
mille ans, & du détail des circonftances où les Auteurs font entrés fur cha- 
que événement. Les Chinois ont aufli des Hiftoires particulières } de 

nnales , 


(d) Chine du Père Du Halde, Tome 
page 99. 


(c) Navarette, Le Comte & Du Halde, 
s'accordent parfaitement fur tous ces détails, 
& les confirinent par des éxemples. 


Annald 
écrites 
reursi 
ges » et 
Y'Hiftoit 
tres éve 
parmi 
moire 


l'Hiftoire 
cinq, qu 
lumes. 
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Chine ne 
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L’'Ux1 
Les Comn 
me, folid 
premier d 
Il eft pur 
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entières, « 
Par éxemp 
fée de troi: 
brifée en d 
en-eft den 
différentes 
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attacher. C 
On les reg: 
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pofitions, ! 
méthode de 
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ON faco 
Nation jufq 
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forma le mé 
menter le m 
nigmatiques 
ks voiles du 


Empereurs, 


ans la {o- 

, ON Cum- 

roches ou 
leftie & la 
escivilités 
le mérite, 
anières des 
> politeffe, 
 d’égards, 
s plus vifs 
bon ordre 
ée par une 
e, & pro: 


ins anciens 
ages, dont 
1, Ils ont 
Dn' en trou- 
lans fa Def. 
rvieu, fous 
regardent les 
: par le Pé- 
eft fort efti. 
ature popu- 
n que l’aug: 


>s de morale 
Pment, tell 
nciens Livres 
bns, les Or: 
nné un Re 
Difcours des 
Gouverne- 
eft l’ouvra- 
ropres Re- 
d'être lues 
nt Chinois, 
qui a pour 
Qui gouver: 


mes, com- 
epuis quatre 
rés fur cha- 
es, Ou des 

Annales , 


ide, Tome U. 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. IV. 18$ 


Antiales, de tous les petits Rois qui régnoient autrefois dans 1es Provinces, 
écrites avec la même impartialité & le même détail que cellé des Empe- 
reurs On voit dans la Bibliothéque du Roi de Pruffe un de ces Ouvra- 
es, en cent volumes in-folio. Enfin, quantité d’Auteurs Chinois ont écrit 
l'Hiftoire de leur tems & celle des Révolutions de leur Empire, ou d’au- 
tres événemens extraordinaires. Aufñi l'étude de l'Hiftoire eft-elle devenue 
parmi eux une occupation affez pénible ; qui demande beaucoup de mé- 
moire & de conftance pour démêler une fi grande variété d'événemens , 
& fe mettre en état d’en faire l'application aux nouveaux incidens qui peu- 
vent furvenir , foit qu’il foit queftion feulement d’en juger, foit qu'il s'a- 
giffe de foutenir une opinion particulière fur quelque point de Gouver-. 
nement. 

Les Livres Claffiques de la Chine contiennent la Morale, les Loix & 
l'Hiftoire de l’Empire depuis fa fondation. Ils fe réduifent au nombre de 
cinq, qui portent par cette raifon le nom d'U-king, c'eft-à-dire, Les cinq Po- 
lumes.  C’eft proprement l’Ecriture-Sainte des Chinois, pour laquelle ils n’ont 
pas moins de refpeét que les Juifs pour lAncien-Teftament, les Chrétiens 
pour le Nouveau, & les Turcs pour l'Alcoran. Tous les autres Livres de la 
Chine ne font que des Commentaires ou des Explications de l’U-king. On re- 
garde comme la principale partie de cet Ouvrage, celle qui a été compofée en 
quatre Livres par Confucius & Mong-tfe fon Difciple. 

L’U-x1N6G renferme les Livres Clalliques ou Canoniques du premier ordre. 
Les Commentaires tiennent le fecond rang. King fignifie une doëétrine fubli- 
me, folide & invariable, parce qu’elle eft fondée fur des principes fixes. Le 


premier des Livres Canoniques fe nomme I-king, ou Livre de Tranfinutations. 
Il eft purement fymbolique ; c’e't-à-dire, qu'il confifte dans une Table de 


foixante-quatre figures doubles, compofées chacune de trois lignes, les unes 
entières, d’autres doubles ou divifées en deux & dans une pofition parallele. 
Par éxemple, une figure confifteen trois lignes entières’; une autreeftcompo- 
fée de trois lignes brifées, une troifième de deux lignes entières & d’une ligne 
brifée en deux, une quatrième de deux lignes brifées & d’une feule ligne. 11 
en-eft de même de toutes les autres, qui exprimeut, par leur ordre & leurs 
différentes combinaifons, différentes chofes ou différentes idées, que Z0-hi, 
leur Inventeur & Fondateur de la Monarchie Chinoife , a jugé à propos d'y 
attacher. Ce font moins des hyeroglifiques que des fignes arbitraires de chofes. 
On les regarde comme l'origine des caraétères Chinois, qui, en augmentant 
le nombre des traits % leur donnant une plus grande variété de formes & de 
pofitions, font capables de repréfenter une infinité de chofes ; au-lieu que la 
méthode de F0-hi, beaucoup plus bornée, n’en pouvoit repréfenter qu’un pe- 
tit nombre. 

Ox faconte que ce myftérieux Ouvrage éxerça les plus habiles gens de la 
Nation jufqu’a l'arrivée de Confucius. L'Empereur Ven-vang, qui entreprit 
de l'expliquer, vivoit environ huit cens ans après Fo-hi. Cheu-keug, fon fils, 
forma le même deffein ; mais les Ouvrages de ces deux Princes ne firent qu’aug- 
menter le miftère par de nouvelles obfcurités. L’explication de ces lignes é- 
nigmatiques étoit réfervée au Philofophe Confucius, qui leva non-feulement 
ls voiles du Texte mais ceux de l’Interprétation non moins obfcure des deux 
Empereurs. Il découvrit dans les lignes une profonde doétrine, qui regarde 

en 


SCIENCES 
DES Chinois, 


Livres 
CANONIQUES, 


L'étude en 
ef difficile. 


Livres Claf 
fiques ou Ca- 
honiques des 
Chinois. 


U-kiny, pre- 
micr Livre. 


En quoi con- 
fiftel I-king 
de F'o-hi. 


Commentai- 
res fur cet 
Ouvrage, 


SCIENCES 
pr£s CHiNois. 
‘Livres 
CANONIQUEà. 


Jugement 
des Critiques. 


Lflfme des 
Chinois Let- 
trés pour l'I- 
king, 


Chu king, 
fecond Livre 
Canonique, 


Ce qu'il 
<ontient, 


184 VOYAGES DANS L'EMPISE 


en partie la nature des Etres, füur-tout les Elémens & leurs propricrés ; en par. 
tie la Morale & le Gouvernement du genre humain: En un mot, (e) il 
crut reconnoître des my{tères d’une extrème importance pour le foutien des 
Etats. 
D'HaB1Les Critiques regardent ces Commentaires comme les feuls Ouvra. 

es qui ayent été compofés par Confucius ; & fes Difciples affürent qu’il en fit 
ñ peu fatisfait, qu’étant parvenu à la vieilleffe il fouhaita de vivre quelquesan. 
nées de plus, pour donner une nouvelle forme à fon travail. Après tout, les 
Interprétes de Fo-hi méritent plûtôt le nom d’Auteurs que de fimples Interpré. 
tes; car l’I-king cft demeuré rempli d’obfcurités impénétrables. Dans la fuite 
des tems, ces ténébres devinrent l’occafion d'une infinité d'erreurs & d’opinions 
fuperftitieufes. Les Docteurs de divers fiécles corrompusaltérèrent ou falfifièrent 
le Texte, pour en réduire le fens à de vains pronoftics, à la Divination & mé. 
me à la Magie. De-la vient qu’il fut nommé /e Livre des Sorts. 

CEPENDANT les Chinois Lettrés ont la plus haute eftime pour ce Livre. 
Quantité d'anciens Auteurs ont regretté d'en avoir perdu le véritable fens, 
& que celui qui refte ne foit qu’imaginaire ou fuperficiel. Fo-hi s’eft acquis 
par cet Ouvrage le titre de Père des Sciences & du bon Gouvernement. Pour 
donner plus de réputation à fes figures, il prétendit les avoir vûes fur le dos 
d'un Dragon qui s’éleva d'un Lac. Depuis ce tems-la, les Empereurs ont 
pris un Dragon pour armes. Mais rien n’a tant contribué à la réputation de 
l'I-ting, que la tradition établie qu’il fut fauvé du feu, dans la deftruétion gé. 
nérale de tous les monumens littéraires qui arriva par l'ordre de Empereur 
Tfa-chi-whang-ti , environ deux cens ans après Confucius & avant Jefus- 
Chrift. Cette réputation n'a fait qu’augmenter par les éloges des Ecrivains 
de tous les fiécles, qui ont fuppofé l’'I-king rempli d'excellentes maximes 


de Politique & de Morale, quoiqu’en effet ils ne connoiffent point ce qu'il 
contient, & que ce ne foit peut-être qu’un effai fait au hazard, pour ran- 
ger deux fortes de lignes dans toutes les combinaifons qu’elles peuvent re. 


cevoir. 

Le fecond des cinq principaux Livres Canoniques fe nomme Cbu-kin 
ou Chang-chu ; c'eft-à-dire, Livre qui parle des anciens tems. Il eft divifé 
en fix parties , dont les deux premières contiennent les plus mémors- 
bles événemens du régne des anciens Empereurs Tan, Chun & Tu, qui 
pañlent pour les Légiflateurs & les Héros de la Nation Chinoife. Yu 
fut le Fondateur de la famille de Hya , première Dynaftie Impériale, qui 
commença deux mille deux cens fept ans avant Jefus-Chrift, & qui du- 
ra quatre cens cinquante-huit ans. Dans la troifième partie du fecond 
Livre Canonique on trouve l’Hiftoire de la feconde famille Impériale, 
qui commença dans la perfonne de Ching-tong , dix-fept cens foixante- 
feize ans avant l’Ere Chrétienne & qui dura fix cens ans On y ‘a con: 
fervé les fages Ordonnances de cet Empereur , avec les belles Inftruc- 
tions du Miniftre T/ong-wey, & quelques Réglemens d’un autre Miniftre , 


nommé Fuyou , que l'Empereur Xau-t/ong fit chercher , après l'avoir ds en 
onge, 


AF{e) Au moins fut:il affez judicieux pour les expliquer affez heureufement en leur attri- 
: TRES: 9e j L 
prêter cette fignification à ces figures, &pour  buant ce fens. 


fenge, 
ties du 
VAan£ » ( 
huit ce 
Maxim 
donné c 
Jéfuite 
Let 
Chi-king 
fées fou 
des Ma) 
Confuci 
qu'il " 
impies 
avoir ét 
dont le: 
fort obf 
comprer 
quantité 
lemnités 
à l’honn 
une efpé 
tent po 
ne cenfu 
titre de 
L’exprel 
dont il € 
prit du ] 
fufpeéts 
a donné 
nommé. 
LE C 
point ad 
‘de Conf 
l'attribue 
nombre. 
fucius na 
regarden 
mes don 
“whang-ti. 
rangé da 
portent E 
tr de plufier 
bien que 


Cf) Chi 
ge 399 & 4 


VIII. 


3; enpar- 


Ce)ily 
utien des 


ils Ouvra. 
u'il en fût 
1elquesan.- 
tout, les 
y Interpré- 
ns la fuite 
d'opinions 
falfifièrent 
tion & mé. 


- ce Livre. 
table fens, 
s'eft acquis 
ment. Pour 
fur le dos 
Jereurs ont 
sutation de 
ruction gé- 
l'Empereur 
vant Jefus- 
s Ecrivains 
es maximés 
int ce qu'il 

pour ran- 
peuvent re 


e Chu-king 
eft divifé 

s mémori- 
& Tu, qui 
noife. Yu 
bériale, qui 
& qui du- 
du fecond 
Impériale , 
s foixante- 
n y à con 
es Inftruc- 
à Miniftre ; 
voir vû en 
fonge; 


en leur attri- 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. IV. 


185 
fenge, & qui fut trouvé dans une troupe de maçons. Les trois dernières par- 
ties du Chu-king renferment l'Hiftoire de la troifième race , fondée par Vu- 
vang, Onze cens vingt-deux ans avant Jefus-Chrift, & continuée l'efpace de 


huit cens foixante-treize ans. Cette Hiftoire eft entremélée d'excellentes 
Maximes, & de Réglemens pour l'utilité publique. Le Père Du Halde en a 
dur 75 Extraits, de la Traduétion du Père de Prémare, Miflionaire 
éfuite (f ). 

J Le troifième Livre Canonique du premier ordre, contient, fous le nom de 
Chi-king (g), des Odes, des Chanfons & d’autres piéces de Poëfie, compo- 
fées fous la troifième race. C’eft la Defcription des manières, des ufages & 
des Maximes d'un grand nombre de petits Rois fubordonnés aux Empereurs. 
Confucius accorde de grands éloges à ce Livre, & déclare que la doétrine 
qu'il renferme eft pure & fainte. Mais comme il s’y trouve quelques Piéces 
impies & extravagantes, plufieurs Interprétes {oupçonnent qu'elles peuvent y 
avoir été inférées dans des tems poltérieurs. Ces compolitions poëtiques , 
dont le ftyle eft fort laconique & chargé de vieux Proverbes qui le rendent 
fort obfcur, peuvent être divifées en cinq différentes claffes. La première 
comprend l'éloge des Hommes illuftres par leurs vertus & leurs talens, avec 
quantité d'Inftruétions ou de Maximes, qui fe chantent dans les grandes fo- 
lemnités, telles que les facrifices, les funérailles & les cérémonies inftituées 
à l'honneur des Ancêtres. La feconde renferme les Ufages de l'Empire, dans 
une efpèce de Romances compofées par divers Particuliers. Elles ne fe chan- 
tent point, mais elles fe récitent devant l'Empereur & fes Miniftres, dont on 
ne cenfure pas moins les défauts que ceux du Peuple. La troifième porte le 
titre de Comparailon, parce que cette figure y eft employée continuellement. 
L’expreffion du quatrième s'élève au-deflus du fublime, parce que les Odes 
dont il eft rempli commencent par quelques grands traits, qui difpofent l’ef- 
prit du Leéteur à l'attention. Le cinquième contient des Vers qui parurent 
fufpeéts à Confucius & qu’il regarda comme apocryphes. Du Halde nous 
a Ris quelques Odes de ce Livre, traduites par le Miflionaire qu'on a 
nommé. 

LE Chun-tfyu, ou le quatrième Livre Canoniaue du premier ordre, ne fut 
point admis avant le régne de la race de Han. Il avoit été compofé du tems 
de Confucius; c’eft-à-dire, long-tems après les trois autres. Quelques-uns 
l'attribuent même à ce Philofophe ; mais cette opinioneft rejettée du plus grand 
nombre. Les uns croient qu’il contient l'Hiftoire du Royaume de Lu, où Con- 
fucius naquit, & qui porte aujourd’hui le nom de Chañg-tong. D'autres le 
regardent comme un Abrégé de ce qui s'étoit paflé dans les différens Royau- 
mes dont la Chine étoit compofée avant qu'ils fuffent réunis par T/in-chi- 
wbhang-ti.  C'eft par cette raifon que d’habiles gens auroient fouhaité qu’il fût 
rangé dans la feconde claffe des Livres Canoniques. Cependant les Chinois lui 
portent beaucoup de refpeét & d’affeétion. On y trouve le récit des aétions 


trdeplufieurs Princes, avec la peinture de leurs vices & de leurs vertus, [ aufli- 


bien que la punition des uns, & les récompenfes des autres.] Cette Hiftoire 
commence 


(f) Chine du Père Du Halde, Vol. IL pa- 
ge 399 & 408. 


VIII. Part. Aa 


(g) Chi figniñe Pers. 


Screens 
Des Cninxois, 
Livres 
CanoNIQuEs, 


Chiking , 
troifième Li- 
vre Canoni- 
que. 


Su'et dece 
Livre, 


Chun:tiyu; 
quatrième Lie 
vre Canoni- 
que. 


Origine de 
ceLivre & ce 
qu'il contient, 


SCIENCES 
DES CHINOIS. 


Livres 
CANONIQUES. 


Liki, cin- 
quième Livre 
Canonique, 


De quoi il 
traite, 


Livres Ca- 


noniques du : 


fecond ordre, 


Tay-hya, 
premier Li- 
vre, 


186 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


commence par Jn-kong (h), qui régna dans le Pays de Lu, & finit par Ngay- 
king, douzième Roi du même Pays. Elle contient ainfi l’efpace de deux cens 
quarante-un ans, fous le régne de dix Rois. Son titre eft le Printems €? l'An. 
tomne, par allufion à l'état floriflant de l'Empire fous un Prince vertueux 
& à fa décadence fous un mauvais Prince. Ko-chi, Difciple de Confucius : 
compofa fur ce Livre un fçavant Commentaire nommé Que-yu, c'eft-à-dire ; 
Maximes de Gouvernement. 

Lz Li-ki, ou le Recueil des Loix, des Devoirs & des Cérémonies de la 
vie civile, forme le cinquième Livre Canonique, en douze livres, compofé 
de divers Ouvrages des Anciens. Quoiqu'il foit attribué à Confucius ( D» 
on croit que le principal Auteur fut Cheu-chong , frère de l'Empereur. Vu. 
vang. Il renferme aufli les Ouvrages de plufieurs Difciples de Confucius, & 
de divers autres Ecrivains moins confidérés parce qu'ils font plus modernes, 
On y traite des Ufages & des Cérémonies, tant facrées que profanes, für. 
tout pendant les trois Dynaflies de Hya, We & Cheu; du devoir des en. 
fans à l'égard des auteurs de leur naiflance, & des femmes envers leurs maris; 
des régles de la véritable amicié ; de la civilité dans les fêtes; de l'hofpitali. 
té, des honneurs funébres, de guerre, de mufique, & de plufieurs autres fu. 
jets qui ont rapport aux intérêts de la fociété. Mais, comme crois cens ans 
après l'origine de cette Compilation, tous les Exemplaires en furent brûlés par 
l'ordre de Tfin-chi-wbang , & qu’on n’en put fauver qu'un petit nombre de 


feuilles échapées aux flammes, avec ce que les vieillards avoient retenu par : 


cœur, on foupçonne qu'il s’y eft mêlé quantité de chofes étrangères ; fans 
compter qu’on y trouve un grand nombre d'ufages qui ne. font pas reçus au. 
jourd'hui.  Aufli les Chinois confeffent-ils qu'il ne doit être I qu'avec beau- 
coup de précaution. 

Les Livres Canoniques du fecond ordre font au nombre de quatre, tous 
compofés par Confucius ou par fes Difciples. On y en joint deux autres, qui 
font prefqu’auffi confidérés que les quatre premiers. Le Père Noël, Mifio. 
naire Jéfuite, célébre par fes Obfervations Aftronomiques & par d’autres Re. 
marques fur la Chine & les Indes, a publié une Traduétion de ces Livres en 
Latin (k), dont le Père Du Halde nous a donné des Extraits (7). 

Le premier Livre du fecond ordre [ a été compofé par Confucius, &.com# 
menté par fon difciple T/eng-Jêe. AUb porte le nom de Tay-bya, ou de Grande 
Science, parce qu’il eft deftiné à l'inftruétion des Princes & des Seigneurs dans 
toutes les parties du Gouvernement, & qu'il traite [ du foin qu’on doit pren-g> 
dre de bien fe gouvemer foi-même, afin de pouvoir enfuite gouverner les au- 
tres, &] de la perfévérance dans le fouverain bien , qui confifte , fuivant la doc- 
trine de cet Ouvrage, dans la conformité des aétions avec la droite raifon. 
Pour y parvenir, , Confucius enfeigne qu'il eft néceffaire de bien éxaminer 
la nature des chofes, & des’élever à la connoiffance du bien @& du mal; de 
fe fixer dans l'amour-de l’un & dans la haine de l’autre, de joindre à l'inno- 


cence du cœur, de l’ordre dans les manières ; qu’un homme ainfi renouvelé 
ne 


Anciens, compilés par Confucius. R, d. E. 
(&) A Prague, en 1711. 
(4) Is paroîtront ici dans le lieu qui leu 
convient. Voyez les Aréicles [uïvans. 


(h) Ce tems répond à la quarante-neuviè- 
me année de Ping-wang, treizième LÉmpercur 
de la race de Cheu. 

(5) Ængl. Compofé de divers ouvrages des 


né trou 
la paix 
TJeng , 
qu'elle 
Le 
Ouvrag 
fervé da 
font:cha 
ou ce te 
trois e 
ture de 
vre, ll 
Medium. 
voir que 
ratique 
rme cet 
par les g 
feétion , 
treprendi 
vertu. 
LE L: 
eft divife 
ciples de 
Réponfes 
tus, les L 
plie de M 
fept Sage 
» teur ai 
» homme 
» approu 
» de Fau 
5» Véritab 
5 à fuivr 
la verti 
Du Halde 
LE que 
ls Europ: 
Te-tfe, pe 
cun autre 
ties, dont 
prefqu'uni 
l'Empire 
v'eft pas d 


(m) Ces 
fiècles après 
loi qui les 


par Ngay- 

eux cens 
ns ÉS. l'An 
vertueux , 
Confucius , 


eft-à-dire, 


onies de la 
» compofé 
ucius (i), 
ereur. Vu- 
nfucius, & 
modernes, 
fanes, fur- 
oir des en- 
eurs maris; 
 l'hofpitali. 
s autres fu- 
Dis CENS ans 
« brûlés par 
nombre de 


retenu pa ‘ 


ères ; fans 
s reçus au 
avec beau- 


atre , tous 
autres, qui 
ël, Mifio- 
l’autres Re. 
s Livres en 


s, com 


de Grande 
ineurs dans 


doit pren-g 


ner les au- 
rant la doc- 
bite raifon. 
éxaminer 
du mal; de 
à l'inno- 
renouvellé 
ne 


R, d. E. 


ieu qui leu! 
Se 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. IV. 187 


ne trouvera point de peine à renouveler les autres, & fera bien-tôt régner 
ja paix dans l'Empire & dans le fein particulier des familles. Le Doéteur 
Tfeng, pour expliquer la doétrine de fon Maître avec toute la perfeétion 
u’elle peut recevoir , y a joint un Commentaire en dix Chapitres. 

Lz fecond Livre fe nomme Chong-yong, ou le Medium immuable. C’eft un 
Ouvrage de Confucius, où ce Philofophe traite du Medium qui doit être ob- 
fervé dans toutes chofes & que tout le monde doit fuivre , fur-tout ceux qui 
font-chargés du Gouvernement des Nations; parce que c’eft dans ce Medium 
ou ce tempéramment que la vertu confifte.  L'Ouvrage eft divifé en trente- 
trois articles, où Confucius établit que la Loi du Ciel eft gravée dans la na- 
ture de l’homme, & que la lumière de la raifon eft un guide qu’on doit füi- 
vre. 1! déplore le miférable état du genre humain, qui s'attache fi peu au 
Medium. I] explique en quoi confifte le Medium de plufieurs vertus. ‘Il fait 
voir que fi cette fcience eft difficile dans la fpéculation, elle eft aifée dans la 

ratique & qu’elle s’étend aux aétions les plus communes de la vie. Il con- 
firme cette doétrine par l’éxemple des Princes qui ont obfervé le Medium, & 
par les grands avantages qui en réfultent. Enfin, pour atteindre à cette per- 
feétion , il n’eft pas befoin de s'aflujettir à des chofes auftéres, ni d’en en- 
treprendre de dificiles; il fuffit de s'attacher fimplement à la pratique de la 
vertu. : 

LE Lun-yu, ou le Livre des Senténces, troifième Livre du fecond ordre, 
eft divifé en vingt articles, dix defquels font employés en récits que les Dif- 
ciples de Confucius font de leur Maître; & les dix autres, en Queftions, en 
Réponfes, & en Maximes de ce Philofophe ou de fes Difciples, fur les ver- 
tus, les bonnes œuvres & l’art de bien gouverner. Cette Colleétion eft rem- 


plie de Maximes & de Sentences morales , qui ne cedent rien à celles des 


fept Sages de la Grèce. Confucius déclare, ,, qu’il eft impofñible qu’un Fla- 
, teur ait de la vertu; que le Sage ne s’afllige point d’être peu connu des 
» hommes, mais qu’il regrette de ne les pas connoître aflez ; que celui qui 
,» approuve les mauvaifes feétes , comme celles de Ha-chang & des Bonzes 
» de Fautfe (m) fe fait tort à lui-même & fait injure à l'Empire; que la 
, véritable doétrine eft celle des anciens Sages, de qui les hommes ont appris 
» à füivre la droite raifon; que l’homme fagé ne fe propofe que la beauté de 
, la vertu, & que l'infenfé ne penfe qu'aux plaifirs & aux commodités de la vie. 
Du Halde nous donne plufieurs extraits de ce Volume. 

Le quatrième Livre fe nomme Meng-tfe, ou Livre du Doûewr Meng, que 
jes Européens appellent Moncius. Il regarde les Rois de Lu & le Difciple de 
Te-tfe, petit-fils de Confucius, dont il a mieux rendu le fens &l’énergie qu'au- 
cun autre Philofophe de fon Ecole. Ses Ouvrages font divifés en deux par- 
ties, dont la première contient fix Chapitres, & la feconde, huit. Ils traitent 
prefqu’uniquement de la bonne adminiftration dans le Gouvernement. Comme 
l'Empire étoit alors troublé par des guerres civiles, l'Auteur prouve que ce 
n'eft pas de la force des armes, mais des éxemples de vertu, qu’il faut rs 

re 


(m) Ces Seétes n'ont éxifté que plufieurs 
fiècles après Confucius, Ainfi ce ne peut être 
loi qui les ait citées, & l’on doit fuppofer que 


e Aa 2 


ces éxemples ont été ajoûtés au Texte pour fer- 
vir d'explication, 


Sciences 
DES CHINOIS, 


Livres 
CanoNIQUES. 


Chong-yong, 
fecond Livre 
du fecond 
ordre. 


Lun-yu, 
troifièime Li- 
vre du fecond 
ordre. 


Maximes 
de Confucius 


Meng-tfe 
quatrième Lés 
vre du fecond 
ordre, 


Serences 
pes CHINOIS. 
Livres 
CaNONIQUES. 

Hyau-king, 
cinquième Li- 


VIE. 


Obéiffance, 
filiale, 


Syau-hya, 
fixième & 
dernier Livre. 


Contempo- 
raius de Con- 
fucius, 


Objets de fes 
études & de 
{a dofine.. 


188 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


dre la paix & ia tranquillité de l'Etat. Ces Difcours font liés en forme de Dia. 
logue, ou de Converfations sn avoit avec fes Difciples ou avec les Princes; 
& pour donner plus de poids à fa doëtrine, il employe des comparaifons à 
l'éxemple des Anciens. Du Halde en donne l’'Extrait. 

LE cinquième Livre, intitulé Hyau-king, ou du Refpett filial, eft un petit 
Volume, qui contient feulement les réponfes de Confucius aux queftions de 
fon Difciple Tfeng, fur le devoir des enfans à l'égard de leurs pères, qu'il fait 
regarder comme la bafe d’un fage Gouvernement. Le refpeét filial elt porté 
fort loin dans ce Traité. Iln'y a point de vertu fi néceffaire & fi fublime que. 
l’obéiffance d'un. fils, ni de crime fi énorme que fa défobéiffance, Cette obli- 
gation ne regarde pas moins les Princes que les plus vils Sujets, & l'on pro. 
pofe comme des modèles de vertu, ceux qui ont fervi par leurs éxemples à 
mettre en honneur la tendrefle & le refpeét filial: Cependant on reconnoît que 
les enfans ne doivent obéir à leur père, ni les Miniftres aux Princes, s'ils en 
reçoivent des ordres qui bleffent la juftice.ou la.civilité. i 

LE fixième .& le dernier Livre Canoniçue porte le titre de Syau-hya, ou 
d’Ecole des Enfans. Il fut compofé vers l’an de Notre-Seigneur 1150, par le 
Docteur Cheu-hi, fous le régne de la race de Song. C'eft une colleétion de 
Maximes & d'Exemples, tant anciens que modernes, divifée en Chapitres 
& en Paragraphes. Elle traite particulièrement des Ecoles publiques , des 
honneurs dûs aux: parens, aux Rois, aux Magiftrats & aux perfonnes âgées; 
des devoirs du mari & de la femme; de la manière de régler le cœur, les gef- 
tes du corps, la nourriture & l'habillement. En un mot, le butde l’Auteur eft 
d'inftruire la feunefle &.de réformer les manières. Du Halde donne un Ex- 
trait des Maximes que. le Compilateur a jointes aux principes des anciens 
Livres (n).. 


(n) Du Halde pag. 418. & 441. 


À 


Vie. de CONFUCIUS ou KONCG-FU-TSE, grand Philolophe 


Chinois. 


EC NFUCIUS (a) naquit dans une Ville. (>) du Royaume de Zu, 
qui. eft aujourd’hui la Province de Chan-tong, la vingtième année de 
Ling-wang.. vingt-troifième Empereur de la race de Cheu, cinq cens cinquan: 
te-un ans. avant Jefus-Chrift, & deux ans avant la mort de Thales, un des 
fept Sages de la Gréce. Il fut contemporain du fameux Pythagore (c), & fu- 
périeur de quelques années à Socrates. Mais il eur cet avantage fur eux, que 
fà gloire n’a fait qu'augmenter avec le nombre des années, & qu’elle fubfilte 
encore dans le plus grand Empire du Monde, qui croit.lui être redevable de fa 
durée & de fa fplendeur. 

CE fage Philofophe, fans tourner fon attention, comme Thalès, fur les 
fecrets impénétrables de la Nature & fur l’origine du Monde, fans vouloir ap- 
profondir, comme Pythagore, l'effénce des punitions & des récompenies fu 

tures , 


. (a) C'eft une corruption do Kong fu-tfe, la Géographie de la Chine. 


[qu'il faut attribuer aux premiers Européens. 14 (c) L'Auteur pouvoit ajoûter, Content. 


(b) Nommée Kyo-feu-byen, Foyezcidef]us  porain de Solon, 


tures , 
pour lui 
homm®s 
jamais 1 
dans cet 
trouven 
réformet 
Iz n'e 
à l’âge dé 
Emplois 
que l’ho 
conde ra 
tiroit fo 
mort de 
DANs 
rement q 
l'enfance 
ceux qui 
s'applique 
neuf ans 
mourut à 
digne reje 
aux prem 
ConF 
quité à m 
nement fi 
ufages da 
Provinces 
leurs Loi: 
de lever c 
plois, de 
pendans d 
l'excès de 
des mœur. 
entreprit 
oppofées. 
Son ir 
bien-tôt f: 
giftrature. 
de travaill 
à fon atte! 
tables. 
dans le Re 
recueillit « 
mois, le . 
te. Une 
conclure 
tel. Minift: 


e de Dia- 
Princes; 
araifons à 


t un petit 
tions de 
qu'il fait 

eit porté 
blime que. 
Cette obli- 
c l'on pro. 
xemples à 
nnoît que 
s, S'ils en 


au-bya, ou 
50, par le 
lleétion de 
. Chapitres 
ques , des 
nes âgées ; 
ir, les gef- 
’Auteur eft 
ane un Ex- 
es anciens 


phe 


e de Lu, 
annce de 
às cinquan- 
5, un des 
c), & fu 
eux, que 
lle fubfilte 
vable de fa 


s, fur les 
ouloir ap- 
penies fu 
tures , 


, Conteti- 


l'excès de leur pouvoir. 
des mœurs régnoient ouvertement dans toutes ces petites Cours, Confucius 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. IV. 


cures, fe borna uniquement à parler du principe ‘de tous les Etres, à infpirer 
pour lui du refpeét, de la crainte & de la reconnoiflance, à perfuader aux. 
hommes qu’il connoît tout, jufqu’àa nos plus fecretes penfées, qu’il ne laiffe. 
jamais la vertu fans récompenfe ni le crime fans châtiment, quel qu’ait été 
dans cette vie le fort de l'une ou de l’autre. Telles fontles maximes qui fe 
trouvent répandues dans tous fes Ouvrages, & par lefquelles il entreprit de 
réformer les mœurs du genre humain. 

Iz n'avoit que trois ans lorfqu’il perdit Che-lyang-be, fon pére, qui mourut 
à l’âge de foixante-treize ans. Quoique ce Vieïllard eût occupé les plus grands 
Emplois du Royaume de Song , il ne laïffa point d'autre héritage à fon fils 
que l’honneur d’être defcendu de Ti-hyé, vingt-feptième Empereur de la fe: 
conde race de Chang. La mère de Confucius, qui fe nommoit Ching, & qui 
tiroit fon origine de l'illuftre famille de Yen, furvécut de vingt-un ans à la 
mort de fon: mari. 

Dans l’âge le plus tendre, il fit éclater toute la fageffe qui n’eft ordinai- 
rement que le fruit de la maturité. Il dédaigna les jeux & les amufemens de 
l'enfance. Un air grave, modefte & férieux, lui attiroit la vénération de 
ceux qui le connoifloient. À peine fut-il parvenu à l’âge de quinze ans, qu'il 
s'appliqua férieufement à l'étude des anciens Ei-res. Il prit une femme à dix- 
neuf ans & n’en eut jamais d'autre. Elle lui donna un fils nommé Pe-yu, qui 
mourut à l’âge de cinquante ans, & qui laiffa un héritier, nommé Tfu-tu, 
digne rejetton de fon grand-père, & d’un mérite fi diftingué qu’il fut élevé 
aux premières dignités de l'Empire. 

Conrucirus ayant fait des progrès confidérables dans l’étude de l'Anti- 
quité à mefure qu'il avançoit en âge, propofa de rétablir la forme du Gouver- 
nement fur de fages principes , &' de réformer par cette voie les mœurs & les 
ufages dans les divers petits Royaumes dont l’Empire étoit compofé. Les 
Provinces de la. Chine étoient alors des Royaumes diftingués , qui avoient 
leurs Loix particulières & leurs propres Princes, à qui appartenoit le droit 
de lever des taxes, d’impofer un tribut, de conférer les dignités & les em- 
plois, de faire la guerre ou la paix avec leurs Voifins; enfin’, qui étoient dé- 
pendans de l'Empereur, mais qui lui devenoient quelquefois redoutables par 
Comme l'ambition, l’incontinence & la corruption 


189 


entreprit par fes exhortations & fes éxemples, d'y introduire les vertus 
oppofées. 

Son intégrité, l'étendue de fes lumières & la fplendeur de fes vertus l'ayant 
bien-tôt fait connoître, on lui offrit plufieurs Offices diftingués: dans la Ma- 
giftrature. Illes accepta, mais dans la feule vûe de répandre fa doëtrine & 
de travailler à la réformation des hommes, Lorfque le fuccès répondoit mal 
à fon attente, il abandonnoit fes Emplois pour chercher des Peuples plus trai- 
tables. Vers la cinquante-cinquième année de fon âge , ayant été rappellé 
dans le Royaume de Lu, fa Patrie, pour y remplir les premiers poftes , il y 
recueillit de fi heureux fruits de fes foins, que dans l’efpace d'environ trois 
mois, le Roi, les Grands & le Peuple changèrent entièrement de condui- 
te. Une révolution fi prompte allarma les Princes voifins, jufqu'à leur faire 
conclure que le Roi de Lu deviendroit trop puiflant avec les confeils d’un: 
tel Miniftre. Le Roi de Tf prit a: voie fort étrange pour arrêter les pro- 

a 3 grès 


VIE 2: 
Conrucics. 


Son père &. 
fa mère. 


Enfance de 
Confucius, 


1! fe marie & 
devient père 
d'un fils. 


Ses projets 
de réforma- 
tion, 


Conduite 
qu'il tient 
dans cette 
vûe, 


VIEDE 
Conrucius.- 


Comment 
fon Ouvrage 
eftruiné dans 
le Royaume 
de Lu. 


Ses courfes 
dans plufieurs 
Royaumes. 


Il s’arrête 
dans le Roy- 
aume de 
Ching. 


Il fe fait un 
grand nombre 
de Diftiples. 


Leur divifion 
en quatre claf- 
fes, chacun a 
fon objet, 


Fond de la 
doétrine de 
Confucius, 


190 VOYAGES DANS LEMPIRE 


grès de cette réformiation. Sous le voile d’une Ambaflade,, il envoya au Roi 
de Lu & aux principaux Seigneurs de fa Cour un grand nombre de belles ff. 
les (d), qui avoient été élevées dans l’éxercice de la danfe & du chant, & 
qui étoient capables d'amollir les cœurs par le pouvoir de leurs charmes, Ce 
ftratagème ne réuflit que trop heureufement. . L'intérêt des mœurs & du bien 
public ne réfifta point à l'attrait du plaifir. En vain Confucius s’efforca 
par fes remontrances de ramener le Prince & fes Sujets à la raifon. Dans le 
chagrin de ne pouvoir fe faire écouter, il abandonna cette Cour, & des Em. 
plois dont il n’avoit plus d'utilité à tirer pour fes vûes. 

DE la Cour de Lu il pañla dans les Royaumes de Tfi, de Ghey, & de Thu, 
mais il n’y trouva pas moins de réfiftance à fes principes. L'auftérité de f 
Morale faifoit redouter fa Politique, & les Miniftres d'Etat n’étoient pas dif. 
pofés à recevoir un Rival qui leur faifoit appréhender la ruine de leur autori. 
té. Après avoir erré de Province en Province, il s'arrêta dans le Royaume de 
Ching, où il fe vit réduit à la dernière indigence, fans rien perdrede fa gran. 
deur d'ame & de fa conftance ordinaire, Il fe rappelloit les Maximes & les 
éxemples de Tau, de Chun, de Tu, de Ching-tang & de Ven-vang. Ces Héros 
de l'Antiquité fembloient revivre en lui. Enfin, l'éclat de fes vertus furmonta 
tous les obftacles. Il fe fit un grand nombre de Difciples, qui lui furent in. 
violablement attachés. On en compta trois mille, dont cinq cens étoient re. 
vêtus des plus hautes dignités dans divers Royaumes & les éxerçoient fans re. 
proche. Mais on en diftinguoit foixante-douze , plus célèbres que tous les 
autres par la perfeétion de leur vertu. Son zéle, qui croïfloit de jour en jour, 
lui infpira le defir de pafñler la Mer, pour communiquer fa doétrine aux Na. 
tions étrangères & la répandre dans les climats les plus éloignés. 

IL divifa fes Difciples en quatre claffes. La première fut compofée de ceux 


qui devoient fe cultiver l’efprit par la méditation, & purifier leur cœur par ! 


pratique des vertus. Meng-tfe-kyen, Jen-pe-mycu, Chun-Rong &c Ten-yeuen, tin. 
rent le premier rang dans cette clafle; mais la mort de Ten-yeuen, qui arriva 
dans fa trente-unième année , caufa une fenfible affliétion à Confucius. La fe. 
conde claffe contenoit ceux qui étoient capables de raifonner jufte, & de com- 
pofer des difcours élégans & perfualifs. Tfay-ngo & Tfu-kong furent les plus 
diftingués de cet ordre. L'objet de la troifième clafle étoit d'étudier les régles 
du bon Gouvernement, d’en faire prendre une jufte idée aux Mandarins, & 
de leur apprendre à s’acquitter dignement des offices publics. Les plus émi- 
nens dans ce genre furent Ÿen-yeu & Ki-lu. Enfin, ceux qui étoient capables 
d'écrire avec autant de précifion que d'élégance fur les principes de la Mora- 
le, formoient la quatrième clafle, dans laquelle Tfu-byeu & Tfu-hya fe 'diftin- 
guërent beaucoup. Ces dix Elèves choifis furent comme la fleur de l’école de 
Confucius. « 

Tours la doétrine de ce Philofophe tendoit à rétablir la nature humaine 
dans cet ancien luftre & cette beauté primitive dont le Ciel fit fon partage, 
mais qui fe trouvent défigurées par les ténebres de l’ignorance & par la con- 
tagion du vice. Les moyens au’il propofoit pour atteindre à ce but, étoient 
l'obéiffance & le refpeét pour le Seigneur du Ciel; d’aimer fon prochain com- 

me 


(4) Onen fait commerce en différentes Villes, & furtout à Tang-chew, Voyez cy-devant. 


: de veiller : 


me foi- 
pañions ] 
couter qi 
ment qui 

Com 

que par 
pour les L 

étoit lui- 
fes difcou 
dans fes E 
la mort di 
jouet d’un 
compofer 
plus éclata 
en avoir j 
Éoin d’en 
fés; & ce 
fuite, pou 
» Corde fa 
5» nes, qu 
ponfe ne p 
l'interpofit 
Les ve 
fa modeftie 
n'écoutoit 
y faifoit qu 


bien. Lor 
de fa Mora 
Légisflateu: 
Sr l’'one 
lui entendo: 
dire, Le v 
Saint dont i 
ce de Jefus- 
ment frappé 
fonge, & q 
du Monde 1 
revenir fans 
s'être inftru 
gue du voya 
tin, où ils 
cette Régio: 
fance de Coi 
manquérent 
h Chine, 
Conruc 
particulière 


ya au Roi 
_belles fil. 
chant, & 
mes, ‘Ce 
& du bien 
s s’efforca 

Dans le 
x des Em- 


& de Tju, 
érité de fa 
nt pas dif. 
eur autori. 
yaume de 
de fa gran. 
imes © les 
Ces Héros 
s furmonta 
furent in. 
étoient re. 
nt fans re. 
ue tous les 
ur en jour, 
1e aux Na: 


fée de ceux 


cœur par à | 


Yeuen , tin- 

qui arriva 
ius. La fe: 
& de com- 
ent les plus 
r les régles 
darins, & 
s plus émi- 
nt capables 
e la Mora- 
a fe 'diftin- 
e l’école de 


e humaine 
n partagé , 
par la con- 
t, étolent 
chain com- 

me 


ez cy-devant, 


DE LA CHINE, Lrv. Il Car. IV. 


me foi-même, de vaincre fes inclinations déréglées ; de ne jamais prendre les 
pañions pour régle de fa conduite ; de confulter toûjours la raifon & de n’é- 
couter qu'elle; c'elt-à-dire, de ne jamais rien penfer ni rien faire volontaire- 
ment qui la bleffe. 

Comme les aétions de Confucius ne contredifoient jamais fes Maximes, & 
que par fa gravité, fa modeftie, fa douceur & fa frugalité, par fon mépris 
pour les plaifirs terreftres & par une vigilance continuelle fur fa conduite, il 


OI 


fes difcours, il n’y eut point de Princes qui ne fouhaitaffent enfin de l’attirer 
dans fes Etats. Le Roi de Cheu fut un de fes plus zèlés admirateurs. Mais après 

la mort de ce Prince, l'envie de fes Courtifans expofa Confucius à devenir le 

jouet d’une populace infenfée, par quelques chanfons fatyriques qu’elle leur fit 

compofer contre lui. Il parut infenfible à cette injure. Sa fermeté fut encore 
plus éclatante lorfqu’un des principaux Officiers de l’Armée, qui le haïfloit fans. 
en avoir jamais reçu d'offenfe, leva fon épée pour le frapper mortellement... 
Eoin d'en paroître émû, il raffembla fes Difciples, que la crainte avoit difper- 

fés; & ceux qui avoient le plus d’affeétion pour lui le preffant de prendre la: 
fuite, pour éviter la fureur du Mandarin: ,, Si le Ciel, leur dit-il, nous ac- 

» Corde fa proteétion, comme il vient de le déclarer par des marques certai- 

» nes, quel mal Whan:ti peut-il nous faire avec toute fa puiflance? Cette ré- 

ponfe ne permet pas de douter qu'il ne conrût une Providence particulière, ou. 
l'interpofition du Ciel dans les affaires du Monde. 

Les vertus du Philofophe Chinois tiroient un nouveau luftre des charmes de 
fa modeftie. On ne l'entendit jamais parler avantageufement de lui-même. II 
n'écoutoit pas volontiers les louanges qu’il recevoit de la bouche d'autrui. S'il. 
y faifoit quelque réponfe, c’étoit par des reproches qu’il fefaifoit à lui-même, 
1 de veiller avec trop peu de foin fur fes aétions & de négliger la pratique du 


de fa Morale, il fe hâtoit de reconnoître qu’elle lui étoit venue de ces grands 
Légisflateurs Yau & Chun, qui vivoient quinze cens ans avantlui. 

Sr l’on en croit une tradition, qui eft univerfellement reçue à la Chine, on 
lui entendoit fouvent répéter ces quatre mots: Si fang yeu ching Fin; c'eft-à- 
dire, Le véritable Saint doit être cherché du côté de l'Oueft. On ignore quel eft le 
Saint dont il parloit; mais il eft certain que quarante-cinq ans après la naïffan- 
ce de Jefus-Chrift, Ming-ti, quinzième Empereur de la race de Han, égale- 
ment frappé des paroles de Confucius & de la figure d’un homme qu'il vit en 
fonge, & qui lui parut arriver du côté de l'Ouelt, envoya vers cette Partie 
du Monde Tjay & Tfing-king, deux Grands de l'Empire, avec ordre de ne pas 
revenir fans avoir trouvé le faint Homme que le Ciel lui avoit fait voir, & fans 
s'être inftruits de fa doétrine. Les Députés, effrayés des périls & de la fati- 
gue du voyage, s’arrêtèrent aux Indes, dans un lieu dont le nom eft incer- 
ain, où ils trouvèrent laStatue d’un Impolteur, nommé /%, quiavoit infeëté 
cette Région d’une monftrueufe doétrine, environ cinq cens ansavant la naif- 
fance de Confucius; & s'étant fait inftruire des fuperftitions du Pays, ils ne 
manquèrent point à leur retour de répandre cette Idolatrie dans l’Empire de 
h Chine. 

Conrucius, après avoir heureufement fini festravaux Philofophiques, &. 
particulièrement fon Ouvrage Hiftorique de Chunt-/;u, mourut dans le Royau- 

me 


étoit lui-même un éxemple des préceptes qu'il donnoit dans fes écrits & dans: 


bien. Lorfqu’on marquoit de l'admiration pour fa vertu & pour la fublimité . 


Virne 
Conrucius, . 


Vertus de 
Confucius. 


Sa fermeté. 


Sa modeftie,. 


Tradition 
fingulière fur 
la prédiétion 
d'un Saint fu- 
tur, : 


Derniers me: 
mens de Çon- 
fucius, 


VICDE 
<onrucius. 


Son difccurs 
à fes Difci- 
ples. 


Ilimeurt en 
léthargie, 


Honneurs 
qui lui furent 
rendus après 
fa mort, 


Son portrait. 


Autres Cir- 
conftances de 
fa vie. 


Remarque 
des Auteurs 
Anglois, 


192 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


me de Lu, fa patrie, âgé de foixante-treize ans, dans la quarante-unième an. 
née du régne de King-vang, vingt-cinquième Empereur de la race de Chen. 
Peu de jours avant fa dernière maladie, il dit à fes Difciples, les larmes aux 
veux, , qu'il étoit pénétré de douleur à la vûe des défordres qui régnoient 
,, dans l'Empire. Il ajoûta; que la montagne étoittombée, la grande machine 
,, détruite, & qu'on ne verroit plus paroître de Sages. Il vouloit faire en. 
tendre que l'édifice de la perfection, auquel il avoit travaillé toute fa vie, 
étoit prefqu’entièrement-ruiné ,, Depuis ce jour, on le vit dans une langueur 
qui ne l'abandonna plus. Enfin, s'étant tourné vers fes Difciples: ,, Le 
» Roi, leur dit-il, refufe de fuivre mes maximes; puifque je ne füis plus 
A utile à rien fur la terre, il efl tems pour moi de la quitter. ,, À peine eut] 
prononcé ces paroles, qu'il tomba dans une léthargie qui dura fept jours ; à la 
fin defquels il expira dans les bras de fes Difciples. C'étoit Ngay-kong qui ré. 
gnoit alors dans le Pays de Lu. Ce Prince ne put retenir {es larmes en appre. 
nant la mort du Philofophe. ;, Le Ciel n’eft pas content de moi, s’éciia-t.l 
» puifqu’il m’enlève Confucius. En effet, les Sages font le plus précieux dm 
qu'il puifle accorder à la terre, & l'on ne commence à fentir ce qu’ils valoiert 
qu'après les avoir perdus. 

Les Difciples de Confucius lui bâtirent un tombeau près de Æyo-feu, Vil 
de fa naiffance, fur le bord de la Rivière de Su, dans un lieu où il étoit ac. 
coûtumé de les affembler. Comme on a pris foin, dans la fuite, de l’envi 
ronner de murs, il a l’air aujourd’hui d'une petite Ville. Le Philofophe Chinoi 
fut pleuré de tout l’Empire (e), mais particulièrement de fes Difciples, qu 
prirent le deuil avec autant d'éclat que pour la mort d’un père, Ces fentimem 
de vénération n'ayant fait qu’augmenter avec le tems, il eft aujourd’hui re. 
gardé comme le grand Maître & le premier Doéteur de l'Empire. 

Conrucrus étoit d'une taille haute & bien proportionnée, Ilavoïit la po. 
trine & les épaules fort larges, l'air grave & majeftueux, leteintolivâtre, le 
yeux grands, la barbe longue & noire, le nez un peu plat, & la voix fortet 
perçante. On lui voyoit au milieu du front une petite tumeur, ou une efpt. 
ce de veine, qui le défiguroit un peu & qui lui avoit fait donner par fon pére 
le nom de Kyeu, ou de petite montagne. Ilfe le donnoit fouvent lui-même, 
par un fentiment de modeftie & d'humilité. 

Les Mémoiresdu Père le Comte, d’où le Pére du Halde a tiré prefqu'en. 
tièrement ce récit, ajoûtent quelques autres circonftances de la vie de Confu 
cius, particulièrement une conférence entre fon grand-père & lui pendant fon 
enfance, & ce qu’il dit, à l’âge de feize ans, pour défendre les Livres Cano- 
niques de la Chine, contre un grand Mandarin qui les accufoit d’être obfcurs 
& fans utilité. Ce jeune Philofophe fit une leçon fi févère à fon Supérieur, 
qu’elle le jetta dans quelque danger pour fa vie. Mais comme l’Hiftorien lui 
fait dire que le fens des Livres de doétrine ne doit être entendu que des Sça- 
vans, & qu'il feroit à craindre que le Peuple n’en abusât s’il étoit capable de 
le pénétrer, [les Compilateurs Anglois s’imaginent plaifamment que ] cette 
réfléxion eft fuppofée, pour confirmer, difent-ils, la doétrine de l’Eglife Ro 
maine par l'autorité de Confucius: [ & ce qui femble autorifer ce foupron 

c'el 


(e) Le Père le Comte dit nettement qu'il fut honoré comme un Saint. 


reté d 
rien a) 
ruptio 
der qu 
jamais 
caraété 
me, l: 
&fan 
té, po 
homme 
DEr 
moire ; 
delleme 
Emper 
Temple 
y lit da 
Docteur. 
Cepend 
lité de 
Mandar 
Pére le 
vidence 
ftition 
CHa 
tres, fo 
ou Salle 
l'Empire 
& vern 
qui fe f 
léur tête 
CHa: 
l'ordre « 
dans le ; 
vés Ja v 
Tribunal 
cent fur 
Le matir 
rendent, 


(7) Ce 
blet il pas 
fon fuffit p 
fe foit, laf 
& toute fa 
ou même € 


VIIL 


>-unième an. 
ce de Cheu. 
larmes aux 
ui régnoient 
nde machine 
oit faire en. 
oute fa vie, 
ane langueur 
ples: ;, Le 
ne fuis plus 
| peine eut: 
t jours ; à la 
-kong qui ré. 
es en appre. 
, S'éciia-t:il, 
récieux don 
u’ils valoient 


yo-feu, Vilk 
à il étoit à. 
e, de l’envi 
ophe Chinoi 
ifciples, qui 
es fentimens 
jourd’hui re. 


[avoit la po. 
olivâtre, la 
voix forte 
ou une efpt. 
par fon pere 

t lui-même, 


ré prefqu'en. 
ie de Confu- 
pendant {on 
ivres Cano- 
’être obfours 
n Supérieur, 
Hiftorien lui 
que des Sça- 
t capable de 
t que ] cette 
l'Eglife Ro: 

ce foupçonk 
c'eft 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuur. IV. 


c'eft que dans la fuite, Confucius lui-même prit beaucoup de peine pour expli- 
uer ces Livres, & les rendre intelligibles à tout le sr 

IL femble, fuivant le même Auteur, que le zèle de ce Philofophe & la pu- 
reté de fa Morale étoient d’une perfeétion à laquelle il auroit été difficile de 
rien ajoûter. Quelquefois, dit-il, il parle moins, en homme fouillé par la cor- 
ruption dela nature, qu'en Doéteur de la Loi nouvelle; & cequi doit perfua- 
der que l’hypocrifie n’y avoit point de part, c'eft que fes maximes ne furent 
jamais démenties par fes aétions. En un mot, la gravité & la douceur de fon 
caractère, fa rigoureufe abftinence, fon mépris pour tout ce que le monde efti. 
me, l'attention continuelle qu’il apportoit, à toutes fes aétions, fon humilité 
& fa modeftie, qui font des vertus fans éxemple parmi les Sages de l’Antiqui- 
té, portent à juger que c’étoit moins un Philofophe formé par la raifon, qu’un 
homme infpiré de Dieu (f) pour la réformation du genre humain (g). 

Depuis fa mort, tout l'Empire Chinois n’a pas ceflé‘d'honorer fa mé- 
moire; & vraifemblablement cette vénération , qui s’eft communiquée fi fi- 
dellement à la poftérité, n’aura point d’autre fin que celle du Monde. Les 
Empereurs lui ont fait bâtir, dans toutes les Provinces, des Palais ou des 
Temples, où les Sçavans s’aflemblent pour lui rendre certains honneurs. On 
y lit dans plufieurs endroits, en gros caractères: Au grand Maître. Au premier 
Doëteur. Au Saint. À celui qui a donné des inftruËtions aux Empereurs £S aux Rois. 
Cependant les Chinois ne l'ont jamais déïfié, quoiqu'ils ayent accordé la qua- 
lité de Dieu, ou fuivant leurs expreffions, celle d'Efprit pur , à quantité de 
Mandarins qui ne peuvent lui être comparés; comme fi le Ciel, remarque le 
Père le Comte, n’avoit pas voulu fouffrir qu’un homme employé par fa Pro- 
vidence à la réformation des mœurs, devint après fa mort un objet de Super- 
fition & d’Idolatrie (b). 

Cuaque Ville entretient un Palais pour les affemblées des Gens de Let- 
tres, fous divers titres, tels que Puan-king, ou Salle Royale; Ta-ching-kyen, 
ou Salle de la Perfeétion; Ta-hyo, ou grand Collége; Qua-byo, ou Collége de 
l'Empire. On y voit, fur les murs, quantité de petites planches , dorées 
& vernies, qui portent les noms des plus fameux, Philofophes & de ceux 
qui fe font diftingués dans les Sciences. Mais Confucius paroît toûjours à 
léur tête. 

Cuaque année, les Doéteurs & les Lettrés de la Chine célebrent, par 
l'ordre des Empereurs, une fête, dont toutes les circonftances font réglées 
dans le grand Livre du cérémonial. Tous les préparatifs doivent être ache- 
vés la veille. Un Boucher vient tuer un porc, & tous les domeftiques du 
Tribunal apportent du vin, des fruits, des fleurs & des légumes, qu'ils pla- 
cent fur une table ornée de flambeaux de cire & de caflolettes parfumées. 
Le matin du jour même, les Gouverneurs, les Doéteurs & les Bacheliers fe 
rendent, au fon des Inftrumens de Mufique , dans la Salle d’affemblée, de 

e 


(g) Le Comte obferve qu’il ne mangeoit 
jamais rien fans s'être profterné à terre pout 
offrir fa nourriture au Seigneur du Ciel. 

(b) Mémoires du Pèrele Comte, pag. 1994 
& fuivantes, 


#7(7/) Ce que l'on dit de Confucius ne fém- 
ble til pas prouver que la lumière de la rai- 
fon fuffit pour rétablir, en quelque tems que 
fe foit, la Loi Naturelle, dans tout fonluftre, 
& toute RpureEe , lors qu'elle a été altérée 


ou même éffacée par la inalice des hommes ? 


VIIL Part. Bb 


193 


Vire pE 
Conrucius, 


Remarque 
du Père le 
Comte, 


Combien 
Confucius eft 
refpedté à la 
Chine. 


Palais d’af. 
femblée pour 
les Savans, 


Circonftan- 
ces & formali. 
tés de La fête, 


\ 


Vie pe 
ConrucIuUs. 


Panégyrique 
de Confucius. 


Refpect de 
l'Empereur 
Kya-tfing 
pour ce Philo- 


fophe, 


fée delaLan- 
guc Cliaoife, 


194 VOYAGES DANS LEMPIRE 


le Maître des cérémonies leur ordonne, tantôt de s'incliner, tantôt de fe 
mettre à genoux, ou de baïfler le front jufqu'à terre, & tantôt de fe tenir de. 
bout. Enfuite le principal Mandarin ouvre la fête, en prenant fuccefiive. 
ment du vin & des légumes, qu’il préfente fur les tables de Confucius. On 
chante, à l'honneur de ce grand Philofophe, des Vers, quifont accompagnés 
du fon des Inftrumens. On prononce fon éloge, c’eft-à-dire, un difcours de 
fept ou huit lignes , dont le fujet roule fur fon fçavoir, fur fa fagefle & fur 
l'excellence de fa Morale, & dont la formule eft la même dans toutes les Vil. 
les de l'Empire. Ces honneurs, qui font rendus en effet aux Sciences & aux 
Savans , dans la perfonne de Confucius, infpirent beaucoup d’émulation. La 
cerémonie fe termine par quantité de nouvelles inclinations & de révéren. 
ces, au fon des flutes & des hautbois, & par des complimens mutuels entre 
les Mandarins. Pour dernière fcene, on enterre le poil & le fang de l'animal 
qui a fervi de victime, & l'on brûle, en témoignage de joie, une grande 

iéce d’étofe qui eft attachée au bout d'une pique & qui pend jufqu’à terre, 
Be la première Salle on pañie dans une autre, où l’on rend auffi des honneurs 
confacrés par l'ufage , aux anciens Gouverneurs des Villes & des Provin- 
ces, qui ont acquis de la réputation dans l’éxercice de leurs Emplois. En. 
fin l’on paile dans une troifième Salle, où font expofés les noms des Citoyens 
diftingués par leurs vertus & leurs talens, & l’on y fait quelques autres cé- 
rémonies. 

Les Chinois racontent que Xya-tfing, un de leurs Empereurs, fe rendit au 
Palais de Confucius avant que de commencer fes études, pour y offrir l'hom- 
mage de fes louanges & de fes préfens, comme un témoignage de fon refpeët 
pour tous les anciens Doéteurs de la Nation, füur-tout pour le Prince Cheu- 
kong & pour le Philofophe Confucius. Il y prononça un difcours, dans lequel 
il s’engagea folemnellement à faire une étude aflidue des Ouvrages de ces 
grands Hommes & de ces fages Maîtres de l'Antiquité, dont les Maximes ne 
doivent jamais ceffer de fervir de régle à leurs Defcendans (i). 


{33 Chine du Përe Du Halde, Vol. IL page 295. & fuivantes. 


$. VI 
Langue Chinoile. 


À connoiïffance du Langage & l’art de l'Ecriture, font, comme on l’a dé- 
ja fait obferver , une partie de l’érudition Chinoife ; & la carrière des Em- 
lois étant ouverte à tout le monde, le dernier homme du Peuple apprend à 
ire & à écrire. 6 
La Langue Chinoife n’à aucune reffemblance avec les autres Langues, mor- 
tes ou vivantes. Toutes les autres ont un alphabet, compofé d’un certain 
nombre de lettres, qui, par leurs diverfes combinaifons, forment des fylla- 
bes & des mots; au-lieu que dans celle des Chinois il y a autant de caraété- 
res & de différentes figures que de mots & de changemens ; ce qui en rend le 
nombre fi grand, que Magalhaens en compte cinquante-quatre mille quatre 
cens neuf, & d'autres jufqu'à quatre-vingt mille. Cependant le nombre de 
leurs mots ne furpafle pas trois cens trente, Ce font autant de monofÿyllabes 
indéclinables 


indécli 


rations 
font pa 
occafio 
nant fu 

és. 
& mald 
Po, fui 
d'onze 
Libéral 
fers E 
rile en 
dante à 

D'u: 
té de q 
du bois 
préparé 
une ca 
un mo 
Jupiter 
tité d’a 
nois, P 
difcours 
té L/ 
nofyilab 
moindre 

ELn 
çhanten 
pas être 
délicats 
dans la : 
s'en for: 
& par | 
chofes c 
Provert 

Com 
obligés 
lefquels 
ou troi: 


(a) L 
cens fur 
Langue : 
mots acc 
par le Pé 


tôt de fe 
tenir de. 
ucceffive. 
ius. On 
ompagnés 
ifcours de 
fe & fur 
es les Vil- 
ces & aux 
ition. La 
 révéren- 
uels entre 
e l'animal 
ne grande 
qu'à terre, 
honneurs 
s Provin. 
lois. En- 
s Citoyens 
autres Cé- 


rendit au 
rir l'hom- 
on refpeët 
ice Cheu- 
ans lequel 
res de ces 
aximes ne 


on l’a dé- 
e des Em- 
pprend à 
/ 
es, mor- 
certain 
des fylla- 
caractè- 
n rend le 
le quatre 
mbre de 
ofyllabes 
linables , 


DE LA CHINE, Laiv.ll. Cnap, IV. 195 


indéclinables, qui finiflent prefque toutes par une voyelle, ou par la confo- 
nante N ou Ng. à k 

Czerre petite quantité de fyllabes ne laiffe pas de fuflire pour traiter toutes 
fortes de ee » parce que fans multiplier les mots, le fens eft varié prefqu’à 
l'infini par la différence des accens (4), des infléxions, des tons, des aipi- 
rations & des autres changemens de la voix. A la vérité, pour ceux qui ne 
font pas fort verfés dans la Langue, cette variété de prononciation devient une 
occafion continuelle d'erreur. Par éxemple, le mot Chu, prononcé en trat- 
nant fur w & levant la voix, fignifie Seigneur Ë Maître; d'un ton uni & allon- 
gé, il fignifie Pourceaux ; d'un ton bref, il fignifie Cuifine; & d’un ton fort 
& mâle, qui s’adoucit fur la fin, il fignific Colomne. De même, la fyllabe 
Po, fuivant fes divers accens & fes différentes prononciations, n’a pas moins 
d’onze différens fens. Elle fignifie Verre, Bouillir, Vanner du riz, Prudent, 
Libéral, Préparer, Vieille gen , Caffer ou fendre , Incliné , Fort peu, Arro- 
fer, Efclave où Captif. On en doit conclure que cette Langue, quoique fté- 
rile en apparence & bornée à peu de monofyllabes , eft néanmoins très-abon- 
dante &très-expreffive. 

D'un autre côté, le même mot différemment compofé, dénote une infini- 
té de chofes différentes. Mu, par éxemple, fignifie Seul , un Arbre, ou 
du bois. Compolé, il a quantité d’autres fens. Mu-lyau , fignifie du bois 
préparé pour bâtir. Mu-lan, des barreaux ou des grilles de bois; Mu-hya, 
une caille ; Mu-fyang , une armoire ; Mu-t/yang , un Charpentier ; Mu-ul, 
un moufleron; Mu-nu, une efpèce de petite orange; Mufing, la Planette de 
Jupiter; Mu-myen, du coton, &c. 
tité d’autres, & forme autant de fens que de combinaifons. Ainfi les Chi. 


nois, par un fimple changement d'ordre dans leurs monofÿllables, font des 


difcours fuivis, dans lefquels ils s'expriment avec beaucoup de grace & de clar- 
té, L’habitude leur fait diftinguer fi bien les différens tons des mêmes mo- 
nofÿyllabes , qu'ils comprennent leurs différentes fignification$ fans faire la 
moindre attention aux accens qui les déterminent. 

LL ne faut pas s’imaginer, comme plufieurs Auteurs le racontent, qu'ils 
chantent en parlant & qu’ils faffent une efpèce de mufique , qui ne pourroit 
pas être fort agréable à l'orcille. Au contraire, ces différens tons font fi 
délicats, que les Etrangers n’en fentent pas facilement la différence, fur-tout 
dans la Province de Xyang-nan, où l'accent pañle pour le plus parfait. Onpeut 
s’en former une idée par la prononciation gutturale de la Langue Efpagnole, 
& par les différens tons du François & de ltalien, qui figniiens différentes 
chofes quoiqu'on ait peine à les trouver différens; ce qui a donné naiffance au 
Proverbe; Le ton fait tout. 

Comme les Chinois n'ont point d’accens écrits pour: varier les{ons, ils font 
obligés d'employer pour le même mot autant de figures qu’il y a de tons par 
lefquels fon fens ef varié. Ils ont avec cela des caraétères qui expriment deux 
ou trois mots (b) & quelquefois des phrafes entières. Par éxemple, pour 

écrire 

(a) Les Miffionaires ont marqué ces ac- fuite. 
cens fur les mots, pour faciliter l'étude de cette (b) Cette manière de combiner donne la 
Languc aux Savans. Magalhaens donne les facilité de former à toute occafion de nouveaux 
mots accentués avec onze marques inventées caractères pour exprimer de nouvelles paroles 
par le Père Lazaro Catanco, Mifionaie Be & de nouvelles idées, 

2 


Enfin, ce mot peut être joint à quan-* 


LANGUL 
CuiNo1sx, 
Variété des 
accens, des 
tons & cles af 
pirations. 


Diverfes fi- 
gaihications 
d'un même 
mot, 


Mots com- 
polés. 


Délicatefe 
dela pronon- 
Ciatiun. 


Variété des 
figures & des 
caractères, 


. LANGUE 
CHINOISE, 


Carré ères 


taciCAUX, 


e 
Diftionaire 


Chinois, en 


cent dix-n°uf 


volumes, 


Autre Dic- 


tonaite, 


Comparai- 


fon des carac- 


tres Euyp- 
tiens avec 
ceux de la 
Chine. 


196 VOYAGES DANS LEMPIRE 


écrire ces deux mots, Bon jour Monjieur ; au-lieu de joindre le caraétère de 
Bon jour avec celui de Monficur, ils en employent un différent, qui exprime 

ar lui-même ces deux, ou, fi lon veut, ces trois mots. Mais on conçoit 
aufli que cet ufage multiplie extrémement les caractères Chinois & rend l'art 
de joindre les monofyllabes très-difficile. Après tout, cette jonétion fimple, 
quoique füflifante pour fe faire entendre par écrit, eft un arcmédiocre, & bor- 
né au vulgaire. Dans la compofition, les mots font à la vérité lesmêmes: mais 
le ftyle poli eft fi différent de celui du difcours, qu'un homme de Lettres LE 
pourroit les confondre fans paroître ridicule, 11 ft aifé de s'imaginer combien 
l'étude d'un fi grand nombre de caraétères demande d’années, non-feulement 
pour les diftinguer dans leur compofition , mais pour fe fouvenir même de 
leur fignification & de leur forme. Cependant lorfqu on en fçait parfaitement 
dix mille, on peut fort bien s'exprimer dans cette Langue & lire quantité de 
Livres. Celui qui en fçait le plus paîle pour le plus habile, Maïs la plüpart des 
Chinois n'en fçavent pas plus de quinze ou vingt mille; & parmi les Doéteurs 
mêmes , il s’en trouve peu qui en fçachent plus de quarante mille. 

CE prodigieux nombre de caraétéres eft recueilli dans une efpèce de Voca- 
bulaire qui pe Hay-pyen. Comme l'Hebreu a fes lettres radicales, qui 
font connoître l'origine des mots & la manière de trouver leurs dérivés dans 
les Dictionaires, la Langue Chinoife a de même fes caraëétères radicaux, tels 
que ceux des montagnes, des arbres, de l'homme, de la terre, du cheval, 
&c. On apprend même à diflinguer dans chaque mot les traits ou les figures 
qui font placées au-deffus, au deflous, à côté ou dans le corps de la figure ra. 
dicale. Le dernier Empereur fit compofer un Diétionaire , qui contenoit, 
dans la première compilation, quatre-vingt-quinze volumes (c) , la plüpart 
fort épais & d’un petit caraétére, Cependant il étoit bien éloigné derenfermer 
toute la Langue, puifqu'on jugea néceffaire d'y joindre un fupplément de 
vingt-quatre volumes. S'il n’y a point de Langues dans le Monde qui ayent 
tant d’étendue (4), on doit conclure que celle de la Chine eft la plus riche & 
la plus abondante. ! SUR 

Ourre ce grand Vocabulaire, les Chinois en ont un autre qui ne contient 
que huit ou dix mille caraétères, & dont les Savans font ufage pour lire ou 
écrire, & pour entendre ou compofer leurs Livres. Ils ont recours au grand, 
lorfque le petit ne leur fuflit pas. C eft ainfi que les Mifionaires ont recucilli 
tous les termes qui peuvent fervir à l'inftruétion du Peuple, pour fe faciliter 
les moyens d’éxercer leur miniftère, Ki 

CLÉMENT d'Alexandrie attribue trois fortes de caraétères aux Egyptiens. 
Le premier, qu'il appelle Epiflolaire, reffemble, dit-il, aux lettres de notre 
alphabet. Le fecond eft le Sacerdotal, qui fert pour les Ecrits Sacrés, comme 
les notes pour la mufique. Le troifième, qui eft le Hicroglyphique, n’eft em- 
ployé que pour les Infcriptions publiques fur es monumens. Il y a deux mé- 
thodes pour le dernier; l’une par des images éxaétes, qui repréfentent ou l'ob- 
jet même, ou quelque chofe qui en approche beaucoup; c'eft ainfi qu'on em- 
ploye le Croiffant pour exprimer la Lune: l’autre, par des fymboles ie 


Diétionaire compoié pour un Roi d'Arabie, 
ne pouvoit être porté que fur un chariot trainé 
par quarante chevaux, 


(c) C'eft peut-être le Hay-pyen. 
(4) On en peut douter, s'ileft vrai, com- 
me le racontent les Auteurs Arabes, qu'un 


| KFfques. R. d.” 


figures ( 
dans fa | 
eu, Con 
cement 
le papie: 
un oifeai 
fes (e). 
tiers pot 
ne pouvt 
réfléxion 
mes & d 
cette rail 
pofer de 
les fens. 
CEPE 
ques, 10 
fignificat 
toit le Sc 
employe 
tution hu 
repréfent 
fignificati 
par éxem 
maifon, « 
puifle arr 
Cochinch 
fignifient 
un langa 
s'entende 
Ainfi leur: 
qui porter 
même. 
A l'éga 
de la Mo 
avoient c 
tion fur dé 


re; parce qu 
tent ou ne d 
C'eit au Led 
Père Du Hald 


ge longue no 
Anglois difent 
paroiffent po 


Etère de 
exprime 
conçoit 
end l'art 
_fimple, 
» &bor- 
esi mais 
ettres nc 
combien 
eulement 
même de 
faitement 
antité de 
ûpart des 
Doéteurs 


de Voca- 
ales, qui 
yés dans 
aux, tels 
u cheval, 
es figures 
figure ra- 
:ontenoit, 
la plüpart 
renfermer 
ément de 
qui ayent 
s riche & 


e contient 
bur lire ou 
au grand, 
t recueilli 
e faciliter 


gyptiens. 
e notre 

s, comme 
n’eft em- 
deux mé- 
nt ou l'ob- 
qu’on €m- 
les & des 
figures 


i d'Arabie, 
hariot aîné 


fiques. R. d.'T. [ ce que le Traduéteur appelle u- 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IV. 


figures énigmatiques, telles qu'un ferpent en forme de cercle, avec fa queue 
dans fa bouche, pour fignifier l'année ou | éternité. Les Chinois ont toûjours 
eu, comime les Égyptiens, une certaine variété de caraétères. Au commen- 
cement de leur Monarchie, ils fe communiquoient leurs idées en traçant fur 
le papier les images naturelles de ce qu’ils vouloient exprimer: par éxemple, 
un oifeau, une montagne, un arbre, pour fignifier éxaétement les mêmes cho- 
fes (e). Cette méthode étoit fort imparfaite & demandoit des volumes en- 
tiers pour l'expreffion des penfées les pluscourtes. D'ailleurs, combiend'objets 
ne pouvoient être repréfentés par le crayon ou le pinceau, tels que l'ame, les 
réfléxions, les paflions, la beauté, les vertus, les vices, les aétions des hom- 
mes & des animaux; enfin, tout ce qui éft fans corps & fans forme? Ce fut 
cette raifon qui fit changer infenfiblement l’ancienne manière d'écrire & com- 
pofer des figures plus fimples pour exprimer les chofes qui ne tombent pas fous 
les fens. 

CEPENDANT ces caractères modernes font véritablement (f) hiéroglyphi- 
ques, 10. parce qu'ils confiftent dans des figures fimples, qui confervent la 
fignification des Caraétères primitifs. Autrefois, par éxemple, on repréfen- 
toit le Soleil, qui s'appelle Ÿe, par le cercle fuivant ©. Aujourd'hui l'on 
employe deux lignes droites & trois lignes tranfverfales. 29. Parce que l'infti- 
tution humaine attache à ces figures les mêmes idées qui étoient naturellement 
repréfentées par les fymboles, & que chaque caraétère Chinois a fa propre 
fignification, qu'il conferve toûjours , quoique joint avec d’autres. Tjay, 
par éxemple , qui fignifie Infortune & calamité , eft compofé du caraétère Myau, 
maifon, & du caraëtère Ho, feu; parce que la plus grande infortune qui 
puiffe arriver eft de voir fa maifon en feu. Au refte, les caractères de la 
Cochinchine, du Tong-king & du Japon, font les mêmes qu’à la Chine & 
fignifient les mêmes chofes. Quoique les Peuples de ces quatre Régions ayent 
un langage fi différent qu’ils ne peuvent s'entendre dans le difcours, ils 
s'entendent parfaitement par écrit, & leurs Livres font communs entr’eux. 
Ainfi leurs Caractères peuvent être comparés aux figures des Nombres (g), 
qui portent différens noms en divers Pays, mais dont le fens eft par-toutc le 
même. 

A l'égard des caraëtères originaux de la Chine, avant le commencement 
de la Monarchie, c’étoient de petites cordes, avec des nœuds coulans, qui 
avoient chacun leur fignification. Les Chinois en confervent la repréfenta- 
tion fur deux tables, qu’ils appellent Lo-tu & Lo-chu. Ils prétendent que les 


premières 


197 


(e) Du Halde, Vol. I. pag. 363. Magal- 
haens, p. 69. & fuiv. 

(f) Les Auteurs Anglois font ici une lon- 
gue réfléxion, que je me difpenfe de tradui- 
re; parce que leurs idées particulières n’ajoû- 
tent ou ne diminuent rien à la vérité du Texte. 
C'eft au Leéteur à juger, fur l'expoñtion du 
Père Du Halde, fi ces caraétères font hierogly- 


ques, qui ont toûjours quelque reffemblance, 
ou naturelle ou fymbolique avec la chofe re- 
préfentée: au-lieu que les caraétères Chinois 
n’ont rien de femblable; ce font des figures 
purement arbitraires, auxquelles leurs inven- 
teurs ont attaché certaines idées fimples ; & 
en les joignant deux ou trois enfemble, ils for. 
ment des idées compotées, & expriment leur 
penfée. ] KR. d. E. 

ne longue note, fe réduit à ce que les Auteurs (g) C'eft en effet un Caraëtère univerfel ,. 
Anglois difent que les caraëtères Chinoisneleur tel que celui de Wilkins, Evêque Anglois , 
paroiffent point des cara@ères Hiéroglyphi- qui l'a publié dans un Livre fous ce titre. 


Bb 3, 


LANGUE 
Cuinoiëér. 


Ancien ufa- 
“e des Chi- 
nois pour l'é- 
criture. 


Nature de 
Icurs carattè- 
res modernes, 


Mêmes c1- 
raétères au Ja. 
pon, &c. 
quoique la 
langue foit 
différente. 


Remarques 
fur l'ancienne 
manière de 
compter à la 
Chine. 


198 VOYAGES DANS L’'EMPIRE 


LANGUE premières Colonies, qui habitérent la Province de Se-chuen, n'avoient pour 
Cuinoïsr. toute litterature qu'un petit nombre d'inftrumens arithmétiques, compofés de 
petites cordes nouées, en forme de chapelets, avec lefquelles ils faifoient 
leurs fupputations dans les comptes de commerce. Ils les portoient fans 
celle avec eux; & fouvent ils les faifoient fervir, comme de ceintures, pour 
ajufter leurs habits. En un mot, c’eft faute de véritables caractères d'écri. 
ture, qu'il ne refte aucun récit de ce qui s’eft paflé dans ces anciens tems 4 
Premiers ca. du moins par la voie des Annales, ou des traditions écrites. /©- hi, pre. 
raères ine  micr Empereur de la Chine, Faut l'inventeur des lignes, pour exprimer les 
NA ae idées de certaines chofès naturelles. Enfuite, ayant appris l'arc des com. 
ob, binaifons, par le moyen des deux anciennes tables Lo-tu & Lo-chu, il forma, 
pour premier efai, {a table lineaire, Mais ces lignes n'étant pas fuffifantes 
pour tout exprimer, il entreprit d'inventer des caraétères plus étendus. Chi. 
nong & H'hang-ti , fes Succeflèurs, en augmentérent le nombre ; & lorfqu'ils 
en eurent formés fucceflivement une quantité fuflifante, on commença bier. 

tôt à compofer des Livres (h). 
StiledesTi- LE flile des Chinois, dans leurs compoñitions, eft concis, allégorique, & 
vres Chinois. quelquefois obfcur pour'ceux qui ne font pas bien verfés dans l’ufage de leurs 
caractères. Il demande beaucoup d'attention, & même d’habileté, pour ne 
tomber dans aucune méprife. Il exprime quantité de chofes en peu de mots. 
Les expreflions font vives, animées, entremêlées de comparaifons hardie 
& de nobles métaphores. Du Halde en donne un éxemple. Pour exprimer 
que perfonne ne doit penfer à détruire le Chriftianifme, parce que l’Empe. 
Exemples  reur l’a favorifé par un Edit, les Chinois écriront: ,, L’encre qui a tracé 
des figures  J'Edit Impérial en faveur de la Religion Chrétienne, n’eft point encore 
PRQUSSe , féche; & vous entreprenez de la détruire! ,, Ils affectent fingulièremert 
d'inférer dans leurs écrits des fentences & des paffages tirés des cinq Livres 
Canoniques; & comme ils comparent la compofition à la peinture, ils com. 
parent aufli ces fentences aux cinq principales couleurs , qu'ils employer 


our peindre [ & c'’eft en cela principalement que confifte leur M 


Combien le Enfin, ils attachent beaucoup de prix à l’habileté de la main pour la jufteff: 
beau caridtè- @ la netteté des caraétères. C’eft à quoi l'on apporte une extrême atten. 
RE q tion dans l'éxamende ceux qui fepréfentent pour les Degtés. Les Chinois pré. 
Chine.  fèrent un beau caraétère d'écriture, au tableau le plus fini; & fouvent une 

page de quelque vieil écrit, bien éxécuté, fe vendra fort cher. Ils rendent 
une efpèce d'honneur. à leurs caraétères, jufques dans les livres les plus com- 
muns: & fi le hazard leur fait rencontrer quelques feuilles imprimées, ils ne 
manquent point de les ramafler avec refpeét. Celui qui marcheroit deflus, ou 
qui les jetteroit négligemment, pañleroit pour un homme fans éducation. 
La plûpart des Menuiliers & des Maçons fe croiroient coupables, s'ils dé- 
chiroient une feuille imprimée , lorfqu’ils {a trouvent collée fur un mur où 
contre unc fenêtre. 

Diftin&tion IL réfulte de toutes ces obfervations, qu’on peut diftinguer trois fortes de 
Le Langages (i) Chinois: celui du peuple, celui des perfonnes polies, & celui 
ages à le u’on 
SES: (b) Du Halde, wbi fup. pag. 309. “diftingue pas ; le Chinois, & la bain du 

(5) Cette difinétion n’eft pas fort éxaéte, Pays de Fu kyen. La différence en eft fi cer- 
car ce n’eft ici que la même Langue avec dif.  taine, que la dernière a la lettre r, qui n'éli 
férentes modifications. Mais il y a réellement pas dans la vraie Langue Chinoife, 

à la Chine deux Langues , que l'Auteur ne 


qu'on € 
deux aut 
l'Europ 
fionaires 
certaine 
font fort 
ne pour 
font ente 
Mais la 
ques Rela 
cent fouv 
genoux 0 
nécefité, 
vent être 
termes de 
APRÈ: 
pour la pr 
claffes, le: 
darin, & 
Eccléfiaft: 
la Provinc 
parties de 
qu'il s’eft ( 
Nouvelles 
parables, 
La troi 
ge familier 
due fans le 
de ce file. 
ordinairem 
n'y rencon: 
doux & foi 
dialeéte, & 
pas fi relev. 
cifion. IIf, 
& majeftue 
point de p« 
qui ces ouv 
hbiles gen: 
Les Chi 
qui a fervi à 
tendre; mai 
les fceaux & 
dans les con 
ont un caraé 
aotes, ou d 


(4) Ce 


ent pour 
npofés de 
 faifoient 
oient fans 
res, pour 
es d’écri. 
ns tems, 
hi, pre. 
primer les 
des com. 
il forma, 
fuffifantes 
dus. Chir. 
& lorfqu'ils 
1ença bien. 


gorique, & 
ge de leurs 
é, pour ne 
-u de mots. 
ons hardies 
ir exprimer 
que l'Empe- 
qui a tracé 
oint encore 
gulièrement 
cinq Livres 
e, ils com- 
employent 


r la jufteffe 
rême atten- 
hinois pré. 
fouvent une 
Ils rendent 
es plus com- 
ées, ils ne 
deflus, ou 
s éducation. 
s, s'ils dé- 
un mur OÙ 


pis fortes de 
es, & celui 
qu'on 

la Langue du 
en eft fi cer- 


re r, qui n'eli 


ife, 


éloquence. |} 


DE LA CHINE, Liv. Il Crar. IV. 199 


qu'on employe dans les Livres. Le premier, quoique moins élégant que les 
deux autres, n'eft pas fi inférieur qu'on le bourroit penfer, aux Langues d: 
l'Europe. Il n'a pas lès défauts, qu'on lui a quelquefois attribués. Les Mif. 
fionaires, qui arrivent à la Chine & qui ne le fçavent point encore dans une 
certaine perfeétion, y trouvent équivoques un grand nombre de mots, qui 
font fort éloignés de l'être. Comme ils n’ont pas pris d'abord affez de pei- 
ne pour prononcer les mots Chinois avec les afpirations & les accens, ils 
font entendre difficilement, & n'entendent pas mieux ceux qui leur parlent. 
Mais la faute vient moins de la Langue que d'eux-mêmes. On lit dans qucl- 
ques Relations , que les Savans de la Chine, en converfant enfemble, tra- 
cent fouvent les caraétérés avec le doigt ou avec leur éventail (x), fur leurs 
genoux ou dans l'air. S'ils ont cet ufage, c'eft par toute autre raifon que la 
néceñité.  C’eft que leur Langue, par éxemple, a divers mots, qui ne doi- 
vent être employés que rarement dans une converfation polie, tels que nos 
termes de Navigation & de Chirurgie. 

ArRès le langage vulgaire, qui varie dans les différentes Provinces, fur-tout 
pour la prononciation, & qui n’eft employé que dans les compofitions des bafTes 
claffes, les Chinois ont un dialeéte, poli & rafiné, qu'on appelle Langage Man- 
darin, & qui eft à peu près pour eux, ce que le Latin eft en Europe pour les 
Eccléfiaftiques & les Sçavans. Ce langage étoit autrefois celui de la Cour, dans 
la Province de Kyang-nan, d'où il s’eft répandu par degrés, dans toutes les 
parties de l'Empire. Mais c’eft toûjours dansles Provinces voifines de la Cour, 
qu'il s’eft confervé le plus pur. On trouve un grand nombre d'Hiftoires & de 
Nouvelles, écrites dans ce langage, avec toute l'élégance pofible, & com- 
parables, pour le ftile, à nos meilleurs Ecrits de l'Europe. 

La troifième efpèce eft celle des Livres, qui eft fort différente du langa- 
ge familier. Elle ne s’employe jamais que pour écrire, & ne peut être enten- 
due fans le fecours des Lettres. Mais ceux, à qui l'étude facilite l'intelligence 
de ce ftile, y trouvent beaucoup de netteté & d'agrément. Chaque penfée eft 
ordinairement exprimée par cinq ou fix caraétères: l'oreille la plus délicate 
n’y rencontre rien de choquant; & la variété des accens en rend le fon fort 
doux & fort harmonieux. La différence entre Îcs livres qu’on publie dans ce 
dialeéte, & ceux qui portent le nom de King, confifte dans lefujet, qui n’eft 
pas fi relevé, & dans le ftile, qui n’a pas la même grandeur & la même pré- 
cifion. 11 faut pañler par quantité de Degrés, avant que d'arriver à la fublime 
& majeftueufe briéveté, qu’on admire dans ces compofitions. On n’employe 
point de ponétuation pour les fujets fublimes. On laiffe aux Savans, pour 
qui ces ouvrages font deftinés, le foin de juger où le fens fe termine; & les 
hbiles gens ne s’y trompent jamais. 

Les Chinois ont encore une autre forte de langage, & un autrecaraétère, 
qui a fervi à la compofition de quelques Livres, que les Savans doivent en- 
tendre; mais qui ne fert plus à préfent que pour les titres, les infcriptions, 
les eaux & les devifes. Ils ont auffi une écriture courante, qu'ils employent 
dans les contrats, les obligations & les aétes de Juftice, comme les Européens 
ont un caraétére particulier pour les procédures. Enfin, ils ont une efpèce de 
aotes, ou de caraétères d'abréviations > qui demande une étude particulière, 


a 


(x) C'eftle Pérele Comte quinous apprend cct ufage. 


La Nour 
Cuinotsm 


Langage 
Mandarin & 
fon origine, 


Langage em. 
ployé dans 
les Livres, 


Ses dificul. 


tes. 


Ponétua- 
tion, 


Notes, ou 
caractères 
d'abrévia- 
tions, 


Laxvoue 
Cuinoise. 

Si la Langue 
Chinoife eft 
difficile pour 
les Euro. 
péens, 


Unique ref- 
femblance en- 
tre les carac- 
tères Chinois 
& ceux de 
l'Europe. 


200 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


à caufe de la variété de fes traits, & qui fert à recueillir promptement tour 
ce qu’on veut écrire (!). 

uoiquE toutes ces obfervations préfentent beaucoup de difficultés dans 
le langage Chinois, & que plufieurs Miffionaires en jugent effeétivement l’étu. 
de ennuyeufe, pénible, & d’une longueur infinie, d’autres en ont parlé fort 
différemment. Magalhaens, par éxemple, aflüre qu’il-s’apprend avec plus de 
facilité que le Grec, le Latin, & toutes les Langues de l'Europe; plus facile. 
ment, dit-il encore, que les Langues des autres Pays, où les Jéfuites font em. 
ployés dans les Mifions. 1l prétend qu'avec une bonne Méthode, & un tra. 
vail affidu, on peut, dans l’efpace d’un an, entendre, & parler fort bién l; 
Langue Chinoife. Les Miffionaires, ajoûte le même Auteur , y firent tant de 
progrès, dans l’efpace de deux ans, qu’ils fe rendirent capables de confelter, 
de catéchifer, de prêcher, & de compofer auffi facilement que dans leur Lan. 
gue naturelle, quoique la plûpart fuffent d’un âge avancé (=). Enfin, Ma. 
galhacns doute qu'ils euffent jamais pû s'élever à la même perfeétion dans les 
Langues de l’Europe, quoiqu'elles ayent prefque toutes une certaine dépendan. 
ce les unes des autres. Pour confirmer ce récit, il obférve, que l'étude des 
Langues dépendant beaucoup de la mémoire (n), celle de la Langue Chinoi. 
fe, qui n’en demande que pour retenir les accens, parce qu’elle contient for 
peu de mots, doit être plus facile que l'étude des nôtres, dont il n’y en a pa 


une, qui ne contienne plufieurs milliers de termes différens, [ Nous ne décide 


rons cependant pas, jufqu’à quel point cet Argument eft concluant; il fembk 
qu'il eft aufli difficile de fe reflouvenir d'un accent, que d'un nouveau mo:] 
Si dans les Langues Grecque ou Latine, on confidère chaque mot, fimple x 
compofé, comme un caractère, qui confifte dans la combinaïfon de plufieu 
lettres, de méme que les caraétères Chinois confiftent en traits ou en lignes, 
on trouvera peut-être qu'elles contiennent autant de caractères différens qu 
la Langue Chinoife, & que l'étude par conféquent n’en doit pas être moin 
difficile. 

ON a fait fentir, dans l’article de l'Imprimerie, la grande différence quiel 
entre les caraétères Chinois & ceux de l'Europe. Ils n'ont entr’eux qu’unefe- 
Je reffemblance; c'eft que comme notre alphabet eft compofé de vingt-quatre 
lettres, formées de fept traits (o), tous les caraétères Chinois font formésde 
fix (p). La Langue Chinoïife eft le contrepied de toutes les autres, parce 
qu’elle a, fi on ofe ainfi parler, infiniment plus de lettres que de mots, & 

u'elle n’a pas beaucoup plus de mots que d’autres Langues n’ont de lettres, 
Bidlion ne compte qu'environ vingt-quatre lettres dans les alphabets Euro 


péens, il eft vrai qu'il y en a beaucoup plus, fi l’on confidère; 10, qu'elles 
: font 


prétend quelle eft du reffort de l'imagination 
& de l'orcille, à caufe de la variété des tons. 
Si l’on prononce mal un mot, ajoûte-t.il, on 
peut cependant fe faire entendre, mais fi en 
prononçant le Chinois , on place mal un ac: 
cent, on fe rend inintelligible. 

(o) Ou plûtôt de quatre différents traits; 
car deux@u trois des fept ne font que les me 
mes, placés dans différentes pofitions. 

(p) C'eit plûtôt quatre, ou cinq au plus 


{13 Chine du Père Du Halde, wbi fup. pag. 
355. & fuiv. 

(#7) Relation de la Chine par Magalhaens, 
pags. 77. & fuiv. 
{y (n) Le Conte, pag. 177. s'étonne que 
Magalhaens ait tenu ce Langage, Il croit au 
contraire que plufieurs Miflionaires auroient 
moins eu de peine à travailler aux Mines qu'à 
apprendre le Chinois. Il nie que l'étude de 
cette langue dépende de la Mémoire, & il 


F fyllabes, 


font di 
l'écrit 
fortes 
& que 
caraété 
figures 
nettem 
tous ce 
tères C 
T'a 
n’admit 
mer to 
l'on fait 
nombre 
tères E: 
res Chi: 
nombre 
l'efprit, 
s’y font 
éxempl 
vérité, 
raétères 
que l'inv 
d'exprin 
thode C 
IL ef 
eft impo 
en eft fe 
certains 
les carat 
fons, o 
femble. 
raétère 


les caraë 
en aucu 
re qui n’ 
par con 
que les ( 
glois, fi 
& vld-cou 


Ç ). Lo 
yllabes 
ils empl 


__(g) Chi 
Cr) Cel 
d'exprimer! 


VIIL. 


tement tont 


ficultés dans 
ement l'étu. 
nt parlé fort 
avec plus de 
; plus facile. 
ites font em. 
e, & un tra. 
r fort bién la 
irent tant de 
de confeffer, 
ans leur Lan. 

Enfin, Ma. 
tion dans les 
ne dépendan. 
e l'étude de 
ngue Chinoi. 
contient for 
n’y En a pà 


jus ne décide 


nt; il fembk 
JUVEAU mot] 
ot, fimple 
n de plufieurs 
ou en lignes, 
différens que 
as ètre moin 


érence quiet 
x qu’unefer 
vingt-quatre 
nt formés de 
Autres, parce 
de mots, & 
t de lettres, 
habets Euro- 
10, qu'elles 

font 


e l'imagination 
Pariété des tons. 
ajoûte-t-il, On 
dre, mais fi en 
ace mal un ac 


fférents traits; 
ont que les mé: 
ofitions. 

cinq au plus. 


DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. IV. 


font diverfifiées en Capitales, en Romaines, en Italiques, &c. 2°, que dans 
l'écriture manuelle, on y a mis une autre varicté; 30, qu'il y a différentes 
fortes de ponétuations; 49, que l'Arithmétique a fes chiffres ou fes figures ; 
& que l'Aftronomie, la Géométrie, la Mufique ont auñi leurs fignes & leurs 
caraétères; enfin, qu'il y a peu d'Arts ou de Sciences, qui n'ayent quelques 
figures caraétériftiques qui leur font propres, & qui fervent à exprimer plus 
nettement certaines idées (4), que des mots d'une certaine longueur. Mais 
tous ces fignes, réunis enfemble, n’approchent pas de la multitude des carac- 
tères Chinois. 

T'anp1s qu'elle nous paroît furprenante, on nous aflüre que les Chinois 
n’admirent pas moins, qu'avec fi peu de lettres, les Européens puiffenc expri- 
mer toutes leurs paroles. Mais l’étonnement cefferoit de part & d'autre, fi 
l'on faifoit réfléxion, que les mots font compofés de la combinaifon d'un petit 
nombre de fons fimples, formés par les organes de la parole, &que les carac- 
tères Européens font inventés pour exprimer des fons ; au-lieu que les ca’aétè- 
res Chinois expriment des mots, & doivent étre par conféquent beaucoup plus 
nombreux. Il n'eft pas aifé de juger comment cette méthode leur eft venue à 
l'efprit, plûtôt que l'autre, ou pourquoi ils ont préféré l'une à l’autre, fi elles 
s’y font préfentées routes deux. Nous fçavons feulement qu’il n'y a pas d'autre 
éxemple de cette préférence dans toutes les parties du Monde connu. A la 
vérité, les Egyptiens, les Mexiquains, & d’autres Peuples, ont eu des ca- 
ractères de la meme (r) nature; mais il en refte fort peu; & l’on ne voit pas 
que l'invention en ait été fi judicieufe & uniforme, ni qu’elle ait été capable 
d'exprimer une aufli grande variété d'idées fimples & compofées, que la Mé- 
thode Chinoife. 

IL eft difficile d'exprimer les mots Chinois en caraétères Européens; mais il 


eft impoñible d'exprimer les mots Européens en caraétères Chinois. La raifon 
en eft fenfible. C’eft non feulement, parce que la Langue Chinoife manque de 
certains fons, qui fe trouvent dans d'autres Langues, mais encore parce que 
les caraétères Chinois expriment des paroles , au-lieu d'exprimer de fimples 
fons, ou fi l'on veut, parce qu'ils expriment le fon de plufieurs lettres en- 


Cependant il en faut excepter les voyelles, dont chacune a fon ca- 
Comme tous les mots de cette Langue font de fimples 


femble. 
raétère particulier. 


fr fyllabes, & que leur nombre n’eft que de [trois ] cens trente, il eft clair que 


les caraétères Chinois ne peuvent exprimer un plus grand nombre de fyllabes, 
en aucune autre Langue, & qu’un quart de ces caraétères, étant d'une natu- 
re qui n'a rien de femblable, en aucun autre lieu, ils ne peuvent exprimer 
par conféquent plus de deux cens cinquante fyllabes étrangères. Ainfi, quoi- 
que les Chinois pûffent écrire, en caraétères de leur Langue, les mots An- 
glois, Jing-Jong, & New-king , ils ne pourroient pas écrire de même fire-wvol, 
& vld-count, parce qu'ils n'ont pas ces deux derniers mots dans leur Eangue 
is Lorfqu'ils veulent écrire ou prononcer quelque mot Européen, dont les 
yllabes ne fe trouvent pas dans les trois cens trente mots de leur Langue, 
ils employent ceux qui en approchent le plus. Par éxemple, au-licu de Æ1- 


lande , 


préfentée plus naturellement que celle d’expri- 
mer des fons ? A : 
(s) On en donnera ci deffous la T'able, 


(4) Chine du Père cu Halde; pag. 365. 
.(r) Cela ne prouve-t-il pas que la penfte 
d'exprimer les mots par des caractères s'eft 


VIII. Part. Cc 


LANGUs 
CHiNo1seE, 
e 


Remarque 
fur l'uné 
l'autre ulagé 


Difficulté 
d'exprimer 
les mots Chi- 
fois en caraiCs 
tères Euro- 
péens, & récié 
proqueinents 


LANGUE 
CHiNoise. 


Lettres Eu- 
ropéennes qui 
manquent aux 
Chinois. 


Autres re- 
marques fur la 
diflicuité de 
rendre les 
mots d’une 
Eangue à l'au- 
tre. 


Terminaifon 
des mots Chi. 
nois écrits à 
l'Européenne. 


£02 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
lande, ils prononcent Go-lan-ki. Ils prononcent Ho-cul-fe-te-in, au-lieu. d'Hor: 
fteins Se-tuyau-ko-culma, au-lieu de Stockolms & O-li-che-ye-fi-che, au-lieu d'A. 


lexowitz. En" 
LA difficulté devient d'autant plus grande qu’ils n'ont pas les lettres 2, d, r, 


x, & 2, qui reviennent fouvent dans les Langues de l'Europe: Ils expriment 


ordinairement le d, comme le#, par ki. Ils employent p, pour . Cependant, 
Je d & le z paroiïffent fondus dans les mots j-#, que plufieurs Chinois pronon- 
cent j-dfe. Mais ceux qui peuvent prononcer diftinétement j-d/2, ne pour. 
roient prononcer da, de, di, do, du, ni%a, %e, 2i, 20, zu. Au-lieude notre 
r, ils employent /, ou plûtôt un mot qui commence par /. Ainfi, pour Jxan. 
ce, ils difent Fu-lan-tfu-fe. Ils employent che, au-lieu de notre x, comme on 
l'a vû dans Ælexowitz. te 

ON ne tenteroit pas moins inutilement de rendre les mots Chinois, en ca- 
raétères de l'Europe. Nôn-feulement la plûpart feroient mal exprimés; mais 
lorfqu'on feroit au bas de la page, on n’entendroit plus ce qu'on auroit pris 


la peine d'écrire. C’eft une propriété, qui n'eft pas particulière à la Langue 


Chinoife. Chaque Langue a quelques fons qui n'appartiennent qu'à elle, &qui 
ne peuvent être exprimés par les lettres ou les caraéléres des autres Nations. 
Ainfi, les Anglois n’ont pas de fon qui réponde à la À confonante Françoife Î 
(+), comme les François n'en ont pas, qui réponde à celle des Anglois. Ce- 
pendant il y a peu de fons ou de mots, foit Chinois, foit de toute autre Lan- 
gue, qui ne puiflent être exprimés en lettres Angloifes,. fimples ou compofées, 
Mais il n’en eft pas de même du François, parce que l'alphabet de cette Lan- 
gue eft le plus imparfait & le plus pauvre de tous ceux de l'Europe. Outre la 
confonante ÿ, il n’a point lech, le k, le 4 & le w des Anglois; fons communs 
à la plûpart des autres Langues, particulièrement à celles qu'on nomme Orien- 
tales. La jonétion même de deux ou trois lettres n’y fupplée pas dans la bou- 
che des François. Et c’eft plûtôt cette raifon, qui les empêche de bien pro- 
noncer & de bien écrire quantité de mots, que celle dont le Père Du Halde 
s’eft avifé pour expliquer ce défaut. Il dit que les Chinois ont les dents placées 
fort différemment des nôtres. La rangée fupérieures’écarte en dehors, &tom. 
be quelquefois fur la lévre inférieure, ou du moins für la gencive de la féconds 
rangée, qui eft plus en arrière; de forte que les deux rangées ne fe rencon- 
trent prefque jamais, comme dans la bouche des Européens. 

Tous Le mots Chinois, écrits en lettres Européennes, fe terminent, ou 
par une de nos cinq voyelles (u), ou par la lettre n, qui eft quelquefois fim- 
ple, ne produifant point d'antre fon qu'an, en, in, onn, unn, & quelquefois 
fuivie d'un g (x), comme ang, eng, ing, ong, ung (y). Les voyelles Chi- 
noifes ont auili différens fons, comme celles de l’Europe; ou plûtôt nous n'a- 
vons pas affez de lettres, pour exprimer tous les fons & toutes les divifions de 
celles, que nous nommons Voyelles, foit dans là Langue Chinoife, foit dans 


les nôtres. 
À 


(æ) L'Auteur fe trompe ici, carles Anglois François & les Efpagnols qui ont ajouté leg : 
expriment fort bien notre j par 2b. pour difinguer ln ouverte de la muctte. Les 
(w) On y peut ajouter /, w & y, comme Portugais “mployent l'm, 
dans les mots ul, cheu, may, &c. (y) Le Père Du Halde a pris dins Magal- 
(x) n'ya point de mots Chinois qui ne baens & dans Le Conte prefque tout ce qu'il 
fe terminent véritablement en n, Ce font les dit ici du Langage. 


pr, cC 
ne feule 
tres uné 
plus fen 


Françoi. 


TSC 


To 


Tchan, 
Tchang, 
Tchao, 
Tchai, 
Tche, 
Tchen, 


Tcheu, 
Tchi, 
Tchin, 
Tching, 
Tcho, 
Ru , 
chung, 
Tchua” 
Tchuang 


eu: d'Hol: 
-lieu d'A: 


$ b, d,r, 
xpriment 
pendant, 
s pronon- 
ne pour: 
de notre 
our JYan- 
omme on 


S, en Ca- 
és; mais 
uroit pris 


a Langue 


le, &qui 
Nations. 
ançoife ÿ 
lois. Ce- 
atre Lan- 
mpofées, 
ette Lan- 
Outre la 
communs 
ne Orien- 
1s la bou- 
bien pro- 
Du Halde 
s placées 
| &tom- 
feconde 
è rencon- 


ent, où 
fois fim- 
clquefois 
Îles Chi- 
ous n'a- 
ifions de 
foit dans 


À 


méleg, 
cette. LES 


s Magal- 
t ce qu'il 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IV. 203 


A Yégard de la Table füivante, on doit faire trois obfervations: 1°. que 
Jes mots, contenus fous les différentes lettres, font formés fur unerégle com- 
mune de la Langue Chinoïfe, quoique le nombre n’en foit pas égal fous cha- 
que lettre. 20. Que fuivant la manière d'écrire des François & des Portugais, 
plufieurs paroiffent de deux ou troisfyllabes, &doivent étreprononcés de mê- 
me, fi l'on s'attache à la manière commune de lire; au-lieu que fuivant la ma- 
nière d'écrire des Anglois, ce font autant de monofyllabes, conformément au 
génie de la Langue Chinoïfe. 30. Que le changement d'ortagraphe, du Portu- 
gais & du François à l’Anglois, eft naturel & néceffaire. La principale diffi- 
culté, pour les Anglois, confifte à prononcer certains caraétères, compofés 
d’une double confonante, dont la prononciation n’eft point en ufage dans leur 
Langue. Cependant, corume ils en ont aufli de doubles, & même de triples, 
un peu d’éxercice leur facilite cette prononciation. Par éxemple, un Anglois, 
qui eft accoûtumé à prononcer bran, fting, prong, fwing, férong, &c. ne fcau- 
roit trouver beaucoup de peine à prononcer, dans un feul fon, ven, ywen, 
fyang, kyang, fuen, lwi, tfyen ; il n’a qu’à fuivre, pour prononcer enfem- 
ble, /w, yw, /y, &c. la même régle, qu’il 6bferve en prohonçant #r, J8, 
pr, Qc. c'eft-a-diré, qu’il les doit prononcer, comme s'ils né faifoient qu'u- 
ne feule lettre. 1} ÿparviendra, pa: degrés, en mettant entre les deux let- 
tres une voyelle, qu'il n’a qu’äiprononcer fort vîte, jufqu'à ce qu'il ne la faffe 
plus fentir. 


TABLE ALPHABETIQUE 


De tous: les mots qui cemipofent la Langue Chinoife, Juivant la 
prononciation Françoile | Angloife &' Portugaife. 


François. Anglois, Portugais. | François. Anglois. Portugais. 
TSC CH CH Tchue, Chwe, Chue. 
Tchuen, Chwen, Chuen. 
Te HA, Cha, Cha. Chwi, Chui. 
Tchan, Chan, Cham. . Chyau, Chiao. 
Tchang, Chang, Cham. Chyen, Chien. 
Tchao, Chau, Chao. 
Tchai, Chay, Chai. F .F F 
Tche, Ché, Che. 
Tchen, Chen, Chen. Fa, Fa, Fa. 
Cheng, Chem. Fan, Fau, Fan. 
Tcheu , Chew, Cheu. Fang, Fang, Fam. 
Tchi, Chi, Chi. Feu, Feu, Feu. 
Tchin,  Chin, Chin. Fi, Fi, Fi. 
Tching,  Ching, Chim. Fo, Fo, Fo. 
Tcho, Cho, Cho. Foi, Foy, 
Tchun,  Chun, Chun. 1 Fu, Fu, Fu. 
Tchung, Chung, Chum. Fung, Fung, Fum. 
Tchua, Chwa, Chua. | Fuen, Fwen, Fuen. 
Tchuang, Chwang,  Chuam. 
Cc2 


LANGUE 


CHINoïse. 
Obfervations 


fur la Table 
fuivante. 


Difficulté 
pour les An- 
glois, 


LANOUE 
CHiNO1sE. 


_ 204 
François. 


Guei, 


H 


Hang, 
Han, 
Heo, 
Hi, 
He, 
Hen, 
Heng, 
Heu, 
Hi, 
Hing, 
Ho, 
Hu, 
Hun, 
Hung, 
Hive, 
Hiven, 
Hia, 
Hiang, 
Hiao, 
Hiai, 
Hie, 
Hien, 
Hieu ;, 
Hio, 
Hiu, 
Hiun, 
Hiung, 


Anglois. 
G 


Gan, 
Gang, 
Gau, 
Gay, 
Gho, 
Ghey, 0 

Gwey, 
Go, 


Portugais. 
G 


Gan. 
Gam. 


Hiun. 
Hiuem. 


(a) Ce mot & le fuivant peuvent être 
prononcés auf ie, Hion, par les Angluis, 


| François. 
I voyelle. 


In, 
Ing, 


T confonne. 


Cung, 


(b) Ce mot eft écrit aufMi Kong, & le mé. 
me doute naît à tous les mots de cette for- 
me, que les Miffionaires écrivent indifé- 
réiminent par 4 OU par 0 


VOYAGES DANS LÆMPIRE 


Anglois. 
I 


Portugais. 


François 


Kiun, 
Kiung, 


L 


La , 
Lan, 
Lang, 
Lao , 
Lai, 
Le, 
Leng, 
Leu, 
Li, 
Lin, 
Ling, 
Lo, 
Lu, 
Lun, 
Lung, 


Loan, 
Lui, 
Luon, 
Leang, 


Leao, 


ortugaise 


Y 


Kiun, 


, & le mé. 
cette for- 
ht indifé- 


François. 


Kiun , 
Kiung, 


L 


La , 
Lan, 
Lang, 
Lao , 
Lai, 
Le, 
Leng, 
Leu, 
Li, 
Lin, 
Ling, 
Lo, 
Lu, 
Lun, 
Lung, 


Loan, 
Lui, 
Luon, 
Leang, 
Leao, 


Lie, 


Kyun, 
Kiung, 


L 


La, 
Lan, 
Lang, 
Lau, 
Lay, 
Le, 
Leng, 
Lew, 
Li, 
Lin, 
Ling, 
Lo, 
Lu, 
Lun, 
Lung, 
Lven, 
Lwan, 
Lwi, 
Lwon, 
Lyang, 
Lyau, 


Ma, 
Man, 
Mang, 
Mau, 
May, 
Me, 
Men, 
Meng, 
Mew, 
Mi, 
Min, 
Miug , 


Portugais. 


Kiun, 
Kium. 


L 


— mt rt ne, RE meet mt. ms nn CREER CRÉES 
eee ss ns EE) EEE CR nn 


on 
Ce) 


o2 


François. 


Mo, 
Mu, 
Mung, 
Muen, 
Mui, 


Muon, 
Miao, 
Mie, 

Mien, 


N&NG. 


Na, 
Nan, 
Nang, 
Nao, 
Nai,. 


Neng, 


Ngan, 
Ngao, 
Ngai, 
Ngue, 
Nguen, 
Ngeu, 
Ngo, 
Ni, 


Ning, 
No, 
Nu, 
Nun, 
Nung, 
Nui, 
Nuon, 
Niang, 
Niao, 
Nie, 
Nien, 
Nicu, 
Nio, 
Niu, 


DE LA CHINE,Liv. IL Car. IV. 
Anglois. 


Anglois. 


Mo, 
Mu, 
Mung, 
Mwen, 
Mvwi, 
Mvwey, 
Mwon, 
Myau, 
Mye, 
Myen, 
Myew, 


205 


LANGUE 
CuiNoisE. 


Portugais. 


Moei. 
Muon, 
Miao. 
Mie. 
Mien. 
Mieu. 


O 


LANCUr 


CHINOISE. 


206 


François. 


Qua, 


Quouang , 
Quoai, 
Quoue, 


Quouei, 
Quouen, 


Qouo, 


Quouon, 
Sa ; 


San, 
Sang ; 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Angois. 


O 


“Portugcis. 


Kua. 
Kuan. 
Kuam. 
Kuaiï. 
Kue. 
Kueiï. 
Kuen. 
Kuem., 
Kuo. 
Kuon. 


S 


| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
L 
| 
| 
| 
| 
| 


François. 


Sao ; 
Sai » 
Se, 
Sen, 
Seng, 
Seu , 
Si, 
Sin, 
Sing ; 
So, 
Sou, 
Sun, 
Sung,; 
Siue , : 
Siuen, 
Sui, 
Suon, 
Siang , 
Sio, 
Sie, 
Sien, 
Sieu, 
Sio, 
Siu, 
Siun, 


Ch. 


Cha, 
Chan, 
Chang, 
Chao, 
Chai, 
Che, 
Chen, 
Cheu, 
Chi, 
Chin, 
Ching, 
Cho, 
Chu, 
Chun, 
Chung, 
Choua, 
Chouang, 
Chua, 


Anglois. 


Sau, 
Say, 
se, 
Sen, 
Seng, 
Êcw ;, 
Si, 
Sin, 
Sing, 
So, 
Su, 
Sun, 
Sung ;, 
Sve, 
Sven, 
Swi, 
Swon, 
Syangs 
Syau, 
Syes 
Syen, 
Syew, 
Syo, 
Syu, 
Syun, 


Sh. 


Sha, 
Shan, 
Shang, 
Shau, 
Shay, 
She, 
Shen, 
Shew, 
Shi, 
Shin, 
Shing, 
Sho, 
Shu, 
Shun, 
Shung, 
Shwa, 
Shwang, 
Shwa. 


Portugais. 


François. 


Chue, 
Chuen, 


rtugais. François. 
0, Chue, 
i. Chuen, 
n. 
2m. 
” L] T 
n. | 
m. a, 
) Tan, 
u. Tang » 
un. ns 
um. ut 
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jucn. eng; 
j Teu, 
ui. a 
uon: A1, 
2 ling, 
Lam To 
120 , 
ve Tu À 
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iun Fia0 , 
ii Tie, 
X Tien, 
lieu , 
TL 
Tfa, 
Tfan, 
Tfang ;, 
To, 
Tfai, 
Te, 
Tfeng, 
Tfeu, 
IG, 
Tin, 
LT 
Ti, 
Tfun, 


DE LA CHINE, Liv. IL Cap. IV. 


Anglois. 


Shwe , 
Shwen, 
Shwi, 
Shyau , 
Shyew , 


T 


Ta, 
Tan, 
Tang, 
Tau, 
Tay 
Te s 


Teng, 


Tew, 


Ti, 
Ting, 
(0) ? 

Tu, 
Tun, 
Tung , 
Twy, 
Twon, 
Tyau, 
Tye, 
Tyen, 
Tyeu, 


Tf. ou Df. 


Tfa, 
Tfan, 
Tfang, 
Tfau, 
Tfay, 
Tfe, 
Tfeng, 
Tfeu, 
Ti, 
Tin, 
Tfing 
Tu, 
Tfun, 
Tung, 
Tfve, 


lortugais, 


| 


| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 
| 


françois. 
Tfiun, 


Tfüi, 
Tfuon, 
Tfiang, 
Tfiao, 
Tfie , 
Tfien, 
Tfieu , 
Tfo, 
Tfiu, 
Tfiung, 


U voyelle. 


Ou, 
Ul , 
Oum; 


V confonne. 


Va, 
Van, 
Vang, 
Vai, 
Ve, 
Ven, 


: Vi, 


Vo, 
Von, 
Vu, 
Vung, 


Ho. 


Hoa, 
Hoan, 
Hoang, 
Hoai, 
Hoe, 
Hoei, 
Hue, 
Hoen, 
Huon, 


Anglais. 


Tfven, 
Tfwe, 
Tfwi, 
Éd L 
ang , 
T Rays 
Tfye, 
Tfyen, 
Tfyeu, 
Tfyo, 
Tfyu, 
Fyung, 


U 


U, 
UI ou Eul, 
Ung, 


Wha, 
Whan, 
Whang, 
Whay, 
Whe, 
Whey, 
Whe, 
When, 
Whon, 


207 
Portugais. 


LANGUE 


CHINOISE, 


iven, 
ocou Çue. 
ui. 


Hoen. 
Huon. 


LANGUE 
CutNoOIsE, 


INTRODUC- 
TION. 


Quatre for- 
tes de Sectes 
parmi les Chi- 
mois, 


A qui l'Eu- 
rope doit cet- 
te connoiflan- 
ce, 


Conjetture 


des Auteurs 
Anglois. 


208 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


François. Anglois. Portugais. François. Anglois. Portugais. 


Y & I. Yeng, Yem. 


leu, Yew, Yeu, 
lo, Yo, Yo. 
lu, Yu, Yu. 
lun, Yun, Yun. 
Iung, Yung, 
Ive, Ywe, Yue. 
Iven, Ywen, Yven. 
Ywei, Yui. 
Ywin, Yuin. 


A A D cc EE 2: JTE 
C H API IT R'E V. 


Religions établies 4 la Chine. 


ANS l'Empire de la Chine, comme dans la plüpart des autres Pays du 
D Monde, les Habitans font divifés par la différence de leurs Religions. 
On en diftingue quatre principales. 10. Celle de la nature, qui eft propre. 
ment la Religion établie; c’eit-à-dire , celle des Lettrés, & du Gouverne. 
ment. 2°. Celle du Philofophe Lau-kyun, qui femble n'être qu'une corrup. 


tion de la loi naturelle, rétablie enfüuite par Confucius. 3°. Celle de l’Impof. 
teur Fo, qui confifte dans une Idolàtrie groflière. 40. Celle de Zu-kyan, qu 
paroît un rafinement de la première , & qui eft le partage d’une Seéte de 


Lettrés. On peut joindre à ces quatre efpèces de Culte, le Judaïfme, k 
Mahométifme , & le Chriftianifme , qui ont fait quelque progrès dans 
l'Empire. 

Nous devons la connoiffance des quatre Religions Chinoifes aux Mifo- 
naires.Européens, fur-tout aux Jéfuites, qui ont joint à leurs propres obfr. 
vations, plufieurs Extraits des Auteurs du Pays. Mais, foit qu'on doive en 
accufr leur négligence, ou le penchant qui porte toûjours à défigurer la Re- 
ligion d'autrui, ils n'ont traité que de la première avec un peu d éxactirude; 
& leur inattention, au contraire, fe fait remarquer fi fenfiblement fur les trois 
autres, qu'on peut les foupçonner den avoir pas toûjours connu la vérité. On 
croit s’appercevoir que fur la Religion de /0, ils fuppriment quantité de cir- 
conftances, & qu'ils én déguifent d'autres. D'ailleurs, ils chargent la Sete 
de Zu-kyan d'Athéifme; & l'Auteur Anglois de ce Recueil, fe livrant icià fes 
conjeétures, s’imagine qu'ils'ont en vûe de purger du même foupçon la Re. 
ligion établie, dont ils ont toléré quelques pratiques. Quoiqu'il en foit, con- 
clut cet Ecrivain Proteltant, on eft aflez mal informé du fyftême réel de ces 
trois Sectes. 


HOK Xe 


Xe 
x 


"ES? 
C qu'a 
quelques ! 
deux cens 
Chine œ & 
traces de « 
LE prit 
comme le 
ti, qui fig 
fignificatio 
qui préfide 
mière Caufe 
déterminé 
d'une Fam: 
Tyen de |” 
les Efprits 
vant la mê 
IL paro! 
ou ce pren 
dant & tor 
cœur ; qu’il 
ordre ; qu 
que fa juftic 
chans, fan: 
publiques f 
réformatior 
& de miféi 
d'autres 
menacés a 
mœurs, qu 
fieurs pafla, 
Les Em 
anciens Rit 
principales 
pour l'inftru 
un des pren 


meftique , ! 


(a) Voyez 
noniques. 

(b) Tyen 
chu fignifie Soi 
titre que les À 


VIII. Pa 


rtugais, 


Pays de 
eligions, 
propre. 
uverne- 
COrrup- 
l’Impof. 
van , qui 
Seéte de 
fme , le 
rés dans 


te Mifo- 
es obfer. 
Le en 
r la Re- 
actirude; 
les trois 
sricé. On 
é de cir- 
la Seéte 

ici a fes 
in la Re: 
it, COn- 
2] de ces 


4. L 


DE LA CHINE, Lriv.lIl. Cuar. V. 


G. L 


Religion Naturelie établie à la Chine. 


C T l'opinion commune de tous les Auteurs, qui ontécric fur la Chine, 
qu'après la difperfion, dont on trouve le récit dans les faints Livres, 
quelques Defcendans de Noë, ayant pénétré du côté de l'Orient, environ 
deux cens ans après le Déluge, jettérent les fondemens du vafte Empire de la 
Chine, & qu’ils y établirenc la Religion Naturelle. On trouve encore plufñeurs 
traces de cet événement, dans les Livres Canoniques du premier ordre (4). 
LE principal objet du culte des Chinois eit l’Etre Suprême, qu’ils regardent 
comme le principe de toutes chofes. Ils l'adorent fous les deux noms de Chang- 
ti, qui fignifie, Souverain Empereur, ou de Tyen (b), qui revient à la méme 
fignification dans leur Langue. Tyen, fuivant leurs Inierprétes, eft l’Efprit 
qui préfide au Ciel, parce que le Ciel eft le plus excellent ouvrage de la pre- 
mière Caufe. Cependant il fe prend auf pour le Ciel matériel; & le fens eft 
déterminé par le fujet auquel ce terme eît appliqué. Un Pére eft le Tyen 
d'une Famille. Un Viceroïi eft le T'yen de la Province; & l'Empereur eft le 
Tyen de l'Empire. Les Chinois honorent aufli, mais d'un culte fubordonné, 
les Efprits inférieurs qui dépendent du premier Etre, & qui préfident, fui- 
vant la même doétrine, aux Villes, aux Rivières, aux Montagnes, &c. 

IL paroît, par les Livres Chinois, fur-tout par le Chu king, que ce Tyen, 
ou ce premier Etre, eft le Créateur de tout ce qui éxilte; qu'il eft indépen- 
dant & tout-puiffant, qu’il connoît tout, jufqu'aux plus intimes fecrets du 
cœur; qu’il veille fur la conduite de l'Univers, où il n'arrive rieñ fans fon 
ordre ; qu'il eft Saint; qu'il ne confidère que la vertu dans les hommes ; 
que fa juftice eft fans bornes; qu’il éxerce des punitions fignalées fur les Mé- 
chans, fans épargner les Rois, qu'il dépofe dans fa colère; que les calamités 
publiques font des avertiflemens , qu’il employe pour exciter les hommes à la 
réformation des mœurs, mais qu’il y fait fuccéder encore des actes de bonté 
& de miféricorde; que les prodiges & les soparitions extraordinaires font 
d’autres avis, par lefquels il annonce aux Empires les malheurs dont ils font 
menacés afin que les hommes reviennent à lui, par le changement de leurs 
mœurs, qui efl la plus sûre voie pour appaifer fon indignation. On cite plu- 
fieurs pañlages des Livres Chinois, où ces principes paroiflent bien établis. 

Les Empereurs ont toûjours regardé, comme un devoir, d'obferver les 
anciens Rites, & fe font crus obligés, en qualité de Chefs, d'en éxercer les 
principales fonétions. Ils font Empereurs, pour le Gouvernement, Maîtres, 
pour l'inftruétion, & Prêtres, pour les facrifices. Æ0-hi, qui paie (c) pour 
un des premiers Chefs de la Colonie Chinoife, nourrifloit, dans un Parc do- 
meftique, fix fortes d'animaux, qui fervoient de victimes, dans les facrifices 

qu'il 


éviter toute équivoque. 

(ce) C'eit une chimère. 
Hiftoire Univerfelle, Vol, 
la Note, 


(a) Voyez ci deflus l'article des Livres Ca- 
noniques. 

(b) Tyen eft proprement Le Ciel, & Tyen- 
chu fignifie Seigneur du Ciel. C'eit ce dernier 
titre que les Miffionaires donnent à Dieu pour 


VIIL. Part. 


Voyez la nouvelle 
il, pag. 116, dans 


209 


RELIGIONS 
CHiNoises. 


Origine de 
la Religion 
Naturelle à a 
Chine, 


Objet du 
cuite des Chi. 
nois. 


Idée que les 
Chinois ont 
du premier 


Etre, 


Lenrs an. 


cieas étiulif 
femeuns de Re 


— 


igica, 


RELIGIONS 
CuiNoIsEs. 


Entreprife 
pour les dé- 
tuire, 


Le culte & 
l'inftruétion 
font confiés à 
deux Manda- 
rios difitrens. 


Doctrine des 
Chinois fur la 
Création & 
fur l'immorta- 
Üté de l’'Ame, 


Nulle trace 
d'Ido'rrie 
dans leurs an- 
cigus Livres. 


210 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


qu'il offroit deux fois l’année, aux deux Solftices. Ces Fêtes portoient, en 
langue Chinoiïfe, le nom de Reconnoiffunce envers Tyen. On fermoit les Tri. 
bunaux de Juftice; le travail étoit fufpendu, & perfonne n'auroit obtenu 13 
permifion d'entreprendre un voyage. Chin-nong, Succefleur de Fo-hi, inititua 
deux autres Fêtes aux Equinoxes; la première, au Printems, en faveur del'A. 
griculture; & la feconde, en Automne, après la moiflon. Les premiers fruits 
de la terre étoient offerts à Chang-ti. L'Empereur Chin-nong cultivoit, de fa pro. 
pre main, le champ qui fournifloit du bled & des fruits pour le même facrif. 
ce, [ & fon éxemple devint une regle pour fes Succefeurs.] 

Wuanc-Ti, qui occupa le Trône, après Chin-nong, pouffa le zèle beaucoup 
plus loin. 11 bâtit un grand Temple, pour y offrir les facrifices à couvert, & 
pour y inftruire le peuple de fes principaux devoirs.  Chan-bau, fon fils, joi- 
gnit des concerts de mufique aux facrifices. Mais les dernières années du re. 
gne de ce Prince furent troublées, par une confpiration de neuf Cheu-hens ; 
c’eft-à-dire, de neuf Princes Feudataires. Le deflein des Rébelles étoit de 
fubftituer la crainte des Efprits à celle de Chang-ti. Ils eurent recours à la Ma. 
gie; & bien-côt toutes les maifons, fe trouvant infeftées d’Efprits dangereux, 
le Peuple effrayé, demanda tumultueufement qu'on leur offrit des facrifices, 
Mais l'Empereur Chuen-hyo, Neveu & Succeffeur de Chau-heu, extirpa la race 
des neuf Enchanteurs, & rétablit l’ordre des anciennes Fétes. 

LE même Prince, ayant confidéré le danger qu’il y avoit à raffembler un 
Peuple oifif & turbulent, dans le même lieu où les Empereurs éxerçoient leurs 
fonétions religieufes, fépara la Place de l’Inftruétion de celle des Sacrifiées. I] 
établit pour Préfidens, deux grands Mandarins, choifis entre les Fils du der- 
nier Empereur ; l’un, qu'il chargea de la direétion du cérémonial, & l’antre, 
de l'inftruttion du Peuple. Il prefcrivit des regles pour le choix des viétimes. 
On n’en devoit pas recevoir d’autres que les fix efpèces d'animaux, nommés 
par Zo-bi. Ils devoient être fans aucun défaut, bien nourris, & d’une couleur 
convenable aux quatre faifons des facrifices (d). 

uorquE les Livres Canoniques placent les ames des hommes vertueux, 
près de Chang-ti, l'Auteur avoue qu’ils ne s'expliquent pas clairement fur les 
châtimens éternels dans une autre vie. De même, quoiqu'ils affürent que l'E. 
tre Suprême a créé tout, de rien, leur doétrine n’elt point affez claire, pour 
faire juger s’ils entendent une véritable action fur le néant. : Mais ils n’en ont 
pas nié la poñfibilité, ni prétendu, comme un Philofophe Grec, que la ma- 
tière foit éternelle. Les Mifionaires ne trouvent pas non plus que les Livres 
Canoniques de la Chine ayent traité clairement de l’état futur des ames. Au 
contraire, ils n’y ont apperçû que des idées confufes, qui s'accordent même 
affez mal avec la vérité. Cependant on ne fçauroit douter que les Chinois ne 
croient l’éxiftence des ames, après leur féparation du corps, & qu'ilsne foient 
perfuadés de la certitude des Apparitions (e ). 

[L eft fort remarquable qu’on ne trouve dans leurs Livres Canoniques au- 
cune trace d’Idolitrie, jufqu'à ce que la Statue de Fo fût apportée à la Chine, 

plufieurs 


(4) Chine du Père du Halde, Vol. I. pa- 
ge 64. & fuivantes. 

(e) Ils n'ont pas néanmoins d'autre preu- 
ve qu'un amas d'imaginations phantattiques, 


On en diftingue une, attribuée à Confucius, 
quan fçavant Miffionaire à jugé férieufe à 
réelle. 


plufieurs 
Ja Magie 
tion. M 
n'ont ja 
RIEN 
ois, que 
incien q 
fupprimei 
Millionait 
pofé, ob 
(F) fupe 
commune 
La Ch 
les autres 
de la Div 
de Dieux : 
leurs plus 
rain Etre ; 
grands ho 
iervices, 
pendues à 
par des p« 
Cependant 
le divifére 
voient ent 
cius vint Î: 
Maca 
répondent 
trois jours 
veur du Ci 
terre, dan: 
ques, les À 


“fur leurs tr 


affaire, fui 
dans fon P: 
ON ad 


partie mor: 


ff) Le ( 
qu'ils tirent 1 
Idolûtres. 


nt, en 
Ss Tri. 
enu la 
inftitua 
de l'A. 
s fruits 
fa pro. 
facrifi- 
+ 
aucoup 
ert, & 
Is, joi- 
 dure- 
eu-bens ; 
toit de 
Ja Ma. 
>ETCUX, 
crifices, 
Ja race 


bler un 
ntleurs 
iées. Il 
du der- 
l'autre, 
iétimes, 
ommés 
couleur 


rtueux, 
fur les 
que l’E- 
è, pour 
d'en ont 
la ma- 
Livres 
s. Au 
même 
ois ne 
e foient 


es au- 
Chine, 
ufieurs 


fucius, 
ieufe à 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. V. °11 


plufeurs fiécles après Confucius. C'eft depuis le tems de ce Philofophe, que 
Ja Magie, & quantité d’autres erreurs, ont commencé à répandre leur infec- 
tion. Mais les Lettrés, conftamment attachés à la doétrine de leurs Ancêtres, 
n'ont jamais eu.de part à la contagion. 

R1EN n'a tant contribué au foutien de l’ancienne Religion parmi les Chi- 

ois, que l’établiffement d'un fuprême Tribunal des Rites, qui eft prefqu'aufi 

ncien que la fondation de l’Empire, & qui a le pouvoir de condamner ou de 
fupprimer toutes les fuperftitions. dont il découvre la naiffance. Quelques 
Miflionaires, qui ont Îû les Decrets des Mandarins dont ce Tribunal eft com- 
pofé, obfervent, qu'à la vérité, ils éxercent quelquefois en fecret certaines 
(f) fuperftitions, mais qu'étant affemblés en corps, pour leurs délibérations 
communes, ils s'accordent ouvertement à les condamner! 

La Chine s’eft garantie fort long-tems des fuperftitions, qui regnoient dans 
les autres Contrées de l'Inde, où l’idée grofière & imparfaite qu’on fe formoit 
de la Divinité, jetta les Peuples, par degrés, dans l’ufage d'attribuer le titre 
de Dieux à leurs Héros. Quelque vénération que les Chinois ayent eue pour 
leurs plus grands Empereurs, ils n’ont jamais rendu d’adoration qu’au Souve- 
rain Être; & quoiqu’ils ayent fait éclater leur eftime & leur refpeét pour les 
grands hommes, qui fe font diftingués par leur rang, leurs vertus, & leurs 
fervices, ils ont mieux aimé conferver leur mémoire, par des tablettes fuf- 
peudues à leur honneur, qui portent leurs noms, avec un court éloge, que 
par des peintures ou des flatues, qui les auroïent pû conduire à l'Idolâtrie, 
Cependant les troubles qui s’élevérent dans l'Empire, les guerres civiles qui 
le diviférent, & la corruption des mœurs, qui devint prefque générale, a- 
voient entièrement banni l’ancienne doétrine , lorfque le Philofophe Confu- 
cius vint la ranimer, en rendant toute leur réputation aux anciens Livres (g ). 

MaGaALHAENS obferve que les Chinois ont quatre principaux jeûnes, qui 
répondent aux quatre faifons de l’année. Ces pénitences Nationales durent 
trois jours, avant les facrifices folemnels. Lorfqu'ils veulent implorer la fa- 
veur du Ciel, dans les tems de pefte & de famine, dans les tremblemens de 
terre, dans les inondations extraordinaires, & dans les autres calamités publi- 
ques, les Mandarins vivent féparés de leurs fémmes, pañlent la nuit & le jour 


“fur leurs tribunaux, fe privent de chair & de vin, & [ne décident aucune 


affaire, fur-tout en matières criminelles. ] L'Empereur même garde la folitude 
dans fon Palais, à l’Eft de la grande falle Impériale (h ). 

ON a déja vû, dans l’article des Livres Canoniques, tout ce qui regarde ia 
partie morale de la Religion établie. 


(g) Le Comte, pag. 316. & Chine du Pé- 
re du Halde. wbi fup. pag. 646. 
(b) Relation de Magalhaens, pag. 304, 


g(f) Le Comte dit que cela arrive, parce 
qu'ils tirent la plûpart leur origine de familles 
Idolâtres. 


#3 8 de %x À RE 
MX XXe 
Xe 
te 
ES 


Da 2 


RELIGIONS 
CHINo1sES, 


Cequilesen 
a prélervés, 


Jeûnes des 
Chinois. 


RELIGIONS 
Cuinoisss. 


Lau kyun, 
Chef de cette 
Sete, 


Sa doétrine, 


Cette Secte 


éxerce la Chy- 


mie & la Ma- 
gie. 

Liqueur 
d'imnortalité 
qu'elle pré- 
tend avoir dé- 
couvert, 


219 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


f. II. 
Seête de TAU-TSE (a). 


ETTE Seëte reconnoît, pour Fondateur, un Philofophe, nommé Zu. 

kyun (b). Ses Difciples, pour donner plus d'éclat à fa réputation, par 
les merveilles de fa naiffance, aflürent qu’il demeura quatre-vingt ans dans 
le fein de fa mère, & qu'il vint au monde, aux dépens de fa vie, s'ouvrant 
un paflage par fon côté gauche. Ses Ouvrages fubfiftent encore, mais fort 
alterés fans doute par les Partifans de fa Doëtrine. Cependant ils contiennent 
des maximes & des fentences, dignes d'un Philofophe; particuliérement fur 
les vertus morales, fur la fuite des honneurs & le mépris des richefles, für 
l'élevation de l'ame, qui, dédaignant les chofes terreftres, fe fuffit à elle-mé. 
me. Entre fes principes, on en remarque un, qu'il répétoit fouvent; fur. 
tout lorfqu'il parloit de la produétion du Monde. ,, Tay; (c'eft-à-dire, la Loi 
» de raifon) a produit un; un a produit deux; deux ont produit trois, & 
» trois ont produit toutes choles ,, L'Auteur en concluroit volontiers que 
Lau-kyun avoit quelque connoiffance de la Trinité Divine; mais une connoif. 
fance, dit-il, imparfaite & groflière (c ). 

Les principes moraux de ce Philofophe & de fes Difciples ont beaucoup 
de reffemblance avec ceux d'Epicure. Ils confiftent à fe délivrer des pañions 
qui peuvent troubler la tranquillité de l'ame. L'objet d'un homme fage, fui- 
vant la doctrine de Lau-kyun, doit étre de pañler fa vie, fans inquiétude & 
fans embarras. Dans cette vûe, il ne doit jamais tourner fes réfléxions fur le 
pañlé, ni fa curiofité fur l'avenir. Etre agité par des foins, occupé de grands 
projets, livré à l'ambition, à l’avarice & à d'autres païlions, c’eft vivre pour 
la poftérité, plus que pour foi-mêème. Or il y a de la folie, fuivant les princi. 
pes de Lau-kyun, à chercher le bonheur d'autrui, & même le nôtre, aux dé. 
pens de notre repos; parce que tout ce que nous regardons comme le bon- 
heur, cefle de mériter ce nom, lorfque la paix de l'ame en reçoit la moindre 
altération.  Auñi les Partifans de cette Philofophie affeétent-ils un calme, qui 
fufpend, difent-ils, toutes les fonctions de leur ame. Mais comme cette tran- 
quillité ne peut réfifter à la craince de la mort, ils fe vantent d'avoir trouvé 
une liqueur, nommée Chang-feng-v0 (d), qui les rend immortels. Ils font li. 
vrés à la Chymie, & fort infatués de la Pierre Philofophale. Leur pa on 
n'eft pas moins aveugle pour la Magie. Ils font perfuadés, qu'avec l’affiftan- 
ce des Démons qu’ils invoquent, ils peuvent réuflir dans toutes leurs entrepri- 
fes. L’efpérance de fe rendre immortels, engage un grand nombre de Man- 
darins à l'étude de cet art infernal; les femmes, fur-tout, qui font naturelle- 
ment curieufes, & fort attachées à la vie, s’abandonnent follement à ces vai- 

ncs 


(a) Tau-tfe eft le nom d'un Livre compo- veux blancs, il fut nommé Lau-tié, c'eft.à. 
fé par Lau-kyun. dire, le vieil Enfant, Du Halde Vol, IL pa- 
(b) N fe nommeauM Lilau kKyun, &com- ge. 167. 
muniment Pe-yang ou Lautau. Voyez le (ce) Couplet , in Sctentiar. Sinenf. Proem. 
Père Couplet, in Scient. Sinenf. Proem. De-  Declar. pag. 24. 
clar. pag. 24. Son nométoit Li, & fon furnom :d) 1 fignitie Médecine, Chang, Eter- 
Æui; mais étant venu au monde avec des che- ne, & Seng, Vie. 


nes recher 
perfticieux 
coup le no 
L'Empi 
nité de Li 
découvert 
de Hau, fe 
cette Seéte 
fon éxempl 
plit fa Cour 
fes femmes 
æploya fes er 
teur paroît 
parition fut 
pernicieux | 
queur d'Imi 
mortel, il 
CEPENI 
& trouva m 
obtinrent la 
nombre de 
grand prix, 
dont ils av 
d''mmortels 
reurs de la 
qui figmfie | 
Temple ma, 
race, fit ap 
fon Palais { 
LEs suc 
de grands À 
Kyang-f, 0 
VOiiinés, un 
médes pour 
née, & fur 
vent des 77 
fais faits, a: 
beaucoup fo 
tlong , fe le 
obfcure, ils 
comipofé de 
mons. Ilst 
que l'alla re 


(*) Les An 
tœur manque d 
Saints ou les H 
& qu'il rend ine 


S Lau. 
1, par 
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Man- 
turelle- 
Les Väi- 
nes 


E, c'eft-à- 
1, IL pa 


 Proem. 


ke, Etcr- 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. V. 213 


Dans la fuite du tems, certains Empereurs, crédules & fu- 


nes recherches. 


perftiieux, mirent en honneur cette doétrine impie, & multiplièrent beau- 
coup le nombre de fes Partifans. 

L'EMPEREUR Z/in-chi-Wang-ti, qu'on accufe d’avoir fait brûler une infi- 
nité de Livres Chinois, fe laifla perfuader par ces Impofteurs, qu'ils avoient 


découvert la liqueur de l’Immortalité. Vu-ki, fixième Empereur de la race 
de Hau, fe livra uniquement à l’étude des Livres Magiques, fous un Chef de 
cette Seéte, nommé Li-chau-kyun. Comme il avoit embraflé la Seéte même, 
fon éxemple entraîna quantité de Seigneurs dans les mêmes fentimens, & rem- 
plitfa Cour d’une. multitude de faux Doéteurs. La mort lui ayantenlevé une de 
fes femmes, dont la perte le rendit inconfolable, un Magicien de fa Seéte em- 

æploya fes enchantemens pour lui faire voir la perfonne qu ilregrettoit. [ L'Au- 
teur paroît perfuadé, fur le témoignage des Hiftoires Chinoifes, que cette ap- 
parition fut réelle.] Il ajoûte qu'elle attacha plus que jamais l'Empereur aux 
pernicieux principes qu'il avoit embraflés. Ce Prince but plufieurs fois de la li- 
queur d’Immortalité; mais s’appercevant à la fin, qu'il n'en étoit pas moins 
mortel, il déplora trop tard l'excès de fa crédulité. 

CEPENDANT la Seéte des Magiciens ne reçut aucun préjudice de fa mort, 
& trouva meme de la proteétion dans fes Succeffeurs. Deux fameux Doéteurs 
obtinrent la permillion de répandre leur culte, en élevant au Démon un grand 
nombre de ‘T'emples, dans toutes les parties de l'Empire. Ilsvendoient, à fort 
grand prix, de petites flatues, qui repréfentoient les Efprits des hommes, 
dont ils avoient fait autant de Dieux, fous le nom de Syen-Yin; c'elt-a-dire, 
d''mmortels (e). Cette fuperftition acquit tant de force, que fous les Empe- 
reurs de la Dynaftie de Tang, on donnoit aux Prètres le titre de Tyen-tfe, 
qui figmfie Doëteurs Céleftes. Le londateur de cette race Impériale éleva un 
Temple magnifique à Lau-kyun; & Veng-tfon, fixième Empereur de la même 
race, fit apporter, avec beaucoup de pompe, la ftatue de ce Philofophe dans 
fon Palais {f). 

Les suceeffeurs du Chef de cette Seéte ont toûjours été revêtus de la dignité 
de grands Mandarins, & font leur réfidence dans une Ville de la Province de 
Kyang-fi, où ils ont un palais magnifique. On y voit arriver, des Provinces 
voiinés, une foule continuelle de Devots, qui viennent s’y procurer des re- 
médes pour leurs maladies, ou demander des éclairciflemens jur leur defti- 
née, & fur tout ce qui doit leur arriver dans le cours de leur vie. Ils reçoi- 
vent des Tyen-tfes, un billet rempli de caraétères magiques, & partent. fort 
fai faits, apres l'avoir payé. Mais le crédit de ces Impofteurs angmenta 
beaucoup fous la Dynaftie de Song, dont le troifième Empereur, nommé Chin- 
tfong , fe laiffa ridiculement tromper par leurs artifices. Pendant une nuit 


obfcure, ils fufpendirent à la grande porte de la Ville Impériale un Livre, 


compofé de caraétères & de fentences magiques, pour. l'invocation des Dé- 
mons. Ils publièrent qu’il étoit tombé du Ciel. Auffi-tôt le crédule Monar- 
que l'alla recevoir de leurs mains, avec une profonde vénération, & le porca, 
comme 


(+) Les Anglois prétendent ici que l’Au- 
teur manque de fidélité en repréfenrant les 
Saints ou les Héros Chinois comme ües Dieux, 
& qu'il rend inal Sÿen-Tin par immortels, quoi 


que ce mot fignifie Hommes immortels. 
(f) Chine du PteduHlalde, pag. 648, & 
Mémoires du Pere le Comte, pag. 324. 


d 3 


ReLiatons 
Cuinoises, 


Duperie 
d'un Empe- 
reur. 


Progrès de 
la Seéte de 
Lau-kyun, 


Honneurs 
rendus aux 
Prètres de 
cette Secte. 


Abus qu'ils 
font de la 
crédulité d'un 
Empereur. 


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RELIGIONS 
Cuinorsss, 


Autres abus 


"qui augmen- 


tent le crédit 


des Prêtres. 


Impoftures 
des Prêtres 
de la Seéte de 
Lau-kyun. 


914 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


come en triomphe, dans fon:palais, où l'ayant renfermé dans une boëte d'or, 
il le garda fort foigneufement. : Telle. fut l’origine du nouveau culte d’une 
multitude d’Efprits, qui furent reconnus pour autant de Divinités indépen. 
dantes, & honorées du nom-de-Chang-ti. (On déïfia même quelques anciens 
Princes , auxquels on adreffa des prières. 

Wu1G-TsONG, huitième Empereur de la même race, porta la fuperfti. 
tion, jufqu’a-donner le nom de Chang-ti , ou de Doéteur célefte, à un Doc- 
teur de la même Seéte, nommé Chang:i, qui s’étoit acquis beaucoup de répu- 
tation fous la race de Hau. Jufqu’alors, les Idolâtres mêmes avoient diftingué 
Chang-ti, des autres Divinités.  Aufñli, quelques fameux Ko-laus , qui ont écrit 
fur cette matière, attribuent-ils la ruine des Songs (g) à cette impiété. En 
un mot, la Seéte de Lau-kyun s'étendit de jour en jour, foit par la protec. 
tion des Empereurs, foit par la faveur des Grands, dont elle flattoit les pas. 
fions, ou par l'impreflion d’étonnement & de terreur qu’elle faifoit fur le peu- 


ple. [ Les paétes de leurs Miniftres avec le Démon, les forts qu’ils jettoient y 


les furprenans effets de leur art magique, infatuèrent la plûpart des efprits, 
& on les voit encore aujourd’hui extrémement prévenus en leur faveur. On 
appelle afez ordinairement ces'Impofleurs pour guérir les maladies, & pour 
chafler (h) les Démons. ] ; 

Les Prêtres de Lau-kyun facrifient au Démon trois fortes de viétimes; un 
porc, un poiflon, & un cifeau. Ils enfoncent un pieu dans la terré, comme 
une efpèce de charme ; & traçant fur le papier quantité de figures bizarres, 
ils accompagnent ces deux cérémonies de cris & de grimaces horribles, & 
d’un bruit effroyable de chaudrons & de petits tambours. Quoique le fuccès 
ne réponde pas toûjours à leurs promefles, ils ne s'en attirent pas moins de 
refpeét par leur autorité & par leurs enchantemens. Ils s’affocient, à prix 


. d'argent, quantité de Miférables, qui éxercent la Divination, comme un mé. 


tier. Avec les lumières qu'ils tirent de leurs informations, ils difent le nom 
d’une perfonne qui vient les confüulter, quoiqu’ils ne l’ayent jamais vûe, lé. 
tat de fa farhille, la fituation de fa demeure, le nombre de fes enfans, leurs 
noms & leur âge, avéc mille autres particularités, dont l’Auteur juge que le 
Démon peut fort bien être inftruit & qui caufent, dit-il, une étrangé furpri- 
fe au Vulgaire foible & crédule (i). 1l ajoûte, que ces Enchanteurs, après 
avoir invoqué les Démons, font paroître dans l’air la figure du Chef de leur 
Seéte & celles de leurs Idoles. Autrefois, dit-il encore, pour répondre aux 
queftions qu’on leur faifoit fur l’avenir, ils employoient une plume ou un pin- 
ceau, qui écrivoit feul, & fans être touché de perfonne, toutes leurs expli- 
cations fur le papier ou fur le fable. Ils faifoient pañlér en revûe, dans un 
grand vafe d’eau, toutes les perfonnes d’une maifon. Ils faifoient voir dans 
le même vafe tous les changemens qui devoient arriver dans l’Empire, & les 
dignités imaginaires qu’ils promettoient pour récompenfe à ceux qui embrafe- 
roient 


{5 (g) Cependant cette même fete dure 
encore, ce qui prouve le peu de folidité de cette 
conclufion, 

{F"(b) Une impoiture en amène naturelle. 
ment une autre après foi; & nous ne devons 
pas être furpris de voir en Afie des Prêtres, 
tirer parti de femblables fourberies , tandis 


qu'il y a des Prêtres Européens, qui ne font 
pas plus fcrupuleux. ! 
E;"(4) Ne peut-on pas ranger Du Halde lui 
même parmi ce Vulgaire crédule, puis qu’il fup- 
pofe qu'il y a de la réalité, dans les fourbe- 
ries de ces gens-là ? 


roient 
aucun 
Rienn 
quoiqu 
plus gre 
regardé 
nombre 
CH1 
vante d 
Perfonn 
de Lin-1 
un pau 
vé l’occ 
même é 
vant un 
ple com 
quatre-v 
dans cet 
de mene 
Prunier, 
blancs cd 
mari, & 
fils, du 
Je bout d 
c'eft-à-di 
fans adm 
Lors 
pereur de 
ment. I 
Ufages di 
avec lui f 
fe, dans 
un jour fi 
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ui fe not 
Énees 
ayant fer 
k fut lo 


(k) Cep 
te, que les 
dent comm 

tre Du Hale 
a de gens 
de même. 
d'attribuer 
Diable, co 
Manichéifin 
pes. Il eft a 
“cs de pol 


boëte d'or, 
üulte d’une 
s indépen- 
es anciens 


a fuperfti. 
à ue Doc- 
p de répu- 
It diflingué 
ii ont écrit 
piété. En 
la protec- 
oit les pas. 
fur le peu- 
s jettoient y 
es efprits, 
aveur. On 


s, & pour 


iétimes ; un 
ré, comme 
s bizarres, 
ribles, & 
xe le fuccès 
js moins de 
ent, à prix 
nme ufi mé- 
fent le nom 
is vûe, lé. 
fans, leurs 
juge que le 
ange furpri- 
teurs , après 
ef de leur 
pondre aux 
ou un pin- 
leurs expli- 
e, dans un 
voir dans 

pire, & les 
li embrafle- 
roient 


, quine font 


Du Halde lui 
puis qu’il fup- 
s les fourbe- 


tre Du Halde pag. 649. [Tout ce qu'il y 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. V. 


215 
roient leur Seéte., Enfin ils prononcent des paroles myftérieufes, qui n’ont 
aucun fens , & s’attribuent le pouvoir de charmer les hommes & les maifons. 
Rien n’eft fi commun à la Chine que les récits de ces fortes d'Hiftoires : & 
quoiqu'il y ait beaucoup d'apparence, faivant la réfléxion de l'Auteur, que la 
plus grande partie ne foit qu'illufion, il n’eft pas croyable que tout doive être 


regardé du même œil Enfin, le Père Du Halde eft perfuadé, qu’un grand 
nombre de ces effets doit être attribué au pouvoir du Diable (k). 

Cuin, Philofophe (7) de la Seéte des Écettrés modernes, donne l’idée füi- 
vante de la naïflance, de la mort, & de la doëtrine de Zau-kyun, Ce fameux 
Perfonnage nâquit, dit-il, vers la fin de la Dynaîlie de Cheu, près de la Ville 
de Lin-pau, dans le diftriét de Ho-nau. Son père, furnommé Quang , étoit 
un pauvre Laboureur, qui parvint à l’âge de foixante-dix ans, fans avoir trou- 
vé l'occafion. de fe marier. Enfin ,. s'étant procuré l’affeétion d’une fille du 
même état, qui étoit âgée de quarante ans, il l'époufa. Cette femme fe trou- 
vant un jour dans un lieu folitaire, devint groffe tout-d’un-coup, par le fim- 
ple commerce & la vertu vivifiante du Ciel & de la Terre. Sa groffeffe dura 
quatre-vingt ans. Le Maître qu'elle fervoit effrayé de la voir fi long-tems 
dans cet état, prit le parti de la congédier. Elle fe vit réduite à la néceffité 
de mener une vie errante dans-le Pays, jufqu’à ce qu'étant accouchée fous un 
Prunier, elle fe trouva mère d’un fils, qui avoit les cheveux & les fourcils 
blancs comme la neige (m). Comme elle ignoroit le nom de famille de fon 
mari, & qu'elle ne l'avoit jamais connu que par fon furnom, elle appella fon 
fils, du nom de l'arbre, fous lequel il étoit né. Enfuite, obférvant qu’il avoit 
Je bout des oreilles fort long, elle en prit occafion de le furnommer Li-eul; 
c'eft-à-dire, Orcille de prunier. Mais le peuple, qui ne put voir fa blancheur 
fans admiration, le nomma Lau-tfe, ou le Vieil Enfant. 

Lorsqu’Ic eut atteint un certain âge, il devint Bibliothéquaire d’un Em- 
pereur de la race de Cheu, par la faveur duquel il obtint un petit Gouverne- 
ment. Il fit de fi grands progrès dans l'étude de l'ancienne Hiftoire & des 
Ufages de l’Empire, que Confucius eut la curiofité de le voir, pour difcourir 
avec lui fur le cérémonial, & fur lés talens d’un bon Mandarin (n). Lau- 
te, dans fa vieilleffe, prédit la décadence de la Dynaftie de Cheu. 11 monta 
un jour für le dos d’une vache noire, & prenant fa courfe à l'Oueft, il arri- 
va à l’entrée d’une vallée affreufe, dont le paflage étoit gardé par un Officier 

ui fe nommoit {hi. Il compofa le Livre du Tau-tfe , qui contient cinq mille 
Dos dans la Ville de Cheu-che, au diftriét de Tfin-chuen. Enfin la mort 
ayant fermé fes yeux, il fut enterré à U, où l’on voit encore fa tombe. Tel- 
ke fut l’origine & la fin de Lau-tfe. Il ne put prévenir, pendant fa vie, la 

ruine 

(k) Cependant il remarque, dans une No- 


te, que les Chinois les plus fenfés les regar- 
dent comme des impoftures. Chine du Pè- 


tenir un tel langage, qu'on feroit autorifé à 
regarder comme impie,] 

(1) On trouve dans Du Halde une partie 
de fon Livre, traduit par le Père d'Entrecol- 
les, Miffionaire Jéfuite, Vol. I. pug. 665. 

(m) Sa naiffance monftrueufe eft repréfen- 
tée ici commeune monftrueufe groffeffe. 

(n) Un Partifan de Lau:tfe a prétendu que 
Confucius fe propofoit dans cette vifite d’obte- 
ni les moyens de vivre long-tems. 


a de gens fenfés en Europe penferont aufli 
de même. Cependant ce Jéfuite ne laiffe pas 
d'attribuer tous ces effets au pouvoir du 
Diable, comme s'il cherchoit à propager le 
Manichéifme, ou la croyance de deux princi- 
pes. Il eft aifé de comprendre quelles font les 
“cs de politique , qui peuvent l’egager à 


ReEL1c1oNs 
CuiNoises. 


Remarque 
de l’Auteur. 


Vie de Lau- 
kyun, écrite 
par Chin, 


Naiffance de 
Lau-kyun, 


Ses divers 
noins, 


Il reçoit la vi- 
fite de Confu- 
cius. 


Reztctons 
CuiNotsus. 

Où fes par- 
tifans le pla- 
cent spiès fa 
mort. 

Sa doctrine 
eft railioc par 
l'Ecrivain de 
fa vie, " 


Comment 


l'Idole de Fo 
fut introduite 


à la Chine. 


216 VOYAGES DANS LE-MPIRE 


ruine de la race de Cheu, dont il étoit le Sujet & le Mandarin. Cependane 

ajoûte l'Auteur de fa Vie, fes Partifans veulent nous faire croire toutes les 
fables qu’ils rapportent de fa puiflance, & particulièrement qu'après fa mort 
il fut placé au fommet du Ciel, avec le titre des Trois Puretés. A l'égard de fa 
doétrine, Chin demande quelle idée l'on doit prendre d'un fyftême, dont l'u. 
nique but eft d'enfcigner l'indolence & l'ination. Pour faire connoître Ja 
jufteffe de fon raifonnement, il cite un pallage des inftruétions qu'il a laiffées 
à fes Difciples, dans lefquelles, entreprenant de louer ce qui eft doux , & par 
conféquent oppofé aux Livres Canoniques, qui louent la fermeté , il leur dit: 
» Confidérez ma langue. Ne fubfifte-t-elle pas, tandis qu'elle eft douce & 
» fléxible? & n’eft-ce pas elle qui détruit la dureté même des dents ? ‘ Le 
même Ecrivain parle, avec mépris, de l’arrogance qui le portoit à fe vanter 
d'avoir dérobé à la nature fa vertu vivifiante , & d’en pouvoir difpofer à fon 
gré. Il ajoûte qu'après un tel excès de préfomption, cet homme, qui nour. 
rifloit dans fon cœur l'ambition la plus vafte & la plus déréglée, a la folle 
effronterie de foûtenir que tout eft vanité; celle de prétendre que le cœur ne 
doit s'attacher à rien, quoiqu'il fût plus attaché que perfonne à la vie ; & 
celle d'établir, qu’il n’y a rien de plus louable que l’état d’indolence & d’inac. 
tion, quoique perfonne ne fût plus ardent que lui dans la pourfuite de fes 
vûes. Chin raille auffi fes prétentions à l’immortalité , quoiqu'il n’ait pas vêcu 
l'efpace d'un fiécle. Enfin il compare fa doétrine avec celle de Fo, dont on 
va donner quelque idée dans la Seétion fuivante (0). 


(o) Chine du Père Du Halde, ubi fup. page 669. & fuiv. 
ç. III. 


Seite de FO ox FUE. 


QUIVA NT le récit des Mifionaires, ce fut environ foixante-cinq ans a. 
 vant la naiflance de Jefus-Chrift que l'Empereur Ming-ti introduifit dans 
l'Empire une nouvelle Seéte, plus dangereufe encore que la précédente, & 
dont les progrès furent beaucoup plus rapides (a). Ce Prince s'étant rappellé, 
à l'occafon d’un fonge, qu’on avoit fouvent entendu dire à Confucius, ,, que 
» le Saint devoit paroître du côté de l'Oucfr, » envoya des Ambafladeurs aux În- 
des, pour découvrir quel étoit ce Saint, & fe faire inftruire de fa doétrine, 
Ceux qu'il avoit chargés de ces ordres, s'imaginèrent l'avoir trouvé dans l'I- 
dole Fo, ou Fue (b), qu’ils apportèrent à la Chine, avec les fables, les fu- 
perflitions, la doétrine de la métemfycofe, & l'athéïfme, dont les Livres In- 
diens étoient remplis. L’Auteur ajoûte, que fi toutes les merveilles que fes 
Difciples lui attribuent, ne font pas de pures inventions, ileft porté ä croire, 

avec 


(a) Le Père Couplet dit qu’elle infeétatous du Père Du Halde.] 
les Livres Chinois & toutes les Sectes, à l'ex- (b)-Nommée auffi Fue-kyau, Fotfes, Che 
ception du Mahométifme. Proem. Declurat. ou Che kya, & par corruption Cha-ka au Ja- 
pag. 27. [Il eft bon de remarquer que cette pon. Couplet obferve que par. le nom de Che- 
note, & la plüpart de celles qui fuivent, font  kya on entend tout le Corps des Bonzes & leur 
tirées de la traduétion Angloife de l'Ouvrage Religion. 


elle n 
vienn 
qu'à ! 
debou 
trant | 
tout -< 

5 Jur | 

il épot 
nois À 
foins d 
que les 
rempli 
Indiens 
Divin, 
tion du 
gnée. 1 
bre de , 
re comb 
pandue 
pafloien 
guoit di: 
lumes à 
plûtôc à 
de La-m 
Europée 
LE D 
mourut à 
il affemb 
qué que f 
h vérité 
il vouloit 
principe « 


(ce) Les 
dreridicule 
plus abfurde 


(f) Cou 
fmplicité, q 
VIII, (l 


pendant, 
toutes les 
s fa mort 
gard de fa 
, dont l’u. 
nnoître la 
1 a laiffées 
ux , & par 
il leur dit: 
: douce & 
nts ? ‘ Le 
a fe vanter 
pofer à fon 
, qui nour- 
; à la folle 
» le cœur ne 
la vie ; & 
€ & d’inac. 
fuite de fes 
ait pas vêcu 
Fo, dont on 


-cinq ans 4: 
roduifit dans 
écédente, & 
antrappelk, 
UCIUS, »> que 
deurs aux In- 
= fa doétrine, 
uvé dans l'I- 
bles, les fu 


es Livres In- 
silles que fes 
brté à croire, 
avec 


Cha-ka au Ja 


le nom de Che- 
s Bonzes & leut 


DE LA CHINE, Liv. II. Cuar. V. 


219 

avec Saint François Xavier, que Fo étoit plûtôt un Efprit qu’un homme (c). 
Izs racontent qu'il étoit né (4) dans cette partie des Indes, que les Chinois 

nomment ar eh que fon père, nommé Zu-fan-vang, étoit Roi de ce 


Pays, & que fa mère fe nommoit Mo-ya: qu'elle accoucha de lui par le côté 
gauche (e), & qu’elle mourut peu de tems après; que pendant fa groffeffe, 
elle ne ceffa point de rêver qu'elle avoit avallé un éléphant (f), & que delà 
viennent les honneurs que les Rois Indiens rendent aux éléphans blancs, juf- 
qu'à faire fouvent la guerre entr'eux pour s’en procurer un; que Fo fe tint 
debout fur fes pieds au moment de fa naïflance, @ qu'il fit fept pas, en mon- 
trant le Ciel d'une main, & la Terre de l'autre; que fa langue s'étant déliée 
tout- d'un-coup, il prononça diftinétement les paroles fuivantes : 4u Ciel €ÿ 
, Jur la Terre, il n'y à que moi qui mérite d'être adoré. ,, À l'âge de dix-fept ans, 
il époufa trois femmes, de l’une defquelles il eut un fils, nommé par les Chi- 
nois Mo-chen-lo (g). À dix-neuf ans, il abandonna fes femmes & tous les 
foins de la terre, pour fe retirer dans un lieu défert, avec quatre Philofophes, 
que les Indiens nomment Yogbis. : À trente ans, il fe trouva tout-d’un-coup 
rempli de la Divinité, & devint F0; c'eft-à-dire, un de ces Dieux, que les 
Indiens nomment Pagodes. Enfuite, fe regardant lui-même comme un Etre 
Divin, il ne penfa plus qu’à répandre fa doétrine, & qu’à s'attirer la vénéra- 
tion du peuple, par ies merveilles (h), dont fa prédication étoit accompa- 
gnée. Les Chinois de fa Seéte ont repréfenté fes miracles dans un grand nom- 
bre de gravûres, qui forment plufieurs gros volumes. On aüroïit peine à croi- 
re combien cette ridicule Divinité .s’attira d'Adorateurs. Sa doétrine fut ré. 
pandue dans toutes les parties de l'Orient par quatre-vingt mille Apôtres, qui 
pafloient pour fes difciples favoris. Mais dans cette multitude, on en diftin- 
guoit dix, d'un mérite & d’un rang fupérieurs, qui publièrent cinq mille vo- 
lumes à l'honneur de leur Maître. Les Chinois donnent à fes Seétateurs, ou 
plûtôt à fes Prêtres, le nom de Ho-changi, les Tartares, celui de Lamas, ou 
de La-ma-feng ; les Siamoïis, celui de Talapoins ; & les Japonois, ou plûtôt les 
Européens, celui de Bonxes. AL 
Le Dieu Fo ne put fe difpenfer de la loi commune à tous les hommes. Il 
mourut à l’âge de foixante-dix-neuf ans. À l’acproche de fa dernière heure, 
il affembla fes Difciples, pour leur déclarer que jufqu’alors il ne s'étoit expli- 
qué que par des figures & des paraboles, fous le voile defquelles il avoit caché 
la vérité pendant l'efpace de quarante ans; mais qu’étant prêt à les quitter, 
il vouloit leur communiquer le fond de fa doëtrine; qu’il n’y avoit pas d'autre 
principe des chofes que le vuide & le néant; que tout étoit forti du néant, & 


devoit 


(e) Les Bonzes, que l’Auteurtâche deren: phant, entré par fon goficr, étoit pa®é dans 
dreridicules, pourroient-ils avoirune croyance fon fein; mais que fuivant des conjeétures plus 
plus abfurde que celle là? juites, c’étoit le Diable, qui ayant dérobé de 

(d) Le Cointe dit mille ans avant Jefus- la femence humaine l’avoit rendue groffe fous 
Cri - (@la forme de cet animal, Ubi fup. pag. 28. [Il 
(e) A loccafion de cette naiffance, Cou.  eft aifé de juger qu’elle eft la Philofophie & 

let obferve que lo tenoit plus de la nature la Théologie de gens qui parlent de cette fa- 
e la vipère que de celle de l'homme, &que çon.] 
le nom de Foe ( c'eft ainfi qu’il l'écrit) fignifie  (Z) La-bou-lo, fuivant Coupict. 

en Chinois, Non Lomo. 5 L’Auteur ajoûte, par l'affiftance du Dia- 


(f) Couplet dit encore, avec la mêmeg#ble. [Il auroit mieux fait de nier toutes ces pré- 


fimplicité, que fa mère avoit rêvé qu'un Elé- ‘tendues merveilles, 
VIII. Part. Ee 


RELICIONS 
CHiNolses. 


Naiffance 
de Fo & cir- 
conftances de 
fa vie. 


Il devient 
Dieu. 


Comment fa 
doétrine fut 
répandue, 


Mort de Fo 
& fa dernière 
déclaration, 


RELIGIONS 
CuiNoises. 


Fables pu- 


bliées par fS £ibles, qui en impofèrent facilement à la cré 


Difciples. 


Précaution doétrine. Son Maître lui avoit ordonné, en mourant, de ne jamais employer 


de l'o pour 
accréditer fa 
doétrine, 


Scéte d'A- 


mida, ou d'O- 


mito, 


Deux au- 
tres Scétes 
Chinoifes. 


218 . VOYAGES DANS L'EMPIRE 


devoit y rentrer, & que telle étoit la fin de toutes iles efpérances. Malgré 
cette déclaration, fes Difciples demeurèrent attachés à fes premières leçons 
& leurs principes font direttement contraires à l'athéifme. : 
Izs ne manquëêrent pas, après fa mort ( i) , de répandre une infinité de 
ulité du Peuple. Ils publièrent 
que leur Maître étoit né huit mille fois; que fon ame avoit pañlé fuccefive. 
ment dans pluficurs animaux , & qu'il s'étoit fait voir fous la forme d'un 
finge, d'un dragon, d'un éléphant blanc, &c. Comme le but de cette im- 
poiture étoit d'introduire fon culte, fous la figure de ces divers animaux, on 
ne manqua point de leur rendre des adorations, parce qu'ils avoient fervi de 
domicile à l'ame de Fo. Les Chinois mêmes ont bâti des Temples à toutes 
fortes d'Idoles, qui n’ont fait que fe multiplier dans toute l'étendue de l’Em- 
pire. Mo-e-kya-ke, difciple favori de lo, demeura le dépoñitaire de fes 
plus importans fecrets, & chargé particulièrement de la propagation de fa 


d'argumens ni de preuves, pour. foutenir fa doétrine ; mais de mettre feule. 
ment à la tête des Ouvrages qu'il devoit publier: ,, Telle eft la doétrine que 
» jaireçue(k) 

Fo parle, dans un de fes Livres, d’un Maître plus ancien que lui, auquel 
les Chinois ont donné le nom d’O-mi-to, & les Japonois, par corruption, 
celui d’Amida., .Ce Perfonnage parut dans le Royaumé de Bengal , & les Bon. 
zes prétendent qu’il avoit acquis,une fi grande perfeétion de fainteté & de 
mérite, qu’il fuilit à préfent de l'invoquer, pour: obtenir du Ciel.le pardon 
des plus grands crimes (/).  Aufi les Chinois de cette Seéte ont-ils conti 
nuellement ces deux noms dans la bouche: O:mi-to, Fo! Ils font perfuadé 
qu'aprèsavoir invoqué ces deux Dieux , non-feulement ils font parfaitement pu. 
rifiés, mais qu'ils peuvent enfuite licher la bride à leurs paffions, parce qu'il 
ont toûjours la facilité de laver:leurs taches au même:prix (m). Les derniers 
difcours de Fo firent naître une Seëte d’Athées, entre les Bonzes., Une troi. 
fième Seéte entreprit dé concilier les deux doétrines, par la diftinétion qu'elle 
mit entre l'extérieur & l'intérieur. L'une; fuivant cette idée, eft plus conven:- 
ble à la portée du Peuple, & prépare les efprits à recevoir la feconde, qui 
ne convient qu'aux ames bien inftruites & bien purifiées, [& qui on 

ur 


(i) L'Auteur omet quantité de circonftan.  . Ui fup, pag. 29. Il femble,. par ce pallige, 
ces, rapportées par d'autres. Coupletraconte que la Religion des Bonzes de la Chinea 
que le corps de Fo fut brûlé avec du boisodo: * beaucoup de rapportavet celle des Indiens, fi 
tiférant, fuivant l'ufage du Pays, & que fes ce n'eft pas la même dans le fond. Mais les 
cendres furent diftribuées entre les Hommes,  Miffionaires n'ont pas fait remarquer cette 
les Éfprits, & les Dragons de la mer: qu’une conformité. 
de fes dents fut envoyée au Roi de l'Ifle de Cey- CE) Il ne paroit cependant pas que par fes 
lan & qu'elle y fut adorée, jufqu'à ce que  expreffions il ait jamais cherché à établir fa 
Conitantin, frére d'un Duc de :Bragance ,  fupremacie. t 
l'ayant enlevée avec d'autres d'pauilles, . la , ÿg=(2) Ces gens-là croyent fans doute le mé- 
brûla & difperfa les cendres, après avoir refu- rite des œuvres, & les œuvres de (ureroga 
fé de la reftituer pour une trés grofle fomme;, tion. 
que les Hiftoriens Portügais , qui l'ont appel- f3*(m) Nous voyons de même en Europe des 
lée Dent de Singe, n'ont pas commis d'erreur, gens qui croient que les péchés les plus atroces 
puifque Fo eft honoré dans l'Ifle de Ceylan peuvent être expiés par certains aétes de reli- 
fous la figure d'un Singe, & dansd’autres Na-  gion, faits dans des baux privilégiés, 
tions fous d'autres formes & d'autres noms. "1p 


rappor 


tn) 
pour tou 
térieur d 
recomrmi£ 
comme 
leurs vûe 
Ja précar 
nes, qui, 
‘dire pi 
ont égale 
ceMité, 
imitateur 
aifé de f, 
çon! Ma 


Malgré 
8 leçons, 


ifinité de 
“ublièrent 
uccefive. 
rme d'un 
cette im- 
maux, on 
t fervi de 
s à toutes 
> de l’'Em- 
ire de fes 
tion de fa 
s employer 
ettre feule. 
oétrine que 


lui, auquel 
-orruption, 
 &les Bon: 
weté & de 
11e pardon 
nt-ils conti: 
at perfuadés 
aitement pu- 
parce qu'ils 
Les derniers 
. Une troi: 
étion qu'elle 
lus conveni- 
econde, qui 


qui s’appuitÿ 
fur 


bar çe paîaiges 
de la Chinea 
des Indiens, fi 
nd. Mais les 
narquer cette 


bas que par fes 
a Séablir fa 


s doute le mé- 
de (urerogi- 


en Europe des 
es plus atroces 

aétes de roli- 
égiés. 


DE LA CHINE, Lrv.lIl Cuar. V. 


219 


fur l’autre comme une voûte qu’on bâtit, fur fon cintre, & qui n'a plus befoin 
de ce foutien, dès qu’une fois elle eft conftruite.] 
Les principes de Morale, dont les Bonzes recommandent foigneufement la 
ratique, font contenus dans la doétrine extérieure. Ils confiftent à croire: 
u’il y a beaucoup de différence entre le bien & le mal; qu'après la mort, 
, il y a des récompenfes pour la vertu, des punitions pour le vice, & des 
, places marquées pour l'un & l'autre, fuivant le degré de leur mérite; que 
, le Dieu Fo naquit pour fauver le Monde, & pour ramener, dans la voie 
, du falut, ceux qui s'en étoient écartés ; que c’eft à lui qu'ils doivent l'ex- 
, piation de leurs péchés, & la nouvelle naïflance à laquelle ils font defti- 
» nés, dans un autre Monde; qu'il y a cinq préceptes d’une obligation in- 
, difpenfable ; 1°, de ne tuer aucune créature vivante; 20, de ne pas s’em- 
, parer du bien d'autrui; 3°. d'éviter l'impureté; 4°. de ne pas bleffer la 
» vérité par le menfonge (n); 5°. de s’abftenir de l’ufage du Vin. 
.. Mas les Bonzes recommandent particulièrement de ne pas négliger cer- 
taines œuvres charitables, qu’ils prefcrivent dans leurs inftruétions: ,, Trai- 
, tez bien les Bonzes, répétent-ils fans cefle, & fourniflez-leur tout ce qui 


eft néceflaire à leur fubfiftance. 


Bâtiflez des Monaftères & des Temples, 


,, afin que par leurs prières, & par les châtimens volontaires qu’ils s’impofent 
» pour l’expiation de vos péchés, ils puiffent vous garantir des punitions (0) 


» dont vous êtes menacés. 


Aux funérailles de vos parens, brûlez du papier 


, doré & argenté, avec quantité d’habits & d’étoffes de foie, qui feront 


, changés dans l’autre Monde en or, en argent, & en habits réels. 


Ainf, 


,» non-feulement vous pourvoirez aux nécellités des perfonnes qui vous font 
» chères, mais vous les mettrez en état d’obtenir la faveur dedix-huit Gardes 
,; de l'Enfer, qui feroient inéxorables, fans cette corruption, & capables 
» de les traiter avec la dernière rigueur. Si vous négligez ces Commande- 
» mens, vous ne devez vous attendre, après la mort, qu’à de cruels fuppli- 


5» CES. 


Votre ame, par un long cours de tranfmigrations, paflera dans les 


» plus vils animaux, & vous reparoîtrez, fuccefivement, fous la forme d’un 
, mulet, d’un cheval, d’un chien, d’un rat, & d’autres créatures, encore 


» plus méprifables. 


Iz feroit difficile de faire comprendre (p) toute la force de ces terribles chi- 
mères, fur l’efprit crédule & fuperftitieux des Chinois. Le Père Le Comte en 
rapporte un éxemple (q). Se trouvant dans la Province de Cheng-fi, il fut 


gf(n) Commme il eft abfolument néceffaire 
pour toutes fortes de religions d’avoir un ex- 
térieur de fainteté, les Bonzes ont eu foin de 
recommander la pratique de la morales mais 
comme cette pratique ne s’accorde pus avec 
leurs vûes intéreflées & ambitieufes, ilsont eu 
la précaution de l'éluder par d'autres doétri- 
nes, qui, pour ceux qui ne réfléchitfent pas, c'eft- 
dire pour la plus grande partie du peuple, 
ont également un extérieur d'équité & de né- 
ceMité. Plut à Dieu, qu’ils n’euflent aucun 
imitateur en Europe ; où il ne feroit que fort 
aifé de faire voir qu’on a agi de la même fa- 
çon! Mais nous n'entrerons pas ici dans ces 


Ee 2 


un 


odieufes comparaifons. 

Î5"{o) L'Auteur en rapportgnt ceci ne faifoit 
pas attention, qu’il donnoit lieu à certaines 
comparaifons, qui ne feroient pas de fon goût. 
(Cp) Il n'eft pas difficile de comprendre 
que les crédules Chinois font éffrayés par de 
telles chimères, puifque nous voyons des peu- 
ples en Europe trembler lorfqu'ils entendent 
parler du pouvoir des démons, des forciers, 
& d'autres chofes femblables. 

(a) Les Auteurs Anglois trouvent l’efprit 
fi fertile au Père le Comte, qu’ils croient pou- 
voir quelquefois douter de la vérité de fes 
éxemples, 


Rez1GtoNs 
Cuinoisss. 


Morale des 
Bonzes de la 
Chine. 


Articles 
qu'ils recoiu: 
mandeat. 


Exemple de 
la crédulité 
que les Chi- 
nois ont pour 
la doctrine 
des Bonzes. 


RaLIGIONS 
CHINOISES, 


Autre éxem- 
ple de l’im- 
poiture des 
Bonzes, 


Adreffe des 
Bonzes pour 
foutenir leur 
Secte, 


220 VOYAGES DANS L'EMPIRE. 


un jour appellé pour a à un Malade, qui étoit âgé de foixante-dix ans. 

Ce Vicillard vivoit d'une petite d'a pb: qui lui avoitété accordée par l’Em. 
pereur, & les Bonzes l’avoient aflüré , que la reconnoiffance lui impoferoit 
dans l’autre Monde un devoir aflez pénible; c'étoit d'y fervir l'Empereur, 
en portant les dépêches de la Cour dans les Provinces. Ainf fon ame devoit 
pañlér, pour cet office, dans le corps d’un cheval de pofte. 1ls lui recomman- 
doient de ne jamais broncher, ni mordre, ni ruer, ni blefler perfonne; ils 
l’exhortoient à courir légèrement, à manger peu, à fouffrir patiemment l'épe. 
ron, comme autant de moyens pour exciter la compañion des Dieux, qui font 
fouvent un homme de qualité d'un bon cheval, & qui l’élevent à la dignité 
de Mandarin. ‘Toutes ces idées afliégeoient fans cefle l'imagination du Vieil. 
lard, le faifoient trembler, & troubloient chaque nuit fon fommeil. Dans fes 
fonges, il croyoit fe voir fellé, bridé, & prêt à partir, au premier coup de 
fouet du Poftillon. 1l fe trouvoit couvert de fueur & tout éperdu à fon ré. 
veil; incertain quelquefois s’il étoit homme ou cheval. Comme il avoit en. 
tendu dire, que dans la Religion du Miffionaire, on n’avoit point à redouter 
un fort fi miférable, & qu’on ne cefloit pas du moins d'y conferver la qualité 
d'homme, il fouhaita vivement d’y être reçû, & le Mifionaire aflüre qu'il 
mourut très-bon Catholique (r). 

La doétrine de la tranfmigration des ames eft extrémement propre à foûte- 
nir les fraudes & les artifices, que les Bonzes inventent pour exciter la libéra- 
lité du Peuple. On en lit un autre éxemple, dans le même Auteur. Deux Bon- 
zes, voyant deux beaux canards dans la cour d’un riche payfan, fe mirent à 
foupirer & à pleurer amèrement. La maîtreffe de la maifon, qui les obfervoit 
de fa chambre, fortit avec empreffement, pour leur demander ce qui les af. 
fiigeoit. ,, Hélas! lui dirent-ils, nous fçavons que les ames de nos pères 
“Ont paflé dans le corps de ces animaux, & la crainte qu’il ne vous prenne 
» envie de les tuer, nous fait mourir de douleur. J'avoue, leur répondit 
, cette femme , que notre deffein étoit de les tuer ; mais je vous promets de 
les garder, puifqu’ils font vos parens. “ Ce n’étoit pas tout-à-fait l'inten- 
tion des Bonzes. Îls lui repréfentèrent, que fon mari feroit peut-être moins 
charitable, & qu'ils feroient fort à plaindre, s’il arrivoit quelque difgrace à 
ces pauvres créatures. Enfin, la pitié prenant le deffüs dans le cœur de 
cette honnête femme, elle confentit à leur livrer les canards, afin qu’ils pûf. 
fent veiller eux-mêmes à leur fureté, Ils les acceptèrent, avec de grandes 
marques de reconnoiffance, en fe profternant devant eux, & leur témoignant 
beaucoup de tendreffe & de refpeët. Mais ils les tuèrent le foir, pour en 
faire un bon feftin. 

Dans la mécefité de foûtenir leur Seéte, ils achetent de jeunes garçons 
de fept ou huit ans, qu'ils inftruifent pendant quinze ou vingt ans dans leurs 
myftères, avec toutes fortes de foins, pour les rendre propres aux mêmes 
offices. Cependant la plûpart font fort ignorans, & n’entendent pas même 
les principes de leur doétrine. Mais comme il y a parmi eux une diftinétion 
de rangs fort bien établie, les uns font employés à demander l’aumône; d'au- 
tres, qui ont acquis la connoiffance des Livres, & qui parlent poliment , font 


chargés de vifiter les gens de Lettres, & de s’infinuer dans la faveur “ete 
arins. 


(r) Mémoires du Père le Comte , pag. 326. & Chine du Père du Halde, pag. 650. & fuiv. 


TTL 


* 


ans. 
rl'Em- 
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Dereur , 
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Dans fes 
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la libéra- 
Deux Bon- 
mirent à 
 obfervoit 
qui les af- 
nos pères 
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Hi niso,o 


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(+) Ceci 
de certains E 
pirens avec le 
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bénite : ces f 
Pas non plus 

(v) Les A 
niverfelle, &c 
d'un Voyageur 
is, de celui d 
grandes relati 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. V. 221 


darins. [ Mais le nombre de ces derniers eft fort petit. ] Ils ont auñi, dans 
Jeurs Couvens, de vénérables Vieillards, qui préfident aux Aflemblées des 
femmes; mais ces Affemblées font en petit nombre, & ne font point en ufa- 

e dans toutes les Villes. Quoique les Bonzes n’ayent pas de Hierarchie ré- 


ulière, ils ont des Supérieurs, qu'ils appellent Tu-ho-chang, où Grands Bon- 


zes. Ce rang ajoûte beaucoup à la confidération au peuvent avoir acquife 
par leur âge, par leur contenance grave & modefte, & par tous les artifices 
de l’hypocrifie. On rencontre des Maifons, ou des Couvens de Bonzes, dans 
toutes les parties de l'Empire. 

Iz n’y a point de Province, qui n’ait quelques montagnes, où les Bonzes 
ont bâti des Couvens, qui font plus honorés que ceux des Villes. On y fait 
des pélerinages. Les Dévots fe mettent à genoux, en arrivant au pied de la 
montagne, & fe profternent, à chaque pas qu'ils font pour monter. Ceux 
qui ne peuvent entreprendre le voyage, prient leurs amis d'acheter pour eux 
une grande feuille imprimée, dont le coin ef figné de la marque des Bonzes. 
Au centre eft la figure du Dieu Fo, entourée d'un grand nombre de cercles. 
Les Dévots de l’un & de l’autre féxe portent au cou, & quelquefois autour 
du bras, une efpèce de rofaire, compofé de cent grains d’une grofleur mé- 
diocre, & de huit autres grains beaucoup plus gros. : Le fommet eft une 
boule allongée, de la forme d’une petite gourde. En roulant ces grains en- 
tre leurs doigts , ils prononcent Îles deux noms myftérieux, O-mito, Fo, 
dont l’Auteur dit qu'ils n’entendent pas eux-mêmes le fens (s). Ils les ac- 
compagnent de cent génuñéxions, après lefquelles ils retranchent un des cer- 
cles rouges , qui font imprimés fur leur feuille. 

Les Laïques invitent quelquefois les Bonzes à les vifiter dans leurs mai- 
fons, pour y faire leur prière, & pour confirmer l’autenticité de ces cercles 
par leur fceau. Ils portent la feuille, avec beaucoup de pompe, aux funé- 
railles de leurs parens, dans une boëte, qui eft fcellée aufi par les Bonzes. 
Ils donnent à ce précieux bijou le nom de Lu-in, c’eft-à-dire, Pafleport pour 
le voyage de ce Monde à l’autre. Ce tréfor ne s'obtient qu'à prix d'argent 
(+); mais perfonne ne regrette la dépenfe , parce qu'on le regarde comme le 
gage du bonheur futur. 

ENTRE les Temples des faux Dieux (v) on en diftingue plufieurs , qui 
ne font pas moins fameux par la magnificence & l'étendue des édifices, que 


par 


(s) Il oublie qu’il l’a expliqué plus haut,  Seétateurs de Fo ne font point idolâtres. Ils 
voyez pag. 218 [& c'eft une expreffion proteftent contre l’adoration de plufeurs 
affez femblable à celle qui eft fouvent dans la Dieux, & n'en reconnoiflent qu'un, dont ils 
bouche de certains Pélerins Huropéens, qui ont reçu les précepres par deux de fes Servi- 
ne reffemblent pas mal aux Pelerins Chinois.] teurs, [ Dalay Lama à Kutuvbtu.] S'ils ho- 
ÿ"(t) Ceci reffemble un peu à la fuperftitiong#norent fes images & celles des faints Perfon- 
de certains Européens qui font enterrer leurs nages, c'eft en qualité de fimples repréfenta- 
parens avec les habits d’un ordre religieux, où. tions qu'ils croient capables de rappeller aux 
qui mettent dans leur cercueil quelque image hommes le fouvenir de leur devoir.  Hifhoire 
bénite : ces fortes de privilégesnes’accordent Générale des Turcs, des Monguls€ÿc. Vol. IL. 
pas non plus fans argent. pag. 409. [ Cette raifon n’eit pas des mrilleu- 
(v) Les Auteurs Anglois de l'Hiftoire U- res, cependant ne pourroit-on pas foupçonner 
niverfelle, &c. prétendent, furle témoignage  l’Auteur de n'avoir pas repréfenté au jufte la 
d'un Voyageur fort intelligent, appuyé, difent.  Doëtrine des Bonzes, pour leur oter un argu- 
is, de celui de plufieurs autres qui ont eu de ment qu’il a en commun avec eux.] 

grandes relations avec les Chinois, que les . 


Ee 3 


RELIGIONS 
CuiNoises. 


Pélerinages 
de la Seéte de 


l'o. 


Crédulité 


des Laïques. 
} 
i 
! 
La figure des | 
Holes inpofe * 
au Peuple, 


229 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Rez1GtONS par l’étrange figure des Idoles. Il y'en a de fi monftrueufes,;: r& leurs adora. 


CHiNOISES tougs effrayés du feul fpeétacle, fe profternent en tremblant 


Les morti- 
fications des 
Bonzes ne lui 
en impofent 
pas moins. 


Etrange pé- 
nitence d'un 
jeune Bonze. 


Sonentre- 
tien avec le 
Père le Com- 
te. 


frapent plu- 
fieurs fois la terre du front. Comme les Bonzes n’ont point-d'autre vûe-que 
de gagner de l'argent, & que touté la réputation qu’ils peuvent avoir acquife 
n’empeche point qu'ils ne foient la plus vile partiede l'Empire ;1äls poffédent 
l'art de fe contrefaire devant le Peuple par une continuelle affectation de dou. 
ceur, de complaifance, d'humilité & de modeftie, qui trompe tout le mon. 
de au premier coup-d’œil. Les Chinois ne pénétrant point au de-là de lap. 
parence, les prennent pour autant de Saints, fur-tout lorfqu'à cec extérieur 
impofant ils joignent des mortifications corporelles & des jeûnes rigoureux, 
qu'ils fe lèvent plufieurs fois la nuit pour adorer Fo & qu’ils paroïflent fe facri- 
fier au bien public. Souvent, pour augmenter leur mérite dans l'opinion du 
vulgaire & toucher de compañlion leurs fpeétateurs, ils s'impofent de rudes 
pénitences jufqu’au milieu des places publiques. Les uns s'attachent au col & 
aux pieds de groffès chaînes, de plus de trente pieds de long, qu'ils traînent 
avec beaucoup de fatigue au travers des rues; & s’arrêtant à chaque porte: 
» Vous voyez, difent-ils aux Habitans, ce qu’il nous en coûte pour expier vos 
» péchés. Ne pouvez vous nous faire une petite aumône (x)? On en recon- 
tre d’autres qui paroiflent tout fanglans des coups qu'ils fe donnent fur la tête 
avec une groffe pierre. Mais de toutes ces auftérités volontaires, il n’y ena 
pas de plus furprenante que celle qui eft rapportée par le Père le Comte. Il 
rencontra, au milieu d’un Village, un jeune Bonze, doux, affable & modelte, 
placé debout dans une chaife de fer, dont le dedans étoit hériffé de cloux 
pointus, qui ne lui permettoient pas de s'appuyer fans fe faire une infinité de 
bleflures. Il étoit porté fort lentement dans les maifons par deux porteurs de 
louage, & toutes fes prières feréduifoient à demander quelqu’aumône. ,, Vous 
le voyez, difoit-il, ,, je fuis enfermé dans cette chaife pour le bien de vos 
ames. Je n’en fortirai point que tous les cloux dont elle eft remplie n’ayent 
été achctés. L’Auteur remarque'qu’il y en avoit plus de deux mille. ,, Cha- 
que clou, ajoûtoit le Bonze, ,, vous coûtera fix fols. Mais vous ne devez 
pas douter qu’ils ne deviennent une fource de bénédiétions dans vos famil- 
les. Prenez-en du moins un. Vous ferez un aéte héroïque de vertu; & l’au- 
mône que vous donnerez ne fera pas pour les Bonzes, à qui vous pouvez 
témoigner votre charité par d’autres voies; mais pour le Dieu Fo, à l’hon- 
neur duquel nous voudrions bâtir un Temple. 

LE Père le Comte pañfa fort près de ce jeune Impofteur, qui lui fit le mé. 
me compliment. Sur quoi il lui confeilla de s’épargner des peines inutiles & 
d'aller fe faire inftruire à l'Eglife Chrétienne. Le Bonze lui répondit qu'il lere- 
mercioit beaucoup de fon confeil, mais qu’il lui auroit encore plus d'obligation 
s'il vouloit acheter une demi-douzaine de fes cloux, qui lui attireroient in- 
failliblement du bonheur dans fon voyage. ,, Tenez, ajoûta-t-il, en fe tour- 
nant dans fa chaife, . prenez ceux-ci, fur ma parole. Foi de Bonze, je 
» vous les donne por: les meilleurs, parceque ce font ceux qui m'incom- 


»» modent le plus. Cependant ils ne vous couteront pas plus que les autres. Il 
prononça 


29 
» 
LD 
LE 
3 
EE] 
2 
LE] 


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2) 


f(x) On voit ailleurs qu'à.la Chine des bien à cet égard, äcelles des Borzès, 


Mefdians , dont les pratiques reffemblent 


Y JOIE 
mi-to, 
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forme. 
Bonze 
fienne. 
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le Palai 
Enfuita 
tirer ce 
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Cr). 
été l’objce 
qui le re 
croyoit a\ 
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vres, do 
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$ adofa- 
ent plu- 
vûe que 
* acquife 
offédent 
de dou- 
: le mon. 
de ap. 
extérieur. 
goureux, 
c fe facri- 
pinion du 
de rudes 
au col & 
s traînent 
ue porte: 
xpier vos 
en recon- 
fur la tête 
il n'y ena 
‘omte. Il 
 modefte, 
, de cloux 
infinité de 
orteurs de 
e, , Vous 
ien de vos 
lie n’ayent 
le. ,, Cha- 
s ne devez 
vos famil- 
u; & lau- 
bus pouvez 
o, a l'hon- 


fit le mê- 
inutiles & 
willere- 
l'obligation 
eroient in- 
en fe tour- 
Bonze, je 
m'incom- 
autres. Il 
prononça 


bnzès, 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. V. 223 


rononça ce difcours, d'un air qui auroit faitrire le Mifionaire dans toute au. 
tre occafion (y). . 

L'AvVIDITÉ des Bonzes pour les aumônes les rend toûiours prêts à fe ren- 
dre indifféremment chez les riches & chez les pauvres, au moment qu’ils y font 
appellés. Ils y demeurent auifi long-tems qu'on veut les retenir. Si c’eft pour 
quelqu’affemblée de femmes, ils ménent avec eux un Grand Bouge, qui eft dif- 
tingué des autres par le refpcét qu'ils lui portent, par le droit de préféance, 
& par un habillement propre à fon rang. 

CEs afl:mblées dévotes leur apportent un revenu confidérable. On voit dans 
Jes Villes plufieurs Sociétés de dix, quinze ou vingtfemmes, avancées en âge 
ou veuves, & par conféquent libres dans la difpofition de leur bourfe. Les 
Bonzes choififlent particulièrement les dernières pour Supérieures ou pour Ab- 
befles de la Société. Chacune obtient ce degré d'honneur à fon tour, & le pof- 
fède l'efpace d'un an. C’eft chez la Supérieure que fe tiennent les affemblées, 
& les autres contribuent d’une certaine fomme d'argent aux dépenfes nécef- 
faires pour l'entretien de l'Ordre. Les jours d'aflemblée, un vieux Bonze qui 
en eft le Préfident, chante des hymnes à l'honneur de Fo. Toutes les Dévotes 
y joignent leur voix. Lorfqu’elles ont faitretentir affez long-tems les noms O- 
mi-to, Fo, & battu fur de petits chaudrons, elles fe mettent à table & fe trai- 
tent fort bien. Mais on ne parle ici que de la cérémonie ordinaire. 

Aux jours folemnels, le lieu de l'affemblée eft orné de plufieurs images & 
de peintures grotefques, qui repréfentent les tourmens de l'Enfer fous mille 
formes différentes. Les prières & les jeûnes durent fept jours, & le grand 
Bonze eft affifté par d'autres Bonzes inférieurs, qui joignent leurs voix à la 
fienne. Dans cet intervalle, leur principal foin eft de préparer & de confacrer 
des tréfors pour l’autre Monde (2). On conftruit dans cette vûe un petit Pa- 
lais de papier peint & doré, où l'on fait entrer toutes les parties qui compo-. 
fent une maifon. On le remplit d'une infinité de boëtes de carton, peintes & 
vernies, qui contiennent des lingats d'or & d'argent; c'eft-à-dire, de «papier 
doré & argenté. Ces myftérieufes bagatelles doivent fervir à préferver les Dé- 
votes des châtimens terribles que le Yen-vang, ou le Roi de l'Enfer, éxerce 
fur ceux qui n'ont rien à lui offrir. Ils mettent à art une certaine fomme, 
pour gagner les Officiers de ce redoutable Tribunal; le refte eit deftiné, avec 
la maifon, à fe loger, à fe nourrir & à fe procurer quelqu’emploi dans l’au- 
tre Monde. Ils mettent toutes leurs petites boëtes à couvert fous des ferru- 
res de papier; & fermant la porte de l'édifice, ils en gardent foigneufement 
ja clef. 

ArrÈs la mort de celui qui a fait cette dépenfe, on commence par brûler 
Je Palais de papier, avec une gravité qui rend cette cérémonie fort férieufe. 
Enfüuite on en brûle les clefs, afin que le Mort puiffe ouvrir les boëtes pour en 
tirer ce qu’elles contiennent. Ce ne fera plus du papier doré & argenté, mais 
de l'or & de l'argent réel, dont l'offre touchera infailliblement Ven-vang (a), 


arce 
(y) Le bon Père le Comtepeut Lien avoir  éxifte dans notre Continent. d 
été l’objet de la raillerie de ce jeune Bonze, &ÿ(a) Ne diroit-on pas que les Bonzes ont 
qui le reconnoiffant pour un Prêtre étranger, l'idée d’un Purgatoire, d'où il font tirer les 
croyoitavoir quelque chofe decommunaveclui. Ames des morts par des Indulgences, & au- 
ÿ; (2) Ce tréfor, joint au mérite des œu- tres chofes que leur fournit leur trélor fpiri. 
vres, dont ilaété parlé ci-devant, fembleêtre  tuel? 
le modèle d'un tréfor de même genre, qui 


RiLictons 
Cuinoisge. 


Vifites des 
Bonzes chez 
leurs Seéta- 
tours. 


Affemblées 
religieufes 
des femmes 
Chinoifes. 


Leurs fêtes 
folemnelles. 


Autres fu- 
perftitions de 
la Scéte de Fo. 


RELIGIONS 
CHINOISES, 


Affemblées 
d'hommes, & 
ce qui s'y paf- 
{e, 


__ Jeûnes des 
Dévots Chi- 
nois, 


La pratique 
:n eff facile, 


22 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


parce que ce Roi des Ombres eft facile à corrompre. Cette efpérance, jointe 
aux circonftances d'une cérémonie fort éclatante, fait tant d’impreflion fut 
l'efprit des Chinois, qu’il faut un miracle extraordinaire de la Grace pour les 
détromper (b). Leurs Prêtres acquièrent ainfi fur eux plus d'afcendant qu'on 
ne peut fe l'imaginer. On ne voit de toutes parts qu’une multitude de Statues 
& d'Images, que les crédules Chinois invoquent fansceffe, fur-tout dans leurs 
Maladies (c), dans leurs Voyages, & dans toutes les occafions où ils fe croient 
menacés de quelque danger. 

Les hommes ont, comme les femmes, des affemblées où les Bonzes préfi. 
dent, & qu'ils appellent Chang-chays ou Jeûneurs. Le Supérieur de ces Socié: 
tés en eft comme le Maître. Il a fous lui quantité de Difciples, qui portent le 
nom de Fu-tis; comme il eft diftingué lui-même par'le titre de T/e-fu, qui fi. 
gnifie Père Doéteur (d). 

UN Bonze induftrieux, qui s’eft acquis un peu deréputation, obtient facile. 
ment cet Emploi. On conferve dans chaque famille quelque vieux Manufcrit, 
qui eft-pafé de père en fils depuis plufieurs générations, & qui contient des 
formules de prières impies, auxquelles non-fculement perfonne n’entendrien, 
(e) mais que le Chef ou le Père feul a droit de répeter. Le Peuple eft per- 
fuadé qu’elles produifent quelque-fois des effets furprenans. Ces cas merveilleux 
fuffifent pour élever un père de famille à la qualité de Tfe-fu, & pour lui attirer 
un grand nombre de Difciples. 

Tour le monde eft averti des jours marqués pour l’affembiée, & perfonne 
n’a la hardieffe de s’abfenter. Le Supérieur fe place au bas de la falle, vers le 
milieu. Les affiftans, après s’être profternés devant lui, forment deux rangs, 
l'un à droite & l'autre à gauche. On récite des prières intelligibles.  Enfuite 
chacun prend fa place à table, pour s’y livrer à toutes fortes d’excès ; car rien 
n’eft fi plaifant, dit l’Auteur, que les Ÿedneurs Chinois. Ils fe retranchent àla 
vérité, pendant toute leur vie, l’ufage de la chair, du poiflon, du vin, des 
oignons, de l'ail, & de tout ce qui eft capable d’échaufer le fang (f); mais 
ils fçavent fe dédommager par d’autres alimens, & par la liberté de manger auf 
fouvent qu’ils le (g) défirent. D'ailleurs on ne doit pas fuppofer que cette ab- 
ftin -nce {oit fort pénible pour les Chinois, parce qu'entre ceux qui ne font pas 
profeflion de jeûner, il s’en trouve un graad nombre qui vivent de riz & de 
légumes (). Il n’eft pas plus furprenant que les Jeûneurs ayent d’attachement 

pour 


5 (2) Sites MiMonaires font furpris de voir 
le Peuple Chinois attaché fi aveuglement à 
toutes les rêveries de fes Bonzes, ne devons- 
vous pas être frappés de voir certains Chréti- 
ens à qui l'extérieur de leur Religion en impo- 
fe, & que la profonde ignorance où ils font à 
tout autre égard, fait vivre dans une fécurité 
furprenantce ? 

A7" (ce) On a fouvent en Europe de fembla- 
bles fpettacies. 

(d} Les Auteurs Anglois joignent de lon- 
gues Notes à cette Defcription, pour fe ré- 
jouir par la refemblance prétendue des ufages 
de l'Eglife Romaine avec ceux de la Seéte de 
ra. Rd, 'T, 


PAYER A7 TATIANA EST EP Re» 


Ne) Si peifonne n'y entend rien, cour. 
ment l’Auteur Ôze-t-il traiter ces prières d'im- 
jes ? 

NF (f) En fe privant de tous ces mets, on 

ne comprend guëères comiment ils peuvent fe 

livrer à la débauche. 

(g) Ceci eft une fimple affertion, fans 
preuve. Mais en fuppofant le fait, il eft toù- 
jours vrai qu'il y a beaucoup d'auftérité dans 
leur genre de vie, dès qu'ils fe privent de li: 
queurs fortes & de viandes. ; 
Pb) C'eft-là une mauvaife raifon pour dé+ 
créditer les Jeûnes des Bonzes, qui font vo- 
lontairement, ce que d’autres ne font que par 
néceffité, 


PS D RP 7 


pour 
Outre 
confid 
ont ad 
tis fo 
groffe 
vrir to 
une g 
tagém( 
la dév( 
leur pe 
que si 
ce fecd 
noie p 
leurs P 
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eft d’a 
Chinoi 
leurs 
qu'ils j4 
Contré 
ridicule 
point d 
de affür 
gués du 
gards 1 
{ent leu 
droit, c 
me la p 
honnête 
ON : 
intérieu 
prendre 
rans & 


EH 
employe i 
torqué co! 
pas dans | 
LCR) 2 
pour reter 
préfentent 
me eux, : 
tion? Le 
quifait ag 
le mobile « 

(1) Chi 
ge 653. & 
ge 334. & 

(m) Or 


VIII. 


ice, jointe 
reflion fut 
ce pour les 
dant qu'on 

de Statues 
t dans leurs 
s fe croient 


onzes préfi- 
> ces Socié: 
| portent le 
-fu, qui fi- 


tient facile- 
Manufcrit, 
ontient des 
ntend rien, 
ple eft per- 
merveilleux 
ir lui attirer 


& perfonne 
lle, vers le 
leux rangs, 
s. Enfuite 
sx Carrien 
inchent aa 
lu vin, des 
(f); mais 

nanger auil 
e cette ab- 
ne font pas 
e riz & de 
tachement 

pour 


rien , Cour 
prières d'im- 


tes mets, on 
s peuvent fe 


brtion , fans 
t, ileft toù- 
uftérité dans 
brivent de li: 


on pour dé: 
qui font vo- 
font que par 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. V. 225 


our leur méthode, qu’on s’eflorceroit en vain de la leur faire abandonner. 

Outre la facilité de cette pratique, l’Auteur ajoûte qu'ils en tirent un revenu 
confidérable. Lorfqu’ils font ane fois parvenus au degré de Tfe-fu & qu'ils 
ont acquis un grand nombre de Difciples, les contributions que tous les Fu- 
tis font obligés de payer à chaque aflemblée, montent annuellement à de fort 
grofes fommes. Enfin, la pratique du jeûne eft un voile excellent pour cou- 
vrir tous les défordres d’une vie libertine & pour fe faire à peu de frais (i) 
une grande réputation de fainteté. L’Auteur conclut qu’il n’y a point de ftra- 
tagêmes ni d'inventions ridicules, que les Bonzes HMS ere pour affermir 
la dévotion de leurs partifans & pour les éloigner du Chriftianifme (k). Ils 
leur perfuadent que les Miffionaires ne fe propofent que la ruine de l'Empire ; 
que s'ils réufiffenc à fe faire quelques difciples, c’eft à force d'argent; & que 
ce fecours ne leur manque jamais, parce qu’ils ont l’art de contrefaire la mon- 
noie publique. Ils font croire à d'autres, que les Jéfuites prennent les yeux de 
leurs Profélytes pour en faire des telefcopes, qui leur fervent à l’obfervation 
des Aftres. Ils prétendent aufñi qu’en venant prêcher à la Chine, leur deffein 
eft d’augmenter le nombre de leurs Sujets, qui eft fort petit en Europe; qu'un 
Chinois qui fe rend une fois à leurs principes ne doit plus efpérer de fortir de 
leurs mains, même après la mort; & que par la force de certains charmes 
qu'ils jettent fur les Ames, ils les font pafler malgré elles dans les différentes 
Contrées de l'Europe. Voyez, ajoûtent-ils, de quoi vous êtes menacés. Ces 
ridicules avis, prononcés d’un air de confiance & d'autorité, ne manqueñt 
point d’en impofer aux efprits fimples & crédules. Cependant le Père du Hal- 
de affüre qu’ils ne font pas la même impreffion fur les Chinois un peu diftin- 
gués du Peuple (7). Les Bonzes, dit-il, malgré leur contenance & leurs re- 
gards modeftes, font connus aflez publiquement pour des hypocrites, qui paf- 
{ent leur vie dans toutes fortes de débauches. [Il remarque, dans un autre en- 
droit, qu'ils font généralernent méprifés des Grands, & qu'étantregardés com- 
me la plus vile partie du Peuple (m), il n’y a point de Chinois-d’une naïffance 
honnête qui veuille embraffer leur profeffion. 

ON n'a repréfenté jufqu'ici que la doétrine extérieure de Fo. Les dogmes 
intérieurs de fa feéte paflent pour des myftères, que perfonne ne peut com- 
prendre, fans en excepter la plus grande partie des Bonzes, qui fonttropigno- 
rans & trop ftupides, pour élever leurs connoiffances au-deflus (n) des fens. 
Ceux 


(5) L’Auteur ne fait pas attention qu'il  plüpart ont été achetés de pauvres parens dans 


employe ici un Argument qui pourroit être re- 
torqué contre lui, par des gens qui ne feroient 
pas dans fes idées. 
tk) Ne voit-on pas des Chrétiens, qui, 
pour retenir le peuple dunsleur croyance, re- 
préfentent tous ceux qui ne penfent pas com- 
me eux, comme étant dans un état de damna- 
tion? Le même efprit d'intérêt & d'ambition, 
qui fait agir les Bonzes, pourroit bien aufi être 
le mobile de ces Chrétiens peu charitables. 

(1) Chine du Père du Halde, Vol. I. pa- 
ge 653. & Mémoires du Père le Comte, pa- 
ge 334. & fuiv. 

(m) On doit fe (ouvenir d'avoir 1à que la 


VIII. Part. 


leur enfance. voyez cy-deflus pag, 220. 

(n) L’Auteur de PHiftoire des l'urcs, des 
Mogols & des Tartares, et fort éloigné d’at- 
tribucr tant d'ignorance aux Bonzes, Il pré- 
tend, fur le témoignage d’un Catholique Ro- 
main qui avoit voyagé, dit-il, dans ce Pays, 
qu’ils connoiffent fort bien les Religions étran- 
gères & qu'ils les combattent avecefprit. Ben- 
tink. Vol. IL pag. 488, 489 ES 490. Or, s'ils 
connoiffent fi bien-la Religion d'autrui, eft-il 
probable qu'ils ignorent la leur? Ce qui eft 
vrai, c'eft qu'ils en font myftère, commenos 
Auteurs l'obfervent eux-mêmes. 


FF 


RELIGTONS 
CHinoises. 


Fables que 
les onzes pu- 
biient pour 
décrier les 
Mifionaires. 


Combienles 
Bonzes font 
méprifabics. 


Doétrine ine 
térieure de la 


Seéte de Fo, 


Rezicronws 
Cuinorses. 


A quoi cette 


doétrine de 
boutit, 


Ses Progrès 
x la Cour, 


226 VOYAGES DANS LEMPIRE 


Ceux qui font initiés aux véritables principes de Fo, doivent avoir reçu de 1: 
nature un génie fublime, & capable de la plus haute p:rfection. Cette doc. 
trine, que les Moines de la Seéte vantent comme la feule vraie & la feule fo. 
lide, n'a pas laiffé d’ètre expliquée par quelques anciens Difciples de Fo, qui 
avoient eu plus de part que les autres à la confiance de leur Chef. Ils enfei. 
gnent que le vuide, ou le néant, eft l'origine & la fin de tout ce qui éxilte ; 
que le mélange des Elémens, dont toutes les créatures font compofées, eft 
forti du néant, & doit y rentrer; que tous les Etres, animés & fans ame, ne 
diffèrent l’un de l’autre que par leur forme & leurs qualités, &font, au fond, 
les mêmes dans leur fubftance & dans leur principe. 

CE principe de toutes chofes eft, difent-ils, une chofe admirable, d’une 

pureté extrême, éxemte de toutesfortes d'altérations, très-belle, très-fimple, 
enfin la perfeétion de toutes chofes par fa fimplicité. Elle eft parfaite elle. 
même, & par conféquent dans un repos perpétuel , fans aétion, fans pou- 
voir, & fans intelligence. Bien plus, fon effence confifte à n'avoir ni intelli. 
gence, ni aétion, ni defir. Pour vivre heureux, nous devons nous efforcer 
continuellement, par la méditation, & par de fréquentes victoires fur nous. 
mêmes, de devenir femblables à ce principe; & dans cette vûe, nous devons 
nous accoutumer à ne rien faire, à ne rien defirer, à n’être fenfibles à rien, àne 
penfer même à rien. Le vice & la vertu, les récompenfes & les punitions, la 
providence, l'immortalité de l’ame n’entrent pour rien dans ce fyftéme. Tou- 
te la fainteté conlifte à ceffer d’être & à fe replonger dans le néant. Plus on 
approche de la nature d’une pierre ou d’un tronc d'arbre, plus on touche à là 
perfection. En un mot, c’eît dans l’indolence, dans l'inaétion, dans la ceffa. 
tion de tous les defirs, & dans la privation de tous les mouvemens du corps, 
dans l’annihilation de toutes les facultés de l'ame, & dans la fufpenfion géné- 
rale de la penfée, que confiftent la vertu & le bonheur. Lorfqu'on eft une fois 
parvenu à cet heureux état, toutes les vieiflitudes & les tranfmigrations étant 
finies, on n’a plus rien à redouter, parce qu’à parler proprement, on nf 
plus rien; & pour renfermer toute la perfeétion de cet état dans un feul mot, 
on eft parfaitement femblable au Dieu Fo. 

CETTE doétrine n'eft pas fans Partifans à la Cour. Plufieurs Mandarins du 
plus haut rang, l'ont embraffée; & l'Empereur Kan-tfong en étoit fi rempli, 
qu'il prit le parti de réfigner l'Empire à fon fils adoptif, pour fe livrer entiè- 
rement à ces méditations ftupides & infenfées. Cependant la plûpart des Let- 
trés de l'Empire fe font toûjours oppofés à cette fauife contemplation, parti- 
culièrement le fameux Puey-ghey, Miniftre de l'Empire, & Difciple de Con- 
fucius. Ils l'ont attaquée de toutes leurs forces, parce que cette apathie, ou 
plûtôt cette monftrueufe ftupidité, qui va jufqu'à ne rien faire & ne penier à 
rien, eft capable de ruiner tous les principes de la morale & de la fociété ci- 
vile; que l’homme n’eft fupérieur aux autres tres, que par la faculté qu'il 
a de penfer, de raifonner, & de s'appliquer librement à la connoiffance & 
à la pratique de la vertu; que tendre à cette folle inaction, c'eftrenoncer aux 
devoirs les plus effenticls, & détruire les relations néceffaires des pères & 
des enfans, des maris & des femmes, des Princes & des füujets; en un mot, 
que l'effet de cette doétrine feroit de ravaller les hommes fort au-deflous des 


bêtes (o). 


+ 


(o) Du Halde, ubi fup. pag, 656, & fuivantes, Le Comte, pag. 335. & fuiv. ui 
D Le ECLAIRCISSEMENS 


_titude d’is 


E 
Le 
intérie 
de, q1 
droit q 
tions, 
néant. 
rien en 
objet. 
devroic 
leux T' 
du fpir: 
À l'éga 

être dé 
vuide « 
& que 
tion de 
LE : 
fonge u 
ceinte. 
rés. E 
entraille 
des jeû 
pour att 
giner, 
re, foit 
Fo re 
ne autor 
concubi 
en or, 
cieufes. 
bitans m: 
des Peupl 
une vie 
tique de 
lui-même 
pafler d’ 
par leque 
I Lr é p 
fien, po 
leurs rave 
maux. D( 


fort puiffe 


‘eçu de la 
ette doc- 
a feule fo. 
e Fo, qui 

Ils enfei. 
qui éxilte; 
ofées , eft 
js ame, nc 
, au fond, 


ble, d’une 
rès-fimple, 
rfaite elle. 
, fans pou- 
r ni intelli- 
us efforcer 
es fur nous- 
ous devons 
arien,anc 
anitions, la 
têéme. Tou- 
it, Plus on 
touche à la 
ans la cel. 
is du corps, 
nfon géné- 
eft une fois 
ations étant 
t, on nel 
n feul mot, 


andarins du 
fi rempli, 
livrer entié- 
art des Let- 
ion, part- 
ble de Con- 
apathie, ou 
ne penier à 
) fociété Ci- 
aculté qu'il 
oiffance 
noncer aux 
es pères 
2n un Mot, 
deflous des 


uiv. 


EMENS 


DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. V. 


227 


ECLAIRCISSEMENS fur FO € fa doûrine, tirés d'un 
Auteur Chinois. 


E PHILOSOPHE Chinois, dont on a déja cité le témoignage, donne 
unie idée plus complette, mais un peu différente, de Fo & de fa doétrine 
intérieure. I] lui attribue, pour principe, que l'Univers entier eft un pur vui- 
de, qui ne contient rien de réel. C’eft fur ce fondement, dit-il, que Fo vou- 
droit qu’on ne penfit à rien; que le cœur fût éxempt de toutes fortes d'affec- 
tions, & qu’on allât jufqu’à s’oublier foi-même, comme fi l’on étoit réduit au 
néant. Nous avons des yeux & des oreilles, mais nous ne devons rien voir ni 
rien entendre. La perfeétion de ces organes confifte à n'être occupés d'aucun 
objet. Nous avons une bouche, des mains, des pieds; mais ces membres 
devroient être dans l'inaétion. Un autre principe de Fo, c’eft que le merveil- 
leux Ternaire de t/fing, de ki, &de chin; c’eft-a-dire, du beau, du fubtil, & 
du fpirituel, eft à fa perfection, lorfqu'il eft raflemblé & qu'il ne forme qu’un. 
A l'égard de l'ame, il prétend que fa durée eft infinie, parce qu'elle ne peut 
être détruite. La-deflus, fes Partifans font profeffion de croire que tout eft 
vuide dans le monde vifible ; que le yang , ou l'Efprit, eft feul immortel; 
& que la grande doétrine de Jo & Lau abîme tout dans le néant, à l'excep- 
tion de l’ame, qui doit éxifter & vivre fans cefle. 

LE même Auteur raconte hiftoriquement, que la mère de Fo ayant vû en 
fonge un gros éléphant blanc, s’apperçut au même inftant, qu’elle étoit en- 
ceinte. Son fruit reçut dans fon fein la nourriture & les accroïffemens ordinai- 
res. Enfin, il s’ouvrit un pañlage par le côté de fa mère & lui déchira les 
entrailles. C’eft parce qu'il tua fa mère en naïflant, que les Idolâtres obfervent 
des jeûnes, font des procefions, & fe livrent à cent pratiques fuperftitieufes, 
pour attirer toutes fortes de profpérités fur leurs mères. Mais peut-on s’ima- 
giner, remarque l’Auteur Chinois, que celui qui n’a pû fauver fa propre mè- 
re, foit capable de protéger la mère d'autrui ? 

Fo régna dans une des Contrées qui font à l'Occident de l’Empire, avec u- 
ne autorité abfolue fur le temporel & le fpirituel. 1l eut une femme & une 
concubine d’une rare beauté, dont il fit deux Déeffes. Son Royaume abondoit 
enor, en argent, en marchandifes, en provifions, & fur-tout en pierres pré- 
cieufes. Mais quoique riche & abondant, il avoit peu d’étendue; & les Ha- 
bitans manquant de forces & de courage, il étoit fouventexpofé aux invafons 
des Peuples voifins. Cette raifon porta Fo à quitter le Trône, pour embrafler 
une vie folitaire. Il fit fon unique occupation d’exhorter le Peuple à la pra- 
tique de la vertu, & de publier fa doctrine de la métempfycofe, qu'il avoit 
lui-même inventée , & qui apprendroit aux hommes que leur fort étoit de 
pafler d’un corps dans un autre, en obfervant néanmoins un certain ordre, 
par lequel la vertu étoit récompenfée & le vice puni. 

IL répandit ces folles imaginations dans les Royaumes qui touchoient au 


RELIGICNS 
Cuinorses, 


Principes at- 
tribués à Fo 
par un Auteur 
Chinois. 


Circonftane 
ces de fa vie, 
fuivantle mê- 
me Auteur, 


Aïtiicz de 


Fo, 


Comment il 


fen, pour intimider fes perfécuteurs, & leur perfuader,. que s’ils continuoient le fait réulhr. 


leurs ravages, ils feroient changés, après cette vie, en diverfes fortes @'ani- 
maux. Douze années lui ayant fuffi pour fe faire fuivre d’une prodigieufe mul- 
titude d’ignorans, il remonta fur fon trône, avec leur afliftance; il redevint 
fort puiffant, il reprit une femme, & laiffa une poftérité nomoreufe, . as 

Ff2 effet 


RELIGIONS 
CuiNoisis. 
Verbiage i- 
nintelligible 
de fes Difci- 
ples. 


Autres ex- 
travagances, 


Facilité des 
femmes de 
cette Secte à 
fe laiffer fé. | 
ayire, 


208 VOYAGES DANS LEMPIRE 


l'effet de fes artifices. Tandis qu’il entretenoit fes Difciples du mépris des 
biens de la terre, il ne penfoit qu’à s’en affürer la poffeñion. 

Cerre Seéte, continue Chin, ne prefcrit qu’un petit nombre de prières oi. 
fives, pour arriver au bonheur & à la parfaite tranquillité ; au-lieu que nos 
Sages nous exhortent à vaincre nos paflions, à gouverner nos defirs, & qu'ils 
nous impofent plufieurs devoirs auftères. Dans cette Seéte, dit-il encore, on 
trouve ce langage inintelligible : Fo-chi-i-chin-eul-yen-fang-fyang ; C'eft-à-dire, 
le corps de Fo, le tronc ou la fubftance, eft un; mais il a trois images. Lau. 
chi-i-chin-eul-fuen-fang-tfing, c'et-a-dire, le corps de Lau, le tronc ou la fub. 
ftance, eftun, mais il eft diftingué en trois puretés. Ces Seétaires ont recours 
à des comparaifons pour fe faire entendre; une branche de füreau, plantéeen 
terre, laifle par degrés une petite effence de la nature de fureau. Un renard, 
mourant dans fa tanière, laifle derrière lui les efprits vivifians, dont il étoit a- 
nimé (4). Ainf, difent les Seétateurs de Fo, après la mort de leur Maître 
il eft refté quelque chofe de fa perfonne, qui a commencé à revivre dans le 
monde. - 

ENTRE uncinfinité de folles imaginations de la Seéte de Fo, on lit dans le 
Livre de fes Difciples, qui a pour titre, l’Utilité de la Maifon, que le corps eft 
notre habitation; que l'ame eft un Etre immortel qui s’y trouve logé, & qui 
paîle d’hôtellerie en hôtellerie, comme un voyageur ; qu’un enfant eft nourri 
du lait de fa mère, comme les habitans d’un pays boivent de l’eau d’une riviè- 
re, dont il eft arrofé. Cette doétrine de la tranfmigration, qui repréfente le 
corps comme une habitation pañlagère, ne tend, fuivant le Philofophe Chir, 
qu'a déraciner de l’efprit des hommes le refpeét qu'ils doivent aux auteurs de 
leur naiffance, & le foin de leur propre confervation. On voit, continue-t'il, 
des Seétaires de Fo qui vont en pélerinage, dans des T'emples fitués fur le 
fommet d’un roc efcarpé, & qui après avoir prononcé quelques prières, fe 
jettent dans le précipice, comme s'ils étoient sûrs d’être éxaucés. D’autres 
prodiguent leur vie, en fe livrant aux plus honteux excès. Deux jeunes per. 
fonnes de différent féxe, qui trouvent des obftacles à leur pafion déréglée, 
prennent de concert le parti de fe noyer ou de fe pendre, dans la confiance, 
que venant à renaître, ils s’uniront enfemble par un heureux mariage. 

Les femmes & les filles de la Seéte de Fo fe laiffent facilement féduire par 
les Bonzes, & par les Tuu-tfes, gens d’une adreflé extrême dans les intrigues 
d'amour. Ces Impofteurs entendent merveilleufement l’art d’infinuer à leurs 
Dévotes, que les corps ne font qu’un lieu de paffage, une cabane mébprifable, 
qui ne mérite pas qu'on en prenne tant de foin; & que les femmes, en ac- 
cordant leurs faveurs , fe trouvent fouvent honorées , fans le fçavoir , des 
embraflemens de leur Dieu Fo. ,, A préfent, leurdifent-ils, vous êtes le féxe 
» foible & fervile; mais nous vous promettons, qu’en renaiflant dans lemon- 
» de, vous deviendrez hommes. ,, On voit fort ordinairement de jeunes pet- 
fonnes, des meilleures familles & de la plus grande efpérance, déshonorées 
par ces infâmes, accoutumées au vice, dès l’âge le plus tendre, & rédui- 

tes, 
& 


(a) Les femmes idolâtres fe figurent qu’el-  qu'abfurde qu'elle foit, s’eft répandue de tous 
les voyent fouvent des Efprits fous des for. côtés; & il n’y a point de tems & de pays, 
mes de renards, & les nomment Æuldi-tfing. où l'on ne voie des gens qui s'imaginent d'en 
{La croyance de femblables apparitions, quel-® avoir des preuves convaincantes.] 


tion in 
qui avo 
les Off 
tences 
dans le 
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vent ai 
l'encen 
d'un pi 
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dans le mon- 
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déshonorées 
e, & rédui- 
tes, 


Épandue de tous 
is & de pays, 
imaginent d'en 
s] 


=, vorable dont nous jouiffons. 


DE LA CHINE, Liv. IL Caar. V. 229 


tes, pour toute reffource » à faire ouvertement profeffion d’un libertinage 
qu'elles 26 (b). ‘#1 3 

CELLES qui fe laiflent tromper par ces ridicules chiméres, affürent que le 
bien & le mal de la vie préfente, eft une fuite nécefläire des aétions qu’elles 
ont commifes dans leur éxiftence précédente , & qu'on leur doit par confé- 

uent de l’indulgence. Sur ce principe, elles fe livrent, fans remord, à la 
débauche & au larcin. ,, Nous ne prenons, vous difent-elles, que ce qui 
, Nous appartient; car nous fommes bien füres que vous nous deviez telle 
, fomme dans une autre vie. Un libertin qui tend fes piéges pour y faire 
tomber une jeune fille, ne manque pas de lui dire: PA Ne vous fouvenez-vous 
» Pas qu'avant que de naître vous m'avez promis d'être ma femme? C'eft 
» une mort trop prompte qui m'a privé des droits que je redemande au- 
,» jourd'hui. De-là vient la cendre difpofition de nos cœurs & l'occafon fa- 
[ C'eft ainfi que ce monftrueux dogme de la 
metempfycofe fert de voile pour couvrir toutes fortes de méchancetés, & 
les plus (c) affreux défordres. ] 

Les feétateurs de Fo font perfuadés qu’ils peuvent s'abandonner impuné- 
ment aux aétions les plus criminelles, & qu'en brûlant un peu d’encens pen- 
dant la nuit, ou récitant quelques priéres devant une ftatue (4), ils obtien- 
nent non-feulement le pardon de tous leurs crimes, mais encore une protec- 
tion infaillible contre les pourfuites de la Juftice. Un voleur de cette feéte, 
qui avoit eu la hardieffe de fe gliffer dans le Palais Impérial, étant arrêté par 
les Officiers de la garde, fe trouva couvert de papiers confacrés par les fen- 
tences de Fo, qu'il regardoit comme un préfervatif pour n'être pas furpris 
dans le crime (e) , ou du moins pour faciliter fon évafion. Les Dévots pas- 
fent toute leur vie à faire des pélerinages vers certaines montagnes. Ils vi- 
vent avec beaucoup d'épargne, pour ménager de quoi fournir aux frais de 
l'encens qu’ils brûlent devant les ftatues. Ils font infenfibles aux néceffités 
d'un père & d’une mère (f) qui fouffrent le froid & la faim. Toute leur 
attention fe borne à ramafler une fomme d'argent, pour orner l'autel de Fo, 
ou de quelqu’autre Dieu qu'ils honorent d’un culte particulier (g). 

LE vulgaire croit tout ce qu’on lui raconte des Temples & des Monaftères 
qui font bâtis dans les lieux les plus déferts & ies plus inacceffibles. 11 eft 
perfuadé que c’eft le féjour de la vertu & de l'innocence, Quantité de Par- 
ticuliers prennent le parti d'y pafñler le refte de leurs jours, pour imiter le 
Dieu Fo dans fa vie folitare. Souvent on les voit renoncer , dans cette 

vûe, 


{7 (b) Si l’on confultoit les Annales d’une 
rtaine partie des Chrétiens, on trouveroit 
des Prêtres qui n'ont pas moins abufé de quel- 
que dogine deleurcominunion, pour corrom- 
pre le féxe, que les Bonzes Chinois abufent 
de la tranfimigration des ames. 
(c) Du Halde, pag. 670. & fuiv. 

1F"(4) On voit auffi en Europe des gens qui 
attribuent une éficace toute particulière à quel- 
ques prières prononcées devant une image, 
ou un autel privilégié. 

FF (e) De même, dans notre Continent, il 


Ff3 


y a des pérfonnes qui portent toûjours fur el- 
les certaines bagatelies, qui font autant de 
charmes auxquels on attribue la vertu de pré- 
ferver de tous mauvais accidens, ou d'écar- 
ter les mauvais efprits. 

(f) L'Europe nous fournit tous les jours 
des éxemples d'une fuperftition auffi inhu- 
maine. 

(g) I n'y a point un feul trait dans ce ré- 
cit que les Auteurs Anglois des Notes n’as- 
pliquent à la Religion Romaine & à fes ufa- 
ges. R, d, T. 


RELIGIONS 
Cainolses, 


Comment 
elles juftifient 
leur libertina- 
ge. 


Licence au- 
torifée par la 
doctrine de 
Fo. 


Infatuation 
du Peuple. 


Rerratows 
CHiNoisss, 


Elle pañe 
aux Grands, 


Tours d'a- 
decile des 
Lonzes, 


Effet du fa- 
patifine po- 
pulaire. 


_ 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


vüe, à leurs femmes, à leurs enfans & à toutes leurs poflefions, Les pom. 
peufes exhortations de & dè Lau, fur le vuide, & fur l’état de perfec. 
tion, qui confilte à méprifer tous les biens temporels, font autant de pié. 
ges où les Dévots fe laiffent engager. Mais quelqu’opinion qu'ils ayent çu 
de leurs forces, ils fe dégoûtent bien-tôt de leur entreprife. Le tempéram. 
ment reprend fon empire; & les palions, qui n'ont fait qu'augmenter par 
Ja contrainte , les précipitent ordinairement dans toutes fortes d’excéès (b). 

Cerre illufion n’eft pas bornée au Peuple. Si l'oh a vû quelquefois {a 
Capitale de l'Empire affiégée par des Armées rébelles, & la Chine aflujettie 
par des Etrangers, ces infortunes n’ont point eu d'autre caufe que l'aveugle. 
ment des Princes, qui font devenus incapables de gouverner pour s'être livrés 
aux maximes & aux fuperftitions de 0.  C’eit ainli que Lyang-vu-ti fe vit ré. 
duit à mourir de faim dans la Ville de Tay-ching , que Æey-t/ong fut emmené 
captif dans les Déferts de la Tartarie, & que Huen-tfong tomba dans la hon. 
teufe néceflité de prendre la fuite vers les montagnes de Se-chuen, pour ÿ 
fouffrir les derniers excès de la mifère. Enfin, conclut le Philofophe Chin, 
ces pernicieufes Seétes ont entraîné nos Empereurs dans les plus dangereufes 
illufions (2) & conduit l'Etat fur le penchant de fa ruine. 

AjourTons un autre artifice, que les Bonzes employent pour féduire les 
ames crédules. Lorfqu’ils admettent quelqu’un à la participation de leurs my- 
ftères, ils l’'obligent de fixer les yeux dans un vafe rempli d'eau, où il fe voit 
d’abord tel qu’il eft aétuellement. Enfüuite, regardant une feconde fois, il fe 
voit dans la condition qui lui eft deitinée lorfqu 1l renaîtra dans le Monde, s'il 
continue de vivre foumis au Dieu Fo. On aflüre qu'ils ont l’art de faire pa- 
roître un homme riche fous la forme d’un Malade ou d’un Pauvre, L'im- 
preffion de ce fpeétacle le porte fouvent à confacrer tous fes biens au fervi- 
ce des Idoles. Alors les Bonzes lui perfuadent de regarder encore dans le va- 
fe d'eau, où il fe voit en habit de Géniral d’Armée ou de premier Minittre 
d'Etat. Si c'eft une femme, elle fe voit couverte des habits & des joyaux 
d'une Impératrice, d’une Reine ou de la Concubine favorite du Prince. C’eft 
l'heureux état auquel ils doivent s'attendre en renaïflant dans le Monde. Par 
ces enchantemens, continue l’Auteur, les Bonzes difpofent quelquefois le Peu- 
ple à la révolte. La force de fa prévention lui fait prendre les armes, le rend 
téméraire dans les batailles & lui fait regarder la mort comme l'entrée d'une 
condition plus heureufe. Sous la Dynaftie de Han on vit deux Rébelles, 
animés par cés principes, caufer une infinité de défordres, qui fe renouvel- 
lérent fous le régne de uen, & qui ont recommencé plus recemment fous ce- 
lui de Ming, avec la perte de plufieurs millions d'hommes. Les Chefs de ces 
affreufes féditions tendoient volontairement le col aux bourreaux qui de- 
voient punir leur crime ; & dans leur enthoufiafme ils s’écrioient: ,, Frap- 
5» pez, nous mourons contens. Nous fommes fur le point d'entrer dans ce 


230 


» délicieux féjour de l’Oueft, où Fo nous attend & nous fera partager fon 
» bonheur (k). 


LA 


Q5 (5) C'eft ainfi que le Roi Faques I fut 
la dupe du Fuifme Anglois. 

{5 Ck) Le même efprit de cruauté & de ré 
bellion paroit dans la deftruétion des Indiens 
par 


fé (b) Ne doit-on pas craindre les mêmes 
excès de la part de ceux qu'on force”à vivre 
dans le célibat ou dans une retraite contre 
leur goût ? 


… 


LA 
leur € 
reurs, 
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celle q 
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l'artifid 
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» Je to 

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hires, | 
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Enfer, « 

parler de 

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de leurs . 


par les Ep: 
qui ont agit 
la Reine El 
Gouvernem 
éxemples de 
litiques, 1 


Les pom. 
de perfec. 
ant de pic. 
ils ayent cu 
 tempéram. 
xmenter par 
l'excès (b). 
aelquefois la 
ine affujettie 
ne l’aveugle. 

s'être livrés 
ti fe vit ré. 
fut emmené 
dans la hon- 
uen, pour 

fophe Chin, 
dangereufes 


r féduire les 
de leurs my- 
où il fe voit 
de fois, il fe 
Monde, sil 
de faire pa- 
avre, L'im- 
ns au fervi- 
e dans le va- 
ier Miniftre 
des joyaux 
Prince. C'eft 
onde. Par 
1efois le Peu- 
es, le rend 
entrée d’une 
x Rébelles, 
e renouvel- 
ent fous ce- 
“hefs de ces 
aux qui de- 
ct, Frap- 
rer dans CE 
partager fon 


La 
Faques IN fut 
auté & de ré 


bn des Indiens 
par 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. V. 


281 


LA Chine a quatre fortes de Profefions, entre lefquelles fes Habitans font 
Jeur choix & qui fervent à l'entretien de la fociété ; les Lettrés, les Labou- 


reurs, les Marchands & les Artifans. Mais les Difciples de Jo & de Lau ex- 
hortent fans cefle le Peuple à s'éloigner de ces quatre voies, pour entrer dans 
celle qu’ils ont prife eux-mêmes & dont ils vantent les avantages. Ils preflent 
les hommes d’embrafler l'Ordre de Ho-chang ou de Tau-tfe (1) ; & les fem- 
mes, celui de Xu ou de Mi (m). Ces Bonzes de différens féxes vivent aux 
dépens du Public, & font leur étude continuelle d'employer le menfonge & 
l'artifice pour fe procurer des aumônes. Ils fe livrent à tous les excès dont ils 
trouvent la fource dans leur imagination corrompue, fans aucun refpeét pour 
les loix de la Nature & de la Société. Ta-mo, ce Perfonnage fi vanté, qui vint 
à la Chine du côté de l'Oueft, pañla, difent-ils, neuf ans entiers fur la mon- 
tagne de ‘Tfong, dans une profonde contemplation. Son application aux cho- 
fes Céleftes le rendoit immobile. Il avoit les yeux continuellement attachés fur 
le mur, fans changer de fituation. Cependant loin de manquer des-nécefités 
ordinaires de la vie, il ne ceflà point de recevoir en abondance toutes fortes 
d'habits & de provifions. 

C'est le Philofophe Chin qui continue toûjours de parler dans cet article. 
Suppofons, dit-il, après cet éxemple, que tout le monde entreprît de le füui- 
vre ; que deviendroient les profeñions les plus neceflaires à l'Etat? Qui pren- 
droit foin de cultiver les terres & de travailler aux manufaétures ? D'où nous 
viendroient les étoffes & les alimens pour le foutien de la vie? Peut-on s’i- 
maginer qu'une doétrine dont l'établiffement univerfel entraîneroit la ruine de 
l'Empire ,-ait la vérité pour fondement? D'ailleurs, il eft impoñfible de s’ima- 
giner combien l'on employe d'or & d'argent à bâtir & réparer les Temples, 
à peindre, à dorer les ftatues, à célébrer des fêtes à leur honneur. ‘Toutes 
ces inventions ne fervent qu’à diffiper les richeffes des plus nombreufes familles. 
» Je touche légèrement chaque partie de mon fujet, dit le Philofophe Chin, 
» parce que tous les défordres de nos Seétaires demanderoient un détail 
» infini 

Ceux qui ont la foiblefle , reprend-il, de s’abandonner aux notions popu- 
hires, pañlent leur vie dans une forte d'yvrefle & la finiflent comme un fon- 
ge. Ils font enfoncés dans un tas de rêveries méprifables, dont il leur de- 
vient impofñtible de fe dégager; & l'efpérance d’obtenir une vie plus heureu- 
fe par la protection des Efprits, augmente continuellement leur erreur. C'eft 
cette pafion naturelle pour le bonheur, jointe à la crédulité des hommes, qui 
a fait tomber dans l'efprit de Fo & de’Lau d'établir un lieu de récompenfe , un 
Enfer, un Palais pour les Gouverneurs des Eaux & les autres Divinités; fans 
parler des Efprits d’un ordre inférieur, & des Hommes extraordinaires qui s’é- 
lvent à l’immortalité.  C’eft fur le même principe qu'ils ont vanté les faveurs 
de leurs Dieux, & placé dans le Ciel Vo-wang, ou le Chef de tous les Etres 
immortels, 


par les Efpagnols, dans les différens troubles 
qui ont agité l'Angleterre depuis le régne de 
la Reine Elizabeth, jufqu'à l'établiffement du 
Gouvernement préfent, & dans bien d’autres 
éxemples de ce genre, où l'on a vû des fa- 
litiques, femblables aux feétateurs de L'o, 


fe faire un mérite de leur inhumanité. 
{5"C1) Deux Ordres de Bonzes, [qui vivent 
dans le célibat.] 

(m) On ignore le fond de ces deux Ordres 
de feinmes, parce que leurs noms ne fe trou- 
vent dans aucun autre endroit. 


RELIGIONS 
CuniNoises. 


Les Bonzes 
s'efForcent 
d'engager 
tout le monde 
dans leur pro- 
feMon. 


Combien ce 
deffein eft 
dangercux 
pour la focié- 
té, 


Folle inac- 
tion de ceux 
qui fe laiffent 
féduire, 


RELIGIONS 
CHINOISLS, 


Palages ti- 
rés de divers 
Livres de la 
Sete d: l'o. 


Remarques 
du Philofo- 
phe Chin, 


Autres arti- 
cles de Ja 
créance de 
lo. 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


immortels, qui diftribue leurs emplois à tous ces Efprits, tels qae de préfider 
à la pluie, aux punitions, aux récompenfes, ec. 

ON trouve dans le Livre de Yo-whang (n) le récit fuivant: ,, 11 y avoit 

du côté de l'Oueft, un Prince du Royaume de la pure Vertu. Ce Prince 
parvint à l’âge de quarante ans fans avoir un fils. Mais fes prières ferven. 
tes & celles de la Reine Pau-yué, en obtinrent un de Lau-kyun, & ce fils 
eft le Yo-whang dont nous parlons. Un pañlage du Livre Huen-u affôre; 
, que dans les Régions Occidentales il fe trouve un Pays nommé le Royaume 
“ de la pure Joie, dont le Roi n'ayant point d'enfans en obtint un de Lau. 
 kyun, & que c'eft lui qui eft honoré fous le nom de Hyen-u-Tfu-tfe. On 
lit auffi dans l’Hiftoire de Fo; ,, qu'il y a vers l'Oueft un Royaume de pure In. 
, nocence, & que le Prince héritier de la Couronne eft 0 lui-même; que la 
» femme qu'il époufa fe nommoit Na-to-i ; qu'elle eut de lui un fils nommé 
3» Mo-beu-l 3 qu'enfüite le dc pañla douze ans dans la folitude, & que pen. 
dant fx contemplation il fut transformé en Fo. 
QueLzLes fictions! s'écrie Chin. Qui pourra s'imaginer qu’une chofe dont 
il ne refte aucune trace, ait été autrefois la merveille du Monde? Parcourez 
tous les Pays à l'Oueft de la Chine, vous n'y trouverez que des Barbares. Où 
faut-ii donc chercher le Royaume de la pure Vertu, & le Peuple qui a trois 
têtes, fix épaules & huit mains (0), qui vit deux ou trois cens ans & qui n’eit 
pas fujet aux infirmités de la vieilleffle? Comment fe perfuader qu'un tel lieu 
{oit le féjour des Etres immortels? ‘Toutes les autres fables qui regardent le Roi 
du Ciel & le Commandant général des Efprits ne font-elles pas inventées, de 
même, pour abufer de la crédulité du vulgaire (p )? 

Les fectateurs de Fo font profeflion de croire qu’il y a un Enfer fouterrain, 
qui n’eft compofé que d'un monceau de terre, d'eau &depierre; qu'il eftgou- 
verné par un Dieu nommé Ten-vang , & par des Lo-bans ou des Efprits qui 
(aq) réglent la deftinée du genre humain; que ces Efprits conduifent l'ame 
dans le corps au moment de la naiflance, & qu’à la mort ils la précipitent 
dans le lieu du châtiment, où elle eft cruellement tourmentée par d’autres 
Efprits (r); qu’un homme, dent la vie s’eft paflée dans la pratique de la ver. 
tu, renaîtra dans un état de richefle & de fplendeur ; que les bêtes mêmes, 
lorfqu’elles ont bien vécu fuivant leur condition, feront transformées en hom- 
mes; qu'au-contraire, les hommes qui fe rendent efclaves de leurs paflions & 
qui fe livrent à leurs appétits déréglés, deviendront bêtes; que les animaux 
qui font plus cruels qu'il ne convient à leur nature, pañlent à une nouvelle vie 
(s) après leur mort, mais que leurs ames font abfolument anéanties; que le 
Dieu Ten-vang & les autres Juges fes Miniftres (+) fixent le moment de la 
naiflance pour tous les hommes; qu’ils déterminent s'ils feront mariés ou non, 
s'ils auront des enfans, & s'ils feront richesou pauvres; enfin, que dns re 

oit 


toit un des trente-fix Kangs de Tüau-kya. 

(r) Navarette dit (pag. 73.) que les Bon- 
zesontinventé des Indulgences plenières pour 
retirer les Ames de l'Enfer, & qu'ils les ven- 


(n) Les Prêtres de Fo ont leurs Ecritures, 
leurs Légendes, leurs Vies des Saints, & des 
Livres de dévotion en très-grand nombre. 

(eo) Les images de Fo & de quelques autres 
Dicux font refpeétées fous cette forme. dent jufqu'à cinquante ducats. 

(pb) Chine du Père du Halde, page 672. & (s) Angl. ne pañfent pas à une nouvelle 
fuivantes. vie. | 
(q) Le Chef fe nomme Æe-kong fong. C'<- (+) Ce font les Lo lans. 


blées p 
Aux at 
qu'ils f 
ütre d’ 
des Vil 
d'Efpri 
de Fo 1 
fentent 


de préfider 


1 y avoit, 

Ce Prince 
ères ferven. 
n, & ce fils 
ten-u affûre; 
le Royaume 
un de Lau. 
Tfu-tfe. On 
: de pure In. 
éme; que la 
1 fils nommé 
& que pen- 


e chofe dont 
:? Parcourez 
arbares. Où 
e qui a trois 
ns & qui n'eit 
u'un tel lieu 
ardent le Roi 
iventées, de 


r fouterrain, 
qu'il eftgou- 
s Efprits qui 
duifent l'ame 
a précipitent 
par d’autres 
e de la ver. 
êtes mêmes, 
ées en home 
s pañions & 
les animaux 
nouvelle vie 
ties ; que le 
oment de la 
riés ou non, 
uetoutcequi 

doit 


Tau-kya. 

que les Bon: 
plenières pour 
qu'ils les veu- 


une nouvelle 


DE LA CHINE, Liv. ll. Cnar. V. 233 


doit arriver à chaque homme eft écrit dans le Livre de Yen-vang, comme un 
deftin inévitable, auquel il ne faut point efpérer de changement. 
Pour combattre cette doétrine, le Philofbphe Chin produit un Paflage du 
Livre Huen-u-chuen. ,, Un homme, qui fe nommoit Pung, vécut jufqu'à l'âge 
» dehuitcens ans & fe maria fucceffivement à foixante-douze femmes. La der- 
» nière étant morte à fon tour, demanda dans l’autre Monde aux Ancêtres de 
» Pung, pourquoi fon mari avoit eu le bonheur dé vivre fi long-tems. Se- 
» Toit-ce, ajoûta-t-elle, que fon nom n'auroit point été marqué fur le Livre 
» de Yen-vang? On nous aflüre pourtant qu'il n'en échape aucun. Je vais 
» vous expliquer ce myftère, lui répondit l'A yeul de Pung. Le nom & le fur- 
» nom-.de mon petit-fils fe trouvent aflürément dans le Livre; mais voici de 
# Quelle manière,  Lorfqu'il fut queftion de relier le Livre de Yen-vang, les 
» Officiers qu’il avoit chargés de cet office prirent par mégarde la feuille qui 
,, Contenoit la deftinée de Pung, l’entrélacèrent en cordon & s’en fervirent 
» pour coudre toutes les autres 2 La femme f’ayant pû garder le fecret de 
» Cette avanture, Yen-vang en fut bien-tôt inftruit. Il fe fit apporter le Li- 
x vre, éxamina le cordon & coupa le nom de Pung, qui mourut au même 
» inftant. Cette hiftoire, continue Chin, ne prouve-t-elle pas direétement le 
contraire de leur doétrine? Voilà donc un homme qui étoit échapé à la péné- 
tration de Yen-vang. Comment peuvent-ils étre sûrs qu’il ne lui en foit point 
échapé quantité d'autres? k 
À l'égard des Efprits-gardiens , le Philofophe obferve que cette doëtrine 

n'étoit pas connue avant les Dynafties de Hya & de Chang, lorfqu’on établit 
que les Habitations feroient déformais environnées de murs & de foflés, pour 
les garantir des voleurs & des rébelles. Ce ne fut qu’à la ve qu'on éri- 
gea le Ching-wbang (x) en Divinité, & qu’on bâtit des Temples à fon hon- 
neur. Enfuite on en éleva d’autres aux Tu-tis (y); lorfque les Seétaires de 
Fo eurent donné à leurs Efprits le pompeux nom de Tu-tis, parce qu'ils les 
regardoient comme les nourriciers du Peuple , ils les divifèrent en différentes 

clafles. Ils nommèrent Che-ching (2) ceux qu’il leur plut de charger du foin 

des champs & des terres cultivées. Le nom de Tw-ris fut confervé à ceux 

dont l'office eft de préfider aux Villages, de veiller à la fanté des Habitans & 
d'entretenir la paix parmi eux. Les Efprits chargés de la garde des affem- 
blées publiques & de l'intérieur desmaifons, reçurent le nom Chun-Lyeus (a). 

Aux autres, on configna les Pays déferts & montagneux , dans l'efpérance 

wils faciliteroient le tranfport des provifions & des marchandifes, fous le 

ütre d’Efprits des hautes montagnes. Enfin, ceux qu’on place dans les gran- 

des Villes entourées de murs & de foflés, reçurent le nom de Chingwbang , ou 

d'Efprits tutelaires des Habitans contre les calamités publiques. Les feétateurs 

de Fo font perfuadés que ces Efprits opèrent fouvent des prodiges & fe pré- 

fentent en fonge fous fa forme humaine (b). 


(v) Les Livres Chinois font fouvent reliés 3) Che fignifie un lieu hors de la Ville. 
dans cette forme. a) Nom des lieux où l’on fufpend les ta- 


(x) Ching figniñie Mur, Wang, Rivière blettes. 
ou Foffé. 6 | (b) Chine du Père Du Halde, pag. 675. & 
(y) Tu fignifie Terre, & Ti, Lieu, fuivantes. 


VIII Pat. Gg 


Autres 


Reztctons 
CuiNoises. 
Livre du 
deftin des 
hommes. 


Comment 
Chin refute 
cette doftri- 
ne, 


Efprits gar. 
diens els | 
Chine. 


L2 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


confe 
de pr 
lins, 


RELIGIONS . ! . | 
CuINOISES. Autres circonflances , tirées des Miffionaires. 


Li) 
Doëtrine des L' Bonzes de la Chine enfeignent qu'après la vie, il y a des récompen. 


Bonzes fur de Se AR les Ba 
d'onetutie, fes pour la vertu, & des punitions pour le vice; que les ames paffent par tiblel 


conféquent dans différens lieux, fuivant le mérite de leurs fentimens & de 
leurs aétions ; que le Dieu Fo eft le Sauveur du Monde; qu'il naquit pour 
Comment ils apprendre aux hommes la voie du falut, & pour expier leurs péchés. Quoi- 
traitent leurs que fes Seétateurs honorent fi dévotement les ftatues de leurs Saints, ils les 


loin. 
périro 


» en 


: ; Dr ue 

ldoles, traitent quelquefois avec peu de refpeét. N’en obriennent-ils rien, après de ; ph : 
longues prières, ils les chaffent de leur Temple, comme des Divinités impuif. p-Peking 

fantes. D'autres les accablent de reproches, & leur donnent des noms ou. l'Autei 


trageans, auxquels ils joignent quelquefois des coups: ,, Comment? chien Procu 


> d'Efprit. Nous vous logeons dans un Temple magnifique, nous vous revé. {us lui 
,, tons d'une belle dorure, nous vous nourriffons bien, nous vous offrons de difcu 
» l'encens; & tous nos foins ne font de vous qu'un ingrat, qui nous refufe ce aù be 
, que nous lui demandons. ,, Là-deflus, ils lient la ftatue avec des cordes, soiehé 
| & la traînent dans les rues, au travers des boues & des plus fales immondi- oui ef. 
| ces, pour lui faire payer toute la dépenfe qu’ils ont faite en parfums. Si te efpd 
| le hazard leur fait obtenir alors ce qu’ils demandoient, ils lavent le Dieu avec Peuple 
| beaucoup de cérémonies, ils le rapportent au Temple; & l'ayant replacé dans en plus 
| fa niche, ils tombent à genoux devant lui, & s’épuifent en excufes fur lama- LE 1 
| nière dont ils l'ont traité. ,, Au fond, lui difent-ils, nous nous fommes un perfon 


» peu trop hâtés; mais il eft vrai aufli que vous avez été un peu trop lent, 


À À Lx à. 9 P. toûjour 
» Pourquoi vous êtes-vous attiré nos injures? Nous ne pouvons remédier au 


; : Mes y à peu 
» paflé. IN'en parlons plas. Si vous voulez l'oublier, nous allons vous re. voyant 
Avanture de, vêtir d’une nouvelle dorure (a). On lit dans le Père le Comte, une avan- faire de 
Nan-king. ture fort bizarre, qui étoit arrivée à Nan-king depuis peu d'années. Un ha broient 
bitant de cette Ville, voyant fa fille unique dans une maladie fort dangereufe, chine te 
& n’efpérant plus rien ces remédes de l’art, s’adreffa aux Bonzes, qui lui pro. d'un jet 
mirent, pour une fomme d'argent, l’affiftance d’une Idole fort vantée. Iln’en les roul 
perdit pas moins l’objet de fon affeétion. Dans la douleur de fa perte, il ré. deflus d 
folut du moins de fe vanger. Il porta fa plainte aux Juges, pour demander facrifier 
que l’Idole fût punie de l'avoir trompé par une faufle promefle. ,, Si cet Ef loit prè 
» prit, difoit-il dans fa requête, eft capable de guérir les Malades, c'eft une » Ta pc 
» friponnerie manifefte d'avoir pris mon argent, & laiffé mourir ma fille, S'il , qui 
, n’a pas le pouvoir qu'il s’attribue, que fignifie cette préfomption? Pour- » CE 
quoi prend-il la qualité de Dieu? eil-ce pour rien que nous l’honorons & » fà pl: 
que toute la Province lui offre des facrifices. Aïnf, concluant que la mort , effe 
de fa fille venoit de l’impuiffance ou dela méchanceté de l’Idole, il demandoit APR 
qu'elle fût punie corporellement, que fon Temple fûtabbatu, & que fes Prê- coup de 
« tres fuffent honteufement chaffés de la Ville. Cette affaire parut À importan= même c 
te, que les Juges ordinaires en renvoyèrent la connoiffance au Gouverneur , qu'il lui 
qui l’'évoqua au Viccroi de la Province. Ce Mandarin, après avoir entendu allarmé: 
les Bonzes, prit pitié de leur embarras. Il fit appeller leur adverfaire, & lui teftèren 


confeilla 


(a) Les Auteurs Anglois ne manquentpoint en ufent de même à l’égard de S. Antoine de 
ici de rappeller l'éxemple des Portugais, qui Pade. Ils citent la bataille d'Almanza, 


récompen- 
paffent par 
mens & de 
naquit pour 
hés. Quoi- 
ints, ils lés 
\, après de 
ités impuif- 
noms ou- 
ent? chien 
vous revê- 
offrons de 
is refufe ce 
les cordes, 
s immondi- 
rfums. Si 
> Dieu avec 
eplacé dans 
s fur la ma- 
fommes un 
trop lent. 
emédier au 
1s -VOUS re- 
une avan- 
s. Un ha. 
langereufe, 
qui lui pro. 
tée. Iln’en 
erte, il ré- 
demander 
Si cet Ef- 

| c'eft une 
a fille, S'il 
bn? Pour- 
norons & 
e Ja mort 
Hemandoit 
e fes Prê- 
mportan- 
verneur s 
entendu 
e, & lui 
confeilla 


Antoine de 
& 


DE LA CHINE, Lrv. Il. CHar. V. 235 


confeilla de renoncer à fes prétentions, en lui repréfentant qu'il ny avoit pas 
de prudence à prefler certaine efpèce d'Efprits , qui étoient naturellement ma- 
lins, & qui pouvoient lui jouer, tôt ou tard, un mauvais tour. Il ajoûta que 
les Bonzes s’engageroient à faire, au nom de l’idole, ce qu’on pouvoitraifon- 
nablement éxiger d'eux ,.pourvû que les demandes ne fuffent pas pouflées trop 
loin. Mais le Père, qui étoit inconfolable de la mort de fa fille, protefta qu'il 
périroit plûtôt que de fe relâcher. ,, Ce-lo-ban, difoit-il, ne fe croira-t'il pas 
» €n droit de commettre toutes fortes d’injuftices, s’il eft une fois perfuadé 
» que perfonne n’a la hardieffe de s’y oppofer? Le Viceroi fe vit obligé de 
s'en remettre au cours ordinaire de la Juftice. L'affaire fut portée au Confeil de 


Peking, [où elle traina aflez long-tems. Le Diable, dit affez plaifämment 


l’Auteur, qui a des amis partout, ena un nombre parmi les Avocats, & les 
Procureurs. Cependant fon fubtil adverfaire trouva le moyen de l'emporter 
fur lui, en gagnant les Jugès par des préfens.] En un mot, après de longues 
difcufions, l’Idole fut condamnée au banniflement perpétuel, comme inutile 
au bien de l’Empire; fon Temple fut abbatu; & les Bonzes, qui la repréfen- 


grtoient furent châtiés (b) févèrement. [ Après cela, s'écrie le Pére le Comte, 


qui eft celui qui, fans avoir perdu le bon fens, peut adorer des Dieux de cet- 
te efpèce, foibles, craintifs, & qu'on infüulte impunément? Cependant le 
Peuple, loin de reconnoitre la foibleffe de fes Dieux, paroît devenir de plus 
en plus aveugle fur leur compte. ] 

LE refpeét que le Peuple Chinois porte aux Prêtres, n'empêche pas queles 

perfonnes prudentes ne foient fur leurs gardes, & que les Magiftrats n’ayent 
toûjours l'œil ouvert, fur eux dans toutes les parties de leur Jurifdiétion. Il 
y a peu d’années, raconte le même Auteur, que le Gouverneur d’une Ville, 
voyant une foule de peuple affemblée fur le grand chemin, eut la curiofité de 
faire demander la caufe de ce tumulte. On lui répondit que les Bonzes célé- 
broient une fête extraordinaire. Ils avoient placé, fur un théâtre, une ma- 
chine terminée par une petite cage de fer, au-deflus de laquelle pafloit la tête 
d’un jeune homme, dont on ne voyoit diftinétement que les yeux, mais qui 
les rouloit une manière effrayahte. Un Bonze, paroïffant fur le théâtre, au- 
deflus de ia machine, avoit annoncé au peuple que ce jeune homme alloit fe 
facrifier volontairement, en fe précipitant dans une profonde rivière, qui cou- 
loit près du grand chemin. ,, Cependant, avoit ajouté le Bonze, il n’en mour- 
» Ta point. Au fond de la rivière, il fera reçû par des Efprits charitables, 
» qui lui feront un accueil auffi favorable qu’il puiffe le defirer. En vérité, 
» C’eft ce qui pouvoit lui arriver de plus heureux. Cent autres ontambitionné 
, fa place. Maïs nous lui aVous donné la préférence, parce qu’il la mérite 
» Cffeétivement par fon zéle & par fes autres vertus. 

APRÈS avoir écouté ce récit, le Gouverneur déclara qu’il trouvoit beau- 
coup de courage au jeune homme, mais qu’il étoit furpris que ce ne fût pas lui- 
même qui eût annoncé fa réfolution au peuple. En même-tems, il ordonna 
qu’il lui fût amené, pour fé donner ia fatisfattion de l'entendre. Les Bonzes, 
alarmés de cetordre, employèrent tous leurs efforts pour s’y oppofer. Ils pro- 
teflérent que fi la viétime ouvroit la bouche , le facrifice feroit inutile, & 

qu'ils 
æ 
(b) Mémoires du Père le Comte , pag. 328. & fuivantes, 


Gg 2 


RELIGIONS 
Cawouises, 


Fraudes des 
Bonzes, dé- 
couvertes par 
les Magi- 
ftrats. 


Rezrcrons 
CHiINoIsrs. 


Jufle puni- 
tion de quel- 


ques Bonzes. 


Bonzesnom- 


més Lamas. 


Rapport de 
Ja Religion de 
Fo avec le 
Chriftianifine. 


236 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


qu'ils ne répondoient pas des malheurs que cette profanation pouvoit attirer 
fur la Province. Je réponds de tout, dit le Gouverneur; & renouvellant fes 
ordres, il fut furpris d'apprendre, qu'au-lieu de s'expliquer avec ceux qu’il en 
avoit chargés, le jeune homme n'avoit fait que jetter fur eux des regards api. 
tés, avec des contorfions extrémement violentes. ,,- Vous voyez, dit un Bon. 
, Ze, combien il eft affigé des ordres que vous lui faites porter. Il en eft au 
 défefpoir; & fi vous ne les révoquez, vous le ferez mourir de douleur. 
Loin de changer de réfolution, le Mandarin chargea fes gardes de le dégager 
de fa cage & de l’amener. Ils le trouvèrent, non-feulement lié par les pieds & 
par les mains, mais à-demi fuffoqué, d’un baïllon qui lui remplifloit la bouche, 
Aufti-tôt qu'il fut délivré de ce tourment, il fe mit à crier de toute fa force: 
» Vangez-moi de ces affaffins, qui veulent me noyer. Je fuis un Bachelier 
» dans les Arts. J'allois à Peking pour l'éxamen. Hier, une troupe de Bonzes 
» m'enleva violemment. Ils m’ont attaché ce matin à cette machine; pour me 
noyer ce foir, dans la vûe de je ne fçai quelle déteftable cérémonie (c), 
Tandis qu’il exprimoit fes plaintes, les Bonzes avoient commencé à s'éloigner; 
mais les gardes, qui accompagnent fans ceffe les Gouverneurs, en arrétérent 
quelques-uns. Le fupérieur , c’eft-à-dire, celui qui avoit harangué l’affemblée, 
fut jetté fur le champ dans la rivière, où les Efprits charitables ne fe préfentè. 
rent pas pour le recevoir. Les autres coupables furent refferrés dans une étroi- 
te prifon, & reçurent enfuite la punition qu'ils méritoient (d). 

Depuis que les T'artares font établis à la Chine, les Lamas, autre forte de 
Bonzes, font venus s’y établir. . Leur habit eft différent de celui des Bonzes 
Chinois, par la taille & la couleur; mais leur Religion eft la même, ou ne 
diffère que par un petit nombre de pratiques fuperftitieufes (e ). Ils fervent de 
chapellains à la Nobleffe Tartare, qui habite à Peking. Le Père Le Comte pré. 
tend qu'en Tartarie ils font les Divinités mêmes que le peuple adore ( f). 

ON a déja dû remarquer, dans plufieurs articles de ta Religion de Fo, une 
conformité furprenante avec le Chriftianifme (g). Quelques Mifionaires, é. 
tonnés de cette reffemblance, ont cru qu’elle en pouvoit être une corruption, 
& que vers le feptième ou le huitième fiécle, les Peuples du Tibet & de la Tar- 

tarie 


nité, & d'autres comme la Trinité même, 


Sc) On fçait l'Hiftoire dunommé Fetzer, 
Quant aux autres traits de conformité, les mé- 


à qui l’on imprima à Bâle les cinq plaies, en 


fuppofant une Vifion de la Vierge Marie. On 
n'ignore pas non plus par qui ce tour fut joué. 
Il ne reffemble pas mal à celui de ces Bonzes. 
f3"(d) L'avanture arrivée à Bâle eut aufli 
ja même iffue. 

(e }Suivantle Pèrel.e Comte, ce font les plus 
fuperftitieux de tous les Bonzes. 

(f) On ne fçait fur quel fondement le Pè- 
re le Comte avance un fait fi peu connu, pag. 
437. & fuiv. Voyez ci-deffous l'article de la 
Tartarie Chinoife. 

5 (g) Les Auteurs Angloisne trouvent d’au- 
tres conformités, entre le Chriftianifme & la 
Religion de Fo, qu'en ce que celle-ci fuppo- 
fe un Dieuincarné, un Sauveur, un Saint El- 
prit, & un Ternaire, que quelques MifMionai- 
res regardeut comme un Emblème de la Tri- 


mes Auteurs Anglois les trouvent uniquement 
dans des pratiques particulières auxCatholiques 
Romains. Ils s'étendent même affez ample- 
ment fur cet article. Mais comine le Traduc- 
teur a fupprimé ces détails peu favorables la 
Religion qu'il profeffe, nous croyons devoir 
l'imiter en faveur de ceux de nos Leéteurs qui 
font de la même Religion. C'eft pour la mê- 
me raifon qu'en fupléant cy-devant les notes 
omifes auffi parle Traduéteur, nous avons tâ- 
ché d’adoucir tout ce qu'il y auroit eu de cho- 
quant pour ceux qui ne font pas dans les idées 
Proteftantes. Quand nous avons trouvé quel- 
ques faits, ou quelques paffages, qui n’étoient 
pas fufcentibles de ces adouciffemens, nous 
les avons Entièrement fupprimé, R, d. L. 


tarie pe 
que l'E 
Apôtre 
paroît ( 
de plus 
autres 
Halde, 
obferve 
Philofof 
vient a 
de la M 
croit po 
La fami 
nois do 
qu'on vo 
quifet 
fon pays 


(h) C 
378. 
(#) Ibie 


ES t 
l'E 
avoit vû 
anciens I 
dans la fa 
la littérat 
diftingué 
les ancien 
données ( 
Ces li 
Chrétienr 
ouvrages 
quit une f 
des Lettrés 
ning, Chc 
mer un cc 
particulièt 
rent tous | 
rent les L 
poférent, 


(a) Or 


it attirer 
vellant fes 
IX qu'il en 
gards agi. 
it un Bon. 
| en eft au 
> douleur, 
e dégager 
s pieds & 
la bouche, 
> fa force: 
Bachelier 
de Bonzes 
, pour me 
onie (c). 
’éloigner; 
arrétèrent 
ffemblée, 
: préfenté. 
une étroi- 


re forte de 
es Bonzes 
ne, ou ne 
fervent de 
omte pré- 

e (f). 
> Fo, une 
naires, é- 
prruption, 
de la Tar- 
tarie 


inité même, 
ité, les mé- 
uniquement 
Catholiques 
fez ample- 
e le Traduc- 
vorables d1æ 
vons devoir 
Lecteurs qui 
pour la mê* 
nt les notes 
us avons ti- 
it eu de cho- 
ns les idées 
rouvé quel- 
Qui n’étoient 
nens, nous 


. d LE 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. V.. 237 


tarie peuvent avoir été convertis par les Neftoriens. D’autres fe font figurés 
que l'Evangile peut avoir été prèché dans ces Régions, du tems même des 
Apôtres (b). Mais comment donner de la vraifemblance à cette opinion, s’il 
paroît certain, par les Hiftoires Chinoifes, que la Religion de Fo ait précédé 
de plus de mille ans, celle de Jefus-Chrift? Couplet, Le Comte, & plufieurs 
autres Miffionaires, n’oppofent rien à cette fuppofition. Il eft vrai que Du 
Halde, en parlant de la naiffance deFo, n’en rapporte point le tems; mais il 
obferve, dans plufieurs autres endroits, particulièrement dans une note fur le 
Philofophe Chin (i), que Fo vivoit cinq cens ans avant Pythagore; ce quire- 
vient au même. Il ajoûte que Pythagore tira des difciples de Fo fa doétrine 
de la Métempfycofe. Sans entreprendre d’éciaircir de fi épaiffes ténébres, on 
croit pouvoir conclure cet article, par une obfervation du Père Navarette. 
La fameufe figure, qui fe nomme San-pau, dit ce Miffionaire, que les Chi- 
nois donnent pour l’image de leur Ternaire, eft éxactement femblable à celle 
qu'on voit à Madrid fur le grand autel du Couvent des Trinitaires. Un Chinois, 
qui fe trouveroit en Efpagne pourroit s’imaginer qu'on y adore le San-pau de 


fon pays (k). 


(b) Chine du Père Du Halde Vol. 11. pag. 
378. 
(5) Ibid, pag. 670. 


(k) Colleétion du Churchill, 


à Vol, I. pa 
ge 241. à 


ç VI. 
Seête de FU-KT AU. 


ES troubles de la Religion & de la guerre avoient entiérement banni de 
l'Empire Chinois l'amour des fciences, & pendant plufieurs fiécles on y 
avoit vû régner l'ignorance & la corruption des mœurs; lorfque le goût des 
anciens Livres & l’eftime pour les gens de Lettres commençant à revivre 
dans la famille Impériale de Song, on vit naître infenfiblement l'émulation de 
la littérature entre les principaux Mandarins & toôu‘es les perfonnes un peu 
diftinguées par l’efprit &le mérite. Ils entreprirent d'expliquer, non-feulement 
les anciens Livres Canoniques, mais encore les interprétations qu'en avoient 
données Confucius, Mencius, fon difciple, & d’autres fameux Ecrivains. 

CEs Interprètes acquirent beaucoup de réputation vers l’an 1070 de l'Ere 
Chrétienne. Les plus célébres furent Chu-1/e & Ching-tfe, qui publièrent leurs 
ouvrages fous le régne du fixième Empereur de la race de Song. Chu-tfe (a )ac- 
quit une fi grande diitinétion par fon fçavoir, qu’il fut honoré du titre de Prince 
ds Lettrés. Vers l'an 1400, Tong-lo, troifième Empereur de la race de Tay- 
ming, choifit quarante-deux des plus fçavans Doéteurs, qu'il chargea de for- 
mer un corps de doftrine, pour fervir de régle aux Lettrés, & de s’attacher 
particulièrement aux commentaires de Chu-tfe & de Ching-tfe. Ils apportè- 
rent tous leurs foins à cette grande entreprife. Non-feulement ils interprété- 
rent les Livres Canoniques, & ceux de Confucius & de Mencius; mais ils com- 
pofèrent, en vingt volumes, un nouvel Ouvrage, fous le titre de Sing-li-ta- 


tfuen , 
(a) On lit Chu-bi dans l'Original; mais il paroît que c’eft une méprife, 


C3 


L) 


ReLTGIONS 
CHINOISES, 


Obfervation 
de Navarette 


Extinétion & 


renaiffance 
des Lettres à 
la Chine. 


Nouveau 


corps de dôc- 
trine. 


4 
14 
| 
- If # 
1 
Î } 
1 h | 


De 


LI 
| 
À 
Œ 
L. 


RELIGIONS 
CHINOISES. 


Carañtères 


de cet Ouvra- 


(2e) 
ve 


Syftêine des 


nouveaux 
Doëteurs 
Chinois. 


Ce que c'eft 


quele Tay-ki. 


238 VOYAGES DANS LEMPIRE 


tfuen, qui fignific Nature, ou Philofophie Naturelle. Ils s'attachèrent, füivant 


l’ordre Impérial, à la doétrine des deux Ecrivains qu'on a nommés; c’eft.2. 
dire, que pour m'être pas accufés d’avoir abandonné les anciens livres, qui 


étoient refpeëtés de tout l'Empire, ils les expliquérent [ par de faufles interpré.ém 


tations, & en leur donnant un fens forcé | d'une manière conforme à leurs 
ropres opinions. Cependant l'autorité de l'Empereur, la réputation de ces 
crivains, leur ftyle ingénieux & poli, la nouveauté de.leur méthode, & 
l'obfcurité des anciens livres, donnèrent tant d'éclat à leur ouvrage, qu'un 
grand nombre de Lettrés s’y laiflèrent tromper. 

Ces nouveaux Doéteurs prétendirent que leur doétrine étoit fondée fur 
V'Zking, le plus ancien de tousles Livres Chinois. Mais leurs explications étoienr 
obfcures, remplies d'équivoques & même de contradiétions. Ils employoient 
des termes, qui paroifloient marquer leur attachement pour l’ancienne doc. 
trine, tandis qu’en effet ils en établiffoient une nouvelle. Ils affeétoient de par. 
ler le langage des Anciens, fur tous les objets du culte ; & dans le même tems 
ils donnoient à leurs expreffions un fens impie, qui tendoit à la ruine de tou. 
tes fortes de cultes. On va donner quelque idée de leur fyftême, quoiqu'il foit 
difficile d’en tirer un fens bien clair, & que les inventeurs ne s’entendiffent 
peut-être pas eux-mêmes. 

Is donnoient à la première caufe le nom de Tay-ki, qu'ils prétendoient 
avoir trouvé dans les deux Doéteurs, dont ils feignoient de fuivre les princi- 
pes. Cependant Chu-tfe confeffe lui-même que ce nom n'étoit connu, ni de 
Fo-bi, Auteur de l'Iking, ni de Ven-vang fon interpréte {b). En effet, le 
Père Couplet, qui étoit trés-verfé dans les Livres Chinois, affûre qu’il ne fe 
trouve dans aucun des Livres Canoniques, excepté dans un court Appendix, 
qui eft à la fin de l’expofition de l’Zking par Confucius, où l’Auteur dit: ., Que 
, la transformation contient le Tay-ki; & que le Tay-ki produit deux quali. 
» tés; le parfait & l’imparfait: que ces deux qualités produifent quatre ima. 
» Ses, & que ces quatre images produifent huit figures. Suivant les meilleu. 
res interprétations, le Tay-ki de Confucius ne fignifie que la matière premié. 
re. Quoique ce Tay-ki, difent les nouveaux Doéteurs, foit quelque chofe 
qui ne peut être exprimé; qu'il foit féparé de toutes les imperfeétions de la 
matière, & qu'on ne puifle trouver de nom qui lui convienne, ils s'efforcent 
néanmoins d’en donner une idée qui autorife leur opinion. Comme les deux 
mots Tay-ki fignifient en eux-mêmes le faîte d’une maifon, ils veulent, qu'en 
qualité du premier être, le Tay-ki foit, à l'égard des autres êtres, ce que le 
faîte d’une maifon eft à l'égard de l'Univers, comme le faîte unit & foutient 
toutes les parties d’un toît. Ils le comparent auffi à la cîme («) d’un arbre, & 
à l’effieu d’un chariot. Ils le nomment le pivot, fur lequel toute la machinede 
l'Univers tourne; la bafe, le pilier & le fondement dé tout ce qui éxifte, Ce 
n'eft pas, difent-ils, un Etre chimérique, tel que lé'Vuide des Bonzes, mais 
un Etre réel, dont l’éxiftence a précédé celle de tottes chofes, & qui ne peut 
néanmoins en être diftingué; car c’eft la même chofe que le parfait & l'im- 
parfait, la Terre, leCiel & les cinq élémens; de forte que dans quelque fens, 
chaque être particulier peut être nommé Tay-ki. 

ILs 


(b) Voyez ci-deffus l’article des Livres Ca- (c) Angl, à la racine. R, d. E, 


noniques ue la Chine, ù 


ILs 
Lorfqu 
tile, a 
duit l’# 
tel qu’ 
profon 
pénétre 
tières 1 
formen 
tudes © 
& l’im 
ajoûten 
produit 
de tous 
gularité 

CEp 
u’ils at 
ue fans 

cipes. 
fource : 
droit, il 
me & d 
a tout pl 
s'efforce 
les plus: 
pañages 
aufii le n 
compofit 
fon eflen 
raifonner 
Li donne 
font brifé 
ILs ra 
voirs réci 
& les fem 
eft la for: 
ceffe d'éx 
foute par 
fluidité & 
mes obfct 
tombent r 
te furnatt 
mée (e), 


(4) N'eft 
bien entendr 
haires n’entr 
Auteurs, co 


ht, fuivant 
és; c’eft.à. 
livres, qui 
es interpré.{ém 
rme à leurs 
tion de ces 
éthode, & 


age, qu'un 


fondée fur 
ions étoient 
mployoient 
cienne doc. 
ient de par. 
même tems 
ine de tou. 
uoïqu’il foit 
entendiffent 


rétendoient 
: les princi- 
nnu, ni de 
in effet, le 
> qu'il ne fe 
rt Æppendix, 
dit: ,, Que 
deux quali- 
quatre ima- 
les meilleu- 
ère premié- 
elque chofe 

ions de la 
s s'efforcent 

e les deux 
ent, qu'en 
, ce que le 
& foutient 
narbre, & 
machine de 
éxifte, Ce 
pnzes, mais 
qui ne peut 
fait & l'im- 
elque fens, 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. V. 239 


ILs difent qu’il doit être confidéré comme une chofe immobile & en repos. 
Lorfqu'il fe remue, il produit le yang, qui eft une matière parfaitement fub- 
tile, aétive, & dans un mouvement continuel. Lorfqu'il eft en repos, il pro. 
duit ln, matière imparfaite & groflière, qui n’a point de mouvement, 1l eft 
tel qu’un homme qui demeure en repos, tandis qu'il eft dans une méditation 

rofonde fur quelque fujet, & qui pafle du repos au mouvement, lorfqu'il a 

pénétré le fujet dont il étoit occupé. Du mêlange de ces deux fortes de ma- 
tières naiflent les cinq élémens, qui, par leur union & leurtempéramment, 
forment l'Univers & la différence de tous les corps. De-là viennent les vicifli- 
tudes continuelles de toutes les parties de l'univers, le mouvement des étoiles, 
& l'immobilité de la terre, avec la fécondité & la ftérilité des plaines. Ils 
ajoûtent que cette matière, ou plûtôt cette vertu répandue dans la matière, 
produit, ordonne & conferve toutes les parties de l'univers; que c’eft la caufe 
de tous les changemens, mais une caufe ignorante, qui ne connoît pas la ré- 
gularité de fes propres opérations. | 

CEPENDANT rien n'eft plus furprenant que la multitude de perfettions 
v’ils attribuent à leur Tay-ki. [Ils lui donnent une grandeur & une éten- 

de fans bornes.] C’eft difent-ils, le pluspur & le plus parfait de tousles prin- 
cipes. Il n’a point de commencement ni de fin. C’eft l'idée, le modéle & la 
fource le toutes chofes, l’effence de tous les autres Etres. Dans un autre en- 
droit, ils le confidèrent comme un Etre animé, auquel ils donnent le nom d’'a- 
me & d’efprit. Ils en parlent même comme de la fuprême Intelligence, qui 
a tout produit. Mais ils ne s'accordent point avec eux-mêmes; & lorfqu'ils 
s'efforcent de concilier leur fyftême avec les anciens Livres, ils tombent dans 
les plus manifeftes contradiétions (4). On a pris droit à la Chine, de quelques 
pañlages de leur Livre, pour élever des lemples au Tay-ki. Ils lui donnent 
auffi le nom de Li. C’eft lui, difent-ils encore, qui joint la matière dans la 
compofition des corps naturels ; qui conftitue chaque être particulier dans 
fon eflence, & qui le diftingue de tous les autres. .Voici lenr manière de 
raifonner. ,, Vous faites d’une piéce de bois, un banc ou une table, Mais le 
Li donne au bois la forme d’une table ou d'un banc; & lorfque ces inftrumens 
font brifés, leur Li ne fubfifte plus. 

ILs raïfonnent de même fur les principes de la Morale. Ce qui établit les de- 
voirs réciproques entre les Princes & les Sujets, les pères & les enfans, les maris 
& les femmes ; ilsl'appellent Li, Ils donnent à l'ame lenom de Li, parce qu’elle 
eft la forme du corps; & lorfqu’elle ceffe de l'être, ils prétendent que le Li 
celle d'éxifter; de la même manière, difent-ils, que l’eau glacée qui eft dif. 
foute par la chaleur, perd le Li qui l’avoit rendue glace, pour reprendre fa 
fuidité & fon être naturel. Enfin, après avoir difputé long-tems dans ces ter- 
mes obfcurs & prefqu'inintelligibles fur la nature du Tay-ki & du Li, ils 
tombent néceflairement dans l’athéifme, jufqu’à rejetter toute caufe efficien- 
te furnaturelle , & ne plus admettre d'autre principe qu’une vertu inani- 
mée (e), unie à la matière, à laquelle ils donnent le nom de Li ou de 17e 

AIS 


(d) N'eftil pas à craindre que faute de 

bien entendre la Langue Chinoife les Miffio- Voyez la Relation de Mezzabarba. 
naires n’entrent point affez dans le fens des (e) Cet endroit paroît contredit par ce 
Auteurs, comme on a và ci-deffüs que l’En-gqu'on va lire, [& où l’on verra qu'ils di 
en 


pereur Kang-hi leur en faifoit un reproche, 


RELIGIONS 
CHINOISES. 


Autres ex- 
plications. 


Contradic> 
tions du nou. 
veau ftyfté. 
me, & mau- 
vais effet qu'il 
produit, 


Ce que c’eft 
que le Li, 


RELIGIONS 
CHiINONSLS. 


Embarras 
des Doéteurs 
pour concilier 
leur fyfiême 
avec l'ancien: 
ne doctrine, 


Diirérence 
des véritibles 
Lettrés & de 
ceux qui ne le 
fontpas. 


C'eft cette 
différence qui 
a faitnaître 
les contefta- 
tions des Mif- 
fionaires, 


Déclaration 
de l’Empe- 
reur de la 
Chine. 


240 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Mars ils fe jettent dans un extrême embarras, lorfqu'ils veulent éluder 
uantité de paflages des anciens Livres qui parlent clairément des Efprits, de 
Ja Juftice, de la Providence, d'un Etre fuprême, de la connoïffance qu'il à 
du fecret des cœurs, &c. S'ils entreprennent deles concilier avec leurs idées, 
ils s'engagent dans une infinité de nouvelles contradiétions, & fouvent ils dé. 
truifent dans un endroit ce qu’ils ont établi dans un autre. On en verra vo. 
lontiers quelques éxemples. Ils enfeignent nettement que l'ame, par l'empire 
u’elle a fur tous les mouvemens & les affeétions, peut arriver àla connoiflance 
de l'ame fuprême, c’eft-à dire, de l'Intelligence qui gouverne tout; que de 
même la fimple confidération de la manière étonnante dont chaque Etre fe 
perpétue & produit fon femblable, prouve évidemment l’éxiftence d’un grand 
Etre intelligent, qui conferve, gouverne & conduit toutes chofes à leur pro. 
pre fin par la voie la plus convenable. Ils vont jufqu’à foûtenir que cette ad. 
mirable fubftance ne peut être inanimée ni matérielle. Ils affürent même qu'elle 
eft Efhrit; qu’elle contient l'excellence de tous les autres êtres, & qu’elle don- 
ne l’etre à tout ce qui fubfifte. 

Les véritables Lettrés demeurent attachés aux anciens principes. Mais 
comme il s'en trouve aufñi, qui, fe livrant aux commentaires modernes, & 
cherchant l'explication de chaque chofe dans les caufes naturelles, ne recon- 
hoiffent point d'autre principe qu’une vertu célefte, aveugle & naturelle, les 
Miffionaires nouvellement envoyés à la Chine, ont été portés à croire que c’é. 
toit l'opinion commune des Lettrés. Cependant ils promirent d'en juger au- 
trement, fi l'Empereur vouloit expliquer la vraie fignification des mots Ty, 
& Chang-ti, & déclarer qu’il entendoit par ces deux termes Je Maître du Ciel, 
& non /e Ciel matériel. Maigret, Vicaire Apoftolique de Fo-kyen, infifta fur 
la néceflité de cette explication; & dans le cours de l’année 1700 on confülta 
ce Prince avec tant de ménagemens, qu’il ne pût fe défier du motif de cette 
curiofité. Aufñfi déclara-t'il, par un Edit qui fut inferé dans les Archives de 
l'Empire , & publié dans toutes les Gazettes, ,, que ce n'’étoit point au Ciel 
vifible & matériel qu'on offroit des facrifices, mais uniquement au Seigneur 
& au Maître du Ciel, de la terre & de toutes chofes; qu’il falloit donner 
le même fens à l’infcription ( Chang-ti), qu'on lifoit fur les Tablettes, de- 
vant lefquelles on offroit ces facrifices ; que c’étoit par un jufte fentiment 
de refpeét qu’on n'ofoit donner au fouverain Seigneur le nom qui lui con- 
» vient, & qu’on étoit dans l’ufage de l’invoquer fous les titres de Ciel Supré- 
» ne, de Bonté fupréme du Ciel, de Ciel univerfel; comme en parlant refpec- 
» tueufement de l'Empereur, au-lieu de l’appeller par fon propre nom, on 
» employe ceux de Marches du Trûne, & de Cour fupréme de fon Palais: enfin, 
» que ces noms, quoique différens dans les termes, font en effet les mêmes 
» dans leur fignification. ,, Un jour l'Empereur s’expliquant en public, af- 
füra ,, que les Lettrés de l'Empire penfoient, comme lui, que le Principe de 
» toutes chofes eft nommé Tyen (c’eft-à-dire, Ciel) dans un ftyle noble & 
» figuré; comme les Empereurs Chinois font appellés Chau-ting, du nom de 
» leurs Palais, qui font les lieux où la Majefté Impériale til: dans fon plus 
» grand éclat. 

Les 


32 
LL 
2 
LE 


tent un Ltre intelligent qui gouvernele Mon. être que des Jnftrumens dans la main du pie- 
de, Ainfi ces principes inanimés ne doivent  mier.] 


qui che 


très-ap 


hrétie 

La 
me de 
font pa 
d’éduca 
quelque 
tranquil 
différen 
tres Let 
Mais l 
peuple : 
l'Idolâtr 
leurs m: 
dorées. 
Difciple 
ont afle 
fasse 

1 quel 
ke î 
rémonie 
méchan 


(f) C 
: PTIT 


lent éluder 
Efprits, de 
ance qu'il a 
leurs idées, 
ivent ils dé. 
n verra vo- 
par l'empire 
onnoiflance 
ut ; que de 
que Etre fe 
> d’un grand 
a leur pro- 
ue cette ad- 
nême qu’elle 
qu’elle don. 


ipes. Mais 
odernes , & 
, ne recon- 
iturelle, les 
oire que c’é- 
en juger au- 
s mots Tyer 
aître du Ciel, 
), infiita fur 
on confulta 
otif de cette 
Archives de 
oint au Ciel 
au Seigneur 
Iloit donner 
blettes, de- 
e fentiment 
qui lui con- 
e Ciel Supré- 
ant refpec- 
2 nom, On 
lais: enfin, 

les mêmes 
public , af 

Principe de 
le noble & 
du nom de 
ns fon plus 


LE; 


main du pie- 


aui cherchoient à les rendre odieux. 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. V. d4t 


Les nouveaux Mifionaires confultèrent auf les Princes, les Grands de 
la Chine, les Mandarins du premier ordre, & les principaux Lettrés, fur-tout 
Je Premier Préfident de l’Académie Impériale, qui eft compofée des plus émi- 
nens Doéteurs & de ceux qui paflent proprement pour les Lettrés de l'Empe- 
reur. Tous parurent füurpris qu'il y eut, en Europe, des Sçavans capables 
de fe perfuader que les Lettrés de la Chine honoraffent un Etre animé, tel que 
le Ciel vifible & matériel. Ils déclarèrent unanimement, qu’en invoquant Tyen 
& Chang-ti, ils invoquoient le fouverain Seigneur du Ciel, l’Auteur & le prin- 
cipe de toutes chofes, le Difpenfateur de tous les biens, qui voit tout, qui 
fait tout, & dont la fagefle gouverne l'Univers. Quoi? s’écriggent quelques- 
uns d’entr'eux, croyons-nous que chaque famille puiffe être fans Chef, cha- 
» que Ville fans Gouverneur, chaque Province fans Viceroi, & l'Empire en- 
#» tier fans un Maître indépendant? Pourrions-nous douter qu'il n’y ait une 
#» première Intelligence, un Etre fuprême, un fouverain Seigneur de l’Uni- 
» Vers, qui gouverneavec une fagefle égale à fa Juftice? N'’eft-ce pas la 
» doétrine de nos anciens Livres? & ne l’avons-nous pas reçûe de nos pre- 

» miers Sages (f)? | 

Du Halde donne beaucoup d’étendue aux preuves qu'il tire des Edits de 
l'Empereur & de fes décifions en divérfes occafions. Mais on fe difpenfe ici 
d’un détail, qui paroîtroit déplacé dans un Recueil Hiftorique ; [ d’autant plus 
que cet Auteur femble avoir en vûe-de favorifer la caufe que fon Ordre a eu 
à foûtenir contre plufieurs autres. On fe contentera de remarquer que bien 
loin qu’on doive regarder les Lettrés Chinois, comme autant d'Athées, il eft 
très-apparent, qu’ils n’ont été accufés d'irreligion, que par des adverfaires, 
On ne voit que trop fouvent parmi les 
Chrétiens des éxemples femblables.. 

La Chine a produit une autre efpèce de Lettrés, qui ont formé leur fyfté- 
me de ces différens principes, en s’efforçant de les concilier. D’autres ne 
font pas plûtôt parvenus au degré de Mandarins, que foit par un préjugé 
d'éducation, qui vient de leur naïiffance dans une famille Idolâtre , foit par 
quelque vâûe d'intérêt, foit par indulgence pour le neuple & par zéle pour la 
tranquillité publique, ils femblent embraffer les opinions de plufieurs Seétes 

différentes. En même-tems, ils ne marquent pas moins d’ardeur que les au- 
tres Lettrés à déclamer contre L-tu-an; c’eft-à-dire, contre les faufles Seétes. 
Mais l'expérience fait connoître qu’ils n’ont pas moins d’attachement que le 
peuple même pour les fuperftitions de Jo. Leurs femmes, qui font livrées à 
l'Idolâtrie, entretiennent ordinairement dans l'endroit le plus honorable de 
leurs maifons une forte d’autel, fur lequel on voit une légion de ftatues bien 
dorées.. Et la complaifance, ou d’autres motifs, porte fouvent ces foibles 
Difciples de Confucius à fléchir le genou devant ces Idoles. Ceux-mêmes qui 
ont aflez de fermeté pour réfifter au torrent, participent du moins aux mé- 
thodes imaginaires que leurs femmes employent pour pénétrer dans l'avenir. 
Si quelque perfonne de leur famille paroît menacée de la mort, ils font appel- 
ler les Bonzes, qui viennent brûler du papier doré, & pratiquer d'autres cé- 
rémonies. Loin de pañler pour Philofophes, ils feroient regardés comme de 

méchans Citoyens, s'ils ne s’aflujettifloient pas à cet ufage, 
L'IGNORANCE 

(f) Chine de Duktalde, Vol, L pag. 658, & fuiv. Mémoires de Te Cointe, pag. 340 
PTIT. Part, Hh ; 


RertcroRs 
CuiNoises. 


Déclaration 
des Grands de 
l'Empire, 


Diverfes for. 
tes d'opinions 
établies à la 
Chine. 


Rectctons 
CuHiNorsss. 


Culte des 
Génies. 


Trois four- 
ces de l’igno- 
rance du Peu- 
ple Chinois. 


L'horofco- 


L’invocation 
des Efprits, 


242 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


L'IeNoRANCE groffière de la Phyfique, dont les Auteurs Chinoïs ne font 
as plus éxemts que le Peuple, leur fait attribuer les plus fimples effets des cau. 
es naturelles à quelque mauvaisgénie. Cette opinion eft prefque généralement 

établie, fur-tout dans l’efprit du Peuple & parmi les femmes. Quelquefois ce 
mauvais génie eft une de leurs ftatues, ou plûtôt, fuivant la remarque du 
Père Du Halde, c’eft le Démon qui l’habite. Pour d’autres, c’eft une haute 
montagne, un grand arbre, un Dragon imaginaire qu’ils placent au fond de 
la Mer ou dans le Ciel, la quinteffence de quelque animal, tel qu’un renard, 
un finge, une tortue, un crapaud, &c. C’eft ce qu'ils appellent T/ing, ou 
Vau-quay, où Quo-Jire-R, c'elt-à-dire, Monftre, ou quelque chofe de fort fur. 
prenant. Ils aflürent que ces animaux, après avoir vécu longtems, ont le pou- 
voir de purifier leur propre effence & de fe dépouiller de toutes leurs parties 
groffières & terreftres. La portion füubtile qui demeure, fe plaît à troubler 
l'imagination des hommes & des femmes. Un renard purifié de cette manière 
eft extrémement redoutable. Lorfque les Chinois tômbent malades & qu'ils 
font dans le délire de la fiévre, c’eft indubitablement le Démon qui les tour. 
mente, & l'on appelle aufli-tôt les Bonzes. Il eft impofñfible de fe repréfenter 
les tours de foupleffe & le bruit qu’ils font dans la maifon. Le Peuple & les 
demi-fçavans ne réfiftent point à cesimpoftures. Mais trois chofes fervent prin- 
cipalement à les entretenir dans cette ignorance. 

LA première eft ce qui s’appelle à la Chine Suenming, & qui revient à nos 
Difeurs de bonne-avanture. Le pays eft plein de gens qui calculent les natiuités, 
& qui jouant d’une efpèce de théorbe, vont de maifons en maïfons pour offrir 
à chacun de lui dire FA bonne ou fa mauvaife fortune. La plûpart font des a. 
veugles, & le prix de leur fervice eft d'environ deux liards. Il n’y a point 
d’extravagances qu'ils ne débitent fur les huit lettres dont l’an, le jour, le 
mois & l’heure de la naïffance font compofés. Cet horofcope fe nomme P4- 
tfe. Ils prédifent les difgraces dont on eft menacé, ils promettent des richef. 

es & des honneurs, du fuccès dans les entreprifes de Commerce & dans l'é. 
tude des Sciences. Ils découvrent la caufe de vos maladies & de celles de vos 
enfans, les raïfons qui vous ont fait perdre votre père & votre mère, &c. 
Les infortunes viennent.toûjours de quelqu’Efprit que vous avez eu le malheur 
d’offenfer. Ils vous conféillent de ne pas perdre de tems pour l'appaifer, & 
de faire appeller promptement un certain Bonze. Si les prédiétions fe trouvent 
fauffes .. le Peuple fe contente de dire: ,, Cet. homme entend mal fon métier. 

Le fécond ufage, qui entretient l’aveuglement des Chinois, confifte dans 
le Pa-qua, ou le Ta-qua, c’eft-à-dire, l'art de confulter les Efprits. Il y a plu- 
fieurs méthodes établies pour cette opération. Mais la plus commune eft de 
fe préfenter devant une Statue & de brûler certains parfums, enfrappantplu- 
fieurs fois la terre du front. On prend foin de porter près de la Statue une 
boëte remplie de petites fpatules, d’un demi-pied de longueur, für lefquelles 
font gravés des Caraétères énigmatiques, qui paflent pour autant d’oracles. 
Après avoir fait plufieurs révérences, on laïfle tomber au hazard une des fpa- 
tules, dont les caraétères font expliqués par le Bonze qui préfide à la cérémo- 
nie. Quelquefois on confülte une grande pancarte, qui eft attachée contre le 
mur & qui: contient la clé des caractères. Cetteopération fe pratique à l'approche 
d'une affaire importante, d’un voyage, d’une vente de marchandifes, d’un 
mariage, & dans mille autres occafions, pour le choix d’un jour heureux & 
pour le fuccés de l’entreprife.. La 


LA 
cule, 
des ke 
uelqu 
ain d 
croire 
aufi lo 
fuites € 
confifté 
de terr 
qui rep 
ins qu 
jour de 
l'encen 
fans cef 
attend 
la part 
de leurs 
fÎtance c 
par des 
des per 
n’eft po 
maifon ; 
ment s 
quitte p 
tems. 


de leurs 
nir lieu 
rien à r 
tent de 
répand ; 
pour 
leurs re 
long-tet 
dre cett 
\ytes CI 
ciennes 
dans qu 
d'un m 
attendo 


hois ne font 
Fets des cau. 
énéralement 
elquefois ce 
emarque du 
tune haute 
au fond de 
‘un renard, 
C Tfing > Où 
de fort fur. 
, Ont le pou- 
leurs parties 
t à troubler 
tte manière 
les & qu'ils 
qui les tour. 
repréfenter 
euple & les 
ervent p'in- 


vient à nos 
es natiuités, 
; PE offrir 
ont des a- 
n’y a point 
le jour, le 
omme Ps. 
des richef. 
& dans l'é. 
Iles de vos 
mère, &c. 
le malheur 
ppaifer, & 
fe trouvent 
on métier. 
ag 
a plu- 
Fr eft de 
kppant plu- 
Sratue une 
lefquelles 
d'oracles. 
e des fpa- 
a cérémo- 
e contre le 
’approche 
ifes, d'un 
eureux & 
LA 


DE LA CHINE, Lrv. Il Crar. V. 945 


La troifième fource d'ignorance, & la plus profonde quoique la plus ridi- 
cule, eft le Fong-chwi, autre opération myftérieufe, qui regarde la pofition 
des édifices & fur-tout celle des tombeaux. Fong-chwi fignifie ent & Eau. Si 

uelqu’un bâtit, par hazard, dans une pofition fi contraire à fes voifins, qu’un 
Din de fa maifon foit oppofé au côté de celled'unautre, c eft affez pour faire 
croire que tout eft perdu. Non-feulement il en réfulte des haines, qui durent 
auffi long-tems que l'édifice; mais le propriétaire demeure expofé aux pour 
fuites des Mandarins. Ces remèdes font-ils fans effet ? Il n’en refte qu'un, ane 
confifte à placer, dans une chambre (g), un dragon, ou quelqu autre monftre 
de terre cuite,. qui jette un regard terrible fur le coin de la fatale maifon, & 
Æqui repoufle ainfi toutes les influences qu'on peut en appréhender. [ Les voi- 
ins qui prennent cette précaution contre le danger, ne Sn pas chaque 
jour de vifiter plufieurs fois le monftre qui veille à leur défenfe. Ils brûlent de 
Vénétie devant lui, ou plûtôt devant l'Efprit qui le gouverne & qu’ils croient 
fans ceffe occupé de ce foin. Ils fe réuniffent pour cette cérémonie, & chacun 
attend de l'Efprit ou du Monitre de fes voifins le fecours qu’il leur romet de 
la part du fien. Les Bones ne manquent point de prendre part à embarras 
de leurs cliens. Ils s'engagent pour une fomme d'argent à leur procurer Pafi- 
{tance de quelque puiffant Efprit, qui foit capable de les raffürer nuit & jour 
par des efforts aufli continuels que fa vigilance & fon attention. Il fe trouve 
des perfonnes fi timides, qu’elles interrompent leur fommeil pour obferver s’il 
n’eft point arrivé de changement qui doive les obliger de changer de lit ou de 
maifon; & d’autres encore plus crédules, qui ne dormiroient pas tranquille- 
ment s'ils n'entretenoient, dans la chambre du dragon, un Bonze, qui ne les 
uitte pas jufqu’à la fin du danger. Mais il eft rare que le défordre dure long- 
_n Tous les voifins ayant le même intérêt à fe délivrer de leurs allarmes, 
employent leurs biens & leur crédit auprès des Mandarins, qui faififfent quel- 
quefois, aufñi volontiers que les Bonzes, de fi belles occafions pour tirer un 
profit confidérable de la foibleffe du Peuple. Ce qui doit paroître étrange, 
c’eft qu’une fuperftition fi généralement établie n’ait produit aucune Loi, qui 
ôte aux Particuliers la liberté dé fuivre leur goût dans la forme & la pofition 
de leurs édifices On s'imagineroit que la feule force de la fuperftition doit te- 
nir lieu de Loi; mais comme elle n'agit que fur les voifins, parce qu'il n’y a 
rien à redouter pour celui qui bâtit, il arrive fouvent qu'un Particulier mécon- 
tent de fon voifinage, prend un plaifir malin à fe venger par le trouble qu’il y 
répand; fi l'on n’aime mieux croire que les Bonzes ont part à la caufe du mal, 
pour affermir leur crédit en fe rendant néceffaires au Peuple, ou pour groffir 
leurs revenus. Les Miffionaires de Nan-king , contre lefquels il s’etoient 
long-tems déchaînés dans cette Ville, Îles foupçonnérent d avoir voulu join- 
dre cette malignité à quantité d’autres perfécutions. Un jour quelques Profé- 
\tes Chinois, qui n'avoient point encore fecoué le joug de routes leurs an- 
ciennes erreurs, vinrent avertir le Supérieur de la Miffion qu’un de fes voifins, 
dans quelques réparations qu'il faifoit à fes édifices, avoit fait tourner le coin 
d'un mur contre le côté de l’Eglife. Toute la Ville, informée de cette infulte " 
attendoit curieufement quelle feroit la conduite des Européens & ER 


(g) Angl. à placer fur fon toit, R. d. E, 
Hh 2 


Reztcroxe 
CuiNoises, 


Le Fong- 
Chwi, ou fu- 
perftition du 
vent & de 
l'eau. 


Remèdes 
contre la 
crainte du 
Fong-chwi, 


Jufqu'où va 
la fuperfti- 
tion. 


Elle eñt mé- 
prifée par les 
Mifficnaires 
de Nao-king. 


RELIGIONS 
Curnoises, 


Superftition 
d'un Gouver- 
ncur, 


Autres ob. 
iets du l'ong- 


chiri, 


Réfléxion 
des Auteurs 
Apglois. . 


244 VOYAGES DANS. L'EMPIRE 


thode ils employéroient pour détourner les difgraces dont ils étoient menacés. 
Mais les Miffionaires ayant reçu cet avis avec dédain & paroiflant tranquilles 
fur un.fi frivole fujet de terreur, le Peuple ne douta point que , dans les prati.. 
ques de leur Religion ils n'euflent des méthodes, comme celles de la Chine 
pour fe garantir d’un mal fi redoutable. ] y 
LE. Gouverneur de Xyen-chan eut recours à la même méthode pour fe défendre 
contre l'Eglife des Jéfuites, qui étoit bâtie fur ue éminence qui dominoit fon 
Palais. 11 eut auifi la précaution d’en tourner ls appartemens un peu de côté 
D'ailleurs une forte d'édifice, ou de porte à trois étages, qu'il.fit bâtir à deux 
cens pas de l'Eglife, fervoit à le garantir de l'influence. Mais, par malheur 
cette porte fut regardée comme l'unique caufe de la-mort du Gouverneur fui. 
vant. Ce Mandarin ayant été attaqué d’une fluxion de poitrine, qui lui fai. 
foit cracher de gros flegmes blancs, on ne douta point que cette porte, dont 
la couleur étoit blanche, n'eut produit fa maladie, &. là-deffüus on prit la ré. 
folution de. la peindre en noir, pour arrêter le cours de fes effets, Ce 
expédient n'ayant pas réufli , on s’imagina que c'étoit parce qu'on s’y é.. 
toit pris trop tard, & le Mandarin mourut. Enfuite à l'occafion de quelque. 
autre chimère, on fit reblanchir la porte. | | 
CETTE fuperftition ne regarde pas feulement la fituation des édifices 
mais encore la.manière de placer les portes, le jour & la manière de difpofer 


le fourneau pour faire cuire le riz, & quantité d’autres particularités de la. 
même nature. Le pouvoir du Fong-chwi s'étend encore pius.f17 les fépuicres. 
des mort’ Certains impofteurs font leur métier. de découvrir les montagnes, 


& les collines dont l'afpeët eft favorable; & lorfqu'après diverfes cérémonies, 
ridicules, ils ont fixé un lieu pour cet ufage, on ne croit pas qu'il y ait de 
trop groffe fomme pour acheter cette heureufe portion de terre, | 
Lzs Chinois regardent le Fong-chwi (k).comme une chofe plus précieufe 
en quelque forte, que la vie même, parce qu’ils font perfuadés que le bon. 
heur ou le malheur de la vie dépend de cette chimire. En un mot, fi quelqu'un 
fe diftingue entre les perfonnes du même âge par fes talens & fa capacité; s’il 
parvient de bonne-heure au degré de Doéteur, ou à quelqu'emploi; s’il de. 
vient père d'une nombreufe famille ;. s’il vit long-tems, ce n’eft point à fon 
mérite, à fon adrefle, à fa probité qu’il en a l'obligation; fon bonheur vient. 
€i) de l'heureufe fituation de fa demeure, ou de ce que la fépulture de fes An- 
cétres. eft partagée d’un excellent Pong-chwi. | 
L'inÉée qu’on vient de prendre des-différentes- Sectes Chinoifes fert à faire 
concevoir par-quels degrés les changemens de Religion arrivent dans les au. 
tres pays, foit de bien en mal, foit de mal en pire. Comme il paroît que la. 
Religion Naturelle eft-la première qui s’eft répandue à. la Chine, on peut ju- 
ger qu'elle n'eft pas moins la plus ancienne dans tous les autres Etats du Mon-. 
de. Elle prévalut parmi les Chinois, jufqu’à ce :que l'ambition & l'inconti-. 
nence des Grands eut introduit la, corruption. des mœurs, accompagnée de, 
l'ignorance, qui ouvrirent la porte à la fuperftition & aux pernicieux princi- 
pes. de Law-tfe.. Enfuite Confucius . habile &. vertueux. Philofophe, entre- 


pris. 


TF”(D) Par ce mot ils n’entendent pas feule. qui s'étend jufqu’à la poftérité. 
(3) Du Halde, pag, pôs. 


ment un air Corrompu , qui caufe des mala- 
dies,. mais euçore une efpèce de malédiétion- 


prit de 
ps fon rep 
tous les 
courage 
profefle 
La Q 
les prind 
fut aifé 
pide ino 
pereur 
fi les plu 
& la pl 
ktjon des 
bientôt 
devient 
un Pays 
imiter | 
faire ave 
ils feront 
bonnes. i 


ES 1 


info 


x Kay-fon 
T. ae 
faire quel 
cette con 
nagOgUE , 
la Chine, 
voir leur: 
trèrent le 
fon d’ent 
leur Cha 
entre jan 


(a) Cet 

ré d'une Li 
lé feptième 
vrage trad! 
en 1743. fc 

a joint des] 
fFRemarques 
trouvera qu 
Lettres Re: 
défignées, 


t menacés; 
tranquilles 
s les prati.. 
la Chine. 


e défendre 
minoit fon 
u de côté, 
itir à deux, 
* malheur, 
erneur fui. 
qui lui fai. 
rte, dont 
prit la ré. 
fets. Cet. 
l'on s’y é- 
le. quelque. 


édifices , 
le difpofer 


rités de la. 
s fépuïcres. 


montagnes, 
érémonies, 


il y ait de, 


précieufe., 
e le bon. 
quelqu'un 
acité s s’il, 
i; s’il de- 
oint à fon, 
eur vient 
de fes An- 


ertafaire 
ns les au 
pit que la. 
peut ju- 

du Mon-. 
l'inconti-. 
agnée de. 

princi- 
>, entre 


pris. 


DÉ LA CHINE, Liv. Il Cnar. V. 


ie de la rétablir, avec l'afliftance de plufieurs autres Sçavans, au rifque de 
fon repos & de fa füreté. Il y réuiit, [Et c'eft ainfi que doivent fe conduire 
fr tous les gens de mérite dans les autres Religions. 1! faut qu'ils ayent aflez de 
courage pour réunir leurs efforts , dans la vûe de purifier la Religion qu'ils 
profellent des fuperftitions qui peuvent y être mêlées.] | 

La Chine fe foutint dans cette fituacion pendant plus de mille ans ; mais: 
les principes de la. Morale Chinoife ayant dégénèré dans un fi long efpace, il 
fut aifé à la doétrine de Fo de s’y introduire. _Elle fe répandit comme une ra- 
pide inondation dans toute l'étendue de l’Empire, fous la proteétion d'un Em- 
pereur fuperftitieux qui l'avoit apportée, & de deux de fes Succefeurs. Ain- 
fi les plus exécrables principes peuvent fuccéder à la Religion la plus fainte 
& la plus pure, lorfqu'ils ont pour appui l'autorité des Princes & la corrup- 
ktion des mœurs. [ La même chofe a lieu par rapport à la liberté. Elle difparoît 
bientôt lorfque la plus grande partie du Peuple fe plonge dans le vice, & 
devient vénale. Dés que ces maux pernicieux commencent à s’introduire dans 
un Pays, ceux qui ont à cœur le bien & la fûreté publique, doivent d abord 
imiter le généreux éxemple de Confucius & de fes Affociez; & euffent-ils à 
faire avec une race de gens plus perverfe & plus corrompue que la Chinoife, 
ils feront toüjours récompenfés jufqu’a un certain point par le fuccès de leurs 
bonnes. intentions. | 


$. V: 
Origine ES progrès du Fudaïfme & du Mahométifine à la Chine. 


ES Miffionaires de Peking, curieux depuis long-tems de fe procurer des 
EL informations fur les Juifs qui fe trouvoient établis depuis plufieurs fiécles 
x Kay-fong-fu, Capitale de la Province de Ho-nan, chargèrent en r704.le Père 
T. 8 Guzani (a), qui gouvernoit une Eglife Chrétienne dans cette Ville, de 
faire quelques recherches fur leur établiffement & leurs ufages. Pour éxécuter 
cette commiflion, Gozani les vifita dans leur. Li-pay-fu, c'eft-a-dire, leur Sy- 
nagogue, un jour qu'ils y étoient tous affemblés. -C cft la feule qu'ils ayent à 
la Chine. Dans une longue conférence qu'ils eurent avec lui, ils lui firent 
voir leurs Infcriptions, les unes en Chinois, d’autres en Hebreu. Ils lui mon- 
trèrent leur King, ou leurs Livres de Religion: Ils lui accordèrent la permif- 
fon d’entrer dans le plus intime (>) endroit de leur Synagogue, réfervé pour: 


entre jamais qu'avec la plus profonde vénération. 


Au 


(a) Cet éclairciffeinent fur les Juifs eft ti: 
ré d'une Lettre de Gozani, qui fe trouve dans 
lé feptième Tome des Lettres Ediliantes, Ou- 
vrage traduit: en Anglois par M. Lockman, 
en 1743. fous le titre de The Fefuitstravels. 1 
a joint des Notes à cette Lettre, avec quelques 
Remarques des Miffionaires mêmes. [On en. 

trouvera quelques-unes ici, diftinguées par ces 
Lettres Rémarg. Celles qui ne feront.pas ainfi. 
défignées, feront des notes de Mr, Lockman.]. 


Hh 3 


Comme il y a dé la confufion & quelques au- 


pas fait difficulté de le mettre ici en meilleur 
ordre. 

(b). Cet endroit répond à l’Hechal des Juifs 
Européens, où les Livres de la Loi font gar- 


cien Teftament. | k 
(ec) Comme autrefois le Grand-Prètre.- 


245 


leur Chang-kyau, c’eft-à-dire, pour celui qui en a la direétion (c) & qui n’y: 


tres défauts dans le récit de Gozani, on n’a. 


dés; ou plütôt au Saint des Saints de l'Ans- 


RELIGIONS 
Cuainoises, 


De qui vien- 
nent ces é- 
clairciffe-- 
mens. 


Le Père Go- 
zani vifite les 
Juifs de Kay- 
fong-fu. 


RELIGIONS 
pi LA CHINE, 


Ce qu'il 


/ voit dans leur 


Synagogue, 


Sallonoùles 
grands Per- 
fonnages font 
honorés. 


Salle des 
Hôtes. 


Torme dela 
Synagogue 
Chinoifc. 


246 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Au centre de la Synagogue ils ont un magnifique pupître (d), fort élevé 
& couvert d'un couffin, , dont la broderie eft très-riche. c£ ? pupitre de 
Moyfe, fur lequel on place tous les Samedis, qui font les jours du fabbat, & 
les autres jours folemnels, le Livre du Pentateuque, pour en faire la leéture, 
On y voit auffi le Van-fui-pay, c'eft-à-dire, une Tablette qui contient le nom 
de l'Empereur ; mais fans aucune forte de ftatues ou d'images. La Synagogue 
regarde l’Oueft. Ils fe tournent du même côté (2) pour prier Dieu, qu'ils 
adorent fous les noms de Tyen, de Chang-tyen, de Ckang-ti, de Tyau-van, de 
We-che ou de Créateur de toutes chofes, & de J’an-we-chu:kay ou de Créateur 
de tout l'Univers. C'eft ce qui paroît par leur Pay-tang, & ler Pa-pyen, ou 
leurs Infcriptions. Tous ces noms, remarque l’Auteur, font empruntés des 
Livres Chinois. 

Gozanti ne remarqua point d'Autel (f). Il ne vit que le pupître dont on 
vient de parler, une caflolette pour l’encens, une longue table & quelques 
candelabres, avec des chandelles de fuif. 11 y avoit, fur la méme table, trei. 
ze efpèces de tabernacles en formed’arches , avec de petits rideaux par-devant, 
Douze repréfentoient les Tribus d'Ifraël, & letreizième, Movyfe. Ils fervoient 
à renfermer le Pentateuque (g). 

EN fortant de la Synagogue, on trouve un grand fallon, (b) dans lequel 
on n’apperçoit qu’un grand nombre d'encenfoirs ou de caflolettes. On ap- 
prit à Gozani que c’eit le lieu où les Juifs honorent leur Ching-lins, ou les 
grands hommes de leur Loi. La plus grande des caflolettes, qui eft pour 
le Patriarche Abraham , eft placé au milieu de la falle. Elle eft fuivie de 
celles d’Ifaac, de Jacob, & de fes douze enfans, qu'ils appellent Che-iel. 
kung-pay-tfe ; (1) c'eft-à-dire, les douze Defcendans , ou les douze Tribus d'Ifrael 
Entité on voit celle de Moyfe , d’Aaron, de Jofué, d'Efdras & de plu. 
fieurs autres fameux perfonnages de l’un & de l’autre féxe. 

De cet appartement, Gozani fut conduit à la falle des Hôtes , pour y 
converfer avec fes Guides. Là, n'ayant pas manqué de comparer fa Bible 
avec leur Chin-king, ou leur Pentsieuque, (k) il trouva que la Chronologie 
& la Généalogie des Patriarches, avec leur âge, étoient éxaétement fem. 
blables. 

La Synagogue Chinoife a quelque reflemblance avec nos Eglifes de l'Eu- 
rope. Elle eft divifée en trois nefs, & l’on peut en faire intérieurement 
le tour. Celle du milieu eft pour la table des parfums , pour le pulpitre 
de Moyfe, & pour le Wan-Jui-pay ; (1) c'eft-àa-dire, la tablette de: l’'Empe- 
reur , avec les tabernacles dont on a parlé. Cette nef eft comme le ver 

e 


(ad) Ceci répond au Theba ou au Popte nagogue Chinoife eft divifée en trois parties : 
des Synagogues Européennes, où l'on lit la 1. Le Saint des Saints; 2. la partie où eft le 
Loi les Samedis & les autres jours d'affem-  Pupître ou la Chaire; 3. la Salle, qui reffem- 
blée. ble plus au Veffibule où au Portique de l’an- 
(e) Parce que Jérufatem eft de ce côté-là cien Temple, que Ie lieu où les Juifs s’affem- 
à l'égard de Ja Chine. blent en Europe 
(f) Il ne devoit pas compter d’en voir, (#) Chel-cum-pay-fe dans la Traduäion. 
puifqu'il n’eft permis aux Juifs de facrifier qu'à (k) Obfervez que l'Auteur lui donne trois 
Jérufalem. Remarq. différens noms ; King, Fa king & Ching-king- 
(g) Ces Tabernacles font particuliers aux (4) Van-fay-pay dans la ‘Fraduétion, au-lieu 
Juifs Chinois. Remarg. de Van:fui-pay, qui fignifie la Tablette de dix 
(b) ll paroït, fuivant Gozani, que la Sy- mille ans; nom qu’on donne à l'Ernpereur. 


dei. $ 
ces du q 
Les 
l'ancient 
is la no 
Synagog 
un des 
nets & d 
de ces 
Jaune, c 
avoit été 
en firent 
nagogue. 
même lié 
Pentateud 
Livres le 
crut écrit 
vieux & À 
étoient d 
Les n 
font: Bere 
corps, ils 
mes (p), 
vans, cha 
qu'on avo 
qu'il en 
aucune co 
qu'il s’étoi 
put douter 
des Juges, 
de Jonas, 
L'Aur 
avoient m 
dans l’Ecr: 
éxemts de 
vagans, d 
Chmois ét 
Bible. Où 
moient Su 
plies d’hift 


(m) Ceté 
on l’a vû ci:d 
(n) Il pa 
bas fort habil 


Haddebarim. 
bellent le pre 


ort élevé 
upître de 
abbat, & 
a leéture, 
it le nom 
ynagogue 
eu, qu'ils 
u-van, de 
> Créateur 
-pyen, où 
runtés des 


e dont on 
& quelques 
able, trei- 
ar-devant, 
|s fervoient 


Jans lequel 

On ap- 
ns, ou les 
i eft pour 
- fuivie de 
nt Che-iel. 
bus d'Ifrael, 
& de plu. 


» Pour y 
rfà Bibl 
hronologie 
ment fem- 


s de l’Eu- 
ieurement 
le pulpitre 
e, l'Empe- 
e le chœur 

de 


rois parties : 
tie où eft le 

qui reffem- 
que de lan- 
uifs s'affem- 


dudion. 
donne trois 
Ching-king. 
fon, au-lieu 
blette. de dix 
cinpereure 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. V. 


247 
dei Synagogue. Les deux autres font pour la priére & les autres éxerci- 
es du culte. 

Es Juifs Chinois donnent à leur Loi le nom de Ky-kyuu , 
l'ancienne Loi; de Tyen-kyau, ou Loi de Dieu; & dans leur Infcriptions, 


ui fignifie 


ils la nomment lJ/alel-Kyau ou Loi d'Ifrael. Gozani obtint du Chef de la 
Synagogue, que le rideau fût ouvert devant un des tabernacles. On en tira 
un des Livres. Il eft écrit fur de longues piéces de parchemin en caraétères 
nets & diftinéts, & les feuilles font roulées autour de plufieurs bâtons. Un 
de ces Livres fut fauvé de la grande inondation du Wangho, ou de la Rivière 
Jaune, qui couvrit entièrement la Ville de Kay-fong-fu (m). Mais comme il 
avoit été mouillé, & que les caraétères en étoient à demi-effacés, les Juifs 
en firent tirer les douze copies, qui fe gardent dans les tabernacles de la Sy- 
nagogue. Ils confervent dans de vieux coffres, en deux autres endroits du 
mème lieu, un grand nombre de petits Livres qui font autant de divifions du 
Pentateuque, qu'ils nomment Ta-king, & des autres Livres de leur Loi. Ces 
Livres leur fervent pour prier. Ils en firent voir plufieurs à Gozani, qui les 
crut écrits en Hebreu (n}). Quelques-uns lui parurent neufs. D’autres font 
vieux & à demi-déchirés. Mais ils font gardés, aufli foigneufement que s'ils 
étoient d'or. 

Les noms des livres du Pentateuque, fuivant le Chef de la Synagogue , 
font: Bereshith, Veclefemath, Vayirra , Vaje-dabher , & Haddabarim (o). En 
corps, ils portent le nom de Tawwa. Ils font divifés en cinquante-trois volu- 
mes (p}), c’eft-à-dire, la Genefe en douze, l'Exode enonze, & les trois fui- 
vans, chacun en dix, qui fe nomment Quan. Le même Chef dit à Gozani 
qu'on avoit les titres de quelques autres livres de l’Ancien Teftament, mais 
qu'il en manquoit plufieurs, & qu'il y en avoit quelques-uns dont on n’avoit 
aucune connoiffance. D'autres Juifs, qui fe trouvoient préfens, ajoûtèrent 
qu’il s’étoit perdu plufieurs Livres au tems de l’inondation. En effet Gozani ne 
put douter qu’ils n’en euffent connu d’autres, en les entendant parler du livre 
des Juges, de David, de Salomon, d'Ezechiel, qui vivifia des os defféchés , 
de Jonas, qui pafla trois jours dans le ventre d’une haleine, &c. 

L'AUTEUR ne remarqua pas fans étonnement que leurs anciens Rabbins 


éxemts de cette altération (q). On lui fit à cette occafion cent récits extra- 
vagans, dont il ne put s’empêcher de rire; ce qui lui fit juger que ces Juifs 
Chmois étoient de la Seéte des Talmudiftes, qui ont corrompu le fens de la 
Bible. Outre ce livre faint, ils avoient d’autres livres Hébreux, qu'ils nome 
moient Sun-t/o. C'étaient des compofitions de leurs anciens Rabbins, rem- 
glies d’hiftoires ridicules, qui renferment leur rituel, ou les cérémonies qu'ils 


pratiquent 


te avec fondement que les Juifs de la Chine em- 
ployent le not de Bereshitb, comme ceux de 
l'Europe, 

(p) OuSe&ions. Les Juifs de l’Europe font 
la même chofe. Ils en lifent une tous les Same- 
dis, & le tout une fois l’année. Remarg. 

(g) Cela doit être plûtôt entendu de la Glo- 
{e ou du Commentaire , que du Texte, Remarge 


(m) Cetévéneinent arriva en 1642, comme 
on l’a vû ci-deflus. 

(n) 11 paroît que le Père Gozani n'étoit 
pas fort habile en Hebreu. 

(o) Les Juifs Européens les appellent Bere- 
Ptb, Ue Nechemot, Vaykre, Valedeber & Elle 
Haddebarim. Comme les Juifs Orientaux ap- 
bellent le premier Brafithro, M. Lokman dou- 


ReLrcroxs 
DE LA CHINE, 


Comment 
les Livres de 
la Loi font é- 
crits, 


Autres Li- 
vres Juifs. 


Fables que 


avoient mêlé quantité de contes ridicules parmi les faits qui font rapportés les Rabins y 
dans l’EÉcriture, & que les cinq Livres mêmes de Moyfe n’avoient point été ©tmêlées. 


RELIGIONS 
DE LA CHINE, 

Cérémonies 
en ufage par- 
mi les Juifs 
Chinois. 


Honneurs 
qu'ils rendent 
à Confucius. 


Tisn'avoicent 
point entendu 
parler de Je- 
fus-Chriit, 


Temns au- 
quel les Juifs 
font venus à la 
Chine. 


Nom qu'ils 
y portent, 


248 VOYAGES DANS L'EMPIREYE 


pratiquent aujourd'hui. Ils rnt des idées fort bizarres du Paradis & de l'En- 
fer, qu'ils ont tirées vraifemblablement du Talmud. 

Izs confervent encore plufieurs cérémonies de l’Ancien Teftament, telle 
que la Circoncifion. Ils.obfervent le Sabbath & d’autres fêtes de l’ancienne Loi 
particulièrement celle des Azimes. Ils ont aufli leur Agneau Pafcal, en mé, 
moire de la délivrance d'Egypte & du paflage de la Mer Rouge. Ils n’allument 
point de feu & ne préparent pas leurs alimens le famedi. Ce foin fe prend Ja 
veille. Pendant qu’on fait la leéture de la Bible dans leur Synagogue, ils ont 
le vifage couvert d’un voile tranfparent, en mémoire de Moyfe, qui defcen. 
dit de la montagne le vifage couvert. 

Comme il fe trouvoit parmi eux quelques Bacheliers & quelques autres 
Lettrés de l’ordre inférieur, Gozani leur demanda s'ils rendoient des honneurs 
à Confucius. Le Chef répondit qu'ils l’honoroient de la même manière que 
les Lettrés Chinois; qu'iis fe joignoient avec eux pour les cérémonies qui fe 
pratiquent dans la falle de leurs grands ‘hommes; & que les honneurs qu'ils 
rendoient à leurs Ancêtres, fuivant l'ufage de la Chine, s’obfervoient dans la 
falle contigue à leur Synagogue; qu'ils offroient en facrifice la chair des ani. 
maux, excepté celle de porc, des confitures & de l'encens dans des plats de 
porcelaine, en fe difpenfant feulement de fe profterner; que dans leurs mai. 
fons & dans la falle de leurs Ancêtres ils n’emploient que des caflolettes, fans 
infcriptions & fans images. Lorfque Gozani leur parla du Mefie promis par 
les Ecritures, & de fes divines aétions, ils tombérent dans une profonde fur. 
prife. Ils n’avoient jamais entendu d'autre nom de Ye/us que celui du Fils de 
Sirnab. Après tout, dit le Mifionaire, mais fans en apporter aucune rai. 
fon, il y a peu de fond à faire fur cette Nation. 

ILs lui dirent aufi que leurs Ancétres étoient venus du Royaume de Ju. 
dée à l'Oueft, qui avoit été conquis par Jofué, après être forti de l'Egyp- 
te autravers de la Mer Rouge, & qu'ils étoiént entrés à la Chine fous ja 
Dynaftie de Han (r).. Leur Colonie étoit alors compofée d’un grand nom- 
bre de familles (5); mais elle eft réduite à fept, qui fe marient entr’elles, 
fans prendre jamais d'alliance avec les Wheg-wbegs; c'eft-à-dire, avec les 
Mahométans. Elles n'ont rien non plus de commun avec eux par rapport 
à la Religion, & leurs mouftaches mêmes ne font pas tournées de la même 
manière. 

Les Juifs portent à la Chine le nomde Tygu-kin-kyau , qui fignifie qu'ils 
s’abftiennent de fang, & que pour le faire fortir plus facilement du corps 
des animaux, ils leur coupent les nerfs & les veines. Ils ont reçû ce nom 
des Chinois, .& le portent d'autant plus volontiers qu’il les diftingue des 
Mabométans, qui portent celui de Ti-mo-kyau (+). Ils racontèrent à Gozani 

que 


(r) LaDynaîtie dé ‘Han eft la cinquième 
des vingt-deux. , On la fait commencer deux 
cens fix ans avant Jefus-Chrift, & finir deux 
<ens vingt ans après l'£re Chrétienne; deforte 
que, dans cette fuppofition , il eft impoflible de 
fixer l'entrée des Juifs à la Chine fans un dou- 
te dé quatre:cens ans. 

(4) Ils devoient être fortnombreux;en 845, 
f l'Ordonnance quitut publiée dans la cin- 


quième année de l'Empereur Pu-tfong &, qui 


répond à cette année de Jefis-Chrift, regat- 
de leur Nation; car les Bonzes de Z4-t/ing, 
ou de Judée, & de Mu-ba-pa, en tout au 
nombre de trois mille, font sondamnés dans 
cette Piéce à retourner à la vie féculière. Du 
Halde; Vol. I. ( 

(&) Hs funt nommés .ciedeffus /beyraubeyse 


cevoir 
en mat 
lances : 
ter, Ils 
le de ve 
ui ravi 
fs les n 
partie, 
uiffans 
aller à 
multipli 
ON] 
Mahom 
fans dot 
vième f 
ils s’étoi 
dentaux 
(vo) Ve 


vels, Vol. 
(x) M 


ES I 
chée 
numens : 
que Sain! 


D gue de di 


1625, pl 
après avc 
Jefus-Chr 
porte qu” 
que l’Emj 
neurs, & 
veur. Ce 
fur, en 
uésdes p 


(a) D 
VIII, . 


 & de T'En- 


ament, telle 
ncienne Loi, 
cal, «en mé- 
Is n’allument 
1 fe prend la 
igue , ils ont 

qui defcen. 


ques autres 
des honneurs 
manière que 
monies qui fe 
nneurs qu'ils 
oient dans la 
chair des ani. 
des plats de 
ns leurs mai 
flolettes, fans 
ie promis ‘mn 
profonde 

lui du Fils de 
r aucune rai- 


paume de Ju 
ti de l’Egyp- 
Chine fous la 
grand nom. 
nt entr’elles, 
ire, avec les 
par rapport 
s de la même 


fignifie qu'ils 
ent du corps 
reçû ce nom 
diftingue des 
rent à Gozani 
que 


“Vu-tfong &: qui 
üis-Chrift, regat- 
Les de Z4-tfing ; 
ba, en tout a 
gondamnés dans 
e féculière. Du 


fus Mbeysaobeys. 


D E LA CHINE, Ltv.Il Crar. V. 


que les Miffionaires Chrétiens leur avoient fait propofer deux fois d'entrer avec 
eux dans quelque Traité; la première fois, fous la Dynaftie de Ming, par Ro- 
Mig de Figueredo ; la féconde, par Nge-li-ke, fous la Dynaftie préfente de 

Ÿ inr. , 

À l'égard des Mahométans, il y a plus de fix cens ans qu'ils font établis 
dans diveffes Provinces de l’Empire, où ils vivent tranquillement, fans y re- 
cevoir jamais le moindre trouble, parce qu’ils n'en caufent point aux autres 
en matière de Réligion. Leur nombre s’accrut d’abord par la feule voie des al- 
äncess mais depuis plufieurs années, l'argent leur fert beaucoup à l’augmen- 
ter. Ils achetent de tous côtés des enfans, que leurs parens ne font pas fcrupu- 
Je de vendre lorfqu’ils ne font point en état de les élever. Pendant une famine 
ui ravagea la Province de Chan-tong , ils en achetèrent ainfi plusde dix mille. 
Îs les marient & les établiflent dans des Villes dont ils achetent auñi quelque 
partie, ou qu’ils bâtiffent à leurs propres frais. Cette méthode les a rendus fi 
uiffans dans plufeurs endroits, qu'ils n'y fouffrent point ceux qui refufent 
aller à la Mofquée, & que dans l’efpace d’un fiécle ils fe font-extrémement 
multipliés (x). 

ON peut conclure de ces Relations imparfaites des Miffionaires, que les 
Mahométans doivent avoir acquis des richefles confidérables, qu’ils doivent 
fans doute à la voie du commerce. On prétend que dans le huitième ou le neu- 
vième fiécle, ils l’éxerçoient à Siraf en Perfe (y); mais vraifemblablement 
ils s’étoient introduits à la Chine, par terre, avec l'Armée des Tartares Occi- 
dentaux, fous Fengliez-kam, ou fous fes premiers fucceffeurs, 


249 


(v) Voyages des Jéfuites, ou Fefuits Tra- 
vs, Vol, IL pag. 12. & fuiv. 
(x) Mémoires du Père le Comte, pag: 


339. Du Halde, Vol. I. pag. 678. 
(y) Voyez l'Introduétion, au premier To- 
me de ce Recueil. 


f VL L 


Origine, progrès € ruine du Chriflianifine à la Chine. 


L ES Mifionaires paroiflent perfuadés que la Religion Chrétienne a été pré- 
chée fort anciennement à la Chine. Ils en donnent pour preuve deux Mo- 
numens: l’un eft le Breviaire de l’Eglife du Malabar, où (4) l’on rapporte 


Loue Saint Thomas convertit les Chinois; l'autre, une Table de marbre, lon- 


gue de dix pieds & large de cinq, qui fut, dit-on, trouvée dans la terte, en 
1625, près de Si-ngan-fu, Capitale de’ Chen-f.  L’infcription de cette Table, 
après avoir fait mention de la Trinité, de la Naifflance & de l’Afcenfion de 
Jefus-Chrift, de l'objet de fa miffion & de la fainteté de fon miniftère, rap- 
porte qu'un Chrétien, nommé O--pwen, vint de Judée à la Chine en 636; 
que l'Empereur Tay-t/ong, qui régnoit alors, ie reçut avec beaucoup d’hon- 
neurs, & que fur l’éxamen qu’il fit de fa doétrine, il publia un’ Edit en fa fa- 
veur, Ce Prince donna ordre auñfi qu’on bâtit une Eglife; & Auo, fon fuccef- 
fur, en fit élever plufieurs autres. Quelques années après, les Bonzes allar- 
és des progrès de la foi Chrétiennelui fufcitèrent des perfécutions, qui ee 

auili-tot 


(a) Dans une Leçon du fecond Noëturne de l'Office de 8. Thomas, 
VIII, Part, Ii 


RFrLIGTONs 
DE LA CHINE. 


Origine & 
progrès des 
Mahométans 
àla Chine, 


Preuves de 
l'antiquité du 
Chüittianifme 
à la Chine, 


Infcription 
d'une table de 
inarbre, 


RELIGIONS 


DE LA CHINE, 


Témoignage 


de plufieurs 
Manufcrits. 


Durée du 


Chrittianifine 


à la Chine. 


Premier é- 


tabliflement 
des Mifio- 
naires Jé- 
fuites, 


Caratère & 


Fabileté du 
Pere Ricci, 


250 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
auñi-tôt appaifées par les foins de Kao. Les Empereurs fuivans, fur-tout $s. 
chong, continuërent de bâtir des Eglifes, firent chaque année pendant quaran. 
te jours des offrandes à l'autel, fervirent de leurs propres mains les Prêtres de 
quatre Eglifes, nourrirent les Pauvres, vêtirent ceux qui étoient nuds, pri. 
rent. foin des Malades, & ne dédaignèrent pas d’enterrer les Morts. On lit 
fur la même table que ce monument fut élevé en 782. Sur un des côtés, au 
bas du marbre, on voit une autre infcription fort longue, partie en caraëtères 
Syriaques ou Chaldaïques, partie en caractères Chinois, avec les noms, en 
Syriaque, des Miffionaires venus de la Judée pour prêcher l'Evangile à la Chi. 
ne; tous. Evêques, Prêtres & Diacres. On prétend que leur miffion eft con. 
firmée par divers manufcrits Arabes & Orientaux, découverts dans la Biblio. 
théque Royale de France par l'Abbé Renaudot & par Thevenot (b), & quel'o- 
riginal s’en confervé à Rome dans la Bibliothéue du Collége des Téfuites. Xir- 
ker en a publié (c) l'extrait, avec une verfion littérale & fa pa:aphrafe. Du 
Halde n’ofe affürer que les Empereurs nommés dans l'infcription. méritent les 
éloges qu’on leur accorde. Il reconnoît que s'ils fasorifèrent les Prédicateurs 

de l'Evangile, ils n’étoient pas moins portés à foutenir les Seétes Idolâtres, 
Les Jéfüuites font fort embarraflés à découvrir quelle fut la durée du Chrif: 
tianifme dans l'Empire. Ils confeflent que le fouvenir en devoit être effacé de. 
puis plufeurs fiécles, puifqu’il n'en reftoit pas le moindre veftige en 1552, 
lorfque Saint François Xavier, l’Apôtre des Indes, arriva dans l'ffle de Chang. 
chuun-chan, nommée auffi Sancian (d), où il mourut fans avoir mis le pied 
la Chine. Trente ans après, les Milfionaires de Macao firent des efforts inu- 
tiles pour obtenir d’y être reçûs. Enfin le Tong-tu de Ÿuang-iong ayant cité 
devant fon Tribunal les Portugais de Macao, le Père Roger ,. Jéfuite, futen. 
voyé à Chan-king-fu, où il fut reçû fi favorablement du Viceroi qu’il demand: 
la permiffion de réfider dans la Province. Elle lui fut accordée; fur quoi lui 
& Pafo commencèrent leur établiffement. Mais ce Mandarin ayant été bien. 
tôt difgracié, & craignant les plaintes qu’on pouvoit porter contre lui, pour 
avoir reçû des Etrangers dans le lieu de fa Jurifdiétion, les obligea de retour. 
ner à Macao. Aïinfi s’évanouirent les premières efpérances. Mais, lorfque 
les Miffionaires s’y attendoïent le moins, un garde du nouveau Viceroi, en- 
tendant parler des récompenfes promifés à ceux qui procureroient leur rap- 
pel, eut la hardieffe d’en parler à fon Maître, & fe rendit enfuite à Macao. 
Roger & Ricci ne firent pas difficulté de le fuivre à Chan-king, où ils obtin- 
rent bientôt une Patente du Viceroi, qui leur permettoit de s'établir dans le 
lieu qu’ils voudroient choifir. Ces deux Miffionaires trouvèrent le fecret de 
plaire aux Chinois ; fur-tout le Père Ricci, par la douceur de fon caractère & 
pe fes manières infinuantes. La connoiflänce qu’il avoit de la Langue & fon 
abileté dans les Mathématiques, lui furent encore plus utiles. Les Chinois 
virent avec plailir une Carte générale qui étoit fon ouvrage, quoiqu'il y eût 
donné à leur Pays moins d’étendue qu'ils neluiattribuoient. Enfuite leur ayant 
compofé un Catéchifme, qui contenoit l'explication de la Morale Chrétien 
ne: 


. 63) On foupçonne l'autenticité de ces Ma- 
pufcrits, & pluficurs lroteftans y ont crû re- 
connoitre diverfes marques de fauffeté. 

Ke) Dans fon Ouvrage intitulé China illuf- 


trata. , 
(d) Sancian eft fur la.Côte de la Province 
de Quang-tong, 


L néceftairé 


| mée nom 


1Ês il 
Jeur att 
king. 
contr'e 
ers AYe 
A Ce 
toine 4} 
Jorfqu'u 
donna 0 
ues, M 
ire ado 
Canton, 
rer. On 
bandonn 
Chinois 1 
de leut « 


réfolutiot 
Cour (e 
VERS 


une inva 
tous les À 
obtint d’t 
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rés à | 

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effrayé c 
pañat N: 
quelque t 
nois qui : 
Ricc 

Il y fut 
Longobarc 
tems apr 
la liberté 
vec les J: 
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faite de | 
fuivie, I 

préfens F 
Magiftra 
paflant p 
curiofité, 


grinde f 


fur-tout Se- 
ant quaran. 
s Prêtres de 
t nuds, pri- 
rts. On lit 
> côtés, au 
n Caraétères 
s NnOMs, en 
ile à la Chi- 
lion eft con. 
is la Biblio. 
, & quel’o. 
éfuites. Xir- 
phrafe. Du 
méritent les 
Prédicateurs 

Idolâtres. 
‘ée du Chrif- 
re effacé de. 
re en 1552, 
le de Chang. 
mis le pied à 
; efforts inu- 
g ayant cité 
fuite, futen. 
juil demanda 
- für quoi lui 
ant été bien. 
re lui, pour 
ea de retour- 
ais, lorfque 
iceroi, en- 
ent leur rap- 
ite à Macao. 
où ils obtin- 
ablir dans le 
le fecret de 
caraétère & 
angue & fon 
Les Chinois 
biqu'il y eût 
e leur ayant 
ile Chrétien- 
0e, 


de la Province 


DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. V. 


ne, il en convertit un grand nombre. La réputation qu'il fit aux Miffionaires 
eur attira les vifites de tout ce FA y avoit de perfonnes dediftinétion à Chan- 
king. Mais le Peuple, moins facile à recevoir leurs impreffions, fe fouleva 
contr'eux, & leur fit quelques infüultes dans leur propre maifon. Deux Etran- 
gers ayant excité contr'eux divers füujets de jaloufie, Roger fut renvoyé à Ma- 
cao. Cependant peu d'années après, le danger parut diminué, & le Pére An- 
toine Almeyde vint au fecours de la Miffion. Elle fe foutenoit depuis fept ans, 
Jorfqu'un nouveau Viceroi, qui avoit quelques vûes fur la maifon des Jéfuites, 
donna ordre à Ricci de quitter l'Empire avec fes Compagnons. Leurs fuppli- 

ues, & les follicitations des principaux Magiftrats en leur faveur, ne purent 
ire adoucir cette rigoureufe déclaration. Ils obéirent. Maïs en arrivant à 
Canton, ils furent agréablement furpris de recevoir la permiffion de demeu- 
rer. On leur afligna Chau-cheu pour demeure. Ce fut dans cette Ville, qu’a- 
bandonnant l’habit des Bonzes, qui les avoit fait méprifer, ils prirent celui des 
Chinois Lettrés. Ce changement leur attira du refpeét & favorifa le progrès 
de leur doétrine. Mais, pour l’établir folidement, Ricci conçut qu'il étoit 
néceffaire de la faire gouter dans la Capitale de l'Empire; & s’arrêtant à cette 
réfolution, il ne fe promit pas moins que de couvertir l'Empereur & toute fa 
Cour (e). 

LaSe le rmême tems, Tayko-fama, Empereur du Japon, ayant levé une Ar- 
mée nombreufe, dans la vûe de conquérir d’abord la Corée, & de faire enfuite 
une invafon à la Chine, l'Empereur Chinois raffembla au tour de fa perfonne 
tous les Mandarins qui avoient quelque habileté dans l’art de la guerre. Ricci 
obtint d’un d’entr'eux, avec lequel il fe trouvoit lié d'amitié, la permiffion 
de le fuivre jufqu’à la Province de Kyang-fi. Il fe flattoit de l'engager par de- 

rés à lui permettre de l’accompagner jufqu'à Peking. Dans cette route la 
Farque fit naufrage, & Ricci n'échappa qu'à peine au danger. Le Mandarin 
efrayé continua fon voyage par terre, & ne voulut pas que le Mifionaire 
paffät Nan-king. Un autre Mandarin, qui lui avoit marqué anciennement 
quelque bonté, lui donna ordre de quitter cette Ville même, & punit le Chi- 
nois qui avoit ofé le recevoir dans fa maifon. 

Rrcctr fe vit dans la nécefité de retourner dans la Capitale de Kyang-fi, 
Il y fut reçu favorablement des Mandarins & du Viceroi même. Cataneo , 
Longobardi & d’autres Miffionaires le joignirent alors dans cette Ville. Quelque 
tems après, le Gouverneur partant pour Peking, Ricci & deux autres obtinrent 
l liberté de le fuivre. Leur féjour dura peu dans cette Capitale; la guerre a- 
vec les Japonoïs ayant augmenté la défiance & le dégout qu’on avoit pour les 
Etrangers, ils firent peu de progrès dans un efpace fi court. Mais après la dé- 
faite de l'Armée Japonoife, & la mort de Tayko-fama, dont elle fut bientôt 
fivie, Ricci ne trouva plus de difficulté à s'établir à Nan-king. Enfuice les 
préfens pour l'Empereur étant arrivés à Mazao, il obtint d'un des principaux 
Magiftrats un pañleport pour les porter lui-même à Peking. Il partit. Mais en 
pañlant par Lin-t/ing-cheu, le refus qu'il fit à un Eunuque de lui abandonner les 
curiofités de l’Europe & le foin de les préfenter à la Cour, l’expofa au cha- 
grin de fe voir emprifonner avec tout fon cortège, fousprétextequ'uncrucifix, 

qu'il 
Ce) Du Halde, Vol. IL pag. j € Juir. 
1 2 


RELIGIONS 
DE LA CHINE, 


Diveifes for- 
tunes des Mi: 
fionaires, 


Efforcs de 
Ricci pour 
pénétrer das 
la Capitale. 


Ils lui réufli. 
ffent mal, 


il arrive des 
préfens pour 
l'Empereur. 

Danger 1u- 
quel ils expo- 
fent Ricci, 


RELIGIONS 
DE LA CHINE, 


Il fe rend en- 
fin à Peking, 


Premiers 
fucces de la, 
Miflion. 


Perfécution 
contre Île 


Cbriftianifine, « 


A quelle 
occafion elle 
s’éleve, 


e LE 
ve Crniees, 


252 VOYAGES DANS LEMPIRE 


qu'il portoit dans fa valize, ne pouvoit être qu'un charme pour ôter la vie 4 
l'Empereur. Les Miflionaires auroient été facrifiés au reffentiment de cet Of. 
ficier, fi les témoignages avantageux qu’il avoit déja donnés lui-même en leur 
faveur ne l’eufTent empêché de porter contr'eux fes accufations à la Çour. 
Erin l'ordre étant venu d'envoyer les Etrangers à Peking,. Ricci fe hâta 
de s’y rendre & fut bien-tôt introduit au Palais, où fa perfonne & fes préfens 
furent également agréables à l'Empereur. Il offrit à ce Prince une grande hor. 
loge & une montre à répétition. Sa Majefté lui accorda, non-feulement une 
maifon dans la Ville pour lui & pour fes compagnons, mais encore un fonds 
pour leur fubfiftance & la liberté d'entrer dans une des cours du Palais. Le 
Ciel ayant permis qu'après vingt ans dé travail ils fe viflent heureufement éta. 
blis dans la Capitale de l'Empire, ils s’appliquèrent fortement à l'ouvragedes 
converfions. Entre une infinité de Profélytes, ils comptèrent un des premiers 
Mandarins de Pe-king, nommé Li; une famille entière de Princes du Sang à 
Nan-chang-fu; Paul Syu, un des Ko-laus de l'Empire, & Candida fa fille à 
Nan-king, avec un grand nombre de Lettrés & d’autres Mandarins dans les 
mêmes Villes & dans d'autres lieux.. Candida fit imprimer, à fes propres frais, 
des Livres de Religion & d’autres Ouvrages des Miffionaires.. Elle bâtit des 
Eglifés dans diverfes Provinces & des Hôpitaux pour lés enfans trouvés. En. 
fin. le nombre des Profélytes s’accrut avec tant de fuccès, que la feule Provin- 


ce de Kyang-nan offroit quatre-vingt-dix Eglifes, quarante-cinq Oratoires & 


quatre efpèces de Congrégations; l'une à l'honneur de la Sainte-Viergei l'au- 


tre, des Anges; un autre, de là Paffion de Jefüus-Chrift, & la quatrième, pour 


les Lettrés, fous la proteétion de Saint, Ignace. L'ufage étoit de s’y affem. 
bler le premier jour de chaque mois, pour répéter les inftruétions que di. 
vers Lettrés avoient compofées für plufieurs articles de la Religion: Celles qui 
étoient approuvées des Miflionaires fe récitoient le Dimanche d’après, dansles 
Eglifes, & fervoient beaucoup à faire de nouveaux Profélytes, 

CEPENDANT les Bonzes, défefpérés du fuccès d’une doctrine dont l'éta. 
bliflément entraînoit la ruine de leurs principes, füfcitérent plufieurs perfécu. 
tions contre les Miffionaires. Elles furent bien-tôt appaifées; mais il s’en éleva 
une à Macao, qui parut plus dangereufe, à l’occafion d’une difpute entre le 
Vicaire Général & les Francifcains, dans laquelle le Reéteur des Jéfüites fe 
déclara pour les derniers. Jamais l'Enfer, fuivant les termes de l’Auteur, n'in- 
venta rien de plus noir que-la vengeance d'un Partifan du Vicaire Général, 
qui auroi vû périr volontiers la Religion Chrétienne à la Chine pourvû que 
les Jéfuites fuflént enveloppés dans fa ruine. Il fit entendre äux Chinois que 
l'ambition des Jéfüuites étoit fans bornes, & que la prédication de l'Evangile 
n'étoit qu'un prétexte pour élever Catane, un Miffionaire de leur Ordre, 
au Trône Impérial; que lés lieux. dans lefquels ils étoient établis, à Canton & 
à Peking, favorifoient leur projet; que la Flotte Hollandoïife, qui avoit paru 
depuis peu fur la Côte, étoit venue pour les feconder ; que le Gouverneur de 
Macao étoit dans leurs interêts avec fes troupes, & que les. Chrétiens du Ja- 
pon devoient fe joindre à leurs amis de la Chine, 

Ces affreufes nouvelles étant parvenues jufqu’aux Magiftrats de Canton, les 
autres Villes de l'Empire prirent aufii-tôt l'allarme. On publia que lé Père 
Ricci avoit fouffert le dernier fupplice à Peking; & François Martinez ayant 
été obligé de traverfer Canton daus les mémes circonftances, fit ds TR 

; JQUtUES 


* veur, « 


inutiles 
à la ba 
les Jéfi 
nifme € 
avoit g 

Ric 
fes trav 
apres € 
fa fépul 


en 161) 
tion. 
nis, & 
cao. L 
lorfque 
Manda 
& rapp 
Whay-t 
VER 
Cour, d 
fon habi 
que les 
Je travai 
vinrent 
rement 
des Jéfu 
plus hau 
toi de 9 
tares ; 
l'Empert 
fous le : 
fervé un 
du Pape 
belles ef 
des T'art 
ADaA': 
tienne, 
tenu fon 
étoit dep 
format 
cher à ce 
fionaires. 
brailé le 
volées a 


. (f) C'é 
l'Armée en 
&ing-fu dan 


ter la vie à 
t de cet Of. 
ême en leur 
a Çour. 

Ricci fe hâta 
x fes préfens 
grande hor. 
-ulement une 
re un fonds 
| Palais. Le 
ufement éta. 
l'ouvrage des 
des premiers 
es du Sang à 
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rins dans les 
ropres frais, 
île bâtit des 
rouvés. En. 
feule Provin- 
Oratoires & 
Vierge ; l’au- 
rrième, pout. 
de s’y aflem. 
tions que di- 
a, Celles qui 
rès, dansles 


Le dont l'éta- 
eurs perfécu- 
s il s’en éleva 
pute entre le 
s Jéfuites fe 
Auteur, n'in- 
aire Général, 
è pourvû que 

Chinois que 
de l'Evangile 

leur Ordre, 

à Canton & 
ji avoit paru 
buverneur de 
tiens du Ja- 


Canton, les 
que lé Père 
trtinez ayant 
t des efforts 

inutiles 


DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. V. 


inutiles pour fe cacher. Il fut découvert par un Profélyte Apoftat & condamné 
à la baftonade, fous laquelle il mourut. Sï l’accufation dont on avoit noirci 
les Jéfuites eût pénétré jufqu'aux oreilles de l'Empereur, la ruine du Chriftia- 
nifme étoit inévitable; mais les Magiftrats reconnurent bien-tôt qu’on leur en 
avoit groffièrement impofé. 

Riccr, dont le tempéramment étoit fort affoibli par le poids: continuel de 
{es travaux Apoftoliques, môurut en 1610, à l’âge de quatre-vingt-huit ans, 
après en avoir paflé vingt-fept à la Chine. L'Empereur Van-lye accorda pour 
fa fépulture une portion de terrain, qui, par la continuation de la même fa- 
veur, devint enfuite le Cimetière des Jéfuites S& desautres Miffionaires. Mais. 
en 1617, un Mandarin de Nan-king fufcita contr'eux une nouvelle perfécu- 
tion. Quelques-uns furent battus cruellement; d’autres emprifonnés ou ban- 
nis, & ceux qui étoient établis à Peking fe virent forcés de retourner à Ma- 
cao. Leur fituation ne fut pas plus tranquille jufqu'a l'irruption des Tartares, 
Jorfque T'yen-ki fuccédant au Trône, fe détermina, par le confeil de Paul Syu, 
Mandarin Chrétien, à faire venir les Portugais pour conduire fon artillerie, 
& rappella les Miffionaires. Ils vécurent paifiblement fous ce Monarque & fous. 
Hhay-tfong où Tfong-ching , fon fuccefleur, en 1628. 

VERs l'année 1631, le Père Adam Schaal, Téfuite, ayant été envoyé à la 
Cour, obtint bién:tôt la faveur de Sa Majefté Impériale & des Grands, par 
fon habileté dans les Mathématiques. Ce fut dans le cours de la même année 
que les Dominiquains & les Francifcains entrèrent à la Chine pour partager 
le travail de la Miffion, qui’ étoit alors floriffante. Mais les guerres qui fur- 
vinrent en 1636 & qui durérent plus de vingt ans, caufèrent prefqu’entié- 
rement fa ruine. Cependant les malheurs du tems n’arrêcèrent point le zéle 
des Jéfüuites. Ils firent des converfions nombreufes, & quelques-unes dans les 
plus hauts rangs de l'Empire. On compta dans ce nombre Thomas Kyn, Vice- 
roi de Ouang-fi; Luc Chin, Généraliffime de l'Armée Chinoiïfe contre les Tar- 
tares ; Pan Acbilles, Grand-Eunuque, & cinquante Dames de la Cour: enfin. 
l'Empereur lui-même (f) & l'Impératrice , qui reçurent le Baptême: l’un, 
fous le nom de Conftantin; l'autre, fous celui d'Helène. On nous a con- 
fervé une Lettre de l'Impératrice au Pape, écrite en 1652 (g), avec le Bref 
du Pape à Sa Majefté Chinoïfe. Mais, dans l’efpace de peu d'années, de fi 
belles efpérances furent détruites, par la défaite de l'Empereur & la conquête 
des Tartares (h). | * 


ADam Schaal, demeuré feul à Peking pour l'adminiftration de l'Eglife Chré- 
äenne, ne füt pas plûtôt connu de Chun-chi, Empereur ‘Fartare, qu'ayant cb- 
tenu fon eftime, il fut créé Préfident du Tribunal des Mathématiques , qui 
étoit depuis trois cens ans fous la direction des Aftronôrmes Mahométans. La 
réformation du Calendrier, qu'il éxécuta heureufement, le rendit encore plus 


cher à ce Prince. On vit arriver à la Cour, fous fes aufpices, quatorze Mif- 
fionaires, & dans ce nombre, Ferdinand Verbieft. L'Empereur auroit em- 
braffé le Chriftianifime, s’il n’eût été retenu par fes femmes, qui-étoient dé- 
vouces aux Bonzes, Mais ce Prince fe refroidit un peu pour Schaal,. à l’occafon: 

de 


(f) C'étoit Yunz-ly, qui fut proclamé par 
., ’ ? A | +, 4 
Armée en 1646, & qui fixa fon fiége à Chaur 
ing-fu dans Quang-tong. 


Du Halde, Vol. IL pag. 5. & fuir. 
Voyez ci-deflus, dans les Relations 


RELIGIONS 
DE LA CHINE 


Mort du P&:. 
re Ricci. 


Rétabliffe- 
ment des Mi. 
fionairces, 


Arrivée du 
Père Adim 
Schaal, 


Sa faveur 
à la Cour. 


hangemens 
caufés par la 
conquête des 
Tartares, 
Services qe 
Schaal rend'à 
la Religion, 


num non re 


RELYGIONS 
pc La CuiNe. 


Il eft fait 
Précepteur du 
jeune Empe- 
rcur. 


Calomnices 
contre les 
Chrétiens. 


Sentence qui 
condamne à 
mort le Père 
Adam Schaal. 


254 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


de fon dernier mariage, qui avoit été cenfüuré par ce Miflionaire; ce qui n’em. 
pécha point qu’au lit de la mort il ne le fit appeller, & qu'il ne le traitàt avec 
beaucoup de bonté. 

A l’acceffion de Kang-bi, qui n’étoit alors âgé que de huit ans, les Bonzes 
furent chaflés du Palais, tandis qe Schaal fut nommé Precepteur du jeune 
Monarque. Le crédit de ce Miffionaire fauva Macao de fa ruine , lorfque 
toutes les Places de la Côte furent détruites pour affoiblir Xu-ching, ou ko. 
xinga, en lui coupant les provifions. 11 prévint auffi, dans les Provinces, di. 
verfes perfécutions qui furent fufcitées par les Bonzes. Mais cous fes foins ne 
purent arrêter un foulevement général, caufé par Fang-quang-fyen (i), Chi. 
nois Lettré, qui s’étoit rendu redoutable aux plus grands Mandarins par fes 
violences & fes intrigues. Dans un Livre qu'il publia & dans une Suplique 

u’il préfenta aux quatre Régens, il s'emportoit en inveétives contre les Mif. 
& leur Religion. Il ofoit affürer, ,, qu'ils avoient été bannis de leur 
» propre Pays pour avoir fufcité des féditions, & qu'ils étoient venus à la 
» Chine pour y exciter les Peuples à fa révolte; que la vûe du Père Schaal en 
» S'élevant à l'autorité dont il jouiifoit à Peking, étoit d'introduire dans l'Etat 
; une multitude d’Etrangers, qui fe répandoient dans les Provinces fous fa 
» direction & qui levoient les plans des Villes pour en faciliter la conquête; 
que les gens de leur fuite étoient autant de Soldats, & que le nombre en 
étoit infini; que tous les ans il arrivoit à Macao de nouvelles troupes d’E. 
trangers, qui n’attendoient qu'une occafion favorable pour l’éxécution de 
,, leur defféin. Il produifoit, en même-tems, un Livre publié par le Pêre 
Schaal, dans lequel ce Miffionaire exhortoit les Chinois & les Tartares à fe 
foumettre aux Loix du Chriftianifme, & qui contenoit une lifte ue toutes les 
Eglifes de la Province, avec celle des Magiftrats qui avoient été baptifés, 
Fang-quang-fyen repréfentoit cet Ouvrage comme l'état d’un Armée prête à 
tenir la campagne au premier figne; les Médailles & les Chapelets des Chré. 
tiens étoient des marques fecrétes auxquelles les Confpirés devoient fe recon- 
noître. Enfin, montrant la figure de Jefüus crucifié, qui étoit dans les Livres 
diftribués par les Miflionaires: ;, Voyez, difoit-il, le Dieu des Européens, 
* qui eft cloué fur une croix pour avoir entrepris de fe faire Roi des Juifs. 
, Telle eft la Puiflance qu'ils invoquent pour le fuccès du deffein qu'ils ont 
, formé de fe rendre maîtres de la Chine. 

Ox eft difpenfé de s'étendre ici fur un événement dont on a déja là (&) les 
fatales circonftances. Le Père Schaal, alors âgé de foixante-dix-huit ans, fut 
chargé de fers avec tous les autres Miflionaires & parut à genoux devant le 
Tribunal Chinois, où fes infirmités obligèrent le Père Verbieft de répondre 
pour lui. Ils furent tous emprifonnés le 12 de Novembre 1664. L'année füi- 
vante, les Mandarins affemblés prononcèrent que la Loi Chrétienne étoit (2) 
faufle & pernicieufe, & que le Père Adam & tous fes Compagnons méritoient 
d'être punis comme féduéteurs du Peuple & propagateurs d’une fauffe doétri- 
ne. Toutes les apologies furent inutiles. Le Père Schaal reçut la fentence de 
mort, qui le condamnoit d'abord à être étranglé, comme au fupplice le plus 


honorable à la Chine; mais qui fut changée en celui d'être coupé en piéces, 
qui 


LE) 
LE 
39 


Relations, 
(4) Ibidem, 


(i) Le même dont on déja parlé. 
(k) Voyez le Tome VIH, dans les dernières 


Jyen, Au 


qui pal 
Sang Ô 
. DAN 
abando 
fois qu’ 
força l” 
fur-tout 
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Suppliqu 


Em) C 
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l'effet de l: 
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rins par fes 
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tre les Mif 
nnis de leur 
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re Schaal en 
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nces fous f1 
\ conquête; 
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xécution de 
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'artares à fe 
e toutes Îles 
té baptifés, 


née prête à 
s des Chré- 
nt fe recon- 

les Livres 
Européens, 
oi des Juifs. 
n qu'ils ont 


a là (R) les 
it ans, fut 
devant le 
e répondre 
’année füui- 
e étoit (1) 
méritoient 
fe doétri- 
entence de 
ice le plus 
en piéces ; 
qui 


DE LA CHINE, Liv. Il, Car. V. 


qui pale pour le plus ignominieux. Cet arrêt fut communiqué aux Princès du 
Sang & aux quatre Régens, pour ètre confirmé par leur approbation. 
. Dans une extrémité fi terrible, Je Ciel, dit l'Ecrivain, quiparoifloitavoir 
abandonné fes Serviteurs, fe déclara manifeflement en leur faveur. Chaque 
fois qu’on entreprit de lire la fentence, un effroyable tremblement de terre 
força l’Affemblée de quitter la Salle du Confeil. La confternation du Peuple, 
fur-tout celle de la Reine-mère du dernier Empereur, qui attribuoit ces redou- 
tables accidens à l'injuftice des Magiftrats, obligèrent la Regence de rendre 
la liberté aux Prifonniers, à l'exception de ceux qui étoient coupables de cer- 
tains crimes, particulièrement d'avoir enfeigné une fauffe doétrine (#7). Com- 
me les Miffionaires étoient compris dans cette exception, ils demeurèrent en 
prifon, taudis que douze cens autres Chrétiens (n) furent délivrés. Mais les 
tremblemens de terre, continue Du Halde, qui fe renouvellèrent avec plus 
de violenceque jamais, & le feu qui confuma la plus grande partie du Palais, 
joint à quantité d'autres prodiges 0), firent ouvrir les yeux à d’injuftes Ju- 
ges, & les convainquirent enfin que le Ciel s'intérefloit en faveur des Prifon- 
niers, Les Mifionaires obtinrent alors la liberté. Mais le Père Adam Schaal 
ne furvécut pas long-tems à fes fouffrances. Il mourut en 1666. 

La perfécution n'ayant pas caufé moins de ravage dans les Provinces, on 
y jetta les Miffionaires dans de rigoureufes prifons, & vingt-cinq furent ban- 
nis à Canton. Il n’en refta que quatre à la Cour. Leurs ennemis, fuivant le 
récit de l’Auteur. n’échapèrent pas long-tems à la vengeance du Ciel. Le pre- 
mier Régent, qui étoit le plus ardent des Perfécuteurs, mourut bien-tôt d’u- 
ne mort naturelle. Le fécond fut condamné au fupplice. Son troifième fils 
fut coupé en piéces & les autres eurent la tête tranchée (p). Tang-quang- 


Jyen, Auteur de la perfécution, qui avoit été nommé Préfident du Tribu- 


nal Mathématique à la place d'Adam, fut dégradé & condamné à mort. Ce- 
pendant cette fentence ayant été changée dans un banniffement perpétuel, 
par confidération pour fon grand âge, il mourut en chemin d’un ulcère pe- 
ftilentiel. 

UN. événement, qui arriva peu d’années après, rétablit les Miffionaires 
dans leur ancienne faveur. L’Empereur ayant découvert un grand nombre de 
fautes dans le Calendrier de l'Empire, fut follicité par quelques-uns de fes 
courtifans de confülter les Européens. Il fuivit ce confeil. Le Père Ver- 
bieft, chargé de fes ordres, s'acquitta fi heureufement de cette commiffion, 
que pour récompenfe il fut nommé Préfident du Tribunal des Mathématiques. 
Bien-tôt on vit paroîre un Edit Impérial, par lequel tous ceux qui avoient 
fouffert quelqu'injuftice fous la minorité de l'Empereur étoient invités à de- 
mander des réparations. Verbieft faifit cette occafion. Il expofa dans une 
Supplique l'abus qu'on avoit fait de l'Autorité Souveraine en condamnant le 

Chriftianifme 


f$"(m) Comment concilier ici l’Auteur a- (o) Navarette forme quelques difficultés 
vec lui-même? 11 n’eft guères apparent qu'on contre tous ces prodiges. Voyez fa Relation 
dit regardé ces tremblemens deterre, commegau Tome VII, Paul fait voir le peu de fond 
l'effet de la fentence injufte prononcée contre qu'il y a à faire fur cette relation.] 

ls Miffionaires, & que cependant on ait re- (pb) L'’Auteur ne rapporte point leurs cri- 
laché des criminels, pendant qu'on les rete- 
noit dans les fers. 


{n) Angl, douze cens criminels, R. d, Æ, les Miffionaires, 


mes, mais on doit fuppofer qu'ils en avoient 
commis d’autres que celui d'avoir perfécuté: 


Reztcions 
DE LA Cuins. 


Miracios 
qu'on rappore. 
te en faveur 
du Chrittia- 
nifme, 


Vengeance 
du Ciel contre 
les Perfécu- 
teurs, 


Rétabliffe- 
ment du 
Chriftianif- 
me. À quelle 
oceafion. 


MELICIONS 
pr LA CHINt. 


Fdit en fa- 
veur de la 
Religion. 


Progrès du 
Chuiftianifme, 


Nouveaux 
Miflionaires 
envoyés à la 


Chine. 


Mort du P&- 


re Verbieft, 


Son loge, 
compofé par 


FEmpereur, 


56 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Chriftianifme & banniffant fes Miniftres, Cette Piéce fut rejettée par un Tri. 
bunal; mais un autre déclara, ,, que la Lpi Chrétienne avoit été profcrite in. 
 juftement, qu’elle étoit bonne, & qu’elle n’enfeignoit rien qui ne s’accor. 
,, dât avec le bien de l’Etat. Les Seigneurs Chrétiens furent aulli-tôt rétablis 
dans leurs Emplois , le Père Verbicft dans tous fes honneurs; & les autres 
Miionaires ayant été rappellés, rentrèrent, en 1671, dans leurs Eglifes. A 
la vérité l’Édit Impérial défendoit à tous les Sujets de l'Empire d'embrafler la 
Religion Chrétienne; mais on ne laifla point de baptifer dans le cours de la 
même année un grand nombre de perfonnes, entre lefquelles fe trouvoient un 
oncle maternel de l'Empereur & l’un des huit Généraux Tartares. 

VERBIEST, appellé enfuite à la Cour, enfeigna pendant deux ans les Ma. 
thématiques à l'Empereur & prit occafion d’un Livre publié par un Mandarin 
pour faire défendre par un Edit que la Religion Chrétienne fût traitée de fauf: 
fe Religion. Sa faveur s’accrut encore par le fervice qu'il rendit à l'Empire 
en faifant fondre du canon de cuivre, d’une légèreté qui le rendoit facile à 
tranfporter fur les montagnes. Les Chinois ne connoïfloient jufqu’alors que l'u. 
fage des canons de fer. Avec ce nouveau fecours les Tartares forcèrent dans 
fes retranchemens U:/fan-ghey, fameux Chinoïs qui les avoit appellés dans l'Em- 
pire, & qui s'étoit lui-même révolté contr'eux. Cet événement procura la 
paix & confirma Kanghi fur le Trône (4). Le crédit des Miffionaires n’ayant 
fait qu'augmenter avec la faveur de Verbieft, on.vit croître fi promptement 
le nombre des Profélytes, que les Jéfuites de Peking écrivirent en Europe pour 
inviter leurs confrères à venir partager leurs travaux. Ces lettres attirérent 
à Verbieft un Bref du Pape, qui le remercioit de fon zèle, & portèrent Louis 
XIV à faire pafler à la Chine de nouveaux Miffionaires, également propres à 
répandre le goût des Sciences & les lumières du Chriftianifme. 

D'un grand nombre qui s'offrirent pour cetteglorieufe entreprife, on choi. 
fit les Pères de Fontaney, Tachard, Gerbillon, Bouvet, le Comte & V'ifdelou, tous 
Jéfuites, qui, après avoir été reçus à l’Académie des Sciences, partirent bien 
fournis d’Inftrumens Mathématiques & de magnifiques préfens. Ils mirent à 
la voile au port de Breft, dans le cours de Mars 1685, avec le titre de M- 
thématiciens du Roi. Tachard fut retenu à Siam, où le Chevalier de Chau- 
mont étoit envoyé en Ambaffade , tandis que les cinq autres continuèrent leur 
route vers la Chine. Etant arrivés à Ning-po, où ils ne trouvèrent aucune op- 
pofition de la part du Viceroi (r), Verbieft les fit bientôt appeller à la Cour. 
Ils arrivèrent à Peking au mois de Février 1688, mais cet illuftre Miffionaire 
étoit mort avant qu'ils y fuffent entrés.  L’hiftoire de leur voyage nous (s) 
apprend que fous l'habit d'un Mandarin il portoit un cilice,. & qu'il avoit le 
corps ceint d’une chaîne de fer à pointes; qu'il fut magnifiquement enfeveli 
aux frais de l'Empereur, & que Sa Majefté compofa elle-même fon éloge. 
L’Auteur nous l’a confervé, avec l’ordre de fes funérailles. Verbieft eut pour 
facceffeur dans l'emploi de Préfident du Tribunal des Mathématqiues le Père 
Grimaldi, Jéfuite Italien. | 

LE 


(a) Voyez cette Relation au Tome VII de (s) Les Auteurs Anglois paroiffent doutet 
ce Recucil. de ce goût des Miffionaires pour la mortifica- 
_(r) Angl où ils trouvèrent des oppoñi- tion, & nel'attribuent du moins qu'à l'envie 
tions de la part du Viceroi. KR d, E.. de contrebalancer celle des Bonzes. 


LE 


reur, 
apprei 
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des de 
Place 
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L'E 
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& d’aut 
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VIIL. 


par un Tri. 
jrofcrite in. 
ne s’accore 
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& les autres 
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fe, onchoi. 
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r à la Cour. 
Mifionaire 
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ent enfeveli 
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es le Père 


LE 


iffent doutet 
la mortifica- 
qu'à l'envie 
ss 


DÉ LA CHINE, Liv. IL Car. V. 257 


Le 25 de Mars, les Miffionaires François furent conduits devant l’Empe- 
reur, qui retint près de fa perfonne Gerbillon & Bouvet. Après leur avoir fait 
apprendre la Langue Tartare, il chargea le premier, avec un autre Jéfuice 
nommé Pereyra, de fuivre en qualité d’Interprétes , les Ambafladeurs qu'il 
envoyoit à Ni-po-cheu, où Norchinskoy, pour regler avec les Rufiens les limites 
des deux Empires. Ils contribuerent ainfi au Traité de paix, par lequel Tack/x, 
Place fituée fur la Rivière d’Amur (r) fut cedée aux Chinois & prefqu'immé- 
diatement démolie. 

L'EMPEREUR Kang-hi tranquille fur le Trône, fit un cours de Mathémati- 
ques fous Gerbillon & Bouvet, & vécut avec eux fi familiérement qu'il leur 
faifoit prendre place avec lui fur le même fiége. Ils traduifirent plufieurs li- 
vres pour fon ufage. Ils en compofèrent d’autres. Les études de ce Prince du- 
rérent l’efpace de cinq ans, avec le foin continuel de joindre la pratique à la 
théorie. 1l fit des progrès fi extraordinaires dans les Mathématiques, que s'é- 
tant chargé lui-même de l'inftruétion de fes enfans, il compofa pour eux un 
Livre de Géométrie. 

MaLGRé toute la faveur dont les Miffionaires jouifloient à la Cour Impé- 
riale, leur Religion n'étoit que tolerée dans l'Empire; & les Mandarins des 

Provinces ne revenant point de la haine qu'ils leur portoient, foit à titre d'E- 
trangers & de Novateurs, foit par l'inftigation des Bonzes, ils furent toû: 
jours expofés à diverfes perfécutions. On en vit naître ouvertement une des 
plus violentes à Hang-cheu-fu dans la Province de Che-kyang, où le Viceroi 
& d’autres Mandarins renouvellant l’Edit de 1669 défendirent fous de rigou- 
reufes peines l’éxercice du Chriftianifme, qu'ils traitèrent de Seéte faufle & 
pernicieufe. Leurs Eglifes furent faifies & livrées aux Bonzes. Les croix, ra- 
conte l’Auteur, furent brifées, les autels profanés, &les images abandonnées 
aux outrages des Infidèles. Un grand nombre de nouveaux Convertis furent 
traînés, avec le Père Intorcetta leur Pafteur, devant les Tribunaux Tartares 
& Chinois. Les uns furent emprifonnés ; d'autres reçurent une cruelle baf- 
tonade. Ë 

GERBILLON, qui étoic alors en Tartarie à la frite de l'Empereur, adreffa 
fes plaintes au Prince So-fan, qui joignoit à l’honneur d'être proche parent de 

Sa Majefté Impériale, la qualité d’un de fes premiers Miniftres & celle de 
Grand-Maître du Palais. Maïs deux lettres, que ce Seigneur écrivitaux Man- 
darins, ayant produit peu d'effet, les Miflionaires prirent le parti de deman- 
der une audience particulière à l'Empereur, qui leur fit cette bizarre réponfe: 
» Il étoit füurpris, leur dit.il, de les voir fi infatués de leur Religion, & fi 
» inquiets pour les affaires d’un Monde, dans lequel ils n’avoient jamais été. 
» Son avis étoit qu'il devoit jouir tranquillement de la vie préfente. Il ajoñta 
, que leur Dieu reffentoit fans doute quelque peine du trouble où illes voyoit, 
» & qu'il étoit aflez puiffant pour fe faire juftice à lui-même, fans qu'ils prif- 
» fent tant de foin. Les Mifionaires frappés de cette réponfe, comme d’un 
coup de foudre, répandirent l’amertume de leur cœur à genoux devant la por- 
te du Palais. L'Empereur, informé de leur fituation, leur fit dire par un Of- 
ficier qu’il n’y avoit point d'autre moyen pour arrêter la perfécution, que tes 
milier 


(+) C'eft le nom que lui donnent les Ruf- 
Gens. Les Tartares Orientaux l’appell nt Sag- 
VIII. Part. [ 


balian ufa, & les Chinois Ze-long-kyang, ou 
Kiviecre du D'gon noir. ’ 


RELIGIONS 
DE LA Cut Ne 


Les Miflio- 
naires font 
employés au 
fervice de la 
Chine, 


L'Empereur 
apprend 
d'eux les Ma- 
thématiques. 


Nouvelle 
perfécution 
qui s'élève. 


Les Miflio- 
naires por- 
tent leurs 
plaintes À 
l'Empereur, 


Sa réponfe, 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


Ruuroons Milier fecrétement le Viceroi, ce qui feroit fon ouvrage; ou d'obtenir un De. 
oi: LA Cuir. Cret favorable du Tribunal, ce qui les regardoit uniquement. 

Confeilqu'il LS s’arrétèrent à la dernière de ces deux méthodes. Ayant dreffé une fup- 
donne aux  plique, ils la firent remettre à l'Empereur pour la lire. Ce grand Monarque 
Mifonaires. ne la crouva point affez bien compofée, & ne mettant point de bornes à fa 

Ils préfen. bonté, ilen dreffa lui-même une en langue Tartare (v), qu'il shoes aux 
tent une Sup. Miflionaires pour y faire les changemens qu'ils jugeroient à propos.  Élle fur 
plique au Ter préfentée à Sa Majefté, dans un jour d audience folemnelle, par les Jéfuités 
«es Pereyra & Thomas. Mais lorfqu'elle eut été renvoyée au Tribunal des Rites, 

la Sentence des Mandarins déclara qu’il falloit s'en tenir aux Edits précédens, 
. Elle ett re. L'Empereur, piqué de ce Jugement, donna ordre aux Mandarins de recom. 
jettée, mencer l'éxamen. C'étoit déclarer affèz nettement fes intentions. Cepen. 
dant leur feconde réponfe ne fut pas plus moderée que la première. L’Em. 
pereur, les voyant obflinés contre les Mifionaires & leur Religion, prit le 
parti de figner le Decret, dans la crainte d'irriter les Sujets de l’Empire. D'un 
autre côté fa compaflion pour les Jéfuites lui fit confulter le Prince $o-fan, qui 
lui confilla de faire valoir fon autorité dans cette occafion, pour rendre les 

L'Empereur Mandarins plus traitables (x). Cet avis plut au Monarque. Il envoya au Kolau 
employe fon. & aux Membres du Lipu, un ordre, qui portoit que tous les Edits publiés 
sotéen contre la Loi Chrétienne fuffent déchirés & jettés au feu.  So-fan fe préfenta 
SUR Jans l'Affemblée. Quoiqu’attaché à la Religion du Pays, il plaida la caufe des 

Miffionaires avec tant + force, & donna de fi fes explications aux dix 
Commandemens, que les Mandarins, reconnoiflant enfin u’une telle Loi ne 
pouvoit:être dangereufe (y), prononcérent: ,, Que les fervices des Miffio- 

naires. méritoient des récompenfes; qu’ils n’avoient rien commis de con- 
traire à la Morale; qu'ils n’avoient fait de mal à perfonne ; queleur Doëétrine 
n'avoit aucune reffemblance avec celle des faufles Seétes, & ne tendoit 
point à la féduétion; qu’ils conferveroient leurs Eglifes,. & qu’ils auroient. 
» Comme les Bonzes, la liberté de prêcher leur Religion. L'Empereur figna 
ce Decret le 2 de Mars 1692, & le fit publier dans toutes les parties de l’Em- 
pire (2). Mais il obligea les Miffionaires d’écrire à leurs Confrères, dans a 

Province de Che-kyang, qu'ils ne devoient pas trop préfumer de cette gra- 

ce, & qu’il falloit fe conduire avec tant de circonfpeétion , qu’on n'entendit 

il agit jamais recommencer les plaintes, Cet avis fembloit marquer, fuivant l'Hifto. 
rien, qu’il n’approuvoit point le Chriftianifme fans fe faire quelque violence 
(a), & qu'en favorifant les Miffionaires , il facrifioit fes vûes politiques à 


52 


contre fes 
propres de- 


ie l'affection qu’il avoit pour eux. 
LA liberté qu'on leur accordoit fervit bien-tôt à multiplier les converfions. 


Le Chriftia- : 
nifimerede. Elle attira de France un grand nombre de Jéfuites. Louis XIV afligna (2) un 
vient forif- revenu annuel de neuf mille deux cens livres, pour vingt Miffionaires à la Chi- 


fant, 


ne 


réponfes de ce Prince, quoique ls même Au- 
teur lui attribue dans d'autres endroits du 
penchant pour le Chriftianifine. L 
(b) L'Original Anglois dit Louis XV. mais 
cela revient à la même chofe; parce que ce 
Prince, n’a fait que continuer les libéralités de 
Louis XIV envers les Mifionaires, R. d, E. 


(v) L'Auteuren donne une Tradwtion, 
(x) Chine du Père Du Halde, T. IE pag. 
18. €ÿ Juiv. 

(y) Les Auteurs Anglois prétendent ici 
qu’elle eft dangereufe dans le fens Catholique. 
(3) Voyez le Tome VII. de ce Recueil. 

(a) Ona pû faire la même remarque dans 
le l'ome précédent, à l'occafion de plufieurs 


ne & : 
de fon 
les foi 
fuites 
lais, 4 
cinqua 
fournit 
més po 
& à l’a 
toutes 
bre 172 
repréfe 
qu'elle 
ne s'éto 
maticie 
To 
tre ent 
ti Cec 
au Chri 
toire de 
naires & 
mé préc 
Auteurs 
à des uf: 
cet évé 
extirpée 
refta dar 
nés Chi 
On fit p 
Eglifes, 
TEL 
par le D 


(a) Vo; 
d ) Les 
ques réflex 
Une de le: 
ici fans ch: 
fionaires a 
gence avec 
leur perme: 
top éxiger 


enir un De: 


ÎTé une fup- 
| Monarque 
bornes à fa 
eNVOYA aux 
s Elle fut 
les Jéfuités 
| des Rites, 
 précédens. 
‘de recom- 
is. Cépen- 
re. L’Em. 
ion, prit le 
npire. D'un 

o-fan, qui 
r rendre les 
ya au Kolau 
dits publiés 
fe préfenta 
la caufe des 
ons aux dix 
telle Loi ne 
des Miffio- 
nis de con- 
ur Doétrine 
ne tendoit 
ils auroient 
pereur figna 
ies de l’Em- 
es, dans la 
e cette gra- 

n’entendit 
ant l’Hifto- 
e violence 
politiques à 


onverfions. 
Bna () un 
es à laChi- 

ne 


le même Au- 
endroits du 


uis XV. mais 
arce que ce 
libéralités de 
RdE 


DE LA CHINE, Lrv. I Car. V. 259 


ne & aux Indes. Dans cet intervalle, l'Empereur, qui ne fe relâchoit point 
de fon application à l'étude, fut attaqué de la fiévré tierce, Il en fut guéripar 
les foins de Gerbillon & de Bouvet. Sa reconnoiffance lui fit donner aux Jé- 
fuites un grand édifice dans le Whang-thing, ou la première cour de fon Pa- 
lis, avec la moitié d’un champ voifin pour y bâtir une Eglife. Il y joignit 
cinquante onces d'argent, qui devoient férvir à l'éxécution de l'ouvrage. Il 
fournit même une partie des matériaux, & quelques Mandarins furent nom. 
més pour en prendre la direétion. On employa quatre ans à bâtir cette :glife 
& à l'embellir.  Aufli devint-clle une des plus belles & des plus régulières de 
toutes les Eglifes de l'Eft. Mais à peine fut-elle achevée, au mois de Décem- 
bre 1720, que les Cenfeurs de l'Empire firent entendre leurs laintes. ils la 
repréfentèrent comme un excès de luxe qui bleffoit les loix, demandèérent 
qu'elle fût démolie. L'Empereur les réduifit au filence, en répondant que rien 
ne s’étoit fait que par fes ordres & pour récompenfér les fervices des Mathé- 
maticiens étrangers. 

Tour paroifloit favorable aux travaux des Miffionaires, lorfqu'on vit naî- 
tre entr’eux les fameufes difputes qui regardoient le fens des mots T'yen & Chang- 
ti. Ce contretems replongea les affaires dans la confufion, & devint plus fatal 
au Chriftianifme que toutes les perfécutions qu’il avoit efluyées. Comme l’hif- 
toire de ce malheureux différend, qui fe termina par l’expulfion des Miflio- - 
naires & par la ruine de tous leurs travaux, a déja trouvé place dans le Volu- 
mé précédent (c), on fe contentera d’obferver ici que fuivant le récit de nos 
Auteurs, il n’y eut pas moins de trois cens Eglifes, ou détruites, ou livrées 


à des ufages profanes, ni moins de trois [ cens ] mille Chrétiens expofés par 


cet événement à la rage des Infidèles. Auffi la Religion Chrétienne fut-elle 
extirpée à la Chine, fans aucun efpoir d’y être jamais rétablie, Cependant il 
refta dans les Provinces trois Jéfuites & quelques autres Prêtres, qui, étant 
nés Chinois, trouvèrent facilement le moyen de, fe dérober à la perfécution. 
On fit pañler auffi, chaque année, d’habiles Catéchiftes dans les différentes 
Eglifes, pour inftruire & confoler lés Fidéles par des leétures de piété. 

Tec eft l’état auquel les Miflions Catholiques ce la Chine furent réduites 
par le Décret Impérial de l'année 1723 (d). 


c) Voyez les Relations des Voyageurs. 

(ê ) Les Auteurs Anglois joignent ici quél- 
ques réflexions Injurieufes à la Cour de Rome. 
Une de leurs remarques, qu’on peut inférer 
ici fans choquer perfonne; c’eft que les Mif- 
fonaires auroient dû fe contenter de l’indul- 
gnce avec laquelle l'Empereur de- la Chine 
leur permettoit de prêcher leur Religion, fans 
top éxiger de ce Prince, à qui ilsavoient les 


plus grandes obligations. Il prévit les dange- 
reufes conféquences qui pourroient réfulter de 
fa facilité à recevoir les décifions du Pape, 
fur le moindre point en fait d’inftitutions ci- 
viles. Il craignit qu’en cédant à quelques é- 
gards', on ne fe prévalut dans la fuite de fa 
condefcendance & qu’on ne pouffàt les cho- 
fes fi loin, qu'ilne feroit plus teins d'y re- 
médier R. d. E. 


2 EN 


KE 


HIXAN 


Li 


Kk 2 


CHAPITRE 


RELIGIONS 
DE LA CHINE, 
Faveurs ac- 
cordées aux 
Miffionaires, 


Leur ruine 
entière, Caue 
fée par leurs 
propres diffe+ 
rends, 


4 


GOUVERNE: 


MENT 


DE LA CuiNE. 


Premiers 


tems de l'Ein- 
pire Chinois. 


. Leurobfcu- 


rité, 


Raifons qui 


en rendent 


l'Hiftoire ful- 


pcéte. 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


GLEN 2 UD cc ee GTI QE: 4: 68 AE 
CHAPITRE VI. 
Conftitution € Gouvernement de la Chine. 


f. I 
Antiquité € étendue de la Monarchie Chinoife. 


UOIQUE l’Empire de la Chine foit trés-ancien, & que fes Hiftoriens 

donnent à leurs Monarques une origine fort éclatante & fort reculée, 
it s'en faut beaucoup qu'ils nous apprennent clairement dans quel tems leur 
Pays fut peuplé & quand les Chinois commencèrent à faire quelquefigure dans 
le monde. L'opinion commune eft que cette Monarchie fut fondée par Fo-bi, 
qui, fuivant certains Auteurs Chinois, commença fon regne deux mille neuf 
cens cinquante-deux ans avant l’Ere Chrétienne. D’autres plus zélés pour la 
gloire de leur Pays, font remonter beaucoup plus loin fon origine. Mais fi 
l'on jette un œil critique fur leurs Annales, on y reconnoît plus d'une forte 
d’éxagérations. 

Leurs Auteurs donnent à Fo-hi le corps d’un férpent L): On ignore !x 
durée de fon regne & de celui de fes fix premiers Succefleurs, quoiqu’on ne 
compte pas moins de cinq cens quatre-vingt-quinze ans depuis fon inaugura. 
tion jufqu’à celle de Tan, feptième Empereur, dont on fait durer le regne 
foixante-douze ans, comme on donne cinquante ans à celui de Chun fon fuc- 
ceffeur. Ces neuf Empereurs regnérent avant les vingt-deux races dont leur 
fucceffion eft compofée. C’eft à eux que les Chinois attribuent leurs loix & 
leurs fciences, leurs réglemens civils, moraux & religieux, leur agriculture, 
leurs manufaétures & l'invention de plufieurs inftrumens qui appartiennent 
aux Arts. Mais ces circonftances mêmes fervent à rendre leur Hiftoire fort 
fufpeéte. Plufieurs des premiers regnes, obferve le Traduéteur Anglois du 
Père Du Halde, paroiflent autant de fiétions, qui font apparemment l’ou- 
vrage des anciens Hiftoriens Chinois, foit pour relever leur Nation au-defus 
de toutes les autres, par l'ancienneté, la fageflë, lapoliteffe, l'excellence des. 
loix, & par d’autres avantages; foit pour former des modeles & des caraétè- 
res que les Princes puflent imiter. Il paroît fort étrange, ajoûte le même E- 
crivain, que non-feulement toutes leurs fciences, mais encore tous leurs arts 
& leurs uftenciles, jufqu'a ceux qui regardent l’agriculture & la cuifine, ayent 
été inventés par leur premier Empereur, comme s’il eût été, dans cet ancien 
tems, le feul à qui la nature eut accordé du génie ou quelque degré de capaci- 
té. On pourroit dire auffi que dans cette origine, & fans communication avec 
les autres peuples, il n’eft pas vraifemblable que les mêmes chofes ayent été 
portées à la perfeétion qu'elles ont aujourd'hui. 

QUELQUE 


(a) Chin-nung; la tête d'un bœuf & d'au.  noloziques de la Monarchie Chinoife par Cou 
tres idées fabuleufes. Foyez les Tables Chro.  plet, pag. 10, de la Préface. 
= É pi A 


Que: 
Chinois 1 
cer la M 
noife eft 
des Aute 
des Ann: 
mènes, 
première 
nômes E 

ON v 
les, pub 
vant Jéfi 

ne de L 
l'ouvrage 
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Fo-bi & C 
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PREM: 
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d'incertair 


(b) Chin 
(c) Ibide 
(4) Cela 
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RSS» Eh 


Hiftoriens 
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leurs arts 
ne, ayent 
cet ancien 
de capaci- 
ation avec 
ayent été 


DUELQUE 


oife par Cou 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. VI 261 


uzLQUE jugement qu'on en veuille porter, un troifième parti entre les 
Chinois rejette ces fept premiers Empereurs comme incertains, & fait commen- 
cer la Monarchie par T4, depuis leregne duquel on prétend quel'Hiftoire Chi- 
noife eft d'autant plus éxaéte & d'autant mieux fuivie, qu'elle eft l'ouvrage 
des Auteurs contemporains & qu'elle fe trouve confirmée dans tout le cours 
des Annales par une fuite d'obfervations d'éclypfes. Le premier de ces Phéno- 
mènes, qui eft rapporté au regne de Chang-kang , quatrième Empereur de la 
première Dynaltic, 2155 ans avant Jefus-Chrift, a été vérifié par les Aftro- 
nômes Européens. 

ON vit paroître, à Rome, en 1729, une Table Chronologique en trois feuil- 
les, publiée par le Père Fouquet Évêque Titulaire d'Eleuthéropolis, aupara- 
vant Jéfuite & Mifionaire, Cette Table ne commence pas plus haut qu'au re- 

ne de Lye-vang, quatre cens trente-quatre ans avant Jefus-Chrift. Elle eft 
l'ouvrage de Nyen, jeune Seigneur Tartare, fort verfé dans l’Hiftoire du Pays, 
& Viceroi de Canton en 1720, qui l’avoit tirée du Xang-mu, ou des grandes 
Annales Chinoifes. Or les Auteurs du Kang-mu remarquent qu'avant ce tems- 
là on découvre peu de certitude dans la Chronologie , du moins pour ce qui 
regarde le commencement & la fin des régnes, & la fucceffion des années, 
comparée avec le Kyn-tfe, ou le Cycle Chinois (b). La plupart des Mifionai- 
res font du même fentiment, fondés apparemment fur l'autorité du Kang-mu. 
Touquet pofe pour un des premiers principes de la Table qu’il a publiée, 
qu'elle fixe l'Ere de la véritable Hiftoire Chinoife environ quatre cens ans a- 
vant Jefus-Chrift. 11 obferve que fuivant quelques opinions, fondées fur d’af- 
fez fortes raifons, elle pourroit être placée encore plus bas (c). En avouant 
que la Nation Chinoife eft prefque aufi ancienne que le Déluge, il prétend 
que l'Hiftoire du Pays mérite peu de foi, lorfqu on remonte quatre cens ans 
au-delà de Jefus-Chrift. Ce fentiment, dit Fourmont, eft à préfent fort com- 
mun entre les Miffionaires Jéfuites. 

LE même Auteur obferve que Muigret, Evêque de Conon, ne croyoit pas 
le Cycle Chinois fort ancien. Ce Prélat jugeoit que c’étoit une erreur de l’at- 
tribuer à #Whang-ti, fecond fuccefleur de Jo-hi, & que l'Auteur des Annales 
dont on vient de parler l’appliqua le prémier aux années & aux fiécles, quoi- 

ue jufqu’aicrs on ne s’en fût fervi que pour compter les jours. Il reconnoif- 
Pit à la vérité l’éxiftence des trois premières races, & même de Chu, Tao, 
Fo-bi & Chin-nung ; mais, regardant la Chronologie des anciens tems comme 
incertaine, 1l fuppofoit que les années & les éclypfes ont été ajuftées fuivant 
l fantaifie de l’Annalifte (4). 

PREMARE, dans fa Lettre contre Renaudot (e), diftingue trois Chronolo- 
gies Chinoifes ; la fabuleufe, l’incertaine & la véritable. 11 tire cette remar- 
que des plus célebres Hiftoriens du Pays, qui, libres de partialité, traitent 
d'incertains les tems qu'on place entre Æo-hi & Ghyc-lye-vang (f), c'eft-à-di- 

ie, 


(b) Chine du Père Du Halde, Tome I, 

(c) Ibidem. de l'Hiftoire. 

(4) Cela ne peut être, parce qu'onatrou- (e) Lettres Edifiantes, Tome, XIX. pag. 
vé que les Eclypfes font arrivées dans l’ane 457. 
née où elles font placées, Mais elles pour- (f) Le même que Lye-vang, dont on a dé- 
voient avoir été calculées plulieurs fiécles a- ja parlé, 


Kk 3 


près, pour fervir comme d'appuis à la vérité 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE, 
Opinion plus 
vraifembla- 


ble, 


Table Chro- 
nologique de 
l'ouquet, fur 
quoi fondée. 


Opinion de 
Maigret, E- 
vêque de Co- 
non. 


Celle de Pre: 
mare, 


GOUVERNE- 
MENT 


DE LA CHINE, 


Soupçons 
contre les o- 
inions des 
diffionaires. 


Sentiment 


de Fourmont. 


Etendue de 
la Chine, 


262 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


re, ne croient pas qu'ils doivent être rangés féricufement dans l'ordre Chrono. 
logique, & donnent le nom de fabuleux à ceux qui ont précedé Fo-hi. Ce. 
pendant il prouve que la Chine étoit peuplée, plus de deux mille cent cinquan. 
te-cinq ans avant Jefus-Chrift; & la vérité de cette opinion lui paroît démon. 
trée par l’éclypfe Solaire, qui arriva cette année & qui fe trouve dans l’Hiftoi. 
re Chinoife (g ). 

Mais comme les Miffonaires expliquent leur fentiment fur la Chronologie 
de la Chine, fans le fonder fur des raifons particulières, les Auteurs Anglois 
obfervent que leur explication ne fert au faire naître des doutes, & qu’on 
les a même accufés de former leurs objeétions par de fimples vûes de picté, 
dans l’idée qu’on ne peut admettre la Chronologie Chinoife fans renverfer cel. 
le de l’Ecriture-Sainte, fuivant le calcul Hebreu, puifqu’elle placele commen. 
cement de cette Monarchie près de fix cens ans avant le Déluge. D'un au. 
tre côté, quelques-uns penfent que comme il y a deux Chronologies de l’an- 
cien Teftament (la Samaritaine & celle des Septante) qui placent le Déluge 
pluficurs fiécles auparavant, & qui ne pañlent pas pour moins autentiques, il 
vaut mieux en fuivre une que de rejetter celle des Chinois. C’eft l'opinion de 
la plûpart de nos Sçavans modernes, particulièrement de Fourmont, qui fou- 
tient la certitude de la Chronologie & de l'Hiftoire Chinoife contre les ob- 
jeétions des Jéfuites. Il établit, 1°. que Confucius ayant vécu du tems de 
Lyng-vang, cent quarante-un ans avant Ghey-vang; &le Chun-tfyn, qui eft fon 
ouvrage, contenant les annales de deux fiécles, la Chronologie fe trouvefixée 
pour huit cens quatre-vingt-cinq ans avant Jefuis-Chrift, c’elt-à-dire, jufqu’au 
tems de Li-vang (b) ou plus haut; 2°. que les Chinois ayant fixé les époques 
& les obfervations des éclypfes (i), il n’eft pas poffible que leurs Hiftoriens 
fe foient trompés dans l’ordre des tems, 3°. Il demande pourquoi les tems 
qui ont précédé Ghey-lye-vang ne feroïent pas plus éxaéts que la Chronologie 
Grecque & Latine, ou même que les Annales de France, puifque les Chinois 
apportent tant de foins à la compofition de leur Hiftoire? Il employe d’au- 
tres argumens par induétion, en faveur de la Chronolnsie Chinoïife. Mais 
il obferve judicieufement que fans avoir éxaminé avec aucoup d'attention 
une grande variété de Livres qui ont rapport à l'Hiftoi de la Chine, un Cri- 


* cique ne fera jamais capable de juger abfolument de la vérité, foit de celledes 


dates ou des événemens (#); d’où l’on pourroit conclure qu’il faut renoncer 
pour jamais à l’éclairciffement de cette Éfpute. Cependant on ne peut dif 
convenir après-tout, que la Monarchie Chinoife ne foit du moins auffi ancien- 
ne que celle des Perfes, des Affyriens, & que tout autre dont on trouve des 
traces dans l'Hiftoire Grecque & Romaine. 

A l'égard de fon étendue, il ne faut pas s’imagner qu’elle ait toûjours été 
la même. Sous le régne de ÆWhang-ti, troifième Empereur, la Chine étoit 
bornée au Sud par le Kyang; mais elle s’eit fort accrue dans ces derniers fié- 
cles. On nous raconte que cette Monarchie commença dans la Province 4 

Cher:fis 


(6) Il s'agit defçavoir s'ils ont un nombre 
fuffifant de ces obfervations. 


(g) Hiftoire Critique de Tourmont, Tome 
IT, pag. pag, 402. Il ett cité dans les Notes 


de Du Halde, (k) Fourmont, wbi fup, pag. 404, 405 
a) Dixième Empereur de la Dynaftie de & 4n1, É Je: p 1 
icu. 


Chen-fi ; 
vinces © 
Royaums 
JEmpere 
pendance 
temps. 
niers fiéc 
La Race 
te la Tar 
prend les 
Nord pa 
Sud de ?’ 
D'AIL 
Royaume 
ui reçoix 
e les fai 
ON cr 
vingt-deu 
ils font fo 


I, Ed 
x © 
3: 
RS 
La lon 
S&. Y 
hui 

9. C: 


(1) Quelq 


Dynaftie 


r, Hya. 
2, Chang 
3. Cheu.. 
4 Tfin. 
s. Han. 


(m) Le m 
giñe, ni Dy 


à Succefion: n 


de forte que 
Race a pofféc 


re Chrono. 
0-hi. Ce. 
it Cinquan- 
it démon. 
ns l’Hiftoi. 


hronologie 
rs Anglois 
, & qu'on 
de picté, 
verfer cel. 
> commen. 

D'un au- 
ies de l’an- 
- le Déluge 
ntiques, il 
opinion de 
t, qui fou. 
tre les ob- 
lu tems de 
qui eft fon 
rouve fixée 
U jufqu’au 
es époques 
Hiftoriens 
i les tems 
ronologie 
es Chinois 
loye d’au- 
ife. Mais 
d'attention 
e, unCri- 
e celledes 

renoncer 

peut dif- 

i ancien- 
rouve des 


jours été 
dine étoit 
iers fé- 
rince de- 
Chen-f; 


n nombre 


O4, AO 


à Succeffion: mais un certain nombre d'années : 


DE LA CHINE, Liv. I. Car. VI. 


Chen-fi; qu'elle reçut fes accroiffemens par degrés, & que les diverfes Pro- 
vinces dont l’Empire eft aujourd’hui compofé étoient autrefois autant de 


263 


Govvenne- 
MENT 


Royaumes. À la vérité on les repréfente toûjours comme dépendantes de ?£ LA CHine. 


Empereur; mais il n’eft pas probable qu’elles fuflent tombées dans cette dé- 
pendance fans y avoir été forcées; ce qui ne peut avoir été que l'ouvrage du 
temps. On confefle que la Province de Tun-nan. eft une conquête des der- 
niers fiécles. Dans celle de Fo-kyen, l'ancien langage du Pays éxifte encore, 
La Race Impériale qui pofféde aujourd’hui le Trône, a joint à l’Empire tou- 
te la Tartarie Orientale, avec une grande partie de l'Occidentale, qui com- 
prend les Pays des Mongols ou Mogols, & ceux des Kalkas. 11 eft bordé-au 
Nord par la grande Rivière de Saghallan-vla ou d’Amur, d’où jufqu’à la pointe 
Sud de l’Ifle de Hay-nan, il comprend plus de neuf cens lieues de France, 

D'AILLEURS, on çompte entre les Tributaires de la Chine plufieurs 
Royaumes, tels que la Corée, le Tong-king, la Cochinchine , Siam, &c. 

ui reçoivent quelquefois leurs Souverains de l'Empereur, ou qui font obligés 

É' les faire confirmer par fon approbation. 

ON croit devoir joindre ici le Catalogue des premiers Empereurs & des 
vingt-deux Dynafties Chinoifes, pour jetter du jour fur cette Defcription, où 
ils font fouvent nommés. 


Premiers Fondateurs de l Empire. 


1. Fo-hi. 5. Chwen-ye. 


2. Chin-nung, 6. Ti-ko. 
3. Whang. 7. Chi 
4. Çhau-hun. 


LA longueur du régne de ces fept Empereurs eft inconnue (7). 
8. YAo. Il régna feul pendant foixante-douze ans, & l’efpace de [vingt] 
huit avec Chun. 
9. CHUN regna feul environ cinquante ans. 


(1) Quelques Hiftoriens Chinois ajoutent plufieurs autres Einpereurs entre Fo-hi & Whang-hi. 
Ordre des Dynafties (m) ou des Races Impériales.. 


Suivant Du Haine. Suivant FourRMoNT (n.). 


Dynaflies. Empereurs. Durée. Commencement. Durée. 
1. Hya. 7. « 488, Années 2207. 44r. 
2, Chang ou Leg. 28. . 644. . ant] © 1566 . 664. 
3. Cheu.  . . 35. 87% « + + + . 1122. . 874. 
4 Tfin. on ds 44, . , + + 46 42. 
5. Han. x «T5 406 : à + … 206. 425. 


6. Heu-han.. 
de cette Race, Voyez Fourmont dans fes Ré: 
fléxions critiques fur l’Hiftoire des anciens Peu- 
ples, T. Il. pag. 397 
de forte que tout le tems pendant lequel une  (n) 
Race a polfédé l'Empire, fe nomme le Chaw vrage de Fourmont, pag. 447: 


(m) Le mot Chinois eft Chau, qui ne fi- 
gifñie, ni Dynaftie, ni Race , ni Famille , ni 


Ses accroiffe: 
mens. 


Royaumes 


tributaires de 
la Chine. 


Nom defes 
l'ondateurs, 


Dynafties: 
Impérialess. 


397: 
Cette Addition eft tirée du même Ou 


GoUvERNE- 
MENT 
DE LA CHINE , 


Excellente 
forme du 
Gouverne- 
.ment Chinois, 


Les Chinois 
ne connoif- 
fent pas le 
nom de Répu- 
plique. 


Tondement 
de leur Gou- 
vernement. 


264 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
Dynafiies. Empereurs. Durée. > Commencement. Durée. 


6. Heu-han, . . 2. . 44. . . Années 220. ; 
7. Tfn. “et agit mede à MG lisge M) 
8. Song. es O6 Tr 7480 ne 59. 
9. Tfi. sue au 0 0 DE ce elite à dE, 23. 
10. Lyang. + + 4. . 55. . . . .. . 502 . 155. 
11. Chin. RETRO LR RC ENT EEE RES 

29 SCRWÉ is 5.8 4 12 à Le D, , 97 
13. Tang .. , 20 . 289. . , . . . (618: '. 289. 
14 Hewlyalg.: : ! 2 + 10. , +, . 7, © 907, 16. 
15. Hewitang.. , : 4 . 19, . 7, : 993 . 13. 
26, Hew:tfini, 9. 4 EI 199968. II. 
17. Hew-han. . 2. . PORTES NE CET 4. 
18. Hew-cheu . 3. . Qi: elle MR PT, 1 COR | 9. 
19. Song. s He Oo DID sise 6: 1! 060-1898: 
20. Ywen. RS EE 88. 
21. Ming . . 2160,.. 976 , , .!, . 2908 , 277 
295 LORRe. + + "De ee à + 6 0 DOANN à | 


{. I I. 
Principes du Gouvernement Chinois. 


E Tous les plans & les modéles de Gouvernement qui nous font venus 

des Anciens, peut-être n’en eft-il aucun qui renferme autant d'éxactitu- 

de & de perfection que celui de la Monarchie Chinoife; & l'admiration doi 

augmenter s’il eft vrai, comme les Chinois le prétendent, que dès le tems de 

fon origine il ait eu toute la vigueur & la perfection qu'on lui connoît aujour- 

d'hui. Mais il paroît du moins que la conftitution du Gouvernement Chinois 

eft fi judicieufement conçue, qu’elle ne peut s’altérer, comme celle des au- 

tres États ; ou que s’il y arrivoit quelque efpèce d’altération, elle a dans elle- 
même dequoi réparer fes propres forces. 

Le nom de République n’avoit jamais été connu des Chinois jufqu’à l’arri- 
vée des Hollandois, & l’on auroit eu peine à leur faire comprendre qu'un Etat 
puifle fe gouverner fans Roi. Ils regardoient un Gouvernement populaire 
comme un monftre à plufieurs têtes, formé par l'ambition, l’inconftance & 
la ne des hommes, dans des tems de défordre & de confufon publi- 
que (a). 

LE Gouvernement politique de la Chine roule uniquement fur les devoirs 
mutuels des pères & des enfans. L'Empereur porte le nom de Père de l'Em- 
pire. Un Viceroi eft le père de la Province où il commande, comme un Man- 
darin eft celui de la Ville qu'il gouverne. Les anciens Sages étoient perfuadés 
qu'un profond fentiment de refpeét dans les enfans pour leurs pères les entre- 


tient dans une parfaite difpofition à l'obéiffance civile; que certe foumiffion, 
confervant 


(a) Mémoires du Père Le Comte, pag. 248. 


confe 
que ce 
ordie d 
peuple 
aftectic 
jugé a 
races. 
abfolué 
Maxi 
nyap 
fonnab 
la viole 
la perf 
qu'on 
ces qui 
Sui 
rempli 
qu'il pu 
rir les $ 
fulter fl 
autres E 
ritent, 
tres Suj 
la Nobl 
cheffes 
S'incorp 
leurs cœ 
me une 
ples; fe 
fuader a 
que fes 
uftes, f 
Careffer 
étrange! 
prendre 
me à leu 
ter avec 
ils devie 
fervatioi 
de la ret 
L'av 
procéde 
de leurs 
la natur 
leurs Pr: 


font venus 
t d'éxactitu. 
jration doit 
s le tems de 
noît aujour- 
ent Chinois 
elle des au- 
a dans elle. 


fqu’à l'arri- 
qu'un Etat 
it populaire 
onftance & 
ufon publi- 


les devoirs 
re de l'Em- 
ne un Man- 
t perfuadés 
les entre- 
oumiflion, 
conférvant 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnap. VI 965 


confervant la paix dans les familles, produit la tranquillité dans les Villes, & 

ue cette tranquillité prévient les foulevemens du peuple & fait régner le bon 
ordre dans toutes les parties de l’Empire (b). D'un autre côté, comme le 

euple a pour fes Chefs une foûmiffion filiale, il s'attend d’être traité avec une 
affeétion paternelle, d'être protégé contre l'injuftice & l'oppreffion , d’être 
jugé avec une impartiale équité, enfin d’être confolé & foûtenu dans fes dif- 

races. Aufñi, quoique la Chine foit une Monarchie, & peut-être la plus 
gbfolue qu’il y ait au Monde, fa conftitution eft fondée fur de fi excellentes 
Maximes, & tous fes réglemens font fi bien rapportés au bien public, qu'il 
n'y a peut-être pas de Nation fur la terre, qui jouiffe d’une liberté plus rai- 
fonnable, ni dont les Particuliers & les propriétés foient mieux à couvert de 
ja violence & de l'oppreflion des Officiers de la Couronne. Comme c’eft dans 
Ja perfonne de l'Empereur que réfide un pouvoir fi vafte, les £hinois penfent 
qu'on ne peut apporter trop de foin à former l'efprit & le caraétère des Prin. 


ces qui font deftinés au Trône. . | 
Suivant Confucius, un Prince vertueux doit pofféder neuf qualités , ou 
remplir neuf devoirs. 1°. Se perfeétionner lui-même & fe gouverner fi bien 
qu’il puifle fervir de guide & d’éxemple à tous fes Sujets. 0, Honorer & ché- 
rir les Sçavans & les gens vertueux, converfer fouvent avec eux & les con- 
fulter fur les affaires de l'Empire. 3°. Aimer fes oncles, fes coufins & les 
autres Princes du Sang, leur accorder les faveurs & les récompenfes qu’ils mé- 
ritent, & leur faire connoître qu'il les préfère dans fon eftime à tous les au- 
tres Sujets de l'Empire. 40. Marquer de la politeffe & de la confidération à 
la Nobleffe qui n’eft pas du Sang Royal; & l’élever aux honneurs & aux ri- 
chefles, pour faire connoître au Public qu'il les diftingue du commun. 5°. 
S'incorporer en quelque forte avec le refte de fes Sujets, pour mettre entre 
leurs cœurs & le fien toute l'égalité & l’union poffibles, & les regarder com- 
me une partie de foi-même. 6°. Avoir une véritable affeétion pour fes peu- 
ples; fe réjouir de leursavantages & s’afliger de leurs difgraces, jufqu’à per- 
fuader aux plus vils Sujets de l'Empire qu’ils font auffi chers à leur Souverain 
que fes propres enfans. 7°. Inviter à fa Cour toutes fortes d'Ouvriers & d’Ar- 
tiftes, pour expédier promptement les affaires publiques & particulières. go, 
Carefler & traiter avec autant de libéralité que de politeffe les Ambaffadeurs 
étrangers , pour leur faire connoître qu’il a l'ame Royale & généreufe ; & 


prendre foin qu’en retournant chez eux il ne manque rien à leur fureté com- 


me à leur fatisfaétion. 90. Chérir tous les Seigneurs de l'Empire, & les trai- 
ter avec tant de bonté , qu’au-lieu d'entretenir les moindres idées de révolte, 
ils deviennent les forterefles & les boulevards de l'Etat ( ‘. C’eft par l’ob- 
fervation de ces régles, ajoûtent les Commentateurs, q: 1n Prince acquiert 
de la renommée, & répond à la fin de fon Elevation. 

L’avzrsiomn des Chinois eft extrême pour la tyrannie & l'oppreflion. Elle 
procéde moins, difent-ils, du pouvoir abfolu des Princes, que du défordre 
de leurs pañlions & du déréglement de leurs défirs, au mépris de la voix de 
la nature & des loix du Ciel. Ils font perfuadés que l'obligation impofée à 
leurs Princes de ne point abufer de leur pouvoir, fert plûtôt à l’établir qu’à le 

détruire; 


k co Chine du Père Du Halde, pag. 248. 
306. 


(c) Relation de Magalbaens, pag, 197. 
& fuivantes, 


GouvenNe- 
MENT 
DE LA CHINE, 


Devoirs mu- 
tucls des pè- 
res & des en- 
fans. 


Devoir des 
Princes, fui- 
vant Confu- 
cius, 


Averfion des 
Chinois pour 
la tyrannie. 


GOUVERNE: 
MENT 
PE LA CHINE, 


Taxes de 
l'Empire. 


De qui les 
Sentences re- 
çoivent leur 
autorité, 


Succeffon 
au Trône. 


Noinination 
aux dignités 
de l'Empire. 


Changement: 
de Miniftres 
& dégrada- 
tion des Prin- 
LUE 


266 (VOYAGES DANS L'EMPIRE 


détruire; enfin que le frein qu’on met à leurs. pañlions, ne diminue pas plus 
leur autorité, que le pouvoir Divin n’eft diminué par l’impuiffance : de com. 
mettre le mal (4). 


(4) Mémoires du Père Le Comte, pag. 248: 
$ IIL 
Autorité de l'Empereur de la Chine. Sa grandeur. Sa famille. 


E UTORIT E’ Impériale eft abfolue à la Chine. Quoique chaque Par. 
ticulier foit parfaitement maître de fon bien, & vive paifiblement dans 
la poffeffion de Ÿs terres, l'Empereur eft le maître d’impofer les taxes qu'il 
juge convenables au befoin de l'Etat. Mais, hors le cas d’une preflante né- 
cellité, il ufe rarement de ce pouvoir. C’eft une coutume établie, d’éxemp- 
ter, chaque année, une ou deux Provinces de fournir fa part des taxes, fur- 
tout lorfqu’elle a fouffert de quelque maladie, où lorfque le mauvais tems à 
fait tort à fes prodnétions. 

IL n’y a point de Tribunal dans l’Empire, dont la Sentence n'ait befoin d'é- 
tre confirmée par l’autorité du Prince. Mais les Décrets qui viennent immé- 
diatement de lui font perpétuels & irrévocables. Les Vicerois & les. Tribu- 
naux des Provinces fontobligés de les enregiftrer,, & de les faire publier aufli- 
tôt dans toute l'étendue de leur Jurifdiétion. 

L'EmPEREuR choifit, pour fon héritier, celui d’entre fes enfans qu'il ju- 
ge le plus propre à lui fuccéder. S'il ne fe trouve perfonne dans fa famille qui 
lui paroifle capable du Gouvernement , il fait tomber fôn choix fur un de fes 
Sujets. Mais ces éxemples ne font connus que dans l’ancientems. S'il préfère, 
à fon fils aîné, quelqu'un qui l'emporte fur lui par lé mérite, une fi belle aétion 
rend fon nom immortel. Au contraire, s’il arrive que celui qu’il a choifi ré- 
ponde mal à lefpérance publique, il eft obligé de l'exclure & d'en nommer 
un autre, fans quoi il perdroit fa réputation. Kang-hi, dernier Empereur, 
dépofà d’une manière fort étrange le feul fils qu’il eut de fon époufé légitime. 
On vit avec étonnement un Prince dont l'autorité avoit été prefqu'égale à celle 
de l'Empereur, chargé de fers dans une étroite prifon. Ses enfans & fes prin- 
cipaux Officiers furent enveloppés dans le même fort; & les gazettes furent 
auffitôt remplies de Manifeftes, qui rendoient compte au Public de la condui- 
te de. l'Empereur. 

Ce Monarque difpofé, avec le même pouvoir, de toutes les dignités de 
l'Empire, fans être obligé de les conférer aux perfonnes qui lui font propofées 
par les Tribunaux, Cependant il confirme ordinairement leur choix, aprés a- 
voir éxaminé lui-même les Sujets qui doivent leur éleétion à la Voie des füffra- 
ges; füuivant la méthode dont on donnera bien-tôt l'explication, A l'égard des 
premiers potes, tels que ceux de Tfong-tu, de Vice-rois, &c: c'eftäl'Empe- 
reur feu] que cettenomination appartient. Il éleve, il dégrade, fuivant le mérl- 
te & lacapacité des Sujets. En général, il n'ya point d'Emploi vénal à la Chine. 
Les Princes mêmes du Sang n’ont aucun droit aux titres &aux honneurs, fans. 
la permiffion expreflé de l’Émpereur. Celui dont la conduite ne répond point 
à l'attente du Public, perd fes dignités & fes revenus par l'ordre du fase 


traiter 
LE 


 E 


\inue 
lance. gt 


Ile. 


e chaque Par. 
iblement dans 
les taxes qu'il 
preflante né. 
ie, d’éxemp- 
>s taxes, fur. 
uvais tems à 


ait befoin d'é. 
nnent immé- 
Œ les. Tribu- 
publier aufii. 


fans qu’il ju- 
a famille qui 
fur un de fes 
S'il préfère, 
| belle aétion 
a choifi ré. 
en. nommer 
Empereur, 
fé légitime. 
égale à celle 
&. fes prin- 
ettes furent 
e la condui- 


dignités de 
t propofées 
K, aprés d- 
des füffra- 
l'égard des 
tàl'Empe- 
int le méri= 
à la Chine. 
eurs, fans. 
bond point 
du Prince. 
& 


DE LA CHINE, Liv. Il Crar. VI 267 


& n'eft plus connu par d’autres diftinétions que celle de la ceinture jaune, qui 
eft la marque du Sang Impérial pour l’un & l’autre féxe. On lui accorde feule- 
ment, pour fa fubfiftance, une médiocre penfion du Tréfor Royal (a). 

Des révolutions de cette nature feroient naître en Europe des faétions & 
des troubles; mais elles ne produifent pas le moindre défordre à la Chine. La 
vôûe du bien public étouffe les mécontentemens. Quand il arriveroit même que 
ces renverfemens .de fortune fuffent l'effet d'une haine perfonnelle ou de quel- 
qu'autre paffion violente, fi le Gouvernement eft équitable dans les autres par- 
ties, le Public prend peu d'intérêt à la difgrace des Miniftres. 

ON jugera combien le pouvoir Impérial eft abfolu, par un événement qui 
erriva pendant la dernière guerre de la Chine avec les Tartares Eluths. Le 
Prince des Tartares ayant défait avec des furces médiocres une Armée puif- 
fante, commandée par le frère de l'Empereur, & tué fon beau-père, quicom- 
mandoit l'artillerie, Kang-hi, moins fenfible à la perte d'une bataille qu'à l'hon- 
neur de fon frère, le fit appeller à la Cour, pour y être jugé par une affem- 
blée des Princes du Sang qu’il convoqua dans fon Palais. Le Prince, qui étoit 
d’ailleurs fort diftingué par fon mérite perfonnel, fe hâta de paroître, avec 
autant de foumiffion qu’on pouvoit en attendre du plus fimple Officier de l’Ar- 
mée; & fans attendre qu’on lui prononçât fa fentence, il fe condamna lui- 
même, en reconnoiffant qu'il méritoit la mort. ,, Vous la méritez en effet, 
>> lui dit l'Empereur. Mais pour réparer l’honneur que vous avez perdu, il 
» faut la chercher au milieu des Troupes ennemies & non dans Peking, ce qui 
» ne feroit qu’augmenter votre honte, Cependant à la fin l'Empereur parut 
difpofé à lui pardonner. Mais les Princes, qui fe éroyoient en quelque forte 
déshonorés par cette aétion, preffèrent inftamment l'Empereur de ne le pas 
fouftraire au ciâtiment; & fon oncle, qui affiftoit au Confeil, affeéta de le 
traiter avec toutes les marques poffibles de mépris & d’indignation (4). 

Le pouvoir de l'Empereur s'étend même fur les Morts, qu'ilaccable d’hon- 
neurs ou de honte comme s’ils étoient en vie, lorfqu'il veut les punir ou les 
récompenfer, foit dans leurs propres perfonnes ou dans leurs familles. Il crée 
des Morts, Comtes ou Ducs. Il leur confére divers autres titres (c). En qua- 
lité de Grand-Pontife (d), il peut leur donner :a qualité de Saints; ou, fui: 
vant le langage de la Chine, en faire des Efprits nuds, Quelquefois il leur 
éleve des Temples, & s'ils fe font rendus utiles par d’importans fervices ou 
recommandables par de grandes vertus, il ordonne au Peuple de les honorer 
comme des Dieux (e) ou des Déeflès. (On en trouve un éxkemple fous le re- 
gne de l'Empereur Van-lye, qui eft le tems où les Jéfuites entrérent pour la 
première fois à la Chine. Ce Monarque ayant fait mourir-un Ko-lau (f) , Gou- 
verneur du Prince héréditaire , pour avoir entretenu un commerce d'amour 

avec 


tion de Magalhaens, pag. 256. 

Ce Ko-luu, qui 's'appelloit Chang-kyu- 
ching, a fait fur les Livres de Confucius, un 
Commentaire qui paffe pour le meilleur de fon 
genre. On propofoit à l'Empéreur de brûler 
cet Ouvrage; mais il répondit qu'il ne punif- 
foit pas les bonnes aétions, 


(a) LeComte, wbifup. pag. 254. Du Hat. 
de, pag. 70. & 242. (f) 


Cb) Le Comte, 4bid. pag. 252. & fuiv. 

(c) Voyez ce qu'on a dit ci-deflus des An- 
cêtres du Père Verbiett. 

(d) Voyez ci-deflus. 

(e) Le Comte, ubi fup, pag. 257. Rela- 


LI 2 


Gouvennwz: 
MENT 
DE LA CuINs: 


Exemple du 
pouvoir abfo- 
lu de l’Empe- 
reur, 


Pouvoir de 
l'Empereur 
fur les Morts. 


Il crée des 
Dieux. 


268 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


G avec fa mère, la douleur.de cette perte, joint àcelle de l’outrage & peut-être 

OUVERNE- À Ae . 

ment. à (la crainte du même châtiment, firent tant d’impreflion fur cette Dame 

pe LA Cuixe. qu'elle mourut en peu de jours d’une maladie violente. L'Empereur fe crut 

Apothéofe obligé de réparer l'honneur de fa mère par des honneurs extraordinaires. 1] Ja 

d'une Prin- déclara Kyen-lyen-pu-fa, c'eft-a-dire, Déefle des neuf Fleurs; & lui faifant ba. 

a tir des Temples dans tout l'Empire, il ordonna qu'elle y fût adorée fous ce 
titre, comme la Courtifane Flore l’étoit parmi les Romains. 

 Apothéofc Iz y a quatre cens ans qu'un Bonze de la Seéte des Tau-tfes, qui ne fe ra. 

d'un Bonze.  fent jamais la tête, mais qui ne laïiffent pas de fe marier , devint fi cher à 
l'Empereur régnant, par fon habileté dans la Chymie & dans les Arts magi. 
ques (g), que ce Prince l'ayant regardé pendant fa vie comme fupérieur à 
la condition humaine, le fit déclarer, après fa mort, Dieu & Seigneur du 

Ciel, du Soleil, de la Lune & des Etoiles (h). # 

l'es nee ON peut dire en un mot que le pouvoir de l'Empereur s'étend prefqu’à tout. 

furles Lettres 11 peut changer la figure & le caraétère des lettres, abolir les anciennes, en 

& fur le Lan- introduire de nouvelles. Il peut changer les noms des Provinces, des Villes& 

sage. des familles. Il peut défendre l’ufage de certaines expreflions dans le langage 
& faire revivre celles qui ont été abandonnées; de forte que fon autorité pré. 
vaut fur l’ufage même, dont les Grecs & les Romains croyoient l'empire ab- 
folu dans toutes les chofes de cette nature. 

, Frein de Mars quoiqu'elle ait fi peu de bornes, elle eft reftrainte par quelques loix, 

l'autorité Im. Oui d’ Ôté à la fortifier. La maxime d'Etat qui oblige fe 

périale, qui fervent d'un autre côté : A tat qui oblige fes 
Sujets de lui rendre une obéiflance filiale, lui impofe aufi l'obligation de les 
aimer comme un père. Les Chinois jugent du mérite de leur Souverain par 
l'affection paternelle qu’il témoigne à fes fujets, & par les foins qu'il apporte 
à la faire éclater, en faifant fon occupation de les rendre heureux. C’eft une 
opinion généralement établie parmi eux, qu'un Empereur doit entrer dans 
tous les détails qui concernent le bien public; qu'il n'eft pas placé dans un fi 
haut rang pour s’amufer des biens qui l’environnent, mais qu'il doit faire fon 
amufement de remplir les devoirs de fa condition, & prouver par fon appli. 
cation, fa vigilance, & fa tendreflé pour fes Sujets, qu'il eft, fuivant leur 
langage, le père & la mère de fon Peuple. Si fa conduite ne répond pas 
à cette idée, il tombe bien-tôt dans le dernier mépris. ,, Pourquoi le Ciel, 
, diféent-ils, l’a-t-il placé au-deffus de nous? N'eft-ce pas pour nous fervir de 
» père & de mère? 


… Quelleertl'éæ Un Empereur Chinois s’étudie continuellement à foutenir fa réputation. 


tude conti.  Eorfqu’une Province eft affigée de quelque difgrace, il fe renferme dans fon 
Re 4 Palais, il obferve des jeûnes, il fe refufe toutes fortes de plaifirs; & fe hâtant 
la Chine, de diminuer les taxes par un décret, il employe tous fes efforts au foulagement 
des malheureux. Il affeéte, dans les termes du decret, de faire fentir combien 

il eft touché de la mifère de fon Peuple. ,, Il porte, dit-il, les miférables 

, dans fon cœur. Il pleure nuit & jour leur infortune. Toutes fes penfées fe 

», rapportent à rendre leur fituation plus heureufe. Il employe d’autres expref- 

fions pour leur perfuader qu’il les aime. L'Empereur Tong-ching poufla cette 

affeétation jufqu’à ordonner, qu'auffi-tôt que la moindre partie de l’Empire 

paroitroît 


(z) Voyez ci-deffus. 
(à) Relation de la Chine par Magalhaens, pag. 257. & fuiv. 


paroîti 
Courie 
forcer 
UN 
que da 
capable 
darins 
mes le: 
ces ren 
lacaufe 
rin rect 
par tou 
ces mat 
mauvail 
mean 
Lat 
apporte 
pereur 
des Vic 
droient 
reffentir 
& qui fe 
celle de 
de tems 
éxemple 
tion au 
feul mo: 
IL ps 
faires d’ 
rins don 
les autre 
merveil! 
deux he 
Kang-hi 
me duc 
Surv 
nommé 
l'autre, 
Miniftre 
h difcuft 
leur déc] 


_ (3) Mé 
Du Halde. 
(&) Ma 
ui fuprà. 
KI) Ce 
dans le Mc 


& peut-être 
tte Dame, 
eur fe crut 
naires. Il la 
 faifant bi. 
rée fous ce 


ui ne fe ra. 
it fi cher à 
Arts magi. 
fupérieur à 
eigneur du 


efqu’à tout. 
iennes, en 
les Villes & 
s le langage 
utorité pré- 
empire ab- 


elques loix, 
i oblige fes 
ation de les 
uverain par 
u’il apporte 
C'eft une 
entrer dans 
& dans un fi 
it faire fon 
fon appli 
uivant leur 
répond pas 
uoi le Cul, 
s fervir de 


réputation. 
e dans fon 
& fe hâtant 
pulagement 
ir combien 
miférables 
penfées fe 
res expref- 
ouffa cette 
e l'Empire 
paroitroît 


paroîtroït menacée de quelque difgrace , on fe hâtat de l'en informer par un 
Courier; afin que fe croyant refponfable de tous les maux de l'Etat, il pûts’ef- 
forcer, par fa conduite, d’appaifer la colère du Ciel (i). 

UNE autre contrainte que les Loix apportent à l'autorité fouveraine, c’eft 

ue dans toutes les occafions où l'Empereur comimnet quelque faute qui paroît 

capable de troubler le bon ordre du Gouvernement, elles autorifent les Man- 
darins à lui faire leurs repréfentations en forme de fupplique, & dans lester. 
mes les plus humbles & les plus refpeëtueux. S'il marquoit du mépris pour 
ces remontrances, ou s’il maltraitoit le Mandarin qui a le courage d’embraffer 
lacaufe publique, il perdroit l'affection de fon Peuple, tandis que le Manda- 
rin recevroit les plus glorieux applaudiffemens & verroitimmortalifer fon nom 
par toutes fortes d’honneurs. L’Hiftoire Chinoife offre un grand nombre de 
ces martyrs du bien public, qui ont eu la hardieffe de lever la voix contre une 
mauvaife adminiftration, fans craindre le reflentiment de l'Empereur, nimé- 
me la mort. 

La tranquillité de l'Empire dépend entièreme. t «1 foin que le Monarque 
apporte au maintien des Loix; car tel cft le caraétère des Chinois, quefil’Em- 
pereur & fon Confeil n’avoient pas les yeux fans cefle ouverts fur la conduite 
des Vicerois & des autres Officiers qui vivent loin de la Cour, ils devien- 
droient autant de petits tyrans dans les Provinces. Ce défordre échaufferoit je 
reffentiment du Peuple, qui ne feroit pas long-tems fans former des afflemblées 
& qui fe porteroit bien-tôt à la révolte. Parmi les Chinois, la moindre étin- 
celle de fédition, lorfqu’elle n’eft pas étouffée fur le champ, produit en peu 
de tems les plus dangereufes révolutions. Leur Hiftoire eft remplie de ces 
éxemples. Ainfi l'expérience a fait connoître aux Empereurs, que l’applica- 
tion au travail & la conftance à marcher fur les traces de leurs ancêtres eft le 
feul moyen d’affûrer leur autorité (k). 

IL paroît incroyable qu’un Prince ait le tems d’éxaminer lui-même les af- 
faires d’un fi vafte Empire, & de prêter l'oreille à cette multitude de Manda- 
rins dont il eft chaque jour affiégé; les uns qu’il nomme aux Emplois vacans, 
les autres qu’il y deftine à leur tour. Maïs l’ordre qui s’obferve à la Cour eft fi 
merveilleux, & les Loix ont pourvû fi clairement à toutes les difficultés, que 
deux heures fufifent chaque jour pour cette multitude de foins. L'Empereur 
Kang-hi vouloit tout voir de fes propres yeux (/), & ne fe fioit qu'alui-mé- 
me du choix des Officiers qui devoient gouverner fon Peuple. 

SUIVANT le Père le Comte, l'Empereur a deux Confeils fouverains; l’un, 
nommé le Con/eil extraordinaire, qui n’eft compofé que des Princes du Sang; 
l'autre, qui porte le nom de Conjeil ordinaire , où les Ko-laus, c'eft-à-dire, les 
Miniftres d'Etat, font admis avec les Princes. . Ces Miniftres font chargés de 
k difcuffion des affaires. Ils en font leur rapport à Sa Majefté Impériale, qui 
leur déclare fes volontés (#). Du Halde prétend que le grand Confeil eft com- 

pofé 


. (1) Mémoires du Père Le Comte, pag. 259. 
Du Halde, pag. 242. 

(k) Magalhaens, Le Comte & Du Halde, 
ubi fuprà. | 
(1) Cela paroît d'autant plus incroiable 
dans le Monarque d’un auf grand Empire que 


LI 3 


la Chine, que nous voyons en Europe de pe- 

tits Princes, fi fort diftraits par d’autres affai- 

res, qu'ils n'ont pas le loifir d'éxaminer cel- 

les de leur état. 
Km) Le Conte #bid, pag. 263. 


DE LA CHINE, Liv. Il Caar. VI 269 


Gouvrrve- 
MENT 
DE LA CHIN£, 


Droit dere- 
montrance 
que les Loix 
accordent 
aux Manda- 
rins, 


Source com- 
mune des dée 
fordres pu- 
blics. 


Ordre admi- 
rable qui re- 
gne dans les 
affaires, 


Confeils de 
l'Empereur. 


Gouvranz- 
MENT 


ne LA CHINE, 


Sceaux de 
la Chine. 


Sceau Impé- 


rial. 


Sceau des 
Princes du 
Sang & des 
AMandarins. 


Vénération 


des Chinois 


pour la Maje(. 


té Impériale. 


Allarme pu- 


blique pour 
les maladies 
de l’'Empe- 
teur. 


donne l’ordre exprès. 


27e VOYAGES DANS LEMPIRE 


pofé de tous les Miniftres d'Etat, des premiers Préfidens & des Afiftans des 
fix Cours fuprêmes, & de trois autres Tribunaux confidérables ; au-lieu que 
le Confeil privé ne confifte que dans les trois Ordres d'Officiers qui appar. 
tiennent au Tribunal nommé Nwi-yuen (n), dont on expliquera bientôt les 
fonétions. 

UNE des principales marques de l'autorité Souveraine eft le fceau, qui s’ap. 
pofe aux actes publics & aux décifions des Tribunaux. Le Sceau Impérial eft 
une pierre quarrée, d'environ douze pouces. Elle eft de jafpe, quieft fort ef. 
timé à la Chine. Nul autre que l'Empereur n'a le droit d'employer le jafpe à 
cet ufage. Les Chinois l’appellent Tu-che & le tirent de In-yu-chan, qui figni. 
fie la montagne du fceau d'agathe (o), de laquelle ils racontent une infinité de fa. 
bles. L'Empereur datte fes Lettres, fes Décrets & tous les Aétes publics, de 
l'année de fon regne & du jour de la Lune. [11 dit par éxemple, la feizièmes 
année de mon regne, & le fixième jour de la quatrième Lune.] 

Les Sceaux d'honneur qu’on donne aux Princes font d'or. Ceux des Vice. 
rois, des grands Mandarins ou des Magiftrats du premier Ordre, font dar. 
gent; & ceux des Mandarins ou des Magiftrats inférieurs ne font que de cui: 
vre ou de plomb, plus ou moïns grands, fuivant l'élévation de leurs dignités, 
Lorfqu'un fceau commence à s’ufer, ils doivent en donner avis au Tribunal, 
qui leur en accorde un autre, mais qui les oblige de rendre le vieux. Depui 

ue les Tartares font établis à la Chine, les caraétères gravés fur ces fceaur 

ont mêlés de Chinois & de Tartare, camme chaque ‘Tribunal eft compo 
d’un mélange des deux Nations. L'Empereur n’envoye point de commiflfi. 
res dans les Provinces pour -obferver la conduite des Gouverneurs, des Ma 
giftrats @& des Particuliers, fans les munir chacun du fceau de leur Office. 

La vénération que les Chinois ont pour leur Empereur, répond à la gran 
deur de fon autorité. C’eft une efpèce de Divinité pour fon Peuple. On li 
rend des refpeéts qui approchent de l'adoration (p). Ses paroles font autant 
d'oracles, & fes moindres commandemens font éxécutés comme s'ils venoient 
du Ciel. Perfonne, fans en excepter fes frères, ne peut lui parler qu’à genoux. 
On ne paroît point en cérémonie devant lui dans une autre pofture, s’il n'en 
Il n’y a que les Seigneurs de fon cortège ordinaire qui 
ayent la liberté d’être debout ex: fa préfence; mais ils font obligés de fléchir 
Je genou lorfqu’ils lui parlent. Ce refpeét s'étend à tous les Officiers qui repré- 
fentent Sa Majefté Impériale. 

Les Mandarins, les Grands de la Cour & les Princes mêmes du Sang, fe 


profternent non-feulement devant la perfonne de l'Empereur, mais même de- 


vant fon fauteuil, fon trône & tout ce qui fert à fon ufage. Ils fe mettent 
quelquefois à genoux devant fon habit ou fa ceinture. Le premier jour de l'an 
ou le jour de fa naiffance, lorfque les Mandarins des fix Cours Souveraines 
viennent lui rendre les devoirs de cérémonie dans une des cours du Palais, 
il-eft rare qu'il s’y trouve préfent, & quelquefois il eft fort éloigné du lieu 
où ces hommages lui font rendus. S'il tombe dans quelque maladie dan: 
gereufe, l’allarme devient générale. Les Mandarins de tous les Ordres s’af- 
femblent dans une vafte cour du Palais, & fans faire attention à la ri: 
gueur de l'air, ils paffent à genoux les jours & les nuits, occupés à faire écla- 
te 

(n) Du Halde, pag. 248. 


Tome précédent, 
(o) Voyez les Journaux des Voyageurs, au Pa 


(bp) Ibrdem, 


ver leur 
l'Empire 
jets croi 
moignag 
tenir la 
ce qu'il 
nent à l 
dire, à 
Ching-wb 
Dix mille 
qu'il par 
lorfqu'il 
figniie & 
de ce mo 
part de n 
leurs citr 
nez dela 
Que le Ci 
difent Pi 
c'eft-à-di 
du Palais 
k refte ( 

UNS 
pañler à c 
tre pied à 
Chaque c 
chemin q 
doivent m 


2 che eft au 


nes de qu 
& qui pal 
Les Müli 
faluer l'E: 
de fon ap 
rir avec u 
l'Empere! 
l terre. | 
fe relever 
reçoit de 

La m 
un crime 
Père Ad: 
placer l’i 
concluoit 


(a) Le 
de, pag. 2 
(r) Ang 


s Afliftans des 
S; au-lieu que 
rs qui appar. 
ra bientôt les 


eau, qui s’ap. 
u Impérial eft 
qui eft fort ef. 
yer le jafpe à 
an, qui figni. 
infinité de fa. 
s publics, de 
>, la feizièmes 


eux des Vice. 
e, font d'ar. 
it que de cui: 
eurs dignités, 
au Tribunal, 
ieux, Depui 
ur ces fceaur 
eft compo 
le commiflai. 
ars, des M4 
ir Office. 
nd à la gran. 
ple. On 
s font autant 
s'ils venoient 
qu’à genoux 
re, s'ilnen 
ordinaire qui 
és .de fléchir 
ers qui repré- 


du Sang, fe 

is même de- 
s fe mettent 
r jour de l'an 
Souveraines 

s du Palais, 
pigné du lieu 
aladie dan- 

Ordres s’af- 

tion à la ri- 
à faire écla- 

ter 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. VI. 277 


er leur douleur & à demander au Ciel le rétabliffément de fa fanté. Tout 
l'Empire fouffre dans fa perfonne, & fa perte eft le feul malheur que fes Su- 
jets croient avoir à redouter. Les Grands fe croient obligés de donner ces té- 
moignages publics de vénération pour leur Souverain , dans la vûe d’entre- 
tenir la fubordination , & d’infpirer au Peuple, par leur éxemple, l’obéiflan- 
ce qu'il doit à l'autorité. C’eft en conféquence de cette maxime qu'ils don- 
nent à l'Empereur les titres les plus pompeux. Ils l'appellent Tyen-tfe, c'eft- 
adire, Soleil du Ciel; Whang-ti, qui fignifie Augufte & fouverain Empereur ; 
Ching-wbang , ou faint Empereur; Chau-tinz, ou Palais Royal; Vanfwi, ou 
Dix mille années (q). Mais l'Empereur n'employe jamais ces expreflions lorf- 
qu'il parle de lui-même. 11 fe fert du terme No, qui fignifie 7e ou Moi; & 
lorfqu'il paroît en public, aflis fur fon trône, 1l employe celui de Chin, qui 
fignifie Saut (r), avec cette feule différence, qu'il eft le feul qui faffe ufage 
de ce mot: plus modefte, fuivant l’obfervation de Magalhaens , que la plû- 
part de nos Princes, qui affeétent de groflir continuellement le catalogue de 
leurs titres. Le langage du Palais eft fort pompeux. On ne dit jamais; Son- 
nez deda trompette; Battez du tambour, &c. mais, Tu-bui, c'eft-à-dire Û 
Que le Ciel lâche fon tonnerre. Pour faire entendre que l'Empereur eft mort, ils 
dent Ping-tyen, qui fignifie; 11 eft entré un nouvel hôte au Ciel; ou Pung ; 
c'eft-à-dire, Une grande montagne eft tombée. Au-lieu de dire, Les portes 
du Palais; ils difent Kiu-mwen; Les portes d’or ; & de même à l'égard de tout 
k refte (s). | | 

Un Sujet, de quelque rang ou de quelque qualité qu’on le fuppofe, n’ofe 
pafler à cheval ou en chaife devant la porte du Palais Impérial. Il doit met- 
tre pied à terre lorfqu'il en approche, & ne remonter qu à la diftance établie, 
Chaque cour du Palais a fon fentier, pavé de larges pierres, qui ne fert de 
chemin qu’à l'Empereur lorfqu’il y paîle ; & ceux qui ont à traverfer les cours 
doivent marcher fort vîte au long de ce fentier. Cette viîtefle dans la mar- 


2 che eft auifi une marque de refpeét, qui s’obferve en paffant près des perfon- 


nes de qualité. Les Chinois ont une manière de courir qui leur eft propre, 
& qui pañle pour une politeffe auf gracieufe que nos révérences en Europe. 
Les Miflionaires fe virent obhgés d'apprendre cetts cérémonie avant que de 
faluer l'Empcreur Kang-hi dans fon Kong, c’eft-a-dire, dans la grande falle 
de fon appartement. Au‘i-tôt qu'on a pallé la porte de la falle, on doit cou- 
tir avec une légèreté gracieufe jufqu’au fond de la chambre qui fait face à 
l'Empereur. La, on doit demeurer un moment debout , les deux bras étendus vers 
terre. Enfuite, après : voir fléchi les genoux , on doit fe baifler jufqu'à terre, 
f relever & répéter trois fois la meme cérémonie, en attendant l’ordre qu’on 
reçoit de s’avancer & de fe mettre à genoux aux pieds de l'Empereur ‘#). 

La moindre négligence dans le refpect. qu’on doit à l'Empereur, paffe pour 
un crime à la Chine. Une des plus graves accufations qui furent intentées au 
Père Adam Schaal, par le Mandarin Hyang-quang-fven, fut d'avoir omis de 
placer l'Étoile du Nord dans le globe qu'il avoit compofé. Son accufateur en 
concluoit qu’il ne vouloit pas reconnoître d'Empereur à la Chine, & par con- 

féquent 

(a) Le Comte, pag. 240. &fuiv. Du Hal- 


de, pag. 241. & fuiv. 
(r) Angl.. qui fignifiela même chofe, R. d, E, 


(s) Magalhaens, pag. 254 & 293, 
(t) Du.Halde, pag, 241, & fuiv.. 


Gouverne- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Titres qu'on 
lui donne. 


Langage 
pompeux dy 
Palais, 


Formalités 
qui s’y obfer- 
vent, 


Les négli- 
gences font 
punies, 


Singulière: 
accufation 
contre le Pète: 
Schaal.. 


me in née 


e 
GoUvrRrNE- 
MENT 
Pr. LA CHINE, 


Officiers de 
la Maifon Im 
périale, 


Vêtement de 
l'Empereur. 


Livrée Impé- 
riale, 


Fafte de 
l'Empereur 
loriqu'il fort 
du Palais. 


272 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


féquent qu'il n'étoit qu’un rébelle qui méritoit la mort. On doit obferver 
que les Chinois appellent l'Etoile du Nord, Ti-fing, ou le Roi des Etoiles 
parce qu’elle eft immobile. Ils prétendent que toutes les autres Etoiles tour. 
nent autour d'elle ; comme les Sujets de l'Empereur tournent autour de Jui 

our le fervir; & que par cette raifon leur Monarque eft fur la terre ce que 
cette Etoile eft au Ciel. 11 paroît que les Juges Chinois furent charmés de 
cette ridicule accufation, & qu'ils la regardèrent comme un argument d'une 
force extrême, Mais ils furent extrémement décontenancés, lorfque le glo. 
be ayant été produit, on s'apperçut qu’il n'étoit point achevé & que l’Auteur 
n'y avoit encore tracé que l'hémifphère du Sud (v). 

Les Officiers de la maïfon de l'Empereur & ceux qui ont le Gouverne. 
ment particulier de fes affaires font en fort grand nombre, Tout étoit autre. 
fois entre les mains des Eunuques, dont le nombre étoit d'environ dix (x) 
mille, gens infâmes par leur orgueil & leur avarice. Mais les T'artares ne fe 
furent pas plûtôt rendus maîtres de l'Empire qu’ils en chaffèrent neuf mille, 
confervant le refte pour le fervice le plus intérieur du Palais. Cependant cette 
monftrueufe efpèce parvint par fes flateries & fon adreffe à gagner lés bon: 
nes graces du jeune Chun-chi, & fe rétablit prefqu'entièrement dans fon an: 
cienne autorité. Après la mort de ce Prince, les quatre Régens Tartares fe 
défirent encore de cette pefte. Les Eunuques, privés de leur crédit, furent 
réduits à trois cens pour fervir le jeune Monarque, les Reines, fa mère & fi 
grand'mère, dans les offices les plus ferviles (y). 

CerenDpanT l'Empereur, dans fa vie privée, conferve peu de cette pom- 
pe qu'il déploye dans toutes les occafions publiques, foit au centre de fon Pa. 
lais lorfqu'’il y donne audience & qu'il reçoit des hommages , foit lorfqu’il fe 
fait voir au dehors. 1l paroît en public, vêtu d’une longue robe jaune, 
d’une vefte qui lui couvre jufqu’aux pieds. Le fond en eft de velours, brodé 
en plein d'une multitude de petits Dragons, qui ont cinq griffes à chaque pied. 
Deux gros Dragons, avec leurs corps & leurs queues entremêlés, remplif. 
fent des deux côtés le devant de la poitrine. Ils font dans une attitude qui 
les feroit croire prêts à faifir, avec leurs dents & leurs griffes, une fort helle 
perle qui paroît defcendre du Ciel. Les Chinois, faifant allufion à ces figu- 
res, difent que les Dragons badinent avec les nuées & les perles. Le bonnet 
de l'Empereur, fes bottines, fa ceinture, en un mot fon habillement eft d'u- 
ne magnificence achevée (2). 

IL faut obferver à cette occafion, que la livrée Impériale eft jaune, & que 
tout ce qui appartient à l'Empereur (a) eft de la même couleur, fans excep- 
ter fes Dragons à cinq griffes, qui fe nomment Long ,& fa cotte-d’armes, que 
l'Empereur Fo-hi prit le premier. Perfonne n’oferoit prendre ni l’un ni l'autre 
fans fa permiflion; mais tout le monde peut orner fon habit d'un Dragon à 
quatre griffes, qui s'appelle Mang (b). L'Empereur fort rarement de fon Pa- 
jais, à moins que ce ne foit pour la chafle, pour prendre l'air, pour fe diver- 


tir dans fes parcs & fes jardins, pour facrifier au T'emple de Tyen ou pour 
faire 


Ca) Jufqu'au papier dont il fait ufage & 
aux Livres qui fe publienten fon nom. ANava- 
rette, pag. 50. 


(b) Mémoires du Pèrele Comte, pag. 140: 


> Magalhaens, pag. 293. 

) Voyez ci deffus. 

ÿ Magalhaens, pag. 291. & fuiv. 
) Magalhaens, pag. 249, 


T 


( 

(x 
(y 
(3 


< 


faire ] 
grand 
mes, I 
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long de 
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qui font 
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vêtus d 
de dem 
croiflan 
tus de | 
eft tout 
porteur 


& d’aut 


breux. 
alloit p 
voyage 
tude d’C 
nombre 
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propres 
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Lors 
choit eff 
quête d’ 
expofés : 
étoient f 
ces chaf 
comptée 
Les. 
lenefe. 
fa route 
à l'Empe 
de Han | 


(c) Na 
te Romanu. 
font au n 
Mendoza, 
rieure du 1 


VIII, 


) 


doit obferver 
| des Etoiles, 
Etoiles tour. 
autour de lui 
terre ce que 
t charmés de 
"ument d’une 
orfque le glo. 
que l’Auteur 


le Gouverne. 
it étoit autre. 
ron dix (x) 
'artares ne fe 
neuf mille, 
pendant cette 
zner lés bon- 
dans fon an. 
s Tartares fe 
rédit, furent 
fa mère & fr 


de cette po. 
re de fon Pa. 
it lorfquil fe 
Je jaune, où 
lours, brodé 
chaque pied, 
lés, rempli: 
attitude qui 
ne fort helle 
n à ces figu- 
Le bonnet 
ment eft d'u- 


une, & que 
fans excep- 
d'armes, que 
un ni l'autre 
n Dragon à 
it de fon Pa- 
our fe diver- 
yen ou pour 
faire 


[ fait ufage & 
n nom. {Nava- 


bmte , page 140, 


DE LA CHINE,Lrv. Il Cuar. VL 273 


faire la vifite des Provinces. Dansces occalions il efl coljoursaccompagné d'un 
grand: nombre de Seigneurs & de Gardes, tous à cheval, Son train, fes ar- 
mes, le harnois de fes chevaux, les parafols, les éventails & les autres mar- 
ques de la dignité Impériale, tout eft brillant autour de lui. S'il ne fort que 
pour la chafle ou pour prendre l'air, toute la cavalcade eft compote d'envi- 
ron deux mille perfonnes. Les Princes & les Seigneurs vont à la tête, füuivis 
du Ko-lau, des premiers Miniftres & des grands Mandarins. Ils marchent le 
long des maifons, en laiffant le milieu de a rue fortouvert. On voit paroître, 
après eux, vingt-quatre étendarts de foie jaune, brodés de dragons en or, 
qui font füuivis de vingt-quatre parafols & d'autant d’éventails de la même cou- 
leur, tous fort riches & d’un travail curieux. Les Gardes-du-corps (c) font 
vêtus de jaune, chacun avec une forte de cafque & une efpèce de javeline où 
de demi-pique dorée , au fommet de laquelle eft la figure du Soleil, ou le 
croiflant de la Lune, ou la tête de quelqu’animal. Douze Valets-de-pied, vê- 
tus de la même livrée, portent fur leurs épaules le fauteuil de l'Empereur, qui 
eft tout-à-fait magnifique. En divers endroits du chemin il fe trouve d'autres 
porteurs, pour relever les premiers. Une bande de Muficiens, de Trompettes 
& d’autres Inftrumens qui accompagnent Sa Majefté Impériale, ne ceflent pas 
de fe faire entendre pendant la marche, & cette proceflion eft fermée par un 
grand nombre de Pages & de Valets-de-pied. 

T£LLe étoit autrefois la pompe Impériale. Mais aujourd'hui que l'Empe- 
reur fe fait voir plus fouvent hors de fon Palais, fon cortège eft moins nom- 
breux. Lorfque Kang-hi vifitoit les Provinces Méridionales de fon Empire, il 
alloit par eau, dans une Barque neuve qu’il faifoit conftruire exprès pour ce 
voyage, accompagné de fes enfans, des premiers Seigneurs & d’une multi. 
rude d'Officiers de confiance, Mais les chemins étoient couverts d’un fi grand 
nombre de Troupes, qu'il fembloit marcher au milieu d’une Armée. Il s’arré- 
toit peu dans fa route, fi ce n’étoit quelquefois pour éxaminer les chofes de fes 
propres yeux & pour être informé de ce qui fe pañloit. A fon retour, fa Bar- 
que avançoit jour & nuit (4). 

Lorsqu’ir alloit en Tartarie pour y prendre le plaifir de la Chafle, il mar- 
choit effeétivement à la tête d’une Armée, comme s’il n’eût penfé qu’à la con- 
quête d’un Empire. Il n’avoit pas moins de quarantemillehommes, quiétoient 
expofés à fouffrir beaucoup du chaud ou du froid, parce que les campemens 
étoient fort incommodes. Quelquefois il perdoit plus de chevaux dans une de 
ces chaffes que dans une bataille ; mais la perte de dix mille chevaux étoit 
comptée pour rien. 

Les Jéfuites qui l'accompagnoiïent racontent que la magnificence Impéria- 
le ne fe déploie jamais plusque dans ces occafions. Il fe préfente fouvent dans 
fa route trente ou quarante petits Rois Tartares, qui viennent faire leur cour 
à l'Empereur ou lui payer le tribut. Quelques-uns portent eux-mêmes le titre 
de Han (e) ou Khan, c'eft-ä-dire, d'Empereur. Ils font fes penfionnaires, 
comme 


(c) Navarette (pag. 11.) accufe le Jéfui- mes, fans compter ceux de la cour & des au- 
te Romanus' de fauffeté, pour avoir écrit qu'ils tres portes. 
font au nombre de foixante dix mille ; & (d) Magalhaens, pag. 334. Mémoires du 
Mendoza, pour avoir dit que la porte exté- Père le Comte, pag. 170. Du Halde pag, 247, 
tieure du Palais eft gardée par dix mille hom- (e) Le Comte écrit Ham ou Cham, 


VIII. Part. Mm 


GouvERNr- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Cafe en 
Tartarie, 


Magnificence 
de fa route. 


Petits Rois 
fes 'Tributai- 
res, 


Gouvrans. 
MENT 
DE LA CHINE, 


Defcription 
d'une Proces- 
fion pour un 
Sacrilice, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


274 
comme tous les Mandarins du premier Ordre. 11 leur donne fes filles en ma. 
riage ; & pour les attacher plus fidellement à fes intérêts, il fe déclare leur 
roteéteur contre les Tartares Occidentaux, qui leur caufent affez fouvent de 
’embarras & qui ont même la hardiefle d'attaquer la Chine. Pendant que ces 
petits Souverains font au camp del'Empereur, fa Cour eft extrémement Mr 


tueufe, & les tentes des Mandarins font d'une richefle & d'un éclat (f) 
exceflifs. 

Magalhaens nous a décrit l’ordre & la pompe d'une marche de (g ) l'Empe. 
reur lorfqu'il va célébrer quelque facrifice , ou remplir quelque devoir public 
dont les cérémonies font fixées. Cette proceflion commence par vingt-quatre 
tambours , rangés fur deux files, & par vingt-quatre trompettes, d’un bois nom. 
mé U-tong-chu, qui eft fort eftimé à la Chine. Elles ont plus de trois pieds de 
longuçur & fept ou huit pouces de diamettre à l'ouverture. Leur forme eft à peu 
près celle d’une cloche. Elles font ornées de cercles d'or, & s’accordent fort 
bien avec les tambours. Enfüuite paroïflent vingt-quatre hommes de la même 
livrée, armés de bâtons longs de fept ou huit pieds, revêtus d’un vernis rou- 

e à feuillages d’or. Cent foldats fuccédent, portant des hallebardes dont le 
er fe termine en forme de croiflant. Ils font fuivis de cent mafliers , dont 
les armes font couvertes d'un vernis rouge mêlé de fleurs, & dorées à l'ex- 
trémité, On voit paroître enfüuite quatre cent grandes lanternes, richement 
ornées, & quatre cens flambeaux, compofés d'un bois qui brûle long-tems 
& qui jette beaucoup de lumière. Deux cens épieux, qui fuivent immédia- 
tement, font parés de rubans de foie de diverfes couleurs, ou de queuës de 
Panthéres, de Renards & d’autres animaux. Ils font fuccédés par vingt-qua. 
tre bannières, fur lefquelles font repréfentées les douze Signes du Zodiaque, 
que les Chinois divifent en vingt-quatre parties. (Cinquante-fix bannières, 
qui repréfentent les cinquante-fix Conftellations, nombre auquel les Chinois 
réduifent toutes les Etoiles. Deux cens éventails, foutenus par de longs bà. 
tons dorés & peints de diverfes figures de dragons, d'oifeaux & d'autres 
animaux. Vingt-quatre parafols, richement ornés. Un buffet porté par des 
er de cuifine & garni d’uftenciles d’or, tels que des baffins, des éguié. 
res, &c. 

APRÈS cette avant-garde, qui marchoit en trés-bon ordre, l'Empereur pa- 
roifloit à cheval, vêtu pompeufement, avec une gravité majeftueufe. Onpor- 
toit aux deux côtés de fa perfonne un riche parafol, affez grand pour le metre 
à l'ombre, lui & fon cheval. Il étoit environné de dix chevaux blancs de 
main, dont les brides & les felles étoient enrichies d’or & de pierres précieu- 
fes ; de cent hommes armés d’épieux, & des Pages de fa chambre. On voyoit 
enfuite, dansle même ordre, tous les Princes du Sang, les petits Rois (4), 
les principaux Mandarins & les Seigneurs de la Cour, dans leurs habits de 
cérémonie ; cinq cens jeunes Gentilshommes du Palais, richement vêtus; mille 
Valets-de-pied en robes rouges, brodées de fleurs & d’étoiles d’or & d'argent. 
Enfuite trente-fix hommes portoient une chaife ouverte, füuivie d’une autré 
chaife, mais fermée & beaucoup plus grande, qui étoit foutenue par cent vingt 
porteurs. Enfin l’on voyoit fuivre quatre grands chariots, dont deux PE 

traines 


\f) Le Comte, ibid. 
(3) Le Comte & Du Halde rapportent 


cette proceflion d’après Magalhaens. 
(b) Ou es Regules, fuivantles Portugais: 


KW 


traînés 
raçons C 
Compag 
deux Of 
rémonie 
Tovu 
de l'Em 
litières $ 
reur 
“4 fefti 
dant de 
les Etra 
l'avarica 
me déce 
IL co 
l'Europe 
Préfens, 
direéte, 
leurs Eta 
principa 
métans, 
karñd ; Pa 
enfin, / 
ban-mu:te 
de l’Émrf 
pas eu.p 
aient obt 
comme u 
des Indes 
taires: n 
ils en pre 
des Chin 
prétende 
hommes 
ON an 
vre la tê 
vante fa 
rant uh | 
pendent 
fermés fi 
fe détèrr 


m) W 
au-lieu de 


Iles en ma. 
éclare leur 
buvent de 
nt de ces 
nent fomp- 
éclat (p 
g ) l'Empe. 
voir public 
ingt-quatre 
| bois nom. 
is pieds de 
1e eft à peu 
ordent fort 
le la même 
vernis rou- 
les dont le 
ers, dont 
ées à l’ex- 
richement 
: long-tems 
 immédia- 
queuës de 
vingt-qua- 
Zodiaque, 
bannières, 
les Chinois 
longs bà. 
& d'autres 
té par des 
des éguit. 


pereur pa- 
e. Onpor- 
r le metre 
blancs de 
es précieu- 
On voyoit 
Rois (4), 
habits de 
tus; mille 
d'argent. 
lune autré 
ent vingt 
ix étoient 
traînés 


; ns. ns 
es Portugais: 


pr raçons C 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VI 275 


traînés par des Eléphans & les deux autres par des chevaux, avec des capa- 

argés de broderie : [chaque chaife & chaque chariot étoient fuivis d'une 
Compagnie de cinquante hommes pour fa garde. ] La marche étoit fermée par 
deux O Ge civils & deux Officiers militaires, en magnifiques habits de cé- 
rémonie (i). 

Tous les Ambafñfadeurs des Puiffances étrangères font entretenus aux frais 
de l'Empereur, qui leur fournit toutes fortes de provifions, de chevaux, de 
litières & de barques. Ils font logés dans la cour Royale du Palais, où l’Em- 

reur leur envoye , de deux jours l’un, en témoignage d'eftime & d'amitié, 
un feftin tout préparé de fa propre cuifine. Magalhaens , qui avoit logé pen- 
dant deux ans dans cette hôtellerie Royale, obferve que l'Empereur reçoit tous 
les Etrangers avec beaucoup de fplendeur & de magnificence, quoique par 
l'avarice de fes Officiers cette civilité ne s'éxécute pas toûjours avec la mê- 
me décence & la même régularité (4). 

IL convient néanmoins de remarquer, à cette occafion, que les Princes de 
l'Europe doivent prendre garde comment ils envoyent leurs Lettres ou leurs 
Préfens, foit par des Miflionaires ou des Marchands, foit par quelque voie 
direéte, en leur propre nom; parce qu’aufli-tôt qu'ils ont fait cette démarche, 
leurs Etats font enregiftrés au nombre des tributaires de la Chine (7). Les 
principales Puiffances qui portent ce titre font la Corée, le Japon, les Maho- 
métans, par le nom defquels les Chinois entendent Sa-ma-ul-ban où Samar- 
kañd 3 Pan-ko-la ou le Bengale, qu'ils placent à l’Eft d’Inta ou de l'Indoftan ; 
enfin, Me-te-na où Médine; car , fi l’on en croit un Géographe Chinois, Mo- 
ban-mute, où Mabomet ; envoya des Ambafñladeurs à la Chine fous le régne 
de l'Empereur Ming-hyou-te, pour lui payer le tribut (”). Les Ruffiens n'ont 
pas eu.peu de peint: à faire changer ce terme en leur faveur; & quoiqu'ils 
aient obtenu qu'il fûi changé, leur Ambaffade n’en a pas moins été regardée 
comme un hommage. Le même ufage eft établi dans toutes les autres parties 
des Indes; non que les Etrangers y foient regardés férieufement comme tribu- 
taires: mais la vanité des Indiens eft flattée par cétte fuppofition, & fouvent 
ils en prennent droit de méptifer les Souverains de l'Europe. La Géographie 
des Chinois eft ajuftée à cette chimère; car, fupsofant la Terre quarrée, ils 
prétendent que la Chine en occupe la plus grande partie & que le refte des 
homes eft relégué dans les coins (#). 

ON ne doit point oùblier la Couronne Impériale, dont l'Empereur fe cou- 
vre la tête dans quelques occafions. Navarette , qui l’avoit vûe plufieurs fois, 
vañte fa beauté & la juge myftérieufe. Sa forme, dit-il, eft ronde, mais ti- 
rant uh peu für l'ovale. De douze colliers de perles qui y font attachés, quatre 
pendent fur les yeux, pour fignifier que Sa Majefté doit avoir les yeux 
fermés fur ceux qui ont quelqu’affairé devant lui; c’eft-a-dire, qu’elle ne doit 
fe détérminer , ni par faveur pour le riche, ni par compafñfion pour le pau- 

vre, 
C'eft apparemment Hiun-tfong, fixièmc Em- 
pereur de la Dynaftie de Tong, qui commença 
fon régne l'an 712 après Jefus-Chrift. Mais 
Mahomet étoit mort plus de quatre-vingt ans 
auparavant. 


(nm) Chine du Père Du Halde, pag. 46. 


R) Ibid. pag. 101. Du Halde, pag. 245. 

1) Les Chinois croient leur faire beau- 
coup d'honneur; car ils traitent toutes les au- 
tres Nations de Barbares. 

m) Min-biuen dans l’Original. D’autres, 
au-lieu de Hiuen, écrivent Hiven & Huen. 


Mm 2 


(e Magalhaens, pag. 334. 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINZ. 


Traitement 

u'on faitaux 

Ambaffadeurs 
étrangers, 


Avis 1ux 
Princes de 
l'Europe. 


Terme humfe 
liant changé 
en faveur des 
Ruffiens. 


Couronne 
Impériale de 
la Chine, 


4 


GOUVERNE- 
MENT 


DE LA CHINE. 


Revenu de 
l'Empereur. 


Revenu en 
nature, 


Revenu en 
argent, 


Cominent 
fe fait le paye- 
mênt, 


276 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


vre, & qu'elle ne doit pas fe laiffer conduire par l'affeétion cu par la haine 
Les quatre colliers qui pendent fur les oreilles, fignifient que les oreilles d’un 
Juge doivent toûjours être fermées aux prières des Grands comme aux larme 
des Pauvres, & qu'elles ne doivent s'ouvrir qu’à la raifon, aux loix & à la 
juftice. Les quatre colliers qui pendent par derrière, expriment avec com- 
bien de jugement, de pénétration, de réfléxion & de foin les Princes doivent 
pefer leurs réfolutions, & combien ils doivent être verfés dans les affaires du 
Gouvernement (0). 

LE revenu de l'Empereur eft immenfe ; mais il n’eft pas aifé de le connot. 
tre à fond, parce que le tribut annuel fe paye moitié en argent, moitié en 
nature. Il fe lève fur toutes les terres, fans excepter les montagnes; für le 
fel, les foies, les toiles de coton & de lin, & fur d’autres efpèces de mar- 
chandifes ; fur les forêts, les jardins, les confifcations &c. (p). Les fubfides 
autorifés par les loix font fi confidérables, que fi les Chinois avoient moins 
d’induftrie & leur terre moins de fertilité, ce grand Empire ne feroït, com- 
me les autres Etats des Indes, qu’une fociété de miférables (4). 

Le tribut qui fe paye par tête, depuis l’âge de vingt ans ER foixante 
produit des fommes incroyables. Les Chinois prétendent que cette taxe étoit 
autrefois payée par cinquante-huit millions d'Habitans (4). L'Empereur en- 
tretient dix mille Barques, pour le tranfport du tribut en nature. Chaque an- 
née il reçoit des Provinces quarante millions cent cinquante-cinq mille quatre 
cens quatre-vingt-dix facs de riz, de froment & de millet, chaque fac pefant 
cent vingt livres ; un million trois cens quinze mille neuf cens trente-fept 
‘pains de fel, chacun pefant cinquante livres ; deux cens dix mille quatre 
cens foixante-dix facs deféves, & vingt-deux millions cinq cens quatre-vingt. 
dix-huit mille cinq cens quatre-vingt-fept bottes de paille pour fes chevaux, 
De foie en œuvre & d'étoifes, il reçoit cent quatre-vingt-onze mille cinq cens 
trente livres pefant, chaque livre de vingt onces; en foie crue, quatre cens 
neuf mille huit cens quatre-vingt-feize livres; trois cens quatre-vingt-feize 
mille quatre cens quatre-vingt piéces de toiles de coton; cinq cens foixante 
mille deux cens quatre-vingt piéces de toile de lin; fans compter des quanti- 
tés confidérables de fatin, de velours, de damas & d’autres écoffes de foie 
de vernis, de bœufs, de moutons , de porcs, d’oies, de canards, d'oifeaux 
fauvages, de poiflon, de légumes, de fruits, d'épices, & de diverfes fortes 
de vins qui entrent tous les ans au Palais Impérial. Enfin, tous les revenus 
de l'Empereur, en argent de la Chine, montent à près de deux cens millions 
de lyangs, ou d'onces d'argent, dont chacune vaut fix fchellings huit fols 
d'Angleterre (5).  C'eft ce prodigieux tréfor qui rend l'Empereur de la Chi- 
ne fi redoutable, & qui le met en état, avec les Armées qu’il a continuelle- 
ment fur pied, d'entretenir fes Sujets dans la crainte & la foumiffion. 

CouwmE toutes les terres font mefurées, & que le nombre des familles eft 
auffi connu que ce qu'elles doivent payer à l'Empereur, il eft facile de cal- 

culer 


(o) Navarctte, pag. 29. 
(p) Du Halde, pag. 244, 
(a) 
L: 

$ 


cens trente-trois mille trois cens trente trois 
livres fix fchelings huit fols fterling. Suivant 
le calcul du Père le Comte, ce n'eft que vingt- 
un millions fix cens mille, en y comprenant 
vingt-deux millions de lyangs en efpèce, 


g) Le Comte, pag. 254. 


è 
Ç 


) Voyez ci-deflus la divifion du Peuple. 
) Ce qui fait (vixante-cinq millions huit 


culer CE 
les taxes 
ay, © 
thode ca 
commen 
n’ont pas 
enfuite P 
n'aiment 
font nou 
ainfi à le 
TAgES. 

7: ( 
c'eft-à-di 
après le 
mes qu'il 
cun port 
barrils & 
c'eft-à-dit 
Hupu ne 
d'impofe 
quelques 

UNE £ 
dans les 
des Vieill 
pointeme 
publics, < 
de toutes 
de la Capi 
mes de 1 
& près d 
ne certall 
ont une f 
abonganc 
és à la ( 
frayés fu 
& des lo; 
Troupes 
entretien 
Cavalerie 
ou des T 


Quor 


(&) Le 
pas cette F 
qu'on voit 

(v) Du 
fe pratique 
chant à la 


par la haine, 
oreilles d’un 
1e aux larmes 

loix & à la 
t avec com- 
inces doivent 
es affaires du 


le le connot. 
t, moitié en 
gnes; fur le 
ces de mar. 
Les fubfides 
oient moins 
éroit, com- 


l'a foixante, 
te taxe étoit 
mpereur en- 
Chaque an- 
mille quatre 
e fac pefant 
 trente-fept 
mille quatre 
uatre-vingt. 
es chevaux, 
le cinq cens 
quatre cens 
-vingt-feize 
ns foixante 
des quanti. 
es de foie, 
, d'oifeaux 
erfes fortes 
es revenus 
ns millions 
s huit fols 
de la Chi- 
ontinuelle- 
ion, 
amilles eft 
ile de cal- 
culer 


trente trois 
g. Suivant 
que vingt- 
comprenant 
fpèce, 


- 


DE. LA CHINE, Liv.Il Cuar. VI 277 


culer ce que chaque Ville paye annuellement (#). Les Officiers qui lèvent 
les taxes, ne faififfent jamais les biens de ceux qui marquent de la lenteur à 
ayer, Où qui cherchent à s'en difpenfer par de continuels délais. Cette mé- 
thode cauferoit la ruine des familles. Depuis le milieu du printems,. où l’on 
commence à labourer la terre, jufqu'au tems de la moiflon, les Mandarins 
n'ont pas la liberté de chagriner les Payfans; mais le moyen qu'ils prennent 
enfuite pour les obliger de payer, eft la baftonade où l'emprifonnement; s'ils 
n'aiment mieux les charger , par billets, de l'entretien des Vieillards ,. qui 
font nourris dans chaque Ville aux dépens de l'Empereur, & qui pañlent 
ainfi à la charge des débiteurs jufqu'a l'entière confommation des arré- 
es. 
Fa Officiers font comptables de ce qu'ils reçoivent , au Pu-ching-tfe ; 
c'eft-à-dire, au Tréforier général de la. Province, qui tient le premier rang 
après le Viceroi. . Ils font obligés de lui remettre de tems en tems les fom- 
mes qu'ils ont touchées. On tranfporte ces fommes fur des mulets, dont‘cha- 
cun porte deux mille lyangs, dans deux vaiffeaux de bois faits en forme de longs 
barrils & bien garnis de cercles de fer. Le Pu-ching-tfe rend compte au Hupu ; 
c'eft-à-dire, au Tribunal fuprême qui a la fur-intendance des finances, & le 
Hupu ne reflortit qu’à l'Empereur. Rien n’eft mieux ordonné que’la manière 
d'impofer & de recueillir les tributs: ce qui n'empêche pas qu’il ne s’y ghfle 
quelques petites fraudes de la part des Officiers fubalternes. 
UNE grande partie du tribut Impérial qui fe lève ‘en nature, eft employée 
dans les Provinces, en penfions, & pour l'entretien des Pauvres, fur-tout 
des Vieillards & des Invalides, qui font en fort grand nombre, pour les :)- 
pointemens des Mandarins, le payement des forces, l'entretien des édifices 
publics, celui des Ambafladeurs, des grands chemins, &c. Mais le furplus 
de toutes ces dépenfes eft porté à Peking, pour fournir à celles du palais & 
de la Capitale de l'Empire, où l'Empereur entretient cent foixante mille hom- 
mes de Troupes réglées, auxquelles il donne d’ailleurs une paye en argent, 
& prés de cinq mille Mandarins, entre lefquels on diftribue tous les jours u- 
ne certaine quantité de viande, de poiffon, de fel, de légumes, &ec. Is 
ont une fois le mois,du riz, des féves, du bois, du charbon & de la paille en 
abondance (v). Le même ufage s’obferve à l'égard de eux qui font appel- 
lés à la Cour, ou envoyés de-là dans les Provinces. Ils font fervis & dé- 
frayés fur la route. On leur fournit des barques, des chevaux, des voitures 
& des logemens qui font entretenus aux frais de l'Empereur. Le nombre des 
Troupes qui font à fa folde, monte à plus de fept cens foixante-dix mille. Il 
entretient de même cinq cens foixante-cinq mille chevaux, pour remonter la 
Cavalerie, & pour l’ufage des Poftes & des Courriers qui portent fes ordres, 
où des Tribunaux dans chaque Province. 
Quoique ce qui vient par eau des Provinces Méridionales fuffife pour four- 
nir 


vin, la viande, la chandelle, &c. étoient 
diftribuées. Cette diftribution s’appelloit Li- 
vraifon ou Délivrance; & de-là vient le terme 
de Livrée qu'on donnoit aux domeftiques de 
la même diftribution, c'eft-à-dire, qui appar- 
tenoient au même Maitre. 


(&) Le Conte obferve que la Chine n'a 
pas cette multitude d’Officiers & de Commis 
qu'on voit en Jurope. 

(v) Du Halde remarque (pag, 245.) qu’il 
fe pratiquoit autrefois quelque chofe d’appro- 
chant à la Cour de France, où le pain, le 


Mn 3 


GouvrnNe- 
MENT 
DE LA Cie. 


Officiers qui 
y font eim- 
ployés. 


Emploi des 
revenus de 
l'Empereur, 


Magafins de 
riz à Peking, 


CouvrRNE- 
MENT 

DE LA CHINE. 
Lieu où fe 

garde le tré- 

for & les rare. 

tés de l’'Em- 

pire. 


Femmes, 
enfans & pa-- 
rens de l’Em- 
percur. 


Nombre de 
fes concubi. 
NES 


Comment il 
fe marie, 


278 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


nir à la dépenfe de Peking, on appréhende fi fort que le revenu ne fit pus 
tojours égal à la confommation, qu’on entrétierit conftamment à Peking (+) 
des magafins de riz pour trois añs. $e 

Le tréfor, ou le revenu Impérial, eft gardé au Tribunal du Æipu, qui 
fignifie Tre/or, & dont on donnera bientôt la defcription. Il y a d’ailleurs à la 
Cour, deux palais où l’on conferve les joyaux & les raretés (y).* Magalhaens 
les regarde comme le plus grand & le plus précieux amas que le Monde ait 
dans ce genre, parce que depuis plus dé quatre mille ans les Empereurs Chi. 
nois y ont fans cefle ajoûté quélqué chofe, fans cri avoir jamais rien ôté. Mal. 
gré les changemens de la fuccellion, jatnais aucun Empcreur n’a touché àcet. 
te colleétion ni à l’autre tréfor, dans la crainte des rigoureux châtimens que 
la nouvelle race auroit éxercés pour uh fi grand crime, fur lui (2) & für tous 
fes defcendans. Cependant le Commentateur de cet Hiftotien obferve qu'il 
faut excepter les actidens du feu & le pillage de la guerre; car eh 1644 leré. 
belle Li-kung, n'ofant attendre les Tartares à Peking , émploya huit jours 
à faire enlever tout ce qu'il y avoit de précieux au Palais (a). 

Les femmes & les concubines de l'Empereur font en figrandnombre, que 
fuivant le Père le Comte, il eft difficile de le bien connoître, d'autant plu 
js n’eft jamais fixe. Elles ne paroiffenc jamais qu'aux yeux du Monarque. 

péine tout autre homme ofe-t’il én demander dés nouvelles (b). Mag 
haens fait monter le nombre des coficubines à troismille. On les nomme Kong. 
ngu, où Dames du Palais. Mais celles pour qui l'affection de l'Empereur s'el 
déclarée particulièrement, portent le nom de 1%, qui fignifie prefque Reine. 
Il leur donne, quand il lui plaît, des joyaux qu’elles portent à la tête ou fr 
la poitrine, & une piéce de fätin où de darmas jaune, qu’elles fufpendent de 
vant leur porte & qui les fait refpeéter plus que toutes leurs compagnes. Ce 
Dames ont auffi leurs titres & leurs dignités. Elles font divifées en’ plufeurs 
claffes, & diftinguées, comme les Mandarins par leurs habits & leu parure, 
& par d’autres marques de leur dégré. Mais leurs enfans, & ceux même des 
deux Reinés (c), fonc regardés comtne des enfans naturels (d). 

Lorsque l'Empereur ou l'héritier de la Couronne, penfe à fe marier, 
le Tribunal des Cérémonies nommé des matrones d’une réputation bien éta- 
blie, pour choifir vingt filles, les plus belles & les plus accomplies qu'elles 
puiflent trouver, fans aucun égard pour léur naïffance & pour leur famille, 
On les tranfporte au Palais dans dés Sédans bien fermés. Pendant quelques 
jours elles y font éxaminéés par la Reine mère , ou, fi cette Princef ne 
vit plus, par la prémière Dame de là Cour, qui leur fait faire divers éxer- 
cices, pour s'affürér qu’elles n’ont pas de mauvaife odeur ni d’autres défauts 
corporels. Après quantité d'épreuves, elle en choifit une, qu’elle fait con- 
duire à l'Empereur ou au Prince, avec béaucoup de cérémonies. Cette fête 
eft accompagnée de toutes fortes de réjouiffances & de faveurs, füurtout d’un 
patdon général pour tous les criminels de l’Empire, à l'exception des De 

es 


(x) Le Comte, pag. 312. Du Halde, pa. (à Magalhaens, pag. 311 & 314 

e 244. b) Le Comte, pag, 60. 

(y) Voyez les Journaux du Tome VII, n Angl. des demi-Reines. R. d. E, 
(3) On a vû que les Chinois éxercent des d) Magalhaens, pag. 291. 

châtimens fur les Morts. KR, d. T, 


les & des 
pe fort éq 


, venus CO. 


miers Seig 
ris retour 
rier avant 
TELL 
fent les 
filles de q 
trois. El 
mes. Ell 
& d'autres 
ment, ni 
Tandis q 
forme de « 
fuite pou 
tité de ch( 
le ducats € 
d'or & d’a 
Lese 
tence, qu 
re (b). 
l'Empereu 
féparés (à 
ON no 
lorfque l'E 
fes’ femme 
bres du Cr 
au Tribun 
du jour in 
mière por 
le on élev 
binet por! 
quée, on 
avoit été € 
& des Co 
ques Manc 
machine & 
ces du San 
rang, qui 
niftres, les 


(e) Maga 
Le Comte, I 
(f) Le Ce 
(g) Nava 
(b) Maga 
(i) Voyez 


he foit p: 
Pekin és 


Hu-pu, qui 
'ailleuts à la 
Magalhaens 
: Monde ait 
Jereurs Chi: 
n Ôté. Mai. 
ouché àcct. 
âtimens que 
) & für tous 
bferve qu'il 
h 1644 leré. 
a huit jours 


ombre, que 
d'autant plus 
| Monarque, 
b). Magk 
nomme Xong. 
npereur sel 
r'efque Reïner, 
a tête ou fu 
fpendent de 
jagnes. Ce 
en plufieurs 
leuf parure, 
ux même des 


fe marier, 
on bien éta- 
plies qu'elles 
leur famille, 
ant quelques 
Princefle ne 
divers éxer- 
utres défauts 
lle fait con- 
Cette fête 
furtout d’un 
n des rebel- 
les 


K 314 
KR, d, L 


DE LA CHINE, Liv. IL Crar. VL. 


Jes & des voleurs. 
e fort éclatante. 


279 


Enfuite la jeune perfonne eft couronnée avec une pom- 
On lui donne quantité de titres. On lui affigne des re- 


, venus confidérables. Les dix-neuf autres filles font mariées aux fils des pre- 


miers Seigneurs, s’il s’en trouve un nombre égal. Celles qui reftent fans ma- 
is retournent chez leurs parens, avec des dotes qui fufifent pour les ma- 
rier avantageufement. 

TeLLe étoit l’ancienne coûtume des Monarques Chinois, Mais à pré- 
fent les Empereurs Tartares prennent pour femmes & ‘pour Reines (e) les 
filles de quelque Roi de la Tartarie Orientale. Les Reines font au nombrede 
trois. Elles jouiflent de beaucoup plus d’honneurs que toutes les autres fem- 
mes. Elles ont un logement particulier, une Cour, deux Dames d'honneur 
& d'autres Domeftiques de leur féxe. On n'épargne rien pour leur amufe- 
ment, ni pour la magnificence de leurs meubles, & de leur cortége (f). 
Tandis que Navarette étoit à Peking , l'Empereur envoya un préfent, en 
forme de dote , à la fille d’un des quatre Régens de l’Empire, qu'il prit en- 
fuite pour fa femme. Ce préfent confiftoit en cent tables couvertes de quan- 
tité de chofes & de toutes fortes de mets , deux mille ducats en argent, mil- 
le ducats en or, cent piéces d’étoffes de foie de diverfes couleurs, à fleurs 
d'or & d'argent, & cent piéces d’étoffes de coton (g). 

Les enfans des trois Reines font tous légitimes , avec cette feule difré- 
rence, que les fils de la première font pré‘érés pour fuccéder à l'Empi- 
re (h). La première Reine fait fa réfidence dans le Palais Impérial, avec 
l'Empereur, & porte le titre d'Impératrice, Les deux autres ont des palais 
féparés (i). ë 

On nous fait la defcription fuivante des cérémonies qui furent obfervées, 
lorfque l'Empereur Tong-ching (k) déclara le choix qu’il avoit fait d’une de 
fes femmes pour Impératrice. Deux des principaux Doéteurs, qui font Mem- 
bres du Confeil, furent députés pour compofer le compliment & le remettre 
au Tribunal des Rites, qui fe prépara auffi-tôt pour la cérémonie. Le matin 
du jour indiqué, on commença par porter à la porte Orientale ou à la pre- 
mière porte du palais (1) une efpèce de table quarrée, aux coins de laquel- 
le on éleva quatre piliers, qui foutenoient une for:e de dôme. Ce petit ça- 
binet portatif fut paré de foie jaune & d’autres ornemens. A l'heure mar- 
quée, on plaça fur la table un petit livre, qui contenoit le compliment qui 
avoit été compofé pour l'Empereur, avec les noms des Princes, des Grands, 
& des Cours fuprêmes, qui étoient venus en corps pour la cérémonie. Quel- 
ques Mandarins, vêtus d’une manière convenabie à leur office, enlevérent la 
machine & fe mirent en marche. Ils avoient été précedés de tous les Prin- 
ces du Sang , des autres Princes & de tous les Seigneurs, chacun dans fon 
rang, qui s'arrétèrent près de la cour intérieure du Palais. Les premiers Mi- 
nittres, les Doéteurs du premier rang , les Préfidens des Cours fupérieures, 


(e) Magalhaens , pag, 308. & fuivantes. 
Le Comte, pag. Go. 

(f) Le Comte, pag. 61. 

(g) Navarctte, pag. 69. 

(b) Magalhaens, pag. 291, 

(i) Voyez ci-deflus. 


(k) Le dernier Empereur, fucceffeur de 
Kang-hi. 
(1) La grande porte du Sud ne s'ouvre ja- 
o@ mais que pour l'Empereur, [ou pour les cé- 
rémonies qui fe pratiquent à l'honneur de fes 
Ancêtres.] 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE, 


Ufage préfent 
des Empe- 
reurs Tartu- 
res, 


Etat des 
enfans. 


Cérémonies 
obfervées 
pour le choix 
d’une impéra- 
trice, 


GOUVERNE- 
MENT 
PE LA CHINE. 


Compliment 
des hommes à 
l'Empereur. 


Compliment 
des femmes à 
l'Impératrice. 


280 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


& les autres grands Officiers Tartares & Chinois, civils comme militaires 
vêtus magnifiquement de leurs habits de cérémonie, fuivirent la table à pied, 
Plufieurs inftrumens de mufique firent entendre un concert très-agréable, tan. 
dis que le bruit des tambours & des trompettes retentiffoit dans toutes les 
parties du palais. 

CETTE proceffion étant arrivée à la porte qui fe nomme U-mwen, les 
Princes s’y joignirent & fe placèrenc à la tête. Ils marchèrent dans cet ordre 
jufqu’a la falle d'audience (m), ils y entrèrent, & prenant leur compliment 
fur la table portative, ils le placèrent fur une autre table, qui avoit été pré. 
parée au milieu de la falle. ‘Tout le refte fut rangé en fort bel ordre. En. 
fuite ils firent les révérences ordinaires devant le ‘l'rône Impérial, comme fi 
l'Empereur eût été préfent. La Mufique recommença aufli-tôt, & les Prifi. 
dens du Tribunal des Rites informèrent les Eunuques que les Grands de l'En. 
pire fupplioient Sa Majcfté Impériale de paroître & de s’affeoir fur fon pré. 
cieux Trône. Cet avis ayant été porté au Monarque, il parut & monta ir 
fon Trône. Alors deux Docteurs du premier rang s’avancèrent près de k 
table, & firent plufieurs révérences à genoux. Enfin s'étant levés, un d'en. 
tr'eux prit le petit livre & lut diftinctement , à voix haute, le compliment 
que fa Compagnie avoit fait pour Sa Majefté. Cette piéce n'étoit pas for 
longue. Aufñli-tôt que la leéture fut achevée, les Doéteurs reprirent leurs 
places, & l'Empereur defcendant de fon Trône retourna dans fon appar. 
tement. 

APrRÈs midi, les Princeffes du Sang, les autres Princefles, & les Dame 
de la première qualité ,avec les femmes de tous les grands Mandarins , fe ren. 
dirent, fuivant leur rang & l’ordre de leurs dignités, au Palais de l'Impér: 
trice, où les Seigneurs & les Mandarins n’ofent paroître dans cette cérémo. 


nie. Files étoient conduites par une Dame de diftinétion, qui éxerce l'office | 


de Maîtrefle des cérémonies. Auñi-tôt qu'elles furent arrivées près du palais, 
le premier Eunuque de l'Impératrice s'étant préfenté, la Maîtreffe des cérémo. 
nies lui tint cedifcours: ,, Je fupplie très-humblement l'Impératrice, au nom 
de cette Affemblée, de condefcendre à fortir de fon palais, & de fe placer 
fur fon Trône. Le compliment des femmes n’eft pas contenu dans un petit 
livre, comme celui que les hommes adreffent à FEmpereur. Elles préfentent 
une feuille de papier, d’une efpèce particulière, fur laquelle il eft écrit, avec 
une variété de caraétères & d'ornemens. L’Impératrice parut bientôt, & s'é- 
tant placée fur fon Trône, qui étoit élevé dans une des falles du Palais, lorf- 
que le papier lui eut été préfenté, les Dames, qui fe tenoient debout, lui fi- 
rent deux révérences, à la manière des femmes de l’Europe, qui eft auf cel- 
le de Ja Chine. Cette révérence fe nomme Van-fo (n); c'eft-à-dire, que tou- 


tes fortes de bonheur vous accompagnent! Enfuite, tombant à genoux, elles | 


frappérent une fois la terre du front, commele Tribunal des Rites l’avoit pref- 
crit. Elles fe levèrent & reprirent leurs rangs, avec un profond filence, tan- 
dis que l’Impératrice defcendit de fon Trône &fe retira (0). 


(m) Celle où l'Empereur reçoit les Ambaf.  (n) Pen ou Wan fignifie dix mille, & Æ, 
fadcurs & où il donne deux ou trois fois l’an- Bonheur. " 
née des inflructions à fes Grands. (9) Du Halde, pag, 292. & fuiv. 


LA 


LA 
Lorfq 
cipales 
vit tro 
gnifice 
nent, 
d'appa 
ceinte 
fon tra 
VAN£ ; 
chuen , 
Rois a 
& pou 
bliques 
quatre 
commé 
feule d 
au-lieu 
ans. 
Sou 
fifloit 
âgés de 
& la bc 
mari pl 
en terr 
Parens 
mais ils 
le Peup 
matin, 
la terre 
L’Emp 
des gra 
Khans 
©: Tot 
fuffent- 
fiftance 
Je privi 
précédi 
bre de : 
gnés né 
vre, à 


dans l'E 


(») A 
Hangoch: 


Capitales 
Chuen. L 


VIII 


e militaires, 
table à pied, 
gréable , tan. 
ns toutes les 


U-mwen, les 
ans Cet ordre 
compliment 
voit Été pré. 
ordre. En. 
al, comme fi 

& les Préfi. 
nds de l’Em. 
fur fon pré. 
& monta ir 
it près de la 
és, un d'en 
compliment 
étoit pas fort 
prirent leu 
is fon appar. 


& les Dame 
arins , fe ren. 
de l’Impér: 
cette Cérémo. 


xerce l'office | 


ès du palais, 
e des cérémo- 
rice, aunom 
k de fe placer 
dans un petit 
les préfentent 

écrit, avec 
ntôt, & s'é- 
hu Palais, lorf- 
ebout, lui fi- 
i eft aufli cel- 
re, que tou- 


benoux, elles | 


s l'avoit pref- 
filence, tan- 


LA 


k mille , & Fo, 


& fuive 


DE LA CHINE, Liv. IL Crar. VI. 28r 


La réfidence desfils de l'Empereur, avantleur mariage , eft le Palais Impérial. 
Lorfqu’ils font mariés, l’ufage elt de les envoyer dans quelques-unes des prin- 
cipales Villes des Provinces, qui ontdes palais pour lesrecevoir. L’Auteur, qui 
vit trois de ces palais, les trouva (p) très-grands, trés-beaux, & d’une ma- 
gnificence furprenante, quoique fort inférieurs à celui de Peking. Ils contien- 
nent, les uns dix, d'autres douze, & quelques-uns un plus grand nombre 
d'appartemens', avec d’autres Palais féparés de chaque côté, & une doubleen- 
ceinte de murs. Lorfque l'Empereur envoye dans un de ces pasais fon fecond ou 
fon troifième fils, il lui donne le titre de Roi. Il donna ainfi le titre de Chu- 
vang, ou de Roi de Cho, à celui qui fut envoyé à Ching-tu-fu, Capitale de Se- 
chuen, parce qu’anciennement cette Province fe nommoit Cho. Chacun de ces 
Rois a mille Eunuques pour lui fervir de cortège, pour adminiftrer fes affaires 
& pour recevoir fes revenus. Mais ils ne prennent aucune part aux affaires pu- 
bliques de la Province. Seulement les Mandarins font obligés de s’affembler 
quatre fois l’année au palais du jeune Prince, pour lui rendre leur hommage 
comme ils le rendent à l'Empereur dans la Capitale de l'Empire; avec cette 
feule différence qu’ils donnent le titre de Van-fwi; c'elt-à-dire, dix mille ans, 
au-lieu qu'on n’accorde à ces Princes que celui de Syen-fwi, qui fignifie mille 
ans. à 

Sous le régne des Empereurs Chinois, le Tribunal des Cérémonies choi- 
fifloit pour le mariage des Princefles un certain nombre de jeunes hommes, 
âgés de quatorze ou quinze ans. On ne confidéroit dans ce choix que l’efprit 
& la bonne mine. C’étoit dans cette belle Troupe que l'Empereur prenoit un 
mari pour fa file, ou fa fœur , à laquelle il donnoit une dot trés-confidérable 
en terres & en joyaux. Ces maris portoient le nom de Tu-ma; c'efl-à-dire, 
Parens de l'Empereur par leurs femmes. Ils ne pouvoient être Mandarins ; 
mais ils devenoient fi puiffans, que leurs opprefions étoient redoutables pour 
le Peuple.  Jufqu’à ce qu'il leur vint des enfans, ils étoient obligés , foir & 
matin, de fe mettre à genoux devant leurs femmes, & de frapper trois fois 
la terre du front. Mais la qualité de pères les éxemptoit de cette cérémonie. 
L'Empeñtur Tartare qui régne aujourd’hui marie fes fœurs & fes filles aux fils 
des grands Scigneurs , fans éxiger qu'ils foient de Sang Royal, ou à ceux des 
Khans de la Tartarie Orientale (q). 

Tous les parens de l'Empereur par les mâles, foit riches, foit pauvres, 
fuffent-ils à la quinzième génération, reçoivent quelque penfion pour leur fub- 
fiftance, fuivant le degré de leur dignité & la proximité du fang. Ils ont tous 
le privilége de peindre en rouge leurs maïfons & leurs meubles. Mais la race 
précédente ayant régné l’efpace de deux cens foixante-dix-fept ans, le nom- 
bre de fes defcendans s’étoit tellement multiplié, que le revenu des plus éloi- 
gnés ne pouvant füffire à leur entretien, plufieurs étoient réduits, pour vi- 
vre, à l’éxercice de quelque métier. La première fois que Magalhaens entra 
dans l’Empire, il en trouva un dans la Capitale de Ky-ang-fi, qui éxerçoit l’of- 

fice 


de Chen.fi. L'Auteur nomme d’autres Villes 
qui ont de ces Palais. 


(g) Magalhaens, pag. 307. 


(p) A Vu-chang-fu, à nt y de & à 


Hangochong-fu. Les deux premières font les 
Capitales des Provinces de Hu-quang & de Se- 
Chuen. La troifième eft une Ville confidérable 


VIII. Part. Nn 


GOUVERNE- 
MENT 
D£ LA CHINE. 


Réfidence 
des fils de 
l'Empereur. 


Leurs titres 
& leur état, 


Cominent on 
marie les Prin- 
ceffes. 


Aflujettiffe- 
ment de leurs 
maris. 


Sort des pus 
rens de l’Em- : 
pereur, 


GouvEenne- 
MENT 


DE LA CHINE. 


La conduite 


des Princes 
Chinois eft 
obfervée, 


Funérailles 


de l'Émpe- 
xeur. 


Cercueil Im- 


périal. 


282 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


fice de porte-faix, &, qui pour fe diftinguer des gens du même ordre » por- 
toit fur le dos des crochets fort brillans & vernis de rouge. Sous la race pré- 
cédente, il s’en trouvoit un nombre infini, qui étoient difperfés dans toutes 
les parties de l'Empire, & qui abufant des priviléges de leur naïffance, com. 
mettoient des infolences & des extorfions continuelles; mais ils furent ex. 
tirpés jufqu’au dernier par les Tartares. Tous les parens de l'Empereur 
qui régne aujourd’hui font des perfonnages importans, qui font:leur réfidence 
à la Cour. Mais fi cette race dure long-tems , ils fe multiplieront fans doute, 
& ne feront pas moins à charge que les précédens (r). Navarette dit que les 
palais des petits Rois du Sang Royal font couverts de tuiles d’un rouge lui. 
fant, & que l'Empereur les qualifie, eux & tous fes autres parens, de Kin- 
chi-pau-tfe, qui fignifie Branches d'Or & feuilles précieufes (5). 

Les parens de Sa Majefté Impériale, du côté. des femmes, font de deux 
efpèces. Les unes defcendent de fés filles, & ne pañlent point pour Princes 
du Sang, ni même pour appartenir à fa famile. Aufñi n'ont-ils aucun droit à 
la fucceffion, quand même ils auroïent plufieurs enfans mâles. Le même ufa- 
ge eft établi parmi le Peuple. La feconde efpèce eft compolée des pères, des 
frères, des oncles, & des autres parens de la Reine, des. gendres de l'Empe- 
reur, de leurs pères, de leurs oncles & de leurs autres parens. C'étoit dans 
ces deux ordres que les Empereurs Chinois chaïfifloient un certain nombre des 
plus diftingués, pour en compofer le Tribunal qui fe nomme #bang-fin. Mais 
les Tartares ont extirpé aufli la feconde de ces deux parentés (+). 

L'EMPEREUR obferve avec beaucoup d'attention la conduite des Princes 
du Sang, & les punit fans indulgence lorfqu'il ne la trouve pas digne de leur 
naïffance & de leur rang. Apprenant un jour que l’un d’entr’eux aimoit l’a. 
mufement avec trop de pañlion, furtout les combats de cogs, qui font un 
pafle-tems fort commun parmi les Orientaux: il trouva de la baffeffe dans l’ex- 
cès de ce goût, & lui en fit un reproche. Mais ne voyant aucun fruit de fon 
avertiflement , ii réfolut de faire un éxemple, en déclarant que le Prince fut 

rivé de fon cortége , de fa penfion &:de fa qualité, jufqu’à ce qu’il trouvât 
l'occafion de réparer fa faute par quelque aétion éclatante, & de fairé'connoi- 
tre à tout l'Empire qu’il n’étoit point indigne du Sang dont il fortoit (vw). 

Iz nous refte à parler des funérailles du grand Monarque de la Chine. Auñi- 
tôt qu'il a rendu le dernier foupir, on le met dans un riche fauteuil, qui eft 
porté par fix Eunuques, au milieu de la falle Royale de Gin-chi-tfien; c'eft-à- 
dire, du Palais de la merci € de la prudence (%). On y place le corps fur un 
lit fort riche; & l'on netarde pas long-tems.à le renfermer, avec une infinité 
de cérémonies & beaucoup de mufique funébre, dans un cercueil qui coûte 
deux ou trois mille écus. La matière eft un bois nommé Kong-/yo-mo, ou Bois 
de Paon, qui tire ce nom de la reffemblance de fes veines avec ce qu'on ap- 
pelle les yeux dans la queue d’un paon. Les Chinois aflürent que ce bois (y) 


préferve les corps morts de toute corruption , & laiflent en effetun cadavre je 
e 


(v) Mémoires du Père le Comte, pag. 251: 

(x) Ce Palais et dans l'enceinte du grand 
Palais de l'Empereur. Voyez ci-defJus. 

(y) Il croit dans la Province de Se-chuen, 


(r) Ibid. pag. 238. 
(s) Navarette, Defcription de la Chine, 
pag. 22. 


(t) Magalhaens, pag. 239. & fuiv. 


le mê 
tières. 
La 
de ma 
cette | 
etlen 
grande 
il eft aq 
Domef 
Soldats 
lation ! 
To 
deuil, 
niers te 
qui fe 
qu'il ne 
Mandar 
pour \ ( 
nies qui 
ON 
mére. 
dant lef 
l'Emperc 
dans le 
Pluficurs 
Les fils 
leurs hat 
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toient dé 
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ordonna 
fuperftit 
qu'ils tra 
ment enf 
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par la mi 
avec des 
de l’Impe 


UA1 
rt 


(3) On 
ple & des 
de ces céré 

(a) Ma 

(b) Cet 
Ou 50. jour 


re, por- 
race pré- 
ns toutes 
ce, com- 
rent €ex- 
Empereur 
réfidence 
ns doute, 
it que les 
ouge lui- 
, de Ain. 


- de deux 
r Princes 
an droit à 
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ères, des 
e l'Empe- 
étoit dans 
ombre des 
fin. Mais 


es Princes 
1e de leur 
imoit l’a. 
i font un 
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uit de fon 
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de infinité 
qui coûte 
, ou Bois 
qu’on ap* 
bois (y) 
avre dans 
le 


; Pa8: 251° 
re grand 


(Jus. 
le Se-chuer. 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VI 283 


le même lieu pendant plufieurs mois, quelquefois pendant des années en- Gouvrnwe- 


tières. 


MENT 


La pompefunébre s'éxécute dans le même palaisavec tant de cérémonies & #14 Cine, 


de magnificence, qu’elle dermanderoit une très-longue defcription 6x). Après 
cette lugubre fçene, on porte le corps à fa fépulture, dans le Bois Jmpérial ; tel 
eft le nom que les Chinois donnent aux tombeaux deleurs Empereurs. L’air de 
grandeur qui régne dans ce lieu, les.palais, les richefles & les ornemens dont 
il eft accompagné, les murs qui l’environnent, le nombre de Mandarins & de 
Domeftiques qui font employés continuellement pour le fervice, & celui des 
Soldats qui font la garde, mériteroient encore, fuivant Magalhaens , une re- 
lation particulière (a). , 

Tous les Sujets de l'Empire étoient obligés anciennement de porter le 
deuil, pendant trois ans, pour la mort d’un Empereur ; mais dans ces der- 
niers tems, cet incommode ufage a été réduit à peu de jours. Navarette, 
qui fe trouvoit à la Chine pendant le deuil du père de Kang-hi, rapporte 
qu'il ne dura pas plus de quatre ou cing'jours (b). Dans cet intervalle les 
Mandarins des Villes & des Bourgs s’affemblent dans quelque place publique, 
pour y obferver des jeñnes accompagnés de pleurs & de toutes les cérémo- 
nies qui fe font en préfence du corps (c). 

ON nous repréfente plus particulièrement les funérailles de l’Impératrice 
mère. Tout le monde parut en deuil profond l’efpace dé quarante jours, pen- 
dant lefquels tous les Tribunaux furent fermés. On n'entrétint pas même 
l'Empereur de la moindre affaire. Les Mandarins pafñlèrent un jour entier 
dans le palais, à pleurer, ou du moins à feindre ces apparences de douleur. 
Pluficurs y paflèrent la nuit, affis en plein air, quoique le tems fût très-froid. 
Les fils mêmes de l'Empereur jouèrent le même rôle, & ne quittérent point 
leurs habits pendant toute la nuit. Tous les Mandarins, à cheval, vêtus de 
blanc, avec peu de fuite, allèrent pendant trois jours confécutifs obferver les 
cérémonies ordinaires devant la tablette de l'Impératrice. Léurs bonnets é- 
toient dépouillés de foie rouge & de leurs autres ornemens. Lorfqu’il fallut 
porter le corps dans la falle où il devoit être expofé en public, l'Empereur 
ordonna qu’on le fit paffer par les portes du palais, pour détruire l'opinion 
fuperftitieufe des Chinois , qui font de nouvelles portes à leurs maifons lorf- 
qu’ils tranfportent le corps de quelque parent à la fépulture , & qui les fer- 
ment enfuite , dans la crainte que leur douleur ne fût renouvellée trop fou- 
vent par le fouvenir du Mort, s'ils étoient obligés de pafler continuellement 
par la même porte. On bâcit hors de la Ville un vafte & fomptueux palais, 
avec des cours, des falles & des appartemens, pour y conferver le corps 
de l'Impératrice , en attendant qu’il fût tranfporté au bois impérial (4). 

RATE jeunes filles , qui avoient fervi cette Princeffe avec beaucoup 
d'affection, s'étoient déjà parées à la manière des Tartares pour fe facrifier 

elles-mêmes 

(3) On a déja décrit les funérailles du Peu- (ce) Navarette, Defcription de la Chine, 
ple & des Grands, pour donner quelqu'idée 
de ces cérémonies, 

(a) Magalhacns, wbi fup. pag. 306. 

(b) Cet peut-être une erreur , pour 40. 
Ou 50. jours, | 


Pig. 73- 

(d) Cette fépulture cft prés de la grande 
muraille qui fépare la Tartarie de la Chine 
au Nord-Eft-quart-d'Eft de Peking. 


Nn 2 


Tombeaux 
des Empe- 
reurs Chinois, 


Deuil public, 


Funérailles 
de l’Impéra- 
trice-mère, 


Coutumes 
barbares abo- 
lics par l'Em. 
pereur, 


GoUvERNE-" 
MENT. ‘ 
DE LA CHINE, 


Son refpett 
pour les fem- 
mes de fon 
Prédéceffeur, 


Ce que c'eft 
que le titre 
e Mandarin 
ou de Quan. 


Neuf ordres 
de Mandarins. 


Comment 
les Mandarins 
font créés. 


Deux degrés 
de diftinétion 
dans chaque 
Ordre, 


284 VOYAGES DANS LEMPIRE 


elles-mêmes devant le corps de leur Maîtrefle. Mais l'Empereur arrêta cette 
barbare pratique. 11 défendit aufli, pour l'avenir, un autre ufage de la mé. 
me Nation, qui confifte à brûler, avec les corps des perfonnes de diftinétion 
& se ° même bucher ; leurs richeffes & quelquefois même leurs Domefti. 
ues (e). | 
$ MAGALHAENs nous apprend que le fuccefleur d'un Empereur mort ne 
voit jamais les femmes ni les concubines de fon prédécefleur, & que ce 
refpeét eft porté fi loin qu’il ne met pas même le pied dans leur apparte. 


ment (f). 


(e) Du Halde, pag. 308. (f) Magalhaens , pag. 310. 


$. I V. 
Officiers du Gouvernement pour les affaires civiles. 


O a déja remarqué qu’à la Chine perfonne ne peut s'élever au moindre 
emploi du gouvernement, s’il ne le mérite par fon fçavoir & fa capa- 
cité. Aufñitôt qu'un Particulier eft employé au fervice de l'Empire, il eft 
qualifié du titre de Quan, qui fignifie Prépofé, ou celui qui eft à la tête des 
autres. Les Portugais ont donné aux Quans le nom de Mandarins , ou de 
Commandans, que toutes les autres Nations de l’Europe ont adopté. Mais 
à celui de Quan, les Chinois joignent le titre de Lau-ya , ou Seigneur, pour 
marquer la nobleffe de ceux qui obtiennent cet honneur. 

IL y a neuf ordres de Qu , ou de Mandarins, fi parfaitement fübordon- 
nés entr'eux, que rien n’eft comparable au refpeët & à la foumiffion des ordres 
inférieurs pour ceux qui font au-deffus. Avant que de parvenir à quelqu'un 
de ces ordres, le Candidat , fuivant Magalhaens , doit avoir été troifième 
affiftant d'un Chi-ven; c’eft-a-dire, du Gouverneur d’une Ville du troifième 
rang. Il porte alors le nom de Tyen-tfe, & n’eft encore d’aucun ordre. Mais 
s’il fe conduit bien pendant trois ans, le Gouverneur de cette Ville en rend 
témoignage, par un certificat, au Gouverneur de la Ville du premier rang 
dont il dépend. Celui-ci en informe le Gouverneur de la Capitale de la mé. 
me Province , qui communique fes informations aux deux grands Tribunaux 
de fa Ville. Le Viceroi les reçoit de ces deux Tribunaux. Enfuite il écrit au 

rand Tribunal de Peking , qui donne le même avis au Confeil d'Etat. En- 
Ên l'Empereur, informé par fon Confeil, crée le Candidat Mandarin de l'or- 
dre huitième ou neuvième (a). 

Cnacun de ces neuf ordres eft divifé en neuf degrés (b). On diftingue 
ainfi un Mandarin du premier ou du fecond degré du premier, du fcond, 
ou du troifième ordre. Cette diftinétion ne confifte néanmoins que dans des 
titres qui leur font accordés par l'Empereur , fans aucun rapport à leurs em- 
plois; car quoique la dignité de leurs emplois foit .mefurée ordinairement fur 
celle de leur ordre, cette régle n'eft pas générale, parce qu'il arrive quel- 
quefois que pour récompenfer un Officier inférieur, l'Empereur le crée se 

arin 


a) Magalhaens pag. 245, (b) Angi. ef divifé en deux degiés, R.d.R. 


= 


darin d 
pour pu 
rieurs, 
ON! 
ordres f 
fait d’eu 
ou la co 
Ce Trib 
première 
premier 
prêmes, 
quel les 
l'Emper( 
que ceu 
des Kol: 
fit à fon 
qu'on en 
naireme 
Cheu- fian 
LE 
falle Imp 
dans cett 
l'homma; 
d’autres, 
à chaque 
tout ce q 
titre d’hc 
lieu.] L” 
toutes les 
ou la gue 
préfente 
Ko-laus « 
le rejette 
faires & 
Les I 
première 
fidens de 
de Lettré. 
ou du trc 
me clafle 
darins, 
écrit tou 


(ce) Ibi 
(d) Ils 
peut-être F 
(e) Ali 


arrêta cètte 
: de la mé. 
: diftinétion 
s Domefti. 


# mort ne 
& que ce 
ar apparte- 


au moindre 
& fa capa- 
pire, il eft 
la tête des 
ins , ou de 
pté. Mais 
neur, pour 


t fubordon-. 
1 des ordres 
quelqu'un 
é troifième 
u troifième 
brdre. Mais 
lle en rend 
emiér rang 
e de la mé- 
Tribunaux 
> il écrit au 
Etat. En- 
rin de l'or- 


n diftingue 
u {vcond, 
e dans des 
leurs em- 
ement fur 
rive quel- 
rée Man- 

darin 


. KR dR. 


DE LA CHINE, Liv. Il. Caar. VI. 285 


darin du premier ou du fecond ordre. D'un autre côté, il arrive auffi que 
pour punir une perfonne dont l'office appartient naturellement aux ordres fupé- 
rieurs, il le dégrade à quelque ordre inférieur (c). 

ON peut prendre quelque idée de la manière dont les Mandarins des neuf 
ordres font nploves à l'adminiftration des affaires, par la diftribution qui fe 
fait d’eux dans le Tribunal du Confeil privé, qui fe nomme Nivi-yuen (d), 
ou la cour intérieure, parce qu’il a fon fiége dans le palais Impérial de Peking. 
Ce Tribunal, ou cette Cour , eft compofée de trois clafles de Mandarins. La 
première comprend les Xolaus (e) ou les Miniftres d'Etat, qui forment le 
premier ordre des Mandarins, avec les premiers Préfidens des Tribunaux fu- 
prêmes, & les principaux Officiers de l'Armée. Ce degré eft le plus relevé au- 
quel les Lettrés puiflent afpirer ; à moins que pour quelque important fervice 
l'Empereur ne les jugeât dignes de quelque titre encore plus honorable, tels 
que ceux qui répondent à nos titres de Comtes, de Ducs, &c. Le nombre 
des Kolaus n’eft pas fixe. 11 dépend de la volonté du Monarque, qui les choi- 
fit à fon gré dans les divers Tribunaux de l'Empire. Cependant il cft rare 
qu'on en voye plus de cinq ou fix à la fois (f), & l’un d'entr'eux jouit ordi- 
nairement de quelque diftinétion au-deflus des autres. 1l porte le titre de 
Cheu-fiang. Il eft Préfident du Confeil. Il a toute la confiance de l'Empereur. 

Le Tribunal des Ko-laus a fon fiége dans le Palais, à main gauche de la 
falle Impériale, ce qui pañle à la Chine pour la plus grande diftinétion. C’eft 
dans cette faille que l'Empereur donne fes audiences publiques, & qu’il reçoit 
l'hommage & les refpeéts des Mandarins. (Comme le palais en a quantité 
d’autres, fort magnifiques & fort pompeufement ornées, on en affigne une 
à chaque Ko-lau, pour lui fervir comme de fiége particulier, où il éxamine 
tout ce qui reffortit à lui; & le nom de cette falle fe joint au fien comme un 
titre d'honneur. [ L’on dit, par éxemple, un tel Kolau, fuprème falle du mi- 
lieu.] L'objet du Tribunal des Ko-laus eft de recevoir & d’éxaminer prefque 
toutes les demandes des Tribunaux fuprêmes, foit qu’elles regardent la paix 
ou la guerre, & les matières civiles ou criminelles. Après cet éxamen, il les 
préfente à l'Empereur; à moins que le fujet ne fouffre quelque objettion. Les 
Ko-laus en avertiflent alors Sa Majefté Impériale, qui reçoit leur avis, ou qui 
le rejette à fon gré. Quelquefois l'Empereur fe réferve la connoiffance des af- 
faires & l’éxamen des Mémoires qui lui font préfentés. 

Les Mandarins de la feconde claffe font en quelque forte afiftans de la 
première. C’eff de leur ordre qu’on tire les Vicerois des Provinces & les Pré- 
fidens des autres Tribunaux. Ils portent le titre de Ta-byotfe; c'eft-à-dire, 
de Lettrés, ou de Magiftrats d’une capacité reconnue. On les tire du fecond 
ou du troifiéme ordre des Mandarins. Dans ce Tribunal, ceux de la troifiè- 
me claffe, qui portent le titre de Chon-chu-ko; c'eft-à-dire, d’Ecole des Man- 
darins, font les Sécretaires de l'Empereur. Leur office eft de réduire par 
écrit toutes les matières qui ont été délibérées dans le Tribunal. Ils font ti- 

rés 

(c) Ibid. pag. 196. & fuiv. 

(d) Ils fout nommés ci-deffus Æyu yuer ; 
peut-être par inéprife. 

(e) Aliagata en langue Tartare, 


(f) Navarette dit qu'ils étoient ordinaire: 


on les a doublés en y joignant fept Tartares, 
Is font alMis autour d'une table ronde, 


Nn 3 


ment fept; mais que depuis le préfent régne,. 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Comment les 
Mandarins 
font employés 
aux affaires 
publiques. 


Changemens 
qui dépen- 
dent de l’'Em- 
pereur. 


Tribunal des 
Ko:-laus, & 
leur emploi. : 


Seconde 
claffe. 


GOUVERN£- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Dittinétion 
entre les Man- 
darins civils 
& militaires. 


Nombre to- 
tal des Man- 
datins. 


Marques qui 
diftinguent 
les Ordres. 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


rés du quatrième, du cinquième, & du fixième ordre des Mandarins : .c'eft 
dans ce Tribunal qu’on agite la plûpart des grandes affaires ; à moins quel'Em. 
ereur n'affemble exprès le grand Confeil (g). 

ON diftingue les Quans civils & les militaires. Quelques Voyageurs nom. 
ment les premiers, Mandarins Lettrés, & les divifenc en civils & cri. 
minels. Mais ce partage n’eft propre qu'à jetter de la confufon dans Je 
récit, puisqu’en effet ils fonc tous de l’efpéce littéraire, & qu'après avoir paf. 
fé par les éxamens & pris les degrés, ils doivent tous leur élévation à leurs 
études, quoiqu’elles ayent été de différentes natures. S'il en eft quelques. 
uns auxquéls le titre de Quans Lettrés appartienne particuliérement, ce font 
ceux qui préfident fur les Lettrés ou les Etudians de chaque Ville où il fe trou. 
veun Tribural érigé dans cette vûe. 

Le nombre des Mandarins civils, qui font difperfés dans toutes les parties 
de l'Empire, monte à treize mille fix cens quarante fept; & celui des mii- 


286 


taires à [ dix ] huit mille cinq cens vingt, qui font enfemble trente-deux milleys 


cent foixante-fept. Quatre fois l'année, on en imprime uh Catalogue, où 
leurs noms, leurs titres, leur pays, & le tems auquel ils ont pris leurs degrés 
font marqués régulièrement (b). INavarette en compte deux mille quatre 
cens à la Cour, où chaque Province a le fen, qui eft comme fon proteéteur 
ou fon folliciteur général (i). 

Les neuf ordres de Mandarins, tant civils que militaires, font diftingués 
par différentes marques, que le Père Adam Schaal a recueillies dans fa Rela. 
tion (4). Ceux du premier ordre portent à l’extrémité de leur bonnet, qui 
fe termine en cône fort plat, une efcarboucle, enchaflée dans de l'or, & une 
perle au bas pardevant. Leur ceinture eft enrichie de quatre pierres fort efti. 
mées à la Chine, enchaffées auffi dans de l'Or, & coupées en quarrés longs 
de quatre doigts & larges de quatre (7). 

Les Mandarins du fecond ordre portent au fommet de leurs bonnets, un 
gros rubis, & un autre au bas. Leurs ceintures font ornées de demi-fphéres 
d'Or, embellies de fleurs du même métal, avec une efcarboucle au milieu, 
Ceux du troifième ordre ont à la pointe du bonnet une efcarboucle enchaflée 
dans de l'Or, & un faphir au bas. Leur ceinture eft garmie de demi-fphéres, 
ornées de fleurs feulement. La marque du quatrième ordre eft un faphir à la 
pointe du bonnet; & un autre au bas, mais moins gros. Sur les ceintures, 
ce font de fimples demi-fphères d'Or. Les Mandarins du cinquième ordre ne 
portent qu’un faphir à leur bonnet, & reffemblent pour le refte à ceux du qua- 
trième. Le bonnet du fixième ordre eft orné d'un criftal fort bien taillé au 
fommet, & d’un fapñir au bas. Les ceintures font couvertes de morceaux 
de corne de Rhynoceros , enchaffés en or. Le feptième ordre n’a qu'un fimple 
ornement 


(g) Magalhaens, pag, 197. Du Halde, pa- 
ge 248. 

(Ch) Magalhaens, ubi Jup. pag. 
Ilalde, pag. 251. 

(i) Navarette, pag, 19. 

(kr) Ce qui fuitefttiré des Notes de l'E- 
dition Françoife de Magalhaens: 

(1) Cette pierre, que les Chinoïs appellent 
Tutfe, vient du Royaume de Kofoghar. Les 


Marchands Mahométans qui l’apportent vien 
nent tous les trois ans à la Chine fousle pré- 
texte d'une Ambaffade. lle eft un peu ver- 
dâtre & reflemble au Jafpe, excepté qu’elle eft 
plus dure, un peu plus tranfparente & tirant 
plus fur le blanc. C’eft ce que dit Magalhaens ; 
mais nous trouvons ailleurs une Miné de la 
méme pierre à la Chine. 


249. Du 


ornement 
minces de 
tent un bd 
ceaux de « 
Les 
ne font di 
ture, avec 
tent à la p 
attachée à 
même port 
de-la groff 
dent à l’en 
cieufes & d 
qui les dift 
geon d’or à 
ceros fur le 
gent, avec 
IL nya 
Mandarins. 
du quatriè 
dont leurs 
dé de figure 
gés de port 
chaleurs de 
kfquelles o 
ont réglé le 
au palais, 
i-dire, du 
cupent la dr 
Les emf 
neufs ordre: 
ne, travaill 
re à leur po 
ks, d’autres 
Léopards, 
dans leurs c 
bient en pe 
fes de corne 
d'aigle, d'a 
celle des em 
li conférar 
re de foie et 
jloux des n 


(m) Comm 
l'ouvrage de N 
he pouvons pa 


ins : .c'eft 
quel'Em-. 


eurs nom- 
Is & cri- 
n dans Je 
avoir paf. 
on à leurs 
quelques. 
it,ce font 
| il fe trou. 


les parties 
i des mil 
deux milleys 
logue, où 
-urs degrés 
rille quatre 
proteéteur 


 diftingués 
ns fa Rela. 
onnet, qui 
or, &une 
es fort efti. 
iarrés longs 


onnets , un 
mi-fphères 
+ au milieu, 
enchafée 
i-fphères, 
faphir à la 
ceintures, 
e ordre ne 
ux du qua- 
n taillé au 
morceaux 
r'un fimple 
ornement 


portent viens 
e fousle pré- 
un peu Ver- 
Lté qu’elle eft 
nte & tirant 
Magalhaens ; 
Mine de la 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VI. 


287 
ornement d'or, fans aucune pierre. La ceinture eft couverte de piéces fort 


minces de cornes de Rhynoceros qe ). Les Mandarins du neuvième ordre por- 
tent un bonnet de fatin, bordé d'un tiflu d'Or; & fur la ceinture, des mor- 
ceaux de corne de buffle enchaflés en argent. 

Les grands Seigneurs, qui font au-deffus des neuf ordres des Mandarins, 
ne font Éftingués u premier ordre que par des pierres rondes fur leur cein- 
ture, avec un faphir au milieu. Les Régules , au-lieu d'efcarboucles, por- 
tent à la pointe de leurs bonnets, un rubis orné de perles, & une fleur d'Or 
attachée à la partie bafle des bonnets qui defcend fur le front. L'Empereur lui- 
mêmé porte un bonnet de la même forme, dont la pointe eft ornée d'une perle, 
de-la groffeur d'un œuf de pigeon, & de plulieurs autres petites perles qui pen- 
dent à l'entour. Sa ceinture éblouit les yeux par la multitude de pierres pré- 
cieufes & de perles dont elle eft couverte. Les Gradués ont aufli des marques 
qui les diflinguent. Celle des Licentiés, ou des Maitres ès Arts, elt un pi- 
geon d'or à la pointe du bonnet, avec des piéces plates de corne de Rhyÿno- 
ceros fur leur ceinture, Les Bacheliers portent auffi le pigeon , mais d’ar- 
gent, avec des plaques de corne de buflle fur leur ceinture. 

IL n’y a pas moins de différence dans les habits des différens ordres des 
Mandarins. Les Mandarins civils des trois premiers ordres, & les militaires 
du quatrième font diftingués des ordres inférieurs par les figures de dragons 
dont leurs robes font enrichies. Ils portent auffi une efpèce de /wr-tout, bro- 
dé de figures, d'oifeaux & d'autres bêtes. Mais comme ils ne font point obli- 
gés de porter conftamment ces fur-touts, particuliérement dans les exceflives 
chaleurs de l'Eté , cette diftinétion n’eft pas fi fûre que les précédentes, fans 
lkfquelles on ne peut paroître, comme on n'y peut rien changer. Les loix 
onc réglé les places, que chacun doit prendre dans les affemblées qui fe font 
a palais. Les Mandarins civils font à la gauche du Trône Impérial; c’eft- 
dire, du côté le plus honorable à la Chine. Les Mandarins militaires oc- 
cupent la droite, & l'Empereur préfente le vifage au Sud (n). 

Les emplois des Mandarins ont aufli leurs diftinétifs, comme chacun des 
neufs ordres. C’eft une piéce quarrée d'étoffe, qu’ils portent fur la poitri- 
ne, travaillée fort richement, avec une devife au milieu, qui eft particulié- 
re à leur pofte. Les Mandarins civils ont , les uns un Dragon à quatre grif- 
ks, d’autres , une Aigle ou un Soleil. Ceux de la claffe militaire portent des 
Léopards, des T'ygres, des Lions, &c. Ils affectent auffi de la diftinétion 
dans leurs ceintures. Avant que l’habit T'artare fût en ufage, ils les divi- 
bient en petits quarrés, & les attachoient pardevant avec de grandes agra- 
fs de corne de bufle & de Rhynoceros, d'ivoire, d'écaille de tortue, de bois 
daigle, d'argent, de pierreries; & la différence de la matière dépendoit de 
celle des emplois. Un Ko-lau, à qui l'Empereur a donné quelque joyau en 
li conférant fon office, eft feul en droit de les porter. A préfent la ceintu- 
re de foie eft l'unique diftinétif des Kolaus. Les Mandarins font extrémement 
jloux des marques de leur dignité, qui les diftinguent non-feulement du peu- 


ple, 


(m) Comme nous n’avons pas aétuellement 
l'ouvrage de Magalhaens fous les yeux, nous 
® pouvons pas fuppléer ici à l’omiflion de nos 


Auteurs, qui ont oublié de parler des marques 
de huitième ordre. R. d. E. 


(nm) Magalhaens, pag. 298, & fuiv. 


GouvenNt- 
MENT 
DE LA Cuine. 


Marque des 
Grands & des 
Princes, 


Différence 
entre les ha- 
bits, 


Différence 
dans les pla- 
ces. 


Marques des 
Emplois, 


GOUVERNE- 
MENT 
pe LA CHINE. 
Diftin&ion 
des penfions, 
des maifons , 
Kc, 


Divers Offi- 
ciers des Pro- 
vinces. 


Ceque c'eft 
que le Tfong- 


tue 


Son autorité. 


Mandarins 
des Villes. 


Le Chi-fu. 
Le Chihyen. 


288 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ple, mais encore des fimples Lettrés; & ceux du rang inférieur ne le font pas 
moins entr'eux ( } 


Les Princes & les Mandarins font diftingués aufli par leurs penfons, leurs 
maifons, le nombre de leurs domeftiques, la forme & la grandeur de leurs 
Sedans ; de forte que leur qualité n'eft ignorée de perfonne lorfqu'ils parois. 
fent en public. Sous le gouvernement des Chinois, les particuliers mêmes 
ortoient des marques de diftinétion. Un homme de Lettres étoit connu par 
a couleur & la forme de fon habit (p). 
La Chine eft gouvernée par divers Officiers, fous l'autorité de l'Empe. 
reur, Chaque Province a cinq Officiers généraux, qui font le Æu-y0-»; 
c'eft-à-dire, dans notre langage, le Viceroi ou le Gouverneur, avec quatre 
Affiftans; le Pu-ching-tfe, ou le Tréforier général; le Nyan-cha-tfe ; ou le Ju. 
ge criminel; le Ven-tau, qui a la fürintendance des Poftes & des Salines, & 
le Lyang-tau, à qui appartient le foin des provifions qui fe lèvent en qualité 
de tribut. Ces quatre Officiers font obligés, comme Affiftans du Viceroi, 
de fe trouver plufieurs fois le mois à fon Tribunal ,» pour les affaires impor. 
tantes de la Province. Maïs quelques Provinces , que leur grandeur a fai 
divifer en deux parties, ont deux Vicerois. Telle eft la Province de Xyumg. 
nan.  Au-deflus du Viceroi eft encore un autre officier, nommé le T/ong-4 
(g). qui a quelquefois deux ou trois Provinces fous fa jurifdiétion. Cells 
de Chen-fi & de Se-chuen, & celles de Quang-tong & de Quang-fi ont ler 
Tfong-tu.  C’eft à ces grands Officiers que l'Empereur envoie fes ordres , qu'i 
tranfmettent de main en main à toutes les Villes de leur diftriét. Cependant, 
quelle que foit l'autorité du Tfong-tu , elle ne diminue pas celle des Vic. 
rois ; mais tout eft réglé avec tant d'ordre, qu’il ne s'élève jamais aucun di. 
férend pour la jurifdiétion (r). UE En le Tfong-tu n'eft chargé qu 
du foin d’une Province, comme celui de Hu-quang , de Chen-fi, &c. Alors 
la Province eft divifée en deux Gouvernemens, qui ont chacun leur propre 
Viceroi, fubordonné au Tfong-tu, mais feulement dans certaines mati. 
res. 11 a néanmoins le droit de décider de toutes fortes de caufes, dans les 
appels qui font portés à fon Tribunal , de celui des deux Gouverneurs Pro. 
vinciaux (5). Les Provinces de Quang-tong & de Fo-kyen font gouver- 
nées par de petits Rois (+), qui font au-deflus de tous les Officiers précé- 
dens par leur qualité, mais qui n’ont au fond que la même autorité dans 
leur Gouvernement. Cependant ils s'en attribuent beaucoup & rendent 
le joug fort pefant , parce qu'il ne fe trouve perfonne qui ôfe leur ré- 
ifter. 
CHAQUE Province étant divifée en un certain nombre de jurifdiétions qui 
fe nomment Fus, & qui font fubdivifies en d’autres diftriéts nommés Cheus 
& Hyens, toutes les Villes qui portent le titre de x ont un Mandarin qui 


fe nomme Chi-fu (v), & du moins un autre qui s'appelle Chi-byen. 2e 
e 


(o) Du Halde, pag. 252. (s) Du flalde, pag. 4. | 
C D Ménoires du Père le Comte, pag. 297. (+) Ou des Regules. [ Ce titre eft à préfent 
qg) ya deux Généraux militaires, fu-  aboli.] 
bordonnés au Tfong-tu; l’un, pour les Tarta- (uw) C'ett le titre des Préfidens des Cours 
res ; l'autre, pourles Chinois, avec leurs Of.  fuprêmes. Chi fignifie Gouverneur, [& Fun] 
ficiers inférieurs. diftriét ou une Ville du premier rang] 
(r) Du Halde, pag. 2. & 251. 


ke Chi-fi 
hyen, F 
des auti 
tement 
CHA 
l'office € 
tion, & 
Impérial 
l'intenda 
l'autre 
taus y C\ 
ve,al 
bles il y 
marchar 
quiali 
Les, 
leurs. pr 
fait fa ri 
Officiers 
Tou. 
une dép 
pleine a 
tres Mar 
Officiers 
Ja :Ville 
autres M 
fuprême 
ON o 
Mandari 
Jorfqu’il : 
pirans fo 
Li-pu, & 
trés. Li 
cette vûc 
de-T/ing 
du fecon 
Emplois 
peller les 
quatre b 
boëte, q 
vant l'or 
partage. 
OUTRE 

à quelle 


le font pas 


fions , leurs 
r de leurs 
ils parois. 
ers mêmes 
t connu par 


de l'Empe. 
e Lu-yo-en; 
vec quatre 
, oule Ju. 
Salines, & 
t en qualité 
u Viceroi, 
ires impor. 
deur a fai 
e de Kyang. 
le T/ong-t 
jon. Cell 
-fi ont leu 
>rdres , qu'lk 
Cependant, 
> des Vic. 
is aucun di. 
chargé que 
&c. Alors 
leur propre 
aines matic- 
es, dans les 
erneurs Pro- 
ont gouver- 
ciers précé- 
utorité dans 
& rendent 
Ôfe leur ré- 


ifdiétions qui 
ommés Cheus 
Mandarin qui 
JYChe Outre 

le 


tre eft à préfent 


dens des Cours 
eur, [& Fuunl 
br rang:] 


DE LA CHINE, Lriv.lIl. Cuar. VI. 289 


le Chi-fu, les: Capitales ont deux Mandarins inférieurs avec le titre de Chi- 
hyen, parce que leur territoire qui cit ordinairement plus étendu que celui 
des autres Villes, eft divifé en deux diftriéts, donc chacun reflorcic immédia- 
tement à fon Chi-hyen (x). 

CuHaque diftriét eft chargé d’un autre Mandarin nommé Tauw-ti, dont 
l'office eft de veiller fur la conduire & les mœurs des Officiers de fa jurifdic- 
tion, & de preffer les Gouverneurs des Villes pour le payement des droits 
Impériaux. Il y en a deux autres qui ont, dans leurs quartiers refpeétifs, 
lintendance des Rivières & des Côtes de Mer. L'un fe nomme Ho-tau & 
l'autre Hay-tau. Tous ces, Mandarins appartiennent au ‘Tribunal des XKo- 
taus , C'elt-à-dire , des Infpeéteurs & des Vificeurs (y). Navarette obfer- 
ve, à l'occafion de ces deux fortes d'Officiers, que prés des Rivières naviga- 
bles il y a des Mandarins chargés du foin des Barques, foit Impériales, foit 
marchandes, & que dans les Capitales maritimes 1l y a un grand Mandarin 
qui a l'infpettion de toute la Côte. 

Les, Chinois Lettrés ne font pas foumis aux Magiftrats communs. Ils ont 
leurs, propres Magiltrats; & dans chaque Ville ils en ont un principal, qui 
fait fa réfidence dans le lieu où les Etudians (+) font éxaminés, avec deux 
Officiers fubalternes (a). 

To:us les Officiers qui ont part à l’adminiftration de l'Empire ont entr’eux 
une dépendance mutuelle. Le, Mandarin le moins confidérable jouit d’une 
pleine autorité dans l'étendue de fon diftriét. Mais il dépend de plufieurs au- 
tres Mandarins, qui quoique plus puiffans, ne laiffent pas d'être foumis aux 
Officiers généraux de la Province, comme ceux-ci le font aux Tribunaux de 
Ja :Ville Impériale. : Les Préfidens des Cours fuprêmes, qui font redoutés des 
autres Mandarins, tremblent eux-mêmes au nom de l'Empereur, qui eft la 
fuprême fource de l'autorité. 

ON obferve un ordre:conftant dans la diftribution des Emplois entre les 
Mandarins. Tout particulier devient capable de pofléder les Offices publics, 
lorfqu’il s’eft élevé à deux ou trois degrés de Littérature. Les noms des af- 
pirans fontécrits fur les regîtres du premier Tribunal fuprême, qui fe nomme 
Lipu, & qui diftribue les Offices vacans fuivant le rang & le mérite des Let- 


trés.  Lorfqu'ils ont acquis les qualités requifes, ils fe rendent à la Cour dans 


cette vûe. Mais la plus grande partie de ceux qui s'élèvent au degré même 
de-T/fing-tfe, ou de Doëéteurs, font bornés à devenir Gouverneurs des Villes 
du fecond ou du troifième rang.  Aufli-tôt qu'il waque un ou plufieurs de ces 
Emplois, quatre, par éxemple, on en donne avis à l'Empereur, qui fait ap- 
peller les quatre Lertrés qui fe trouvent les premiers für la lifte. On écrit fe 
quatre billets (b) les noms des quatre Gouvernemens. On les met dans une 
boëte, qu’on élève à la portée des Candidats. Ils tirent fucceflivement , fui- 
vant l'ordre de leur degré, & chacun obtient la Ville qui lui tombe en 
partage. 

OuTRre les éxamens communs, on en fait fubir un autre, pour découvrir 
à quelle forte de Gouvernement chaque Mandarin eit propre. Mais avec de 

l'argent 

(x) Du Halde, pag. 4. (a) Navarette, pag. 14, 
(y) Magalhaens, pag. 243. (bb) Magalhaens dir fur de petites planches 
(3) Les Univerfités ou les Académies, minces. 


VIII, Part Oo 


GOUVERNES 
MENT 
DE LA Cuinr. 


LeTautt, 


* Le Ho-ta 
Le Hay-tau* 


é ê 


Magittrats 
des Lettrés, 


Manière 
dont les Jims 
plois fe diftrie 
buetite 


Corruptiou 
qui régne 
dans la diftris 
bution des 
Emplois, 


GOUVERNE- 
MENT 
D LA CHINE. 


Reffentiment 
d'un Candidat 
troinpé. 


Tous les Of- 
ficiers Chinois 
pillent le Peu- 
ple. 


Touteft vé- 
pal à la Chine. 


Excmple. 


290 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


l'argent & desamis il eft aifé defaire tomber les meilleurs poftés à ceux qu'on 
veut favorifer (c). Magalhaens affüre que d'intelligence avec le Tribunal 

les billets font tellement arrangés que chacun tire celui qu'il defire. Cepen- 
dant, continue-t-il, cet artifice ne tourna point heureufement pour un Man. 
darin, en 1669. Il avoit donné une fomme confidérable à l’un des premiers 
Sécretaires de cette Cour, dans la vûe d'obtenir une Ville d’un grand Com. 


merce, qui n'étoit pas éloignée. 
Province de Quey-cheu, c’eft-à-dire, 


Mais il eut le malheur d’en tirer une de Ja 


de la plus éloignée & de la plus pauvre 


de l'Empire. La douleur de fe voir trompé lui fit oublier le refpeét qu'il de. 


voit à plus de trois cens Mandarins qui compofoient l’afflemblée, 


Il fe leva 


tout furieux ; car l’ufage oblige les Candidats de fe tenir à genoux; il fe mit 
à crier de toute fa force qu’il étoit perdu , &jettant de rage fon bonnet & fa 


robe, il comba fur le Sécretaire , il le 


de pieds & de poings. . Il y joignoit les reproches les plus amers. 


renverfa & le battit rudement à coups 
» Lâche 


 impofteur, lui difoit-il, où eft l’argent que je t’ai donné? Où eft la Ville 
» que tu m’avois promife ? Toute l'affemblée s'étant levée dans un grand 
trouble, les deux Parties furent étroitement renfermées & n’eurent pas peu 
de peine’ à fe garantir de la mort, qui eft le.chätiment établi pour cette pré- 


varication (d). 


Mais on s’embarrafle fi peu des punitions, que fi l'onen croit Magalhaens 
Cet Hiftorien affûre que le Gouvernement d’une 


tout eft vénal à la Chine. 


Ville coûte de très-groffes fommes à ceux qui l’obtiennent. 
vingt ou trente mille écus, fuivant l'importance du poîñte. 
à proportion pour tous les autres Offices. 


C'eft quelquefois 
Il en éft de même 
Avant qu'un Viceroi ou le Gou- 


verneur d’une Province ait pû faire fceller fa Commiflion, il a fouvent dé. 


bourfé jufqu’a foixante ou foixante-dix mille écus. 


Cet argent pafle dans la 


poche des (e)Ko-laus & des Officiers des Tribunaux fuprêmes, qui vendent fe. 
crétement tous les Emplois. D'un autre côté, les Vicerois & les autres Chefs 


des Provinces fe rembourfent de leurs 


frais par les préfens qu'ils extorquent 


des Gouverneurs de toutes les grandes Villes, qui fe dédommagent à leur tour 
par les extorfions qu’ils éxercent fur les petites, & tous fe liguent enfemble 


pour remplir leur bourfe aux dépens 


du Public. Auffi dit-on communé. 


ment à la Chine, que l'Empereur en créant de nouveaux Mandarins pour le 
Gouvernement, lâche malgré lui autant de bourreaux , de meurtriers, de 
chiens & de loups affamés, pour ruiner & dévorer le pauvre Peuple. En un 
mot, il n’y a point de Viceroi, de Vifiteur de Province, ni d’autres Officiers 
de cette efpèce, qui à la fin de fes trois’ans ne rapporte fix ou fept cens mille 


& quelquefois un million d’écus (f). 


CE honteux trafic s’éxerce aufli ouvertement que s’il étoit autorifé par les 
Loix; & l’on peut dire que la Juftice & les Emplois fe vendent dans toutes les 


parties de l'Empire, fur-tout à la Cour. 
feul qui ait à cœur l'intérêt public. 


Ainfi l'Empereur eft proprement le 


Tous les autres n’ont en vûe que leur in- 


térêt. L’Auteur en cite un éxemple dont il avoit été témoin. Le pére d’un 


(c) Du Halde, pag. 252. 

(d) Magalhaens, pag. 247. 

(e) Pendant que le Père le Comte étoit à 
Peking, trois Ko-laus furent cafés pour s'être 


nouveau 


{ 
laiffés corrompre par des préfens. Il en vitun 
réduit à la qualité de fimple fentinelle. Poyez 
ci-deffus. 
(f) Mémoires du Père le Comte, pag. 135 


nouveau € 
mée de vd 
pereur no 
ration de 
n'ayant p: 
füivant l 
fidérable. 
lui déclaré 
ce quator 
on lui pro 
fi, qui eft 
le Manda 
fe content 
Les Lo 
verneurs, 
s'eft introd 
plaintes d 
refponfabls 
perdre du 
La Loi reg 
n'y peut ê 
ficiers fuba 
qu’il le tro 
homme né 
même ont 
à quelqu’au 
pêcher qu’ 
roient le rc 
me Provin 
les favorife 
S'IL obt 
ti, ce doit 
moins, pa 
du bien pi 
ne manque 
gagé à fai 
ruiner ceux 
ment quelq 
jamais un . 
que autre ] 
l'Empereur 
ceroi dans 
donner avi 
merang da 
que le frèr: 


(£g 


x qu'on 
ibunal, 
Cepen- 
n Man- 
remiers 
d Com- 
1e de la 
pauvre 
qu'il de. 
fe leva 
l fe mit 
et & fa 
à coups 
, Lâche 
la Ville 
a grand 
pas peu 
tte pré- 


palhaens 
nt d’une 
quefois 
e même 
le Gou- 
vent dé- 
dans la 
dent fe. 
es Chefs 
orquent 
eur tour 
nfemble 
muné- 
pour le 
rs , de 
En un 
Dfficiers 
s mille 


par les 
tes les 
ent le 
leur in- 
e d'un 
ouveau 


n vitun 
+, Voyez 


bag, 135e 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VI. 291 


nouveau converti ayant été tué dans une expédition militaire contre une ar- 
mée de voleurs, tandis qu'ilétoit Gouverneur de la Province de Chen-f, l'Em- 
pereur nomma fon fils Gouverneur d'une Ville du fecond rang. Après l’expi- 
ration des trois années , il lui donna une Ville du premier rang. Cet Officier 
n'ayant pas achevé moins heureufement fon fecond terme, fe rendit à la Cour 
füivant l’ufage, dans l'efpérance d'obtenir un Gouvernement encore plus con. 
fidérable. L'Empereur renvoya fa demande au Tribunal des Mandarins, qui 
Jui déclarèrent aufli-tôt par leurs lettres que s’il vouloit dépofer en main tier- 
ce quatorze Vans d'argent, c’eft-à-dire, la fomme d’environ cent mille écus, 
on lui promettoit le Gouvernement de Ping-yang-fu, dans la Province de Chen- 
fi, qui eft une Ville des plus riches & des plus peuplées de l'Empire. Mais 
le Mandarin Chrétien ne voulant rien devoir à la corruption, leur fit dire qu’il 
fe contenteroit du Pofte que lé fort lui feroit tomber en partage (g). 

Les Loix n’ont pas laiflé d'établir des remèdes contre les extorfions des Gou- 
verneurs, foit qu’elles viennent de leur avarice perfonnelle, ou de l’ufage qui 
s’eft introduit de vendre les Places. 19. Comme il eft difficile d’étouffer les 
plaintes du Peuple lorfqu’il eft dans l'oppreffion, la Loi rend les Gouverneurs 
refponfables des moindres mouvemens pupulaires. Ils font prefque sûrs de 
perdre du moins leurs Emplois, fi la Sédition n’eft pas pus fur le champ. 
La Loi regarde un Gouverneur comme le Chef d’une grande famille. La paix 
n’y peut être troublée que par fa faute. C'eft à lui d'empêcher que les Of- 
ficiers fubalternes n'oppriment le Peuple, qui porte joyeufement le joug lorf- 
qu’il le trouve leger. 20. La Loi défend qu’on faffe Mandarin du Peuple un 
homme né dans la même Ville ou dans la même Province. Ordinairement 
même on ne le laifle pas long-tems en poffeffion de fon Emploi. Il eft élevé 
à quelqu'autre Pofte, dans la feule vûe de le faire changer de lieu, pour em- 
pêcher qu’il ne contraéte dans le Pays des engagemens ou des liaifons qui pour- 
roient le rendre partial. Comme la plûpart des autres Mandarins de la mé- 
me Province lui font inconnus, il arrive rarement qu'il ait aucune raifon de 
les favorifer. 


S'IL obtient un emploi dans la Province qui teuche à celle dont il eft for: 


ti, ce doit être dans une Ville qui en foit éloignée de cinquante lieuës au 
moins, parce qu’un Mandarin, difent les Chinois, ne doit être occupé que 
du bien public. Dans une Ville de fon propre Pays, fes voifins & fes amis 
ne manqueroient pas de le troubler par leurs follicitations. 11 fe verroit en. 
gagé à faire des injuftices en leur faveur, ou porté par fes reffentimens à 
ruiner ceux dont quelqu'un de fa famille ou lui-même auroient reçu ancienne- 
ment quelque injure. La délicatefle va fi loin fur cet article, qu'on ne place 
jamais un Mandarin füubalterne dans un lieu où fon frère, fon oncle ou quel- 
que autre parent tient un rang fupérieur. Si l'on fppole, par éxemple, que 
l'Empereur veuille envoyer le frère d’un Mandarin fubalterne pour être Vi- 
ceroi dans la même Province, le plus jeune des deux frères eft obligé de 
donner avis de cette circonftance à la Cour, qui lui accorde un pofte du mé- 
me rang dans une autre Province. On apporte pour raifon de ce réglement 
que le frère aîné fe trouvant l’Officier fupérieur , pourroit favorifer le plus 


jeune 


(g) Ibid. pag. 245. 
Oo 2 


Gouverne-: 
MENT 
DE LA Cuuwe. 


Remèdes 
établis par tes 
Loix. 


qe 6 ge manie nat tas 
es Qu pie (Gt 


GOUVERNE:- 
MENT 
DE LA CHINE. 


292: VOYAGES:DANS LEMPIRE 


jeune en res lès yeux: fur fes fautes ; ou queicelui-ci comptant fur l'a.’ 
torité & la protection de fon frère, deviendroit peut-être plus partial & m nu 
attentif à fon devoir. D un-autre côté, il feroit trop dur pour un: Officier 
fupérieur d'être obligé d'accufer fon frère, & l'unique moyen de préténis ect 
inconvénient efl de ne jamais permettre qu’ils poffédent des emplois dé Fu 
dans l’un de l'autre. Hé ttt 
| 3°. qe trois en trois ans, on fait une revûe générale de tous les Mand 
rins de sr , dans laquelle on éxamine leurs bonnes & mauvaifes alt 
“ an ouvernement. Chaque Mandarin fupérieur éxamine la conduite 
e fes inférieurs , depuis le tems des dernières informations ê i 
qu'ils ont pris pofleflion de 1 fi 4 in tt 
 « qui p ion de leur office. Il donne à chacun des notes, qui 
Ste . À rs ou des louanges. Par éxemple , le premier Man 
arin d’une Ville du troifième rang , qui a fous lui trois c | 
l ÿ us lui trois i 
ca leur qe des notes & les envoye au Mandarin Se te 
cond rang, fur lequel il fait fond. Celui-ci qui ê : 
d. -Ci qui a de même fous lui plu 
Mandarins dans les Villes du troifième rang , éxamine ces notes, & 1 ï k Ne 
ou les confirme. | DA ne 
se : ce Li rs cave Ville du fecond ordre a reçu les notes de tous 
ä s Villes du troifième rang, 1! y joi E 
px g, li y Joint fes propres notes. En- 
de il envoye le catalogue de tous les Mandarins de fon diftriét aux Man 
Pr qui font leur réfidence dans la Capitale. Ce catalogue js 
" . eurs mains dans celles du Viceroi, qui après l'avoir éxaminé en 0) 
ticulier , pa avec les quatre Mandarins fes afliftans , l'envoye à la Cour 
augmenté 7 fes propres notes. Ainfi le premier Tribunal parvient à Con. 
ne éxaétement tous les Tribunaux de l'Empire, & fe trouve en état de 
HART ou les En ee fuivant leur mérite. On récompenfe un Mm 
élevant plus haut de quelques degrés i till 
grés, ou en lui accorda cit. 
pe pofte. On le punit par des voies oppoñées. Pr 
ENDANT deux mois que dure cet éxamen, le Viceroi ne voit perf 
ne reçoit aucune vifite, ni même aucune lettre de ceux qui font Re £ dé 
« s fa dé. 
pendance, afin de fe conferver la réputation de Juge intégre ir fi T 
re que le mérite. 10 À Lu 
en A à Lie fs forme de ces notes ; fous le nom dés Mandarins & fous le 
i e leur Gouvernement, on écrit: ;, C’eft un homme fort avide d'a: 
9 gt done dans fes punitions, qui traite durement le Peuple Ou 
A ) op avancé en âge, il n’eft plus capable d'é &tion 
Hé ne 8e plus capable d'éxercer les fonctions 
ss emploi, il eit orgueilleux, capricieu 1 
n EME x, d'une hume igale , À 
eft téméraire , pañionné, il n joint d'empif He 24 
% : é, il n’a point d'empire fur lui-mé 
À di de onne, Il ui-même. Il eft pa- 
, refleux, lent dans l'expédition des affai il n { 
affaires, il n’eft po fez verfé d 
les loix & les ufages, & i DE en 
Sr nie É ge » Si les notes font favorables, elles contien- 
4 us du Mandarin. ,, C’eft un homme intég i n'op- 
5 Leo point le Peuple, & qui remplit fidellement fes dex re © ft Lx 
1omme d’expéri ' te 107 
5, ae d Rtts qui eft ferme fans rudefle , qui s’attire l’affeétion du 
» | ple, FA éde l'art de gouverner, &c. 
Re PE AE cg 2 des notes arrive à Peking, le Tribunal fuprême , 
ER pl reffé , s'attache à l’éxaminer. Il y marque les récompenfes 
Fa fe se que chaque Mandarin lui paroît mériter; après quoi il fe 
âte de Îc renvovye 7j j tit à ah Ait à 
nvoyer au Viceroi, qui dépouille de leurs emplois ceux dont 
le 


Je certifics 
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4 
1e 
Ve 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VI 293 


le certificat contient le moindre reproche. fur l'article du Gouvernement, 
ou qui éleve à d’autres poites ceux qu'il trouve honorés d’un éloge. Il les 
fait paler , par éxemple, d'une Ville du troifième rang à une Ville du fe- 
cond. D'autres ne font qu’élevés ou rabbaiffés de quelques degrés, & ce 
changement eft marqué à la tête, de leurs ordres, dans la forme fuivante : 

Les Mandarins de cette Ville, élevés de trois degrés (ou rabbaïflés, s'ils 
, le font en effet) donnent avis, ordonnent, &c. (h). Ainfi le public et 
informé des punitions ou des récompenfes qu’un Mandarin a méritées. S'il 
ait élevé de trois degrés, il a l’efpérance d'obtenir un Gouvernement fupé- 
rieur. Au contraire, s’il eft rabbaiflé de dix degrés (i), il eft expofé au 
danger de perdre fon emploi. | 

4. DE tems en tems l'Empereur envoye fecrétement dans les Provinces 
des Ko-taus, c’eit-à-dire, des Infpeéteurs ou des Vifiteurs , qui pañlant de 
Ville en Ville fe gliflent dans les Tribunaux pendant l'audience du Mandarin; 
ou qui, par les informations qu'ils tirent du Peuple , s’éclairciffent adrcite- 
ment de l’adminiftration. Si le Vifiteur découvre , par quelqu'une de ces 
voies, de l’irrégularité dans la conduite des Officiers, il fait voir aufli-tôt 
les marques de fa dignité & fe déclare l'Envoyé de l'Empereur. Comme fon 
autorité eft abfolue, il pourfuit aufñfi-tôt le coupable & le punit avec rigueur. 
Mais fi la faute n’eft pas grave, il envoye fes informations à la Cour, qui 
décide du parti qu’il doit prendre. 

IL y a peu d'années que l'Empereur ayant nommé des Commiffaires de cet- 
te efpece, pour éxaminer certaines accufations que le Viceroi de la Province 
de Quang-tong & le Controlleur général du fel avoient envoyées à Peking l’un 
contre l’autre, le Peuple de la Province , qui fouffroit de la rareté du fel, 
prit parti pour le Viceroi, tandis que la plûpart des Mandarins généraux fe 
déclarèrent pour fon ennemi. L'Empereur, qui fouhaitoit ardemment d’appro- 
fondir de quel côté étoit la juftice, fit partir pour Canton le Tfong-tu des Pro- 
vinces de Che-kyang & de l'o-kyen, &ie Tfong-tu de Kyang-nan & de Kyang-fi, 
avec la qualité de fes Commiffaires. En arrivant ils fe rendirent au Palais 
qu'on leur avoit préparé, fans faire & fans recevoir aucune vifite. Ils refu- 
férent même les honneurs ordinaires; & dans.la crainte qu’on ne les foupçon- 
nât de s'être laïflés gagner par des préfens , ils n'eurent de communication a- 
vec les Mandarins de la Ville que pour les citer l’un après Pautre & pour en 
tirer des informations. En un mot, ils ne cefférent pas de fe tenir renfer- 
més, jufqu'a ce qu'ayant cité le Viceroi & le Controlleur général ils eurent 
commencé le procès par divers interrogatoires qu'ils leurs firent fubir comme 
à des criminels du commun (#). Le Viceroi fur obligé, pendant toute la 


“durée des procedures, de quitter fon Palais [ tous les matins, pour fe rendre 


dans un lieu près de l’Audience , & d’y demeurer jufqu’a la nuit. En cela il é- 
toit traité avec plus de diftinétion que le Controlleur général , qui dût pen- 
dant tout ce tems-là s’abfenter de fon tribunal, ] & fe tenir conftamment 

a 


dans le Mémoire de l'Infpséteur, ils rifquent 


(b) Le Comte dit que de teins entems les 
de perdre leurs Emplois. e. 


Mandarins font obligés d'envoyer à la Cour, 


avec beaucoup de fincérité & d'huinilité, un ( i \ fl n'y a que neuf des es de Quans. 
aveu par écrit de leurs fautes publiques, & (k) Le Comte, pag. 266, Du Halde, pag, 
que s'ils en celént quelqu'une qui fe trouve 257. & fuiv. 

00 3 


GOUVERNE- 
MENT 
DZ LA CHINE, 


Exemple de 
févérité dans 
la Juftice Chi- 
noife, 


294 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Gouverne-  à]a porte de la Salle des audiences. Toutes lesboutignes de la Ville furent fer. 
vx L'Carne, mées & le Peuple ne manqua point de faire préfenter aux Commiflaires fes ac. 
* cufations contre le Controlleur général, qui furent reçûes, comme celles des 
Mandarins contre le Viceroi. Lorfque les informations furent achevées, les 
Commiffaires fe hâtérent de les envoyer à Peking par un Courier, après quoi 
ils reçurent les vifites de tous les Mandarins , à l'exception du Controlleur 

général. à ; i 
Voyagesde 52 Quoique les Infpeéteurs des Provinces foient toûjours choifis entre 
l'Empereur les principaux Officiers & qu’on fafle tomber le choix fur des perfonnages d'u. 
fRUNASRS ne intégrité reconnue, cependant comme ils peuvent abufer quelquefois de 
de la Juftice, leur pouvoir & fe laiffer gagner par des préfens pour épargner les coupables, 
l'Empereur prend le tems auquel ils y penfent le moins pour voyager dans di. 
verfes Provinces & s'informer par lui-même des plaintes du Peuple contre les 
Gouverneurs. Ces voyages, pendant lefquels il affecte de fe rendre populaire, 
jettent la terreur parmi les Mandarins des Provinces. L'Empereur Kang-hi vi. 
fitant ainfi les Provinces Méridionales, en 1689, pañla par les Villes de S4- 
cheu-fu, de Tang-cheu-fu & de Nan-king. Il étoit à cheval, fuivi de fes Gar- 
des & d’un cortége d'environ trois mille Seigneurs. Ce fut dans cet état qu'il 
fit fon entrée dans la dernière de ces trois Villes. Les principaux citoyens 
allèrent au-devant de lui avec des Etendarts & des Enfeignes de foie, avec 
des parafols, des dais & une infinité d’autres ornemens, tandis que les autres, 
bordant les rues dans un profond filence, lui donnèrent les plus grands témoi. 
gnages de refpeét. On avoit élevé , de vingt en vingt pas, des arcs de triom. 
phe, couverts des plusriches étoffes & ornés de feftons, de rubans & de touf. 

fes de foie, fous lefquels le Monarque pañla dans fa marche. 

ETanT arrivé le foir à Tang-cheu-fu,1l pañla la nuit dans fa Barque, & le jour 
fuivant il fit fon entrée à cheval danscette Ville. Commetoutesles rues étoient 
couvertes de tapis, il demanda aux Habitans fi c'étoit par l’ordre des Manda. 
rins. Ils lui répondirent qu’ils s’étoient portés volontairement à ne rien épar- 
gner pour recevoir leur Maître. Cette réponfe parut lui caufer beaucoup de 
joie. Les rues étoient fi remplies d'hommes & d’enfans, qui marchoient en 
foule au travers du cortége Impérial, que Sa Majefté s’arrétoit à chaque mo. 
ment pour exprimer le plaifir qu’elle en reffentoit. À Su-cheu-fu, les Habitans 
ayant couvert aufi les rues de tapis magnifiques , ce Prince fit arrêter à l’entréede 
la Ville la Cavalerie dont il étoit accompagné, pour épargner de fi belles étoffes 
de foie qui appartenoïent au Peuple. 11 daigna marcher à pied jufqu’au Palais qui 

.. …  lJuiavoit été préparé, & la Ville fut honorée de fa préfence pendant deux jours. 
a nel ot Le Comte rapporte une action du même Empereur, dans une de ces vili- 
reur Kanghi. 65» qui le rendit formidable aux Mandarins & qui augmenta pour lui l'affec- 

tion du Peuple. Ce grand Prince s’étoit éloigné à quelque diftance de fon cor- 
tége, apperçut un Vieillard qui pleuroit amèrement. Il lui demanda la caufe 
de fes larmes: ,, Je n’avois qu'un fils, lui répondit le Vieillard , dans lequel 
» J'avois placé toute ma joie & le foin de ma famille. Un Mandarin Tartare 
» mel'aenlevé. Je fuis privé déformais de toute afiftance humaine; car, 
» pauvre & vieux comme je fuis, quel moyen d’obliger le Gouverneur à me 
rendre juflfte? ,, 11 y a moins de difficulté que vous ne penfez, repliqua 
l'Empereur; ,, montez derrière moi & me fervez de guide jufqu’à la maïfon 
du Raviffeur. Le Vieillard obéït fans cérémonie. En deux heures ils arrive- 
»» TENt 


, rent au F 
dinaire. La 
quelque-tem 
voir de quoi 
tres entréren 
condamné fu 
na vers le | 
, donne VE 
» plus de mc 
» Te qui pui 

ENFIN, 
contenir dans 
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ont ÉTÉ privé 
ce. L'un eft 
lité en levant 
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que des qualit 

que poite plus 
pour quelque 
trouve place 

CET Ouvr 
duit une fente 
vacantes ; les 

qu'elles ont r 
penfes qui fe 

pour les ouvra 
les Tribunaux 

décifions. OI 
courager l'Ag: 
Cour & de tc 
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veaux Ufages 
primandes qu’ 
y réputation ; 
principal but d 
de gouverner 
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fervations fur 
I ne s’imprim 
qui ne vienne ( 
hardieffe d'y aj 
fous peine de 
un Officier de 


(1) Le 


rent fer. 
2s fes ac. 
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rés quoi 
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fis entre 
ages d'u. 
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dans di. 
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)pulaire, 
ng-hi vi. 
s de Sa. 
fes Gar- 
état qu’il 
citoyens 
le, avec 
s autres, 
ls témoi- 
le triom. 
de touf. 


& le jour 
s étoient 
Manda. 
en épar- 
icoup de 
Dient en 
que mo- 
abitans 
intrée de 
s étoifes 
alais qui 
jours. 
es vili- 
l'affec- 
on COr- 
a caufe 
lequel 
l'artare 
s CU, 
à me 
pliqua 
maifon 
arrive- 
»» TN 


L 


DE LA CHINE, Liv. II Cnar. VI. 295 


, rent au Palais du Mandarin, qui ne s’attendoit point à une vifite fi extraor. 

dinaire. Les Gardes-du-corps & quantité de Seigneurs, après avoir cherché 
quelque-tems leur Maître, fe rendirent enfin au même lieu ; &, fans fça- 
voir de quoi il étoit queftion, les uns environnèrent le Palais, tandis que d'au- 
res entrérent avec l'Empereur. Le Mandarin, convaincu de violence, fut 
condamné fur le champ à perdre la tête. Aprés l'éxécution, Kang-hi fe tour- 
na vers le Vieillard. ,, Pour réparation, lui dit-il, d’un air férieux; je vous 
, donne l'Emploi du coupable qu’on vient de punir. Conduifez-vous avec 
» plus de modération que lui, & que fon éxemple vous apprenne à ne rien fai- 
, re qui puifle vous mettre à votre tour dans le cas de fervir d’éxemple (7). 

Erin, rien n’eft plus inftruétif pour les Mandarins & plus propre à les 
contenir dans l’ordre, que la Gazette qui s’imprime chaque jour à Peking & 

ui fe répand dans toutes les Provinces. Les articles dont elle eft compoñfée ne 
f rapportent qu'au Gouvernement. On y trouve les noms des Mandarins qui 
ont été privés de leurs Emplois, & les raifons qui leur ont attiré cette difgra- 
ce. L'un cft dépouillé pour s’être rendu coupable de négligence ou d'infidé- 
lité en levant les tributs; un autre, pour avoir été trop févère où trop indul- 
gent dans fes punitions; l’un, pour fesoppreflions ; l’autre, parce qu'il man- 
que des qualités néceffaires à fon Emploi. Qu'un Mandarin foit avancé à quel- 
que poite plus confidérable , ou ravallé au deffous du fien; qu’il foit privé, 
pour quelque faute, dela penfion annuelle qu'il recevoit de l'Empereur , il 
trouve place auffi-côt dans la Gazette. 

CET Ouvrage périodique contient toutes les affaires criminelles qui ont pro- 
duit une fentence de mort; les noms des Officiers qui ont fuccédé aux places 
vacantes ; les malheurs qui font arrivés dans les Provinces, & les fecours 
qu'elles ont reçu des Mandarins par l’ordre de l'Empereur ; l'extrait des dé- 
penfes qui fe font pour l'entretien des troupes, pour les néceffités du Peuple, 
pour les ouvrages publics & pour les graces du Prince; les remontrances que 
les Tribunaux fuprêmes ont faites à l'Empereur fur fa conduite ou fur fes 
décifions. On y voit aufi le jour où l'Empereur laboure la terre pour en- 
courager l'Agriculture; le tems qu’il a fixé pour l’affemblée des Grands de fa 
Cour & de tous les Mandarins qui préfident aux ‘Tribunaux, lorfqu'il veut 
ks inftruire de leurs obligations. On y trouve les Loix nouvelles & les nou- 
veaux Ufages; les éloges que l'Empereur accorde aux Mandarins ; les ré- 
primandes qu’il leur fait: Par éxempie; ,, Un tel Quan n’eft pas en bonne 
, réputation; il fera puni s’il ne penfe point à fe corriger. En un mot, le 
principal but de la Gazette de Peking eft d’inftruire les Mandarins dans l’art 
de gouverner le Peuple. Aufñi la lifent-ils foigneufement ; & comme elle 
ofre coûjours l'état des affaires publiques, la plûpart font par écrit des ob- 
fervations fur chaque article , pour les faire fervir de régle à leur conduite. 
I ne s'imprime rien dans la Gazette qui n'ait été préfenté à l'Empereur ou 
qui ne vienne de lui. Ceux qui font chargés de la publier n’auroient pas la 
hardieffe d'y ajoûter un fimple titre, ni la moindre réfléxion qui vienne d’eux, 
fous peine de punition corporelle. En 1726, un Ecrivain de ce Tribunal & 
un Officier de la Pofte furent punis de mort, pour y avoir inféré gaie 

auffetés. 


(1) Le Comte, pag. 267 Du Halde, pag. 159, 


Gouv£rnr- 
MENT 
DE LA CuiNe. 


Gazette Im 
périale, 


Ce qu'elle 
contient, 


GOUVLRNE- 
MENT . 
DE LA CHINE. 


Moyen le 
plus sûr pour 
fervir de frein 
à l'oppreflion. 


La Loi prive 
les Mandarins 
des plaifirs 
cominuns. 


À quoi leur 
Emploi les af- 
fujettit. 


Us font obli- 
ges d'inftruire 
le Peuple, 


(et A 
KE 


296 VOYAGES DANS L'EMPIRE 

fauffetés.  L'unique motif que le Tribunal criminel fit valoir pout juftifie 
cette rigueur , fut que les coupables avoient manqué de refpeét pour Sa M. 
jefté Impériale ; crime capital fuivant les Loix. ‘ 

Mars de tant de moyens que les Chinois ont inventés pour prévenir ] 
corruption des Gouverneurs & leurs oppreffions, il n'y en a point dont “ 
puifle attendre plus vraifemblablement cet effet que celui dont on doit l'in. 
vention à l'Empereur Tong-ching. Il augmenta leurs appointemens du dou. 
ble; & déclarant qu'il renonçoit lui-même à recevoir aucun préfent, il lewr 
défendit de préndre jamais rien au-delà de ce qui leur eft dû, fous les peines 
portées par fa Loi, qui ordonne qu'un Mandarin convaincu d'avoir éxigé ou 
reçu injuftement quatre-vingt onces d'argent, fera puni de mort. Il accorda 
auffi de groifes fommes aux [nfpeéteurs & aux Vifiteurs pour les frais de leurs 
voyages, en puniffant avec la dernière févérité, & le corrupteur & cehi 
qui fe laifle corrompre. 

UNE autre rigueur de la Loi, c’eft de priver les Mandarins de la plûpart 
des plaifirs communs de la vie. 11 ne leur eft pas permis de traiter fouvenr 
leurs amis, ni de leur donner la Comédie. Ils s'expoferoient à la perte de leur 
fortune s’ils prenoient la liberté de jouer, de fe promener hors de leurs mur 
de faire des vifites particulières & de fréquenter les affemblées publiques. En 
un mot, ils n'ont pas d'autre amufement que celui qu’ils peuvent prendre dan: 
les appartemens les plus intérieurs de leurs Palais Us Comme ils ne fon 
établis que pour foûtenir & protéger le Peuple, ïls doivent être toûjours préx 
à recevoir les plaintes. Cette obligation ne regarde pas feulement les jours ré. 
glés pour l'audience ; elle eft la même à toutes les heures du jour. S'il ef 
queftion d’une affaire preflante , les Parties fe rendent au Palais du Mandarin 
& frappent à grands coups fur une efpèce de tymbale, qui eft quelquefois 
dans la Salle de Juftice ,mais plus fouvent hors de la porte, afin que le Peuple 
en puifle approcher plus facilement jour & nuit. 1} n’ÿ a point d'occupation 
qui doive empêcher le Mandarin de répondre à ce fignal. Il accorde l'a 
dience qu’on lui demande. Mais fi celui qui fe plaint n’a pas fouffert quel. 
que tort confidérable, qui le mette en droit d'implorer le fecours de Ja Jutti- 
ce, ileft sûr de recevoir la baftonade pour cette importune vifite. 

Ox regarde cmme une des principales fonétions du Mandarin d'inftruire 
fon Peuple. Ce devoir eft fondé für l’hoineur qu'il a de repréfenter l’Empe- 
reur, qui, fuivant les Chinois, n’eft pas feulement Monarque pour gouver- 
ner & Prêtre pour les facrifices, mais encore Maître pour enfeigner. De-là 
vient que par intervalles Sa Majefté convoque tous les Grands de fa Cour & 
les Chefs des Tribunaux, dans la feule vûe de leur donner des inftructions , 
dont le texte eft tiré des Livres Canoniques. A fon éxemple, chaque Gou- 
verneur doit affembler fon Peuple le premier & le quinzième jour dumois, & 
lui adreffer un long difcours dans lequel il fait le perfonnage d’un pére qui in- 
ftruit fa famille. Cette méthode eft établie par une Loi de l'Empire, & l'Em- 
pereur a réglé lui-même les fujets qui doivent être traités dans les Sermons. 
Ils font compris dans feize Ordonnances Impériales : 


_ La première, porte qu’on recommandera foigneufement les devoirs de la 
pieté 


(m) Du Halde, ubi fup. pag. 3, 257 & 260, 


piété filia 
dre aux J( 
Nature. 
La fed 
un fouven 
gner con 
3. D'E 
relles & lé 
4. D'E 
tivent leu 
parce qu'a 
vêtir. 
53. DE 
modeftie ; 
6. D’'E 
que les je 
7. DE 
ble pour e 
8. D’ 
ferver dan 
9. D'r 
rité, dans 
10. D'I 
de la bien 
la fociété. 
ir. D’: 
fes enfans 
de fuivre 1 
12. DE 
n'auront ri 
13. DE 
mener une 
dans leur « 
14. DE 
fe garantir 
15. D'A 
parce que 
16. DE 
tre à couv. 
TELLE 
de leurs Se 
me article, 
ce de la m 
tant plus eff 
qu'il y a pl 


(n) 
FIIL. P 


ouf juftifier 
our Sa Ma. 


prévenir Ja 
nt dont on 
on doit l'in. 
ns du dou. 
ent, il leur 
s les peines 
ir ÉXIgé où 

Il accord: 
ais de leurs 
ur & celui 


> Ja plûpart 
cer fouvenr 
erte de lewr 
> leurs murs 
bliques. En 
rendre dans 
ils ne font 
\jours préts 
les jours ré. 
r. S'il ef 
à Mandarn 
quelquefois 
le le Peuple 
occupation 
corde l'an. 
iffert quel. 
de la Jufti. 


d'inftruire 
cer l’Empe- 
ar gouver- 
1er. De-là 
fa Cour & 
ftruétions , 
aque Gou- 
lu mois, & 
ére qui in- 
, & l'Em- 
_ Sermons. 


voirs de la 
piété 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VI 297 


iété filiale & la défèrence que les cadets doivent à leurs aînés, pour appren- 
dre aux jeunes gens combien ils doivent refpeéter les loix eflentielles de la 
Nature. 

La feconde, qu'on recommandera de conferver toûjours dans les familles 
un fouvenir refpeëtueux de leurs Ancêtres, comme un moyen pour y faire ré- 
gner conftamment la paix & la concorde. 

3. D'ENTRETENIR l'union dans tous les Villages, pour y éviter les que- 
relles & les procès. 

4. D'EsTIMER beaucoup la profeffion des Laboureurs & de ceux qui cul- 
tivent leurs Meuriers, dont les feuilles fervent à la nourriture des vers à foie, 
parce qu'alors on ne manquera ni de grains pour vivre, ni d'habits pour fe 
vêtir. 

5. DE s’accoutumer à l’æœconomie, à la frugalité, à la tempérance & à la 
modeftie; moyens néceflaires pour éviter quantité de folles dépenfes. 

6. D'ENCOURAGER par toutes fortes de voies les Ecoles publiques, afin 
que les jeunes gens y puifent de bons principes de morale. 

7. DE s'appliquer chacun à fes propres affaires, comme un moyen infailli- 
ble pour entretenir la paix de l’efprit & du cœur. 

8. D'érourren les Sectes & les Erreurs dans leur naiffance, pour con- 

ferver dans toute fa pureté la vraie & la folide doétrine. 

9. D'INcuLQuER au Peuple les Loix pénales qui font établies par l’Auto- 
rité, dans la crainte qu'il ne devienne indocile & revêche pour le devoir. 

10, D'INSTRUIRE parfaitement tout Je monde des régles de la civilité & 
de la bienféance, dans la vûe d’entretenir les bons ufages & la douceur de 
la fociété. 

11. D'APPORTER toutes fortes de foins à donner une bonne éducation à 
fes enfans & à fes jeunes frères; ce qui les empêchera de fe livrer au vice & 
de fuivre le torrent des pañions. 

12. DE s’abftenir de la médifance , parce qu’alors l'innocence & la vertu 
n'auront rien à redouter. 

13. DE ne pas donner d’afile aux coupables que leurs crimes réduifent à 
mener une vie errante & vagabonde, afin de nc pas fe trouver enveloppés 
dans leur châtiment. 

14. DE payer éxaétement les contributions établies par le Prince, pour 
fe garantir des recherches & des véxations du Colleéteur des taxes. 

15. D'AGIR de concert avec les Chefs de quartier dans chaque Ville, 
parce que c’eft le moyen de prévenir le vol & la fuite des voleurs. 

16. DE réprimer les mouvemens dela colère, commeun moyen de fe met- 
tre à couvert d’une infinité de dangers (n). 

TeLLes font les Ordonnances d'où les Mandarins doivent virer le fujet 
de leurs Sermons. Du Halde nous a donné un de ces Difcours , fur le troilié- 
me article, L’énergie, la précifion, la force du raifonnement & l’excellen- 
ce de la morale y brillent également. On regarde comme une obligation d'au- 
tant plus effentielle au Mandarin de haranguer le Peuple une fois en quinze jours, 


qu'il y a plufieurs crimes dont il eft refponfable lorfqu'ils fe commettent dans 
{on 


(#) Chine du Père Du Halde, pag. 254. & fuivantes, 
PIIL. Part. Pp 


GouvEANE- 
MNT 
DE LA CHIN?. 
Ordonnan- 
ces pour les 
fermons que 
les Mandarins 
font au Peu- 


ple. 


GoOUvERNr- 
MENT 
DE LA CHIN£. 


Crimes dont 
les Mandarins 
font refponfa- 
bles. 


Par qui la 
Juitice eft ad- 
miniftrée. 


Mandarins 
qui lèvent les 
taxes. 


Commentils 
juftifient leur 
rigueur, 


Police ad. 
mirable des 
Villes. 


398 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


fon territoire. S'il arrive un vol ou un meurtre dans fa Ville, il doit décou. 
vrir le voleur ou le meurtrier, fous peine de perdre fon Emploi. S'il fe com. 
met quelque crime révoltant, tel qu'un parricide, la Cour n'en eft pas plû. 
tôt informée qu’elle commence par ne tous les Mandarins de leurs Of. 
fices. On juge toûjours que c’eft leur faute, & qu'un défaftre de cette nature 
ne feroit pas arrivé s'ils avoient pris foin de répandre les principes d’unebon. 
ne morale. C’eft par la même raifon qu’on punit un père de mort, lorfque fon 
fils s'eft rendu coupable de quelque crime monftrueux Co). 

L'ADMINISTRATION à la juftice appartient au Gouverneur de chaque 
Ville. C’eft lui qui reçoit le tribut que chaque famille doit paye: à l’'Empe. 
reur, & qui vifite perfonnellement les corps de ceux qui ont été tués par 
quelqu’accident ou que le défefpoir a fait renoncer volontairement à la vie, 
Chaque mois il eft obligé de donner deux audiences à tous les Chefs de quar. 
tier de fon diftriét, pour être éxaétement informé de tout ce qui fe paille. 
C’eft aufli fon office de donner des pafleports aux Barques & aux autres Bâti. 
mens; d'entendre les plaintes, & de recevoir les accufations , qui doivent 
être prefque continuelles dans un Etat fi peuplé. Tous les procès viennent 
à fon Tribunal. Il a droit de faire donner une rigoureufe baftonade à la Par. 
tie quiatort. Enfin, fon pouvoir s'étend jufqu’à la fentence de mort; mais 
elle ne peut être éxécutée, non plus que celle d'aucun Mandarin fupérieur, 
fans avoir été ratifiée par le Souverain. La décifion des petites caufes ef 
abandonnée aux trois Mandarins inférieurs (p). 

L'occuPpATION principale des, Mandarins inférieurs, foit Chi-cheus, ou 
Chi-hyens | où Whey-cheu-peys (a), confifte à lever les taxes. Cette fonétion 
éxige leur préfence perfonnelle. Quoique les terres foient mefurées dans cha. 
que Province & que la taxe de chaque arpent (r) foit réglée fuivant la bonté 

u terroir, la pauvreté ou l’avarice ne laifle pas de rendre le Peuple affez lent 
à payer. Il attend que les Officiers inférieurs viennent l'en preffer, & fou. 
vent les coups font néceflaires pour l’y contraindre. Lorfqu'on reproche, à 
ces Colleéteurs des taxes, de traiter les Payfans avec trop de rigueur, ils al. 
leguent pour excufe que s'ils ne rapportoient pas les fommes dont ils font 
comptables, leurs fupérieurs les foupçonneroient d'avoir négligé leur devoir 
ou de s’être laiflés corrompre; foupçon qui füuffiroit, fans autre éxamen, 
pour les expofer à la baftonade. D'un aurre côté, les Mandarins prétendent 
juftifier la dureté avec laquelle ils traitent leurs inférieurs, en alléguant que 
s’ils ne font pas eux-mêmes en état de payer au tems marqué, ils fe voient 
obligés de faire des avances de leur propre bourfe, dans la crainte de perdre 
leurs Emplois. Eneffec, plufieurs Provinces doivent au Tréfor Royal des arréra- 
ges confidérables, qui vraifemblablement ne feront jamais acquittés. Mais 
pour remédier à cet inconvénient, Yong-ching, dernier Empereur (s), or- 
donna qu’à l’avenir les taxes fuffent payées, non par les tenanciers, mais par 
les (t ) propriétaires. 

RIEN ne contribue tant à la tranquillité qui régne à la Chine, que les bons 
réglemens 


(r) C’eft une mefure de terre qui contient 
cent pas quarrés, chaeun de dix-huit pieds. 

(s) Mort en 1736. 

(+) Du Halde, wbi Jup. pag. 4 


(eo) Du Halde, pag. 257. 
(p) Le même, pag. 253. | 
q) Ces derniers font des Officiers mili- 


faires. 


réglemens q 
autres prenn 
tours, dés fi 
rues, & de 
ues autres 
eu l’ox cafo: 
l'œil ouvert 
ce qui arrivé 
d'avertir auf 
famille répo 
fins font obli 
qui furvienn 
pour la maïfc 
IL ya to 
pañfans… U 
moindre fig 
ne avis au N 
pas fouffrir q 
pris hérédita 
de peuples in 
naître, àla fi 
AUSSI-TÔT 
l'extrémité dé 
certaines dift 
Quelques Vil 
les remparts. 
pour le trav 
perfonne dan: 
un vagabond 
des ténébres. 
que le plus in 
LorsQU'I 
en vient aux 
Si les combat 
fer, ils l’abar 
terminent pre 
coute les rail 
recevoir la be 
La Chine 
Monde ; mai: 
pas qu'elles a: 
pent des maif 
femble , ordi 


(v) Voyez ci 
(x) Le Cont 
que les Miffion: 


décou- 
e com- 
is plû- 
1rs Of. 
nature 
16 bon- 
que fon 


chaque 
Empe- 
1és par 
la vie, 
e quar- 
> palke, 
>s Bâti. 
doivent 
iennent 
Ja Par. 
t; mais 
érieur, 
ufes ef 


eus, OÙ 
fonétion 
ans Cha. 
la bonté 
flez lent 
& fou- 
oche, à 
» ilsal. 
ils font 

devoir 
xamen, 
tendent 
ant que 
> voient 
perdre 
arréra- 


Mais 


contient 
piedse 


DE LA CHINE, Liv.ll. Cnar. VI. 


299 


réglemens qui s’obfervent dans les Villes, fur-tout à Peking, dont toutes les Gouvenws. 


autres prennent l’éxemple (v). Comme on a déja parlé de leur forme, des 


MENT 


cours, des portes, de la divifion des quartiers, de l'ordre établi dans les PE LA Cuir, 


rues, & des Gardes qui veillent à la füreté publique, on fe bornera ici à quel- 
ques autres articles qui ont rapport à la police, & dont on n’a point encore 


eu loc cafon de traiter. Dans les Villes, chaque quartier a fon Chef, qui a 


l'œil ouvert fur un certain nombre de maifons, & qui eft refponfable de tout 


ce qui arrive dans fon diftriét. S'il s'élevoit quelque tumulte dont il négligeât 


d'avertir auffi-tôt les Mandarins , il feroit puni févèrement, 


Les Maîtres de 


famille répondent de même pour leurs enfans & leurs domeftiques. Les voi- 
fins font obligés entr'eux de fe fecourir mutuellement dans les accidens ficheux 
qui furviennent; tels, par éxemple, qu’un vol noéturne, Une maifon répond 


pour la maïfon voiline. 


IL y a toûjours, aux portes de chaque Ville, une Garde qui éxamine les Combien les 
paffans… Un étranger eft reconnu à la phyfionomie, à l'air, à l'accent, au 
moindre figne qui le rend fufpeét. Il eft arrêté, & fur le champ on en don- 
ne avis au Mandarin (x). C’eft une maxime fondamentale des Chinois de ne 


pas fouffrir que les étrangers s’établiffent dans leur Empire. 


Outre leur mé- 


pris héréditaire pour les autres Nations, ils ont pour principe qu’un mélange 

de peuples introduifant de la variété dans les manières -& les ufages, feroit 

naître, à la fin, des querelles perfonnelles, des partis & des révoltes. 
Aussr-TÔT que la nuit tombe, les portesdela Ville &les barrières qui font à 


l'extrémité de chaque rue fe ferment foigneufement. On place desfentinelles à nuit. 


certaines diftances, pour arrêter ceux qui font trop tard hors de leurs maifons. 
Quelques Villes ont un guet à cheval, qui fait une patrouille continuelle fur 
les remparts. La nuit, difent les Chinois, eft faite pour le repos | & le jour 
pour le travail. Cette loi s’obferve fi fidellement qu’on ne rencontre jamais 
perfonne dans les rues; ou s il arrive à quelqu'un d'y être pris, il pañle pour 
un vagabond ou pour un voleur qui cherche l’occafion de nuire à la faveur 
des ténébres. Il eft toûjours dangereux de fortir à certaines heures, parce 
que le plus innocent n'échappe pas fans peine à la févérité des Magiftrats. 
Lorsqu’'iz s'élève une querelle dans la populice, & que des injures on 
en vient aux coups, on évite avec un foin extrême de répandre du fang. 


Si les combattans fe trouvent armés d'un bâton ou de quelque inftrument de: 
Ces différends fe 


fer, ils l’abandonnent pour fe battre à coups de poings. 


terminent prefque toûjours par des plaintes qu'on porte au Magiftrat. Il é- 
coute les raifons des deux Parties, & condamne ordinairement le coupable à 


recevoir la baftonnade en fa préfence. 


Etrangers 
font obfervés. 


Police de 14 


La Chine a fes femmes publiques, comme la plûpart des autres Pays du I'emmes pu 
Monde ; mais dans la crainte qu’elles ne caufent du défordre, on ne permet bliques. 
pas qu’elles ayent leur demeure dans l'intérieur des Villes, ni qu'elles occu- 
pent des maifons particulières. Elles s’aflocient, pour fe loger plufieurs en- 
femble , ordinairement fous le gouvernement d’un homme qui répond de tout 


(v) Voyez ci-defus. 
que les Miffionaires qui n'étoient point ap- 


Pp 2 


1 , prouvés de l'Empereur avoient beaucoup de 
(x) Le Conte obferve, à cette occafion, peine à faire de longs voyages. 


le 


GotvVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Facilité du 
Gouvernc- 
nicnt, 


Pompe & 
gravité des 
Mandarins, 


Oräre de 
leurs voyages. 


Korg-quans, 
ou Hételle- 
rics Koyales. 


€Couriers de 
l'Empereur. 


300 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


le mal qu’elles peuvent caufer. Après tout, remarque l’Auteur, (y) ces fem. 
mes ne font que tolérées parmi les Chinois & paflent pour infimes. Il fe 
trouve même des Gouverneurs qui ne les fouffrent point dans l'étendue de 
leur jurifdiétion. 

Iz eft furprenant qu’une Nation fi nombreufe, fi naturellement ennemie 
du repos, fi remplie d'amour pour elle-même, & fi pallionnée pour les ri. 
chefles, puifle être contenue dans les bornes du devoir par le petit nombre 
de Mandarins qui font à la tête de chaque Province. On auroit peine à fe 
perfuader avec quelle facilité un fimple Mandarin, qui ne fera point , fi l'on 
veut, au-deffus de la qualité de Chi-fu, gouverne une populace innombrable, 
Qu'il publie fes ordres fur une petite feuille de papier fcellée de fon fceau, 
& affichée au coin des rues, il eft obéi avec la plus prompte foumiflion ; 
tant il eft vrai, fuivant la remarque de l’Auteur, que l’ombre feule de l'Auto. 
rité Impériale, dérivée du fyftème de la paternité , agit fur cette Nation avec 
une f.rce fans bornes. 

Lorsqu'un Chi-fu rend la juftice fur fon Tribunal , on ne lui parle jamais 
qu'à genoux. Il ne paroît point en public fans un nombreux cortége, qui 
lui donne un air fort majeftueux. Il eft vêtu magnifiquement. Sa conte. 
nance eft grave & févère. Quatre hommes le portent dans une chaife do- 
rée, qui eft ouverte en Eté, & fermée pendant l'Hyver. Il eft précédé de 
tous les Officiers de fon Tribunal, coëffés & vêtus d'une manière extraordi. 
naire. Les jours de cérémonies, ou lorfqu'il vifite ceux auxquels il veut 
marquer de la confidération , deux hommes portent devant fa chaife, fur 
une litière, & dans une boëte d'or, les fceaux qu'il a reçus de l'Empe. 
reur. Dans le lieu où il arrive, on les place fur une table couverte d'un 
tapis. 

Ir eft accompagné de la même pompe dans fes marches, fes procefions, 
& dans tous fes voyages, par eau & par terre. Quoiqu'on ait déjà touché 
cet article, on ajoûtera , pour achever de l'éclaircir, que la veille du départ 
d'un Mandarin, on envoye un Courier devant lui avec une tablette, qui fe 
nomme Pay , fur laquelle font écrits le nom & l'emploi de l’'Officier qui doit 
faivre. A la vûe de cette marque, on prépare aufli-tôt pour fa réception, 
fuivant l’ordre de fa dignité, les logemens du Kong-quan, ou de l'Hôtelierie 
Royale. On lui fournit toutes les commodités néceflaires, telles que des vi- 
vres, des porteurs, des maifons, des chaifes , ou des Barques, s’il voyage 
par eau. Les Courriers qui publient fon arrivée, trouvent toûjours les che- 
vaux prêts; & dans la crainte d’en manquer ils battent fur un bafin, déux ou 
trois is avant la pofte, pour avertir que les chevaux foient fellés fur le 
champ, s'ils ne le font déja. Les meubles d’un Kong-quan ne confiftent que 
dans un petit nombre de feutres & de nattes, deux ou trois chaifes, une ta- 
ble & un châlit de bois, couvert d'une natte. Si le Mandarin eft d'un rang 
confidérable, & que le Kong-quan ne réponde point à fa dignité, il eft logé 
dans rs des meilleures maifons de la Ville, où l’on emprunte un appartement 

our lui. 


Les Hôtelleries Royales fervent à toutes fortes. de perfonnes & même aux 
Couriers 


(y) Chine du Père Du Halde, pag. 264. & fuivantes. 


Couriers de 
voyageoien 
endant on 
ordinaireme 
lufñeurs Ca 
couvert d'u 
au dos du 
des chevaux 
foixante ou 
les. Les pl 
rante,. Lu 
dos ; mais | 
croupe. C4 
de l'Empere 
d'une Provil 
Particuliers 
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c'eft-à-dire, 
re, enfeign 
darin du pr 
de la Barque 
chay-ta-Jin , 
flammes & 
Le ‘natin & 
décharge d 
fin du jour « 
treize autres 
dix en ligne 
que les liant 
pagnie, vis: 
être de gard 
harangue au 
tels que ceu 
fables. A la 
fe retirant p 
de leur trou 
deux picces 
Les fentinel 
QuELQt 
tiendroient 
d'être les pt 
Magiftrat d 
perfonnes v 
pour répant 


(3) Relatic 
Halde, pag. 2 
(a) Du H: 


ces fem. 
s Il fe 
ndue de 


ennemie 
ur les ri. 
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rtement 


pme aux 
ouriers 


è 
A 
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar“ VI. or 


Couriers de l'Empereur. Les.Miffionaires y étoient fouvent reçus, lorfqu'ils 
voyageoient par l'ordre de Sa Majefté dans quelque partie delËmpire. Ce- 

endant on doit obferver que ceux qui portent les ordres du Souverain fonc 
ordinairement des perfonnes de quelque diftinétion, & qu'ils font efcortés de 

lufieurs Cavaliers. Les ordres Impériaux font contenus dans un grand rôle, 
couvert d'une étofe de foie jaune, & enveloppé dans une écharpe qui pend 
au dos du Courier. Chaque maifon de pofte a fon Mandarin, quiprend foin 
des chevaux de l'Empereur. Sans être fort beaux, ils font une courfe de 
foixante ou foixante-dix lis. Les poîtes, qui fe nomment Chau, font inéga- 
les. Les plus courtes font de cinquante lis, ou rarement au-deffous de qua- 
rante. L'ufage des Couricrs ordinaires eft de porter leur malle attachée au 
dos ; mais loriqu’ils font à cheval, ils la mettent fur un couflin qui eft à la 
croupe. Ces malles font fort légères. Elles ne contiennent que les dépêches 
de l'Empereur, ou des Cours Souveraines , ou quelques avis des Officiers 
d'une Province. Aufñli les Couriers ont-ils la liberté de prendre les lettres des 
Particuliers, & c'eft en quoi confiftent leurs profits (2). 

S1 c'eft par eau qu'un Mandarin voyage , les Soldats de chaque Tang , 
c'eft-à-dire, des Corps-de-garde, fe rangent par pt au long de la Riviè- 
re, enfeigne déployée, & les armes à la main. Lorfque l'Envayé eftun Man- 
darin du premier ordre ou un Seigneur de la Cour, on met aux deux bouts 
de la Barque quatre lanternes , avec ces mots en gros caraétères d'or: King- 
chay-ta-fin, qui fignifient, Grand Seigneur envoyé de la Cour. On y joint des 
flammes & des banderolles de foie de diverfes couleurs, qui flottent au vent. 
Le ‘natin & le foir, lorfqu’on met à l’ancre,. la Garde falue le Mandarin d’une 
décharge de fes armes à feu, accompagnée du bruit des trompettes. Vers la 
fin du jour on allume les lanternes qui font aux deux bouts de la Barque, & 
treize autres, mais plus petites, qui pendent au mit en forme de chapelet, 
dix en ligne perpendiculaire, & crois au-deffus qui les croifent. Aulli-tôt 
que les lanternes font allumées, le Capitaine du Tang paroît avec fa Com- 
pagnie, vis-a-vis de la Barque, & nomme à haute voix les Soldats qui doivent 
être de garde pendant la nuit. Alors le Patron de la Barque fait une longue 
harangue aux Soldats, pour leur repréfenter les accidens qui peuvent arriver, 
tels que ceux du feu, du vol, & quantité d’autres, dont il les déclare refpon- 
fables. A la fin de chaque article, les Soldats jettent un grand cri; après quoi 
fe retirant pour former une garde régulière, ils laiffent en fentinelle un homme 
de leur troupe, qui va & vient fur la rive, en frappant continuellement de 
deux picces de bambou l’une contre l’autre, pour témoignage de fa vigilance. 
Les fentinelles font relevées d'heure en heure (a). 

Quezque redoutable que foit l'autorité de ces Mandarins, ils ne fe fou- 
tiendroient pas long-tems dans leurs offices, s'ils ne fe faifoient la réputation 
d'être les pères du peuple (») & de ne fe propofer que le bien public. Un 
Magiftrat de ce caractere doit s'être fait une étude d’appeller près de lui des 
perfonnes verfées dans l'art d'élever des vers à foie & de ies mettre en œuvre, 
pour répandre la pratique de cet art dans fon diftriét. Ce foin d'enrichir {a 


Viile 

(3) Relation de Magalhaens, pag. 39. Du (b) Magalhaens dit (pag. 237.) qu'on ap- 

Halde, pay. 265. & fuivantes. pelle les Gouverneurs Funeu; c'eit à dire Le- 
(a) Du Halde, wbi fup. pag. 287. re à Mère du l'eupie. 


: Pp3 


GOUVERNE- 
MENT 
D£ LA CHINE 


Chevaux de 
Pofte, 


Voyages des 
Mandarins 
par eau. 


Gardes éta- 
blies pour leur 
sûrcté. 


Comment les 
Mandarins 
obtiennent de 
la confidéra- 
tion. 


AV 
LŸ 


ENT 
== 


1.25 


ZA 

Oo: 

+ == 
und 

28 

ù 

LU pe 

2 

À 


+ 
Vy Vo à &, VW. 


Ÿ 
Ve, Vy 


y 


GouvERNE- 
MENT 


DE LA CHINE, 


Combienils 


font obfervés. 


Leurs efforts 
pour fe faire 


aimer du Peu- 


ple. 


Maniére de 


prier dans les 
Teimples. 


On maltrai- 


te les Idoles. 


Exemple, 


55 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Ville lui attiré de grands applaudiffemens. D'auères Mandarins, dans un tetns 
d'orage, ne fe bornant point à deffendre le pañlage de la rivière, fe rendent 
fur la rive & ne la quittent pas pendant des jours entiers , pour s’oppofèr par 
leur préfence à la témérité de ceux qui feroient tentés de braver le danger, 
Celui qui n’a pas donné au Peuple quelque marque d'affection de cette natu. 
re, ou qui traite fes Sujets avec trop de févérité , ne manque point d’être 
noté dans l'information que les Vicerois envoyent à la Cour tous les trois 
ans, & demeure expofé à perdre fon emploi. Lorfqu'un prifonnier meurt 
dans fes chaînes, il faut un grand nombre d’atteftations pour prouvér que le 
Mandarin n'a pas été fuborné pour lui ôter la vie, qu’il l’a vifité dans fa ma. 
ladie, qu’il lui a procuré un Médecin & tous les remédes de l'art. L’Empe- 
reur eft informé de tous ceux qui meurent en prifon ; & fuivant les avis qu'il 
reçoit, il ordonne foyvent des procédures extraordinaires. 
Dans une année peu favorable, où l’on appréhende une mauvaife récol. 
te, foit à l’occafion d’une féchereffe , ou d'un excès de pluie, foit par quel- 
ue autre accident, tel qu’une abondance de fauterelles qui ravagent quelque. 
ois certaines Provinces , le Mandarin n’épargne rien pour fe tendre populai. 
re. L'intérêt ou la diflimulation prend le mafque du zéle pour le bien public. 
Quoique la plûpart déteftent les Idoles de Fo & de Tau, ils ne manquent pas 
de vifiter folemnellement les Temples pour demander de la pluie ou du beau 
tems. Dans ces calamités publiques un Mandarin publie des Ordonnances qui 
font affichées au coin de chaque rue. Il impofe un jeûne général, il défend 
fous de rigoureufes peines, aux bouchers & aux cuifiniers, de vendre de la 
viande. Cet ordre n’en eft pas mieux obfervé, parce que les Officiers éta. 
blis pour y tenir la main fe laiffent corrompre avec un peu d’argent. Le Man. 
darin fe rend au Temple à pied, vêtu négligemment, & quelquefois avec de 


Ja paille dans fes fouliers, acco:inpagné des Mandarins inférieurs, & fuivi des 
principaux habitans de la Ville. En arrivant, il allume für l’autel deux ou 
trois paftilles parfumées ; après quoi s’affleyant avec tout fon cortége, il boit 
du thé pour pañlér le tems, il fume du tabac l'éfpace d’une heure entière, & 
fe retire. On en peut conclure que les Chinois traitent l’Idole avec peu de cé- 


rémonie. S'ils trouvent qu’elle leur fafle attendre trop long-tems là faveur 
qu'ils lui demandent, ils employent quelquefois le bâton pour la rendre plus 
traitable; mais ces emportemens font rares. 

A Kyang-cheu, dans la Province de Chen-fi, les Officiers firent battre une 
pagode jufqu’à la mettre en piéces, pour s'être obftinée à refufer de la pluie 
dans un tems de grande féchereffe. Lorfque la pluie fut venue, ils firent une 
autre Idole, de terre ou de plâtre ; ils la portérent en triomphe par toute la 
Ville, & la rétabliffant dans tous les Droits de fainteté, ils lui offrirent des 
facrifices. Une autre pagode n'ayant pas daigné répondre aux commande- 
mens réitérés du Viceroi de la Province, ce Seigneur lui fit déclarer par un 
Mandarin inférieur que s’il ne tomboit pas de pluie avant un certain jour, 
elle feroit chaffée de la Ville & fon temple rafé jufqu'aux fondemens. Com- 
me cette menace ne produifit aucun effet avant le jour marqué, le temple fut 
fermé & les portes fcellées. Mais il plut heureufement, peu dejour: après. À- 
Jors le Viceroi, revenu de fa colère, permit que l'Idole reçût les honneurs 
ordinaires. 

Dans ces calamités publiques, le Mandarin, en qualité de Père & de Gou- 


vernqur 


verneur c 
& fe con 
prit, que 
qu'ils fon 
vent imp 
n'écoute 
qu'ils lui | 
ment moi 
leurs prit 
darin ajoi 
n Vous a 
» pourn 
» grace € 
» fera ha 
Lors: 
quitté de 
qui infpir 
des tables 
couvre di 
fums. On 
viandes, 
thé. Aufl 
la tête ju 
D'autres | 
leur recot 
refles à m 
voir le F 
fait prenc 
font en v 
ques. L 
placées d: 
Le jo 
adminittr: 
dans fon 
ue boët. 
auze pe 
arrivant 
profonde 
terre, ar 
Le plus c 
des deux 
de Fo-tfyu 
qui fignifi 
tement & 


s un tetms 
e rendent 
pofèr par 
e danger, 
etté natu- 
int d’être 
 Jes trois 
ier meurt 
'ér que le 
ans fa ma- 
L’'Empe- 
avis qu'il 


aife récol. 
par quel- 
t quelque- 
e populai- 
ien public. 
iquent pas 
u du beau 
nances qui 
_il défend 
ndre de la 
ficiers éta- 
. Le Man. 
is avec de 
& fuivi des 
>] deux ou 
se, il boit 
ntière, & 
peu de cé- 

là faveur 
ndre plus 


battre une 
de la pluie 
firent une 
èr toute la 
rirent des 
ommande- 
er par un 
tain jour, 
ns. Com- 
emple fut 
aprés. À- 
honneurs 


& de Gou- 
vernqur 


verneur du Peuple, adreffe humblement fa prière au Génie:gardien de fa Ville, 
& fe conformant à l'ancien ufage il implore fon afliftance (c). Il dit à cet Ef- 
prit, que c’eft par fà puiflance que les habitans’ obtiennent leurs profpérités & 
qu'ils font préfervés des malheurs qui les menacent; que c’elt lui qu’ils doi- 
vent implorer dans leurs infortunes: mais il lui fait entendre auffi que s’il 
n'écoute pas leur demande, leur cœur ne peut avoir de part aux honneurs 
qu'ils lui rendent; & que s’il n'en eft pas moins ce qu'il eft, il fera certaine- 
ment moins honoré & moins connu. Après lui avoir appris que leurs jeûnes, 
Jeurs priéres & leur repentir n'ont point eu la force de toucher Tyen, le Man- 
darin ajoûte: ,, Pour vous, ô Efprit! Gouverneur invifible de cette Ville, 
» Vous avez de l'accès près de lui, vous pouvez lui demander des faveurs 
» Pour nous pauvres Mortels, & le fupplier de finir nos affliétions. Une telle 
à grace obtenue par votre interceflion, répondra aux defirs du Peuple & vous 
, fera honorer de plus en plus dans cette Ville (d). , 

Lorsqu'un Gouverneur pafñle dans une autre Province, après s'être ac- 
quitté de fon Office à la fatisfaétion du Public, le Peuple lui rend des honneurs 
qui infpirent aux plus ftupides l’amour de la juftice & de la vertu. On place 
des tables à certaines diftances, dans l’efpace de deux ou trois lieuës. On les 
couvre de grands tapis de foie, qui tombent jufqu’a terre: On y brûle des par- 
fums. On y met des candelabres avec des flambeaux de cire, toutes fortes de 
viandes, de liqueurs & de fruits. Sur d’autres tables, on éxpofe du vin & du 
thé. Auffi-tôt que le Mandarin paroît, tout le monde tombe à genoux & baifle 
h tête jufqu’a terre. Quelques-uns pleurent, ou du moins feignent de pleurer. 
D'autres le preffent de defcendre, pour recevoir les derniers témoignages de 
leur reconnoiffance. On lui préfente du thé & du vin. Il eft arrêté par cesca- 
reffes à mefure qu’il avance. Mais la plus plaifante partie de ce fpeétacle eft de 
voir le Peuple qui lui tire fes bottes de diftance en diftance, & qui lui en 
fait prendre de nouvelles 2 Toutes les bottes qui ont touché à fes jambes 
font en vénération parmi fes amis & fe confervent comme de précieufes reli- 
ques. Les premières qu’on lui a tirées dans ces tranfports de gratitude , font 
placées dans une forte de cage für la porte de la Ville (f) 

Le jour de la naiffance d’un Gouverneur, fi f: Ville elt contente de fon 
adminittration, les prinéipaux Habitans s’affemblent pour le faluer en corps 
dans fon Palais. Outre les préfens ordinaires, ils portent avec eux une lon- 

ue boëte de vernis du Japon, ornée de fleurs d'or & divifée en huit ou 
rs petites cellules, qui font remplies de diverfes fortes de confitures. En 
arrivant à la falle de cérémonie, ils fe placent tous en rang & lui font une 
profonde révérence. Enfuite ils tombent à genoux & baïflent la tête jufqu’à 
terre, à moins que le Quan ne s’y oppofe, comme il arrive ordinairement. 
Le plus confidérable d’entr'eux prend une coupe de vin, & la tenant levée 
des deux mains, il l'offre au Mandarin, en prononçant à voix haute le mot 
de Fo-tfyu, c'elt-à-dire, Voilà le vin qui apporte le bonbeur ; & celui de Cheu-tfyu, 
qui fignifie , Poilà le vin qui donne une longue vie. Un autre s’avance immédia- 
tement & préfente les confitures, qu'il tient de même, en difant; C’ef É le 

' ucre 


(c) Du Halde donne une de ces formules bonnet & fon manteau pour lui en donner 
de Priére. d’autres. ; 


6e) Du Halde, pag. 253. & fuiv. (f) 1lchange fouvent trente fois de bottes. 
, (e) Le Comte dit qu'on lui ôte aufli fon 


DE LA CHINE, Liv. Il, Cunar. VI. 303 : 


GOUVERNE- 
MENT 
DE !.A CHINE, 


Priére adre 
fée au Génie 
de la Ville. 


Cérémonies 
qu'onobfesve 
au départ d’un 
Gouverneur. 


Changement 
de bottes. 


Cérémonies 
pour l’aniver- 
faire de fa 
naiflance. 


GoUvVERNE- 
MENT 


DE LA CHINE. 


Cérémonie 
diftinguée, 


Mépris qu'on 


& pour un 
Gouverneur 
qui s'eft mal 
conduit. 


Divifion gé- 
nérale des 
Tribunaux. 


2 na ER LE DA EN 0 7 2 re RQ Sn 


. giftrats qui y préfident. [Chaque Gouverneur a fa Cour particulière.]  Lesf” 


304 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
fucre de la longue vie. 
les mêmes vœux. (£ ). é 

Sr le Mandarin s'eft diftingué d’une manière extraordinaire par fon équité, 
fon zèle & fon affection pour le Peuple, ils employent une autre méthode pour 
Jui faire connoître la haute opinion qu'ils ont de fon Gouvernement. Les Let. 
trés font faire un habit, compofé de petites piéces quarrées de fatin de di. 
verfes couleurs, comme bleu, rouge, verd, noir, jaune, &c. & le jour de 
fa naiflance ils lui portent ce préfent avec beaucoup de cérémonies, ac. 
compagnées de mufique. En arrivant à a falle extérieure, qui fert de Tri. 
bunal, ils le font prier de pafler de fon appartement intérieur dans la falle 
publique. Là, ils lui préféntent l’habit, dont ils le fupplient de fe revêtir, 
Le Mandarin affeéte quelques difficultés & fe reconnoît indigne de cet hon. 
neur. Mais feignant de céder enfin aux inftances des Lettrés & du Peuple, 
il fe laifle dépouiller de fa robe ordinaire & vètir de celle qu'on lui apporte. 
La variété des couleurs repréfente, dans l’idée des Chinois, toutes les Na. 
tions qui portent des habits différens, & fignifie qu'il eft régardé comme le 
père du Peuple, dont il eft le digne Gouverneur. ‘Cette raifon fait donner à 
fon nouvel habillement le nom de Van-fin-i, qui fignifie Habit de toutes les Na: 
tions. A la vérité il ne le porte que dans cette occafion; mais on le confer. 
ve foigneufement dans fa famille, comme une marque d’honneur & de dis. 
tinétion. Le Viceroi ne manque point d’en être informé, & fouvent on « 
donne avis aux Cours fuprêmes. Le Père Contancin , Mifionaire Jéfuite, 
aflifta un jour à cette cérémonie, en allant complimenter un Gouverneur fur 
le jour de fa naïflance (h). 

Au contraire, un Mandarin qui ne s’eft pas conduit honorablement dans 
fon Emploi, eft traité à fon départ avec beaucoup de mépris & de dédain 
Le Gouverneur d’une Province Maritime ayant été privé de fon Office, pour 
avoir-fraudé le Peuple des trois quarts d’une provifion de riz que l'Empereur 
avoit envoyée dans un tems de difette , fut fuivi d’une prodigieufe foule de 
Peuple, qui lui reprocha fon avarice. Les uns l’invitoient, d’un air raillewr, 
à ne pas quitter fon Gouvernement fans avoir achevé de manger tout le riz 
que l'Empereur avoit confié à fes foins: D’autres le chaffèrent de fa chaife & 
la mirent en piéces. On lui déchira fes habits; on brifa fes parafols. Enfin 
il n’y eut point d’injures & de malédictions qu’il n’effuyâc jufqu’a l’entrée de 
fa Barque (i). 


D'autres répétent trois fois les mêmes cérémonies avec 


(b) Du Halde, pag. 294 


(g) Le Comte, pag. 275. Du Halde, pa- 
(i) Le même, pag. 279. 


ge 274. 


G. V. 


OUTES les affaires qui regardent le Gouvernement, civil & militaire, 
és à fe traitent dans des Cours ou des Tribunaux établis pour cet ufage, dont 
chacuti a fon objet particulier, afin que la diligence y réponde toûjours à 
l'éxaétitude. Ces Tribunaux font fubordonnés l’un à l’autre, comme les Ma- 


lribunaux des Villes dépendent des Cours Provinciales , & les Cours Pro- 


vinciales dépendent des Cours fuprêmes ou des” Tribunaux Lg re de 
Empire 


verain: 
pire ; Î 
nomme 
LE 
Tribune 
de l’En 
mauva 
dégrad 
quifitet 
mier , 
grands 
la conc 
les aéte 
Offices 
qui vie 
de Ki-k 
Princes 
Marqui 
deced 
des gen 
dans la 
LE : 
rier de 
partieu 
donne 
régle L 
gneurs 
tes les 
gafins ] 
quatorz 
vinces 
tée au 
plufieu 
me en. 
foit fa : 
& l’on 
duite a 


CHOX 
fouvenir 
les Lang 


VII] 


| A 
monies avec 


r fon équité, 
éthode pour 
nt. Les Let. 
fatin de di. 
& le jour de 
onies , ac- 
fert de Tri. 
dans la falle 
efe revêtir, 
de cet hon. 
c du Peuple, 
lui apporte, 
utes les Na. 
é comme le 
ait donner à 
toutes les Na. 
bn le confer. 
ur & de dis. 
puvent on en 
aire Jéfuite, 
uverneur fur 


lement dans 
& de dédain, 
Office, pour 
: l'Empereur 
ufe foule de 
air railleur, 
r tout le riz 
fa chaife & 
fols. Enfin 
à l'entrée de 


& militaire, 


ufage, dont 
 toûjours à 
me les Ma- 


lière.] Les” 


Cours Pro- 
ÉnÉraux de 
l'Empire 


Hi Ca) Magalhaens écrit Lo-pu. [On doit fe 


DE LA CHINE, Lrv. I. Cnar. VI. s05 


l'Empire, qui font fixés à Peking &: devant lefquels reffortiflent toutes les 
grandes affaires , pour l'éxamen & pour la décifion. ut) 1414 


Tribunaux Suprêmes , ou généraux. 


UTRE le grand Tribunal, qui fe nomme Nuiyuen, & dont on a déja 
parlé, on compte dans l’intérieur du Palais onze autres Tribunaux Sou- 
verains dont le pouvoir & l'autorité s'étend dans toutes les Provinces de l’Em- 
pire ; fix qui font pour les affaires civiles & quifenomment Lew-pu (a); cinq, 
nommés U-fu, pour les affaires militaires. 

Le premier des fix Tribunaux civils porte le nom de Li-pu , qui fignifie, 
Tribunal des Magiftrats. Son objet eft de fournir des Officiers aux Provinces 
de l'Empire, de veiller fur leur conduite , d'éxaminer leurs bonnes & .leurs 
mauvaifes qualités & d’en rendre compte. à l'Empereur, qui les élève ou les 
dégrade fuivant leur mérite. C’eft à proprement parler le Tribunal,des. In- 
quifiteurs de l'Etat. Cette Cour a fous elle quatre autres Tribunaux. Le pre- 
mier , nommé Ven-fwen-fu, choifit ceux qui font capables de pofléder les 
grands Offices de l'Empire. Le fécond, qui fe nomme Xau-kong-fu, éxamine 
la conduite des Mandarins. Le troifième, appellé Nyen-fong-fu, fcelle tous 
les actes judiciaires, afligne aux Mandarins de différens Ordres & de différens 
Offices les fceaux qui leur conviennent, éxamine fi les fceaux & les dépêches 
qui viennent à la, Cour font vrais ou contrefaits. Le quatrième, fous le nom 
de Ki-kyong-fu, éxamine le mérite des Grands de l'Empire; c’eft-à-dire, des 
Princes du Sang, des Regules, & de ceux qui portent le titre de Ducs, de 
Marquis, de Comtes, ou les noms Chinois qui y répondent. Les Seigneurs 
de ce dernier Ordre fe nomment Æyang-chin, .ou Anciens Vaflaux. Ce font 
des gens affeétionnés, qui ont rendu de grands fervices à la Famille régnante 
dans la guerre des Tartares. 

Le fecond Tribunal fuprêéme, nommé Hu-pu, c'eft-à-dire, Grand Tréfo- 
rier de l'Empereur, a la furintendance des finances, avec le foin du domaine 
particulier, des tréfors, de la dépenfe & des revenus de ce Monarque. Il 
donne des ordres pour: les appointemens des Officiers & pour les penfions. Il 
régle la diftribution de l’argent, du riz, & des étoffes de foie entre les Sei- 
gneurs & tous les Mandarins de l’Empire. Il garde un regître éxaét de tou- 
tes les familles, de tous les tributs, de toutes les douanes & de tous les ma- 
gafins publics. Mais pour traiter une fi prodigieufe multitude d’affaires, il a 
quatorze Tribunaux fubordonnés, qui portent chacun le nom d’une des Pro- 
vinces de l'Empire. La quinzième, qui eft celle de Pe-che-li, n’eft pas comp- 
tée au rang des autres; parce qu'étant le fiége de l'Empereur elle jouit, à 
plufieurs égards, des priviléges de la Cour & de la Maifon Impériale, com- 
me en jouifloit autrefois la Province de Kyang-nan lorfque l'Empereur y fai- 
foit fa réfidence. Elle avoit fix Tribunaux fupérieurs comme ceux de Peking, 
& l’on ne comptoit alors que treize Provinces. Mais les Tartares l’ayant ré- 
duite au rang des autres en ont fait la quatorziéme. | 

| Le 


rend ici la prononciation Chinoife fort incer- 
fouvenir que la voyelleu fe prononce eu dans  taine,] 
les Langues Portugaifes & Italiennes ; ce qui 


VIII. Part. Qq 


GOUVERNE: 
MENT 
DE LA CHINE. 


Douze Tri. 
bunaux Sou- 
verains. 


Premier Tri- 
bunal fuprê- 
me & Tribu- 
naux fubor- 
donnés, 


Second Tri. 
bunal fuprè- 
me. 


Gouvrane- 
MENT 


DE LA CHINE. 


Troifième 
Tribunal fu- 
prême, 


Quatre Tri- 
‘ bunaux quiaf- 


fiftent celui 
des Li-pus. 


Quatrième 
Tribunal Su- 
prême & fes 
Tribunaux fu- 
bordonnés, 


.306 


fa, diftribue les Officiers 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


Lœ troifième Tribunal fuprême fe nomme Li-pu, c’eft-à-dire, le Tribünal 
des Rites. Quoique ce nom paroifle le même que celui du premier Tribu- 
nal, la prononciation de Li, qui eft différente, lui fait fignifier Mandarins 
(h) dans la première acception & Rites dans la feconde. Cette Cour eft in- 

ituée pour veiller à l’obfervation des rites & des cérémonies, & au pro. 
grés des Arts & des Sciences. Elle eft chargée aufñli de la mufique Impériale. 
Elle éxamine ceux qui afpirent aux Degrés & leur accorde la permiflion de 
venir à l'éxamen. On la confulte fur les titres d'honneur & fur les autres 
marques de diftinétion dont l'Empereur veut gratifier ceux qui le méritent par 
leurs fervices. Elle a le département des Temples, & des facrifices qui font 
‘offerts par Sa Majefté, celui des Fêtes Impériales & celui des Ambaffadeurs, 
avec la direétion des Arts libéraux & celle des Loix ou des trois Religions éta- 
blies dans l'Empire. En un mot, c’eft une efpèce de Tribunal Eccléfiaftique, 
devant lequel les Miflionaires font obligés de paroître dans le tems des per- 
fécutions. Le Tribunal des Li-pus éft'añifté par quatre Tribunaux inférieurs, 
dont le premier, nommé J-chifu, ou le Tribunal des affaires importantes, 
régle & diftribue les titres & les patentes des Regules, des Ducs, des . F/ong- 
tus, des Viceroïs & des autres grands Officiers de l'Empire. Le feéond, qui 
fe nomme Su-fi-fa, préfide aux facrifices Impériaux, aux\Temples, aux Ma- 
thématiques, & aux Religions approuvées & tolérées. Le nom du troiïfième 
eft Chu-ke-fu, & fon emploi, de recevoir ceux qui fontenvoyés à la Cour. Le 
En qui s'appelle Sing-/en:chu a-la diréétion de’ la table de l'Empereur 

des fêtes qu’il donne aux Grands & aux Arnbaffadeurs. NON 

La quatrième Cour Suprême fe nomme ‘Ping-pu , ou le Tribunal des ar. 
mes.  Élle a fous fes orüres coute la milice ‘de l'Empire , dans laquelle font 
compris, avec les Soldats, tous les Officiers généraux & particuliers. Elle 
veille à l’obfervation de leurs éxercices , à la réparation des Places de guer. 
re, à l'entretien des Arfenaux & des Magafins, à la fabrique des armes; en 
un mot, à tout ce qui concerne la défenfe &'la sûreté de FEmpire De qua- 
tre Tribunaux inférieurs dont elle eft afliftée ; le premier, nommé 4-/iun-fu, 
difpofe de tous les emplois militaires, ‘& prend foin que la difcipline foit bien 
obfervée dans cous les co de troupés. Le‘fécond, qui fe nomme Che-fong- 

les Soldats dans leurs quartiers, : pour le maintien 
de la tranquillité publique, füur-tout-pour garantir les Villes @& les grands che- 
mins de toutes fortes de brigandages & de vols. ‘Le troifième s'appelle C- 
kya-fu. Il'a la furintendance des chevaux de l'Empire, des poftes @ des Hô- 
telleries Impériales, des Barques qui font établiès pour le tranfport des vivres 
& des provifions militaires. Le quatrième, appellé Fu:ka-fu, préfide à la fa- 
brique des armes & à la fourniture des Arfenaux (c). 

NavarETTE obfervé que cette Cour, qu’il nomme Martiale, a de plus 
quelques autres Jurifdiétions, puifque ce fut devant elle que les Miffionaires 
furent obligés de paroître pour recevoir l’ordre de leur banniflement. A 
| ‘alligna 


gnifie Mandarin; To-co, Rites; & Churgan, 
Tribunal. 

(ce) Relation de Muagalhaens, pag: 205; & 
Du Hüide, pag. 249. 


(b) Magalhaens obferve qu'il ne fe trouve 
pas de ces mots équivoques dans la Langue 
Tartare. Le Tribunal des Mandarins s’appelle 
dans cette Langue Tfa-fau-chur-gan ; & le Tri- 
bunal des Rites, Zo-ko-chur-gan, Tfu-fau fi- 


M-dins & 


pa 
la To 


elle que 
ce Y'É 

LA 

ouvrag 
de l'E 
des fég 
tours, 
vières, 
rues » 
font a 
& les d 
te, al 
tiers, € 
pellé 
chauffé 
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Ces 
de l’Eft 
longue 
gées de 
lieu, q 
pañfe de 
ques à 
bunal s 


cette fe 
fervent 
mange 
pargne 
eux à 
cretair 
l'efpac: 
cour ( 
Su! 
la mèr 
uns de 
les on 
le. 
Enélic 


(a) 
te, pat 
de, pa 


le Tribina) 
ier Tribu- 
Manderins 
Cour eft in. 
& au pro. 

> Impériale, 
rmiflion de 
r les autres 
éritent par 
ces qui font 
baffadeurs, 
eligions éta. 
léfiaftique, 
s des per- 
inférieurs, 
portantes , 
des F/ong- 
econd, qui 
s, aux Ma. 
u troïifième 
a Cour. Le 
l'Empereur 


na] des ar 
quelle font 
iers. Elle 
:s de guer. 
armes; en 
e De qua- 
Vu-fiun-fu, 
ne foit bien 
e Che-fong- 
e maintien 
rands che- 
ppelle Ch. 
& des Hô- 
des vivres 
le à la fa- 


a de plus 
liffionaires 
ent. Elle 

‘affigna 


. Chur-gan, 
18, 205; À 


DE LA CHINE, Liv.ll Cuar. VI. 307 


afigna aufñfi des Barques, une Garde & des Officiers pour les conduire (4). 

1. nom du cinquième Tribunal fuprême eft Hin-pu, qui revient à celui de 
la Tournelle ou de la Chambre criminelle des Parlemens de France. Elle a fous 
els quatorze Tribunaux fubordonnés; c'eft-à-dire, un pour chaque Province 
ce l'Empire. 

LA fixième Cour & la dernière, qui fe nomme Xang-pu, ou le Tribunal des 
ouvrages publics, a pour objet la réparation des édifices publics, des Palais 
de l'Empereur, de ceux des Tribunaux des Princes du Sang, & des Vicerois, 
des fépultures Impériales | des temples, &c. Elle a la furintendance des 
tours, des arcs de triomphe, des ponts, des chaufléés, des digues, des ri- 
viéres, des canaux, des lacs, & des travaux néceflaires à la Navigation, des’ 
rues, des grands chemins, dés barques, &c. Les Tribunaux fubordonnés 
font au nombre de quatre. Le premier, nommé Win-chin-fu, prépareles plans 
& les deffeins se ouvrages publics. Le fecond, qui s'appelle Tu-beng- 
tfe, a la direétion de tous les ateliers Impériaux de Menuifiers, de Charpen- 
tiers, de Maçons, &c. dans toutes les Villes de l'Empire. Le troifième, ap- 
pellé Tong-chew-itfe, s'emploie à la réparation des canaux, des ponts, des 
chauflées, des routes, & à rendre les rivières navigables. Le quatrième, 
nommé Tfu-tyen-tfe , prend foin des maifons Impériales, des parcs, des jar- 


Mu dins & des vergers. [ Il les fait cultiver & en perçoit (e) le revenu.] 


Ces fix Tribunaux ont Jeurs fiéges près du Palais de l'Empereur, du côté 
de l’Eft. Chacun jouit d’un grand tes quarré, d’une portée de moufquet de 
longueur dans toutes fes dimenfions, divifé en trois parties, ou en trois ran- 
gées de cours & d'appartemens. Le premier Préfident occupe la divifion du mi- 
lieu, qui commence à la rue, où eft une grande porte avec trois portaux., On 
paife de-là par d’autres portes & par d’autres cours, qui font ornées de porti- 
ques & de galleries foutenus par des piliers, jufqu'à la grande falle où le Tri- 
bunal s’aflemble. Au-delà de cette falle, on traverfe une autre cour, pour 
arriver à une falle moins grande, où le premier Préfident fe retire avec fes 
Affiftans lorfqu'il.a quelque affaire particulière à difcuter. Dés deux côtés de 
cette falle & au-delà font diverfes chambres & d’autres falles. Les chambres 
fervent au Préfident & aux Mandarins du Tribunal, pour s’y repofer & 
manger les alimens qui leur font fournis par l'Empereur, dans la vûe d'é- 
pargner le tems qu! faudroit perdre s'ils étoient obligés de fe rendre chez 
eux à l'heure du dîner. Les falles font pour les premiers Commis, les Sé- 
cretaires., & les autres Officiers. fubalternes. ‘Les deux autres divifions de 
Rs Rene aux ‘Tribunaux inférieurs qui dépendent de la même 
cour 

SuIvaNT le récit de Navarette , la forme & la ftruéture des édifices eft 
la même dans tous les fiéges des fix Tribunaux, excepté qu'il y en a quelques- 
uns de plus gros que les autres.. Chaque tribunal a trois portes , fur lefquel- 
les on voit en peinture plufeurs géans terribles, pour épouvanter le Peu- 
ple.. Il n'eft permis qu'aux Mandarins & aux perfonnes d'une haute dif- 


tinétion de pañler par la porte du milieu, qui eft fort grande. Les deux au- 
: tres 


(e) Relation de Magalhaens, pag. 213. Du 
Halde, pag. 250. 
(f) Magalhaens, ubi fup. pag. 209. 


Qa 2 


Cd) Defcription de la Chine par Navaret- 
te, pag. 19. Magalhaens, pag. 213, Du Hal- 
de, pag. 240. 


Gouverwz- 
MENT 

DE LA CHINE, 

Cinquième 
Cour fupré- 
me. 

Sixième 
Cour, 


Siéges de ces 
fix Triby- 
naux, 


Salles & 
Chambres. 


GOUVERNE. 


MENT 


DE LA CHINE, 


Officiers des 


Tribunaux. 


Siéges des 
Tribunaux in- 


férieurs, 


Etendue de 
la jurifdiétion 
des Tribu- 
paux fupré- 
mes. 


38 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


tres font pour les folliciteurs & les cliens du Tribunal. On entre dans une 
grande cour, par trois chemins qui aboutiflent aux trois portes. Celui du 
milieu eft plus haut de quelques pieds que les autres. Il a vers le milieu, 


une arche de pierre, avec une autre porte. Des deux côtés de cette place - 


d'entrée, on voit quantité de chambres pous les Sécretaires | les Solliciteurs 
& les autres Officiers. Ces lieux ne manquent jamais de Temple.  Vis-à-vis 
les portes on voit de grandes falles, accompagnées d’autres lieux où fe tien. 
nent les Tribunaux. Chacun des Tribunaux fuprêmes a quatre grandes cham- 
bres, pour des Mandarins d'un rang inférieur , qui font chargés d'affaires 
moins importantes (£). 

CHAQUE Tribunal eft compofé de deux.Préfidens , avec quatre Affi- 
flans; & de vingt-quatre Conféillers, douze defquels font Tartares, & dou- 
ze Chinois, On regarde ce partage comme un trait admirable de la politi- 
que du Conquérant, qui en doublant ainfi le nombre- des Conféillers , fit 
entrer les Tartares dans l’adminiftration fans mécontenter les Chinois (b). 

MaAGaALHAEzENs prétend que les premiers Préfidens des fix Tribunaux Su- 
prêmes font du fecond degré des Mandarins du premier ordre () & qu'ils 
portent le nom de Chang-chu (k) , qui eft annéxé, dit-il, au premier Préfi- 
dent de chaque Tribunal. Ainfi celui du. Tribunal des Rites s'appelle Li-pu- 
chang-chu.. Chaque Préfident a deux Affiftans, dont le premier fe nomme 
Tfo-chi-lang, ou Préfidént de Fa main gauche ; & l’autre, Ten-chi-lang, ou 
Préfident de la main droite, tous deux du premier degré des Mandarins_ du 
fecond ordre. Ces Préfidens & ces Affiftans ont plufieurs autres citres, L'un 
fe nomme Ta:tang; c'eft-à-dire, grande ou première falle. Un autre por- 
te le nom de Salle de la gauche ; un troifième, celui de Salle de la droite 

LEs quarante-quatre Tribunaux inférieurs ont aufñii leurs palais & leurs fal. 
les, qui font fitués dans l'intérieur dé l’enclos auquel ils appartiennent. Ils 
ont chacun deux, Préfidens , & vingt-quatre Confeillérs, fans parler d’un 


. grand nombre, de Commis, dé Sécretaires , de Maffiers, de Meflagers, de 


Prevôts, de Sergens, de Bedeaux, de Cüifiniers, & d’autres Officiers (7) 
fubalternes. 

Comme il féroit difficile , dans un fi grand nombre d'Officiers:,. dé trou- 
ver ceux dont on a befoin, on vend un Livre, qui pourroit porter le nom 
d'Etat préfent de la Chine , où font les noms , les furnoms & les emplois de 
chacun, avec. des marques qui fervent à diftinguer s'ils font Chinois ou Tar. 
tares, Doéteurs ou Bachéliers, &c. On y trouve aufñffi les changemens qui 
arrivent, füur-tout pour les Officiers militaires ; & ces changemens avec des 
ro mobiles, afin qu’il ne devienne pas néceflaire. deréimprimer le (m} 

ivre. 

La jurifdiétion des Tribunaux Souverains s’étend für toutes les Provinces, 
& prefque für tout ce qui appartient à la Cour de l'Empereur. Ils n'ont pas 
d'autre fupérieur que l'Empereur même, ou le grand Conféil. Lorfque Sa 
Majefté juge à propos d’aflémbler fon grand Confeil pour quelque affaire im- 


: portante. 
(g) Navarette, pag. 19.. (&) Ce mot Chinois fignifie Premier Pré 
(b) Du Halde, wbf fup. pag. 249. fident. In Tartare, c'eft Aliogamba. 
Ci) La. Traduétion Augloïfe met du-fecond (4) Magalhaens, pag. 20. 
Orüre. Cm), Du Halde, pag. 69, 


ortante 
fente fes 
pereur 
figne de 
dre fes o 
des qui 
au titre 
fente ( 
CES 
propre. 
du papi 
Tribuna 
fuite to 
fa tête, 
portée a 
dens , O 
fait rend 
portuné 
Préliden 
l’'éxamer 
envoyé : 
quelque 
changer 
au mém 
ftans , il 
d'Etat, 
muniqué 
en recor 
Majeité 
premier 
cès dem 
nal de P 
trôleur | 
Préfiden 
quer (p 
Ja: 
l'Emper 
fois néc 
cordent 
qui doiv 
uniquerr 
dante da 
IL n’ 
confort 


dans une 
Celui du 
e milieu, 
ette place - 
Solliciteurs 

is-à-vis 
où fe tien. 
des cham. 
d'affaires 


atre Afi. 
s, & dou- 
la politi. 
eillers , fit 
inois (b). 
unaux Su. 
) & qu'ils 
ier Préfi- 
elle Li-pu- 
e nomme 
i-lang , ‘ou 
darins du 
tres. L'un 
autre por- 
la droite, 
leurs fal. 
nent. Ils 
irler d’un 
agers , de 
iciers ( 1) 


. dé trou- 
r le nom 
nplois dé 
sou T'ar 
mens qui 
avec des 
ner le (m} 


'Ovinces, 
n'ont pas 
rique Sa 
faire im- 
portante. 


mier Pré. 
LÀ 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VI 309 


rtante qui a déja été jugée par une des Cours fuprêmes , cette Cour pré. 
fente fes demandes aux jours marqués; & fouvent elle en confère avec l'Em. 
pereur même, qui les approuve ou qui les rejette. S'il les approuve , il les 
figne de fa propre main. Mais S'il les retient, la Cour eft obligée d'atten- 
dre fes ordres, qui lui font communiqués par un des Xo-laus. Les deman- 
des qui font préfentées par les Préfidens des Cours fuprêmes doivent porter , 
au titre , le fujet du Mémoire, & finir par l'opinion de la Cour qui les pré- 
fente (n). 

Ces fix Tribunaux ont, dans leurs procédures, une méthode qui leur eft 
propre. Un Particulier qui a quelque affaire, l'expofe d'abord par écrit, fur 
du papier dont la grandeur & la forme font réglées. Il fe rend au Palais du 
Tribunal, où il frappe fur le tambour qu’il trouve à la feconde porte. En- 
fuite tombant à genoux & tenant fa fupplique des deux mains à la hauteur de 
fa tête, il attend qu’un Officier chargé de ce foin vienne la prendre.  Elleeft 
portée aux Mandarins de la grande falle, qui la donnent aux premiers Préfi- 
dens, ou, dans leur abfence, à leurs Afiftans. Si elle eft rejettée , on la 
fait rendre au fuppliant, & fouvent on le condamne au fouet, pour avoir im- 
portuné la Cour par une demande ridicule. Si elle eft admife, le premier 
Préfident l’envoye au Tribunal inférieur, que cette affaire regarde. Après 
l'éxamen qui s'en fait dans cette Cour, le jugement qu'elle en a porté eft 
envoyé aux (Premiers Préfidens , qui ajoûtent quelquefois ou qui diminuent 
quelque chofe à la fentence, ou qui ne font que la confirmer fans aucun 
changement. Si c’eft une affaire de la dernière importance, ils ordonnent 
au même Tribunal de réduire le cas par écrit; & l’ayant 1à avec leurs Afi- 
ftans , ils l’envoyent au Contrôleur (0), qui le communique au Confeil 
d'Etat, logé dans le palais meme de l'Empereur. If y eft éxaminé , & com- 
muniqué à l'Empereur, qui le fait ordinairement renvoyer au Tribunal pour 
en recommencer l'éxamen, Ilrevient enfüuite, par les mêmes voies, à Sa 
Majefté Impériale , qui porte enfin fon jugement. La fentence retourne au 
premier Préfident du Tribunal. Elle eft notifiée aux deux Parties, & le pro- 
cès demeure terminé. Si c’eft une affaire qui vienne de quelque Tribu- 
nal de Province à la Cour, le mémoire eft envoyé, fous un fçeau, au Con- 
trôleur Impérial , qui l’ouvre pour le lire, & qui le communique au premier 
Es LAPA après quoi l'on procède, fuivant la forme qu’on vient d’expli- 
uer (p). 

* (EE Vrn les fix Cours fuprêmes ne prennent part ::x affaires d'Etat, fi 
l'Empereur ne juge à propos de les leur communiquer; ce qui arrive quelque- 
fois néceffairement, parce qu'ayant befoin l’une de l’autre, ilfaut qu’elles s’ac- 
cordent pour les préparatifs d'argent, de troupes, d'Officiers & de munitions, 
qui doivent être faits aux tems marqués. Cependant, chaque Cour fe renferme 
uniquement dans les affaires qui la regardent; & la matière eft coûjours abon- 
dante dans un Empire d’une fi vaîte étendue (4). 

Iz n’y auroitpoint d'État plusheureux que la Chine, ff tous les Mandarins fe 
conformoient éxaétement aux Loix de leur Pays. Mais dans un fi grand Eu 

"Officiers 


d'Infpeéteurs, dont on parlera bien-tôt.. 
) Magaihaens, pag. 203, 
(q) DuHalde, pag, 69, 


(n) Magalhaens,. pag. 201. Du Halde, pa- 


ge 7o. 
(o) IHyaun Tribunal de Controlleurs Q 
ga 


Gouvenne. 
MENT 
D£ LA CHINE, 


Leur métho- 
de dans les 
procédures. 


Fraudes qui 
fe gliffent 
dans le Gou- 
vernement.. 


Gouverne- 
MENT 
DE LA CHINE 


Deux pré- 
cautions con- 
tre Je pouvoir 
exceffif des 
Tribunaux 
Suprêmes. 


Kolis ou 
Infpeéteurs, 


/ 
VOYAGES DANS L'EMPIRE 


310 


d'Officiers, il s’en trouve toûjours quelques-uns qui facrifient le bien public à 
leurs incérêts particuliers. Les fubalternes employent toutes fortes de rufes & 
d'artifices pour tromper les Mandarins fupégeurs, tandis que ceux-ci s'effor. 
cent d'en impofer aux Tribunaux fuprémes & quelquefois meme à l'Empereur, 
Ils ont tant d’adrefle à déguifer leurs vües fous des expreifions humbles & fla. 
teufes, & dans les Mémoires qu'ils préfentent ils affeétent un air fi définté. 
reflé, qu'un Prince a befoin d'une extrême penétration pour découvrir la vé. 
rité (r) au travers de tant de voiles. Kang-hi, dernier Empereur, poflédoit 
cette qualité dans le plus haut degré; ce qui n'empecha pas que malgré toute 
fa vigilance on ne vit naître fous fon régne unie infinité de défordres. Mais 
Yong-ching, fon quatrième fils, qui monta fur le Trône après lui, trouva, 
comme on l’a déja remarqué (s), le moyen de remédier au mal, en accor. 
dant, aux lof tout, de grofles fommes pour les frais de leur commiffion, 

Comme il feroit à craindre que des Corps aufñfi puiffans que les Tribunaux 
Suprêmesn’affoibliffent par degrés l'autorité de l'Empereur, lesLoix ont pour. 
vû doublenient à ce danger. 1°. Aucun de ces Tribunaux n’eft revêtu d’un 
pouvoir abfolu pour juger des matières qui reflortiffent à lui. Il lui faut l’a. 
flance d’un autre, & quelquefois de tous les autres enfemble, pour l’éxécu- 
tion de fes decrets. Par éxemple, la milice eft foûmife au quatrième Tribu- 
nal fuprême; mais pour le payement elle reffortit au fecond, tandis que pour 
les barques, .les chariots, les tentes, les armes, &c. elle dépend du fixième, 
Ainf, fans la concurrence de ces différens Tribunaux on ne peut foûtenir au- 
cune entreprife militaire; & le cas eft le même pour toutes les affaires d’im- 
portance qui concernent l'Etat. 2°. Rien n'eft mieux imaginé, pour fervir 
de frein aux Magiftrats des Tribunaux Suprêmes, que l’établiffement d’un Vi- 
fiteur, nommé Xo-tau ou Ko-li, c'eft-àa-dire, Infhetteur ou Cenfeur, dont l'of. 
fice eft d’aflifter à toutes leurs affemblées & de revoir leurs aétes, qui doivent 
lui être communiqués. Il ne peut lui-même décider de rien; mais il doit pren- 
dre connoiflance de tout ce qui fe pafñfe dans chaque Tribunal, & fecrétement 
informer l'Empereur de toutes les fautes que les Mandarins commettent, non- 
feulement dans l’adminiftration des affaires , mais même dans leur conduite 
particulière (+). Ilya, dans tous les Palais des Tribunaux, une falle & un 
appartement pour le Ko-i, qui n'a de part aux affaires qu'en qualité de Con- 
trolleur ou d’Infpeéteur (v). , 

Ces Ko-lis font redoutables aux Princes mêmes du Sang; comme on a dû 
l'obferver à l’occafion d'un Prince, qui, dans la crainte de leurs accufations, 
fit abbattre une maifon qu'il avoit bâtie avec trop de magnificence, Leur au- 
torité s'étend jufqu’a les mettre en droit d’avertir l'Empereur lorfqu'il donne 
quelque mauvais éxemple, ou lorfque fe livrant au plaifir & au luxe il néglige 
quelque partie de fon devoir. Quoique cette hardieffe les expoñe à de fort mau- 
vais traitemens , ils n'abandonnent guères leur entreprife fans avoir obtenu 
ce qu'ils defirent (x), Le Pére le Comte en rapporte un éxemple fort re- 
marquable : 

UN 


Le Comte, pag. 264. Du Halde, page 259+ 
(v) Magalhaens, ibid. 
(x) Navarette, pag. 18. 


(r) Magalhaens , pag. 204 & 250. & Du 
Halde, pag. 257. 
(s) Voyez le Paragraphe précédent. 
(t) Magalhaens, bi Jup. pag. 201 & 204, 


UN E 
entreten 
eine de 
fi faire 1 
que tems 
voyant p 
mére , pe 
peét filial 
eut le co 
fupplice. 
préfenta 
facrifier 
qu’à la pa 
ah é 
on éxem 
deéxécut 
de perdre 
troifième 
que qu'il 
» par la 
» Plusre, 
entend 
» re. Ils 
» nuit vC 
reur, plu 
put imag 
volontair 
Enfin la ç 
& foit qu 
il déclara 
traité fes 
d’avoir ct 
(y) dans 


modèle d 


A PR 
£ tio 
fçavoir. 
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ls memt 

CEST 


n public à 
de rufes & 
-Ci s'effor. 
"Empereur, 
bles & fa. 
fi définté. 
vrir la vé. 
+ poflédoit 
algré toute 
res. Mais 
» trouva, 
en accor. 
mmiffion, 
Tribunaux 
K ont pour. 
evêtu d’un 
i faut l’aï. 
ur l’éxécu. 
ème Tribu. 
s que pour 
du fixième, 
oûtenir au- 
aires d’im- 
our fervir 
nt d’un Vi. 
dont l’of. 
ui doivent 
doit pren- 
2crétement 
cent, non- 
r conduite 
alle & un 
té de Con- 


e on a dû 
cufations, 

Leur au- 
u'il donne 
il néglige 
: fort mau- 
ir obtenu 
le fort re- 


UN 


Age 2 59 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. VL 


UN Empereur ayant banni fa mère dans une Province éloignée, pour avoir 
entretenu un commerce trop ubre avec un Seigneur de la Cour, défendit fous 
eine de mort aux Mandarins, qu’il jugeoit mécontens de cette rigueur, de 
fi faire la-deffus leurs repréfentations. 1ls gardérent le filence pendant quel- 
que tems, dans l’efpérance qu’il pourroit changer de difpofition ; mais le 
voyant perfifter dans fes reffentimens, ils réfolurent de parler en faveur de fa 
mére, parce que la manière dont il l’avoit traitée leur paroifloit bleffer le ref- 
pet filial, qui eft en fi haute recommandation à la Chine. Le premier qui 
eut le courage de préfenter fa requête à l'Empereur, fut envoyé fur lechamp au 
fupplice. Sa mort arrêta fi peu les autres, que deux ou trois jours après il s’en 
préfenta un.avec les mêmes plaintes; & pour faire connoître vos étoit prêt à 
facrifier fa vie pour le bien public, il fe fit accompagner de fon cercueil juf- 
qu’à la porte du Palais. L'Empereur, irrité plûtôt qu'adouci par une aétion fi 
énéreufe, crut devoir infpirer la terreur à ceux qui feroient tentés de fuivre 
fm éxemple, en le condamnant à mourir dans les tourmens. Mais cette fecon- 
de éxécution ne fut pas capable de refroidir les Mandarins Chinois. Ils réfolurent 
de perdre la vie l’un après l’autre, plûtôt que de renoncer à leur entreprife. Un 
troifième fe dévouant au fupplice comme les deux autres, protefta au Monar- 
que qu'il ne pouvoit le voir plus long-tems coupable: ;, Que perdrons-nous 
» par la mort? lui dit-il; rien que la vûe d'un Maître que nous ne pouvons 
» Plus regarder fans étonnement & fans horreur. Puifque vous refufez de nous 
, entendre, nousirons joindre nos Ancêtres & ceux de l’Impératrice votremé- 
» Te. Ils écouteront nos plaintes, & peut-être que pendant les ténebres de ja 
» huit vous entendrez les reproches de leurs ombres:& des nôtres.  L'Empe- 
reur, plus indigné que jamais, le fit expirer dans lesplus cruelstourmens qu'il 
put imaginer.  Plufieurs autres, encouragés par ces éxemples, s’expoférent 
volontairement au même fort & moururent en effet martyrs du refpeët filial. 
Enfin la cruauté de l'Empereur fe laiffa vaincre par cette conftance héroïque; 
& foit qu’il fût effrayé des conféquences, ou qu'il ouvrîtles yeux fur fafaute, 
il déclara que fe règardant comme le père de fon Peuple il fe repentoit d’avoir 
traité fes enfans avec tant de rigueur, comme il regrettoit, en qualité de fils, 
d’avoir chagriné fi long-tems fa mère. Il rappella cette Princefle & la rétablit 
t(y) dans fa première dignité; [ & enfüuite le refpeét qu'il eut pour elle, fut le 
modèle de celui que fes Sujets eurent pour lui.] | 


31 


(3) Le Comte, pag. 254. 
Divers autres Tribunaux de Peking. 


‘À PRES les fix Cours fuprêmes, le Tribunal qui mérite le plus d’atten- 
c tion fe nomme Hunslin-yuen, c'eft-à-dire, Bois ou ardin floriffant en (a) 
frawir. 11 eft compofé des nouveaux Doéteurs, ou Tfin-tfes, qui prennent 
leurs degrés à Peking tous les trois ans. (C'eft une efpèce d’'Académie, dont 
ls membres font les plus grands génies & les plus fçavans de l’Empire. - 
C'EsT à ces Doéteurs queles Loix confent l'éducation de l’héritier du Trô- 
ne. 


(a) On a parlé ci-deflus de ce noi, 


Gouvrrwe- 
MENT 
DE LA CHine, 
Exemple fin. 
gulier de fer- 
meté, 


Han:lin, 
Tribunal des 
Lettrés, 


GOUVERNE: 
MENT 
DE LA CHINE, 


Deux Tribu: 
paux pour les 
defcendans de 
l'Empereur, 


Tfu-kyen, 
ou Tribunal 
de l'Ecole Im- 
périale, 


Ju-hya, Tri- 
bunal civil & 
militaire. 


Du Halde, pag. 231. 


512 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ne. Ils doivent lui apprendre, avec.les Sciences, le grand 
ment. lis font chargés d'écrire l'Hiftoire générale de l'Empire, % ps sh nel. 
lir tous les événemens qui méritent d'être tranfmis à la poltérité, Leur +4 
feflion eit d'étudier continuellement & de compofer des Livres utiles. Ils En 
proprement les Lectrés de l'Empereur, qui s'entretient des Sciences avec ra 
& qui tire fouvent de leur Corps fes Ko-laus & les Préfidens des Cours fu " 
mes. Les Doéteurs Han-lin font divifés en cinq claffes, qui Se + Si 
tant de Tribunaux, Ceux du premier appartiennent au troifième Ordre xoA 
Mandarins ; ceux du fecond, au quatrième Ordre, & ceux des trois dre 
au cinquième (b). Il paroîc que le principal objet de cet établiffement el 
d'encourager l'Etude par les honneurs qu’on rend aux Lettrés. 

PEkING a deux ‘lribunaux, dont l'office eft de prendre connoiffance de 
affaires qui regardent les defcendans de la famille Impériale. Le premier 
qui fe nomme TJong-jin-fu, a l'infpeétion de celles des Princes de la ligne maf. 
culine. Les Préfidens & les Afiftans de cette Cour font Princes ou Regules: 
mais les Officiers inférieurs , qui recueillent les actes des procedures & les au. 
tres piéces, font tirés d'entre les Mandarins. C'eft dans les regîtres du Tfong- 
jin-fu qu'on écrit les noms des enfans de la famille Impériale, au moment de 
leur naiffance. On y écrit auffi les dignités & les citres dont ils font honorés 
(c). C'eft la même Cour qui leur paye leurs penfons, & qui les punit lorf. 
qu'ils font coupables, après leur avoir fait leur procès (4). 

Le fecond'fribunal, nommé #hang-fin, et compofé des parents de Sa Mz- 
jefté Impériale en ligne féminine. On a déja remarqué qu’elle en a de deux 
fortes (e). Elle choïfit les plus confidérables, & leur office eft le même ue 
celui du Tribunal précédent, avec cette différence , qu'ils font Mandarins +4 
premier & du fecond Ordre ; au-lieu que les Membres de l'autre Cour ne font 
d'aucun Ordre des Mandarins. Mais ceux du Whang-fin fe croyent plus ho. 
norés-du nom de leur Tribunal, ou de celui de Fu-ma (f), qui fignifie Parent 
de l'Empereur, que du titre de Mandarin, même du premier Ordre (g ). | 

Le Tribunal qui fe nomme Che-t/u-kyen, eft comme l'Ecole Impériale ou 
le Collége de tout l’Empire. 11 a deux offices, dont le premier eft de préfenter 
le vin dans les facrifices Impériaux. Le fecond confifte dans une infpeétion 
fur les Licenciés & les autres Lettrés, auxquels Sa Majeité confère des digni. 
tés & des titres; ce qui les rend en quelque forte égaux aux Bacheliers. ‘ 

_ Le Fu-hya eft un Tribunal mêlé , qui prend foin des Gradués, civils &mi- 
litaires. Il eft gouverné par quatre Préfidens, deux pour chaque faculté 
Les Bacheliers civils s’'éxercent fouvent à faire des difcours fur l'art de con. 
ferver l’Etat & de gouverner le Peuple. Dans la clafle militaire , les fujets 
fe prennent des Opérations de la guerre & de la Difcipline ; de la manièregé 
d'attaquer des Places fortes, de ranger une Armée en bataille, & ad matiè- 
res femblables. ] Les Mandarins de ce Tribunal font répandus dans toutes les 
Provinces & les Villes, où ils paflent moins pour des Magiftrats que pour 
des Profefleurs. Leur Préfident eft du quatrième Ordre des Mandarins , 

& 


(b) Magalhaens, 218. Navarette,pag. 18. pag. 250. 
(e) Voyez le Paragraphe précédent. 
) On trouve ailleurs Tima. 


(c) Voyez le Paragraphe précédent. ( 
(g) Magalhaens, pag. 239. 


(d) Magalhaens, pag. 239. Du Halde, 


& fes Af 
me Ordre 
Les 1 
font Cont 
Jent en d 
econd O 
tres du 3 
font du fi 
terventio 
eft de ve 
les partie 
au Peuple 
teurs dar 
un Chon 
aux neu 
nes, qui 
néraux s 
ceux-ci « 
buent le 
ne, & I: 
troifième 
tite vifite 
déguifés 
des Offic 
Outre c« 


pi le 
ofé par 
Fe faire 
dégrade 
rigibles. 
dent, u 
& des B 
tes les 2 


des choft 
Tartares 
fier ici, 


VIIl 


Gouverne. 
de recueil. 

eur pro. 
les. Ils font 
es avec eux 
ours fupré. 
pofent au. 
Ordre des 
trois autres 
{Mement eft 


biffance des 
premier, 
à ligne maf. 
ou Regules: 
es & les au- 
rs du T'{ong. 
moment & 
nt honorés 
punit lorf. 


s de Sa Mz. 
a de deux 
même que 

andarins du 

our ne font 
nt plus ho. 
re 
ipérfale ou 

e préfenter 
infpeétion 

: des digni. 

liers. 

ivils &mi- 

ue faculté, 

rt de con- 
les fujets 
la maniéreyés 
tres matiè- 
toutes les 
que pour 
fandarins , 


& 


dent. 


DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. VI. 313 


& fes Affiftans, qui font les Profeffeurs du Collége, doivent être du cinquié. 
e Ordre (4h). 
P'Lus A nduriss ui compofent le Tu-cha-yuen, autre efpèce de Tribunal, 
{ont Contrôleurs du Palais Impérial & de tout l'Empire. Leurs Préfidens égæ 
lent en dignité (5) ceux des fix Tribunaux fuprêmes. Ils font Mandarins du 
fecond Ordre. Les deux premiers Affiftans font du troifième , & les deux au- 
tres du quatrième. Tous les autres membres, dont le nombre eft fort grand, 
font du feptième Ordre. Ce Tribunal punit les petites fautes, fans aucune in- 
tervention; mais il doit informer l'Empereur des fautes capitales. Son objet 
eft de veiller foigneufement à l'obfervation des loix & des ufages dans toutes 
les parties de l'Etat, & de faire obferver leur devoir aux Mandarins comme 
au Peuple. C’eft dans cette vûe qu'ilenvoye, de trois entroisans, des Infpec- 
teurs dans les Provinces pour y faire une vifite générale, & chaque année 
un Chong-chay, qui eft une autre efpèce de Vifiteur. Il en envoye de même 
aux neuf quartiers des frontières, du côté de la grande Muraille, & aux Sali- 
nes, qui rapportent à l'Empereur un revenu confidérable. Les Vifiteurs gé- 
néraux s’enrichiffent des dépouilles du Peuple & decelles des Mandarins. Mais 
ceux-ci éxercent des rapines beaucoup plus éortes fur les Fermiers qui diftri- 
buent le fel dans les Provinces. Ce font les plus riches Particuliers de la Chi- 
ne, & la plûpart n’amaflent pas moins de quatre ou cinq cens mille écus. La 
troifième vifite, qui fe fait de trois en trois mois, fe nomme Syen-chay ou pe- 
tite vifite. On envoye fouvent des Infpeéteurs, fous des noms & des habits 
déguifés, dans les Provinces ou dans les Villes, pour y obferver la conduite 
des Officiers publics qui fe déshonorent par leur tyrannie & leurs extorfions. 
Outre ces vifites, il y en a d’autres qui fe font de trois en trois ans par les Hyo- 
yuen (k) & par les Ti-hyo (1), autres efpèces d'Infpeéteurs ; les premiers, qui 
font envoyés dans chaque Province ; les feconds ans les Villes; pour éxa- 
miner les Bacheliers & garantir le Peuple des violences auxquelles il eft ex- 
pofé par l'abus qu’ils font quelquefois de leurs priviléges. Ils ont le pouvoir 
de faire arrêter les coupables & de les condamner au fouet. Ils peuvent même 
dégrader & puniravec une févérité extraordinaire ceux qui demeurent incor 
rigibles. Enfin le même Tribunal envoye ; dans les occafions qui le deman- 
dent, un Vifiteur nommé Syun-bo, pour éxaminer l’état du Canal Impérial 
& des Barques ; commiffion qui rapporte plus d'honneur & de profit que tou- 
tes lés autres. 
Les Juges de ce Tribunal font logés dans un vafte Palais, où leurs Tribu- 
naux fubalternes font au nombre de vingt-cinq, divifés en cinq claffes, à cha- 
cune defquelles appartiennent cinq autres Tribunaux, avec leurs Préfidens , 
leurs Affiftans & leurs Officiers inférieurs. Les cinq de la première clafle fe 
nomment 


tat préfent de la Chine. 

(k) Voyez l’article précédent. 

(1) Les mêmes apparemment que ceux 
qu'on a nominés ci-deflus Zi-byo-tau. Les 
Traduéteurs Anglois mettent Ti-trio 3; mais 
c’eft une erreur, puifqueles Chinois n’ontpas 
la lettre r, 


b) Ibid. pag. 219 & 229. 

$) Remarquons que Magaïlhaens ne met 
qu'un Préfidenc & deux Affiftans dans chaque 
Tribunal ; mais comme il repréfente l’état 
des chofes tel qu'il étoit avant la conquête des 
Tartares, on ne fait pas difficulté de le rcéti- 
fier ici, pour donner une idée plus jufte de l’é- 


VIII, Part. Rr 


Gouvraw2: 
MENT 
DE LA CHINE, 
Tu-cha- 
yuen, ou Tri. 
bunal des 
Contrôleur:. 


Infpeteurs 
Syen-chay. 


Hyo-yuen & 
ihyo, pour 
les Letrés. 


Muititude 
de Tribunaux 
fubalternes. 


Leurs divers 
offices. 


CouvERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Chanfon par 
Jaquelie on 
exhorte les 
familles au 
devoir. 


Divifion des 
lifpeéteurs. 


Jufqu'où s’é- 
tend leur au- 
torité, 


814 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
nomment U-chin-cha-yuen , ou Vifiteurs des: cinq quartiers de Peking (m), 


Les quatre premiers ont l'infpeétion des murs qui environnent la Ville, & cd. 


lé des quartiers voifins. Le cinquième eft chargé des ‘murs intérieurs. Les 
Mandarins qui compofent ces Tribunaux jouiflent d’une très-grande autorité, 
Non-feulement ils ont le pouvoir de faire le procès & d'impofér des châti. 
mens aux domeftiques des Mandarins & des autres Seigneurs ; mais fi le cou. 
pable mérite la mort où confifcation de fes biens, ils peuvent l'envoyer au 
Tribunal criminel. 

Ceux de la feconde claffe portent le nom de U:ching-ping-ma-tfe , qui fi. 
gnifie Grands Preudts des cing quartiers. Ceux de la troifième claffe fe nom. 
ment Tang-quen, ou Prevôts inférieurs des-cinq quartiers. L'office des deux 
derniers eft de faire arrêter & mettre en prifon les malfaiteurs de toute efpi. 
ce, tels que les joueurs, les vagabonds, &c. d'entretenir des gardes pendant 
le jour & de faire des rondes pendant la nuit, de placer des fentinelles pour 
veiller aux accidens du feu, &c. Les Capitaines des Corps-de-garde dépen- 
dent auffi de ces. deux claffes. 1lya, de dix en dix maïfons, un Capitaine 
qui fe nomme Pay , &.de dix en dix Pays il y a un autre Capitaine nommé 
L-tong-bye, qui doit informer le Tribunal de tout ce qui fe pañle dans fon dis- 
triét, comme des défordres qui arrivent , des Etrangers qui entrent dans la 
Ville, &c. Il eit obligé de faire auffi chaque nuit une exhortation à chaque 
famille, par une efpèce de chanfon qu’il chante dans les rues, compofée de 
cinq couplets, dont voici le fens: ;, Obéïflez à vos parens. Refpeëtez les 
» vieillards & vos fupérieurs. Vivez dans l’union. Inftruifez vos enfans. Ne 
commettez point d’injuftice. 

Dans les petites Villes qui n’ont pas de Mandarins , le foin de faire ob. 
ferver ce devoir eft confié à quatre ou cinq Lau-jin , c'eft-a-dire, Vieillards, 
fous le commandement d’un Capitaine nommé Hyang-yo où Ti-fang. Cet 
Officier chante la même chanfon toutes les nuits. Le premier & le quin- 
ze de chaque mois il affemble les Habitans & leur explique les mêmes in. 
ftruétions dans un difcours, par des comparaifons & des éxemples (n ). 

Les Officiers que ce Tribunal envoye dans les Provinces, font tirés d’un 
Tribunal inférieur. de la même efpèce & fe nomment XKo-laus ou Ko-lis, 
c'eft-à dire , Infpeéteurs ou Cenfeurs. Ils font divifés en fix claffes , com. 
me les fix Tribunaux fuprêmes, dont ils tirent aufi leurs noms & leurs dis- 
tinétions. La première s'appelle Li-ko , c’eft-à-dire , Infpeéteurs du Tribu- 
nal Mandarin; la feconde, Hu-ko, ou Infpeéteurs du Tribunal de la Tréfore- 
rie; & de même pour toutes les autres. Chaque claffe n'étant compofée que 
de Mandarins du feptième Ordre (0), elles n'ont aucune fupériorité l’une 
fur l’autre, 

Lzur autorité eft fi grande, en qualité de Cenfeurs, qu’elle s'étend fur 
les fix Tribunaux fuprêmes & même fur les Grands. Les Princes, les Sei- 
gneurs & les Vicerois Tartares, ne font point à couvert de leurs accufations, 
quoiqu'ils foient immédiatement fous la protettion de la Cour. Ona déja 

v 


(m) Ceci ne regarde fans doute que la tiers. 
Ville Tartare, où eft le Palais; car le même (n) Magalhaens, pag. 227. Il donne ici em 
Auteur nous apprend queles deux Villes dont peu de mots un éxemple de ces Difcours.. 
Peking eft compofée ont chacune cinq, quat- (a) Le même, pag. 227: 


vû que, 
ofer à la 
ner leurs 
olitique. 
Ko-laus d 
furent di 
chape à 
trouvent 
des éxem 
pêcher q 
menaces 
ne leur p 
eft d'infi 
fert d'eux 
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Syong-chi 
LE 
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Le 7 


Cp) D: 
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(a) Di 
(r) O! 


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le, & cel. 
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fe, quifi. 
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tirés d’un 
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étend fur 
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ufations, 
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vû 


onne ici enr 
fcours.. 


DE LA CHINE, Liv IL Cmar. VI 315 


vû que, foit par vanité ou par obflination, ces Cenfeurs aiment mieux s’ex- 
ofer à la difgrace de l'Empereur & braver la mort même , que d’abandon- 
ner leurs pourfuites lorfqu'ils les croient conformes à la jaftice & à la faine 
olitique. Ce fut par les informations d’un d'entr'eux que les quatre (p) 
Ko-laus dont on a rapporté l'hiftoire & quatre autres Officiers du premier rang 
furent difgraciés, pour avoir vendu divers poftes à prix d'argent. Rien n'é- 
chape à leur vigilance. Ils n'épargnent pas l'Empereur même , lorfqu'ils 
trouvent quelque chofe à blâmer dans fa conduite. L’Hiftoire Chinoife offre 
des éxemples furprenans de leur courage & de leur fermeté. Et pour em- 
pêcher qu'ils ne fe laiflent corrompre par des efpérances ou intimider par des 
menaces (q), on les fixe conftamment dans leurs Emplois , ou du moins on 
ne leur permet de s’avancer que dans là même carrière (r). Leur méthode 
eft d'informer l'Empereur par des mémoires particuliers. Ce Monarque fe 
fert d'eux aufi pour l'éxécution de divers ordres importans, qui demandent 
du fecret. Il en députe trois chaque année. Le premier, nommé Syong- 
tfing, vifite tous les Marchands de la Cour & de Peking, pour découvrir les 
marchandifes contrefaites ou défendues. Le fecond, qui fe nomme Syong- 
bang, vilte les fours à chaux de l'Empereur. Le troifième, fous le titre de 
Syong-chi-ning-ing , aflifte à toutes les revûes générales des ‘lroupes. 

LE ‘Tribunal qui fe nomme Hing-jin-tfe, ell compofé de Doëéteurs, tirés, 
comme ceux du précédent , du feptième Ordre des Mardarins. Ils font em- 
ployés dans les différentes parties de l'Empire, ou dans les Pays étrangers, 
en qualité de Meffagers, d'Envoyés ou d'Ambafladeurs; foit lorfque l'Empe- 
reur confére quelques titres d honneur à la mère, ou à la femme d’un Man- 
darin tué dans une bataille, après avoir rendu quelqu’important fervice à l’E- 
tat; foit lorfqu'il lui plaît de confirmer l’éleétion du Roi de Corée ou de quel- 
qu'autre Prince voifin. Ces ambaflades font fort honorables, & ne font pas 
ordinairement moins lucratives. . 

Le Tribunal Tay li-tfe, c'eft-à-dire, de la Raïfon & de la Juftice fupré- 
mes, tire ce nom de fon emploi, qui confifte à éxaminer les Caufes douteufes 
& à confirmer ou annuller les fentences des autres ‘Tribunaux, fur-tout pour 
les crimes qui concernent les biens, l’honneur « la vie des Sujets de l'Empire. 
Les Préfidens de ce Tribunal font du troifième Ordre des Mandarins ; leurs Affif- 
tans, du quatrième, & les autres Officiers, du cinquième & du fixième. Lorf 
que les raïfons qui ont fait condamner un coupable à la moït par le Tribunal 
criminel, paroiffent incertaines à l'Empereur, il renvuïe la caufe au Tribunal 
San-fa-tfe , qui eft comme fon Confeil de confcience. Là-deflus le Tay-li-tfe, 
le Tu-cha-yuen (s) ou la Cour fupérieure des Vifiteurs, & le Tribunal cri- 
minel s’aflemblent , recommencent la difcuflion du procès en préfence des 
parties intéréfées & révoquent fouvent la fentence. Ordinairement l’'Empe- 
reur confirme la décifion de ces irvis Tribunaux, parce qu’il eft impoñlible 
aux Parties d'y rien obtenir par la corruption ou l’artifice, 

Le Tribunal Tong-ching-tfe eft chargé de la publication des ordres de l’Em- 

pereur, 


(p) Dans le récit qui-eft ci-deffus, on n’a 
parlé que de trois Ko-laus, 

(a) Du Halde, pag. 250. 

(r) On affura le Père le Comtè que leur 


Rr 2 


li-ywen par méprife, 


Emploi eft perpétuel, & par la même raifon. 
(s) Les Traduéteurs Anglois mettent Tw- 


GOUVERNE- 
MENT 
D£ LA CHINE, 


Aquoil'Tiu- 
pereur les eme 
p'oye. 


Tribunal des 
Envoyés, 


Tribunal de 
la Raifon & de 
la uftice fu- 
prêmes. 


GouUvVERNE- 
*< MENT 


* pr LA CHINE. 


Tribunal qui 
publie les or- 
dres Impé- 
riaux; 


Tribunal de 
Ja Mufique & 
des Sacrifices. 


Tribunal des 
Hôtelleries 
Royales, 


Tribunal des 
Chevaux. 


316 VOYAGES DANS LEMPIRE 


pereur, & des informations qui regardentles calamités, les oppreffions & les 
néceffités publiques, dont il doit avertir l'Empereur. Son office eft auffi de 
communiquer à Sa Majefté Impériale, ou de fupprimer, s’il le juge à propos 

les Mémoires des Mandarins militaires & des Lettrés, qui viennent des qua- 
torze Provinces de l'Empire ; des Mandarins vétérans , qui font difpenfés du fer. 
vice ; du Peuple, des Soldats & des Etrangers. Il n’y a que les Mandarins 
militaires de la Province de Peking qui ayent droit de sh SN leurs mémoires à 
Empereur même. Les Préfidens de ce Tribunal font tirés du troifième Or. 
dre; les deux premiers Affiftans, du quatrième ; les deux autres, du cinquié. 
me; @& le refte des Officiers, qui font en grand nombre , du fixième & du 
feptième. 

Le Tribunal Tay-chang-fu eft comme l’aflocié du Li-pu ou du fuprême Tri. 
bunal des Rites. Ses Préfidens font du troifième Ordre; fes Afliftans , du 
pass & les autres Officiers, du cinquième & du fixième. Ils ont la 
urintendance de la mufique & des facrifices de l'Empereur, avec celle des 
Temples où ces cérémonies s’éxécutent. Ils ont fous leur jurisdiétion les Bon- 
zes mariés (+). Ils donnent des ordres pour la réception & le logement des 
Etrangers qui arrivent à la Cour, par deux membres de leur Corps qu'ils 
chargent de cette commiffion. Enfin, ils prennent connoiffance des femmes 
publiques, des lieux qu’elles habitent & de ceux qui ont ia direétion de cet in- 
fâme trafic. Les Chinois donnent à ces Direéteurs le nom de Vang-pus, qui 
fignifie des hommes ennemis des huit vertus; c'eft-à-dire, l’obéiffance filiale, 
l'affection pour leurs frères & pour leurs autres parens , la fidélité pour leur 
Prince, la fincérité, lhonnêteté , la juftice, la modeftie, la chafteté; enfin 
tous les Ufages louables. Cette exprellion, obferve l’Auteur, qui ne confifte 
qu’en deux mots ou en deux carattères, marque également & la force de leur 
Langue & l’eftime qu'ils ont pour la vertu. 

LE Tribunal Quau-le-tfe (vw), ou des Hôtelleries Royales, eft chargé des 
provifions de vin, d’animaux & de tout ce qui appartient aux facrifices [m- 
périaux. H donne fes ordres pour les feftins & les amufemens de ceux qui 
font traités aux frais de l'Empereur. C’eft encore un aflocié du Tribunal des 
Rites. Ses Préfidens font du troifième Ordre; les deux premiers Affiftans, 
du quatrième, & les deux autres, du cinquième. Le refte des Officiers, dont 
le nombre eft fort grand, font du feptième. 

Les Mandarins du Tribunal Tay-po-tfe font des mêmes Ordres que ceux 
du Tribunal précédent. Leur office regarde les chevaux de l'Empereur & ceux 
de l'armée. Lorfque leurs agens en ont raffemblé le nombre néceflaire, ils les 
envoyent au Tribunal militaire, dont celui de Tay-po-t/è eft un Affiftant, & 
qui les diftribue entre les Officiers & les Places de guerre. Pendant le Gou- 
vernement des Chinois, ces Chevaux étoient fournis par les Provinces; mais 
ils font amenés aujourd’hui nar-les Tartares Occidentaux. L'Empereur enache- 
te tous les ans fept mille (x), outre ceux qui font achetés par les Seigneurs, 
par les Mandarins civils & militaires, & par le Peuple; ce qui monte au dou- 
ble & au triple de ce nombre. 

LE 


aux Portugais, 


(t) Ou ceux de Tan:tfe. 
(x) Angl. foixante &. dix mille, R di £, 


(vu) Magalhaens écrit toûjours /# pour tfe. 
Les Mifionaires François en font un reproche. 


Le î 
thématic 
fixième, 
nal eft f 
principa 
le mouv 
d'autres 
pations 
riages » 
coûte q! 
de cette 

LE 1 
qui app: 
s'étende 
veur pa 
Mandar 
pendent 

CELt 
rémonie 
falle Im] 
Tribuna 
Affiftans 
du huiti 

LE 7 
des Ver 
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facrifice 
du Trit 
Tribun: 

LE ( 
eft chaï 
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deflus , 
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fceaux. 
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les fces 
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darins 
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LE 


PPS 
C2 4 


ffions & les 
eft auffi de 
à propos, 
t des qua. 
nfés du fer. 
Mandarins 
mémoires à 
bifième Or. 
du cinquié. 
ième & du 


prême Tri. 
fMiftans , du 

Ils ont la 
ec celle des 
on les Bon. 
gement des 
orps qu'ils 
des femmes 
n de cet in. 
ang-pus, qui 
ance filiale, 
é pour leur 
eté; enfin, 
ne confilte 
orce-de leur 


chargé des 
crifices [m- 
e ceux qui 
‘ribunal des 
 Affiftans, 
ciers, dont 


s que ceux 
‘eur & ceux 
ire, ilsles 
liftant, & 
int le Gou- 
nces; mais 
ur enache- 
Seigneurs, 
te au dou- 


Lo 


le, Rd £, 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VI. 


Le Tribunal qui s'appelle Xyn-tyen-kyen , eft celui qui préfide aux Ma- 
thématiques. Ses Préfidens fonc du cinquième Ordre; les Afliftans font du 
fixième, & les autres Officiers, du feptième & du huitième (y). Ce Tribu- 


[44 D 2 
31: 


GOUVERNE- 
MENT. 


ne LA CHINE, 


Tribunal des 


nal eft fubordonné à celui des Rites. Il eft divifé en deux chambres, dont la }{hémau. 
principale & la plus nombreufe, nommée Li-ko, ne s'employe qu’à calculer ques. 


le mouvement des Aftres, à obferver le Ciel, à compofer le Calendrier & à: 
d'autres affaires Aftronomiques. La feconde, nommée Lu-ko, a des occu- 
pations particulières, telles que de régler les jours convenables pour les ma- 
riages, pour les enterremens & d'autres matières civiles. Mais il ne leur en 
coûte que la peine de tranfcrire un ancien Livre Chinois, où toutes les choies 
de cette nature font déja reglées, fuivant l'année du cycle féxagénaire (2). 
Le Ta-i-yun, ou le Tribunal de la Médecine, eft compofé des Médecins 


Tribunal de 


qui appartiennent à l'Empereur, aux Reines & aux Princes. Mais leurs foins' la Médecine. 


s'étendent à d’autres malades, fur-tout à ceux que Sa Majefté, par une fa- 
veur particulière , leur ordonne de vifiter & de traiter eux-mêmes. Les 
Mandarins de ce Tribunal font du même Ordre que ceux du précédent & dé- 
pendent auffi du Tribunal des Rites. 

CeLuri de Hong-lu-tfe fait l'office de premier Huiïflier & de Maître des cé- 
rémonies, lorfque l'Empereur donne fes audiences, ou lorfqu’il entre dans la 
falle Impériale pour y recevoir l'hommage des Grands & des Mandarins. Ce 
Tribunal affifte celui des Rites. Les Préfidens font du quatrième Ordre; les 
Affiftans, du cinquième & du fixième, & les autres Officiers, du feptième & 
du huitième. 

Le Tribunal qui fe nomme Chang-len-yuen, eft chargé du foin des Jardins, 
des Vergers & des Parcs. 11 a la furintendance des beftiaux, des moutons , 
des porcs, des canards, des oifeaux & des autres animaux qui fervent aux 
facrifices, aux fêtes, & dans les Hôtelleries de l'Empereur. Ïl eft dépendant 
du Tribunal des Rites, & fes Mandarins font du même Ordre que ceux des 
Tribunaux de Phyfique (a) & des Mathématiques. 

Le Chang-pau-tfe (b) eft un Tribunal qui a fon fiége dans le Palais & qui 
eft chargé du fceau Impérial. Les Mandarins qui le compofent font obligés 
d’avertir l'Empereur lorfque le fceau eft donné a quelque T'ribunal qui en doit 
faire ufage & lorfqu’il eft rendu. Ils préparent les fceaux de toutes les Cours 
de l'Empire. Ils difpofent les lettres & les marques qui doivent être gravées 
deflus, lorfque Sa Majefté honore quelqu'un d’un nouveau titre ou d’un em- 
ploi, & lorfque par quelque raifon d'Etat elle juge à propos de changer les 
{ceaux. Si le grand ‘l'ribunal des Mandarins a des ordres à donner, où des 
dépêches à faire aux Mandarins de la Cour ou des Provinces, il fait demander 
les fceaux au Chang-pau-tfe, après avoir obtenu la permiffion de l'Empereur, 
Les Préfidens de cette Cour ont deux Affiftans, tous deux Doéteurs & Man- 

darins du cinquième Ordre. Les autres membres du Tribunal font tirés du 
nombre des Mandarins de faveur. Ils appartiennent au feptième & au huitiè- 
me Ordre. 

Le Kin-i-ghey, ou le Tribunal des Gardes Impériales, eft compofé de pipe 

: ieurs 


(b) Ce nom fignifie Pierre précieufe, par 
allufion au fceau, qui eft d'une efpèce d'a. 
gatbe, 

15 


(y) Magalhacns, pag, 228, 
(2) Du Halde, pag. 69. 
Ca) Angh de Médecine, R. d, E, 


Tribunal des 


Jardins, &e. 


Tribunal des 


Sceaux. 


GoUvrRNE- 
MENT 
LE LA CHINE. 


Tribunal des 
Gardes Jinpé- 
riales, 


Deux Tribu- 
naux Subor- 
donnés. 


Cribunal des 
Péages. 


Tribunal des 
Juges de la 
iaifon royale. 


Tribunal Su. 
prème de cha- 
que Province, 


318 VOYAGES. DANS LEMPIRE 


fieurs centaines de Mandarins militaires, qui font divifés en quatre clafles. Ceux 
de la première clafle appartiennent au fécond ordre des Mandarins; ceux de 
la feconde, au troifième; ceux de Ja troifième, au quatrième, & ceux de la 
quatrième au cinquième. Leur office eft de garder la perfonne de l'Empereur 
lorfque ce Prince fort de fon Palais, & lorfqu’il donne audience aux Grands 
& aux Mandarins. Ils arrêtent par commiffion les perfonnes d’ün rang ou d'u. 
ne naiflance diftinguée. La plûpart font ou frères ou parens des Reines, filsou 
neveux des grands Mandarins & de ceux qui ont rendu quelqu’important fer. 
vice à l'Etat. Ils ne paflent jamais aux Tribunaux Supérieurs, comme les au. 
tres Mandarins; maïs ils s’avancent dans leur propre Tribunal, & fouvent à 
la dignité de Chang-pan (c) ou de Ko-lau, c'eft-à-dire, de Confeillers d'Etat, 
Quoique Mandarins militaires, ils font éxemts de la jurifdiétion du Ping-pu, 
où du fuprême Tribunal des armes, parce qu’ils font dans la dépendance im- 
médiate de l'Empereur. L’honneur qu’ils ont d’être fans ceffe près de fa per- 
fonne, les fait craindre & refpeéter. 

Ce Tribunal en a deux fubordonnés, qui ont chacun leur fége particulier, 
Le premier fe nomme Nan-chin, c'eft-a-dire, Tour de Garde de la Cour (d). L’of. 
fice de fes Mandarins eft d'accompagner ceux qui font chargés d’arrêter quel. 
que Grand. Le fecond, qui s'appelle Pe-chin ou Tour de garde du Nord, reçoit 
& garde les prifonniers, jufqu’à ce qu’ils ayent obtenu la liberté ou qu’ils foient 
livrés au Tribunal criminel. Les Préfidens de ces deux Tribunaux font du cin- 

uième Ordre. Leurs Mandarins inférieurs, dont:le nombre eft fort grand, 
one du feptième. : 

Les deux Tribunaux nommés Sui-ke-tfe, fubordonnés à celui de Æuw-pu on 
de la Tréforerie, font proprement ies Auditeurs des comptes pour les péages 
des efclaves, des chevaux, des chameaux & de tout ce qui arrive à Peking 
pour y être vendu. Les Préfidens appartiennent au feptième Ordre, & les 
Mandarins inférieurs au huitième & au neuvième. 

Le Tu-pu eft comme le Tribunal des Juges ordinaires de la Maifon Impé. 
riale. Ses Préfidens font du fecond Ordre; fes Affiftans du troifième, les au- 
tres Mandarins, du feptième & du huitième. Leur office eft double; ro, ils 
arrêtent les voleurs & les brigands, pour leur faire leur procès. S'ils les jugent 
dignes de mort, ils les livrent au Tribunal criminel; mais ils puniflent eux- 
mêmes les offenfes qui ne font pas capitales, ‘29 Ils arrêtent & puniflent les 
Efclaves fugitifs. Ce Tribunal a dans fa dépendance un grand nombre de Ser- 
gens & d’Ârchers, qui font d’une adrefle extraordinaire dans l’éxercice de 
leur profeilion (e). 


(ce) C'eft le titre des Préfidens des fix Tri- 


(d) Angl. Tour de Garde du Sud.R. dE. 
bunaux fuprêmes. 


(e) Magalhaens, pag. 252. & fuivantes. 
Tribunaux des Provinces ES des Villes. 


HAQUE Province de l'Empire, fans en excepter celle de Pe-che-li, a 
fon Tribunal faprême, auquel tous les autres font fubordonnés. Les Pré- 
fidens portent les titres de Tu-rang, de Kyen-muen, de Tu-yuen, de Syun-fu & 
divers autres, qui n’emportent rien de plus que ceux de Gouverneur de Pro- 
vince & de Viceroi. Ces Préfidens font du premier, du fecond ou du troifième 


Ordre des Mandarins, comme il plaît à l'Empereur. ls font chargés de qi 
e 


le gouve 
Peuple & 
niquent | 
mes. 
périeurs 
Province 
importan 
Les 
le Vifite 
ping, Où 
rieurs, P 
lais dans 
devoir les 
tion. Le 
naux CO 
font que 
confidéral 
rins. L’a 
de dignité 
inférieurs 
toutes les 
nus de la 
Tour 
criminel. 
dent, qui 
& deux 2 
criminel, 
dre; & p 
To-tfe, el 
nom de &S 
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chaque P: 
l'Emperet 
vince, de 
taus, ont 
de leur di 
Le Tumye 
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fuprêmes 
OuTRr 
Jliers à cer 
les Mand: 
& à coup: 
nu Impéri 


_ darin gén 


(a) Mas 
(&) Mag 


les. Ceux 
; ceux de 
“eux de la 
Empereur 
1x Grands 
ng ou d’u- 
es, filsou 
ortant fer. 
me les au. 
fouvent À 
rs d'Etat, 
u Ping-pu, 
dance im- 
de fa per- 


particulicr, 
(d). L'of- 
rêter quel- 
ord, reçoit 
u’ils foient 
ont du cin- 
fort grand, 


e Hu-pu où 
les péages 
e à Peking 
re, & les 


ifon Impé- 
e, les au- 
les 1°, ils 
s les jugent 
iffent eux- 
niffent les 
bre de Ser- 
xercice de 


Sud. R. dE. 
fuivantes. 


Pe-che-li, a 
. Les Pré- 
Syun-fu & 
ur de Pro- 

troifième 
és de tout 
le 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VI. 319 


le gouvernement, en paix comme en guerre, avec une égale autorité für le 
Peuple & fur les Soldats, dans les matières civiles & criminelles. Ils commu- 
niquent lés affaires d'importance à l'Empereur & aux fix Tribunaux fupré- 
mes. D'un autre côté, tous les ordres Impériaux & ceux des Tribunaux fu- 
périeurs font adreflés à ces Cours Provinciales ; @& tous les Mandarins des 
Provinces font obligés de s'y rendre lorfqu’il s’agit de quelque délibération 
importante. 

Les Préfidens de chacun de ces Tribunaux font le Viceroi de la Province, 

le Vifiteur, qui porte le titre de Ngan-tay, ou de Nyan-yuen , & le Tjong- 
ping, ou le Général des Troupes. Ils ont fous eux quantité de Mandarins infé- 
rieurs, pour les afifter dans l'expédition des affaires. Quoiqu’ils ayent leur pa- 
Jais dans la Capitale de la Province, ils n’y réfident pas continuellement. Leur 
devoir les oblige de fuivre les affaires & de parcourir les Villes de leur jurifdic- 
tion. Le palais qui fert de fiége à ce Tribunal renferme deux autres Tribu- 
naux comme ceux de la Cour, maïs qui ne lui font point inférieurs, & quine 
font que fes Affiftans. Celui de la gauche fe nomme Tfan-ching.  C'eft le plus 
confidérable. Ses Préfidens font du fecond & du troifième ordre des Manda- 
rins. L'autre, qui eft à droite, & qui porte le nom de Tfun-i, a des Préfidens 
de dignité égale, tirés du fecond degré du quatrième ordre. Les Mandarins 
inférieurs de ces trois Tribunaux fe nomment Cheu-lyen-quan. Ils décident de 
toutes les affaires civiles; ils font les payemens publics & reçoivent les reve- 
nus de la Province (a). 

Toures les Capitales des Provinces ont deux Tribunaux, l’un civil & l’autre 
criminel. Le premier, quife nomme Pu-ching-tfe, eft gouverné par un Préfi- 
dent, qui peut être comparé à nos Tréforiers généraux de Province en Europe, 
& deux Affiftans, qui font toûjours Mandarins du fecond ordre. Le Tribunal 
criminel, nommé Ngan-cha-tfe, a pour Préfident un Mandarin du troifième or- 
dre; & pour Affiftans, deux claffes de Mandarins. La première, qui s'appelle 
To-tfe, elt du premier ordre. La feconde, qui eft diftinguée de l’autre par le 
nom de Syen-t/e, eft du cinquième ordre. Mais les deux claffes portent lenom 
commun de Tau-li. 
chaque Province. Ils ont leurs Tribunaux refpeétifs. Leur office eft d'informer 
l'Empereur de tout ce qui fe pafle, furtout lorfqu’il n’y a point, dans la Pro- 
vince, de Vifiteur envoyé par la Cour. Quelques-uns, fous le nom d'Zchuen* 
taus, ont la direétion des Poftes, des Hôtelleries Impériales & des Barques 
de leur diftriét. D’autres, nommés Ping-pi-taus, ont l’infpeétion des Troupes. 
Le Tumyen-tau eft chargé de la vifite des Côtes Maritimes (»). Tous ont le 
pouvoir de punir les criminels, & font comme les fubftituts des fix Tribunaux 
fuprêmes de la Cour. 

OuTRE les Tribunaux communs à chaque Province, il y en a de particu- 
Jiers à certains lieux, dont les fonétions font auñffi particulières. Tels font, r°. 
ls Mandarins du fel, dont l'office confifte à le diftribuer dans les Provinces, 
& a couper le cours au Commerce clandeftin, qui feroit préjudiciable au reve- 
nu Impérial. Le Préfident de ce Tribunal fe nomme Yen-fa-tau. 920. Le Man- 

- darin général du tribut du riz, qui fe nomme Lyang-tau. 3°. Un autre Man- 


darin: 


(a) Magalhaens, ubifup. pag. zar. & fuiv. 
(4) Magalhaens "ait que leur emploi eft 


de fécher les terres & d'applanir les grands: 
chemins, 


Ces Mandarins font les vifireurs des différens diftriéts de . 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Deux Tribu. 
naux civil & 
criminel dans 
chaque Ca. 
pitale. 


Tribunaux. 
particuliers. 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Tribunal de 
chaque dif- 
triét, 


Nombre des 
Tribunaux in- 
térieurs des * 
Provinces. 


Ce que c’eft 
que le Chi-fu. 


Le Chi-cher, 


Le Chi-yen, 


920 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


darin général, nommé Hyo-tau, qui préfide à l'éxamen des Etudians de Ja Pro. À 


vince & de ceux qui fe préfentent pour les Degrés. Il feroit trop long de s’é. 
tendre fur quantité d’autres Offices particuliers (c). 

CHaque diftriét a, comme chaque Province, fon propre Tribunal, ou fa 
Cour ; dont l’objet principal eft l'entretien de l’ordre & l’obfervation de la Juf. 
tice, Il réfide dans la principale Ville de chaque diftriét ; foit qu’elle foit du 
premier, du fecond, ou du troifième rang; c'eft-à-dire, Fu, Cheu, où Hyen, 
Ces Préfidens font les Gouverneurs des diftriéts & des Villes, qui tirent de-li 
leurs titres de Chi-fu, Chi-cheu & Chi-yen. ; 

ON compte à la Chine cent foixante-treize Tribunaux ou Jurifdiétions 74 
qui reffortiflent immédiaternent aux Officiers généraux & aux Gouverneurs de 
chaque Province; quatorze cens huit. Tribunaux inférieurs, ou Jurifdiétion 
fubordonnées , qui dépendent immédiatement des Chi-fus , dont onze cen 
foixante-treize font hyens, & deux cens trente-cinq cheus. Ces derniers néan. 
moins ont quelque différence entr'eux. Quoique la plûpart n'ayent pas d'auto. 
rité fur les hyens, il y en a quelques-uns qui ont un, deux, trois ou quatre 
hyens fous leur jurifdiétion, & dont l'autorité, prefqu’égale à celle des Chi. 
fus, dépend immédiatement du Viceroi de la Province (d). ; 

Dans toutes les Provinces, à l’éxception de Peking, le Chi-fu des Villesdu 
premier rang eft un Mandarin du quatrième ordre, qui a trois Affiftans, nom. 
més le Tong-chi, le Tong-puen, & le Chui-quau, du fixième & du feptième or. 
dre. On les appelle auffi le fecond, le troifième & le quatrième Seigneur, d: 
la feconde, de la troifième& de la quatrième chaire; c'eft-à-dire , de la fecon. 
de, de la troifième & de la quatrième Ville; parce que le Préfident fe non: 
me le premier Seigneur, & que la première chaire eftla première Ville. Il y: 

uatre autres Mandarins inférieurs, nommés le Xing-lue-chu-tfe, le Chau-m, 
& le Xin-hyau, qui font du feptième, du huitième & du neuvième ordre. Tou- 
tes les grandes Villes de l'Empire ont le même nombre deces Mandarins. Mai 
il eft double dans les Villes où le commerce eft floriffant & dont le diftriét elt 
d’une grandeur extraordinaire (e). 

Le Chi-cheu, ou le Préfident du Tribunal, dans les Villes du fécond rang, 
eft du fecond degré du fecond ordre des Mandarins. Il a deux Affiftans, dont 
le premier porte le titre de Cheu-long, & l’autre celui de Cheu-puen, tous deux 


du fecond degré du fixième & du fepti ème ordre. [ Outre cela il a encore fousg 


lui un troifième Mandarin, nommé Li-mo, du fecond degré du neuvième or- 
dre.] Le Peuple donne àce Préfident, ou à ce Gouverneur , lenom de Zay-w, 
qui lignifie Grand & Premier Seigneur. Les trois Officiers fubordonnés fe nom- 
ment le fecond, le troifième & le quatrième Seigneur. 

LE Chi-yen, ou le Préfident du Tribunal dans les Villes du troifième rang, 
eft du premier degré du feptième ordre. Il a auffi deux Affiftans, doncle pre- 
mier, nommé Hyen-ching, eft du huitième ordre, & le fecond, qui fe nom- 
me Chi-pu, du neuvième. Un troifième Officier, qu’il a fous lui & qui porte 
le titre de Tyen-tfe, n’eft d'aucun ordre; mais s’il remplit bien fes fonctions 
pendant trois ans, il ne manque point, comme on l'a déja remarqué, d'être 
avancé fur la recommandation du Gouverneur. 

Daxs 


Ce) Le même, pag. 242, Du Halde, pa- (4) Du Halde, pag. 5. 
ge 251. (e) Magalhaens, ubi Jup. Dag: 244 


Dan 
chacune 
qui eft 
tingué F 
fous de 
Fu-in qu 
ping-hyer 
l'Empire 
du quat 
ne font 
d'inftrui 
récompd 
les facri 
eft le mi 
bunaux 
Peking. 
dre des 
Affiftans 

IL y 
les Ma 
Wey-che: 
Ville. 1] 
la cond 
de leur 
qui font 
mes dift 
s’en rap 
poufler 
en a qu 


ride Quey 


vince de 
ces, ell 
& d'un 
militairé 

Les 
dent po 
leur rap 
yen, 
même € 
dépende 
obligés. 
mens di 


(f) M 
(8) L 
pour écri 
d'une gra 
la parcou 


VIII 


D 


lians dela Pro. À 


P long de s’é. 


ribunal, ou f 
tion de la Juf. 
qu’elle foit du 
beu, où Hyen, 
ui tirent de-} 


rifdiétions Z4, 
Juverneurs de 
à Jurifdiétions 
nt onze cen 
derniers néan. 
nt pas d'auto 
rois ou quatre 
celle des Chi. 


u des Villes du 
Mftans, nom. 

feptième or. 
Seigneur, di 
, de la fecon 
ident fe non: 
e Ville, Il y: 
» le Chau-m, 
> ordre. Tu. 
ndarins. Mais 
: le diftriét eft 


fecond rang, 
ffiftans, dont 
en, tous deux 

a encore fousf 
neuvième or- 

om de Zay-va, 

onnés fe nom- 


oifième rang, 
, donrle pre- 
qui fe nom- 
i & qui porte 
fes fonctions 
arqué, d'être 


Dans 


pag. 244 


DE LA CHINE, Liv. II Cuar. VI. 


Dans les Villes dont le diftriét eft fi grand qu'elles pañlent pour doubics, 
chacune des deux parties a fon Tribunal particulier, outre celui de Chi-fu, 
qui eft toûjours le plus nombreux, & le plus puiflant, & qui eft fouvent dif- 
tingué par un autre nom. Peking, par éxemple, étant divifé en deux Villes, 
fous deux Gouverneurs différens, a deux Tribunaux fubordonnés à celui. du 
Fu-in qui eft le principal; l'un nommé Tay-bing-byen , l'autre qui s'appelle Ven- 
ping-hyen. Les deux Gouverneurs ont la fupériorité fur tous les Chi-fus de 
l'Empire. Ils font du troifième ordre des Mandarins, & leurs Affiftans font 
du quatrième. Le prémier a la furintendance des Etudians & des Lettrés qui 
ne font point encore parvenus au degré de Mandarins. L'office du fecond eft 
d'inftruire le Peuple & de le garantir de l'oppreflion, de punir le vice & de 
récompenfer la vertu, enfin dé préparer le lieu & les chofes néceffaires poux 
les facrifices publics. Dans les autres Villes, l'objet des Tribunaux inférieurs 
eft le même, à l'exception du dernier de ces articles. Leurs Cours & leurs Tri- 
bunaux fupérieurs ont aufi les mêmes fonétions que le premier Tribunal de 
Peking. Les Préfidens, dans les Villes où la Cour réfide, font du fixième or- 
dre des Mandarins; mais ceux des Provinces font du feptième ordre; & les 
Affiftans, du feptième, du huitième-& du neuvième (F). 

Iz yad'autres Tribunaux dans les Villes qui fe nomment Æ#eys, & dont 
les Mandarins ou les Gouverneurs font Officiers militaires, fous le titre de 
Wey-cheu-peys.. Leur jurifdiétion ne s'étend guêres au-delà des murs de leur 
Ville. 11 y en a d'autres dans les Villages; & leur office fe borne à veiller fur 
la conduite de ceux qui doivent quelque fervice au Public par les engagemens 
de leur naïffance ou par les obligations de quelque emploi. Ces Tribunaux, 
qui font diftingués auffi par des nems propres, font quelquefois dans les mé- 
mes diftriéts, comme ceux des Chi-fus & des Chi-yens; de forte que fi l’on 
s’en rapportoit aux Liftes des Mandarins & aux Hiftoires des Provinces, fans 
poufler plus loin fes informations, on compteroit trois Villes “ &) lorfqu’il n’y 
enaquune. Par éxemple, la Ville qui s’appelle Li-ping-fu, dans la Province 


321 


ppde Quey-cheu, eft en effet la même qui s'appelle aufi Kay-wey, [ dans la Pro- 


vince de Hu-quang.] C'eft que fe trouvant fituée fur les bords de deux Provin- 
ces, elle eft tout à la fois le Siége d’un Chi-ft de la Province de Quey-cheu , 
& d'un Wey-cheu-pey qui dépend de celle de Zu-quang en qualité d’Officier 
militaire (h ). . AH ER nd 
Les Gouverneurs de Villes quine font que Mandarins inférieurs, ne déci- 
dent point ordinairement des affaires importantes. Ils font obligés d’en faire” 
jeur rapport aux Mandarins fupérieurs, c’efl-à-dire, au Pu-ching-tfe & au Fu- 
uen, qui n'ont au-deffüus d'eux que les Tribunaux de Peking. Le Tfong-tu 
même eft foumis aux mêmes Tribunaux (i). Comme les Officiers militaires 
dépendent aufli, à quelques égards, .de l'autorité du Viceroi, & qu'ils font 
obligés, fous de rigoureufes péines, de lui donner avis des moindres mouve- 
mens du Peuple dans leurs diftriéts, il arrive à la fin que prefque toutes Las 
« aires 


formations ; mais qu’il faut d’autres 1econrs 
convenables. 

(b) Du Halde, pag. 2. 

(i) Le même, pag. 257, 


(f) Magalhaens, pag. 256. 

(g) L'Auteurobferveici, avecraifon, que 
pour écrire avec certitude fur la Géographie 
d'une grande Région, ce n’eft point affez de 
la parcourir fimplement & d'y prendre des in- 


VIII. Part. Ss 


Gouvrnne: 
MENT 
DZ LA CHINE, 
Villes dou- 
bles, avecun 
Tribunal dans 
chaque partie. 


Autres Tri. 
bunaux parti 
culièrs, 


Bornes des 
Mandarins in- 
férieurs. 


GouverNt- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Six fortes 
d'Officiers in- 
férieurs dans 
les Tribu- 
naux, 


Tribunaux 
de Kyau- 
quans pourles 
Lettrés, 


Freins des 
"Cribunauxin- 
férieurs. 


yu-fa. 


922 VOYAGES DANS LEMPIRE 


faires du Gouvernement, militaires, civiles & criminelles, font apportées de. 
vant fon Tribunal; & ce qui augmente encore l'étendue de fon pouvoir, c’eft 
que toutes les décifions des Cours fuprêmes de Peking font ordinairement fon. 
dées fur les informations qu’elles reçoivent de lui. Elles ne manquent guères 
non plus de ratifier les Sentences qu'il porte contre les Mandarins inférieurs, 
foit qu'il les déplace, comme il en a le droit, foit qu'il commence par leur 
ôter feulement leur fceau (k). ie 

Cnaque Préfidenc a les Officiers de fon Tribunal logés dans fon Palais, 
Ces Officiers font des Notaires, des Sécretaires, &c. On en diftingue fit for- 
tes, dont les fonétions font les mêmes que dans les fix Cours fuprêmes de Pe. 
king; de forte qu’un Officier fubalterne fait en raccourci dans fon Tribunal ce 
qu’il doit faire quelque jour, en grand, dans les-Cours fupérieures qui regar- 
dent toute l'étendue de l’Empire. 1ls font entretenus aux dépens du Public, 
& leurs places font à vie. Aufñi les affaires vent-elles fans interruption, quoi- 
que les Mandarins foient fouvent changés, foit lorfqu’ils font dépofés, foit 
lorfqu’ils paflent dans quelque autre Province (7). 

Toures les Villes de l'Empire ont un Tribunal, compofé d’un Préfident 
& de deux ou trois Affiftans au moins, "qui fe nomment Xyau-quans, ou Ju- 

es des Lettrés. Leur office eft de prendre foin des Sciences & de ceux qui 
es cultivent, de veiller particulièrement fur la conduite des Bacheliers, qui 
font en très-grand nombre, & la plupart fort pauvres; mais que la confian- 
ce qu'ils ont à leurs priviléges rend quelquefois infolens. Ils employent tou- 
tes fortes de rufes, & même la violence pour tirer de l'argent des riches & 
des pauvres ; & fouvent ils manquent de refpeét pour les Préfidens & les Gou- 
verneurs. La Cour des Hyau-quans a droit de les punir, foit par le fouet & 
par d’autres peines, foit en les dégradant, lorfqu'ils deviennent incorrigibles, 
Eette autorité la rend fort redoutable aux Bacheliers ; d’autant plus qu’elle à 
droit aufli d’afflembler de tems en tems tous.les Gradués de la Ville & les vieux 
Mandarins que leur âge difpenfe du fervice, pour les éxaminer & leur don- 
ner des thêmes, comme on l’a déja rapporté. Ainfi ces Officiers font moins 
des Magiftrats que des Profeffeurs (m). 

Les Tribunaux inférieurs des Provinces & des Villes font bridés par di- 
vers freins, comme les Tribunaux fuprêmes de l'Empire; fur-tout par les Vi. 
fiteurs ou les Cenfeurs qui portent le titre de Ko%, de Ko-tau, & de Ko-tau- 
Auffi-tôt que les quatorze Vifiteurs, envoyés par le Tribunal de 74- 
cha-yuen, mettent le pied dans leurs Provinces refpeétives, ils prennent la fu- 
périorité fur les Vicerois & fur tous les autres Mandarins. L’effroi qu’ils ré- 
pandent eft fi général, qu’il fait dire en proverbe : Le rat a vi le chat. Ce 
n'eft pas fansraifon, puifque le droit de ces Cenfeurs va. jufqu’à leur ôter leurs 
emplois & ruiner leur fortune. Après leur vifite, ils retournent à la Cour , 
chargés ordinairement de quatre ou cinq cens mille écus , que les Man- 
darins coupables ieur donnent volontairement pour éviter d’être accufés de- 
vant l'Empereur. D’autres leur offrent quelque argent pour fe garantir 
des faufles informations. Leurs dépouilles font partagées entre les pre- 
miers Préfidens & leurs Affiftans, qui rendent compte enfuite de leur vifite à 

l'Empereur. 


(x) Le même, pag. 3. 


Cm.) Magalhaens, ubi [up pag. 247: 
(!) Le même, pag. 285, 


j'Empe 
que fu 
ceux à 
Comme 
rien n° 
voir de 
d'en dé 
par und 
miers d 
voir, 
preuve 
ILs 
fe répa 
voyées 
Ja moi 
conclu 
maintie 
intriguc 
reur, q 
tement 
comme 
s'attire 
EN 
tions. 
leurs p 
été ma 
pourfui 
décour: 
grader, 
bat ent: 
Mais lo 
blic, & 
lui font 
une fav 
Nav 
droit, 
auf ter 
nant le 
l’auteur 
dangere 
race ; 
e pein 
lui dont 
{ecréter 


Jortées de. 
voir, c’eft 
ment fon- 
ent guères 
inférieurs, 
> par leur 


fon Palais, 
zue fix for- 
nes de Pe. 
‘ribunal ce 
qui regar. 
du Public, 
ion, quoi- 
pofés, foit 


 Préfident 
ns, Ou Ju- 
e ceux qui 
eliers, qui 
a confian- 
oyent tou- 
riches & 
& les Gou- 
e fouet & 
orrigibles, 
qu'elle a 
les vieux 
leur don- 
Ont moins 


és par-di- 
ar les Vi. 
e Ko-tau- 
al de 74- 
ent la fu- 
qu’ils ré- 
chat. Ce 
ôter leurs 
la Cour , 
les Man- 
cufés de- 
garantir 
les pre- 

vifite à 
mpereur. 


247e 


DE LA CHINE, Liv. I. Car. VI.- 323 


l'Empereur. On ne voit guères tomber Ia févérité de ces redoutables Juges 

ue fur ceux dont les défordres font trop éclatans pour être déguifés, ou fur 
ceux à qui la vertu ou la pauvreté ne permet pas de gratifier leur avarice (n ). 
Comme leur vigilance eft extrême, & qu'ils font bien fervis par leurs efpions, 
rien n'échappe à leur connoiflance. Si quelque Mandarin a négligé fon de. 
voir dans une occafion d'importance, & que le Viceroi ne fe foit pas hâté 
d'en dônner avis, ils doivent en informer les Cours Suprêmes & l'Empereur 
par une accufation publique. C’eft un grand honneur pour eux d’être les pre- 
miers qui découvrent le défordre. D'un autre côté, s'ils manquent à ce de- 
voir, ils font expofés à perdre leurs emplois. On ne leur demande point de 
preuves formelles. Il fuffit que leur rapport ait l'air de la vérité. 

ILs employent, pour informer l'Empereur, laméthode des fuppliques, qui 
fe répandent aufli-tôt dans toutes les parties del'Empire. Lorfqu'elles font ren- 
voyées aux Tribunaux, fuivant l’ufage, il eft rare que les Mandarins y faflent 
Ja moindre objeétion, dans la crainte d’être eux-mêmes accufés. On en doit 
conclure que leur pouvoir a peu de bornes; mais rien ne contribue tant au 
maintien de la paix, du bon ordre & des anciens ufages. S'il arrive que les 
intrigues des Grands qu’ils ont accufés, ou le reffentiment même de l'Empe- 
reur, qui s’offenfe quelquefois de leur avis, les expofe à quelque mauvais trai- 
tement, ils font regardés de toute la Nation comme les Pères de la Patrie, & 
comme les Martyrs du bien public; tandis que l'Empereur ne manque pas de 
s’attirer des noms odieux, que l’Hiftoire tranfmet à la poftérité. 

EN un mot, ces Cenfeurs ont une fermeté furprenante dans leurs réfolu- 
tions. Sila Cour, ou le grand Tribunal, entreprend d’éluder la juftice de 
leurs plaintes, ils retournent à la Charge, ils font connoître que les loix ont 
été mal obfervées. On en a vû quelques-uns perfifter pendant deux ans à 
pourfuivre un Viceroï, foûtenu par tous les Grands de la Cour, &, fans étre 
découragés par les délais ni effrayés par les menaces, forcer la Cour à le dé- 
grader, dans la crainte de mécontenter le Peuple. C'eft une efpèce de com- 
bat entre le Monarque & l'Etat, au nom duquel les Cenfeurs paroiflent agir. 
Mais lorfque le Prince fe rend à leurs inftancrs, il reçoit les éloges du Pu- 
blic, & tout l’Empireretentit de fes louanges. Les Cours Suprêmes de Peking 
lui font des remercimens, & ce qu’il accorde à la juftice eft regardé comme 
une faveur fingulière (0). 

N'avareTTE obferve que les Vifiteurs portent le fceau Impérial attaché au bras 
droit, & qu'aufli-tôt qu'ils l’ontreçu del'Empereur, ils deviennent, dit-il(p)}, 
auffi terribles que la foudre. Un d’entr'eux ayant perdufonfceau, & foupçon- 
nant le Gouverneur de la Ville, qu’il regardoit comme fon ennemi, d'être 
l'auteur de fon malheur, difparut fubitement , fous prétexte d’une maladie 
dangereufe. Un Mandarin de fes amis jugea qu’il lui étoit arrivé quelque dif- 
gs & s'étant rendu à fon Palais, dont il n’obtint l'entrée qu'avec beaucoup 

e peine, il apprit enfin de lui-même le fujet de fon chagrin. Le confeil qu'il 
lui donna fut de mettre le feu à fon appartement, après en avoir fait retirer 
fecrétement fes meilleurs effets, & de prendre droit de cet accident pour met- 

tre 


(p) Navarette, pag. 18. 


en) Magalhaens, pag. 222. 


o) Du Halde, pag. 70 & 150. 


GouvezRNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Méthode des 
Vifiteurs pour 
informer la 
Cour. 


Leur fermeté, 


Commentles 
Vifiteurs por- 
tent le Sceau. : 


Avanture 
fingulière 
d'un Vifteur. 


GouvERNE- 
MENT 
LA LA CHINE. 


Comment fe 
jugent les pe- 
tites Caufes, 


Formes de 
jugement 
pour les Cau- 
fes importan- 


nes, 


Juges civils 


& militaires, 


g24 VOYAGES DANS LEMPIRE 


tre publiquement entre les mains du Gouverneur le petit coffre où l’on garde 
les fceaux, en le priant de fe charger du dépèr. » S'il vous à dérobé Votre 
» fceau, ajoûta le Mandarin, il ne pourra fe difpenfer de le remettre dans le 
» coffre, ou du moins vous porn l'accufer lui-même de l’avoir perdu. Il pa. 
roît, fuivant le récit de Du Halde, que cet artifice eut tout le fuccès que le 
Mandarin avoit prévu, & que le Vifiteur retrouva fon fceau (4). 


(4) Du Halde, pag. 243 
Méthode des Chinois dans les affaires civiles € criminelles. 


HAQUE Magiftrat, de quelquerang qu’on le fuppofe, a fon Tribunal, 

qui porte le nom de Tamen. Après l'information qu’il reçoit des Parties, 

& quelques procédures, dont le foin appartient à d’autres Officiers, il pronon. 

ce la Sentence, telle qu'il s’y croit obligé par la juftice. Celui qui perd fa cau- 

fe eft quelquefois condamné à la baftonade pour avoir commencé un procès a- 

vec de mauvaifes intentions, ou pour l'avoir foûtenu contre toute apparence 
d'équité (a). 

Les petites caufes font portées ordinairement devant les Tribunaux infc. 
rieurs. Cependant la Partie qui fe plaint a toûjours la liberté de s’adrefler aux 
Cours fupérieures. Par éxemple, un Habitant d’une Ville du premier rang, au- 
lieu de porter fa plainte à fon propre Gouverneur, peutavoir recours au Gou- 
verneur de la Capitale de fa Province, ou même au Viceroi; & lorfqu’un Juge 
fupérieur a pris connoiffance d’une affaire, les Juges inférieurs n’y ont plus au. 
cune part, à moins qu’elle ne leur foit renvoyée, comme il arrive fouvent. 
Pour les affaires d'importance, l’appel eft toûjourslibre des Vicerois aux Cours 
fuprêmes de Peking, fuivant la nature de la caufe. Là, elle eft d’abord éxa- 
minée dans un des Tribunaux fubalternes, qui en fait fon rapport au Tribunal 
fuprême. Le Préfident porte fon Jugement, mais c’eftaprès avoir eonféré avec 
fes Affiftans, & communiqué fon avis au Ko-lau, qui en informe l'Empereur. 
Quelquefois Sa Majefté fait recommencer les informations; d'autres fois, elle 
prononce fur le champ. Alors, la Cour fuprême dreffe la Sentence au nom 
de Sa Majefté Impériale, & l’envoye au Viceroi de la Province, quidemeure 
chargé de l’éxécution. Une décifion dans cette forme eftirrévocable. Elle por- 
te le nom de Saint Commandement, fans défaut &5 Jans partialité (b). 

Quezque déférence que les Mandarins marquent pour les ordres & pout 
les moindres fignes de la volonté de l'Empereur , ils ne manquent point defer- 
meté dans l’occafion. Lorfqu’il interroge les Tribunaux pour en tirer des in- 
formations, ils n’ont à craindre ni blâme ni reproche fi leur réponfe eft con- 
forme aux loix. Au contraire, s'ils s’écartent de cette regle, les Cenfeurs de 
l'Empire ont droit de les accufer, & l'Empereur celui de les punir. 

Comme toutes les Cours Provinciales dépendent des Vicerois & des quatre 
Officiers généraux qui lui fervent d’Affiftans, fuivant la nature des affaires, 
les caufes qui regardent le revenu Impérial & les matières civiles reflortiflent 
au Tribunal Pu-ching-t/e, ou du Tréfor général; les caufes criminelles vont au 
Ngan-cha-tfe, qui eft comme le Lieutenant criminel; celles aui ge 2.4 

oftes 


(a) Le même pag. 3. (b) Mémoires du Père le Comte, pag. 269: 


Poites 
provifid 
tre les 
Tribun 
fuborda 
du Vice 
d'afifte 
AJo 
bien ils 
l'admin 
le pofé 
ties. 
leurs dt 
verfaire 
A lé 
conduir 
ce pour 
malités 
ilalep 
min, Oo! 
pon, ui 
coups d 
ceux au 
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à moins 
Si l'Em 
peut no 
ce que | 
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matière. 
par cinc 
de revo: 
duite de 
la fauve 
Janguir 1 
LES 
ne font 
ment Co 
eution, 
prétend 
mée cau 
ion eft 


(ce) Ch 
füivantes, 
(d) Le 


on garde 
bé votre 
> dans le 
lu. Il pa. 
ès que le 


Tribunal, 
s Parties, 
il pronon- 
rd fa cau- 
procès a- 
apparence 


naux infé- 
reffer aux 
rang, au- 
rs au Gou- 
qu'un Juge 
nt plus au- 
e fouvent, 
aux Cours 
abord éxa- 
Tribunal 
féré avec 
Empereur. 
fois, elle 
e au nom 
idemeurc 
Elle por- 


es & pout 
bint de fer- 
rer des in- 
e eft con- 
enfeurs de 


des quatre 
affaires, 
effortiffent 
les vont au 
ardent les 
Poftes 


, pag. 269: 


Poftes ou le Sel appartiennent au Hyen-tau ; enfin celles qui concernent les 
provifions qui fe lèvent à titre de tribut, font portées au Lyang-tau. Mais ou- 
tre les affaires qui font propres àces quatre Officiers, on peut s’adreffer à leur 
Tribunal dans d’autres Cas, parce que toutes les Cours inférieures leur étant 
fubordonnées, les Préfidens de ces Cours font par leur pofte même Confeillers 
du Viceroi, & qu'en cette qualité ils font obligée plufieurs fois chaque mois 
d'afifter à fon Tribunal pour les affaires importantes de la Province (c). 

AjoûrTons pour la gloire des Légiflateurs Chinois, & pour montrer com- 
bien ils avoient à cœur le véritable intérêt du Peuple, qu’on ne payerien pour 
ladminiftration de la Juftice. Comme l’officede Juge ne coûte rien à celui qui 
le pofède & que fes appointemens font reglés, il ne peut rien éxiger des Par- 
ties. Ainfi les plus pauvres Plaideurs font en état de faire valoir la Juftice de 
leurs droits & ne craignent point d’être opprimés par l'opulence de leurs ad- 
verfaires (d). a 

A l'égard des procédures criminelles, il n'eft pas befoin d’un Decret pour 
conduire les coupables devant la Juftice, ni que le Magiftrat tienne audien- 
te pour écouter lés accufations & les défenfes. On n'éxige pas tant de for- 
malités à la Chine. Dans quelque lieu qu’un Magiftrat découvre du défordre, 
il a le pouvoir de le punir fur le champ, foit dansles rues ou fur le grand che- 
min, ou dans les maifons particulières. Il peut faire arrêter un joueur, unfri- 
pon, un débauché; &, fur un fimple ordre, lui faire donner vingt ou trente 
coups de fouet. Malgré ce châtiment, le coupable peut encore être cité, par 
ceux auxquels il a fait tort, devant quelque Cour fupérieure, où fon procés 
étant recommencé dans les formes il eft quelquefois châtié avec beaucoup plus 
de rigueur (e). 

L'ÉMPEREUR nomme un Commiflaire pour toutes les caufes criminelles, 
à moins que le rang ou la naïffance du coupable ne le mette en droit de le recufer. 
Si l'Empereur n’approuve pas la prémière Sentence du Tribunal Criminel, il 
peut nommer d’autres Juges pour recommencer l'éxamen du coupable, jufqu’à 
ce que leur Jugement s'accorde avec le fien. Sanscefrein, l'argent ou l'artifice 
pourroit fauver un homme dont la vie eft nuifole à l'Etat (f). Avant que les 
maticres criminelles foient abfolument décidées , elles paflent ordinairement 
par cinq ou fix Tribunaux fubordonnés les uns aux autres, qui ont tous droit 
de revoir les procédures, & de recevoir des informations fur la vie & la con- 
duite des accufés & des témoins. Ces délais font favorables à l'innocence, & 
la fauvent prefque toûjours de l’oppreffion, quoiqu'elle demeure expofée à 
Janguir long-tems dans les chaînes (g). 

Les voleurs qui font pris armés font condamnés à mort par la loi. S'its 
ne font point en étaê de tuer ou de bleffer, on leur fait fubir quelque châti- 
ment corporel, füivant la nature du vol, Si leur entreprife n’a point eu d'éxé- 
eution, ils en font quittes pour vingt ou trente coups de bâton. Les Chinois 
prétendent que ces brigands dérobent à la faveur d'une drogue , dont la fu- 
mée caufe un profond fommeil à tous les Habitans d’une maifon. Cette opi- 
nion eit fi bien établie à la Chine, que les voyageurs font mettre pendant la 


nuit : 


aus. Chine du Père du Halde, pag. 70. & { 
ivantes, ; 


«) Lemême, pag, 269. 
f) Le même, pag. 284. 


| ) 
(d) Le Comte, wbi Jup. pag. 287. g) Du Halde, pag. 130, 


S 3 


DE LA CHINE,Liv. IL Cuar. VL ges 


Gouvernr- 
MENT 
D£ La Cine. 


L'adminit- 
tration de la 


Juitice eit 3ra- 
tuite, 


Procédures 
criminelles, 


© 
Comment ls 
voleurs {ont 


traités, 


. 826 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Gouvenwe. nuit, dans Jeur chambre, un baflin d’eau fraîche, comme un préfervatif in. 
menr  faillible contre la force du charme (h). 

ne LA CHinr. LA battonade, le carcan & l'emprifonnement font les feules punitions que 

Pouvoir des Jes Mandarins provinciaux puiflent impofer aux criminels. Ils ont droit à la 


Juges pour vérité de condamner au banniffement; mais leur fentence doit être confirmée 
condamner au l'égard de la vie. il Ann à 

fupylice, par les Cours fuprémes. À l'égard de la vie, ils ne peuvent l'ôter à perfonne 

fi ce n’eft dans les cas où la jultice doit être promte, tels que la Sédition & 

la révolte, L'Empereur donne alors au Tfong-tu, & même au Viceroi, le 

pouvoir de faire conduire fur le champ les coupables au fupplice ( id: 
os ve Lorsqu'un criminel doit étre condamné à mort, les 1 le font ame. 
pie ner au Tribunal, où l’ufage eft de lui préparer un repas fort court. On ne 


ceux qui font È + . : 
condamnés à manque pas , du moins avant que de lui prononcer fa fentence, de lui offrir 


luort, un verre de vin, qui fe nomme T/f-Jong (k). Après la leéture de la fenten. 
ce, la plûpart de ces malheureux s’emportent en inveétives contre ceux qui 
les ont condamnés. Les Mandarins écoutent leurs injures avec beaucoup de 
atience & de compaflion. Mais on leur met bien-tôt dans la bouche un bäil. 
on, avec lequel on les mène au lieu de l'éxécution. D'autres ne font que 
chanter dans le chemin qui les conduit à la mort, & boivent joyeufement le 
vin qu’ils reçoivent de leurs amis, qui attendent leur arrivée pour leur don- 
ner les derniers témoignages d'amitié. 

Méthode Tous les Jugemens qui concernent les crimes dignes de mort doivent être 
pourles Juge- éxaminés, approuvés & fignés par l'Émpereur. Les Mandarins envoyent à 
PER la Cour les piéces du procès, avec leur décifion, dans laquelle ils font entrer 

les articles de la Loi qui leur ont fervi de régle. Par éxemple. ,, Un tel 
» ft coupable de tel crime, & la Loi ordonne que celui qui a commis ce 
» Crime fera étranglé; c’eft pourquoi je le condamne à être étranglé. La. 

& deffus le Tribunal Morline éxamine le fait, les circonftances & le jugement. 
Si le fait n’eft pas prouvé clairement, ou fi le Tribunal éxige de nouvelles in. 
formations, il préfente à l'Empereur un mémoire qui contient le cas & la dé- 
cifion des Mandarins inférieurs, avec cette addition: ,, Pour juger parfaite. 
» ment, il eft néceffaire que nous foyons mieux informés de telle circonftance. 
» Nôtre avis eft donc que l'affaire foit renvoyée à tel Mandarin, afin qu'il 
» puifle nous donner toutes les lumières que nous defirons. La clémence de 
l'Empereur fe porte toûjours à ce qu’on lui demande , dans la crainte qu'on 
ne prononce témérairement & fans une parfaite conviétion fur un objet auf 
important que la vie d’un homme. Lorfque le Tribunal fuprême a réçu les 
informations qu'il défiroit, il les préfente une feconde fois à l'Empereur, qui 
confirme la fentence ou qui diminue la a y du châtiment. Quelquefois 
il renvoye le mémoire, avec cette addition de fa propre main: ,, Que le Tri- 
 bunal recommence à délibérer fur cette affaire & qu'il m’en faîle fon rap- 
»» port. 

Combienla  ÎL n’y a point de précaution qui paroïfle excefive aux Chinois, lorfqu’il 
vie d'un hom- eft queftion de condamner un homme à mort. L'Empereur Yong-ching or- 


meelrebec Gonna, en 1725, qu'on ne porteroit point de fentence capitale fans que le 
procès 


frande. Left en ufage auffi pour les offrandes 


b) Le Comte, pag. 232. 
qui fe font aux Ancêtres. 


(b) 
(5) Du Halde, pag. 3. & fuiv. 
(k) Ce mot fignifie Vin offert, ou Vind'Of- 


rocès lu 
réglemen 
tems ava 
font ven! 
fentence 
corriger , 
en ordre 
& l’autre 
ciers de 
changem 
Sujet de 
u aux pe 
e l’Aute 
affemblée 
rès nou: 
uit fois | 
Toutes ce 
plus fidél 
Lors 
gnant la f 
» Cet ord 
d'un crim 
» foit gar 
ferve qu’i 
tous les ci: 


(4) C'eft 
ce récit don 
hiftration Cl 


’IL pa 
S Chine 
Il eft reglé 


énormité. 
fautes légé 
le châtime 
dans les rt 
vingt, ils 
cune taché 
d'un rang € 
faut qu’une 
quelques cd 
plûtôt info 
eft obligé 
front jufq 
dement... 


'# vatif in. 


itions que 
droit à la 
confirmée 
, perfonne 
dition & 
iceroi, le 
ont ame. 
, On ne 
lui offrir 
la fenten. 
ceux qui 
iucoup de 
Le un bäil. 
font que 
ifement le 
leur don- 


ivent être 
nvoyent à 
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» Un tel 
ommis ce 
nglé. La- 
jugement. 
uvelles in- 
s & la dé. 
r parfaite. 
conftance. 
afin qu'il 
émence de 
inte qu'on 
objet aufli 
à réçu les 
ereur, qui 
uelquefois 
e le Tri- 
fe fon rap- 


, lorfqu’il 
ching or- 
ns que le 
procès 


es offrandes 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. VI 327 


rocès lui eût été préfenté jufqu'’à trois fois. C'eft pour fe conformer à ce 
réglement que le Tribunal criminel obferve la méthode fuivante: Quelque- 
tems avant le jour marqué, il fait tranfcrire toutes les informations qui lui 
font venues des Juges inférieurs pendant le cours de l'année. 11 y joint la 
fentence de chaque Juge & la fienne. Enfüite il les affemble, pour revoir, 
corriger, ajoûter ou retrancher ce qu'il juge à propos. Après avoir mis tout 
en ordre , il en fait faire deux copies, dont l'une eft préfentée à l'Empereur, 
& l'autre demeure au Tribunal pour être communiquée aux principaux Of- 
ciers de toutes les Cours fuprêémes, qui ont la liberté d'y faire encore les 
changemens qu'ils jugent néceflaires. Ainfi le plus vil & le plus méprifable 
Sujet de l'Empire jouit à la Chine d'un privilège 4 i ne s'accorde en Europe 
u'aux perfonnes de la plus haute diftinétion; c'elt-à-dire, fuivant les termes 

e l'Auteur, qu'il a le droit d'être jugé par toutes les chambres du Parlement 
affemblées en corps (/). La feconde copie eft préfentée à l'Empereur , a- 

rès nouvelle difcuffion; enfüite l’ufage eft de la tranfcrire quatre-vingt-dix- 
Euit fois en langue Tartare & quatre-vingt-dix-fept fois en langue Chinoife. 
Toutes ces copies font remifes à l'Empereur , qui en confie l'éxamen à fes 
plus fidéles Officiers des deux Nations. 

Lorsque le crime eft d'une énormité extraordinaire, l'Empereur en fi- 
gnant la fentence de mort y joint l’ordre fuivant: ,, Auffi-tôc qu'on aura reçu 
cet ordre, que le coupable foit éxécuté fans délai. S'il n’eft queftion que 
d'un crime ordinaire, l’ordre eft adouci dans ces termes: ,, Que le criminel 
,» foit gardé en prifon jufqu’à l'automne & qu'il foit éxécuté. L’Auteur ob- 
ferve qu’il y a des jours fixés dans le cours de l'automne pour l’éxécution de 
tous les criminels condamnés à mort (m). 


(m) Mémoires du Père le Comte, pag. 254, 


(4) C'eft même quelque chofe de plus, & 
& Du Halde,. pag. 241. 312. & fuiv. 


ce récit donne une idée admirable de l’admi- 
niftration Chinoife. 


Supplices de la Chin-. 


S'L paroïît que la longueur des procédures rend la juftice forte lente à la 
Chine, le châtiment n’en eft pas moins sûr pour toutes fortes de crimes. 
Il eft reglé par la Loi, avec une jufte difpenfation qui le proportionne à leur 
énormité. Le Pan-tfe, ou la baftonade , fe donne ordinairement pour des 
fautes légères, & le nombre des coups répond à la qualité de l'offenfe. C'eft 
le châtiment commun des fentinelles qu’on trouve endormies pendant la nuit 
dans les rues & dans les places publiques. Si le nombre des coups ne pale pas 
vingt, ils font regardés comme une correétion paternelle, qui n’imprime au- 
cune tache. L'Empereur lui-même la fait quelquefois fubir aux perfonnes 
d'un rang diftingué , & ne les voit pas moins après cette humiliation, Il ne 
fut qu'une bagatelle pour fe l'attirer; un petit larcin, un mot outrageant , 
quelques coups de poing donnés mal-à-propos. Le Mandarin n'en eft pas. 
plûtôt informé, qu’il fait éxercer le Pan-tfe. Après la correétion, le patient. 
tft obligé de fe mettre à genoux devant fon Juge, de baifler trois Fois le: 


front jufqu'à terre & de le remercier du foin qu'il a pris de fon aman- 
dement.. | 


Le: 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA Cuine. 


Ordonnance 
de l'Empereur 
Yong-ching. 


Tems des 
éxécutions. 


Punitions res 
glées par la 
Loi & propor- 
tionnées au 
crime. 


Le Pan.tfe,. 
ou la baftona- 
de, punition: 
commune. 


328 


* 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


CGOUVYERNE- 
MENT 
DE LA CHINE, 
Ce que c'eft 
que ls Pan tie 
& comment il 
fe donne. 


LE Pan-tfe eft une piéce affez épaifle de bambou fendu (a) ,qui a pluñeurs 
pieds de longueur. Le bout d’enbas eft large comme la main; l'autre bout 
eft uni & menu, pour s’en fervir plus facilement. Un Mandarin, dans fes 
audiences, eft environné d’Officiers armés de ces inftrumens. Au moindre 
figne que leur donne le Magiftrat, en jettant par terre de petits bâtons, d'en. 
viron fix pouces de longueur fur deux de largeur, placés ordinairement für 
une table qui-eft devant lui, ils faififlént le coupable , & l’étendanc tout de 
fon long le vifage contre terre, ils tirent fes hautes-chauffes jufque für fes 
talons. Dans cette polture, ils lui donnent autant de coups fur les fefles que 
le Mandarin a jetté de bâtons; [on change d'éxécuteur de cinq coups en 
cinq coups, ou plûtôt deux éxécuteurs frappent alternativement chacun cinq * 
coups, afin qu’ils foient plus pefants.] Cependant l’Auteur obferve que quatre 
coups font comptés pour cinq; ce qui s'appelle le coup de grace de l'Empe. 
reur, qui, en qualité de père tendre & pitoyable, diminue toûjours quelque 
chofe du châtiment: Mais les coupables ont un autre moyen de l’adoucir, 
C’eft de gagner les Exécuteurs, qui ont l’art de ménager leurs coups avec une 
légèreté qui les rend prefqu’infenfibles (2). Ce fupplice eft d’ailleurs fi vio. 
lent, qu'un feul coup eft capable de fendre en deux une perfonne délicare, 
Souvent on en meurt. Mais pour de l'argent on loue auffi des hommes, qui 
fubiffent le châtiment à la place du coupable. Le Comte affüre que par une 
tromperie de cette efpèce Ÿang-quang-fyen, fameux perfécuteur des Mifionai- 
res, évita la morc & fit tomb." la fentence fur un Malheureux, qui s’étoit 
Joué à lui dans la perfüafion qu'il ne s’agifloit au plus que de la baftonade (c). 

UN Mandarin a le pouvoir de faire donner la baftonade , non-feulement 
dans fon Tribunal, mais dans tout autre lieu de fa Jurifdiétion. Aufli ne mar- 
che-t-1l jamais fans un cortége de fes Officiers de Juftice, qui portent le Pan. 
tfe. Si quelque perforne du Peuple demeure à cheval lorfqu'il paffe dans une 
rue & ne fe hâte point de defcendre ou de fe retirer, c’eit aflez pour s’attirer 
cinq ou fix coups par fon ordre. Cette éxécution fe fait fi vite, qu'elle e 
fouvent finie avant que les voifins s’en apperçoivent. Le pan:tfe eft auñi la 
punition ordinaire des mandians valides, des vagabonds, des coureurs de nuit 
& des gens fans aveu (4). 

La Chine fourmille de mendians vagabonds, de muficiens & de gens qui 
difent la bonne avanture. Ces fainéans voyagent en troupe & ne font pas moins 
trompeurs que nos ÆEgyptiens d'Europe. Quelquefois ils font tous aveugles. 
On leur voit éxercer mille rigueurs contre eux-mêmes , pour extorquer des 
aumônes. Ils fe fouettent le corps, ils mettent des charbons ardens fur leur 
tête, ils frappent du front contre une pierre, ou l’un contre l'autre, mere 

| e 


La bafton1- 
de fe donne en 
toutes fortes 
de lieux. 


Vagabonds 
& Marchands 
de la Chine. 


Leurs art 
fiico pour Ex- 
turquer l’au- 

tone, 


_ (a) C’eft unecfpèce decanne, dure, grof. 
fe & pefante. Voyez ci-defJous l'Hifhoire Natu- 
telle de la Chine. 

(b) Du Halde pag- 310. Mémoires du Pè- 
re le Comte pag. 291. 

(ce) Mémoires du Père le Comte, pag, 293. 
Les Auteurs Anglois de ce Recueil traitent 
cette Hiftoire de fable, & jugent qu'elle fut 
inventée par le Miffionaire pour fe venger de 


l'Eancmi deleur Religion, Outre plufieurs rai 


fons, difent-ils, qui leur en font prendre cet- 
te idée, c'eft affez pour eux d’oblerver que 
Fang-quang-fyen obtint grace de l'Empereur, 
comme on l'a déja rapporté, & de fçavoir 
d’ailleurs qu'un Mandarin, ni même un fim- 
ple Particulier, ne neut être éxécuté qu'apres 
que fon procès-a pailé fous les yeux de la 
Cour & que fa fentence y a été confirme. 
(4) Chine du Père du Halde, pag.3 & 311, 


plufieurs 

tre bout 

dans {es EEE 
moindre H MANDIA 


ns, d'en- 
ement fur 
ct tout de 
ne fur fes 
feffes que 
COUPS en 
acun cinq 
que quatre 
e l'Empe. 
rs quelque 
l'adoucir, 
s avec une 
urs fi vio- 
e délicate, 
nmes, qui 
ue par une 
Miffionai- 


qui s’étoit 

onade (c). 

-feulement 

fi ne mar- = — : 
ent le Pan AUTRES MANDIANS. 


e dans une — 
ur s’actirer 
qu'elle eft 
eft auñi ka 
urs de nuit 


le gens qui 
it pas moins 
s aveugles. 
orquer des 
ns fur leur 
re, jufqu'à 

fe 


L prendre cet- 
j'obferver que 
* l'Empereur, 
& de fçavoir 
nême un fim- 
icuté qu'après 
5 yeux de là 
onfirmée. 


, pag.3 & 311. 7. She Jeubr- 


ZWERVENDE SCHOOIJE RS, uit NIEUHOF 


fe faire 
tinuero 
Jeur doi 
& le ne 
borgne: 
apporté 
dès l'en 
artifices 

ON 


animaux 
d'arbres 
fus leur 
pale de 
te, une 
baumes 
fortes d 
troupe ! 
avec de. 
grands 
aîles ati 

REV 
tion; 
près les 
{idérabl 
fer fans 
dre cor 
eft vrai 
pour ju! 
PU 
es Vice 
un mot 
res pou 
ques; a 
Magiftr 

UNE 
le collie 
pofé de 
cou. Ut 
hi porte 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. VI. 329 


£e faire enfer prodigieufement la tête ou à tomber fans counoiffance. Ils con- 
tinueroient.ces extravagances, au danger d'en mourir , files fpeétateurs ne 
leur donnoient quelque chofe. La plûpart font eftropiés. Ils ont la bouche 
& le nez de travers, l'épine du dos rompue, de loss nez crochus ; ils font 
borgnes ou aveugles; ils ge d'une jambe ou d'un bras: s'ils n'ont pas 
apporté ces difformités en naiflant, ce font leurs parens qui les ont eftropiés 
dés l'enfance, pour les mettre en état de gagner leur vie par ces miférables 
artifices (e). 

ON voit des femmes, à qui leurs parens ont crevé volontairement les yeux, 
marcher avec des guitares pour gagner leur pain. D’autres, jouant de divers 
Inftrumens, tirent l’horofcope & prétendent juger de la fortune des paffans 
par les traits du vifage (f). On voit des Opérateurs qui parcourent les Bourgs 
& les Villes, montés fur des Tygres & fur d’autres bêtes apprivoifées. Ces 
animaux marchent lentement, en recourbant la queue & portant des branches 
d'arbres dans leur gueule. Ceux qui les montent ont ordinairement par-def- 
fus leur habit un grand manteau à longues manches & un baudrier qui leur 
palle de l’épaule droite fous le bras gauche. Ils portent, dans la main droi- 
te, une épée avec laquelle ils font le moulinet par intervalles , €N vantant leurs 
baumes, leurs emplâtres, & la vertu infaillible de leurs remèdes pour toutes 
fortes de bleflures & de maladies. Ils ont ordinairement pour cortége une 
troupe de pauvres eftropiés, qui les fuivent à l’aide de leurs béquilles, ou 
avec des creflelles & des fonnettes. La plûpart font nuds. D’autres ont de 
grands manteaux avec dés piéces de diverfes couleurs. D’autres portent des 
aîles attachées aux deux temples (g ). 

Revenons au Pan-tfe. Les Mandarins mêmes font fujets à cette puni- 
tion; mais, fuffent-ils du dernier Ordre, on ne peut la leur-faire -fubir qu’a- 
prés les avoir dégradés. Au refte, cette faveur de la Loi n’eft pas fort con- 
fidérable, puifque dans certaines occafions un Viceroi a le pouvoir de les caf- 
fer fans attendre la décifion des Cours fuprêmes, & qu'il n’eft obligé qu’àren- 
dre compte enfuite de fes raifons, qui font prefque coûjours approuvées. Il 
eft vrai qu’un Mandarin puniavec cette rigueur a la liberté de paroître à Peking 
pour juftifier fa conduite. Il peut préfenter un mémoire à l'une des Cours fu- 

rêmes ou porter fes plaintes à l'Empereur même. C'eft un frein, qui empêche 
LÉ Vicerois d’agir avec trop de précipitation & d'abufer de fon autorité(h). En 
un mot, les maîtres employent le pan-tfe pour châtier leurs écoliers, les pè- 
res pour corriger leurs enfans, & les Seigneurs pour punir leurs domefti- 
ques; avec cette différence, qu'il n'eft pas fi long ni fi gros que celui des 
Magiftrats. 

UNE autre punition, plus déshonorante quoique moins douloureufe, c’eft 
le collier debois, ou le carcan, que les Portugais appellent Cangue. Il eft com- 
pofé de deux piéces de bois, qui fe joignent en forme de collier autour (i) du 
cou. Un criminel qui a le cou paié dans cette machine rie peut voir fes pieds, 
ni porter la main à fa bouche; de forte qu'il eft obligé de recevoir fes rs 

e 


Ce) Montanus, dans la Chine d'Ogilby, (b) Du Halde, pag. 3. 
Pas. 306. (i) À peu près comme les planches d'u 
(f) Navarette, pag. 58. pilori, 
Cg) Montanus, udi Jup. pag. 306. 
VII, Part. Tt 


GoUvERNE- 
MENT 
LE LA CHINE, 


RS D 2 2 D AT PO A A mn 


Les Manda- 
rins ne font ! 
pas éxeints du 
Pan-tfe, 


Autre puni- 
tion nommée 
Cangue ou 
Carcan, 


GouvVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Diverfes ma- 
nières d’adou- 
cirle fupplice, 


Formalités 
dont il eft ac- 
compagné, 


Relicieufe 
Chinoife con. 
damnée au 
Canguec. 


Son crime & 
la fentence du 
Juge. 


339 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


de la main d'autrui, Il porte, jour & nuit, cet incommode fardeau, qui eft 
plus ou moins pefant, fuivant la qualité du crime. Le poids commun des car- 
cans ou des cangues eft de cinquante-fix livres. Mais il s’en trouve qui pèfent 
jufqu'a deux cens, & qui font tant de mal aux criminels, que foit par Percës 
de leur confufon & de leur douleur, foit faute de nourriture & de fommeil, ils 
meurent dans cette étrangefituation. Il y a des Cangues de quatre pieds quarrés 
& de cinq ou fix pouces d’épaifleur. | 

CEPENDANT les criminels ont divers moyens d’adoucir la rigueur de ce chà. 
timent. Les uns fe font accompagner de leurs parens & deleurs amis, qui fou. 
tenant les quatre coins du Cangue, empêchent qu'il ne pefe crop für les épau. 
les. D’autres en pofent les bords fur une table ou fur un banc. D'autres fe font 
faire une chaife à quatre piliers de hauteur égale, qui fervent de fupport àla ma. 
chine. Les plus effrontés fe couchent fur le ventre, & fe fervent du trou de 
leur Canguc comme d’une fenêtre, par laquelle ils regardent les paffans avecla 
dernière impudence. 

Lorsqu'on a pafñlé le cou du criminel dans ce pilori mobile, cequi fe fait 
devant les yeux du Juge, on couvre les endroits par lefquels les deux piéces de 
bois fe joignent, de deux longues tranches de papier, larges de quatre doigts 
fur lefquelles on applique un fceau, afin que le Cangue ne puifle être ouvert, 
Sur ces deux papiers, on écrit en gros cara£tères la nature du crime & la durée 
du châtiment, Par éxemple: ,, Ce criminel eft un voleur. C’eft un débauché, 


» un féditieux, un homme qui trouble la paix des familles. C’eftun joueur (ke). 


» Il portera le Cangue pendant trois mois, dans telendroit. Le lieu où ces Mi. 


férables font expofés eft ordinairement la porte d’un Temple, ou de la Ville 
ou celle du Tribynal même, ou le coin de quelque rue, ou la place publi uc, 
Lorfque le terme de la punition eft expiré, les Officiers du Tribunal famenent 
le criminel au Mandarin, qui le délivre, apres une courte exhortation à tenir 
une conduite plus reglée. Mais en lui accordant la liberté de fe retirer, il lui 
fait donner vingt coups de pan-tfe, comme un préfervatif contre l'oubil. Or. 
dinairement toutes les punitions Chinoifes, al'exception des amendes pécuniai. 
res, commencent & finiffent par la baftonade. | 
QUoIQUE le fupplice du Cangue foit moins commun pour les femmes que 
pour les hommes, le Père Contancin vit un jour, près d’un Tribunal La 
Bongeffe, c'eft-à-dire, une efpèce de Religieufe, qui portoit cet infime orne- 
ment. Malgré la loi qui les oblige de mener une vie chafte dans leurs Couvens 
& qui en interdit l'entrée aux hommes, il leur arrive fouvent de violer leurs 
regles. Cette femme ayant été accufée d’avoir fait unenfant, le Mandarin l'a- 
voit citée à fon Tribunal, & lui avoit déclaré, après une fevére réprimande 
que puifqu'elle ne pouvoit garder la chafteté dans fon cloître, il jugeoità pro 
pos qu’elle en fortit pour fe marier ; mais que jugeant auffi qu'elle n’en méritoit 
pas moins d'etre punie, il la condamnoit à porter le Cangue. Sur le papier qui 
contenoit fon crime, il fit «joûter que fi quelqu'un vouloit l'époufer, elle feroit 
mife en liberté; & qu'il donneroit pour les frais une once & demie d'argent | 
c'eft-à-dire,. environ douze francs de notre monnoie. Un tiers de cette fomme 
L devoit 


ils jouent leurs femmes, leurs enfans & leur 
propre perfonne, qui deviennent les efclaves: 
du. vainquéur, 


(k) Les Chinois font extrêmement paf. 
fionnés pour le jeu, ds mettent toute leur 
HRriuue au hazard fur un feul coup, &fouvent. 


devoit fer 
étoient p4 
un mari. 
IL ya 
un jour € 
enoux , 
huit livres 
roifloient 
qui aima 
Jui avoit € 
les mena 
bunal. S 
mencé pa 
ner la ba 
fes genou 
fils. Le 
pofé par 
regardoit 
mettez 
» pardon 
> du côte 
» Vous 
, de l'obl 
lement. 
eût la libe 
ON dif 
deux jou 
D'autres ! 
rare que ( 
fois perpé 
départ, € 
Les v 
che, ave 
La troifiè 
condamnt 
derniers t 
deux cara 
cette pun 
inclinatio 
féance étt 
difformes 
reur ordc 
che (m) 
ON p: 
tare, ou 


(1) Du 


qui eff 
des car- 
Ï pèfent 
l'excès 
meil , ils 
 quarrés 


e ce chi. 

qui fou. 
es épau- 
s fe font 
a la ma- 
trou de 
s avec la 


ui fe fait 
piéces de 
edoigts, 
| ouvert, 
la durée 
‘bauché, 
ieur (k ). 


ù ces Mi- 


la Ville, 
publique, 
amenent 

à tenir 
Ts il lui 
bli. Or: 
DéCuniaI- 


mes que 
al, une 
e orne- 
ouvens 
ler leurs 
Harin l’a 
imande, 
pit à pro= 
éritoit. 
ier qui 
le feroit. 
argent, 
fomme 
devoit 


s & leur 
efclavess 


DE LA CHINE, Liv. II Cnar. VI 331 


devoit fervir à louer une chaife & à payer les Muficiens. Les deux autres tiers 
étoient pour la dépenfe de la fête nuptiale. Elle ne fut pas long-tems à trouver 
un mari. y : : u Er 

IL y a d'autres punitions pour les fautes leyères. Le même Miffionaire étant 
an jour entré dans la feconde cour du Tribunal, y vit plufieurs jeunes gens à 
genoux, dont quelques-uns portoient fur la tête une pierre du poids de fept ou 
huit livres, tandis que d’autres tenoient entre leurs mains un livre qu'ils pa- 
roifloient lire avec beaucoup d'attention. De ce nombre étoit un jeune marié { 
qui aimant le jeu à l'excès, avoit perdu une partie de la fomme que fon père 
Jui avoit donnée pour fon établiffement. Les exhortations, les réprimandes & 
les menaces n'ayant pu fervir à le corrigers fes parens l'avoient amené au Tri- 
bunal. Sur leurs plaintes, le Mandarin l'avoit fait approcher. | Il avoit come 
mencé par des reproches & des confeils; enfüuite il fe difpoloit à lui faire don- 
ner la baftonade, lorfque fa mêre étant entrée brufquement & s'étant jettée à 
fes genoux avec une abondance de larmes, Jui avoit demandé grace pour fon 
fils. Le Mandarin touché de compañlion s’étoit fait apporter un Livre, com- 
pofé par l'Empereur pour l'inftruétion de fes Sujets; & l’ouvrant à l'article qui 
regardoit l'obéiflance filiale, il avoit dit au jeune homme: ,, Vous me pro- 
» mettez de renoncer au jeu & d'écouter les confeils de votre père. Je vous 

pardonue pour cette fais. Mais allez vous mettre à genoux dans la gallerie, 
” du côté de la falle de l'audience, & tâchez d'apprendre par cœur cet article. 
“ Vous ne quitterez le Tribunal qu'après me l’avoir répété & m'avoir promis 
”_ de l'obferver pendant le refte de votre vie. Cet ordre fut éxécuté ponétuel- 
lement. Le jeune homme eût befoin de trois jours pour apprendre l'article. Il 
eût la liberté de fe retirer après les avoir pailés dans la gallerie, 

On diftingue certains crimes, pour lefquels un criminel eft marqué fur les 
deux joues, avec des caractères Chinois qui expriment la nature de l'offenie. 
D'autres font condamnés au banniffement, ou à tirer les Barques Royales. Il eft 
rare que cette fervitude dure plus de trois ans ; Mais le banniffement eft quelque- 
fois perpétuel, furtout lorfqu'il eft en Tartarie, Un Exilé eft sûr, avant fon 
départ, de recevoir un nombre de coups proportionné à fon crime (7). 

Les vols d'adrefe font punis la première fois par une marque fur le bras gau- 
che, avec un fer chaud, & la feconde fois par une marque fur le bras droit. 
La troifième, ils font livrés au Tribunal criminel. Les Efclaves fugitifs font 
condamnés à cent coups de foues, & rendus enfüite à leurs Maîtres. Dansces 
derniers tems on leur marquoit la joue gauche avec deux caraétères Chinois & 
deux caraétères Tartares; mais un Mandarin ayant repréfenté à l'Empereur que 
cette punition étoit trop rigoureufe, pour un crime qui venoit moins d'aucune 
inclination vicieufe que du defir naturel de la liberté, & que d’ailleurs labien- 
féance étoit bleffée, dans une Ville où Sa Majefté réfidoit, par tant d'objets 
difformes dont les rues étoient remplies, ce confeil fut bien reçu, & l'Empe- 
reur ordonna qu’à l’avenir la marque des lettres s’appliqueroit fur le bras gau- 
che (m”). | 

o nt obferver, à cette occafion, que fouvent un grand Mandarin Tar- 
tare, ou un Chinois Tartarifé, c'eft-à-dire, enrollé fous la bannière l'artare, 


qui 


(1) Du Halde, pag. 311. Cm) Magalhaens, pag. 236; 


Tt 2 


Gouvrnnr: 
MENT 
DE La CHIN£, 


Punitions 
pour les fau- 
tes légères. 


Fixemples 
rapportés par 
le Père Con- 
tancin, 


Marques ap- 
pliquées fur la 
joue. 


Bannifle- 
ment, 


Punition 
pour les vols 
d’adreffe & 
pour les Efcla- 
ves fugitifs. 


Révolutions 
de fortune. 


ne en nd near 


GoUvERNE- 
MENT 
BE LA CHINE. 


Éfclaves de 
la Chine & 
leur condi- 
tjon. 


Trois Suppli- 
ces capitaux, 


Supplice des 
gun de quuli- 


Manière de 
trancher la 
icte, 


339 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


qui a plufeurs efclaves à fon fervice, eft lui-même efclave de quelque Sei. 
neur de la Cour, auquel il eft obligé par intervalles de donner des fommes 
confidérables. Un Chinois que la pauvreté force de fe donner à quelque Prin. 
ce Tartare, peut efpèrer, s’ila du mérite, de devenir bientôt un grand Man. 
darin. Mais ces caprices de fortune ne font pas fi communs fous la Dynaftie 
préfente qu’ils l’étoient anciennement. Le même, s’il eft privé de fon Of. 
ce, retourne à fon Maître , pour éxercer à fon fervice quelques fonctions 
honorables. 
LorsQUE les perfonnes riches marient leurs filles, ils leur font préfent de 


L4 


plufieurs familles d'Efclaves, fuivant l’état de leur fortune. Ces Efclaves ob- 


. tiennent fouvent la liberté ; & quélques-uns à condition de payer une fomme 


annuelle à leur Maître. S'ils s’enrichiffent par leur induftrie, leur Maître n'a 
pas droit d’envahir leurs biens; il fe contente de tirer d'eux de gros préfens, 
fans vouloir confentir qu’ils fe rachetent de ce refte de fervitude. Ils font d’u- 
ne fidélité fingulière, & leur attachement eft inviolable pour leurs Patrons. 
Ceux-ci de leur côté les traitent comme leurs enfans, & leur confient fouvent 
leurs plus importantes affaires. L'autorité des Chinois fur leurs Efclaves fe borne 
aux devoirs ordinaires du fervice. S'il étoit bien prouvé qu'un Maître eût 
abufé de fon pouvoir pour prendre des libertés criminelles avec la femme de 
fon Efclave, rien ne pourroit le garantir de fa ruine (#). 

Les trois Supplices capitaux de la Chine font d’étrangler, de trancher la 
tête, & de couper en piéces. Le premier, qui eft le plus commun & qui paf- 
fe pour le plus doux, eft la punition des petites offenfes capitales, telles que 
de tuer fon adverfaire en duel. Dans quelques parties de l'Empire, on étran- 
gle avec une efpèce d'arc. Dans d’autres lieux on fe fert d’une corde de fept 
ou huit pieds de long, avec un nœud coulant, qu’on pañle au cou du crimi- 
nel. Deux fuppôts du Tribunal tirent de toute leur force les deux bouts de 
la corde, & ies lâchent auffitôt. Enfuite, les tirant une feconde fois, ils font 
fûrs de leur entreprife. Les perfonnes de quelque diftinétion font toûtjours 
conduites au lieu de l'éxécution dans leurs chaifes ou fur des. chariots cou- 
verts (0). L'ufage eft d’étrangler les criminels de haute qualité; à moins 
que la notoriété du crime ne les ravalle à la punition du Peuple. Alors on 
leur coupe quelquefois la tête, pour la fufpendre à quelque arbre fur le grand 
chemin (p). En un mot il eft plus honorable d’être étranglé que d’avoir 
la tête tranchée. De-là vient que pour marquer quelque bonté aux Sei- 
gneurs ou aux Mandarins qui font condamnés à la mort, l'Empereur leur 
envoye un cordon de foie, & l’ordre de s’étrangler de leurs propres mains. 

ON tranche la tête pour les crimes de la plus odieufe énormité, tels que 
l'affaffinat. Cette mort paîñle pour la plus infime, parce que la tête, qui eft 
la principale partie de l'homme, eft féparée du corps, & que le criminel ne 
conferve point, en mourant, fon corps aufñi entier qu’il l’a reçu de la natu- 
re. On ne dreffe pas d’échafaut pour les éxécutions. Le criminel fe met à 
genoux dans quelque place publique, les mains liés derrière le dos On le 
tient fi ferme qu’il ne peut fe remuer; tandis que l'Exécutev: s'vançant par 


derrière, lui abbat la tête d’un feul coup, & le couche immédiatement dure le 
o$ 


(2) Chine du Père du Halde, pag, 278, (p) Mémoires du Père le Comte, pag. 295: 


Ce) Du Halde, ibid, pag. à & 512, 


dos avec t: 
de fang fur 
amis ne re 
lui envoyer 
des liqueur: 
l'ufage ait : 
s'en acquitt 
pagnant le 
pé dans ur 
vêtu de l’a 
Peuple (4) 
Les Ch 
avoir manq 
fain & parf 
ce crime. 
l'Exécuteui 
Ja tête, en 
rapportent | 
tanc vers fa 
clara qu'il f 
fait & auñli 
CEUx q 
ce, de laf 
d'infamie. 
ter dans le : 
tions rigout 
fidérable ; < 
l'Empire pc 
fon, attire 
vant, dans 
qu'à l’occa! 
mariage d' 
que autre 
réferve de 
répi font o 
dans cette 
La troifi 
Couper en mi 
xécuteur at 
defcendre | 
Iluimutile 
piéces; & 
de fes enna 
vent pratid 


(4) Du IT: 
(r) Souve 


que Sei. 
fommes 
e Prin- 
nd Man. 
Dynaftie 
on Off. 
nétions 


éfent de 
aves ob- 
> fomme 
ître n’a 
bréfens, 
ont d’u- 
Patrons. 
fouvent 
fe borne 
ître eût 
mme de 


ncher la 
qui paf- 
elles que 
n étran- 
de fept 
h crimie 
bouts de 
ils font 

totrjours 
DtS COu- 
à Moins 
lors on 
e grand 
d’avoir 

iux Sei- 
ur leur 
s mains. 
els que 
qui eft 

inel ne 
la natu- 
» met à 
On le 

ant par 
it fur le 
dos 


pag. 295, 


DE LA CHINE, Laiv. Il. Cuar. VE, 334 


dos avec tant de promptitude & d'adrefle , qu'il ne tombe pas une goutte 
de fang fur fes habits. Ils fonc meilleurs qu'à l'ordinaire. Les parens & les 
amis ne reconnoiflent pas volontiers que le coupable leur appartienne ; maisils 
Jui envoyent ordinairement des habits neufs; & fur la route ils lui font offrir 
des liqueurs & des vivres. L’Exécuteur eft un Soldat du commun; & loin que 
l'ufage ait attaché de la honte à fes fonctions, c'eft un honneur pour lui de 
s'en acquitter bien. À Peking il porte une ceinture de foie jaune en accom- 
pagnant le criminel. C'eit la couleur Impériale ; & fon fabre eft envelop- 
pé dans une étoffe de foie de la même couleur , pour montrer qu’il eft re- 
vêtu de l'autorité de l'Empereur & lui attirer plus de refpeët de la part du 
Peuple (q). 

Les Chinois font perfuadés qu'un homme à qui l'on a tranché la tête doit 
avoir manqué de foûmiilion pour fes parens, qui lui avoient donné un corps 
fain & parfait. La féparation des membres leur paroît une jufte punition de 
ce crime. Cette opinion eft fi bien établie, qu'ils achetent à grand prix, de 
l'Exécuteur, les corps de leurs parens & de leurs amis (r), pour y recoudre 
la tête, en s’efforçant d’expier fa défobéiflance par leurs gémiflemens. Ils 
rapportent l’origine de cette idée à Tfong-tu, Difciple de Confucius, qui exhor- 
tant vers fa dernière heure fes enfans & fes difciples à l’obéiffance, leur dé- 
clara qu'il fe croyoit redevable à la fienne d’avoir confervé fon corps aufli par- 
fait & aufli entier qu’il l'avoit reçu de fes parens. 

Ceux qui font condamnés au même fupplice font privés, par leur Senten- 
ce, de la fépulture commune; ce qui pañle à la Chine pour un autre excès 
d'infamie. L’Exécuteur, après avoir dépouillé le corps, eft obligé de le jet- 
ter dans le foflé voifin.  Auïli ne peut-il le vendre fans s’expofer à des puni- 
tions rigoureufes. Mais il gagne le Juge ou les délateurs par un préfent con- 
fidérable; ce qui augmente beaucoup le prix du corps. Une ancienne loi de 
l'Empire porte qu’un criminel, à qui fes bonnes qualités, ou quelqu’autre rai- 
fon, attient une jufte pitié, obtiendra un répi jufqu'à la fin de l’Automne füi- 
vant, dans quelque tems qu'il ait été condamné. La raifon de cette loi, c’eft 
qu'à l'occafon de quelque réjouiflance publique, foit pour la naïiffance ou le 
mariage d'un Prince, foit pour la fin d’un tremblement de terre ou de quel- 
que autre calamité, on ne manque pas de relicher tous les Prifonniers, à la 
réferve de quelques-uns qui fonc exceptés. Ainfi ceux à qui l’on accorde un 
répi font ordinairemant renvoyés libres, ou paflent du moins quelques mois 
dans cette efpérance (5). | 

LA troifième efpêce de punition, que les Chinois appellent dans leur langue, 
Couper en mille pièces , eft celle des rebelles & destraîtres. Elle paroît cruelle. L’E- 
xécuteur attache le criminel à quelque pilier, & lui écorche la tête jufqu’à faire 
defcendre la peau fur fes yeux, afin qu’il ne puiffe voir fes propres tourmens. 
Ilui mutile enfuite toutes les parties du corps, en les coupant fucceflivement en 
piéces; & lorfqu’il et fatigué de ce fanglant éxercice, ill’abandonne àla fureur 
de fes ennemis & aux infultes du Peuple. Mais quoique ce fupplice ait été fou- 
vent pratiqué fous divers regnes, qui paflent pour barbares , il ne confifte, 

fuivant 


(4) Du Malde, pag. 4 & 312, (s) Magalhaens, pag, 211, & fuive 
(7) Souvent iufqu'à fix cens ou mille écus, 


Ttg 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE 


Diftintion 
del'Exécu- 
teur. 


Opinion des 
Chinois fur ce 
fupplice. 


Privation de 
la fépulture. 


Comment leg 
criminels font 
coupés en pié- 
ces, 


GouvrnNr- 
MENT 


pr LA CHINE. 


- Plufieurs 
fortes de tor- 
tures. 


Supplice in- 
venté par 
l'Empereur 
Chcw. 


Forme des 
Prifons Chi- 
noifes, 


834 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


fuivant la loi, qu’à couper:en piéces le corps du criminel; :à lui onvrir le 
ventre (+) & a jetter le cadavre dans une: Rivière ou dans un foflé, On pu. 
nit ainfi les plus grands crimes, C'eft la juftice, difent les Chinois, & non 
Ja cruauté , qui elt néceflaire. 

LA torture eft en ufage à la Chine, comme dans la plüpart des autres Pays 
du Monde, pour arracher la confeffion du crime. On diftingue la queftion 
ordinaire & l’extraordinaire. La première eft très-vive & trés-douloureufe, 
Elle fe donne aux pieds & aux mains. On fe fert pour cela d'un inftrument 
compofé de trois piéces de bois croifées, dont celle du milieu eft fixe, tandis 
que les deux autres tournent à l'entour. On met le pied du criminel dans 
cette machine, où il eft ferré avec tant de violence , que la cheville en eit 
quelquefois applatie (vw). La torture fe donne aux mains en plaçant de pe. 
tites piéces de bois entre les doigts du coupable, & les ferrant d’une corde 
avec-beaacoup de force. On le laiffe dans cette fituation auffi long tems que 
fa Sentence le porte. Mais les Chinois ont des remèdes pour diminuer & 
même pour engourdir le fentiment de la douleur dans un fi rude tourment, 
comme ils en ont pour guérir le mal après l’éxécution. 11 ne leur faut que 
peu de jours pour rétablir des membres difloqués (x). La torture extraor. 
dinaire, qui fe donne après la preuve du fait, pour découvrir les complices 
d’un crime, fur-tout dans le cas de haute trahifon, confifte à faire de petites 
eftafilades au corps du criminel, & à l’écorcher par degrés en lui enlevant 
de petites lanières ou des filets de peau. PL 

Les loix Chinoiïfes n'impofent point d’autres punitions pour les crimes, 
Mais quelques Empereurs en ont établi de plus cruelles. L'Empereur Chew, 
à l'inftigation de fa concubine favorite, qui fe nommoit Z4-kya, inventa un 
nouveau genre de fupplice , fous le nom de Pau-lo.  C'étoit une colomne de 
cuivre, haute de vingt coudées, fur huit de diametre, creufe comme le Tau 
reau de Phalaris, -avec trois ouvertures pour y mettre du feu. On attachoit 
les criminels à cette colomne, en la leur faifant embraffer avec les pieds & 
les jambes. -On allumoiït un grand feu au-dedans, qui rotifloit ces Malheu- 
reux jufqu'à ce qu’ils fuffent réduits en cendre; L’Hiftorien ajoûte que Ta- 
kya fe faifoit un amufement de ce fpectacle (y). 


(t ) Peut-être après qu'il étoit mort. pour la Chirurgie de la Chine. 

(uv) Mngalhaens , fouffrit cette torture. (y) Chine de Du Halde, pag. 312. & fuiv. 
Voyez ok dis les Fournaux du Tome VII. Mémoires du Père le Comte, pag. 293 

(x) Ce récit devroit donner dela curiofité 


Prifons de la Chine. 


ES Prifons Chinoifes n'ont pas ces apparences d’horreur qu’on voit régner 
dans celles de l'Europe, Elles fônt même commodes & fpacieufes. L’é- 
difice en eft femblable dans toutes les parties de l'Empire, Elles font fituées 
à peu de diftance des Tribunaux de Juftice. Après avoir pallé la porte de 
la rue, on trouve une longue allée qui conduit au logement du fecond Geo- 
lier. Enfüite on entre dans une grande cour quarrée, aux quatre côtés de 
laquelle font les chambres des prifonniers , élevées fur de gros piliers de bois; 
ce qui forme au-deflous une forte de galerie. Les quatre coins font occupés 
par des prifons particulières, où l'on enferme les plus fameux brigands, Las 

( : eut 


jeur laifler 
ils achéten 
chaînes pet 
& fi ferrée 
fe reliche | 
n'ont pas 
cour de la 
renfermér « 
Jouer de pi 
Sentinelles. 
lence. Si. 
gne, on fe 
au défordre 
toute efpér: 
prife feroie 
doit toñjou 
tombe mai 
l'Empereur 
foin pofibl 
l'Empereur 
balterne a f 
chargés de 
lancolique, 
cicer la co 
leur emprif 
mais encor 
punition. 
Dans le 
on permet 
chers, les L 
la commodi 
leurs alimer 
des. Officier 
La Prifo 
le qu'au tra 
leurs nécefii 
Dans qi 
neft pas pl 
fait exprès 
Lorfqu'un F 
demande c 
parce qu'or 
précation q 
haie du m 
fn (a)! 


(a) 


ouvrir le 
. On pu. 
> & non 


itres Pays 
| queftion 
rloureufe, 
aftrument 
e, tandis 
inel dans 
lle en cit 
at de pe. 
une corde 
-tems que 
ninuer & 
ourment , 
faut que 
> EXtrAOf- 
complices 
de petites 
| enlevant 


2s crimes, 
eur Chew, 
iventa un 
olomne de 
ne le T'au- 
\ attachoit 
s pieds & 
s Malheu- 
e que Ta: 


912. & fuiv, 
B. 293 


oit régner 
ufes. L’é- 
pnt fituées 
porte de 
ond Geo- 
côtés de 
s de bois; 
t OCCUPÉS 
ands, fans 
leur 


DE LA CHINE, Liv. IL. Cnar. VI 


teur laiffer pendant le jour la liberté de fe promener dans la cour. Cependant 
ils achétent cette grace pour quelques heures. La nuit, ils font chargés de 
chaînes pefantes, qu'on leur attache aux mains, aux pieds & à la ceinture, 
& fi ferrées , qu’à peine leur laiffent-elles le pouvoir de fe remuer. Si l'on 
fe relàche un peu de cette rigueur, ce n’eft qu’à prix d'argent. Ceux qui 
n'ont pas commis de crimes odieux ont la liberté de prendre l’air dans la 
cour de la Prifon; mais, le foir, on les appelle l’un après l'autre, pour les 
renfermer dans une grande faille obfeure, à moins qu'ils ne foient en état de 
Jouer de petites chambres , qui leur font un logement plus commode, Des 
Sentinelles, qui veillent pendant toute la nuit , font obferver un profond fi- 
Jence. Si l'on entend le moindre bruit, ou s'i: arrive que la lampe s’étei- 
gne, on fe hâte d’en donner avis aux Geoliers, afin qu'ils puiffent remédier 
au défordre: Il fe fait des rondes continuelles , qui ôtent aux prifonniers 
toute efpérance de pouvair s’échapper. Ceux qui formeroient cette entre- 
prife feroient punis févèérement. Le Mandarin vifite fouvent la Prifon, & 
doit toûjours être en état de rendre compte des prifonniers. Si quelqu'un 
tombe malade, il eft obligé non-feulement de lui procurer, aux frais de 
l'Empereur , des Médecins & des remèdes; mais encore de prendre tout le 
foin pofñible de fon rétabliffement. Si quelqu'un meurt, il doit en informer 
l'Empereur, qui ordonne fouvent au Mandarin fupérieur d'éxaminer fi le fu- 
balterne a fait fon devoir. Dans ces tems de vifice, les Prifonniers qui font 
chargés de quelque crime capital paroiflent avec un vifage pâle, un air mé- 
lancolique, la tête panchée, & les genoux tremblans, dans l’efpérance d’ex- 
citer la compafñlion. Mais ils en trouvent d'autant moins, que le but de 
leur emprifonnement eft non-feulement de les tenir fous une garde fûre, 
mais encore de les morufier, & qu'il eft regardé comme une partie de leur 
punition. 

Dans les grandes Prifons, comme celle du Tribunal fuprême de Peking, 
on permet aux Ouvriers & aux Artifans, tels que ies T'ailleurs , les Bou- 
chers, les Marchands de riz & de légumes, &c. d'entrer pour le fervice & 
la commodité des Prifonniers. Ils ont même des cuifiniers, qui préparent 
leurs alimens; & tout s'éxécute avec beaucoup d'ordre, par le foin continuel 
des Officiers. 

LA Prifon des femmes eft féparée de celle des hommes. On ne leur par- 
le qu’au travers d’une grille, ou par une efpèce de tour qui fert à faire pafler 
leurs néceflités. Les hommes ont rarement la liberté de s’en approcher. 

Dans quelques endroits, le corps d'un criminel qui meurt en prifon 
neft pas porté à la fepulture par la porte commune, mais par un pañlage 
fait exprès dans le mur de la première porte, qui ne fert qu’à cet ufage. 
Lorfqu'un Prifonnier de quelque diftinétion fe trouve en danger de mort, il 
demande comme une faveur la permiflion de fortir avant que d’expirer , 
parce qu'on attache une idée d'infamie à ce paflige. La plus grande im- 


précarion qu'on puifle faire à la Chine, contre une perfonne à qui l'on fou- 


haie du mal, eft de lui dire: ,,. Puiflég-tu pafler par le trou de la Prix 
on (a)! 


NAVAREITE 


Ca) Du Halde, pag. 310, & fuiw 


GOUVLRNES 
MENT 
DE LA CHINE, 


Etat des pri: 
fonniers. 


Vifites du 
Mandarin 
dans la prifon, 
& fes devoirs. 


Commodités 
permifes, 


Prifon des 
femmes. 
Corminent un 
traite les pri- 
fonniers 
morts. 


336 VOYAGES DANS L'EMPIRE 
NavareTTE, qui avoitété renfermé avec les autres Miffionaires, pendant 


GOUVÉRNE- ' 
MENT la perfécution, à Hang-cheu-fu, Capitale de la Province de Che-kyang, fait la cette li 
vs La CHINE, beinture fuivante de la Prifon de cette Ville & du traitement qu'ils y avoien: à l'éca 
Defkriptien reçu. En arrivant dans la première cour, ils apperçurent le principal Geolier, ue les 
delaPrifon de aflis avec beaucoup de pompe fur le fiège de fon Tribunal. Ce redoutable Of. tit. ge 
Ho cier demanda aufli-tôt l'ordre du Juge criminel. Enfuite il-interrogea les Mif. pieds d 
GPS EU fionaires fur le deffein qui les avoit amenés à la Chine & fur d’autres circon. vec bea 
ftances. Ils répondirent avec beaucoup de liberté; après quoi ils furent con. ta Les 
duits par une autre petite porte, qui étoit fous l4 garde d’un Portier, dans un rible. À 
Temple d’une grande élégance. Il n'y a point de Prifons dans tout l'Empi. celui de 
re, de Dongeons, ni de Cours de Paint Lx n'ayent leur Temple, fort pro. gés de « 
pre & fort bien orné, où les Prifonniers & les Plaideurs font leurs prières, fouffrir 
offrent des cierges, de l'huile, de l’argent, des parfums & d'autres préfens, montre 
[ Les uns font des vœux pour leur élargiffement, & les autres pour l’h<ureuxt miratlo 
faccès de leurs procès: Mais, fuivant la remarque de l’Auteur, des Images leurs Id 
de bois ou de terre, ne font guères propres à les éxaucer.] A l'entrée de la ces & h 
nuit, on fit pañler les Miffionaires par une plus petite porte, dans une cour 4 » SR 
& de-là dans une grande falle fort obfcure, fans aucune fenêtre, & firemplie » deux 
de monde qu’à peine purent-ils s’y tenir debout. Ce lieu fe nommoit la petite s» VÉC ; 
Prifon, pour le diftinguer du Dongeon, qui en eft affez loin. {is y pañlérent 5 ge? 
quarante jours, durant lefquels ils eurent toûjours de la lumière pendant l » Ce V 
nuit. En‘: l’envie de rendre leur fituation plus commode leur ft louer une » diftin, 
chambre. :1l y avoit, dans la prifon, un Infpeéteur, dont l'office étoit d’en. par lequ 
tretenir l’ordre parmi les Prifonniers. Ils lui marquoient une extrême fou. Prifon ( 
miflion. On n’entendoit point de bruit. On ne voyoit pas naître de querelle, | 
La tranquillité régnoit comme dans un Monaftère. (2) 
PENDANT le jour on reconduifoit les Miffionaires au Temple & dans k aie 
rande cour, pour y prendre l'air. Les chambres particulières bordoient deux 
allées. Elles étoient pour les Prifonniers de quelqt ce diftinétion, qui n’avoient 
commis que des fautes legères. La vie qu’ils y menoient étoit paiñble & com- 
mode. On voyoit aufli quelques maifons habitées par des perfonnes mariées, 
qui faifoient la garde pendant la nuit. Leur devoir eft de fe promener dans les 
allées & dans les cours, en battant fans cefle du tambour & foufflant dans de : 
petits cornets. Avec tant de précautions, quand la Prifon feroit moins fûre par À ET 
elle-même, il n’en feroit pas moins impoiïible aux Prifonniers de s'échapper. L Givi 
[LA prifon des femmes ,comme on la déja remarqué , étoit féparée des au-f#° rofefio 
tres; une forte porte qui en fermoit l'entrée avoit une ouverture par laquelle on P ts: cé 
donnoit aux Prifonnières ce dont elles avoient befoin. L’Auteur fut bier infor- . d 
mé qu'aucun homme ne vient là pour s'entrecenir avec elles: & à cette oc- Le vi 
cafon il remarque que les hommes & les femmes fe conduifent dans cet endroit d.obt : 
avec tant de modeftie & de retenue, qu’on ne voit nulle part dans le refte du Lis Le 
Monde une conduite aufli régulière. ] On y apporte, chaque jour, toutes for- Le 
tes de commodités en abondance; ce qui forme continuellement un véritable pe 
marché. Tout enfemble a lair d’uge petite République bien ordonnée.  Cha- 
que jour au foir le principal Geolier vifite les prifonniers avec fes commis, (a) Pa 
les appelle par leur nom & les renferme dans le lieu qu’ils habirent. On don- néral des” 
ne, aux prifonniers pauvres, une portion de riz tous les jours. Ils en man- de la milic 
gent une partie, & du refte ils achetent du bois, du fel & des légumes. Sans al dans 
cette del 
VIII. 


es, pendant 
ang, fait la 
ls y avoien: 
pal Geolier, 
outable Of. 
gea les Mif. 
tres Circon. 
furent con. 
er, dans un 
out l’Empi. 
e, fort pro: 
urs prières, 
res préfens, 


ur }! 1e areuxt 


des Images 
entrée de la 
une Cour, 
& firemplie 
oit la petite 
y pañlérent 
pendant l: 
it louer nine 
> étoit d’en. 
xtrême fou- 
de querelle, 


> & dans ha 
doient deux 
ui n’avoient 
ble & com- 
es mariées, 
her dans les 
ant dans de 
ins fûre par 
s'échapper. 


laquelle on 
bier infor- 
à cette oc- 
cet endroit 
le refte du 
toutes for- 
n véritable 
ée,  Cha- 
s commis, 
, On don- 
ls en man- 
mes, Sans 


cette 


arée des au-[f 


DE LA CHINE, Liv. II. Cuar. VI 337 


cette libéralité la plûpart manqueroient du néceflaire, parce qu’étant logés fort 
à l'écart, ils n’ont pas de reflource dans les aumônes. Pendant tout le tems 
ue les Miffionaires furent captifs, il entra plus de prifonniers qu’il n’en for- 
tit. Les uns avoient les cuifles meurtries de coups; d’autres, les chevilles des 
pieds difloquées par la torture. Ces châtimens font communs & s’éxercent a. 
vec beaucoup de févérité. | 
Les Miffionaires entrérent un jour dans le Donjon. C'eft un lieu aflez ter- 


‘ rible. Au dehors eft une grande cour, & dans lecentre, un Temple, comme 


celui de la petite prifon. ‘l'ous ceux qui s’y trouvoient renfermés étoient char- 
gés de chaînes. Ils avoient le teint livide, parce qu'ils avoient beaucoup à 
fouffrir de l'humidité. Cependant on leur permettoit, pendant le jour, de fe 
montrer au Soleil, où ils refpiroient un air plus fain. Rien ne caufa plus d’ad- 
miration aux Miffionaires que l'ardeur avec laquelle ils leur voyoient implorer 
leurs Idoles, pour obtenir la fin de leurs fouffrances, &que les manières dou- 
ces & honnètes qu'ils avoient l’un pour l’autre & pour ceux qui les vifitoient : 
» S'il fe trouvoit dans nos prifons, remarque Navarette, deux Chinois ou 
deux Japonois, comment feroient-ils traités par les autres Prifonniers? A. 
vec quelle rigueur ne leur feroit-on pas payer les Droits établis par l’ufa- 
ge? On ne voit rien de femblable à la Chine. Nous fûmes traités, ajoûte 
ce Voyageur , avec autant de refpeét que fi nous avions été d’un rang 
» diftingué. On voyoit du côté intérieur du mur, vers le Donjon, un trou 
par lequel on faifoit pafler les corps des prifonniers qui mouroient dans cette 
Prifon (b). 


LE] 


Tome VIT, le détail de ce qu'ileut à fouffrir & 


(b) Defcription de la Chine par Navarette, 
les circonftances de cette perfécution. R, d.F, 


pag. 15. &uiv. On a và dans fon Journal, au 


ç VI. 
Gouvernement militaire ÉS Forces de l Empire. 


Officiers € Tribunaux militaires. 

Fo militaire de la Chine a fes Tribunaux comme le Gouvernement 
civil, & fes Quans ou fes Mandarins, avec l’autorité qui convient à leur 
profeflion. Les Mandarins de la guerre prennent régulièrement leurs trois de- 
grés, comme les Mandarins civils. Ils font divifés en neuf claffes, qui for- 

ment, comme les autres, un grand nombre de Tribunaux. 
Le rang & les fonétions du principal Officier militaire, ou du Général, font 
à peu près les mêmes à la Chine qu’en Europe (a). 1l a fous lui, dans quel- 
ques Provinces, quatre Mandarins; & dans d'autres lieux, deux Mandarins 
feulement , qui repréfentent auffi nos Lieutenans-Généraux. Ceux-ci ont d'autres 
Mandarins 


fuivant Gemelli ( pag.. 279.) font les Tjong. 
mags ou les Colonels, les Fi-tyans ou les Ma- 
jors, les Se-kupes ou les Capitaines, & les Pa- 
tal Tjyang-kiun , & leurs Lieutenans-Géné-  tjuns ou les Enfeignes. Mais Du Halde fait Le 
taux, Meÿrayn-chan. Sous ces Commandans, Tiong-ping, Chef général de la milice. 


VIII. Part. Vv 


(a) Parmi les Chinois, le Hong:tu eft Gé- 
néral des Troupes reglées, & le Ti-tu comman- 
de la milice. Les Tartares appellent leur Géné- 


Govvrenxe- 
MENT 
DL LA CuINe. 


Defcription 
du Donjon, 


Divifion des 
Maindarins 
iilitaires en 
cinq clafles. 


Reffemblane 
ce des degrés 
inilitaires de 
la Chine avec 
les nôtres, 


GouvErnNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Jutre Tri- 
bunal dont ils 


dépendent, 


Scigneurs 
qui font au- 
deflus des or- 
dres des Man- 
darins, 


Coibien la 
€hine eft for- 
tifice par l'Art 
& la Nature. 


338 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Mandarins fubordonnés, qui répondent à nos Colonels. Les Colonels ont fous 
eux des Officiers, qu'on peut regarder comme des Capitaines. Enfin ces Ca. 
pitaines ont des Officiers fubalternes, qui reffemblent à nos Lieutenans & à nos 
Enfeignes. Chacun de ces Mandarins a le train qui convient à fa dignité; & 
lorfqu'il paroît en public ;: il eft accompagné d’une troupe d'Officiers qui ap- 
partiennent à fon ‘T'ribunal ; de forte que tous enfemble ils ont fous leurs ordres 
un fort grand nombre de Troupes, tant à cheval qu’à pied. 


On compte à Peking cinq Tribunaux militaires, qui fe nomment U:fu, : 


c'eft-à-dire, les cinq clafes ou les cinq troupes de Mandarins dela guerre. Le 
premier porte le nom de Heu-fu, c'eft-à-dire, d'arrière-garde ; le fecond, ce. 
Jui de T/o-fu ou d'aile gauche ; le troifième, de Teu-fu, qui fignifie afle droite; 
le quatrième, celui de Chang-fu, e’eft-à-dire,avant-garde du corps d'Armée ; le 
cinquième, celui de T/yen-fu ou d'avant-garde. 

Ces cinq clafles ont à leur tête un Préfident & deux Affiftans, qui font du 
premier Ordre des Mandarins. On choifit ordinairement, pour remplir ces 
poftes, de grands Seigneurs de l’Empire, qui deviennent ainfi les Comman- 
dans de tout ce qu'il y a d’Officiers & de Soldats à la Chine. Cependant ces 
cinq Tribunaux dépendent d'un Tribunal fuprêmede la Guerre , nommé Yong- 
ching-fu, dont le Préfident eft un des plus grands Seigneurs de l'Empire. Son 
autorité s'étend fur les cinq Tribunaux militaires, & fur tous les Officiers & 
les Soldats de la Cour. Mais pour modérer ce pouvoir extraordinaire, qui 
le rend maître d'un fi grand nombre de Troupes, on lui donne pour affiftant 
un Mandarin Littéraire (2) avec le titre de Surintendant de l'Armée, & deux 
Infpeéteurs nommés pär l'Empereur , qui entrent dans l’adminiftration des 
armes. D'ailleurs, lorfqu'il s'agit d’éxécuter quelque projet militaire, le 
Yong-ching-fu dépend abfolument de la quatrième des fix Cours fuprêmes, 
qui fe nomme Ping-pu & qui a toute la milice de l'Empire fous fa Jurif: 
diétion. 

Quorqu’ir y ait à la Chine de grands Seigneurs qui portent les titres de 
Princes, de Ducs & de Comtes ; qui font fupérieurs à tous les Ordres des 
Mandarins par leur dignité, leur mérite & leurs fervices (c), il nycna 
pas un néanmoins qui ne fe trouve honoré de fon Emploi, & de la qualité de 
Chef des cinq Tribunaux militaires. Les Chinois font les plus ambitieux de 
tous les Peuples. Ils mettent leur gloire & leur bonheur à jouir de quelqu'au- 
torité dañs l'Etat (d). 

Les Tribunaux des Mandarins de la guerre ne demandent point d'autre 
éclairciffement, parce que dans leurs procédures & leurs décifions ils ont les 
mêmes méthodes que les Tribunaux civils, dont on a déja donné la deftrip- 
tion. Mais il nous refte à parler des forces de l'Empire Chinois. 

L'ART & la Nature fe font réunis pour donner des forces extraordinaires 
à la Chine. Toutes les grandes Villes, & les principales entre les petites , 

| font 


(») Ou peut être un Mandarin civil; car neuf Ordres, fe nomment PVi-jo-lyew, c'eft- 
on confond fouvent les Officiers civils avec  à-dire, gens fans étabiiffement, parce qu'ils 
les Littéraires. afpirent aux poftes de confiance & de grand 


(ce) Magalhaensles appelle Fa-pings, com profit. 
me s'il n'y avoit pas pour eux d’ailez haut 
degré , ni de place qui réponde à leur mérite. 
Mais ces Mandarins, qui n’y font d'aucun des 


(d) Relation de Magalhaens, pag. 215 & 
217. Du Halde, pag, 215. & fuiv. 


font ph 
de Gue 
mérce. 
tres Vill 
ficile. 
part ,, u 
té, c'e 
ions OÙ 
MT 
Les 
On en di 
So, Chin 
le fecond 
trois cen 
à-dire , e 
les Châte 
ticuliers 4 
ENTRr 
milieu de 
leurs Tro 
vement d 
des roche 
échelles, 
ronnées d 
dans de I: 
l'ennemi. 
nommés ‘ 
leur fenti 
en arbor: 
lumée, p 
Province. 
défenfe. 
Les a 
femblent : 
de fix Prec 
te, que k 
les tempê 
sûreté. 
ce côté-|: 
de Murai 
LE no 
Mur, po 
à fept ce: 
pour dim 


| 


(e) L’Ar 
Villes du fix 


ont fous 
1 ces Ca- 
s & à nos 
nités & 
qui ap- 
rs ordres 


nt U-fu, 
erre. Le 
nd, ce- 
Ile droite ; 
rimée 3 le 


| font du 
nplir ces 
omman- 
dant ces 
mé Tong- 
ire. Son 
iciers & 
ire, qui 
affiftant 
, & deux 
tion des 
aire , le 
prêmes, 
a Jurif- 


itres de 
dres des 
d'y en a 
alité de 
ieux de 
elqu'au- 


d'autre 
ont les 
defcrip- 


dinaires 
betites , 
font 


uw, c'eft- 
ce qu'ils 
de grand 


e, 215 & 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VI. 339 


font ph ou moine fortifiées. On donne à certaines Villes le nom de Places 
de Guene, pour les diftinguer des autres, qui fe nomment Villes de Com- 
merce. Cependant les Places de Guerre n'ont pas d'autre avantage fur les au- 
tres Villes fortifiées, que celui de leur fituation, qui en rend l'accès plus dif- 
ficile. Tout l’art des fortifications Chinoifes confifte dans un excellent rem- 
part, un mur de brique, des cours, un large foffé rempli d’eau. A la véri- 
té, c'eft une sûreté fuffifante contre tous les efforts ennemis, dans des Ré- 
gions où la partie offenfive de la guerre n'eft pas mieux connue que la dé- 
enfive. 

Les Places fortifiées, les Forts & les Citadelles font en fort grand nombre. 
On en diftingue fept ordres différens, quife nomment Quang , Ghey où Whey, 
So, Chin, Po, Pu & Chay. Le premier ordre en contient environ fix cens; 
le fecond , plus de cinq cens; le troifième, trois cens onze; le quatrième , 
trois cens; le cinquième, cent-cinquante (+), & le dernier, trois cens ; c'eft- 
à-dire , en tout plus de deux mille, fans comprendre dans ce nombreles Tours, 
les Châteaux & les Redoutes de la fameufe Muraille, qui ont leurs noms par- 
ticuliers & leurs garnifons. 

ENTRE les Chays, on compte ces Places de refuge, qui font fituées au 
milieu des champs, dans lefquelles les Fermiers & les Payfans fe retirent avec 
leurs Troupeaux & leurs meubles lorfqu'ils fe croient ménacés de quelque mou- 
vement de guerre ou de l’infulte des voleurs. On en voit d’autres au fommet 
des rochers & des montagnes les plus efcarpées, fans autre accès que par des 
échelles, ou par des degrés taillés dans le Roc. Ces Places ne font pas envi- 
ronnées de murs, parce que toute leur force confte dans leur fituation, ou 
dans de larges & profonds foflés, qui font capables d'arrêter la marche de 
l'ennemi. On compte avec cela plus de trois mille Tours, [ ou Châteaux, 
nommés Tay,] où l'on entretient conftamment une garde de Soldats, avec 
leur fentinelle, qui avertit du moindre défordre par un fignal établi; le jour, 
en arborant un étendart au fommet de la ‘Tour ; la nuit, par une torche al- 
lumée, pour donner l'allarme aux Garnifons voifines ; car il n’y a pas de 
Province, de Ville ni de Bourg dans l’Empire, qui n’ait des Soldats pour fa 
défenfe. 

Les autres endroits par lefquels il pourroit être expofé à quelqu’attaque, 
femblent avoir été foigneufement fortifiés par la Nature. La Mer, qui bor- 
de fix Provinces à l'E & au Sud, a fi peu de profondeur au long de la Cô- 
te, que les Vaiffeaux n’en peuvent approcher fans être brifés en piéces, & 
les tempêtes y font fs fréquentes qu’une Flotte n’y peut jamais mouiller en 
sûreté. À l’Ouelt, ce font des montagnes inaccellibles, qui ne font pas de 
ce côté-la une défenfe moins sûre. Le côté du Nord eft défendu par la gran- 
de Muraille (f). 

LE nombre des Soldats que l'Empereur entretient pour la garde du grand 
Mur, pour celle des Villes & des autres Places fortifiées, montoit autrefois 
à fept cens foixante-dix mille, S'il a reçu quelque changement, c'eft moins 
pour diminuer que pour s’accroître ; car l’État ne fait jamais de Rue 

ans 


(e) L'Auteur a oublié de dire lenombre des (f) DuHalde, pag. 262. 


Villes du fixième ordre. KR, d. E, 


Vv 2 


Gouverxe- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Six ordres 
de Places for. 
tes, 


Leur nom: 
bre total, 


Chays ou 
Places de re« 
fuge, 


Fortifica. 
tions naturel- 
les dela Chi- 
ne. 


Troupes 
Chinoifes. 
Leur nombre 
à leurufage. 


340 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Gouvrens. dans les Troupes. Elles fervent de gardes aux grands Mandarins, aux G 
MENT  Verneurs, aux Officiers , aux Magiftrats. Elles les accompa nent OU 
pe LA Cuinr. dans leurs voyages ; elles veillent pour leur sûreté pendant A rs ja 
environs de leurs Barques ou de leurs Hôtelleries ; & chaque fois . fe 
Mandarin s'arrête, elles font relevées par d'autres gardes. L’Em a 5 
tretient aufli cinq cens foixante-cinq mille chevaux, pour renianths la C . 
| lerie , & pour l’ufage des Courriers qui fervent à porter dans les Provinc s fes 
Qualités des ordres & ceux des ‘Frib + $ es Provinces fes 
troipes Ch. M ibunaux (g). Le foin qu’il prend de bien armer fe 
k 7 F CS 
noifes, Troupes & de les habiller proprement, leur donne la plus belle apparenc 
du monde dans leurs marches & dans les revûes. Mais elles ne font es Eine 
parables à celles de l'Europe pour la difcipline & le courage. Non-feule. 
ment les Chinois font naturellement efféminés, & les Tartares font pref ue 
tombés dans la même molleffe ; mais le profond repos dont ils joui rep 
leur donne aucune occafion de fe rendre plus propres à la guerre: tandis . 
la préférence qu'ils donnent fur tout le refte, à l'étude & au fcavoir là dé 
pendance où les Soldats vivent des Lettrés, & l'éducation ordinaire de la jeu- 
nelle, qui ne voit que des livres, & qui n'entend parler que de morale £ de 
| politique, font autant d'obffacles pour le courage militaire (h). L'attaque des 
Rte des artares eft vive & fière. Ils pouffent brufquement l'ennemi, lorfqu’il ont 
EE d’abord à plier; mais ils font incapables d'un long effort, fur-tout pour 
fe défendre, s'ils font attaqués eux-mêmes avec autant d'ordre que de vigueur 
L'Empereur Kang-hi, qui ne difoit jamais rien que de jufte, comme ilne fai- 
{oit rien que de grand, peignoit leur caractère en deux mots: ., Les Tarta- 
res font bons Soldats lorfqu'ils en ont de mauvais à combattre S tisié ils 
mauvais lorfqu'ils ont à faire à de bonnes Troupes (i) É ‘a 
Difcipline A l'égard de la difcipline, les Troupes Chinoifes ne laiffent pas d’être 
militaire. cées régulièrement par leurs Officiers. Cet éxercice confifte, ou dans Mot 
pèce de marche irrégulière & tumultueufe, qu'ils font en efcortant les Man. 
darins; ou dans diverfes évolutions qui s’éxécutent au bruit des trom des, 
Ils tirent de l'arc & manient le fabre avecbeaucoup d’adreffe. On fait au de 
tems en tems, des revûes militaires, pour éxaminer foigneufement les che- 
vaux, Îles moufquets, les fabres, les fléches, les cuiraffes & les cafques. La 
moindre trace de rouille fur les armes eft punie fur le champ de trente ou qua- 
rante Coups de bâton, fi le foldat eft Chinois, & d'autant de coups de ER fi 
c'eft un T'artare, Lorfqu’ils ne font point employés aux éxercices de leur état 
ils ont la liberté de choifir leurs occupations (k), k 
Raifon qui IL n'eft pas néceflaire à la Chine, comme en Europe, d'employer la violen- 
es | ce ou l'argent pour engager les hommes au métier des Armes. La profeffion de 
Chinois. Soldat eft regardée au contraire comme un fort bon établiffément. On s'em- 
pos Pis d'e foit pa le ns de fes amis ou par les préfëns qu’on fait 
aux Mandarins; d’autant plus que chacun fai inairem à 
le Canton qu'il habite. p'us q fait ordinairement fon fervice dans 
Leur paye. Les trois Provinces du Nord (7) fourniffent un grand nombre de Soldats. 
: Ils 


CE 
2 


(g) Le même, pag. 245, (4) De-là vient : , 
, , ue fuivant l’obfervation 

2 Ï) Le Comte, pag. 290. Du Halde, pag. de Trigaut, la moitié des Habitans de ces 
(1) Le Comte ubf up He Provinces eft enrôlée au fervice milis 
(4) Le Comte, Ill 


Îis reço 
chaque 
ques-u 
vec de 
lEmpe 
Dr 
tre emf 
fe mont 
de purg 
ont à lé 
cafions 
nes fe 
tache p 
Ava 
ar un 
Enaile, 
nifon q 
eft unic 
militair 
monter 
leurs va 
dans la 
ENT 
tent let 
établiffe 
Ping-pu 
pes Chi 
jours pr 
créteme 
Tou 
tions di 
particul 
de l'En 
fonne. 
long-te: 
de Chin 
premie! 
vemen: 
afon E 
le blanc 
Chinoil 
ou de l 
CHA4 


Ç(m) ] 
par jour. 
(n)I 


&)L 


aux Gou. 
nt jufques 
uit , aux 
ois que le 
pereur en- 
r la Cava. 
bvinces fes 
armer fes 
apparence 
pas com- 

on-feule. 
t prefque 
uiflent ne 
tandis que 
ir, là dé- 
de la jeu- 
rale & de 
taque des 
qu’il l’ont 
tout pour 
ce vigueur. 
e ilne fai- 
es Tarta- 
is ils font 


être éxer- 
1s une ef. 
les Man- 
Jmpettes, 
autli, de 
les che. 
ques. La 
e ou qua- 
le fouet fi 
eur état, 


la violen- 
feffion de 
On s'em- 
ju'on fait 
vice dans 


> Soldats. 
Ils 


)bfervation 
ans de ces 
rvice Imills 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. VI. 341 


ls reçoivent pour paye, de trois en trois mois, cinq fols d'argent fin (m), & 
chaque jour une mefure de riz; ce qui fuflit pour l'entretien d’un homme, Quel- 
ques-uns font à la double paye. Celle des Cavaliers eff de cinq fols de plus, à- 
vec deux mefures de petites féves pour la nourriture de leurs Chevaux, dont 
l'Empereur prend foin comme des hommes. AE 
Dgpuis queles Tartares ont conquis la Chine, ces Troupes n’ont guêres d'au- 
tre emploi que celui de prévenir les Revoltes, ou d’appaifer les Séditions, en 
fe montrant dans les Villes ou dans les Provinces (#). Elles font chargées aufñ 
de purger les grands chemins de Voleurs. Avec l'attention continuelle qu’elles 
ont à les fuivre & les obferver, il y en a peu qui leur échapent. Dans ces oc- 
cafñons, chaque Ville reçoit des ordres; & toutes les forces des Places voifi- 
nes fe raflemblent s’il eft néceffaire. Lorfqu’il eft queftion de guerre, on dé- 
tache plufieurs Bataillons de chaque Province pour former une Armée. 
AvanT l'uniondes Tartares & des Chinois, la grande Muraille étoit gardée 
par un prodigieux nombre de Soldats (o), pour couvrir l'Empire contre les 
invafions de ces redoutables ennemis. Mais aujourd'hui l'on n'entretient gar- 
nifon que dans les Places importantes. La porte d'armes, dans chaque Ville, 
eft uniquement pour les Soldats, quoïiqu’ils ne portent ordinairement l'habit 


GOUVERNE- 
MENT 
DE LA CHINE. 


Emploi ordi. 
naire des 
Troupes. 


Troupes 
pour l1 garde 
de la grande 
Muraille. 


militaire que pour le fervice, c'eft-à-dire, dans les tems de guerre, ou pour 


monter la garde, pour les revûes & pour fervir d’'efcorte aux Mandarins dans 
leurs voyages. Dans les autres tems,ils s'appliquent au trafic ou à la profefion 
dans laquelle üs font nés (p). 

ENTRE les Officiers Tartares, on en compte vingt-quatre à la Cour qui por- 
tent le titre de Capitaines généraux, avec le même nombre de Colonels. Cet 
établiffement, qui ne fubffte que depuis la conquête, n'empêche pas que le 
Ping-pu, ou le Tribunal fuprême de la guerre, n'ait la furintendance des Trou- 


pes Chinoifes dans toute l'étendue de l'Empire. Cette Cour a des Courriers toû. 


jours prêts pour porter fes ordres dans les Provinces; ce qui s’éxécute fort fe- 


crétement (q). AE ; sn 
Toures les Familles Tartares qui font établies à Peking, ont leurs habita- 


tions dans la Ville ou dehors; mais elles ne peuvent les quitter fans un ordre 
particulier de l'Empereur. De-là vient que les 1roupes Tartares, dont la Garde 
de l'Empereur eft compofée, font toûjours en quelque forte près de fa per- 
fonne. On voit aufi à Peking quelques Troupes Chinoifes , enrôlées depuis 
long-tems fous les drapeaux Tartares, & qui portent par cette raifon le nom: 
de Chinois Tartarifés. Elles font bien payées & toûjours prêtes à marcher au 
premier ordre, avec autant dé diligence que de fecret, pour arrêter les mou- 
vemens & les féditions. Ces troupes font divifées en huit corps, dont chacun 
a fon Enfeigne, diftinguée par la couleur qui lui eft propre. C’eft le jaune, 


le blanc, le rouge & le bleu. Le verd.eft la couleur des Troupes entièrement. 


Chinoifes, qui en tirent le nom de Lu-ki, c'eft-à-dire, Soldats de la Banière 
ou de l'Enfeigne verte. 

CHAQUE enfeigne Tartare a fon Général, qui fe nomme Kufanta, en lan- 

: gue. 


Cm) Environ quatre fols & demi de France le confirme fur fa propre connoiffance. 


Ar jour. (p) Magalhaens, pag. 44. & 58, Le Comte 
(n) Du Falde, pag. 267. î I 


(a) Le Comte dit un million, Navarette 


Vv 3 


(4) DuHalde, pag. 261, 


ubi fup. pag. 290. Du Halde, pag. 262 & 264, 


Officiers 
Tartares à la. 
Cour, 


Familles & 
troupes Tar- 
tares de Pe- 
king. 


Troupes 
Chinoifes 
Tartaritécs, 


Ordre des. 
Troupes Tag» 
tares.. 


GOUYELRNE- 
MENT 
DE LA CUINE, 


Troupes des 
Provinces & 
des Ifles. 


Armes des 
Troupes Chi- 
nuifes. 


Artillerie de 
la Chine.” 


À queltemps 
on en peut 
rapporter l’u- 
fage, 


Les Miflio- 
naires fondent 
du canon pour 
la Chine, 


342 . VOYAGES DANS L'EMPIRE 


gue Mancheou. Cet Officier en a d’autres fous lui, qui répondent à nos Lieute. 
nans-Généraux, fous le nom de Mey-reyon-chain, & qui ont aufñfi leurs Officiers 
fubalternes. Comme chaque Corps eît compofé à préfent de Tartares Man. 
cheoux, de Tartares Mongols, & de Chinois Tartarifés, le Général a fous lui 
deux Officiers Généraux de chaque Nation, & ces Officiers ont auñi des fubal. 
ternes de la même Nation. Chaque Corps confifte en dix mille hommeseffeétifs, 
divifés en cent Nierus où cent Compagnies, chacune de cent foldats er Ain- 
fi, en comptant la Maïon de l'Empereur & celle des Princes, dont les Do. 
meftiques ont la paye d’Officiers & de Soldats, on peut croire, fuivant l'opi. 
nion commune, qu’il y a toûjours cent mille hommes de Cavalerie à Peking (5), 
Cependant ils font tellement énervés, comme on vient de le remarquer, que 
les Tartares Orientaux font peu de cas de leur nombre. Ilsdifenten proverbe, 
que le henniffement d’un cheval Tartare füflit pour mettre en déroute ‘oute la 
Cavalerie Chinoife (+). 

OurreE ces Forces, qui font conftamment fur pied, chaque Province a quinze 
ou vingt mille hommes, fous le commandement de leurs Officiers particuliers. 
Il y en a auffi pour la garde des Ifles, fur-tout pour celles de Haynan & de 
Formofe. 

Les armes des Soldats font des cimetères & des dards, fuivant l’ancien 
ufage du Pays. L’Infanterie eft peu nombreufe : elle n’a point de Piquiers, 
& les Moufquetaires y-font en petit nombre (v). 

L'ARTILLERIE eft d'invention moderne parmi les Chinois ; & quoiqu'ils 
ayent fort anciennement l’ufage de la poudre, ils ne l’employent guères que 
pour les feux d'artifice, dans lefquels ils excellent. Cependant on voit aux 
portes de Nan-king trois ou quatre bombardes, courtes & épaifles, affez an- 
ciennes pour faire juger qu’ils ont eu l’ufage du canon, quoiqu'’ils paroïflent 
l'ignorer encore; Car ces piéces paflent parmi eux pour de fimples curiofi. 
tés (x). Ils ont auffi quelques petards fur leurs Vaifleaux, mais ils man- 
quent d’habileté pour s’en fervir. En 1621 la Ville de Macao préfenta trois 
canons à l'Empereur , avec quelques Canoniers (y). On en fit l'épreuve de- 
vant plufieurs Mandarins, qui parurent fort furpris de cette nouveauté. Les 
Tartares, qui s’étoient approchés de la grande Muraille, furent fi effrayés du 
ravage que cette petite artillerie fit dans leurs rangs, qu'ayant pris la fuite, 
ils n'eurent pas la hardieffe de reparoîtresjufqu’en 1636. Ils firent alors une 
nouvelle irruption, qui fit penfer les Mandarins à fortifier les Villes de la 
Chine & à les munir d'artillerie. Ce fut à cette occafion que le Doéteur Pal 
Syn leur ayant repréfenté (2) que les Miffionaires fçavoient l’art de fondre le 
canon, ils fupplièrent aufli-tôt l'Empereur d’ordonner au Père Adam Schaal, 

alors Préfident du Tribunal des Mathématiques , d’en fondre quelques pié- 
ces. Après avoir obtenu l'ordre qu'ils defiroient, ils firent une vifite à ce 
Mifionaire 


(r) Comme on remarque que Jengloïz-kam 
avoit établi le même ordre dans fes lroupes, 
on pourroit rechercher s’il l'avoit reçu des 
Fartares Orientaux ou s'il le leur avoit eom- 
muniqué. 

(s) Le Comte dit cent foixante imille, 

(t) Du Halde, pag. 629. & fuiv. 


(vw) Le Comte, pag. 290 & 312. 

(x) Il paroît, par le récit de Marco-Polo, 
que les T'artares employèrent du canon au fiége 
de Peking dans le treizième fiécle, 

(y) On enaparlé ci-deflus. 

(3) C'étoit un Mandarin converti, 


Mifiona 
ment si 
n'en ign 
périal. 
fort éloi 
Ouvriers 
Mandari 
Verbieft 
fondre d 
entrepri 
dans les 
re race 
entrés à 
fervice « 
Chrétie 
canon. 
Quei 
préfenta 
piéces dé 
re. Sa 
Père Ve 
fuivant | 
Majefté 
le 11 de 
Ouvrage 
faires. 
La fo 
tité d’obl 
patience 
pour ruit 
du trava 
ciers fub: 
ils fe hà 
dans l’ef 
la lumièr 
entendu 
ge étag 
qui eft à 
accompa 
donna le 
touchoie 
tacle lui 
Tartare 
dreffées 
beau-pèr 
tige Le ( 
qui etui 
>» Canon 


os Lieute. 
rs Officiers 
ares Man. 
al a fous lui 
des fubal. 
seffeétifs, 
(r). Ain- 
nt les Do. 
ant l'opi- 
king (s),. 
quer , que 

roverbe, 
€ :oute la 


€ a quinze 
rticuliers. 
lan & de 


t l'ancien 
Piquiers , 


quoiqu'ils 
ières que 
voit aux 
aflez an- 
aroiflent 
 Curiofi- 
ils man- 
nta trois 
euve de- 
té, Les 
rayés du 
la fuite, 
lors une 
8 de Ja 
eur Paul 
ondre le 
Schaal, 
es pié- 
te à ce 
Monaire 


co-Polo, 
n au fiége 


DE LA CHINE, Liv. Il. Crar. VI. 343 


Miffionaire Mandarin, & dans la converfation ils lui demandèrent né ligem- 
ment s’il fçavoit la manière de fondre du canon. Schaal ayant nb qu’il 
n'en ignoroit pas les principes , ils lui préfentérent fur le champ l'Ordre Im- 
périal. En vain leur repréfenta-t'il , dans fa furprife, que la pratique étoit 
fort éloignée de la théorie. Il fallut obéir, &x donner des inftruétions aux 
Ouvriers, avec l’affiftance néanmoins des Eunuques de la Cour. Enfuite les 
Mandarins, perfuadés par la vûe des Inftrumens Mathématiques que le Père 
Verbieft avoit compofés à Peking, qu’il ne devoit pas être moins habile à 
fondre de l'artillerie, obtinrent un autre ordre pour ce Miffionaire. Une 
entreprife de cette nature étoit capable de l'allarmer. Mais ayant tronvé 
dans les Regiitres des Eglifes Chrétiennes de Peking, que fous la dernic- 
re race des Empereurs Chinois un grand nombre de Miffionaires étoient 
entrés à la Chine en faveur de leurs lumières ; & ne doutant pas qu’un 
fervice de cette importance ne portât l'Empereur à favorifer la Religion 
Chrétienne , il fondit avec un merveilleux fuccès cent trente piéces de 
canon. 

UzLQUE tems aprés, le Confeil des principaux Mandarins de la guerre 
préfenta un Mémoire à l'Empereur , par lequel il lui demandoit trois cens vingt 
piéces de canon à l'Européenne, pour la défenfe des Places Fortes de l'Empi- 
re. Sa Majefté ordonna que Nan-whay-Fin, (tel étoit le nom Chinois du 
Père Verbieft) prendroit la direétion de l'ouvrage, & qu’il feroit éxécuté 
fuivant les modéles qui devoient être tirés en peinture, & préfentés à Sa 
Majefté dans un Mémoire. Le Miffonaire préfenta les modéles en 1687, 
le 11 de Février. Ils furent approuvés; & le Xong-pu ou le Tribunal des 
Ouvrages publics reçut ordre de fournir fans délai tous les fecours nécef- 
faires. 

La fonte de tant de piéces prit plus d’un an. Verbieft eut à vaincre quan- 
tité d’obftacles de la part des Eunuques du Palais, qui ne voyant pas fans im- 
patience un Etranger dans une fi haute faveur, réunirent tous leurs efforts 
pour ruiner fon entreprife. Ils fe plaignoient à tous momens de la lenteur 
du travail ,,tandis qu’ils faifoient dérober fecrétement le métal par les Of- 
ciers fubalternes de la Cour. Auffi-tôt que la première piéce étoit fondue, 
ils fe hâtèrent, avant que l’intérieur füt poli, d’y jetter un boulet de fer, 
dans l'efpérance de la rendre inutile. Mais Verbicft l'ayant fait charger par 
la lumière, elle fut tirée avec un bruit fi terrible, que l'Empereur l'ayant 
entendu de fon Palais defira qu’on fit une feconde décharge. Enfin l’ouvra- 
ge étagt achevé, toutes les piéces furent traînées au pied d’une montagne 
qui eft à une demi-journée de Peking du côté de l'Oueft; & Sa Majeité, 
accompagnée des principaux Officiers de fon armée & de toute fa Cour, fe 
donna le plaifir d'en voir faire l'épreuve. On lui fit obferver que les boulets 
touchoient au lieu vers lequel Verbieft avoit braqué fes machines. Ce fpec- 
tacle lui fit tant de plaifir, qu'il donna une fête folemnelle au Gouverneur 
Tartare & aux principaux Officiers de l'Armée, fous des tentes qui furent 
dreffées en plein champ. Il but, dans une coupe d’or , la fanté de fon 
beau-père & de fes Officiers, & celle même des Artiftes qui avoient di- 
rigé le canon avec tant de jufteffe. Enfin, ayant fait appeller Verbieft, 
qui étoit logé par fon ordre près de fa propre tente, il lui dit: ,, Le 
» Canon que vous me fites l’année pañlée a fervi fort heureufement pi 

x 165 


GOUVEUNE- 
MENT 
DE LA Caine. 


Obftacles 
que le Père 
Verbielt trou- 
va dans fon 
travail. 


L'Empereur 
fait l'épreuve 
du canon des 
Miffionaires. 


Compliment 
qu'il fait au 
Père Verbieft. 


GoLvERNE- 
MENT 
NE LA CHINE, 


Honneurs 


accordés à ce 


NAN n aîe 
Miflionaire., 


Les canons 
font bénis & 
reçoivent des 
noins de 
Saints, 


Variété de 
l'air & des fai- 
fons à la Chi- 
ne. 


244 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


»» les Rebelles, dans les Provinces de Chen-fi, de Hu-quang & de Kyang- 
» Ji. Je fuis fort fatisfait de vos fervices. Enfuite fe dépouillant de fa 
robe & de fa vefte fourrée, il les lui donna comme un témoignage de fon 
amitié. 

ON continua, pendant plufieurs: jours , d’éprouver les piéces, par un fi 
grand nombre de décharges qu'il y eut vingt-trois mille boulets de tirés, 
[avec une grande fatisfaétion des Mandarins , qui les faifoient fervir par leurs 
no Verbieft compofa un Traité fur la manière de fondre le canon & 
fur fon ufage. Il le préfenta à l'Empereur, avec vingt-quatre deffeins des fi. 
gures nécefläires pour l'intelligence de cet art, & des inftrumens qui fervent 
a tirer jufte. Quelques mois après, le Tribunal dont l'office eft de recher. 
cher les perfonnes qui ont rendu fervice à l'Etat, préfenta un mémoire à 
l'Empereur, pour le fupplier d'avoir égard au mérite de Nan-whay-jin. Sa 
Majelté ayant reçu favorablement ce mémoire, accorda au Mifionaire le 
même titre d'honneur qui fe donne aux Vicerois lorfqu'ils ont bien fervi 
dans leur Gouvernement. 

D'ux autre côté, pour prévenir la fuperftition des Chinois, qui font des 
facrifices à l'efprit de l'air, des montagnes & des rivières , fuivant la natu- 
re des événemens & des ouvrages qu'ils commencent ou qu'ils finiflent, 
Verbieft fixa un jour pour la bénédiétion folemnelle de fon artillerie. Il éle- 
va dans la Fonderie un autel, fur lequel il plaça un crucifix ; & revêtu d’un 
furplis, avec l’étole, il rendit fes adorations à Dieu en fe profternant neuf 
fois. Comme c’eft l’ufage de la Chine de donner des noms à toutes fortes 
d'ouvrages, il diftingua chaque piéce de canon par le nom d'un Saint ou 
d'une Sainte, qu’il craça fur la culafle en gros caractères (a). 


(a) Chine du Père Du Halde, pag. 262. & fuivantes, 
EE ac EN 26 DE Mc Eos HE Fc: GX ER ER: D BR ait 
CG. .H, A, Pi CE, KE VIL 
Hifloire Naturelle de la Chine. 


$. E. 
* Climat, Air € Terroir. 


D ANS la vafte étendue dont on doit fe repréfenter la Chine, il eft aife 
de concevoir que l'air, les faifons & toutes les propriétés qui dépen- 
dent de l'influence des corps céleftes, ne peuvent être les mêmes dans tou- 
tes fes parties. Ainfi les Provinces du Nord font extrémement froides en 
hyver, tandis que celles du Sud font toûjours tempérées. En Eté la chaleur 
elt extrême dans celles du Sud, & celles du Nord confervent une fraîcheur 
fupportable, fur-tout quand c’eft du Nord que le vent fouffle. Les jours & 
les nuits fontauffi plus longs & plus courts dans les Parties Septentrionales que 
dans celles du Midi. Les végétaux de toute efpèce croiffent plûtôt & devien- 


nent plus parfaits dans celles-ci. En un mot, l'air de la Chine eft fort fi, 


œii eft rar 


Jeux des 
qui s’élè 
rayons d 
de Pair 
a ces va 
que mal 
des mal: 
quantité 
parties 
{es & fé 
de toute 
qu'il fit 
roiflent « 
ment, q 
doute au 
fent-ils p 
affez chi 
IL n 
dans les 
de Tun-n 
neufes : 
ont la p 
Le terro 
des Côte 
à mefur 
cieux Ca 
hautes & 
vinces di 
pas le qu 
Los: 
Canton, 
partie ef 
les de 1 
ire parti 
les plus 
Whay-ng 
tie bord: 
les Canto 
ing-fu , 
mate, 
croiroit 
& de gr 
qui com 


(a) Le 
qu'on s'ür 


VIII. 


e Kyang- 
nt de fa 
e de fon 


par un fi 
de tirés, 


par leursys 


canon & 
ns des fi. 
i fervent 
> recher. 
émoire à 
-jin. Sa 
onaire le 
ien fervi 


font des 
c la natu- 
finiflent , 
. Iléle- 
vêtu d’un 
ant neuf 
tes fortes 
Saint ou 


HF k 45 


l eft aile 
i dépen- 
lans tou- 
oides er 
a chaleur 
raîcheur 

jours 
nales que 
devien- 
fort fain. 
Il 


DE LA CHINE, Liv. Car. VII. 245 


qi eft rarement chargé ou infeété de vapeurs dangereufes, [Les récits fabu- 


Jeux des Bonzes, qui attribuent les maladies populaires à certains animaux, 

ui s'élèvent dans l'air au-deffus de la vûe humaine & qui fe cachent fous les 
rayons du Soleil, femblent marquer affez que ce n’eft jamais dans l'épaiffeur 
de Pair même qu'il faut en chercher la caufe: Au contraire, ils n’ont recours 
à ces vaines imaginations que pour expliquer comment il arrive quelquefois, 
que malgré la pureté continuelle de l'air quelques Provinces font défolées par 
des maladies. Mais ils raifonneroient plus jufte s’ils attribuoient le mal à la 
quantité extraordinaire de Canaux dont l’Empire eft rempli, & à l'excés des 
parties nîtreufes qu'ils ne ceflent pas d’exhaler, füur-tout dans des terres graf- 
fes & fécondes, qui font encore amandées continuellement par un mélange 
de toutes fortes d'immondices. Magalhaens remarqua, dans le long féjour 
qu'il fit à la Chine , qu'avant le lever du Soleil la plûpart des Canaux pa- 
roiffent couverts d’une fumée épaifle, qui fe diffipe à la vérité fort prompte- 
ment, que ] la pefte n'y eft prefque pas connue; ce qu'il faut attribuer fans 
doute aux vents du Nord, qui foufflent de la T'artarie. Du moins ne produi- 
fent-ils pas ce fleau à la Chine; comme on s'eft imaginé, fur des fondemens 
affez chimériques, qu'ils le produifent quelquefois en Europe. 

IL n’y a pas moins de différence, à la Chine, dans la furface des terres & 
dans les qualités du terroir, que dans la nature de l'air. Outre les Provinces 
de Tun-nan, de Quey-cheu, de Se-chuen & de Fo-kyen , qui font trop monta- 

neufes pour être cultivées dans toutes leurs parties, celle de Che-kyang, 
dont la partie Orientale eft trés-abondante, a des montagnes hideufes à l’Oueft. 
Le terroir de Quang-tong & de Quang:-fi, qui eft fi beau & fi fertile au long 
des Côtes maritimes, devient affreux & prefque ftérile en plufieurs éndroits, 
à mefure qu’on s'éloigne de la Mer. Dans la Province de Xyang-nan , le fpa- 
cieux Canton de Whey-cheu-fu eft entièrement couvert de montagnes très- 
hautes & prefqu'inhabitables. Elles font en plus grand nombre dans les Pro- 
vinces de Chen-fi & de Chan-fi, dont toutes les plaines enfemble ne compofent 
pas le quart du Pays. ; 

Lorsqu'on eit entré dans la Province de Kyang-fi en fortant de celle de 
Canton, on commence à découvrir la plus belle Contrée de la Chine. Une 
partie eft fituée fur la grande rivière, & l'on y voit les grandes & belles Vil- 
les de Ngan-king-fu, Kyang-ning-fu où Nan-king , & Chin-kyang-fu. Une au- 
tre partie s'étend le long du grand canal Tu-lyang-ho, qui eft bordé des Villes 
les plus riches & les mieux peuplées de la Province de Kyang-nan, telles que 
Whay-ngan-fu, Tang-cheu-fu, Chang-cheu-fu & Su-cheu-fu. Une troifième par- 
tie borde les Côtes Maritimes de la Province de Che-kyang, où l'on trouve 
les Cantons de Hang-cheu-fu, qui en eft la Capitale; de Hu-cheu-fu, & de Kya- 
ling-fu, qui fouruïffent plus de foie que toutes les autres Provinces de la Chi- 
ne. Rien ne furpañle la beauté de ces plaines. Elles font fi unies, qu’on les 
croiroit tirées au niveau (a). Elles contiennent une infinité de grandes Villes 
& de gros Villages. Elles font coupées par une nombre infini de Canaux , 
qui communiquent les uns aux autres & qui reçoivent toutes fortes de Bar- 


ques 


(a) Le Comte dit, enftyle deRhétorique, la Monarchie, la Nature ne s’eft attachée qu’à 
qu'on s'inagineroit que depuis lafondation de  perfeétionner ce niveau. - 


VIII, Part. Xx 


Hisroine 
NATURELLE 
DE LA CHINE. 


Variété dans 
le terroir des 
Provinces. 


Beauté ad- 
mirable de 
certaines par- 
ties de la Chi- 
ne, 


346 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Hicrornx ques fans aucun danger. L'eau en eft très-claire & très-bonne à boire, Ces avec mo 
NarureLce plaines font cultivées avec une induftrie dont les Chinois font feuls capables. le riz de 
og LA CHiNt. lles font fi fertiles, qu’en plufieurs endroits elles produifent, deux fois l’an- kyan 
née, & fouvent du froment même, entre les deux moiffons. ue q 
Exceptions Mais ce n’eft pas fur cette partie de la Chine qu’il faut fe former uneidée LE ri 
de y faut générale d'un fi vafte Empire. La connoiffance de quelques Provinces ne mieux q 
à donneroit qu’imparfaitement celle du corps entier. Sans l'occafon que les s'en fait 
Mifionaires ont eue de le parcourir, pour en dreffer la Carte, nous ignore- dans les 
rions encore que dans la plûpart des grands Gouvernemens il v a des Cantons roduit ! 
de vingt lieues entières, fort mal peuplés & prefque fans culture, parce que 1664 il 
Caufe des Je terroir en eft fi fauvage qu’il eft inhabitable. Comme ces quartiers font le boife 
A combe éloignés des grandes routes, ils ont pû facilement échaper à la curiofité des la Provi 
”  Jdefhs. premiers Miflionaires (b) & des Auteurs de nos Relations imprimées. La boifleau 
plûpart ont donné de grands éloges aux Provinces de Chen-fi & de Se-chuen, ple. Il 
arce qu’ils n'avoient vû que le Canton de $i-ngan-fu, qui eft divifé en trente- laquelle 
fept Villes, la plûpart riches & peuplées. Il faut attribuer à la mème caufe fon poid 
les louanges qu’on a données au terroir de Ching-tu-fu, qui eft coupé par Surv 
quantité de Canaux, comme les Provinces de Kyang-nan & de Che-kyang. qui font 
Ces premiers Voyageurs n'ont pû s’imaginer que les parties qu’ils n’avoient cés d’an: 
pas eu l’occafion de voir fuflent fi différentes de celles qu'ils avoient vâûes. Ils che, le: 
ont vanté en général les Provinces de Ho-nan & de Hu-quang ; quoiqu’une grande la poire, 
partie de la première, du côté de l'Oueft, foit déferte & fans culture, & que grenade 
ces défertsayent encore plus d’étendue dans Hu-quang. Cependant il fautavouer rope, à 
que les parties fertiles de ces deux Provinces donnent afléz de riz & “autres 
grains pour fournir les Provinces voifines, fur-tout celle de la Cour; car le (d) Le 
terroir de Pe-che-li, qui n’eft qu'une valte piaine, eft fi fec & fi dépourvû de &3r4 
ruifleaux, qu’en produifant beaucoup de froment, de petits grains & de lé. mn 
gumes, à! produit très-peu de riz, qui eft la nourriture la plus chère des Chi- 
nois. De-là vient que cette Province, & particulièrement le Canton de Pe- 
king, qui eft comme le rendez-vous de tout l'Empire, auroient peine à fub- 
fifter fans le fecours des autres Provinces. 
Jugementen JL eft vrai, en général, que le terroir eft affèz fertile dans chaque Provin- 
pere qe Ê ce, fans excepter celle de Quey-cheu, & que fouvent on y recueille une dou- ES 
Chine. ble moiflon. Mais fi ces Contrées, qui font bafles & marécageufes, ont été rop 
rendues capables de porter du bled, c’eft au travail infatigable des laboureurs mes fruil 
que la Chine en a l'obligation. Ajoûtez que plufieurs Provinces étant remplies D fortes de 
de montagnes, où l’on trouve peu de terres propres au labourage, il arrive Ils n’ont 
quelquefois que le produit de l'Empire entier fuffit à peine pour la fubfiftance fruits mé 
du prodigieux nombre de fes Habitans (c). parables 
Les Provinces qui font fituées au Nord-Oueft, telles que Feche-li, Chan- Europée 
fi, Chen-fi & Se-chuen, produifent du froment, de l'orge, plufeurs efpèces l'Europe 
de millet, du tabac, des pois, qui font toûjours verds, & d’autres pois, noirs ques Pr 
& jaunes, qui fervent à nourrir les chevaux au-lieu d’avoine. Dans les Par- D cs, & 
ties Méridionales ces fortes de grains font peu eftimés. Les mêmes Provinces. tolent pe 
produifent ami du riz, meme en plufieurs endroits où le terrain eft fec, mais fin y foit 
avec 


{b) On n'excepte pas le Père le Comte: 
{e) Du Halde, pag, 7. &.fuiv. Navarette confirme cette dernière remarque, pag 53% 


re. Ces 
apables. 
ois l’an- 


une idée 
inces ne 
que les 
ignore- 
Cantons 
su que 
ers font 
Dfité des 
ses. La 
Se-chuen , 
h trente- 
ne caufe 
jupé par 
e-kyang. 
r'avoient 
vûes. Ils 
e grande 
, & que 
1tavouer 
d'autres 
; car le 
ourvû de 
& de lé- 
des Chi- 
n de Pe- 
e à fub- 


 Provin- 
une dou- 
ont été 
boureurs 
remplies 
il arrive 
ibfiftance 


li, Chan- 
s efpèces 
is, noirs 
les Par- 


2rovinces. 


ec, mais 
avec 


1@ 53 


DE LA CHINE,Liv. Il Cnar. VIL 347 


avec moins d’abondance. D'ailleurs il 7 eft plus dur & moins facile à cuire que 
le riz des Provinces Méridionales, fur-tout de Hu-quang, Kyang-nan & Che- 
kyang, qui en produifent une quantité extraordinaire, parce que le terroir eft 
bas & qu'ii a de l’eau en abondance. 

Le riz fe féme deux fois l’an dans quelques Provinces, & vaut beaucoup 
mieux que celui de l'Europe (d). Navarette nous apprend que lamoiffon 
s'en fait aux mois de Juin & de Décembre; qu'il croît avec plus d'abondance 
dans les Provinces Méridionales, & le bled dans celles du Nord; que la Chine 
produit une quantité furprénante de toutes fortes de grains & de légumes. En 
1664 il acheta d’excellent froment, apporté dans fa maifon, à dix-huit fols 
le boiffeau (:); & du riz fort gros, qui ne lui revenoit qu'à trente fois. Dans 
la Province de Chan-tong, le bled fe donnoit, la même année, à fix fols le 
boifleau (f). Pour moudre le bled , on fe fert d’une efpèce de moulin fort fim- 
ple. Il confifte dans une table ronde de pierre, placée horizontalement, fur 
laquelle on roule circulairement un cylindre de pierre, qui brife les grains par 
fon poids (g). - 

SuirvanT Magalhaens, les Chinois comptent fix principales fortes de grains, 
qui font le riz, le froment, l’avoine, le millet, les pois & les féves; 1ix for- 
tes d'animaux privés, dont la chair fe mange; le cheval, le bœuf ou la va- 
che, le porc, le chien, le mulet & la chévre: cent forces de fruits, tels que 
la poire, la pomme, Ja pêche, le raifin, l'orange, la noix, la châtaigne, la 
grenade, le citron & diverfes autres efpèces, qui fe trouvent toutes en Eu- 
rope, à l’exception de trois (b). 


(d) Le Comte, pag. 75. Du Halde pag. 272. (f) Navarette, pag. 52 & 53. 
& 314. (g) Du Halde, pag. 303. 

(e) Trois reaux dans l’Original, ce qui re- (b) Magalhaens, pag. 142. 
vient à dix-huit fois d'Angleterre, 


f IL. 
Arbres à fruit. 


ES Chinois ont prefque tous les fruits que la Nature nous fournit en Eu- 

rope, & plufieurs autres qui nous font inconnus ; mais la variété des méê- 
mes fruits n’y cft pas figrande. Ils n’ont, par éxemple, que trois ou quatre 
fortes de pommés, fept ou huit fortes de poires &autant de.fortes de pêches. 
Ils n’ont pas de bonnes cerifes, quoiqu'il en croifle de tous côtés. Et tous ces 
fruits mêmes, fi l’on excepte le raifin mufcat & la grenade, ne font pas com- 
parables aux nôtres, parce que les Chinois n'ont pas la même habileté que les 
Européens à cultivèr les arbres. Cependant leurs pêches valent bien celles de 
l'Europe. Ils en ont même une efpèce beaucoup meilleure. Mais, dans quel- 
ques Provinces, elles caufent la Dyffenterie lorfqu’on en mange avec ex- 
cés, & cette maladie eft fort dangereufe à la Chine. Les abricots n'y fe- 
roient pas mauvais s'ils leur donnoient le tems de mûrir (4). Quoique le rai- 
fin y foit excellent, les Chinois n’en font pas de vin, parce qu'ils en gran 
a 


(a) Le Comte, pag. 95. Du Halde, pag. 317. 
X 2 


Hisrorre 


NATURELLE 


DE LA CHINc. 


Fertilité de 


la Chine en 
grains & en 
légumes, 


Divifion des 
grains & .des 
animaux dont 


la chair fe 
iinge à la 
Chine, 


Principales 


efpèces de 
fruits Cni- 
nois, 


HISTOIRE 
NATURELLE 


DE LA CHIN&. 


Olives dela 
Chine. Diver- 


fes opinions. 


Les Chinois 
ont différen- 
tes.fortes 
d'huiles, 


Oranges de 
la Chine, 


348 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


la méthode. Celui qu’ils boivent généralement eftcompofé de riz. Ils en ontde 
rouge, de blanc & de pâle. Leur vin de coin eft délicieux. L'ufage de laChi. 
ne, pour toutes fortes de vins, eft de les boire très-chauds (b). 

S1 l'on s'en rapporte à Navarette, il n'y a point d'Olives à la Chine (c), 
Mais Du Halde les décrit fous le nom de Pin lan & de Quang-lon. Cet Au- 
teur obferve que par la figure & la couleur elles reffemblent beaucoup à nos 
olives de la groffe efpèce. C’eft une des dix efpèces dont il eft parlé dans les 
Livres qui traitent des olives; & ce qu’on dit de fa nature, de fa couleur & 
du terrain qu’elle demande, y répond fort bien. Il y a beaucoup d'apparence 
que fi elle étoit préparée à la manière de l’Europe, elle auroit le même goût 
que les nôtres. L'arbre eft gros. Ses feuilles refflemblent à celles de nos Oliviers. 
Lorfque les Chinois penfent 3 cucillir les olives, ce qu'ils font toûjours avant 
qu'elles foient tout-à-fait mûres, parce que c’eft alors qu’ils les mangent, ils 
ne les abbattent point avec de longues perches, qui nuiroiïent aux branches & 
au tronc; mais faifant un trou dans le corps de l'arbre, ilsy mettent un peu de 
fel, . lequel ils bouchentle trou, & peu de tems après le fruit tombe de lui. 
même (4). 

Le Come prétend que les Olives Chinoifes font différentes de celles de l’Eu. 
rope, & qu’on ne s’en fert point à faire de l'huile, apparemment parce qu’el- 
les n’y font pas propres, ou parce que les Chinois ne s’en font point encore 
avifés (e). Cependant Navarette remarque qu’ils ont différentes fortes d'huile, 
dont la livre ne coute que fix liards (f). Il ajoûte que l’huile qui fe tire d’une 
petite femence nommée A.fon-jo-li, elt fort en ufage pour faire des bignets 
& pour préparer d’autres alimens (g). Du Halde parle d’un arbre qui porte 
un fruit dont l’huile fe nomme Cha-yeu, & qui dans fa fraîcheur eft peut-être 
le meilleur 4e la Chine. La forme de fes feuilles, la couleur du bois & quel: 
ques autres qualités, lui donnent beaucoup de reffemblance avec le Ju-i-cha 
ou le Thé-bohé; mais il en eft différent par la grandeur, la groffeur, la figure, 
& par fes fleurs & fon fruit. Si le fruit eft gardé après qu'il eft cueilli, il en 
devient plus huileux. Cet arbre eft de hauteur médiocre. Il croît fans cultu- 
re fur le penchant des montagnes & même dans les vallées pierreufes. Son 
fruit eft verd, d’une forme irrégulière , rempli d’un noyau moins dur que 
celui des autres fruits (h). 

ENTRE les oranges qui portent le nom d'oranges de la Chine, on-diftin- 

ue plufieurs excellentes efpéces, quoique les Portugais n’en ayent apporté 
di) qu’une en Europe. On voit encore à Lisbonne, dans le jardin du Comte 
de Saint-Laurent, le premier arbre d’où font fortis tous les orangers de cette 
efpèce. Mais les Chinois font beaucoup plus de cas d'une autre, qui eft plus 
petite & dont l’écorce eft mince, unie & fort douce. La Province de Fo- 
kyen en produit une efpèce, dont le goût eft admirable. Elle eft plus groffe, 
& l'écorce en eft d’un beau rouge. Les Européens qui vont à la Chine, con- 
viennent 


troiént, comme nos Amandiers: 

(g) Navarette, pag. 32. 

(h) Du Halde, pag. 12. 

(i) Navarette dit qu'il y en a deux fortes &6 
fort communes en Portugal. 


(b) Navarette, pag. 32: 

(c') U dit qu’il n’a jamais v® à la Chine de 
eærife. 

(d) Du Halde, pag. 8. 

(e) Le Comte, pag. 95. 

Cf) Mais il croit que nos Oliviers y crot- 


viennent 
tables de 
d'un goût 
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on les re 
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vent dans 
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€, Conr 
viennent 


Kk fortes &. 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. VII. 349 


viennent tous qu’un baffin de ces oranges (4) pareroit les plus fomptueufes 
tables de l’Europe. Celles de Canton font plus groffes. Elles font jaunes, 
d'un goût agréable & d’un ufage fort fain. On en donne même aux malades, 
après les avoir fait rôtir fur des cendres chaudes, On les coupe en deux, 
on les remplit de fucre (7), & l’on prétend que le jus eft un excellent cor- 
dial. 1l y en a d’autres qui ont le goût aigre & dont les Européens fe fer- 
vent dans les fauces (m). Navarette en obferva une efpèce dont on fait 
une pâte fèche, en forme de tablettes, qui eft également faine & nourriflan- 
te. Elle eft fort eftimée à Manille, d'où elle fe tranfporte à Mexico (n) 
comme une conferve fort friande. 

Les Limons & les Citrons font fort communs dans quelques Provinces Mé- 
tidionales, & d’une groffeur extraordinaire ; mais les Chinois n'en mangent 

refque jamais. Ils ne les font fervir qu’à l’ornement de leurs maïifons , où 
lufage eft d'en mettre fept ou huit dans quelque vafe de porcelaine, pour 
fatisfaire également la vûe & l'odorat. Cependant ces fruits font très-bons 
au fucre, c’eft-à-dire, lorfqu’ils font bien candifés. On fait auffi beaucoup 
de cas d’une forte de limon, qui n’eft que de la groffeur d’une noix. Il eft 
rond , verd , aigre & très-bon pour les ragouts. L'arbre qui le porte fe 
a dans des caifles, pour l’ornement des cours ,. des falles & des mai- 
ons (0). : 
1 Quie qui fe nomme aux Indes Pamplinius | & Teu-tfe à la Chine, n’a 
rien dans le goût qui le mette au-deflus du T/in-lan ou de l'Olive. Sa groffeur 
ordinaire furpafle celle de nos citrons. 11 eft quelquefois rougeâtre, quel- 
quefois blanc, & d’un goût entre doux & aigre. L'arbre eft plus épineux que 
leCitronier (p). 

OuTre les Melons de l’efpèce des nôtres, onen diftingue deux fortes à la 
Chine; l’un, qui eft fort petit & jaune au dedans, a le goût fi agréable, 
qu’il peut fe manger avec l'écorce, Comme une pomme. L'autre, qu’on ap- 
pelle Melon-d'eau, eft gros & long. Sa chair eft blanche & quelquefois rou- 

e. Îrend un jus doux & frais, qui étanche la foif & qui n’eft jamais nui- 
ible, même dans les plus grandes chaleurs. 
font pas fi délicieufes que celles qui viennent d’un Canton de Tartarie nom- 
mé (q) Hami, à une diftance confidérable de Peking. 

Avec ces fruits, qui font communs à l'Europe, la Chine en a d’autres 

ue les Européens ne connoiffent que par les Relations de leurs Voyageurs, 

qui paroiflent y avoir été portés des Ifles voifines, tels que le Fan-po-le- 
mye ou l'Ananas , les Cheu-kus, ou les Guaves; les Pa-t/fyans, ou les Bananes, 
&c. 


(k) C'eft probablement le même dont Le 
Comte parle comme d’un fruit fort eftimé & 
qu'on envoye aux Indes comme une rareté. Il 
eft de la groffeur d’une bille de billard. L'écorce 
eft d’un beau jaune rougeître, fort clairé & 
fort unie. Cependant le même Auteur lui pré- 
fère la groffe cfpèce qui vient en Europe. 

(1) Le Comte dit (pag: 98.) que cette ef- 
pèce ne diffère de celles du Portugal qu'en ce 
qu'elle eft plus ferme, qu'elle ne quittepas ai- fi. Voyez la Carte. 


Xx 3 


fément l'écorce & qu’elle eft divifée en plu- 
fieurs fegmens. 

(m) Le Comte, pag. 97. & fuiv. DuHal- 
de pag. 317. 

(n) Navarettè, pag. 37. 

Co) Le Comte, & Du Halde ubi fup: 

(p) Du Halde, pag. 8. 

(4) Hamil ou Rbonus Ville de la petite 


Dukkarie, au Nord-Eit de la Province de Chen-- 


HISTOIRE 
NATURELLE 
DE LA CHINE. 


Limons & 
Citrons, 


Le Pampli. 
nius, ou le 
Yeutfe, 


Melons dela 
Chine. 


Cependant ces deux efpèces ne ‘ 


HisToiInre 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 
Fruits parti. 
culiers à la 
Chine. 
Le Li-chi, 


Autre efpèce 
de Li-chi. 


Defcription 
qu'en fait N1- 
varette. 


Le Tfe-tle, 


VOYAGES DANS LEMPIRE 


35° 


&c. Mais comme ils fe trouvent dans plufeurs autres Pays, on croit devoir 
fe borner à ceux qui ne croiflent que dans l'Empire de la Chine (r), 

Le Li-chi (s) de la bonne efpèce, car il y en a plufieurs, & à peu près 
de la forme d’une Datte. Son noyau eft de la niême longueur & de la même 
dureté. Il eft couvert d’une chair tendre, pleine de fuc & d'un fumet excel. 
lent , qui fe perd néanmoins en partie lorfque le fruit vient à fécher, & qu'il 
devient noir & ridé comme les prunes, L’écorce, ou la peau extérieure 
reflemble au chagrin. Mais elle eft douce & unie du côté intérieur. Sa fi 
gure eft prefque ovale (+). 

Le Li-chi des Provinces de Chan-fi & de Chen-fi eft plus gros & plus fer. 
me, jufqu'à pouvoir fe couper comme les pommes ; mais fa couleur eft 
différente. ‘On le cueille de bonne-heure pour le faire mûrir fur la paille; 
ou bien on le trempe dans l’eau chaude, pour lui ôter un mauvais goît 
dar LES toûjours lorfqu’on le cueille. 11 deviendroït excellent s'il étoit 
greffé (uv). 

C'est ce Li-chi, fuivant Navarette, qui pale parmi les Chinois pour k 
Roi des fruits. Do foit dans une abondance furprenante, il n’en eft pa 
moins eftimé. left un peu plus gros qu'une groffe noix. L’écorce en eft 
verte & mince. L'intérieur eft auffi blanc que la nége ; le noyau a la noir. 
ceur du jais. On parle de fon goût & de fon odeur avec admiration. De 
tous les fruits, l’A-te, ou le Ta-ta (x) eft le feul qui le furpañlëe. Onle met or. 
dinairement dans l’eau froide avant que de le manger. Les Chinois prétendent 
qu’il eft d’unenature chaude. Lorfqu'ils s’en fontraffafiés , ils n'ont qu'à boire un 
peu d’eau pour fentir que leur appétit fe renouvelle. L'arbre eft gros & d’une 
fort belle forme. Navarette ajoûte qu'il en trouva plufieurs à Batan , près de Ma. 
nille QD. Le Comte ne corinoît pas en Europe de fruit dont le oûfoitf délicieux, 
mais il prétend que l'excès en eft mal-fain , & que fa nature eft fi chaude qu'il fai 
naître des puftules par tout le corps à ceux qui en ufent fans modération. Les 
Chinois le gardent , pour en manger toute l’année. Ils s’en fervent particu. 
lièrement dans le thé, auquel ils donne un goût un peu rude, qui eft plus 
agréable que celui du fucre. 

Ls fruit qui fe nomme TJe-rfe (2) croît dans prefque toutes les parties de 
Ja Chine. On en diftingue plufeurs efpèces. Celui des Provinces Méridiona- 
les a le goût du fucre & fond dans la bouche. L’écorce en eft unie, tranf- 
parente & d’un rouge luifant, füur-tout dans fa maturité. 11 s’en trouve de la 
forme d'un œuf, mais il eft ordinairement plus gros. Sa femence eft noire & 
plate; fa chair eft fort aqueufe, & devient prefque liquide lorfqu’on le fucce 
par un bout. Etant fec, il devient farineux comme nos figues ; mais avec 
le tems il fe couvre d’une efpèce de croute fucrée, qui lui donne un fumet 


délicieux. 
LES 


la chair, blanche & le goût délicieux. I eft di- 
vifé en petites cellules, qui ont chacune leur 
pepin noir. 

(y) Navarette, pag. 36. 

(3) Le Comte, Sete, & Magalhaens, 
Su-fu. à 


(r) Du Halde, pag. 317. 

(s) Les Portugais l’appellent Lechia. 

(&) LeComte, pag. 96. Du Halde, pag. 8. 

(v) Le Comte, ubi fup. Du Halde, pa- 
è 104. 
. (x) Excellent fruit, qui reffemble à une pe- 
tite pomme de pin, mais qui à la peau verte, 


Les Pc 
forme, m 
figues. L': 
Chincen! 
grandeur : 
feuilles fo 
rouge agré 
prend un 
il yen ac 
D'autres, 
tous font f 
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tant d’abor 
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Les Pr 
fidérable à 
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u’il fe ven 
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ON ren 
chu, & qu 
coup. $ec 
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vation pou 
blanches. 
Le frui 


(a) Mag: 
qu'on peut Île 
(b) Mag: 
Coin, avec 
me de plus é 


roit devoir 


à peu prés 
le la même 
imet excel. 
lo & qu'il 
xtérieure, 
eur. Sa fi. 


& plus fer. 
couleur eft 

la paille; 
uvais goût 
t s’il étoit 


pis pour ke 
en cft pa 
rce en eft 
a la noir. 
ation, De 
h le met or. 
prétendent 
l'a boireun 
os & d’une 
rès de Ma. 
délicieux; 
e qu'il fai 
ation. Les 
nt particu- 
ui éft plus 


parties de 
Méridiona- 
nie, tranf- 
ouvre de la 
ft noire & 
on le fucce 
mais avec 
e un fumet 


Les 


ux. Jl eft di- 
chacune leur 


Magalhaens, 


DE LA CHINE,LivIL Cmar. VIE  25r 


Les Portugais de Macao donnent à ce fruit le nom de Figue; non pour fa 
forme, mais parce qu’en féchant il devient farineux & doux (4) comme nos 
figues. L'arbre qui le porte prend une très-jolie forme lorfqu’il eft greffé. La 
Chine en produit beaucoup, füur-tout dans la Province de Ho-nan. 1] eft de la 
grandeur d’un noyer médiocre, & fes branches ne s'étendent pas moins. Ses 
feuilles font larges & d'un beau verd, qui fe change pendant l'automne en un 
rouge agréable. Le fruit eft à-peu-près de la groffeur d’une pomme (b) & 
prend un jaune éclatant lorfqu'il meurit. Entre plulieurs efpèces. de Tfe-tfes, 
il y en a dont l'écorce eft plus mince, plus tranfparente & plus rubiconde. 
D'autres, pour acquérir un fumet plus fin, doivent meurir fur la paille. Mais. 
tous font fort agréables à la vûe & fort bons à manger. Le Tfe-tfe ne meu- 
rit pas à l'arbre avant le commencement de l’automne. L'ufage commun eft 
de le faire fécher, comme les figues en Europe. 1l fe vend dans toutes les 
Provinces de l'Empire. En général le goûten eft excellent & ne le céde point 
à celui de nos meilleures figues féches. Celui de la Province de Chen-fi n’eft 
pas moins bon, quoique l'efpèce foit plus petite, & que l'arbre ne demande 
aucune culture. Malheureufement il ne croît qu'a laChine, & nulle-part avec 
tant d'abondance qe dans la Province de Chang-tong (c). Le Sou-ping de Boim 
en doit être une efpèce. 

Les Provinces Méridionales ont unautre fruit, qui rapporte un profit con- 
fidérable à la Chine. Il.fe nomme Lon-yen (d), c’eft-à-dire, OEï] de Dragon. 
Sa forme eft ronde; l'écorce unie & jaunatre; la chair blanche, pleine d’un 
jus qui tire fouvent fur l'aigre. Quoiqu'il foit moins agréable que le Li-chi, 
on prétend qu'il eft plus fain & que jamais il ne caufe de mal. L'arbre eft de 
la groffeur du Noyer (e). Navarette prétend qu'on l’a nommé OEil de Dra- 
gon, parce que le noyau de fon fruit reffemble en effet aux yeux d’un Dragon, 
tels qu’on les peint à la Chine. Îlajoute que ce fruit, étant plus doux & plus 
odoriférant que le Li-chi, lui feroit préférable s’il étoit en égale quantité; 

v’il fe vend fec dans tout l'Empire, & qu’en le faifant bouillir on en tiraun 
uc agréable & nourriffant (f). Magalhaens aflüre que le Li-chi &le Long-yen 
ne fe mangent que pourris, & que l'Europe, où ces deux fruits manquent, 
n'en eft pas dédommagée par les coings, les nefles & par les cormes, qui 
croiflent aufi dans la Province de Chan-fi; parce qu'il n'y a point decomparai 
fon pour le goût (g). 

ON remarque une fingularité dans l'arbre que les Chinois nomment Mwey- 
chu, & qui porte un petit fruit aigre que les femmes & lesenfans aiment beau- 
coup. Seché & mariné, il fe vend comme un reméde pour aiguifer l'appétit. 
L'arbre eft fort gros. L’Auteur fut étonné de le voir en fleurs vers le tems de 
Noël, lorfque la gelée eft forte & qu'il tombe de la nége. Il fit cette obfer- 
vation pour la première fois en 1663. Les fleurs du Mwey-chu font fort 
blanches. 

Le fruit que les Portugais nomment Yaca ou Ÿaka, les Efpagnols, Nan- 

geas, 


Du Halde, pag. 8 & 104 
Navarette écrit Lung-jen. 


(a) Magalhaens dit qu’il eft fi délicieux, ) 
) 
) Le Comte, pag. 96. Du Halde, pag, 8. 
) 
) 


( 
qu'on peut le nommer.un morceau de fucre. ( 

(b) Magalhaens lui donne la groffeur d’un  ( 
Coin, avec quelque chofe de plus plat & com- (f) Navarette, pag. 37. 


c 
d 
e 

f 
g) Magalhaens, pag. 147. 


me de plus écrafé. ( 


ILrsTOIRE 
NATURELLE 

DE LA CHiNr, 
Ses différen. 

tes efpèces. 


Il ne crott 
qu'à la Chine 

Sou-ping de 
Boim. 


Le Long- 
yen. 


Le Ja-ka. 


IfISTOIRE 
NATURELLE 


pt LA CHINr, 


Le Chi-ku. 
Dçux efpè- 


ces principa- 
les, 


Les Karam- 
boles. 
Le Platane, 


L'Ü-tong- 
chu. 


3: VOYAGES DANS L'EMPIRE 


eas, & les Chinois, Po-lo-mye, eft, au jugement de Navarette, le plus gros 
Fruit de l'Univers. Il s’en trouve qui péfent jufqu’à centlivres, Kirker le croyoit 

articulier à la Chine; mais il étoit mal informé, car le jaka croît aufñi dans 
Fnde, dans les Ifles, & à Manille. ‘On fe fert d'une hache pour le couper. II 
contient quantité de noïx auffi jaunes que l'or, chacune avec fon noyau, qui 
fe mange rôti & qui eft d'un goût délicieux. Les Indiens le préparent fort 
bien avec le lait des noix de coco. Ce fruit croît fur le tronc de l'arbre & non 
für les branches, qui ne feroient pas capables de le porter. 

Le Chi-ku porte à Manille le nom de Chiqueis, & celui de Figocaque parmi 
les Portugais. On en diftingue plufieurs fortes, qui font toutes fort délica. 
tes; l’une, eft petite & de la forme du gland, quoique beaucoup plus grof. 
fe. Elle n’a pas de noyau. L’écaille ou l'écorce reflemble à la peau de l'oi. 
gnon. La chair eft douce & agréable; fi molle dans fa maturité, qu'en y 
faifant un petit trou on la fucce entièrement. D’autres font plus groffes que 
la poire de bergamote, & de la couleur d'un beau pavot rouge. Elles fe ri. 
dent beaucoup avant que de devenir molles; mais en les faifant tremper vingt- 
quatre heures dans l'eau, on les rend aufñi fraîches qu’une pomme. Ces deux 
efpèces meuriflent vers le mois de Septembre & viennent en abondance. Cel. 
les qui ne parviennent à leur maturité qu’au mois de Décembre, font grofles 
& d'une bonté fingulière. Leur couleur eft verte. Leur forme eft plate. El- 
les ne manquent point de noyau, mais il eft petit. On les fait fécher au So. 
leil. Elles ne font pas moins larges que la main d’un homme. On les con. 
ferve long-tems; & pour les trouver délicieufes il faut les tremper une nuit 
feulement dans le vin. Elles fe couvrent d’une forte de fucre qui fe vend à 
es qui,. mêlé avec de l’eau pendant l'Eté, en fait une liqueur fort agréa- 
ble (h). 

ON EP dans les Parties Méridionales de la Chine un fruit qui fe nomme 
à Manille Millubines & Karambolas.. 11 y'en a deux efpèces; la douce & l'ai. 
gré Dans leur maturité elles ont éxaétement l'odeur du Coing. On fait de 
une & de l’autre une excellente sonferve, à laquelle rien n’eft comparable 
pour appaifer la foif. Le fruit eft d’abord très-verd, mais il prend la couleur 
du Coing lorfqu'il arrive à fa parfaite maturité. 

Le Platane & fon fruit croiffent à la Chine, quoiqu'il ne s’en trouve point 
au Méxique ni dans les Ifles Philippines. Cet arbre eft. fort différent de ceux 
qui portent ordinairement le nom de Plantains Gi 

L'U-ronc-cau eft un grand arbre , qui reflemble au Sycomore. Ses feuil- 
les font longues, larges & jointes par une tige d’un pied de longueur. Il 
poufle tant de branches & de touffes de feuilles qu'il eft impénétrable aux 
rayons du Soleil. La manière dont il produit fon fruit eft fort fingulière. Vers 
Ja fin du mois d’Août on voit fortir de l’extrémité de fes branches, au-lieu 
de fleurs, de petites touffes de feuilles, qui font plus blanches & plus molles 
que les autres. Elles n’ont pas non-plus tant de largeur. Il s’engendre fur 
ies bords de chaque feuille trois ou quatre petits grains, de la groffeur d’un 
pois, qui contiennent tfte fubftance blanche, dont le goût approche de 

ui 


(b) Ce doit êtreune efpèce defigue, com- (3) Defcription de la Chine par Navarette, 


me le TJe tfe, pag. 34. & fuiv. 


En 


CTI 


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Jui 


Navarette, 


BOOMEN, uit Borx . 


REP ne + 
ENST A 


. | jui de Ja nd 
= LL . ment d'un 
—— a ; L A Pro 

ko-tfe-chu, 
ARS ou? 1 te: . = plus longu 


2 of A-te . 

2.{8 .. D nids : at creux, di 
De Quey-pe,of Kaneel-Boom nomme Ca 

La Chi 

Wha-tfyau. 
trop chauc 
uelques re 
tons à nos 
afñez haut. 
que le Peu 
rien de co 
rent, par 
(m) Pays. 
même à 
odeur fort 
tant il fero 
pofé les g 
& trop foi 
OuTR 
dans les P 
canton de 
pèce de C 
des autres 
celle de la 
& moins ( 
mac & pe 
tes les pr 
fait, Ils 
des, mai: 
affûre qui 
& que la 
jan. 1l: 
de, quoi 
L'ARB 
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quelque 
le plus fi 


PV. Vhky direx . 


BOOME N, wt Borm. 


5} 


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il 


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En 


1 1] 


ne 


CE 27 


EN LUI] 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VIL 853 
Jui de Ja noifette avant fa maturité, Rien n’eft égal à cet arbre pour l'orne- trisrorne 


È NATURELLE 
ment d'un jardin (k). sy , e l'arbre ui.pro- DE La Cnine, 
La Province de Tun-nan, vers le Royaume d'Ava, port qui P La Cafe. 


i $ -ftula. ; W'eft aflez grand. Les Chinois l'appellent Chang- 
pa re au long fruit , parce que fes coflés font beaucoup 
He ngues que celles qu’on voit en Europe. Elles forment autant de tubes 
Eu Dvilée en cellules, qui contiennent cette fubftance moëlleufe qui fe 


; à Di 
RAS LE de produit pas d'autre épice qu'une éfpèce de poivre nommé ;. Ro gr 
hf C’eft la coffe d’un grain de la groffeur pie d RAP [ls 
âcre pour étre mangé. Sa couleur eft grife & mêlée 
hd tape rl La plante qui le produit reffemble dans quelques Can- 
cn 4 nos buiflons épais. Dans d’autres lieux, il prend la forme d’un arbre 
allez haut, Ce fruit n’eft ni piquant ni agréable comme le poivre. Il Fe 
dus le Peuple qui l'employe pour affaifonner les Yranees ren a Re ft 
i i Indes Orientales, que 1 - 
rien de comparable au poivre des Ep es Lot 
v fi grande abondance que s'il croi ' l 
rent, par le Commerce, en qi rene DR A ERONNE He te 
a Chine eft mûr, le grin s 
(m) Pays. Lorfque le poivre de Reel. + Mo noue de lat 
ê tit noyau de la noirceur Jais, qui j 
FE biere sd à ja réte. YOn eft obligé de le cueillir par intervalles, 
Fe il feroit dangereux de demeurer long-tems fur l'arbre. Après ne re 
pofé les grains au Soleil, on jette la poupe M qui eft trop chau 
3 ’on n’employe que le refte (#). 
D en ie OUI EE le Betel, dont l’ufage eît fort sr Betel, 
dans les Provinces Méridionales, on trouve dans celle de Quang-fi & dans , Canelle Chi: 
He de Tfin-cheu-fu, particulièrement fur la montagne de Pe-che, une ef- Life, 
Perte Canèlle: mais moins eftimée, même à la Chine, que celle qui vient 
Ne Luis Rens: Sa couleur tire plûtôt fur le gris que fur ne qui cs 
ell de la meilleure Canelle de Ceylan. Elle eft aufli plus: épaille, P er e 
& k ins odoriférante. Cependant elle a la même vértu pour forti er l’efto- 
M: our ranimer les efprits. L'expérience apprend même qu elle a tou- 
is les Dhonetetas de la Canelle de Fes 4 gode fer 7 . pa 
i ? uelquefois de plus mor ante que R 
de A qui deviens grile auffi lorfqu’elle a féché long-tems (0). RES 
affüre que la Province de Quang-tong porte ca pre ee .0R oût. se si , 
Ile en eft fi bonne qu'on n'a pas befoin à la 1 

“dé 1l'onte de cette grande Région ne Rp pas de girofle ni de mufca- 

: quoi ndoza lui attribue ces deux produétions. ; e 
de pie Le M PV 2 les Chinois appellent Chang-chu, eft d une gran- la Cire ne 
deur & d’une beauté extraordinaire. Mais le Camphre qu’on en tire (p)a frir à celui 
quelalé chofe de groffier, & n'approche pas de celui de Borneo, qui pañle pour de Bornec. 


le plus fin. On fait des uftenciles domeltiques de fon bois. Son odeur lg 


e . ) Jbidem.. 
(k) Mémoires du Père le Comte, pag. 158 dé ? Du Halde, pag. 14. 


Du Halde, pag. 300. L'opini nmune eft que le Cam- 
mé, D! pinion cor > 
a) ) LA RLE LE $ &318. Le Comte, ant le tire des racines de l'arbre qui porte la 


VIIL, Part. Yy 


354 


VOYAGES DANS LE MPIRE 


Hrsrorrs forte, que la fcieure, jettée fur les lits, en chafle les punaifes; & l'on pré- 
Narurezce tend que dans les endroits où il croît, ces incommodes animaux ne font pas 


DE LA CHINE. connus à plus de cinq lieués à la ronde. 


Manière de 


le recueilir, 


Arbre aux 
pois. 


LeTfi-chu, 
ou l'arbre au 
vernis. 


Ses proprié- 
tés, js 


le recueillir, 


UN Miflionaire qui avoit demeuré long-tems dans l'Ifle de Borneo, d'où 
vient le meilleur Camphre, apprit à Navarette la méthode qu’on employe pour 
Avant le lever du Soleil, il fort du tronc & des branches de 
Parbre une efpèce de liqueur, qui s’agite comme le vif-argent. On fecoue 


fortement les branches, pour la faire tomber fur des toiles étendues. 11 s’ 


congéle. On le met dans des boëtes de cannes, où il fe garde. Aufñi-tôt que 
le Soleil paroît, tout ce qui eft refté fur l'arbre rentre dans le tronc. Les Ha- 
bitans de Bornéo, qui gardent leurs Morts plufieurs jours avant que de les 
énfevelir, fe fervent deCamphre pour empêcher : la chaleur ne les corrom- 
Ils placent le corps fur une chaïfe, qui e 

tems entems ils lui foufflent du Camphre dans la bouche avecun tuyau de can- 
ne. En peu de tems il pénétre jufqu’à l'autre extrémité, & les cadavres font 


pent. 


ainfi préfervés de corruption (q). 


Ox ne doit point oublier l'arbre qui produit les pois; car leur figure, leur 
couleur, leur cofle & leur goût, quoiqu’un peu rance, ne laiflent aucun dou- 
te de leur nature. Cet arbre eft affez commun dans plufieurs Provinces. 
eft fort haut; fes branches s'étendent beaucoup, & peu d'arbres les ont aufi 


épaiftes (r}). 


(4) Navarette, pag. 34. 


Fi TRE les arbres qui méritent l'attention du Public & qui peuvent exci- 
ter la jaloufié des Européens, l1 Chine en a quatre principaux: 10. L'ar- 
Dre au vernis; 20. le Tong-chu ou l'arbre à l'huile; 3°. l'arbre au Juif; 40. l'arbre 


à la cire blanche. 


; L’'ARSRE au vernis, qui fe nomme le Tf-chu, n'eft ni grand, ni gros, ni 
fort branchu. Son écorce eft blanchâtre. Ses feuilles reffemblent beaucoup à 
celles du cerifier fauvage; & la gomme rougeûtre, nommée Ti, qu'il diftille 
goute à goute, approche extrémement de la terébenthine ( 


(r) Du Halde, pag. 9. 
Quatre arbres fort remarquables. 


a 


à 


ouverte par le bas, & de 


Il rend une 


plus grande quantité de cette liqueur lorfqu’on la tire par incifion; mais alors 


1l périt beaucoup plûtôt (b} 


b). 


Ox trouve le fi-chu en abondance dans les Provinces de Xyang-/i & de 
Se-chuen; mais les plus eftimés font ceux du diftriét de Kan-cheu | une des 


Villes kes plus Méridionales de Kyang-fi. 


Le vernis ne doit point être tiré 


avant que les arbres ayent atteint l’âge de fept ou huit ans. (Celui qu’on tire 
plûtôt eft moins bon pour l’ufage. Le.tronc du plus jeune arbre d'où l'on 
commence: à le tirer n’a pas plus d’un pied Chinois de circonférence. On 
prétend qu’il eft alors meilleur que fi les arbres étoient plus gros & plus vieux. 
ue les jeunes rendent beaucoup moins; mais les Marchands ne 
culté de mêler ce qui fort des uns & des autres. On voit pe 


Le mal e 
font pas di 


(a) Le Comte dit 
on le tranfporte, il reflemble plus à lapoix où 


É 


ue dans les Villes où 


au goudron excepté qu'il eft fans odeur. 


(b) Le Comte, 45. Du Hal 


de, 9 


Il 


qui pr 
& lorf 
envelc 
du tro 
moins 
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haiffe c 
Alors 
nes qu 
filets. 
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Mais f 
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uffit p 
comm 
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tin la | 
mêmes 
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l'on pré- 
font pas 


20, d'où 
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Les Ha- 
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 COrrom- 
s, & de 
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re, leur 
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nces. Il 
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c At EXCI- 
Oo, L'ar e 
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gros, ni 
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tre tiré 
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'où l’on 
ee, On 
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ands ne 
0 it peu 


DE LA CHINE, Lir. U. Caar. VI 355 


de Tfi:chus qui ayent plus de quinze pieds de haut; & lorfqu'ils parviennent 
à cette hauteur, la circonférence du tronc eft d'environ deux pieds & demi. 
Les feuilles & l'écorce font couleur de cendre (c). Ils ne portent ni fleurs 
ni fruit, & l’on emploie la méthode fuivante pour les faire multiplier. 

Au printems , lorfque l'arbre commence à poufler, on choïfit le rejetton 
qui promet le plus, entre ceux qui fortent, non des branches, mais dutronc; 
& lorfqu'il eft de la longueur d'un pied, on le couvre de terre jaune. Cette 
enveloppe doit commencer deux pouces au-deflus du point où la branche fort 
du tronc, & s'étendre quatre ou cinq pouces plus bas. Elle doit en avoir au 
moins trois d'épaifleur, On la ferre beaucoup, & on la couvre foigneule- 
ment d’une natte pour la garantir de la pluie & des injures de l'air. On la 
lifle dans cet état depuis l'Equinoxe du printems jufqu’à celui de l'automne. 
Alors on ouvre un peu l’enveloppe de terre, pour éxaminer les petites raci- 
nes que la branche ne manque pas de produire & qui font divifées en pluficurs 
filets. Sila couleur de ces fils eft jaunâtre où rougeätre , on juge qu'il eft 
tems de féparer la branche du tronc. On la coupe adroitement, avec beau- 
coup d'attention pour ne pas la blefler , & on la plante. Mais fi les filets 
font blancs , c'eft une marque qu’ils font encore trop tendres; & dans ce cas 
on referme l'envelope & l'on remet à couper la branche au printems prochain. 
Mais foit qu'on choïifle l'automne ou le printems pour la planter, on doit 
mettre beaucoup de cendre dans le trou, fi l’on veut la preferver des four- 
mis, qui dévorent, dit-on, les racines encore tendres, ou qui en tirent du 
moins toute la féve (4 ). 

Ces arbres ne diflllent le vernis qu'en Eté. Ils n’en donnent point en 
hyver, & celui qu'ils diftillent au printems ou dans l’automne eft toûjours 
mélé d'eau. D'ailleurs ils n'en produiient que pendant la nuit. Pour le tirer 
de l'arbre, on fait autour du tronc plufieurs incifions horizontales , plus ou 
moins profondes, fuivant fon épaifleur. La première rangée de ces incifions 
ne doit être qu’à fept pouces de la terre. La feconde fe fait à la même 
diftance de la première; & de fept en fept pouces il y a de même une ran- 
gée d'incifions, non-feulement jufqu'au fommet du tronc, mais encore à 
toutes les branches qui font aflez grofles-pour en recevoir. On emploie pour 
cette opération un petit couteau, dont la lame eft circulaire. Les incifions 
ne doivent pas fe faire directement, maïs un peu de biais. Elles ne doi- 
vent pas être plus profondes que l’écorce n’a d'épaifleur. L’arborifte, en les 
faifant d'une main, y poufle de l’autre le hard d’une écaille, auffi avant 

u’il eft poffible, c’eft-à-dire, environ un demi-pouce de la Chine; ce qui 

uffit pour foutenir l'écaille, Au refte, ces écailles, ou coquilles, font fort 

communes à la Chine, & beaucoup plus grandes que celles de nos plus grof- 
fes huîtres. Les incifions fe faifant le foir , on recueille le lendemain au ma- 
tin la liqueur qui a coulé dans les coquilles , & le foir on les reinet dans les 
mêmes incifions ; ce qui fe continue jufqu’à la fin de l'Eté. Ordinairement 
les propriétaires des arbres ne fe donnent pas la peine de recueillir tir 
8 


Co) Angl. Les feuilles & l'écorce reffem- (4) Chine du Père Du Halde, pag. 336. 
jun Er à la feuille & à l'écorce du Frêne, & fuivantes. 


Yy 2 


HistToïrRe 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Manière de 
le cultiver, 


Quand & 
comment ils 
produifent du 
verniss 


HISTOIRE 
NATURELLE 
D& LA CHINE, 


Précautions 
néceffaires 
pour ce tra- 
vail, 


356 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


le vernis. Ils louent leurs arbres à des Marchands fon : 

prix eft d'environ deux fols & demi le pied. Ceux-ci EL re be le 
ges, qui fe chargent de tous les foins, pour une once d'argent par mois 1Ëf. 
q° ils fe RONCARES re propres frais, ou pour fix liards par jour avec 
Hay re | n feul Payfan fuffit pour l'adminiftration de cinquante 

L'oPINION commune eft que cette liqueur, tirée à froid | 

as venimeufes, & qu'il n'y a pas d'autre moyen, pour fe Anar de 
es dangereux effets en la verfant d'un vaiffeau dans un autre ou en la re- 
muant de toute autre maniére, que d'éviter foigneufement d’en refpirer les 
exhalaifons. Elle demande les mêmes précautions lorfqu’on la fait bouillir 
(e). Comme les Marchands font obligés de pourvoir à la sûreté de leurs Ou- 
vriers, ils ont un grand vaifleau rempli d'huile, dans lequel on a fait bouil- 
lir une certaine quantité de ces filamens charnus qui fe trouvent mélés dans 
la graiffe de porc & qui demeurent après que la graifle eft fondue. La pro- 


portion eft d’une once de filamens à une livre d'huile. Lorfque les Ouvriers 


vont lacer les coquilles dans les troncs , ils portent avec eux un peu de 
cette huile, dont ils fe frottent le vifage & les mains ; & le matin Ve rès 
avoir recueilli le vernis, ils fe frottent encore plus foigneufement. Abris le 
diner ils fe lavent le corps avec de l’eau chaude, où l’on a fait bouillir une 
certaine quantité de peau de châtaignes, d’écorce de fapin, de falpêtre en 
criftal, & d’une forte de Blette , herbe qui fe mange à la Chine & aux In- 
des. Tous ces Ingrédiens font eftimés de nature froide. Le bafin où l’on 
fe lave doit être d'étain, parce que le cuivre a fes dangers. Pendant que les 
Ouvriers travaillent aux arbres, ils doivent avoir la tête couverte ne fac 
de toile, lié autour du col, fans autre ouverture que deux trous pour les 
yeux. Ils portent devant eux une efpèce de tablier, compofé d'une peau de 
Daim, qui eft fufpendu à leur col avec des cordons & lié autour de la cein- 
ture. Ils ont des bottines & des gands de la même matière. Lorfqu'il eft 
queftion de recueillir la liqueur, 1ls ont à la ceinture an vaiffeau FAR de 
vache, dans lequel ils vuident toutes les écailles, en les grattant avec un pe- 
tit inftrument de fer. Au pied de l'arbre eft un panier , où l'on met les écail. 
les jufqu’au foir. Pour faciliter le travail, les propriétaires ont foin que jes 
arbres ne foient pas plantés trop loin l'un de l'autre; & lorfque le tems de 
recueillir la liqueur elt arrivé, on met de l'un à l'autre un grand nombre de 
gaules, qui étant attachées avec des cordes , férvenr comme d’échelles 
y monter. de 
Le Marchand a toûjours dans fä maifon un grand vaiffeau de terre, placé 


fous [ un chaflis de bois, foutenu par q: i 
IS nu par quatre pieds, à peu-près comme le, 
de bois, [ dont le milieu feroit vuide.] Sur cette isble ch un drap st es 


les quatre coins font attachés à des anneaux. 11 eft étendu négligemment pour 
y jetter le vernis; & lorfque les parties fluides l’ont pénétré, on le tord LR 
en faire fortir le refte, qui fe vend aux Droguiftes & qui fert quelquefois aux 
ufages de la Médecine. Les Marchands font fort fatisfaits, lorfque de mille 
arbres on a tiré dans une nuit vingt livres de vernis. Après ‘cette opération, 

le 


{e) Du Halde, pa 


Je vernis 
cles font 
fraîcheu 
fure que 
Les ( 
cautions 
couvre t 
{e défigu 
homme « 
de prend 
de s’en le 
coup, pl 
eau. L’e 
Elle cré 
mèêde orc 
fait féché 
meur âc 
nouvelle 
OuTE 
conferve 
{ortes de 
par le c 
demande 
deux co 
mière fo 
faut obfe 
L'art cor 
feul rend 
fervir de 
des lieux 
pofitions 
liers qui 
de l'Emp 
table ver 
vient du 
CE fe 
diffère p: 
par la fig 
de fon fi 
remplies 
vironnée 
ge, XI 
bois fans 
fert auf 


(f) C 
G)D 


1; & le Je vernis fe met dans des feaux de bois, calfatés en dehors, dont les couver. Hisrorne 
ns à ga- cles font bien attachés ave: des cloux. Une livre de vernis fe vend, dans fa Naruumrce 
nois lorf- fraîcheur, environ dix-huit fols d'Angleterre (f), & le prix augmente à me- ?* 14 Cuir. 
Dur avec fure que le lieu eft plus éloigné. 
Inquante Les Ouvriers s’expofent à des fuites fâcheufes, lorfqu’ils négligent lespré- Maladies 
cautions. Leur maladie commence par une efpèce de dartre rouge, quileur auxquelles les 

Certaines couvre tout le corps, & le vifage même, dans l'efpace d’un jour. Le vifage rt font 
rantir de fe défigure entièrement. Le corps s’enfle; on le croiroit couvert delépre. Un cb 
en la re- homme qui fe fent attaqué de ce mal eft obligé, pour prévenir les accidens, 
pirer les de prendre une quantité confidérable de l’eau médicinale dont on a parlé & 
: bouillir de s’en laver le corps. Elle le purge violemment. Enfuüite on le couvre beau- 
eurs Ou- coup, pour lui faire efluyer dans cet état une forte fumigation de la même 
ut bouil- eau. L’enflure fe diffipe par degrés; mais il n’eft pas fi facile de guérir la peau. 
lés dans Elle créve en plufieurs endroits & l’on en voit fortir beaucoup d’eau. Le re- 

La pro- mède ordinaire eft de prendre des blettes Chinoifes, qu’.:. brûle après les avoir 
Ouvriers fait fécher. On en applique la cendre fur les parties :*s plus affeétées. L’hu- 
| peu de meur âcre s’y imbibe; la peau féche, tombe, & l’on en voit fuccéder une 
1, après nouvelle (g). ; 

Après le OuTRE la propriété d’embellir les ouvrages, le vernis Chinois a celle de Propriétés 
illir unc conferver le bois & de le garantir de l'humidité (h). Il prend égalementtoutes du vernis de la 
pêtre en fortes de couleurs; & lorfqu’il eft bien compofé, il ne perd rien.de fon luftre Ses 

aux In- par le changement d’air ou par d’autres caufes. Mais la bonne compoñition 

où l'on demande beaucoup de tems & de foin. Il ne fuffit pas d’en appliquer une ou 

que les deux couches. Pour en appliquer une nouvelle, il faut attendre que la pre- 

d'un fac mière foit tout-à-fait féche, fans lui laiffer néanmoins le tems de durcir. Il 

pour les faut obferver fi cette couche n’eft pas trop rude ou d’une couleurtrop foncée. 

peau de L'art confifte à conduire le vernis par degrés jufqu’à un certain point, qui peut 


la cein- 
u’il eft 
cuir de 
un pe- 
es écail- 
que jes 
ems de 
bre de 
es pour 


, placé 


ne tablezge 


e, donty$® 
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bis aux 
le mille 
ation, 
le 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. VIL 357 


feul rendre l'ouvrage ferme, clair & uni. Il n'y a que l'expérience qui puifle 
fervir de régle. Comme les ouvrages de vernis doivent fervir quelquefois dans 
des lieux humides, quelquefois même dans l'eau, enfin que leurs ufages & leurs 
pofitions peuvent varier à l'infini, il eft rare qu’on les fañe fort gros. Les pi- 
liers qui fervent de foutien dans la grande Salle Impériale, dans l'appartement 
de l'Empereur & dans d’autres édifices Chinois, ne font pas revétus de véri- 
table vernis. On y employe une autre liqueur, qui fe nomme Tong-yeu & qui 
vient du fecond arbre dont on a promis la defcription. 

CE fecond arbre porte le nom de Tong-chu, & produit une liqueur qui ne 
diffère pas beaucoup de la précédente. Il a tant de reffemblance avec le Noyer, 
par la figure, la couleur de l’écorce, la forme & la grandeur de fes feuilles & 
de fon fruit, qu’on pourroit s’y méprendre à peu de diftance. Ses noix font 
remplies d’une forte d'huile aflez épaiffe, & d’une poulpe huileufe qui eft en- 
vironnée de cette huile. Pour s’en fervir, on la fait bouillir avec de la lithar- 
ge, & l’on y fait entrer la couleur qu’on defire. Souvent on l’applique fur le 
bois fans aucun mélange, pour le préferver feulement de l'humidité. On s’en 
fert aufli pour enduire le parquet des appartemens. Elle le rend fort luifant ; 


(b) Ibid, & Le Comte, pag. 148. Ona dé- 
ja rapporté la manière d'appliquer le vernis, 


Yy3 


(f) C'eft environ quarante fols de France. 
(g) Du Halde, ubi Jup. pag. 3374 


Le Tong. 
chu, fecond 
arbre remar- 
quable, 


Huile ou ver. 
nis qu'on en 
tire, 


HistTorxe 
NATURELLE 


DE LA CHINE. 
Manière de 


s'en fervir. 


L'U-kyeu- 
mu, ou l'ar- 
bre au fuif, 


. Sa defcrip- 
tion. 


Comment le 
fruit croit. 


358 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


& fi l'on a foin de le laver de tems en tems, il conferve fort bien fon juftre. 
Les appartemens de l'Empereur & des Grands font enduits de ce vernis où 
de cette huile. 

Lorsqu'on veut donner la dernière perfeétion à cet ornement, on com. 
mence par couvrir les piliers & la menuiferie, d’une pâte de chaux & de chan. 
vre, ou de quelqu’autre enduit de la méme nature, Après l'avoir laiflé fécher 
jufqu’à un certain point, on fe fert d'une broffe pour étendre l'huile, dans la. 
quelle on a mêlé quelque couleur en la faifant bouillir. On dore quelquefois 
les moulures, les fculptures & tous les ouvrages de®relicf, Mais, fans le fe. 
cours de la dorure, la beauté & le luftre de ces ouvrages ne le cèdent guères 
au vernis qui fe nomme Ti. Comme le Tong-yeu eft à bon marché, & qu'au 
contraire le Ti eft aflez cher, les Marchands mêlent ordinairement dansle T} 
une grande quantité de Zong-yeu, fous prétexte qu'un peu de ce mélange cît 
néceflaire pour conduire le ‘Tfi à fon point & pour le rendre plus facile à s’é. 
tendre. C'eft avec le Tong-yeu qu'on prépare une efpèce de drap dont on fe 
fert contre la pluie, comme de nos toiles cirées; mais les habits qui fe font 
de ces étoffes ne peuvent fervir que dans les Provinces du Nord. En un mot, 
le Tong-chu eft un arbre des plus utiles à la Chine, & ne le feroit pas moins 
en Europe s’il y étoit apporté (4). 

Mars la Nature a peu d'arbres auffi finguliers que l’arbre au fuif, nommé 
U-kyeu-mu (k) par les Chinois. I ne fe trouve qu’à la Chine, où il eft fort 
commun dans les Provinces de Che-kyang & de Xyang-fi.  Maruini en a donné 
une idée affez éxaéte dans fa defcription de Min-wba, Ville de la première 
de ces deux Provinces. Cet arbre, qu'il compare à nos poiriers, k£ qui eft 
quelquefois aufli grand que ceux de la plus grande efpèce , reffemble 
beaucoup aufli au Tremble & au Bouleau par fes feuilles & leurs longues ti. 
ges. Mais, par le tronc & les branches, il a la forme de nos cerifiers. L’é. 
corce eft d'un gris blanchâtre. Elle eft aflez douce au toucher (4). Les peti. 
tes branches font longues, fléxibles & garnies de feuilles depuis le milieu feu. 
lement jufqu’à l’extrémité, où elles forment uneefpèce detouffe, quoiqu'elles 
y foient plus petites qu'ailleurs & qu’elles fe replient par les bords jufqu’à pa. 
roître creufes, & de la forme d’un partit bateau. Leur couleur eft un verdfon- 
cé, affez life par le haut & blanchâtre par-deffous. Elles font d’ailleurs min. 
ces, féches, d'une largeur médiocre en forme de lozange, excepté que les 
angles des côtés font arrondis & que le bout s’allonge en pointe. Elles font 
jointes aux branches par de longues tiges, qui font féches & menues. Leurs 
côtes, aufli-bien que leurs fibres, font rondes, féches & déliées. Dans la der- 
nière faifon, c’eft-à-dire, vers les mois de Novembre & de Décembre, elles 
deviennent rouges avant leur chûte , comme les feuilles de la vigne & du 
poirier. 

Le fruit croît en grappes, à l'extrémité des branches, fur une tige ligneufe 
& fort courte. Il eft renfermé dans une capfule ou une coffe brune, dure & 
ligneufe, que les Chinois nomment Yen-kyu,'un peu dure & de figure trian- 
gulaire, mais dont les angles font arrondis, à peu près comme le petit fruit 


rouge du Troëne, que nous appellons Bonnet de Prêtre. Ces coffes ou ces cap- 
fules 


uey-chu. 


Du Halde, pag. 9. Q 
(4) Le Comte dit qu'il eft uni, 


(i) 
(k) Magalhaens & Navarette l'appellent 


fules con 
feur d’un 
du côté 
eft couve 

tics file 
de ces fil 
dus. Lo 
les, com 
fe décou: 
couvert c 
autant de 
main & f 
pas fort d 

Czsf 
forme irr 
la noix, 
d’un gros 


d'huile pc 


L'ARB 
donnent I 
le plus lar 
de fil de 

offeur ; 
qu fert de 
her, qui. 
fes font é] 
main. L 
Comme a 
dur, il n” 
exprès. 

La mé 
la coque « 
fe, oulh 
denfe wo 

uelquefo 
Sont 
l'on en fa 
apprend d 
de cire, d 
croute, 

Nava 
comme le 
d'un verd 
blanc que 


(m) Le 
d'une noifet 
(n) Suiv 


fon ljuftre, 
vernis ou 


, On com- 
& de chan. 
ifTé fécher 
, dans la. 
quelquefois 
fans le fe. 
ent guères 
» & qu'au- 
dansle Th 
élange eft 
icile à s’é. 
dont on fe 
ui fe font 
n un mot, 
pas moins 


F, nommé 
il et fort 
n a donné 

remière 
& qui eft 
reffemble 
ongues ti- 
iers. L’é. 

Les peti- 
nilieu feu- 
aoïqu’elles 
ufqu’à pa- 
à verdfon- 
leurs mine 
é que les 
Elles font 
es. Leurs 
ans la der- 
bre, elles 


one & du 


e ligneufe 
, dure & 
ure trian- 
petit fruit 
j CES Cap- 

fules 


DE LA CHINE, Liv. II Car. VII. 359 


fales contiennent ordinairement trois petites noix ou trois grains, de la grof- 
feur d'un pois ("), qui ont leur propre coque, affez dure & ronde, excepté 
du côté par lequel ils s'entretouchent, qui eft un peu applati Chaque grain 
eft couvert d’une petite enveloppe de fuif aflez dure. La tige fe divife en trois 
etits filets, qui traverfent le fruit entre les trois grains; de forte que le bout 
de ces filets entre dans la partie fupérieure des grains, qui y paroiffent fufpen- 
dus. Lorfque la coffe, qui eft compofée de fix petites feuilles creufes & Ova- 
les, commence à s'ouvrir (n) & tombe comme par degrés, le fruit venant à 
fe découvrir paroît fort agréable à la vûe, fur-tout en hyver, L'arbre eft alors 
couvert de petites grappes blanches, qu'on prendroit dans l'éli nement pour 
autant de bouquets. Le fuif qui enveloppe le fruit fe brife aifément dans la 
main & fe fond avec la même facilité. Il rend une odeur de graiffe, qui n'eft 
pas fort différente de celle du fuif commun. AE F4 3 
Czs fruits paroiflent ronds avant leur parfaite maturité. Il s’en trouve d'une 
forme irrégulière & qui ne contiennent qu'un ou deux grains. Le grain, ou 
Ja noix, a dans fa coque une efpèce de petit noyau, de la groffeur à peu près 
d’un gros grain de chenevi & couvert d'une peau brune. On en tire beaucoup 


d’huile pour les lampes. 


L'ARBRE au füif fournit aux Chinois la matière de leurschandelles. Ilsleur 
donnent la forme d’un fegment de cône, & l’ufage eft de les allumer du côté 
je plus large. Pour méche, ils employent unrofeau creux, qu'ils envelopent 
de fil de coton. lis fe fervent aufli de la moëlle des joncs, qui eft de la même 

offeur ; mais l’ufage des joncs eft plus ordinaire pour les lampes. Le rofeau 
qui fert de méche, fert aufi, par un bout à fixer la chandelle fur le chande- 
lier, qui eft fait en pointe pour entrer iians le creux. Ces chandelles Chinoi- 
fes font épaifles & pefantes. Elles fondent aifément lorfqu'on y touche avec la 
main. La lumière qu’elles répandent eft affez claire, mais un peu jaunûtre. 
Comme la méche eft folide, & qu’en brûlant elle fe change en charbon affez 
dur, il n’eft pas aifé de la moucher. Auïili les Chinois ont-ils des cizeaux faits 

xprès. 
, méthode ordinaire pour féparer le füif du fruit, eft de broyer enfemble 
la coque & la noix. Enfüuite on les fait bouillir dans l'eau. On écume la graif- 
fe, ou l'huile, à mefure qu'elle s'élève; & lorfqu'ellefe refroidit, elle fe con- 


denfe d’elle-même comme le fuif. Sur dix livres de cette graifle, on en met 


quelquefois trois d'huile de lin, avec un peu de cire, -pour lui donner de la 
confiftence. Les chandelle. qu’on en fait font d’une blancheur extrême. Mais 
l’on en fait auñi de rouges, en y mélant du vermillon (o). Du Halde nous 
apprend dans un autre endroit (p) qu’on trempe ces chandelles dans une forte 
de cire, qui vient auñli d’un arbre; ce qui forme autour du fuif une efpèce de 

croute, qui l'empêche de couler. 
NaAvarETTE aflüre que l'arbre U-kyeu-mu croît fur lesbords des ruifleaux, 
comme les faules en Caftille; que fon fruit eft de la groffeur d'une noïfette & 
d'un verd-foncé ; qu'il fleurit vers le milieu de Décembre & qu’il paroît aufñli 
blanc que la nége; que la coque venant à tomber, on découvre une te 
anche, 


milieu comme la châtaigne. 
(o) Du Halde, pag. 31% 
(b) Le même, pag. 9 


(m) Le même Auteur lui donne la groffeur 
d’une noifette. 
(n) Suivant le mème, elle fe fend par le 


Hisrorre 
NATURELLE 
DE LA Cine, 


Fabrique des 
chandelles 
Chinoifes. 


Leur méche. 


Mouchettes 
de la Chine. 


Comment fe 
tire le fuif. 


En queltems 
Parbre fleurit, 


HISTOIRE 
NATURELLE 
D£ LA CHINE. 


Témoignage 
du Père le 
Comte. 


Le Pe-la- 
chu, ou l'ar- 
bre qui porte 
Ja cire blan- 
che. 


Vers qui 
font cette ci- 
IC. 


Nature & 
qualité des 
vers, 


360 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


blanche, femblable au fuif, qui fe recueil 

commencement de Janvier; de les pre ai pan HA pce ou au 
mauvaife, & durent plus long-tems en Eté qu’en Hyver (q); rh l’odeur 
vendent que fix liards la livre (r), & que le füif dr M Li Gr é a ne fe 
bre coute la moitié moins. Les Chinois ornent leurs chandelles de iré de l'ar. 
tures en or & en argent, comme nos cierges de Pâques. Des reft La Reine 
or une Same. 2 ns pour les lampes (5 ). . Des reftes du fuif ils 

uivaAnNT le Pere le Comte, les , À 

feuilles ont la forme d'un cœur & nn “A pr Ses 
unie; le tronc fort court; la tête ronde & fort épaifle Cr). corce ef 
ferme le fruit eft divifée en trois fegmens, qui s'ouvrant lorf ALL de ten: 
fent voir trois noyaux de la grofleur d’une noifette, Ce née d aa 
de rouge forme dans l'éloiguement le plus beau fpeétacle a ol anc & 
quad où ces arbres font ordinairement plantés en échiquier Bi é Les 
d' px potes? 3 n parterre de pots à fleurs. Mais l'Auteur obdte ou + 
sa pour purifier le fuif, les Chinois font aflez groffiérement ee del 
es; que l'odeur en eft plus forte, la fumée plus épaifé & la lumière plus r4 


fcure qu’en Europe; 1 iculié 
q urope; ce qu'il attribue particulièrement à la méche qui eft en u- 


fage à la Chine (v). 
£ quatrième arbre, qui fe nomme Pe-W- La f . Li il 
blanche, n'eft pas cour-à-Fai fi haut de jar Re ni Fe fe TN 
la couleur de fon écorce, qui eft blanche, & par la figure de ss “Bo par 
font plus longues que larges. Une forte de petits vers, qui pr pe qui 
feuilles & qui en fonc, couverts, y forment en peu de tems des gratte 
un se plus petits que les rayons de miel. Cette cire, qui ett fort ser e cire 
luifante, fe vend beaucoup plus cher que la cire des abeilles. Lorf. rh) nt 
font une fois accoûcumes aux arbres d'un autre côté, s'ils aband pan mr 
c'eft pour n'y retourner jamais. On eft alors obligé de s’en pr 4 FE es 
eus REPA e ae qui font ce commerce (x). rt rar 
uivanT Magalhaens, l’animal qui produit la cire n° 
puce; mais il eft actif x vigoureux. il SA re na de gros qu'une 
feulement la peau des hommes & des bêtes, mais les RAM, us non- 
même des arbres pour y dépofer fes œufs.  C’eft de-là qu’on le k € tronc 
er le ct foigneufement on les voit devenir vers au ns Er 
Le ps Pa de Chan-tong , que les Habitans de cette Province ven- 
SRE A SEA ét d'où vient la meilleure cire. Au commence- 
land. de me ca pp, aubte Dette racines des arbres. Ils montentle 
RL QU dom da mai Gr 2 Pope dE où Lo 
: re qu , ils en font 
4 ph D " + Enfuite ils la font entrer dans les trous qu'il 
TEA dan £ pliffent juiqu'à la furface, où venant à fe congeler 
ir elle pend en forme de glaçons, jufqu'a ce qu'elle foit recueillie & mi- 
fe 


ad al le contraire aux chan- (5) Navarette, pag. 33 
4 ï à (t) Iles avoit vôes f: / 
mi PRE ar EPA AA la an D lorfqu'elles ont Lu Rte id 
quatorze fols. C' ft £ k n Hi e Conte, pag: 99. 
Traduéteur. end dt a LV (x) Du Halde, pag 9: 


fe en pai 
font de l4 
À ces 
au F'iguie 
lufieurs 
lufieurs 
dix pouc 
droits-où 
crées de 
beaucoup 
grande, 
fort doux 
pas du to 
CET 
dorure. 
ar des i 
eftd'ent 
d’autres 
ferme qu 
Les ( 
vrier & 
fignifie G 
viron u 
tant det 
quelque « 
font fort 
tres à ce 
cette par 


quatre, 


trémité , 
tre, de« 
re rangé 
le fond « 
cipalemc 
ches fer 
nombre 
bre, Ca 
moitié € 
bout d'u 
qui poul 
raboteul 
le rouge 
tient de 
chofe d 
un petit 


(y) M 
(3) L 


VIII 


pré ou au 
as l'odeur 
Iles ne fe 
J de l’ar. 
ites pein. 
du fuif ils 


tues. Ses 
corce eft 
qui ren. 
mûr , lai. 
blanc & 
de. Les 
réfentent 
que faute 
chandel. 
plus ob. 
eft en u., 


à la cire 
aufli par 
illes, qui 
nt fur ces 
s de cire 
e & fort 
e les vers 
nt un lieu 
d’autres, 


‘os qu’une 
inte non- 
le tronc 
] & qu'a- 
ms. Les 
nce ven- 
mmence- 
ontent le 
ufqu’à la 
font une 
us qu'ils 
congeler 
1e & mi- 

fe 


la fin de 
Ur, 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VIL 361 


fe en pains pour la vente. Les Pe-la-chus, dans la Province de Hu-quang, 
font de la grandeur du châtaigner. Ceux de Chan-tong font petits (y). 

A ces quatre arbres extraordinaires il faut ajouter le Xu-chu, qui reffemble 
au Figuier par les feuilles & les branches (2). La racine pouffe ordinairement 
plufieurs tiges, & quelquefois elle n’en pouile qu'une. Lorfqu’elle en pouffe 
plufieurs, quelques-uns de ces petits troncs font droits, ronds & de neuf ou 
dix pouces d’épaifleur. La feuille eft fort dentelée, fur-tout dans deux en- 
droits. où elle eft comme diviféeen trois feuilles, qui font curieufement échan- 
crées de chaque côté. Sa couleur & la contexture de fes fibres lui donnent 
beaucoup de reffemblance avec la feuille du Figuier, excepté qu’elle eft plus 
grande, plus épaifle, & plus rude du côté d'enhaut. Le côté inférieur eft 
fort doux & couvert de duvet. Quelques-unes des feuilles du Xu-chu ne font 
pas du tout dentelées & repréfentent la figure d'un cœur allongé. 

CET arbre produit une forte de lait, dont les Chinois fe fervent pour la 
dorure. Ils le retirent dans des écailles attachées au tronc, d’où il découle 
par des incifions horizontales ou perpendiculaires. La manière de l’employer 
eft d’en tracer avec un pinceau les figures qu’on fe propofe, fur le bois ou fur 
d’autres matières, & d'appliquer enfuite la feuille d’or. Elle s’y attache fi 
ferme qu’elle ne fe lève jamais (a). 

Les Chinois ont un autre arbre remarquable, qui tient un peu du Genè- 
vrier & du Cyprès. Auñi leur donnent-ils également le nom de T}e-/ong, qui 
fignifie Genévrier, & celui de Tuen-pe ou de Cyprès. Le tronc, qui eft d’en- 
viron un pied & demi de circonférence, pouile des branches prefqu’en for. 
tant de terre. Ces branches en pouflent quantité d'autres, qui s'étendant à 
quelque diftance du tronc, forment un buiffon épais & verd. Des feuilles, qui 
font fort ferrées fur l'arbre, les unes reffémblent à celles du Cyprès & les au- 
tres à celles du Genèvrier. Celles-ci font longues, étroites & pointues, avec 
cette particularité, qu’elles font difpofées le long des branches en rangées de 


fquatre, de cinq ou de fix; de forte [ que fi l'on regarde la branche par l'ex- 


trémité, il paroît ] qu'elles forment une efpèce de bouquet, compofé de qua- 
tre, de cinq ou de fix rayons, comme les étoiles. Les feuilles de la premié- 
re rangée couvrent fi éxaétement les rangées de deffous, qu’on voit aifément 
le fond de la branche par les intervalles. Mais ces bouquets fe trouvent prin- 
cipalement au bas des branches. Au fommet, on n’apperçoit que les bran- 
ches femblables à celles de Cyprès, qui font plus grandes & en plus grand 
nombre que les autres. La Nature a mis encore plus de variété dans cet ar- 
bre, car il a des branches de nature mêlée; c’efk-a-dire, moitié de Cyprès & 
moitié de Genèvrier. Enfin l'on y voit quelquefois des feuilles de Cyprès au 
bout d’une touffe de Genèvrier, & quelquefois de petites touffes de Genévrier 
qui pouffent au bas d'une branche deCyprès, L’écorce de l'arbre eft un peu 
raboteufe. Sa couleur eft un brun-grisâtre, qui tire en quelques endroits fur 
le rouge. Le bois eft d'un blanc-rougeâtre, comme celui du Genèvrier, & con- 
tient de la terébenthine. Outre l'odeur du Cyprès, fes feuilles ont quelque 
chofe d’aromatique; mais le goût en eft acide & fort amer. L’arbre porte 
un petit fruit rond, qui n’eft guères plus gros que celui du Genèvrier, & dont 

la 
leux, couvert d’une écorce femblable. 


(y) Magalhaens, pag. 140. & fuiv. 
(a) Du Halde, pag. 320. 


(z) Le bois des branches eft léger & moël- 


VIII. Part, Zz 


HrsTorxe 
NATURELLE 


DE LA CHINE, 
Le Ku-chu. 


Ses proprié. 


tés, 


Il fert à là 
dorure. 


Arbre de 
double efpè- 
ce. 


Ses deux 


noms & fes 
propriétés, 


HISTOIRE 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Semences du 
même arbre, 


Manière 
dont le Coto- 
nier porte {on 
fruit, 


Machine 
pour cn fépa- 
rer les femen- 


ces, 


‘Thé de la 
Chine. D'où 
vient ce noin. 


Différentes 
foxtes de thé, 


962 VOYAGES DANS L'ÉMPIRE 


la poulpe, qui eft d'un verd d'olive, rend une odeur aflez forte. Ce fruit 
tient aux branches par de longues tiges de la même nature que les feuilles, 
Il contient deux femences rougeätres en forme de cœurs, au durs que le pe. 
pin du raifin. Le tronc de quelques-uns de ces arbres eft haut & menu, fans 
autres branches que celles du fommet, qui fe terminent en pointe, à peu-près 
comme celles du Cyprès. D'autres font nains & ne's’élévent que. de fept ou 
huit pieds. Mais comme leur tronc & leurs branches font tortus & ridés, il 
eft vraifemblable qu’ils ont été coupés. Dans la jeuneffe de l'arbre toutes les 
feuilles font longues, comme celles du Genèvrier ; mais elles reffemblent à cel. 
les du Cyprès lorfqu'il eft (2) vieux. 


(b) Du Halde, pag. 321. 
' Arbufles qui portent le: Coton ES le Thé. 


U N des plus utiles arbuftes de la Chine eft celui qui porte le coton. Les 
Jaboureurs le fêément dans leurs champsimmédiatemrent après la moiflon 
ordinaire, & ne donnent pas d'autre façon a la terre que celle du rateau. Lorf- 
qu’il eft tombé un peu de pluie ou de rofée, on en voit fortir par degrés une 
petite plante d'environ deux pieds de haut. Les fleurs paroiffent au mois 
d'Août. Elles font ordinairement jaunes, mais quelquefois rouges. A leur 
place fuccèdent de petits boutons en forme de coiffe & de la groffeur d’une 
noix, Quarante jours après que la fleur a paru, cette coffe s'ouvre d'elle-mé. 
me; & fe fendant en quatre endroits, elle laiffe voir trois ou quatre petits 
fachets de coton, d’une blancheur extrême de la même figure que la coque 
des vers à foie. Ils font attachés au fond de la coffe ouverte, & contien. 
nent la femence pour l’année fuivante. Il eft tems alors d’en faire la récolte; 
mais, dans le beau tems , on laiffe le fruit expofé au Soleil pendant deux ou 
trois jours de plus. La chaleur le fait enfler & ie profit en eft plus grand. 

Comme toutes les fibres de coton font fortement attachées aux femences, 
on fe fert d’une efpèce de roue pour les féparer. Cette machine eft compofée 
de deux rouleaux fort unis, l’un de bois & l’autre de fer, de la longueur d’un 
pied, & d'un pouce d’épaiffeur. Ils font placés fi près l’un de l’autre, qu'il ne 
refte point d’efpace entre deux. Tandis que d'une main on donne le mouve. 
ment au premier rouleau, & du pied au fecond, on travaille de l’autre main 
le coton. Il fe lâche par l'agitation qu’il reçoit, & pañlant d’un côté de la 
machine, il laiffe la femence de l'autre côté. On le carde enfüuite, on le file 
& on le met en (4) œuvre. 

L'ARBUSTE qui porte le Thé mérite avec raifon la préfèrence que les Chi- 
nois lui donnent fur tous les autres, parce qu'il n’y era point dont ils fafent tant 
d’ufage, ni dont ils tirent tant d'utilité. Le nom de Tha ou de Tea s’eft formé 
par une prononciation corrompue de Tjuon-cheu & de Chang-cheu-fu dans la 
Province de Æo-kyen. Toutes les autres parties de l’Empire fe fervent du mot 
Cha, comme les Portugais. On en diftingue quantité d'efpèces, qui portent 
différens, noms dans diverfes Provinces. Cependant, à ne confulter que jure 

qualités 


(a) Le même, pag. 319, & fuive. 


Ce fruit 
8 feuilles, 
que le pe. 
enu , fans 
à peu rés 
Je fn ou 
k ridés, il 
toutes les 
lent à cel. 


ton. Les 
la moiflon 
eau, Lorf. 
legrés une 
t au mois 
. À leur 
leur d’une 
d’elle-mé. 
tre petits 
la coque 
À contien. 
a récolte; 
deux ou 
grand. 
femences, 
compofée 
ueur d’un 
, qu'ilne 
le mouve- 
utre main 
Ôté de la 
on le file 


ie les Chi- 
ffent tant 
eft formé 
dans la 
du mot 
portent 
que leurs 
qualités 


rer 
F.Y Sohdey der 


Deux Sortes de Cottoniers : 
: Twe Soorten van Kottoen - Boomen. 


É TT TT nn nn 


D 


RE 


BOOMEN, uit Nreuxor en Bot». 


qualités, 
Vu-i-cha 
Le S 
Province 
peu de h 
d’arbufte 
des mon 
pêche, « 
roient di 
dans d’ai 
ou de ci 
épaiffes, 
rofe à ci 
paroître 
& d’aflez 
remêde 
fufon er 
ble. Or 
odeur ne 
que pour 
Thé qui ! 
fif. Le 
mais à |: 
l’'eftomac 
Le 
vince de 
de Xyen-: 
montagn 
Temples 
ce qui ne 
dit de ce 
qu’ils s’ef 
mortels, 
d’autres { 
inacceffit 
croit cet 
der comr 
leger, bl 
LEs a 
la même 
y ait ent: 
te, que | 
s'en affûr 
tes, plus 
aucune à 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. VII. 363 


ee) 


qualités, toutes les efpèces peuvent être réduites à quatre; le Song-l-cha, le 
Vu-i-cha, le Pa-cul-cha & le Lo-ngan-cha. : 

Le Song-lo-cha, qui eft le thé verd, tire ce nom d’une montagne de la 
Province de Kyang-nan, dans le diftriét de bey-cheu-fu. Cette montagne a 


HisTornre 
NATURELLE 


DE LA CHINE, 


Le Song-lo- 


cha, oulethé 


peu de hauteur & d'étendue; mais elle eft entiérement couverte de l'efpèce  verd. 


d’arbuftes qui portent ce thé. On les cultive für fes revers, comme au pied 
des montagnes voifines. Ils fe plantent à-peu-près comme la vigne. On em- 
pêche, dans ce Canton, qu'ils ne montent trop haut; fans quoi ils s'élève- 
roient de fix ou fept pieds. Ils parviennent même jufqu’à dix ou douze pieds 
dans d’autres Provinces. On eft obligé de les replanter, de quatre en quatre, 
ou de cinq en cinq ans; parce qu'autrement les feuilles deviendroient trop 
épaifles, trop dures & trop rudes. La fleur eft blanche, & de la forme d’une 
rofe à cinq feuilles: En Automne, lorfqu'elle commence à tomber, on voit 
paroître un grain, de la figure d’une noix bien pleine, mais un peu moite, 
& d’aflez bon goût. Le Song-lo-cha, gardé pendant quelques années, eft un 
remède excellent pour diverfes maladies. Ses feuilles font longuettes. L’in- 
fufon en eft claire & verte lorfqu'elle eft nouvelle, & le goût en eft agréa- 
ble. On trouve en France qu'elles fentent un peu la violette ; mais cette 
odeur ne leur eft pas naturelle , & les Chinois affürèrent fouvent l’Auteur 
que pour être bonnes elles n’en doivent avoir aucune. C’eft cette efpèce de 
Thé qui fe préfente ordinairement dans les vifites. Il eft extrémement corro- 
fif. Le fucre qu’on y méle en Europe peut en corriger un peu l’âcreté; 


mais à la Chine, où l’ufage eft de le boire pur, l'excès en feroit nuifible à * 


l'eftomac (b). ; 
Le Vu-i-cha, que nous appellons Thé-bohé, où Thé-bout, croît dans la Pro- 


Le Vu-i-cha, 


vince de Fo-kyen & tire fon nom de la montagne de Wu-i-cha dans le diftriét © 1e Hot 


de Kyen-ning-fu , à deux lieuës de la petite Ville de Tjong-gan-byen. Cette 
montagne, qui eft la plus fameufe de fa Province, offre un grand nombre de 
Temples, de Couvens & d'Hermitages de Bonzes , de la Sete de Tau-kya; 
ce qui ne ceffe pas d'y attirer un grand concrurs de peuple. Comme le cré- 
dit de cette race de Prêtres dépend de l'opinion qu’on a de leur fainteté, & 
qu’ils s'efforcent de faire pafer leur montagne pour le féjour des Etres im- 
mortels, ils ont trouvé le moyen de tranfporter des barques, des chariots & 
d’autres fingularités de la même nature dans les fentes des Rochers les plus 
inacceffibles, par le moyen d’un ruifleau qui les traverfe; & le peuple, qui 
croit cet ouvrage au-deflus des forces humaines, ne manque pas de le regar- 


der comme un prodige. Le terrain qui produit l’arbufte du Vw-i-cha, eft 
leger, blanchâtre & fabloneux. 


Les arbuftes du Vu-i-cha & du Song-lo-cha font de la même hauteur & de | 


ja même forme. Leur culture eftauffi la même. La feule différence qu'il 


hé. 


Comparai- 


fon du thé 
verd & du thé 


y ait entr'eux eft que les feuilles du dernier font plus longues & plus en poin-  bohé. 


te, que l'infufion en eft verte, & qu’elle gratte un peu, comme il eft aifé de 
s'en affûrer par l'expérience. ‘Au contraire, les feuilles du Vu-i-cha font cour- 
tes, plus rondes, un peu noirâtres, & donnent à l'eau une couleur jaune, fans 
aucune âcreté , ou fans aucune autre qualité qui puifle nuire à l'eftomac le 


plus 


(b) Du Halde, pag. 10. Le Comte, pag, 122, 
Zz 2 


HiIsTOIRrEe 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Trois fortes 
fort eftimées. 


Autres thés 
de la Chine, 


Le Hay cha, 


364 VOYAGES DANS LEMPIRE 


plus foible. De-là vient que l’ufage du Vu-i-cha eft plus commun dans tout 
l'Empire. Il ne s’en trouve guères de bon dans les Provinces du Nord. On n’y 
vend, de l’une & l’autre efpèce, que du thé à grandes feuilles. Cependant plus 
les feuilles font jaunes, tendres & fines, plus elles font eftimées. On diftingue 
trois fortes de ce bon Thé, dans les lieux où il fe recueille. 

LE premier eft celui qui vient des arbuftes nouvellement plantés ; ou, com- 
me les Chinois s'expriment, c’eft la première pointe des feuilles. 1l s’appel- 


Je Mau-cha. On ne l'emploie guères que pour les préfens, ou pour l’u‘age 


de l'Empereur. Le fecond eft compofé de feuilles plus avancées ,: & c’eft celui 
qui fe vend fous le nom de bon Vu-i-cha. Les feuilles qui demeurent fur l’ar- 
bufte, & qu'on laifle croître dans coute leur grandeur, font latroifième forte, 
qui eft à fort bon marché. 

ON en fait une autre forte, qui n’eft compofée que de la fleur même; mais 
il faut la commander exprès, & le prix en eït exceilif. Les Miflionaires Géo- 
graphes s’en étant procuré une petite quantité, par le crédit de quelques Man- 
darins , ne remarquèrent point de changement fenfible dans l'infufion , foit 
pour la couleur, foit pour le goût. Aufñi l'ufage n’en eft-il pas familier à l’Em- 
pereur, ni même dans le Palais. Le Thé Impérial eft le Mau-cha. La livre fe 
que environ deux fchellings d'Angleterre (c), près des montagnesde Song-lo 

de Vu-1.. 

Tous les autres Thés de la Chine peuvent être compris fous ces deux ef- 
pèces, quoiqu’ils foient diftingués par des noms différens, tels que Lu-ngan- 
cha, Hay-cha, &c. Le premier prend ce nom de la Ville de Lu-ngan-cheu. 
Cependant le meilleur de fon efpèce ne fe trouve que fur le revers des petites 
montagnes de Ho-chan-hyen, qui en eft éloigné d’environ fept lieues. Les Mif- 
fionaires l'ayant éxaminé dans le lieu même ne lui trouvèrent aucune diffé- 
rence d’avec le Song-lo-cha, ni pour la figure des feuilles, ni pour la manière 
de le cultiver. S'il teint l’eau d’une autre couleur, & fi l’infufion fraîche ne 
paroît pas fi rude ou fi corrofive, il faut l’attribuer à la différence du terroir, 
puifqu’en Europe les vins du même raifin fe trouvent plus ou moins rudes dans 
les différentes parties d’une même Province. 

CEPENDANT les Chinois prétendent s’appercevoir que les effets de ces 
deux efpèces font fort différens. Le Song-lo leur paroît chaud. Il grate 
même; au-lieu que le Lu-ngan n’a pas ces deux qualités, & qu'ils le trouvent 
fort fain. 

Le Hay-cha vient de Kan-cheu-fu, dans la Province de Kyang-fi, & ne dif- 
fère nullement du Lu-ngan:cha. On peut le regarder comme une efpèce de 

,Song-lo-cha, qui eft le meme au fond que tous les autres Thés (4). Par éxem- 
ple, celui dont les Mongols font ufage en Tartarie & qu’ils appellent Azy/- 
cha, ou Karcha, n'eft compofé que de Song-la ou de Vu-i-cha, dont les feuilles 
ont toute leur grandeur & font mêlées fans aucun choix, parce que les Chi- 
nois jugent tout bon pour les Tartares, & ne les croyent pas capables de dif- 
tinguer le Thé fin du Thé groffier. A la vérité, les Tartares le délayent avec 
du lait; mais ils en font une liqueur agréable &. nourriflante, qu'ils prennent 


à toutes les heures. 
C'EST 


(dy C'eftà-dire, qu'iln'y a que le choix des 
PATA qui en faffe la différence. R, d. T; 


(«) Entre quarante & cinquante fols de 
France, 


ns tout 
On n'y 
ant plus 
iftingue 


> Com- 
s’appel- 
l'ufage 
ft celui 
fur l’ar- 
e forte, 


e; mais 
es Géo- 
es Man- 
n , foit 
à l'Em- 
| livre fe 
e Song-lo 


deux ef- 
Lu-ngan- 
gan-cheu. 
S petites. 
Les Mif- 
ne diffé- 
manière 
aîche ne 
| terroir, 
ades dans 


s de ces 
Il grate 
trouvent 


x ne dif- 
fpèce de 
ar éxem- 
nt Kayol- 
5 feuilles 
es Chi- 
:s de dif- 
yent avec 
prennent 


C'EST 


le choix des 
R, d. T, 


An em SR Ram ER 
| É D 
= 
Î= 


l 
| 


ZSt shu ou Arbres au Vernis .: 
De Tsi-shu, of Vernis-Boom . 


Fulno ou racine Ainoise : 
De Fu-ling, of China-Wortel . 


RE 
NH SIN SA 


Éd 


N<. "y 
‘ 
> 


É | FTITITIONIENNI 
| ] | j'iliii 1Hfithi! [hyttli : 
LUTITELEE it] Litili LUEUR HUIT 


(HUE 


LE | | 


. Lrbuste gui produit & Ze : 
De Thee - Heester . 


= T4 


“TTC TE A LE NT TENTE 
IH 


Rhuburbe.. 
De Rhabarber-Plant . 


Lil 


Corne ELLE 


LA LS 


—- 


= PE > rt ee #0 . 
= 


«Sr Schey dtrer . 
< 


BOOMEN ,uit Nreuvnor en Bot». 


C'EST 


pour du T 


Chan-ting , 
Mong-ing-c 
d'une mon 
qualité de 
ON en 
font enco 
Marchand 
ces Régio 
habitans, 
reffemble, 
feuilles gr 
yoir. Po 
vieillir ell 


& infipidd 


Jo ou le X 


LE Pa 
vince de 
king. Les 
pas que la 
accordent 
on eft co 
arbres qui 
quoiqu'on 
plus épai 
me de ba 
dans les P 
ble, quoi: 
comme le 
rougeûtre 

Les À 
fets femb 
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légères ir 
ter le fu: 
boire plu 

Les f 
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s'en acco 
ration; ! 
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On le d 

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Fleur de 


| 


FO 
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rarsem | 


| (LI JU IT ML 


IL 


l 


ÉUL EULLENNILITET 


BC 'LIIILEET 


DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VII, 365$ 


C'esT une fupercherie commune entre les Marchands Chinois, de vendre, 
pour du Thé, des feuilles de diveries autres plantes. Dans la Province de 
Chan-ting , celui qu’ils donnent pour un Thé admirable, fous le nom de 


HisTorre 
NATURELLE 


DE LA CHINE, 


Rufe dos 


Mong-ing-cha n'eft qu'une forte de moufle qui croît dans les parties pierreufes  Marchans. 


d'une montagne voifine de Mong-ing-hyen. Al a le goût fort amer, avec cette 
qualité de vcritable Thé, que pris après le repas il hâte la digeftion. 

ON en trouve de la même efpèce dans quelques parties des Provinces qui 
font encore plus au Nord; & quoiqu'il ne foit pas compofé de feuilles, les 
Marchands lui donnent le nom de Cha-ya, qui fignifie feuilles de Thé. Dans 
ces Régions Septentrionales, où l’on voit croître peu de véritable Thé, les 
habitans, dont le palais n’eit pas fort rafiné , font ufage de tout ce qui lui 
reffemble, foit par le goût, foic par d'autres effets, & font leurs délices des 
feuilles groffières de leurs arbres cranfplantés, qui dégénèrent dans leur ter- 
roir. Pour les rendre moins chères, ils en font la recolte lorfqu’a force de 
vieillir elles font devenues grandes & coriaces ; ce qui en rend le goût rude 
& infipide, quoiqu’alors meme elles produifent les mêmes effets que le Song- 


lo ou le Vu-i-cha. 


LE Pacul-cha doit fon nom au Village de Pacul, qui eft fitué dans la Pro- 
vince de Tun-nan, fur les frontières du Pegu, d'Ava, de Laos & du Tong- 
king. Les habitans le recueillent dans les montagnes voifines, & ne fouffrenc 
pas que les Marchands étrangers y pénétrent. Toute la liberté qu’ils leur 
accordent eft de venir recevoir au pied de ces lieux fauvages la quantité dont 
on eft convenu. Si l’on s’en rapporte au témoignage des Marchands , les 
arbres qui y produifent le Thé font hauts & touffus, mais plantés fans ordre, 
quoiqu’on prenne foin de les cultiver. Les feuilles en font plus longues & 
plus épaifles que celles du Song-lo & du Vu-i-cha. Elles font roulées en for- 
me de balle, & fe vendent fort bien. Cette efpèce d£ Thé eft commune 
dans les Provinces de Tun-nan & de Quey-cheu; mais le goût, en eft peu agréa- 
ble, quoiqu’affez doux. Les balles fe coupent en plufieurs parties & fe jettent 
comme le Thé ordinaire dans de l’eau bouillante, qui en reçoit une teinture 
rougeûtre. 

Les Medecins Chinois affürent que cette liqueur eft fort faine, & fes ef- 
fets femblent le prouver; car les Miffiondires nous rendent témoignage que 
dans leurs courfes, eux & leurs Compagnons s’en trouvoient fortbien pour de 
légères incommodités. Ses principales vertus font de guérir la colique, d’arré- 
ter le flux de ventre & d’exciter l'appétit. Mais, dans ces occafions, il fautle 
boire plus fort du double que le Thé ordinaire (e). 

Les feuilles du Thé qui fe nomme ui font petites & tireat fur le noir. El- 
les rendent l’eau jauhe. Le goût en eft délicieux , & l’eftomac le plus foible 
s’en accommode fort bien. Pendant l'Hyver, il demande d'être bû avec modé- 
ration; mais l'excès n’en eft pas dangereux en Eté. Il eft bon particulrement 
dans les fueurs, après un voyage, une courfe ou d’autres éxercices violens. 
On le donne même aux malades; & ceux qui ménagent leur fanté n’en boi- 
vent pas d'autre. Ie Père le Comte avoit fouvent entendu parler, à Siam, de 
Fleur de Thé, de Thé Impérial, & de plufieurs autres efpèces dont le prix étoit 
encore 


(e) Chine du Père Du Halde, pag. 10. & fuivantes, 
(AXE 


Le Pacul- 


Qualités que 
les Médecins 
Chinois attri- 
buent au Thé. 


Qualités dy 


u-i-cha, 


HiSTOIRE 
NATURELLE 


DE LA CHINE, 
Récolte du 


Thé, 


Suculture. 


Obfervations 


366 VOYAGES DANS LEMPIRE 


encore plus extraordinaire que Îes propriétés qu’on leur attribuoit; mais, à la 
Chine, il n'apprit rien qui reffemblit à ces récits. 

Les Chinois commencent à recucillir les feuilles du Thé aux mois de Mars 
& d'Avril, fuivant que la faifon ft plus ou moins avancée. Ils les expofent en- 
fuite à la vapeur de l’eau bouillante pour les amollir encore plus. Aufi-tôt que 
l'humidité les pénétre, ils les étendent au feu fur des plaques de cuivre, où 
ils les font fécher par degrés, jufqh'à ce qu’elles prennent une couleur brune; 
& d'elles-mêmes elles fe roulent dans la forme où nous les recevons. 

C’esT ordinairement dans les vallées & au pied des montagnes qu’on voit 
croître l’arbufte du Thé. Le meilleur eft celui qui vient dans un terroir pier- 
reux. Celui qui eft planté dans une terre légère tient lefecond rang. Le moins 
eftimé croît dans les terres jaunes. Mais dans quelque lieu qu’on entreprenne 
de le cultiver, il demande d’être expofé au Midi. Cette expofitionle rend plus 
fort, & capable de produire dans la troilième année. Les racines de l’arbufte 
reflemblent à celles du Pêcher, & fes fleurs aux rofes fauvages. 11 croit à tou. 
tes fortes de hauteur, depuis deux pieds jufqu’à cent. Ils’en trouve quelques- 


uns que deux hommes n'embrafleroient pas facilement. C’eft au Père le Comte 


{a premi 
font fans 
germe p 
ploient c 
ter de le 
bois & « 
jiquoreu 
A lég 
Jui ge 
ues Phy 
& d 
tares, ql 
qu'ils fou 
meeffet 
étourdiif 
femble p 
infinité d 
tête. 


quele Père le 


Comte fit de 
fes propres 


qu’on doit ces éclaircifflemens, d'après l'Hlerbal Chinois. Mais il y joint les re. 
marques qu’il fit lui-même, pendant un quart-d'heure qu'il eut pour éxaminer 


fort pror 
n'en reg 


lités, qu 


yeux fur l'ar- l'arbre, Il le vit pour la première fois, dit-il, fur le revers d’une petite mon- 
les. Le 7 


bufte du TRE, signe, en entrant dans la Province de /o-kyen. Sa hauteur n'étoit que de cinq 


ou fix pieds. Plufieurs tiges, d’un pouce d'épaifleur, qui étoient jointes en- 
enfemble, & qui fe divifoient au fommet en quantité de petites branches, 
compofoient une efpèce de touffecommele Myrthe. Letronc, quoique fec en 
apparence, avoit des branches & des feuilles très-vertes: la longueur des feuil- 
les étoit d’un pouce ou d’un pouce & demi. Elles étoient affez pointues, & 
dentelées autour des bords. Les plus vieilles, qui paroïfloient un peu blan- 
ches, étoient dures, caffantes, &amères. Les jeunes au-contraire étoient fou- 
ples, pliables, rougeñtres, unies, tranfparentes, & aflez douces au palais, 
furcout après avoir été un peu mâchées. On étoit alors au mois de Septem- 
bre. Il trouva trois fortes de fruits fur l'arbufte. Sur les nouvelles branches, 
c’étoit un pois gluant, verd au dehors, & rempli degrains jaunes. Sur lesau- 
tres branches, le fruit étoit dela groffeur d'unefève, & de diverfes formes. Les 
uns écoient ronds, & ne contenoient qu'un pois. D’autres, qui étoient longs, 
en contenoient deux. D’autres, de figure triangulaire, en contenoient trois, 
& reflembloient beaucoup au fruit de l'arbre qui portele fuif. La première peau 
qui renferme les grains eft verte, fort épaifle, affez unie. La feconde eft blan- 
che, unie & mêinsépaifle. Une troifième pellicule, quieft extrémementfine, 
couvre une efpèce de gland, ou de petite noix parfaitement ronde, qui tient 
à l’écoge par une petite fibre, d'où lui vient fa nourriture. Ce fruit a peu 
d'amertume dans fa fraîcheur; mais un jour ou deux après avoir été cueilli, 
il fe fane, s’allonge, devient jaune, & fe ride comme une vicille noifette. 
A la fin, il devient onétueux & très-amer. L’Auteur trouva fur l’arbufte une 
troifième forte de fruits, vieux & durs, dont la première peau à demi-ouverte 
laiffe voir au-dedans une autre peau dure & caffante, éxaétement femblable à 
celle de la châtaigne. En la brifant, il n’y trouva prefque aucune marque de 
fruit, tant il étoit fec & applati. Dans d’autres coques, le fruirétoit réduit en 


poudre. D'autres contenoient une petite noix tout-à-fait féche, & couverte : 
a 


CuNN 
rement € 
faifon de 
eft le bot 
bre. Le 
Song-lo da 
deux efp: 
ajoûte qu 
tobre juf 
Septembr 
& la fem 
qui ne fo 
nomme d 
pelle Pois 
vertes. 
capfüule c: 
quefois q 
des autre 
fieurs enc 
revers de 


ais, à la 


de Mars 
ofent en- 
i-tÔt que 
ivre, où 
r brune; 


l'on voit 
‘oir pier- 
Le moins 
reprenne 
rend plus 
 Parbafte 
Dit à tou- 
quelques- 


le Comte. 


nt les rc- 
éxaminer 
Lite Mmon- 
e de cinq 
intes en- 
ranches, 
que fec en 
des feuil- 
ntues, & 
peu blan- 
oient fou- 
au palais , 

Septem- 
branches, 
sur les au- 
mes. Les 

ntlongs, 
ent trois, 
ière peau 
e eft blan- 
entfine, 
qui tient 
uit a peu 
té cueilli, 
noifette. 
bufte une 
hi-ouverte 
mblable à 
arque de 
réduit en 
buverte de 
fa 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VIL 


fa première pellicule. Entre ces fruits, il s'en trouve un grand nombre qui 
font fans germe ou fans bourgeon. On les nomme femelles. Ceux qui ont un 
germe peuvent étre femés, & viennent heureufement. Mais les Chinois em- 
ploient ordinairement la méthode del'ente. La curiofité de l'Auteur luifit goû- 
ter de l'écorce du tronc & des branches. Il mâcha auffi quelques particules du 
bois & des fibres, qui loin d'être amers, laiffent un goût agréable & comme 
jiquoreux (f). Cependant il ne fe fait fentir que quelques momens après. 
À l'égard des vertus du Thé, les opinions s'accordent peu. Les unse 
Jui attribuent de bonnes qualités. D'autres les croyent mauvaifes. Quel- 
ques Phyficiens s'imaginent qu'il garantit les Chinois de la goutte, de la fciati- 
que & de la pierre, parce qu'ils ne font pas fujets à ces maladies. Les Tar- 
tares, qui fe nourriflent de chair crue, n'ont pas plûtôt quitté l’ufage du Thé 
qu'ils fouffrent des indigeftions cantinuelles. Dans d'autres, il produit le mê- 
me effet lorfqu’il eft pris après le repas. L’ufage du Thé guérit quelquefois les 
étourdiffemens de tête. D'autres trouvent qu'il les fait mieux dormir, ce qui 
femble prouver qu'il n’eft pas propre à rabbatre les fumées. En France, une 
infinité de gens le croient bon pout la gravelle, les crudités, & les maux de 
tête. Quelques-uns même ont cru lui devoir l'obligation d’avoir été guéris 
fort promptement de la fciatique & de la goutte (g). D'autres au-contraire 
n’en reçoivent aucun foulagement. On peut en conclure que fes bonnes qua- 
lités, quelles qu’elles foient, lui font communes avec quantité d’autres feuil- 
les. Le Thé ne coûte, à la Chine, que fix liards la livre (b). 
CunNiNGHaM aflüre que les trois fortes de Thé, qu'on apporte ordinai- 
rement en Angleterre, viennent de la même plante, & que le terroir ou la 
faifon de le cueillir y mettent feuls quelque différence. Le Bohé, ou le Ju-i, 
eft le bourgeon même, cueilli au commencement de Mars & féché à l'om- 
bre. Le Brug, qui eft la feconde pouffe, fe cueille au mois d'Avril, & le 
Song-lo dans le cours des mois de May & de Juin. On fait un peu fécher ces 
deux efpéces fur le feu, dans des baffins ou des poëles. Le même Auteur. 
ajoûte que l’arbufte eft toûjours verd ; qu’il eft en fleurs depuis le mois d'Oc- 
tobre jufqu’au mois desJanvier, & que fa femence meurit jufqu’aux mois de 
Septembre & d'Oftobre, de forte qu'on peut cueillir tout-a-la-fois les fleurs 
& la femence; mais pour un grain de bonne femence, il s’en trouve cent 
qui ne font utiles à rien. C'eft ce que le Père le Comte, ajoûte Cunningham, 
nomme deux fortes de fruits dans fa Defcription. Pour l’autre forte, qu'il ap- 
pelle Pois vifqueux, ce n’eft que le bouton des fleurs, avant qu’elles foient ou- 
vertes. Ses vafes féminaires ont en effet la figure d'un triangle , & chaque: 
capfule contient fa noix ou fon grain de femence; mais quoiqu'il n’y ait quel- 
quefois qu’une ou deux capfules qui arrivent à leur perfection, les veltiges 
des autres fe font aifément diftinguer. L’arbuite croît fans culture, en plu-. 
fieurs endroits de l'Ifle de Cheu-chan, dans un terrain fec & graveleux, fur le: 
revers des montagnes. 
LE même Voyageur obferve encore que le Père le Comte s’eft trompé, 
© lorfqu'i 


(f) Angl. & comme celui de la Régliffe. atténuante; car il fubtilife beaucoup le fang. 
R. d. E. & les fucs. 


(g) Cela vient apparemment de fa qualité (b) Le Comte, pag, 221, & fuiv. 


HisTorre 
NATURZ2LLE 
D£ LA CHINE 


Vertus du Thé 
dans l'ufage, 


Son prix à: 


la Chine. 


Obfervation 


de Cunning- 
ham fur l’ar- 
bufte du thé, 


RE games 
té re 
. 


568 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Histoire Jorfqu'il a prétendu que l’art de greffer eft inconnu aux Chinois (i). Il vit 
NATURELLE à Ifle, de b fuif & pl , 

SRE Cine dans la même Ifle, des arbres au fui plufieurs autres arbres greffés. On 
ne fend point l'arbre ; mais l'on en coupe une petite piéce extérieure, & 
l'on y applique la greffe , tranchée de biais pour y être ajuftée. Enfüite 
couvrant la greffe avec l'écorce de la piéce emportée, on lie tout enfem- 
ble , fous une enveloppe de paille & de boue , comme nous le pratiquons 
en Europe (#). 

e 


(4) Cependant il reconnoît que les Chinois Ck) Abrégé des Tranfa&tions Philofophi. 
greffent, comme on vient de ke voir d'après ques, Vol. V. Part. IV. pag. 180. 
la page 225. de fes Mémoires, 


Arbres qui portent des Fleurs. 


jte de ES arbres & les arbuftes à fleurs font en fi grand nombre à la Chine, 
a Chine fu ’ , e câté.l: , Ù ds 
(tions ï qu’elle l'emporte de ce côté-là fur l'Europe , comme l'avantage eft de 


notre côté pour les fleurs qui viennent de femences & de racines. On voit, 
dans ce vafte Empire, de grands arbres couverts de fleurs. Les unes ont une 
parfaite reffemblance avec les tulipes, d’autres avec les rofes; & mélées avec 
les feuilles vertes, elles forment un fpeétacle admirable. 

Le Molyen, ENTRE les arbres de cette efpèce on diftingue celui qui porte le nom de 

arbre àfruit. Afolyen. Il eft de l’épaifleur du bas de la jambe. Ses branches font menues, 
remplies de moële, & revêtues, d’une écorce rouge, marquetée de tache: 
blanches commelenoifetier. Les feuilles ne font pas en grand nombre ; mais el. 
les font fort grandes, & très-larges vers le fommet. Elles font minces & af. 
fez féches. Leurs côtés & leurs principales fibres font couvertes d'un beau 
duvet blanc. Elles font jointes à l'arbre, par des tiges, qui s'étendent, vers 
le fond, prefqu’autour de la branche. On peut dire qu’elles en fortent, com. 
me d'un petit tuyau, en formant un coude au point de leur fortie. 11 s'élève 
entre ces tiges de petits bourgeons de figure ovale, couverts de duvet, qui 
s’ouvrant au mois de Décembre, deviennent des fleurs auffi grandes que le 
lys fauvage. Elles font compofées de fept ou huit feüilles, remplies de lon- 
gues fibres ovales, & pointues aux extrémités. Quelques-unes de ces fleurs 
font jaunes ; d’autres font rouges, & d’autres blanches. 

LeLamout.  L’ARBRE qui fe nomme La-moué, a quelque reflemblance avec notre Lau- 
rier, par fa grandeur, fa figure & la forme de fes branches. Les feuilles croif- 
fent deux à deux , l’une vis-à-vis de Fautre, fur des tiges affez courtes. Les 
plus grandes le font prefqu’autant que celles du Laurier commun, mais fans 
être fi féches & fi épailles. Leur grandeur diminue à proportion qu’elles s'é- 
loignent du bout de la branche. Au cœur de l’'Hyver, on voit fortir entre 
ces feuilles de petites fleurs jaunes, d’une odeur agréable, qui ne reffemblent 
pas mal à la rofe. 

LeCha-wha, LE Cha-wba eft un autre arbre de la Chine, qui feroit auffi un ornement 

diftingué dans nos jardins. On en diftingue quatre fortes, qui y portent tou- 

tes des fleurs & qui ont beaucoup de reflemblance agec le Laurier d’Efpagne, 
par la forme du fommet, par le bois & les feuilles. La verdure des feuilles 
réfifte aux outrages de l'Hyver. Elles font rangées alternativement de cha- 
que côté des branches. En grandeur, elles font de figure ovale, pointues à 


l'extrémité, & dentelées fur les bords comme une fcie. Elles ont aufñi plus 
d’épaifeur 


d'épaif 
d'un ve 
ges fon 
life, 
qui fort 
de af 
vet bla 
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LES 
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(a) C 
(b) Li 


VIII 


. Il vit 
Fés. On 
eure, & 

Enfuite 
dt enfem- 
ratiquons 


Philofophi. 
12 


la Chine, 
ge eft de 
On voit, 
ès ont une 
élées avec 


e non de 
t menues, 
de taches 
e; mais cl. 
ces & af. 
d'un beau 
ent, vers 
nt, Conm- 
Il s’élève 
uvet, qui 
les que le 
es de lon- 
ces fleurs 


otre Lau- 
illes croif- 
tes, Les 
mais fans 
r'elles s'é- 
rtir entre 
2ffemblent 


ornement 
rtent tou- 
’Efpagne, 
es feuilles 
it de cha- 
jointues à 
aufi plus 
j'épaiffeur 


L2 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. VIL 369 


d'épaifleur & de fermeté que celles du même Laurier. Le côté fupérieur eft 
d'un verd foncé comme celui de l'Oranger. Le deffous eft jaune. Leurs ti- 
ges fonc aflez épaifles. Le bois de cet arbre cft d’un gris blanchätre, & fort 
life. Le tronc eft ordinairement de la groffeur de la jambe. Les bourgeons, 
qui fortent à l'endroit où les tiges fe joignent à l'arbre, font de la couleur, 
de la figure & de la groffeur d’une noïifette. Ils font couverts d'un beau du- 
vet blanc, fur un fond qui reffémble au fatin. Ces bourgeons fe changent au 
Printems en fleurs doubles, de couleur rougeître , aflez femblables à de pe- 
tites rofes. Elles font foutenues par un calice, & fortent des branches fans 
aucune tige. 

LEs Cha-was de la feconde efpèce font fort hauts. L’extrémité de leurs 
feuilles eft arrondie. Les fleurs font grandes, rouges, entremélées de feuil- 
les vertes; & ce mélange a beaucoup d'agrément. Les fleurs des deux autres 
efpèces font plus petites & blanchâtres. Le milieu eft rempli de petits fila- 
mens, dont chacun fe termine par une petite tête jaune & plate, comme 
dans les rofes ordinaires, & qui ont pour centre un peuit piftil rond. Le fond 
eft une pctite boule verte, qui forme, en croiflant, la membrane où la fe- 
mence eft renfermée (a). 

ON voit, dans plufieurs Cantons, des arbres qui font chargés, prefque 
toute l’année, de fleurs du plus vif incarnat. Les feuilles font aufli petites 
que celles de l'Orme. Le tronc eft irrégulier, les branches tortues, & l’é- 
corce fort unie. Des allées, compoftes de ces arbres & d’un mélange d’O- 
rangers, formeroient un des plus beaux lieux du monde. Mais les Chinois 
ont peu de goût pour la promenade (b). 

ENTRE les arbuftes, Du Halde, ou plûtôt fon Correfpondant, n’en con- 
noifloit que trois ou quatre efpèces dont les fleurs fuffent odoriférantes. Cel-. 
les qui fe nomment Mo-li-wba , font les plus agréables. L’arbufte qui les 
porte croît facilement dans les Parties Méridionales de la Chine & s’élève affez 
haut. Mais, dans les Provinces du Nord, il ne paîfe jamais cinq ou fix 
pieds, quelque foin que l'on prenne, pendant l'Hyver, de le tenir renfermé 
dans des caves. La fleur reffemble beaucoup au double jafmin, par la figure 
& la couleur; mais l'odeur en eft plus forte, quoiqu’elle ne foit pas moins 
agréable. Les feuilles font tout-à-fait différentes, & virent beaucoup plus fur 
celles du jeune Citronier (c). 

LE Jafmin eft fort commun à la Chine. Il fe plante comme la vigne, & 
fe cultive avec beaucoup de foin. On le vend pour en faire des bouquets. 
Mais il eft au-deffous du Sampagou , fleur auffi fameufe dans plufieurs autres 
Pays que dans l'Empire Chinois. Le fampagou croît dans des pots & fe 
tranfporte d’une Province à l’autre pour s’y vendre. On attribue à fes ra- 
cines diverfes propriétés merveilleufes & fort oppoñfées entr’elles. On affüra 
l'Auteur, à Manille, que la partie qui croît du côté de l’Eft eft un poifon 
mortel, & que celle qui croît à l’Oueft eft fon antidote (4). 

L’ARBRE qui produit les fleurs qu'on nomme Quey-wba, eft fort commun 
dans les Provinces Méridionales , & très-rare dans celles du Nord. Il croît 
quelquefois 


(c) Du Halde, pag. 12. 
(d) Navarette, pag. 35. 


(a) Chine du Père du Halde, pag, 17 & 320. 
(b) Le Comte, pag. 158. 
Aaa 


VIII. Part. 


HisTotrre 
NATURELLE 
DE LA Cuir. 


Autres efpé- 
ces d'arbres à 
fleurs. 


Arbuftes à 
fleurs. 


Le Mo li- 
wha, 


Jafmin de la 
Chine. 


Sampagou, 


Le Quey- 
wha, 


De ES 


+ 


fIiSTOIRE 
NATURELLE 
DE LA CHINE. 


l'leur nom. 
mée La-mo- 
li-chui. 


Le Layu-wha, 


Fleurs des: 


Les 


370 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


quelquefois à la hauteur du Chêne. Ses fleurs font petites, & de différentes 
couleurs ; mais l’odeur en eft fort agréable, Les feuilles reffemblent à celles 
de notre Laurier; & cette refflemblance eft plus remarquable dans les grards 
arbres, qui fe trouvent particulièrement dans les Provinces de Chu-kyang 
de Kyang-fi, de Yun-nan, & de Quang-fi, que dans les arbuftes de la même 
efpéce. La couleur des fleurs eft ordinairement jaune. Elles pendent en fi 
gros bouquets, que lorfqu’elles viennent à tomber, la terre en eft entière. 
ment couverte; & leur odeur cft fi agréable que l'air en eft parfumé dans 
un affez grand éloignement. Quelques-uns de ces arbres portent quatre 
fois l’année; c’eft-a-dire, qu'aux fleurs qui tombent on en voit fuccéder im- 
médiatement de nouvelles. Aufli font-elles fort communes, au cœur même 
de l'Hyver. 

NAVaRETTE fait la defcription d'une petite fleur , qui ne différe pas 
beaucoup de la précédente, fi ce n’elt pas la même. Elle eft jaune, & d'u. 
ne odeur fi douce & fi charmante que l'Auteur ne connoifloit rien de compa- 
rable en Europe. Quoiqu'elle foit fort petite, elle fe peut appercevoir pref- 
qu'à la diftance d'un mille. Il obferve que l'arbre qui la porte, fe nomme 
La-mo-li-chui, & n'a pas d'autre fruit; qu'il fleurit au mois de Janvier ; que 
les fleurs durent pendant quelques mois fur'les tiges ; enfin qu’elles font fort 
eftimées des Lettrés & des Etudians, & qu'ils en portent ordinairement à la 
treffe de cheveux qui leur pend derrière la tête. Le même Auteur remar- 

ue, à cette occafion, que les femmes Chinoifes fe plaifent tant à porter des 
fleurs fur la tête, foit naturelles , foit artificielles d’or ou d'argent, qu’elles 
fément pour cela des mauves dans leurs jardins. Il eut le plaifir d’en voir 
une, qui n’avoit pas moins de foixante & dix ans, toute chargée de cette 
parure. Les Miffionaires, dit-il, ne purent s'empêcher d'en rire , fuivant 
la coutume de l’Europe; quoiqu'ils dûffent être mieux inftruits par l’éxemple 
des Chinois (e). 

ON vante une autre fleur, nommée Lau-wha, ou Lau-wbey-wha , dont 
l'odeur l’emporte fur toutes celles dont on a déja parlé, mais qui eft moins 
belle. Sa couleur tire ordinairement fur celle de la cire. Elle croît fur une 
plante, qui ne vient guères que dans les Provinces Maritimes. On voit des 
fleurs charmantes & fort touffues, mais tout-à-fait infipides , croître comme 
des rofes fur d’autres arbres & fur d’autres arbuftes , qu’on croit de l’efpèce 
du Pècher & du Grenadier. Leurs couleurs font fort brillantes ; mais elles ne 
produifent aucun fruit. Un autre arbrifleau, qui fe nomme #en-quang-chu 
à Pcking, reffemble encore moins aux efpèces de l'Europe. Il porte différens 
noms, dans trois Provinces au moins. Sa fleur eft blanche. Ses feuilles 
croiffent en forme de double & quelquefois de triple rofe. Le calice fe chan- 
ge en un fruit femblable à la pêche, mais fans aucun goût , dont les cellules. 
font remplies de pepins, ou plûtôt de graine, couverte d'une tunique blan- 
châtre & cartilagineufe (f). 

Suivanr le Père le Comte, les fleurs Chinoifés qui viennent des plantes 


plantes & des @& des racines ne méritent pas la moindre curiofité. Il s’en. trouve plufieurs 


racines Chi- 
noifes. 


qui reffemblent à celles de l'Europe, mais fi mal cultivées qu'il n'eft pas fa- 
cile- 


(e) Lemèêine, ibid. (f) Du Halde, pag, 12. 


cile de 
vû dep 
la Chin 
variété ( 
te. Ila 
nois où 
avec no 
pendan 
Chine, 
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L’efpèc 
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jamais é 
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ment de 
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nomme 
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fleur de 
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différens 
feuilles 
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cellules. 
1e blan- 


plantes 
lufieurs 
pas fa- 

cile: 


DE LA CHINE, Liv. I Car. VIL 971 


cile de les reconnoître {g). Apparemment que ce Miffionaire n’avoit pas 
vû de pivoines, puifque Du Halde nous aflüre que dans plufeurs cantons de 
la Chine on en voit de beaucoup plus belles qu'en Europe, & qu'outre la 
varicté de leurs couleurs elles ont dans quelques endroits une odeur charman- 
te. Il ajoûte à la vérité qu'elles font le principal ornement des parterres Chi- 
nois où l’on n'apperçoit nulle autre fleur qui puiffe entrer en comparaifon 
avec nos œillets, nos tulipes, nos renoncules, nos anemones, &c. (h}). Ce- 
pendangNavarette, qui fe vante d'avoir vû une grande variété de fleurs à la 
Chine, affüre qu'on y trouve une forte de rofier, qui produit chaque mois 
de nouvelles fleurs & qui refflemble de toute manière à celui de Provence. 
L'efpèce de rofe que les Chinois nomment Mou-tau, où Reine des fleurs, 
eft, fuivant ie même Ecrivain, la plus belle fleur du monde , & ne devroit 
jamais étre dans d'autres mains que celles des Rois & des Princes. Son odeur 
eft délicieufe. Elle eft touffue. Ses fleurs font rougeûtres. Elle réjouiroit 
Ja mélancolie méme. Il obferve auñi que la Chine offre des tournefols en a- 
bondance , des lys odoriférans, que les Philofophes Chinois vantent beau- 
coup, & d’autres fleurs communes en Europe; qu'il s'y trouve une abon- 
dance extrême de crêtes de coq, qui font d’une beauté rare & qui font l'orne- 
ment des jardins (5); mais il avoue que les «œillets de la Chine ont peu d'o- 


deur ou n’en ont aucune. 
ON voit croître dans les étangs & fouvent dans les marais une fleur qui fe 


nomme Lyen-wba, & que les Chinois eftiment beaucoup. Aux feuilles, au 
fruit & à la tige, on la prendroit pour le nénuphar, la nymphée ou le 1ys 
d’eau (&), dont on fait peu de cas en Europe. Mais à force de foins, la 
fleur devient double. On y compte alors cent feuilles, dont les couleurs font 
plus variées & plus vives qu'en Europe. Les fleurs fimples n'ont ordinaire- 
ment que cinq feuilles, comme les nôtres. Le piftil croît en forme de cône, 
& fe divife dans fon cours en plufieurs cellules, qui contiennent une forte de 
fruit fort blanc, & plus gros que nos fèves (7). Le Lyen-wha et fort com- 
mun dans la Province de Kyang-fi. C'eft un fpeétacle fort agréable que de 
voir des lacs entiers couverts de ces fleurs , qui fe cultivent avec foin tous 
les ans. Les grands Seigneurs én font croître dans de petites pièces d'ean 
& quelque-fois dans de grands vafes remplis de terre détrempée, qui fervent 
d'ornement à leurs jardins ou à leurs cours. 

CETTE fleur, qui s'élève d’une verge & demie de hauteur au-deflus de 
l'eau, reffemble aflez à la tulipe. Elle eft compofée d’une petite boule, fou- 
tenue par un petit filament, qui approche beaucoup de celui qu'on voit dans 
les lys. Sa couleur eft, ou violette, ou blanche, ou moitié violette & moi- 
tié blanche. L'odeur en eft très-agréable. Son fruit a la groffeur d’une noi- 
fette. La poulpe en eft blanche & de bon goût. Les Medecins l'ordon- 
nent aux Malades, pour les fortifier lorfqu'ils font affoiblis. On le trouve 
auffi fort rafraïchiffant en Eté. Les feuilles de la fleur font longues & flot- 


tent fur l’eau. Elles tinnent à la racine par de longues tiges, dont les Jar- 
diniers 


diffère beaucoup du lys-d’eau ou du Nenu- 
phar. Lille fe nom aufli Rofe aquatique. 
(4) Du Halde, pag. 12. 


(g) Le Comte, pag. 158. 

(b) Du Halde, pag. 12. 

(i) Navarette, pag. 35. 

Ce) L'Auteur dit ailleurs ( pag. 79.) qu'elle 


Aa 2 


HrsToraz 
NATUUELLE 


DE LA Cine, 


Lyen-wha, 


Fleur aquati- 


que. 


Propriétés 


du Lyen-wha, 


RE mn 


A 


HisTorne 
NATURELLE 
DL LA CHINE. 


Pe:tfi, fleur 
qui croît fous 
l'eau. 


Qualité 
qu’on lui at- 
tribuefaufle. 
ment. 


Forêts dans 
les monta- 
anes, 


Prodigieufe 
confomima- 
tion des bois 
de Pin. 


Bois nommé 
Nan-mu. 


32 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


diniers font ufage pour lier leurs uflenciles. La racine eft noueufe, comme 
celle du rofeau, & fa fubftance eft fort blanche. Les Chinois eftiment beau. 
coup cette plante, & s’en fervent dans toutes les parties de l'Empire. Ils 
en font méme une forte de farine, qu'ils employent à divers ufages (m”). 
LE Comte parle d’une autre fleur, qui eft aufñli une efpèce de nenuphar, 
nommée Pe-tf, & qui croît fous l'eau. Sa racine tient à une matière blan- 
che, revêtue d’une peau rouge, & divifée en plufieurs têtes, qui ont dans 
leur fraîcheur le goût des noifettes. Les Chinois l'affürèrent que on la 
tient dans la bouche avec un morceau de cuivre, elle en adoucit l’âcreté, 
Mais ce Mifionaire en ayant faic l’effai à Hang-chin-fu, où l’on mange beau- 
coup de Pe-tfi, & à Kya-king-fu, trouva cette obfervation chimérique; ce 
ui n'eft pas fort étonnant, puifque le jus du Pe-tfi eft fi doux, qu'il n'a vrai. 
emblablement aucune qualité corrofive (n). Du Halde, qui attribue cet- 
te propriété imaginaire au Lyen-wha, fuppofe que le Pe-tfi en eft une ef- 


“pêce (0). 


Lzs Chinois emploient prefqu’uniquement des fucs de fleurs & d'herbes 
pour peindre des figures fur lefatin & les taffetas fatinés dont ils font leurs ha- 
bits, leur parure & leurs ameublemens. Ces couleurs , qui pénétrent la fub- 
ftance de ji: foie, ne fe terniflent jamais; & comme elles n’ont pas de corps, 
il n'arrive pas non plus qu’elles s’écaillent. On s’imagineroit qu’elles font 


tiflues dans le fond de l’étoffe, quoiqu'elles n’y foient que délicatement ap- 
pliquées avec le pinceau (p). 


(m) Le même, pag. 19. & fuiv. 
(n) Le Cuinte, pag. 101, 


(o) Du Halle, pag. 13. 
Cp) Lemèême, pag. 14. 


Bois €ÿ Arbres utiles. 


ES Plaines de la Chine font couvertes d’une fi grande abondance de riz, 
qu’à peine offrent-elles un arbre. Mais les montagnes, fur-tout celles 
de Chen-fi, de Ho-nan, de Quang-tong & de Fo-kyen , font remplies de forêts, 
qui contiennent de grands arbres de toutes les efpèces. Ils font fort droits, 
& propres à la conftruétion des édifices publics, fur-tout à celle des Vaifle. 
aux. Les Voyageurs nomment le pin, le frêne, l’orme, le chêne, le pal- 
mier , & le cedre, avec quantité d’autres qui font peu connus en Eu- 
rope (a). 

Ox emploie un fi grand nombre de Pins, ou de Sapins, à la conftruétion 
des Vaifleaux, des Barques & des édifices, qu’il paroît furprenant que la 
Chine en ait encore des forêts. La confommation en eft fort grande aufi 
pour le chauffage (b). Les Provinces du Nord ne fe fervent pas d'autres 
arbres pour bâtir. Celles des Parties Méridionales, au-delà de la Rivière, em- 
ploient ordinairement le Cha-mu. 

Mais le bois le plus eftimé à la Chine s'appelle Nän-mu. Les piliers des 
appartemens & des anciennes falles du palais, les fenêtres, les portes & les 
folives en font compofées ; il pafle pour inaltérable. ,, Lorfqu'on veut bâtir 

ss POUF 


(a) Le même, pag. 317. (b) Defcription de Navarette, pag. 34. 


» pour | 
vient ap 
l'on s'en 
de leurs 
Mont Li 
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ment ve 
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cher que 

L'AR: 
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mité des 
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Pour 
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comme 
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(m). 
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d'herbes 
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de riz, 
ut celles 
e forêts, 
t droits, 
; Vaifte. 
, le pal- 

en Eu- 


ftruétion 
1t que la 
nde aufii 
d’autres 
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iliers des 
es & les 
eut bâtir 

» pour 


pag. 34: 


DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. VIL 373 


, pour l'éternité, difent les Chinois, il faut employer du Nan-mu. De-là 
vient apparemment que les Voyageurs le prennent pour le cedre. Mais fi 
l'on s’en rapporte au témoignage des Mifionaires, qui en ont parlé fur celui 
de leurs propres yeux, fes feuilles ne reffemblent point à celles des cedres du 
Mont Liban, telles qu'on en trouve la defcription dans les Voyageurs. L'ar- 
bre eft fort droit & de la plus grande efpèce; fes branches s’élevent direéie- 
ment vers le Ciel. Elles ne fortent qu'à une certaine hauteur; & fe termi- 
nent au fommet en forme de bouquet. 

CEPENDANT le Na-mu n'approche pas , pour la beauté, d'un autre 
bois nommé Tfe.tau, qui porte à la Cour le nom de Bois-rofe. Ce Tfe-tau eft 
d'un rouge noirâtre, rayé, & plein de belles veines noires qu'on prendroit 
pour l'ouvrage du pinceau. Il eft propre d'ailleurs aux plus beaux ouvrages 
de menuiferie. Les meubles qu’on en fait font fort eftimés dans tout l'Em- 
pire, fur-tout dans les Provinces du Nord, où ils fe vendent beaucoup plus 
Cher que les meubles verniffts (c). 

L'ARBRE qui fe nomme Long-ju-t/u a le tronc auffi gros que nos plus gros 
Pruniers. 11 fe coupe en planches pour toutes fortes d'ufagescommuns. Il fe di- 
vife d'abord en deux ou trois grofles branches, qui fe fubdivifent en plufieurs pe- 
tites. L'arbre eft d'un gris rougeûtre , tacheté comme le coudtier ; mais l'extré- 
mité des branches eft nowæufe, tortue, rude & pleine d’une forte de moëlle, 
comme celles du noyer. La figure du fruit tire fur l'ovale. Etant verdilreffem- 
ble beaucoup à la cerife, non-feulement par la couleur & la forme, mais en- 
core par fa tige, qui eft verte, cordée, extrémement longue, & divifée en 
plufieurs branches, dont chacune porte un de ces fruits al'extrémité. La peau 
du fruit, dans quelques endroits, eft remplie de petites taches rouges. Elle eft 
affez dure. Elle contient une fubftance verdâtre, qui tournecomme en bouillie 


lorfqu’elle eft mûre. On s’en frotte les mains en Hyver, pour prévenir les enge- 
lures. Le noyau du fruit eft fort dur & reffemble à celui de la cerife; mais il 
eft un peu oblong , & dentelé de cinq, fix & quelquefois fept fillons. Il 
reçoit fa nourriture par une ouverture ronde & aflez grande, qui fe rétrécit 
à mefure qu’elle approche de l’amande intérieure. Cette amande eft petite & 


L 


couverte d’une peau noiré, moins dure qu’un pepin de pomme (4). 
Pour la force & la fermeté, peut-être n'y a-t'il pas de bois comparable 
à celui qu’on appelle Tye-li-mu, & que les Portugais nomment Pao-de-ferro, 
c'eft-à-dire, Bois de fer. Cet arbre eft de la hauteur de nos plus grands Chênes ; 
mais il en eft différent par la groffeur du tronc, par la forme des feuilles, & 
par la couleur du bois, qui eft plusfombre: il pèfe aufi beaucoup plus. On fait 
de ce boïs les ancres des Vaiffleaux de guerre; & les Officiers de l'Empereur 
qui accompagnérent les Miffionaires dans leur paffage à Formofe, les préfe- 
roient aux ancres de fer des Vaïfleaux Marchands. Mais l’Auteur juge qu’ils 
étoicnt dans l'erreur. Les pointes ne peuvent jamais être affez aigues ni aflez 
fortes pour mordre sûrement; & comme on fait les branches plus longues du 
double que celles des ancres de fer, elles en doivent être à proportion plus 
foibles, quelle que foit leur grofleur. 
ON 


Ce) Peut être cft:ce l'Ebene, qui croît, mais peu abondamment. 
fuivant Navarette, dans les Parties du Nord, (4) Du Halde, pag. 10 & 520. 


Aaa 3 


‘Hisvorne 
NATURELLE 
bé LA CHPNE, 


Confonilu 
mal à-propos 
avec IG cédre, 


Le Long- 
ju-tfu, 


Tye-limu, 
bois dont on 
fait les ancres 
des Vaiflraux. 


RS ES — 


LE 7 Mt ERREUR à 2% D COAST PINS US SAT LÉ ADEME OT ee 


ONE TE LS PURE TRES 


, 


HISTOIRE 
NATURELLE 
DE LA CHINE. 


Canne de 
baunbou. Ses 
propriétés, 


Ratan & can. 
nes de fucre. 


Abondance 


de légumes à 
la Chine. 


Le Pc-tfay, 


excellent lé- 


guine, 


974 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


OX peut compter au nombre des arbres utiles une forte de canne, que les 
Chinois nomment Chu-tfe, & les Européens Bambou. Il y en a de plufieurs for- 
tes. Le Bambou croît auffi haut que lecommun desarbres. Quoiqu'il foit creux 
d'un bout à l’autre, excepté dans fes parties noueufes ou dans fes jointures, 
il cit d’une dureté extraordinaire & capable de foutenir les plus pefans far- 
deaux, jufqu'à de grandes maifons de bois. On peutle divifer en petits éclats, 
qui fervent à faire des nattes, des paniers, & d'autres ouvrages. On en fait 
auffi du papier (e), des tuyaux pour la conduite de l’eau, des meubles domef. 
tiques, tels que des tables, des chaifes, des lits, des armoires, des boëtes, 
&c. On trouve des meubles tout faits de cette efpèce, dans les boutiques de 
Canton. Un lit coute neuf fols; une table, fix; les chaifes, quatre fols & 
demi; & le refte, aproportion. Les Bambous font fort communs dans les Pro- 
vinces Méridionales. Ils font trés-propres à faire des perches, & toutes fortes 


. d'échaffaudage (f). 


ENFIN la Chine produit du Ratan & des Cannes de fucre. Le Ratan eftune 
plante fort menue, mais très-forte, qui rampe fur terre jufqu’a la longueur 
de huit cens ou de mille pieds (g). Les cannes de füucre croiflent en abondan- 
ce dans les Provinces Méridionales (b). 


(e) On en fait aufMfi de l'écorce du Ku-chu, (g) Le même, pag. 266. 
dont on a parlé. (D) Navaretft, pag. 32. 
(f) Du Halde, pag. 10. ‘ 
Racines, Herbes ES Plantes. : 
E Peuple de la Chine ne vivant guêres que de légumes, d'herbes, & de 
racines, avec le riz, qui eft fon aliment le plus commun, il n’eit par fur- 
prenant que les jardins potagers y foient cultivés fort foigneufement. Aulicôt 
que la faifon d’une chofe eft pañlée, on en plante ou l'on en féme une autre, 
Ainfi jamais la terre ne demeure oïfive. Les Chinois ont une grande variété de 
ces végétaux, dont plufieurs fe trouvent en Europe. La femence de choux, 
d'oféille, de rue, & de quelques autres plantes, qui leur viennent des Indes, 
meurt ou dégénère dans l’éfpace de deux outrois ans. Ils ont une véritable ef 
pèce de choux, mais qui ne pomment jamais. Le pertil leur eft connu 
depuis plufieurs fiécles (a), puifqu'on le trouve dans leurs Livres fous le 
nom de Chin-tfuy; mais il n’a ni la beauté ni la douceur du perfil de l'Eu- 
rope. 
ENTRE les herbes potagères qui nous manquent, la Chine n'en a qu'une 
qui mérite de trouver place dans nos meilleures cuifines. C’eft celle qui fe nom- 
me Pe-t/ay, & qui eft véritablement excellente. Quelques-uns de nos Voya- 
geurs ont pris mal-à-propos le Pe-tfay pour la laitue. Ses premières feuilles lui 
reffemblent à la vérité; mais la fleur, la femence, le goût & la grandeur de 
la plante en diffèrent beaucoup. Les meilleurs Pe-tfays fe trouvent dansles Pro- 
vinces du Nord, où les premiers frimats fervent à les rendre fort tendres: l'a- 
bondance en eft prefqu’incroyable. Dans le cours des mois d'Oétobre & de No- 
vembre, on en voit pañler, du matin au foir, par les portes de Peking, des 
charrettes 


(a) Suivant Navarette (pag. 32.) la Chine n'a point de perfil ni de poreaux. 


charrett: 
ver dans 
turellem 

DAN: 
cuire les 
comme 
Chinois 

Le C 
les nôtre 
filamens 
eftente 
fent un a 
dans les 
lève, qu 

Nav. 
blent poi 
lebaffes ; 
ve pas d: 
dans tout 
que le ta 

ENTR 
mées, & 
qu'ils par 

1. LA 
les mont: 
s'étenden 
s'y trouv 
rencontre 
noient de 
découpé 
de la raci 
leur que 1 

La pl 
le nom d 
Racine dé 
liérement 
contraire 
Chinois, 
ce, qui 
caille, u 
Elle diffé 
meilleur 
où elle pa 
rent que | 


b) Du 
ec) Le 


( 
( 
(4) Nav 


que les 
eurs for- 
bit creux 
)intures, 
fans far- 
s éclats, 
en fait 
s domef- 
boëtes, 
iques de 
fols & 
les Pro- 
s fortes 


eftune 
bngueur 
bondan- 


; & de 
par fur- 
Aulitôt 
é autre, 
riété de 
choux, 
Indes, 
able ef. 
connu 
fous le 

le l'Eu- 


qu’une 
fe nom- 
Voya- 
illes lui 
eur de 
les Pro- 
ss: l'a- 
de No- 
g, des 
rrettes 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. VII. 375 


charrettes & d'autres voitures chargées. L'ufage des Chinois eft de’les confer- 
ver dans du fel, ou de les mariner, pour les faire cuire avec le riz, qui eftna- 
turellement fort infpide. 

Dans quelques Provinces Méridionales on cultive des mauves, dont on fait 
cuire les feuilles à l’eau, pour les faire étuver avec de la graiffe ou de l'huile, 
comme on prépare en Europe les laitues & les épinards avec du beure. Les 
Chinois trouvent cette plante fort faine &c laxative (b). 

Le Comte vit une forte d'oignons, qui ne portent pas de femencescomme 
les nôtres, mais dont les feuilles jettent vers la fin de la faifon quelques petits 
flamens, au milieu defquels croît un petit oignon blanc, femblable à celui qui 
eft en terre. Ce nouvel oignon produit des feuilles dans fon tems, qué produi- 
fent un autre oignon; & cette fucceflion continue avec une fi juite proportion 
dans les diftances, qui font plus ou moins grandes à mefure que la-plante s’é- 
lève, qu’on prendroit tout ce jeu de la Nature pour un ouvrage de l’art (c). 

NAVARETTE dit que les concombres & les melons de la Chine nereflem- 
blent point aux nôtres, & qu'on y voit plulieurs efpèces de courges & de ca- 
lebafles; que la marjolaine fauvage y eft fort commune, maisqu’il nesy trou- 
ve pas de romarin; que le tabac s’y plante en abondance, & qu’on en fume 
dans toutes les parties de l'Empire; que fec il ne coûtequ'unfolla livre, mais 
que le tabac du Japon eft le plus eftimé (4). 

ENTRE les plantes Médicinales, on nous apprend quelles font les plus efti- 
mées, & celles qui parurent les plus fingulières aux Voyageurs, dans le tems 
qu'ils parcouroient les Provinces. | 

1. La Rhabarbe croît en abondance dans la Province de Se-chuen & ‘dans 
les montagnes de Chen-fi, nommées Soue-chun ou les montagnes de nége, qui 
s'étendent depuis Lyang-cheu jufqu’àa Su-cheu & Si-ning-cheu. Les Miflionaires 
s'y trouvant aux mois d'Oétobre & de Novembre pour en lever la Carte, y 
rencontrèrent fouvent des Troupes de chameaux , chargés de facs qui conte- 
noient de la rhubarbe Les fleurs de cette plante reflémblent à des cloches, 
découpées par les bords. Les feuilles font longues & aflez rudes. L'intérieur 
de la racine eft blanchâtre dans fa fraîcheur ; mais en féchant elle prend la cou- 

leur que nous lui voyons lorfqu'elle arrive en Europe. 

La plante dont les Médecins Chinois font le plus d’ufage, porte parmi eux 
le nom de fou-ling. Elle a reçu des Européens celui de Radix-Xina (e) ou 
Racine de la Chine. C’eft dans la Province de Se-chuen qu’elle croît particu- 
lièrement. Ses feuilles, qui rampent fur terre, font longues & étroites. Au 
contraire, la racine devient fort groffe; & fi l'on peut s’en rapporter aux 
Chinois, elle a quelquefois la grofleur de la tête d’un enfant. La bonne efpe- 
ce, qui fe nomme Pe-fou-ling ou Fou-ling blanc, contient, dansune efpèce d’é- 
caille, une fubftance blanche & moëlleufe, qui a quelque chofe de vifqueux. 
Elle diffère d’une zutre efpèce, qui eft fort en ufage auffi, parce qu’elle eft à 
meilleur marché, & qui croîtd'elle-même dans plufieurs parties de la Chine, 
où elle paffe pour une forte de Fou-ling fauvage. Quelques Miionaires aflu- 
rent que le Pe-fou-ling de Chen-fi eft une véritable truffe. Sa couleur appro- 


che 
(b) Du Halde, pag. 13. (e) Defcription de la Chine pat Navarcts 
(e) Le Conte, pag. 100, & fuiv- te, pag. 52. es 
(4) Navarette pag. 324 
Le) 


HisTotrre 
NATURELLE 
DE LA CHINE. 

Mauves que 


les Chinois 
inangent. 


Tabac. 


Plante Médi. 
cinale, 


Rhubarbe. 


Radix-Xina. 


Ses proprié- 
tés. 


à ER 0 42 


YfTSTOIRE 
NATURELLE 
D: LA CHINE, 


Racine de 
l'eu-tie. 


Racine de 
Tiwhang. 


Racine de 
Hu-chu-u. 


576 VOYAGES DANS L'EMPIRÉ 


che du verd; mais en féchant elle devient un peu jaunâtre. 11 n’eft pas aifé de 
déterminer à quelle maladié elle convient le mieux, parce que les Médecins 
Chinois l'ordonnent indifféremment pour toutes fortes d’infirmités (f). Ce- 
pendant on fçait que c’eft un excellent fudorifique , & qu’elle eft propre à 
purger le fang (g). 

NaAvaRETTE obferve qu'il y a deux fortes de Radix-xina ou Racine de 
la Chine; l'une parfaite, qui eft fine & blanche, & qui croît dans les Pro- 
vinces.du Nord; l'autre, fort imparfaite, qui s'appelle Racine de la terre & 
qui croit dans l'o-kyen, Quang-tong & les autres Provinces du Sud. Sa cou- 
leur eft rougeûtre. Elle fe trouve en abondance dans les citamps, où tout le 
monde a la liberté d'en cucillir. Les deux efpèces croiflent également fous 
twrre, & ne pouflent au dehors que quelques petits furgeons , avec de trés. 
petites feuilles, qui fervent néanmoins à la faire découvrir. L’Auteur croit 
que la première e pêce, qui eft quatre fois plus chère que l’autre, n’a jamais 
été apportée en Europe. Il ajoîte qu’elle eft fort chère dans l'Inde, & qu'il 
a vû vendre à Malaca, pour dix-huit pialtres, ce qui n’en auroit pas coûté 
deux à la Chine. Depuis quelques années les Portugais ont pris la méthode 
de la confire. Les Flollandois & les Anglois apportent quelquefois un peu 
de cette conferve, que les Européens trouvent (à) délicieufe (i). 

LA racine d'une autre plante, qui fe nomme Tew-tfe, n'eft pas d'un ufage 
auffi commun que le J'ou-ling, mais fe vend beaucoup plus cher. Elle eit ra- 
re, dans la Province mème de Se-chuen, où elle croît entre le trentième & le 
trente - neuvième degré de latitude. Comme elle eft d’une qualité chaude, 
elle pañle pour un remède exellent contre les humeurs froides & toutes for. 
tes d’obftruétions. Sa figure eft fingulière. Elle eft très-ronde d’un côté & 
prefque plate de l'autre. Le côté plat tient à la terre par diverfes tiges, fur- 
tout par celle du milieu, qui eft affez épaiffe & qui pénétre le plus dans Ja 
fubftance de la racine. La furface convexe produit divers rejettons, qui fe 
féparant par le bas forment chacun comme un petit bouquet. On diftingus 
aifément la plante à cette marque. Les Chinois jettent les branches & ne 
gardent que la racine, qu'ils font bouillir ou qu'ils font du moins pafler par le 
bain-marie avantque de la mettre en vente. 

Le Ti-whang it la racine d'une très-belle plante, qui croît particulièrement 
dans les Parties Septentrionales de la Province de Æo-nan, dans le dittrict de 
HWhay-ching-fu. À la première vûe on le prendroit pour une efpéce de ré- 
glifle. Mais après avoir examiné les feuilles, la femence & le goût de h 
plante, on ne décide pas aifément à quelle efpèce elle appartient. Les Chi- 
nois lui trouvent d'excellentes qualités pour fortifier l'eflomac & réparer un 
tempéramment affoibli (k), 

CUNNINGHAM vit, à Cheu-chan, une racine extrémement fingulière , 
nommée Au-chu-u, à laquelle on attribue la propriété de prolonger la vie & 
de noircir les cheveux gris. 11 fuflit d'en boire pendant quelque-tems en in- 
fufon. Une feule racine fe vend depuis dix lyangs, ou un taël, jufqu’à deux 
mille, fuivant fa groffeur; car les plus grofles pailent pour les plus an: 

Jais 


(f) Les Portrgais l'appellent Pao China, (i) Navarette, ubi fup. pag 53 
(x) Dual, pus. 13. | (k) Du Halde, pag. 13: 
(b) Le Comts, wi jup. pag, 228, 


Mais l’ 
(1) che 
la Tart: 
la figurc 
DE! 
Chinois 
mes ver 
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& ne fe 
ce dont 
préfent 
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* fang. M 


sûr, apr 

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(m) An 
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& comme 


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Sa cou- 
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Les Chi- 
réparer un 


ingulicre , 
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ms en in- 
fqu'a deux 
s ciicaces. 

Mais 


DE LA CHINE, Liv É Cnan VI _ 


Mais l’Auteur ne fut pas tenté de faire une expérience qui lui autoit coûté fi 
(1) cher. Il y a beaucoup d'apparence que c’étoit le Ÿin-feng, qui vient de 
la Tartarie Orientale; ou le Sun-1fi, qui en eft peu différent, fi ce n’eft par 
la figure. 

DE toutes les plantes, le San:t/i eft après le Pin-Jeng celle que les Médecins 
Chinois eftiment le plus. Quoiqu'ils attribuent à toutesles deux prefque les mê- 
mes vertus, ils donnent la préférence au San-1/i pour les maladies des fem- 
mes & pour toutes les pertes” de fang. Il croît dans la Province de Quang-fi 
& ne fe trouve qu'au fomméet des montagnes prefqu'inacceffibles. C'eft l’efpé- 
ce dont on fait ufage dans la Médecine & dont les Mandarins du Pays font 
préfent à leurs Supérieurs. On remarque, dans cette plante, la figure d'un bouc 
de couleur grife ; d’où les Chinois inférent que le fang de cet animal (m) a des 
qualités Médicinales (n). En effet, il paroît certain qu'il produit des effets 
furprenans dans les cas de chûte & de contufion. Les Miflionaires en firent 
fouvent l'expérience à l'occafon de piufieurs domeltiques, qui ayant perdu le 
mouvement & la parole après avoir été démontés par un cheval vicieux, fe 
retrouvoient dès le jour fuivant en état de continuer leur voyage, fans autre 
fecours que la fimple application de ce remède, Les Chinois regardent auñfi 
læ même plante comme un fpécifique pour la petite-vérole. Les effets en font 
fréquens.. On voit les puftulés les plus noires & les plus infeêtes fe changer en 
un rouge-clair , aufli-tôt que le malade a À oi fa potion. ‘ Aufñi prefcrit-on le 
San-t/i dans plufieurs maladies qui paroïflent venir des mauvaifes qualités du 


: fang. Mais cette plante eft d'une rareté qui la rend fox chère, & l'on n’eft pas 


sûr, après-tout, de l'avoir pure & fans mélange, 

ON ne s'arrêtera point à tous les Simples & à toutes les Drogues queles Chi- 
nois emploient dans la pratique des Arts. Mais la plante qu'ils nomment Tyen 
ou Tyen-wbu, mérite une attention particulière. Elle eft fort en ufage dans 
toutes les Provinces de l’Empire. ‘frempée dans l’eau, & préparée dans de 
grandes cuves ou dans de petits étangs, elle forme un bleu qui eft propre à la 
teinture. Les Habitans de Fo-kyen ont l’art d'en rehauffer l'éclat, &font en 
réputation pour cett2 forte de coloris, qu'ils appellent Tan-mey (0). 


(1) Abrégé des Tranfaétions Philofophi- 
ques, Vol. V,. Part. IV. pag. 1802. 

(m) Angl. On remarque qu'une cfpèce de 
chèvre grife aime fort à brouter cette plante, 
& comme eile en fait fanourriture, fon fang, 


difent les Chinois, s’empreint de qualités Mé- 
dicinales, R. d. KE. 


(mn) On fe fertäla Chine du fang des boucs 
qui ont été pris à la chañe, 
(o) Du Halde, pag, 15. 


& IE 
Foffiles de la Chine. 
Mines € Métaux. 


L° Chine a quantité de montagnes fameufes par leurs Mines, qui contien- 
nent toutes fortes de Métaux, & par leurs fources Médicinales, leurs Sim- 
ples & leurs Minéraux. On y trouve des Mines d'or, d'argent, de fer, de 
cuivre, d’étain, de cuivre-blanc & de vif-argent; du lapis-armenus, du ci- 


nabre , du vitriol, de l'alun, du jafpe, des rubis, du criftal de roche, des 
VIII, Part. Bbb pierres 


Hisrorre 
NATURELLE 
DE LA CHINE, « 

C'eft le Jing- 
feng ou le San- 
tii. 


Propriétés & 
vertus du San 
ti, 


Le Tyen- 
whu, piante 
pour la tein- 
ture. 


Richefe des 
montagnes de 


la Chine, 


UHisTorre 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Mines d'ar- 
gent de Yun- 
aan, 


lue al 
eplus belor 
1 
1 


u en Tan 
Abonlance 

> s SR 1, 
au Fer XX GC 


Détain 
à tai 


Cuivre deja 
Chine, 


nmist 
Beauté du 
cuivre blanc, 


378 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


pierres d’aimant, du porphyre & des carrières de différentes fortes de (a) 
marbre. , 

Les Chinois prétendent que leurs montagnes font remplies d’or & d’ar- 
gent, mais que jufqu’à préfent des vûes politiques en ont fait défendre l’ou- 
verture, dans la crainte apparemment qu’un excès d’abondance ne rendît le 
Peuple difficile à gouverner, ou ne lui ft négliger l’agriculture. L'Empereur 
Kang-hi accorda un jour aux Direéteurs du domaine la permiflion d'ouvrir les 
Mines d'argent; mais en moins de deux ou trois ans ilordonna que l'ouvrage fût 
interrompu, & l'on s’imagina que c'étoit pour empêcher les affemblées de la 
populace. Les Mines de la Province de Vun-nan, qui ont toûjours été ouver- 
tes, rapportoient autrefois un profit confidérable. 

ON ne fçauroit douter que la Chine n'ait aufli des Mines d’or. Ce qu’elle a 
de ce métal eft tiré en partie des Mines, & fe trouve en partie dans les fa. 
bles (») des torrens & des rivières qui fortent des montagnes de Se-chuen 
& de Tun-nan, du côté de l'Ouelt, La feconde de ces deux Provinces pañle 
pour la plus riche. Elle reçoit beaucoup d'or d’un Peuple nommé Lo (c), 
qui occupe les parties voifines des Royaumes d’ÆAua, de Pegu & de Laos. Mais 
cet or n'eft pas des plus beaux, peut-être parce qu’il n’eft paspurifié. L'argent 
de Se-chuen eft encore plus noir; mais lorfqu'’il eft rafiné par les artiftes Chi- 
nois, il devient aufi beau que dans tout autre Pays. 

L'or le plus cher & le plus beau de la Chine fe trouve dans les diftriéts de 
Li-kyang-fu & de Tang-chang-fu. Comme il n’eft frappé d’aucun coin, il ne 
s'emploie dans le Commerce que comme une marchandife. Au refte, il n’en 
cft pas plus recherché dans l'Émpire, parce que fon ufage unique eft pour la 
dorure & pour d’autres ornemens de peu d'importance. Les Européens fontles 
feuls à la Chine qui ayent de la vaiffelle d’or. 

vanNpD.onconfidère àquelprix lefer, l’étain &lesautres métaux communs 
font à la Chine, on fe perfuade aifément que les Mines cn doivent être fort 
nombreufes. Les Miflionaires Géographes furent convaincus par leurs propres 
veux de la richefle d’une Mine de tomback, dans la Province de Æu-quang, 
d'où ils virent tirer dans l’efpace de peu de jours plufieurs centaines de 
quintaux. | | | | 
Les Mines de cuivre commun, qui fe trouvent dans les Provinces de Tw- 
man & de Quey-cheu, ont fourni à l’Émpire toutes les petites efpèces demon: 
noies qui y ont été frappées depuis plufeurs fiécles. Mais le cuivre le plusex- 
traordinaire porte le nom de T/e-tong, qui fignifie cuivre blanc. Il ne s'entrou- 
ve peut-être qu’à la Chine & dans la feule Province de Tun-nan. Il a toute 
fa blancheur en fortant de la Miae. L'intérieur en eft plus blanc que le de- 
hors, On a vérifié à Peking, par quantité d'expériences, que cette couleur ne 
vient d'aucun mélange; car les moindres mélanges diminuent fa beauté. Lorf- 
qu'il eft bien employe, on ne le diftingue pas de l'argent. Pour l’adoucir, on 


y mêle un peu de tomback ou de quelqu'autre métal. Mais ceux qui airs 
aire 


{a Le Comte, pag. 93. Du Halde, 317. ufage eft d'en renfermer quantité de feuilles 

{b) Navarctte dit la mêmechofe, pag. 32. dans les cercueils des perfonnes de diftinétion 
& ie Comte, pag. 93: ou de ceux qui ont mérite leur eitime, ms 

(e) Ileft probable que les Lolos tirentbeau- donné ci-deffus un éclaircifement fur ce Peu 
coup d'or de leurs montagnes, puifque leur pile, 


faire c 
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faire 


de feuilles 
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ur ce Peu- 


DE LA CHINE, Lrv.lIl. Cuar. VIL 379 


faire conferver fa belle couleur, y mêlent, au-lieu de tomback, un cinquiéme 
d'argent. 

LE cuivre Chinois qui fe nomme T}e-l-tong, c’eft-ä-dire, cuivre venu de lui- 
même, n’eft au fond qu’un cuivre rouge que l’eau entraîne des hautes monta- 
gnes de Yun-nan, & qui fe trouve dans les torrens lorfqu’ils viennent à fé- 
cher (d). 

MaAGALHAENS obferve que les Chinois emploient une quantité infinie de 
cuivre à leurs canons, leurs images, leurs ftatues, leurs monnoics, leurs baf- 
fins & leurs plats. Le mérite de l'Antiquité , ou laréputation de l’ouvrier, fait 
quelquefois monter le prix d’un de ces ouvrages à plus de mille écus, quelque 
vil qu'il foit en lui-même. On peut juger encore de l'abondance du même mé- 
tal par la multitude de gros canons qui fe fondent à Macao & qui fe tranfpor- 


tent, non-feulement dans divers endroits des Indes, mais même en Portugal. _ 


Ils font ordinairement d’une bonté, d’une grandeur & d’un travail admira- 
bles (e). 


(4) Chine du Père du Halde, pag. 75. & (e) Magalhaens, ubi fup. pag. 1935. &fui- 
fuivantes, vantes. 


Pierres € Minéraux. 


" £ lapis-armenus, ou l’azur, qui fe trouve dans plufieurs cantons de Yun- 
L nan & de Se-chuen ne diffère pas de celui qu’on apporte en Europe. On 
en tire auffi du diftriét de Tuy-tong-fu , dans la Province de Chan-fi, qui four- 
nit d’ailleurs le plus beau Tu-che de la Chine. Le Yu-che eft une efpèce de jaf- 
pe blanc qui reflémble à l’agathe. Ileft tranfparent, & quelquefois tacheté 
lorfqu'il eft poli. 

Les Rubis qui fe vendent à Twn-nan-fu, font de la belle efpèce, mais fort 
petits. Il fut impoffible aux Miflionaires de déconvrir dans quelle partie de 
la Province on les trouve. La même Ville offre quelqués autres efpèces de 
pierres précicufes , mais qui font apportées des Pays Ctrangers , fur-tout 
par les Marchands du Royaume d'Ava , qui borde le diftriét de cette Ca- 
pitale. | 

Le plus beau Criftal de Roche vient des montagnes de Chang-cheu-fu ou de 
Chang-pu-hyen, dans la Province de Fo.kyen. On en fait, dans ces deux Vil- 
les, des cachets curieux, des boutons & des figures d'animaux. 

La même Province a, comme pluficurs autres, des carrières de marbre, 
qui ne feroient point inférieures à celles de l'Europe fi elles étoient aufñi- 
bien travaillées. On ne laïfle pas d’en trouver chez les Marchands quantité 
de petites piéces aflez bien polies & d’une fort belle couleur; telles que les 
petites tables qui fe nomment Tyeu-t/en, dont les veines repréfentent naturel- 
lement des montagnes, des rivières & des arbres. Elles font compofées de 
morceaux Choifis, dont la plûpart viennent des carrières de Txy-li-fu. On les 
fait quelque-fois fervir , aux jours de fête, pour l’ornement fur les tables à 
manger. 

Quoique le marbre foit en abondance à la Chine, on ne voit pas de Pa- 
lais, de Temples, ni d'autres édifices qui en foient bâtis entièrement. Les 
maillons ont des colomnes ou des piliers; mais il ne paroît pas qu'on en ait 

Bbb 2 : jamais 


* 


Histotnr 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Prodigieufs 
confomma- 
tion de cui- 


VIE, 


Azutr. 


Jaipe blanc, 


Criftal de Ro: 


che, 


Marbre: 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


jamais fait de marbre, ni qu'on ait encore penfé à faire fervir le marbre co- 
loré au-lieu de bois. Les bâtimens mêmes de pierre font rares dans cette Ré- 
gion. La pierre n'a prefque jamais été employée que pour les ponts & les arcs 
de triomphe (a). 

Iz y a peu de Provinces où l’on ne trouve des Pierres d’Aimant. 
apporte auffi du Japon à la Chine. Mais on les employe particulièrement aux 
Elles fe vendent au poids, & les meilleures ne coû- 
tent jamais plus de huit ou dix fols l’once. Le Comte en apporta une d’un 
feul pouce de diametre, qui, quoiqu’affez mal armée, levoitonze livres de fer, 
& pouvoit en lever quatorze ou quinze lorfqu'elle étoit bien fixée. . Les Chi- 
nois font fort habiles à les couper. Celle de l’Auteur fut taillée à Nan-king 
La machine qui fert à cette opération eft fort fim- 
ple; & fi les ouvriers de France vouloient en faire ufage ils s’épargneroient 
beaucoup de peine. 

[ELLE eft compofée de deux montans, hauts de trois ou quatre pieds ,f= 
ar deux cordes. Elle eft partagée par 
fixée à mortoife au jambage gauche. 
Au fommet des montans on place un petit rouleau, ou cilindre, d’un pouce 
& demi de diametre, & qu'on fait tourner par le moyen d’une corde qui l’em- 
brafle par le milieu, & dont les deux bouts font attachés à une pédale. A une 
des extrémités du cilindre on applique avec du maftic une plaque de fer min- 
ce & ronde, dont les bords font tranchans; on la peut faire tourner plus 
ou moins vite, fuivant le befoin, & l’ouvrier applique d’une main contre cet- 
te plaque le morceau d'aimant, tandis que de l’autre il répand du fin fable 
mouillé qui fert à refroidir le fer & à couper la pierre. Pour que le mouve- 
ment ne jette pas le fable aux yeux de l'Ouvrier , 1l y a au deffous de la pla : 
que de fer, une (b) petite planche femi-circulaire, qui l’arrête.] 

Yun-NaAn & plufeurs autres Provinces, fans en excepter celles du Nord, 
telles que Chen-fi, produifent le Hyang-wbhang. C'eft moins un minéral 
qu’une pierre tendre & jaune (c), quelquefois tachetée de noir, dont on fait 
aifément toutes fortes de vaifleaux & qui fe teint enfuite avec du vermillon. 
On aflure que cette pierre eft un antidote contre toutes fortes de poifons, & 
les Médecins Chinois la vantent comme un fpécifique merveilleux pour les fié- 
vres malignes. Cependant elle ne s’employe point à cet ufage dans les lieux 
où elle fe trouve en abondance. 

On ne connoît pas de Pays aufñi riche que la Chine (4) en Mines de Char- 
bon. Les montagnes, fur-tout celles des Provinces de Chen-fi, de Chan-fi & 
de Pe-che-li, en renferment d'innombrables ; fans quoi il feroit très-difficile 
de vivre dans des pays fi froids, où le bois de chauffage eff d’ailleurs fi (e 
rare. Magalhaens obferve que le Charbon de terre qui fe brûle à Peking 

ui s'appelle Moui, vient de ces mêmes montagnes, à deux lieues de cette 

Ville. Elles doivent pañlér pour inépuifables, puifque depuis plus de quatre 
mille ans elles fourniflent du charbon à la Ville & à la plus grande partie de 
a 


ufages de la Médecine. 


en moins de deux heures. 


creufés en forme d’arcs, & affermis 
une planche qui la traverfe, & quie 


ve du charbon de terre dans les Provinces du 


(e) Du Halde, pag. 16: 


) Du Halde. pag. 16. 

) Mémoires du Pérele Comte, pag. 250. 

) On en 2 déja parlé ci-deflus. 

) Navarette, pag. 34, [ dit qu'il fe trou- 


la Prov 
Sa coul 
des. ( 
poudre 
mais il 
en eft 
près de 
pli d’e: 
charbo 
méime ( 
irouver 
La 
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d'où on 
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On en 
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une d’un 
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Les Chi- 

an-king 
fort fim- 
neroient 


e pieds ,f= 
agée par 
gauche. 

n pouce 
qui l’em- 
e. A une 
fer min- 
ner plus 
ntre cet- 
fin fable 
: mouve- 
de la pla- : 


lu Nord, 

minéral 
it on fait 
ermillon. 
ifons, & 
ur les fié- 
les lieux 


de Char- 
han-fi & 
s-difficile 
rsfi (e 

"eking & 
de cette 
le quatre 


partie de 
la 


ovinces du 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VII 381 


la Province, où les plus pauvres s'en fervent pour échauffer leurs poîles (f » 
Sa couleur eft noire. On le trouve entre les rochers, en veines fort proton- 
des. Quelques-uns le broient, fur-cout parmi le Peuple. Il en mouillent la 
poudre & la mettent comme eu pain. Ce charbon ne s'allume pas facilement ; 
mais il donne beaucoup de chaleur & dure fort long-tems au feu. La vapeur 
en eft quelquefois fi défagréable , qu'elle fuffoqueroit ceux qui s’endorment 
près des poîles s’ils n'avoient la précaution de tenir près d'eux un baflin rem- 
pli d'eau, qui attire la fumée & qui en diminue beaucoup la puanteur. Le 
charbon eft à l'ufage de tout le monde, fans diftinétion de rang. On s’en fert 
méme dans les fournaifes, pour fondre le cuivre. Mais les ouvriers en fer 
trouvent qu’il rend ce métal trop rude (g ). : 
La Nature a pourvû merveilleufement au befoin de fel dans les Parties Oc- 

cidentales de la Chine qui bordent la Tartarie, malgré l'éloignement où elles 
font de la Mer. Outre les Salines qui fe trouvent dans quelques-unes de ces 
Provinces, on voit dans quelques autres une forte de terre grife, comme dif- 
perfée de côté & d’autre en piéces de trois ou quatre arpens, qui rend une 
prodigieufe quantité de fel. La méthode qu'on emploie pour le recueillir eft 
fort remarquable. On rend la furface de la terre auffi unie que la glace, en 
lui laiffant affez de pente pour que l'eau ne s’y arrête point. Lorfque le Soleil 
vient à la fécher, jufqu’à faire paroître blanches les particules de fel qui s’y 
trouvent mêlées, on les raffemble en petits tas, qu'on bat enfüite foigneufe- 
ment, afin que la pluie puifle s'y imbiber. La feconde opération confifte à 
les étendre fur de grandes tables, un peu inclinées, qui ont des bords de qua- 
tre ou cinq doigts de hauteur. On y jette de l'eau fraîche , qui faifant fondre 
les parties de fel les entraîne avec elle dans de grands vaiffeaux de terre, où 
elles tombent goute à goute par un petit tube. Après avoir ainfi deffalé la 
terre, on la fait fécher, on la réduit en poudre & on la remet dans le lieu 
d’où on l’a tirée. Dans l’efpace de fept ou huit jours elle s’imprégne de nou- 
velles parties de fel, qu’on fépare encore par la même méthode. 

= Tapis que les hommes font occupés de ce travail aux champs, leurs femmes 
& leurs enfans s’'employent, dans des hutes bêties au même lieu, à faire bouil- 
ir le fel dans de grandes chaudières de fer, fur un fourneau de terre percé de 
p'ufieurs trous, par lefquels tous les chaudrons reçoivent la même chaleur. 
La fumée paffant par un long tuyau, en forme de cheminée, fort à l’extré- 
mité du fourneau. L’eau, après avoir bouilli quelque tems , devient épaiffe 
& fe change par degrés en un fel blanchâtre, qu’on ne cefle pas de remuer 
avec une grande fpatule de fer jufqu’a ce qu’il foit devenu tout-à-fait blanc. 
Dans les lieux où le bois manque pour ce travail, on y fupplée avec des ro- 
feaux (h). 


(f) Magaïlhaens, pag. 10. (h) Du Halde, ibid. 
(g) Du Halde, pag. 317. & fuiv. 


XP SRE 
RÉXAIN 


Vs 
& 


Bbb 3 


HisToink 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Danger du 
charbon de 
terre, 


Mines de fel, 


Sel extraor- 
dinaire de la 
Chine, & ma- 
nière de le re- 
cueillir, 


HirsTorne 
NATURELLAR 
DE LA CHiNr. 


Paons, 
Coqs-d'Inde 
& Grues. 


Faifans. 
Roffignols, 


Canards. 


Manière de 
prendre les 
Canards fau- 
vages. 


Manicre de 
les préparer. 


Oifcaux de 


combat, 
Ie Hiy- 
fur, oifeau 
d> A ‘oic. 


382 VOYAGES DANS LEMPIRE 


G. IV. 
Oifeaux , Volaille | Infeëtes € Reptiles. 


UOIQUE les Paons & les Cogs-d’Inde foient fort communs aux Indes 

Orientales , on ne voit à la Chine que ceux qu’on y apporte des autres 

Pays. Les Grues y font en fort grand nombre. Cet oifeau s’accommode de 

tous les climats. On l’apprivoife facilement, jufqu’à lui apprendre à danfer. 
Sa chair pafle pour un fort bon aliment. 

ON trouve à la Chine une grande abondance de beaux Faifans, dont les 
plumes fe vendent plus cher que l'oifeau même. Son prix ordinaire eft un fol 
la livre. Les Roffignols Chinois font plus gros que les nôtres & leur chant 
eft admirable , comme celui des merles. Le nombre des Oies & des Canards 
eftinfini. Canton feul en confomme chaque année plus de vingt mille (4). 
Les Rivières & les Lacs en font remplis, & de quantité d’autres efpèces, 
fur-tout de canards & d’oies fauvages. La manière de les prendre mérite 
quelque remarque. Les pêcheurs mettent la tête dans une groffe gourde, 
qui eft percée de quelques trous pour la commodité de la vûe & de la refpira- 
tion. Enfuite fe mettant nuds dans l'eau, ils marchent ou nâgent fi bas 
qu'on n’apperçoit que leurs gourdes. Les canards, accoûtumés à voir flotter 
des gourdes fur l’eau, s’en approchent fans crainte. Alors le pêcheur Îles 
prend par les pieds & les tire au fond de l’eau, pour empêcher que leurs cris 
ne fe faflent entendre. Il leur tord aufli-tôt le col, & les attachant à fa cein- 
ture (b) il continue fon éxercice jufqu’a ce qu'il ait pris le nombre qu’il fe 
propole (c). 

NaAvarETTE obferve que cette efpèce de chaîle à peu d'agrément pour 
les fpeétateurs , parce que ceux qui ne la connoïflent pas s’imaginent qu'un 
Canard qu'on tire fous l’eau ne fait que plonger, comme 1il fait à tout mo- 
ment pour chercher fa nourriture. 11 ajoûte que les Chinois mangent fouvent 
ces oifeaux bouillis & qu’ils en trouvent le bouillon excellent; qu'ils font fort 
bons rôtis & étuvés, mais incomparablement meilleurs lorfau’ils font falés & 
féchés. Ils valent mieux alors que le jambon, & l’on en fait des provifions 
pour les voyages de terre & de mer. Il n’eft pas aifé de diftinguer au goût 
le canard fauvage du privé. 

Ox fait beaucoup de cas à la Chine de certains petits oifeaux qui reffem- 
blent aux linots, & qu’on nourrit dans des cages, non pour chanter , mais 
pour combattre. Ceux qui ont été mis à l’effai fe vendent fort cher. Les 
Chinois font pañlionnés auffi pour les combats de coqs. Mais cet amufement 
eft encore plus commun dans plufieurs Ifles, fur-tout aux Philippines & dans 
quelques Royaumes des Indes Orientales, où l’on y perd & l’on y gagne 
beaucoup d’argent , comme dans quelques Pays de l’Europe (4). | 

ENTRE les oifeaux de proie, le Plus remarquable eft celui que les Chi- 
nois nomment Æuy-tfing. 11 eft crès-beau , mais fi rare, qu'il ne fe trouve 

que 


) Defcription de la Chine par Navarct- ment dans un fac. 
ag. 40 & 42 (c) Du Halde, pag. 9314 ” 


Mr 


(d) Navarette, jrag. 40. € Lui. 


(a 
té, pag. 40. & 42, 
£ ‘ ait HA L Lai 
(b) L'Auteur dit qu'on les met prompte- 


aux Indes 
des autres 
mmode de 
à danfer. 


dont les 
eft un fol 
eur chant 
s Canards 
nille (a). 
s efpêces, 
re mérite 
: gourde, 
la refpira- 
ent fi bas 
oir flotter 
cheur les 
leurs cris 
à fa cein- 
e qu'il fe 


ent pour 
ent qu'un 
tout mo- 
it fouvent 
font fort 
’ falés & 
rovifions 
au goût 


i reffem- 
ter , mais 
1er. Les 

ufement 
s & dans 

y gagne 
B les Chi- 


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N ANARDS SAUVAGES. 


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conniers I 

Les P1 
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ceux qui 
n'ont pas : 
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tirent fans 
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reffemble. 
me qui s'él 
leurs de le 
préférence 
da Faifan. 
d'être ap} 
tion que 
ce de Che 
font extréi 

Les Ch 
cours à l’ir 
te efpèce 1 
res fabuleu 
pour notre 
remment 
aftre. Il: 
roître, & 
leur Philo! 
que cet oi 
queuë fem 
bres & qu 
femelle , € 
comme pl 
harmonie « 
la nature, 
nous affûr 
nois peigr 
dans aucu 


Ce) C'eft 
pelle Chougar 
dans l'hidoi 

(f) DuH 

(g) Nava 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VIL 383 


ue dans le diftriét de Hong-chang-fu , Ville de la Province de Chen-fi, & 
ans quelques parties dé la Tartarie. Il égale en beauté nos plus beaux fau- 
cons (e) & les furpaffe en force & en groffeur. On peut le regarder com- 
mé le Roi des oifeaux de proie de la Chine & de la Tartarie, parce qu'il 
en eft le plus beau, le plus vif & le plus courageux. Aufli-tôt qu'on en 
prend un, il doit être porté à l'Empereur, qui le confie aux foins des Fau- 
conniers Impériaux. 

Les Provinces Méridionales , telles que Quang-tong, & fur-tout Quang- 
fi, ont des Perroquets de voutes les efpèces, qui ne différent en rien de 
ceux qui nous viennent de l'Amérique. Leur plumage eft le même. Ils 
n’ont pas moins de docilité pour apprendre à parler. Mais ils ne font pas 
comparables aux oifeaux qui fe nomment Xin-ki, ou Poules dorées, & qui 
tirent fans doute ce nom de leur beauté. Ils'en trouve dans les Provinces 
de Se-chuen, de Yun-nan & de Chen-fi. L'Europe n'a pas d'oifeau qui leur 
reflemble. Le mélange de rouge & de jaune qui forme leur couleur, la'plu- 
me qui s'élève fur leur tête, l'ombrage de leur queuë & la variété des cou- 
leurs de leurs aîles, joint à la beauté de leur taille, femblent leur donner la 
préférence fur tous les autres oifeaux. Sa chair eft plus délicate que celle 
cu Faifan. De tous les oifeaux de l'Eft, c’eft peut-être le feul qui mérite 
d'être apporté en Europe (f). On croit le reconnoître dans la defcrip- 
tion que Navarette fait d’un très-bel oïfeau qu'il vit dans la Provin- 
ce de Chen-Ji. Il ajoûte que füuivant Trigaut les queuës de fa plume, qui 
font extrémement brillantes, n’ont pas moins d’une braffe de longueur (g). 

Les Chinois, non contens de ces chefs-d’œuvres de la nature, ont eu re- 
cours à l'invention pour fe former des Oifeaux. Les plus remarquables de cet- 
te efpèce font le Fong-whang & le Ki-lin. On en raconte à la Chine mille hiftoi- 
res fabuleufes (h). Le premier doit être le même oifeau que Navarette prend 
pour notre et Il dit que les Chinois le nomment l'Oifeau du Soleil, appa- 
remment, dit-il, parce que fuivant l’opinion commune , il regarde fixement cet 
aftre. Il ajoûte que les Chinois prennent pour un bon augure de le voir pa- 
roître, & que s'il en faut croire leurs Savans, on en vit un'à la naiffance de 
leur Philofophe Confucius. Leurs Livres, cuntinue-t'il, nous apprennent 
que cet oifeau a le corps d’une grue , le col en forme de ferpent, & ja 
queuë femblable à celle d’un dragon ; qu'il ne fe perche jamais fur les ar- 
bres & qu’il ne mange aucune forte de fruit; qu'on diftingue le mile & la 
femelle , d'où le méme Auteur conclut que ce ne peut être le phœnix (1), 
comme plufieurs Miffionaires fe le font imaginé ; que fon chant eft d'une 
harmonie charmante ; enfin, que les Chinois font perfuadés qu’il éxifte dans 
la nature, quoiqu'aucun Chinois vivant ne l'ait jamais vû (4). Du Halde 
nous affüre, d’après fes correfpondans, que le Fong-whang, dont les Chi- 
nois peignent fouvent la figure avec quantité d’ornemens, ne paroît jamais 
dans aucune des Villes & des montagnes auxquelles ils ont donné fon 

nom. 
Li 

(e) C'eft probablement l'oifeau qui s'ap- (b) Du Halde, pag. 323. 
pelle Cheugar en Tartarie & dont il eft parlé (5) Du Haïde dit (pag. 15.) que le l'ong- 
dans l'hifoire de Feughiz Kam, whang feroit le Phæœnix , fi cet oifeau avoit 

(f) Du Halde, pag. 15. jamais éxitté. 

(g) Navarctte, pag. 40, Ç&) Navarette, pag. 55 & fuiv. 


HisToiue 
NATURELLE 
DE LA CHINE, 


Perroquets, 


Poules do. 
rées, ou Kin- 
ki, 


Oifeaux ima- 
ginés par les 
Chinois, 


LL: 
Li 
Bi 
EEE 
lé 


LS E2 
Li 

Li A 
ES 

La 

& 

Lu 

S 

L 


Œ go 
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10 
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1.25 


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TE 
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“ 


HISTOIRE 
NATURELLE 
DE LA CHiNe£. 


Lekilin, 
autre oifeau. 


Le Tung- 
whang-fung, 


Le La-ki, 


Infcêtes & 
Reptiles, 


Vers à foie, 


384 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


nom. Il n'eft pas mieux. connu à Fong-tfyang-fu, dans la Province de 
Chen.fi, où ils prétendent qu'il fe trouve, qu'à F ong-whang en Tarta- 
je C1}... 

LE Xi-lin, fuivant les Chinois, eft compofé, comme le Fong-whang, de 
différentes parties des autres créatures. Il a la hauteur & le tronc du bœuf , le 
corps couvert de larges & dures écailles, une corne au milieu du front, les 

jeux & les mouftaches d'un dragon Chinois, Cet animal imaginaire eft le fym- 
bole des Mandarins du premier ordre (m). 

Les Géographes Chinois parlent d'un petit oïifeau nommé le Tung-wbhang- 
Jung, qui furpañfe le Fong-whang même en beauté. Ils racontent que la variété 
de fes couleurs eft furprenante; qu'il a le bec d’un rouge brillant, tirant furle 
vermillon, & que fa vie ne dure pas plus que la fleur Jng-wha. Mais à Ching- 
tu-fu, Capitale de Te-chuen, où ils ajoûtent que la nature le produit, les Ha- 
bitans ne connoiffent pas cet oifeau (#). | | 

MacazHazens nousfait la defcripriond'unautteoifeau, qui n'eft pas moins 
remarquable que les oifeaux fabuleux, s’il faut s'en rapporter à fonrecit. Onle 
nomme La-ki, c’eft-à-dire, Oi/eau au bec de cire, parce que fon bec eft de cet- 
te couleur. L’Auteur en vit un dans le Palais de l’Émpereur, il étoit delagrof- 
feur d’un Merle; mais la couleur de fon plumage étoit cendrée. Ilapprend tout 
ce qu'on lui enfeigne avec tant de docilité, qu’il fait des chofes incroyables. 
Par éxemple, il joue feul une Comédie. 11 met un mafque; il manie une Jan- 
ce, une épée, ou une enfeigne qu'on fait exprès pour lui. Il joue aux échets. 
I! fait plufieurs aétions & divers mouvemens avec tant de grace & de vivacité 
qu’il charme les fpectateurs (0). Il eft étrange qu'ayant emprunté tant de par- 
ticularités de Magalhaens, Du Halde n'ait rien dit de cet oïifeau merveilleux, 
s’il a penfé que cet Auteur meritât d'être crû lorfqu’il parle fur le témoignage 
de fes propres yeux. 

La Chine abonde en Infeétes & en Reptiles; mais moins que les Ifles Phi. 
lippines, l'Inde & les autres lieux. Entre les reptiles, on remarque un lezard 
d’une efpèce fingulière, nommé Temting & Pye-long, ou Cheu-kong. On lui a 
donné le nom de Dragon de muraille (p ), parce qu’il court fur les murs; & ce- 
lui de Garde du Palais (q), ou des Dames de la Cour, voici à quelle occafon. 
L'ufage des Empereurs Chinois eft de faire oindre le poignet de leurs concubi- 
nes d’un onguent compofé de la chair de cet animal & d’autres ingrédiens. On 
nous fait entendre que cette marque dure aufli long-tems qu'elles ne reçoivent 
pas les carefles d’un autre homme; mais qu'auffi-tôt qu'elles oublient leur de- 
voir, le figne de fidélité difparoît, & leur incontinence eft découverte. Nava- 
rette, qui étoit perfuadé de ce fait, fouhaitoit, pour le repos, dit-il, & le 
bonheur des deux féxes, que les maris & les femmes ne fuffent jamais fans cet 
ornement (r). 

Nous nous fommes étendus dans un autre article fur lesversä foie, reptile 
admirable, qui eft une fource continuelle de richeffes pour l’Empire de la Chi- 
ne. Les abeilles y font aufli en abondance, mais la cire eft employée aux ufa- 

"ges 


(1) Du Halde, pag. 15. (p) C'eft ce que fignifie Pye-long. 
en ) Le même, fe 333. (q) C'eft la fignification de Cheuw-long. 
(n) Le même, pag. 15. (r) Navarette, pag. 39. 
(o) Magalhaens, pag. 529. 


ges de 
fols la 
La 
Papillo 
dans le 
les plus 
Palais. 
pas MO 
parable 
les arb 
ger, CM 
gros qu 
fort be 


prqu’ils fo 


de la m 
PLu 
vent ex 
efpéran 
criptio 
» digie 
>» aîles 
» fes m 
» femb 
fes Légi 
dations ; 
meurant 
chaleur 
beaucou 
tendant 
dans l’ef 
refte de 
Les 
ce qui pe: 
& pren 


(s) Vo 
(t) Du 


E 
L PA 
efpèces, 
duit une 
boucs, « 
parler de 
fans, & 

VIII. 


E 


Province de 
en Tarta- 


-whang, de 
dubœuf, le 
lu front, les 
e eft le fym- 


Tung-whang- 

ae la variété 
tirant fur le 

fais à Ching- 

Le 

uit, les Ha- 


eft pas moins 
recit. Onle 
c eft de cet- 
it delagrof- 
ipprend tout 
incroyables. 
nie une lan- 
aux échets. 

de vivacité 
tant de par- 
ierveilleux, 
témoignage 


es Ifles Phi- 
1e un lezard 
à On lui a 
urs; & ce- 
le occafon. 
rs Concubi- 
édiens. On 
e reçoivent 
nt leur de- 
rte. Nava- 
dit-il, & le 
ais fans cet 


bie, reptile 
e de la Chi- 
ée aux ufa- 
Fe ges 


on. 
eu-long. 


DE LA CHINE, Liv. IH. Car. VII 385 


ges de la Médecine & non à brûler. Elle ne fe vend nulle part plus de couze 
fols la livre (5). 

La Chine fourniroit aux Cabinets de nos curieux une extrême variété de 
Papillons. On fait tant de cas de ceux d’une Montagne nommée Lo-feu-chan , 
dans le diftriét de Way-cheu-fu, Province de Quang-tong , que les plus gros & 
les plus extraordinaires font envoyés à la Cour, où ils fervent à l’ornement du 
Palais. La diverfité de leurs couleurs eft furprenante, & leur vivacité ne l’eft 
pas moins. Ils font beaucoup plus gros qu'en Europe, & leursaîles font incom- 
parablement plus grandes. Pendant le jour ils demeurent fans mouvement fur 
les arbres, & fe laïflent prendre aifément. Le foir, ils commencent à volti- 
ger, comme nos chauves-fouris, & quelques-uns ne paroiffent guères moins 
gros que ces animaux lorfqu’ils ont les aîles étendues. On en trouve aufñi de 
fort beaux dans les montagnes de Si-chan, Province de Pe-che-lij mais quoi- 
qu'ils foient recherchés comme les précédens, ils ne font pas [ fi grands, ni] 
de la même beauté (+). 

PLusteurs Provinces de la Chine, fur-tout celle deChan-tong, font fou- 
vent expofées aux ravages des fauterelles, qui détruifent en peu de tems les 
efpérances de la plus belle moiffon. On trouve dans un Auteur Chinois la def- 
cription fuivante de ce terrible fleau. ;, On vit paroître, dit-il, une fi pro- 
» digieufe quantité de Sauterelles, que, couvrant entièrement le Ciel, leurs 
» aîles fembloient s’entretoucher. Vous auriez cru voir fur votre tête de grof- 
» fes montagnes de verdure. Le bruit que ces infeétes faifoient en volant ref- 
» fembloit à celui du tambour. Le même Auteur remarque que ces dangereu- 
fes Légions ne vifitent la Chine que dans les années féches qui fuivent les Inon- 
dations ; d’où il conclut qu'elles fe forment de la femence des Poiflons, qui, de- 
meurant fur terre après la retraite de l'eau, eft couvée en quelque forte par la 
chaleur du Soleil. Dans ces malheureufes occafions, les Laboureurs s’agitent 
beaucoup, fous un Ciel brûlant, pour chaffer l’ennemi de leur travail, en é- 
tendant des draps fur leurs champs. Quelquefois lé mal ne fe fait fentir que 
dans l’efpace d’une lieuë, tandis que la moiffon demeure fort belle dans toutle 
refte de la Province (v). 

Les Punaifes font très-communes dans plufieurs Cantons de la Chine. Mais, 
ce qui paroîtra fortétrange, les Habitans écrafent cette vermine aveclesdoigts, 
& prennent plaifir enfuite à les porter au nez (x). 


(s) Voyez le Chapitre précédent. c v) Du Halde, pag. 274. 
(t) Du Halde, pag. 15. x) Navarette pag. 34. 


5 V. 
Gibier de chalfe, ES diverfes autres efpèces d'animaux. 


E gibier de chaffe abondeäla Chine. On voit en hiver, dans plufieurs en- 
droits de Peking, des tas de bêtés à quatre pieds & d’oifeaux de toutes les 
efpèces, endurcis par le froid, quiles garantitde lacorruption. La Chine pro- 
duit une quantité innombrable de chevreuils, de daims, de fangliers, de 
boues, d’élans, de liévres, de lapins, d’écureuils, de chats, de mulots, fans 
parler des bécafles, des tailles, des oies, des canards, des perdrix, des fai- 
fans, & d’une infinité d'animaux qui ne fe trouvent point en Europe, & 
VIIL. Part. Ccc qui 


HisTorïns 
NaATULELLe 
DE LA CHiINz. 


Abeilles. 


Papillons 
admirables, 


Sauterelles, 


Opinion des 
Chinois fur 
leur origine, 


Abondance 
d'animaux de 
toutes les ef 
pèces, 


Hisvotrnan 
NATUREI.LE 
DE LA CHINE, 


La Chine n'a 
pas de lions. 


Grand nom- 
. bre & férocité 
"des Tygres 
Chinois. 


LeTygre- 
cheval, ani- 
mal fabuleux. 


386 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


qui fe vendent à très-bon marché (4). Les ours, les tygres, les buffles, les 
chameaux, les rhinoceros y font aufi en grand nombre ; mais on n'y voit pas 
de lions (2). Il eft inutile de nommer les bœufs, les vaches, les moutons, 
& les autres animaux domeftiques, qui ne font pas moins communs à la Chi. 
ne qu’en Europe. 

AVARETTE obferve que, fuivant le témoignage des Chinois, il ne fe 
trouve pas delions ( c ) dans leur Empire, & que la plûpart fontmème perfuadés 
que cet animal n'éxifte pas dans la nature. Cependant, ajoute-t-il, fi la Chine 
a des léopards, & des ours (/), comme les mêmes Chinois l'aflurent, il pa- 
roît prefque impofñfible qu’elle n'ait pas de lions. Mais peut-étre appellent- 
ils léopards des animaux de quelque autre efpèce (e). 

Les Tygres de la Chine font non-feulement fort nombreux, mais encore 
d'une groffeur & d’une férocité extraordinaire. On auroit peine à croire com- 
bien ils tuent & dévorent d'hommes. Un Chrétien Chinois racontoit à Na- 
varette que fur le chemin de Canton à Haynan ils fe rangent en Troupes de 
cent & de deux cens; que les Voyageurs n’ofent pañler dans ces lieux s'ils ne 
font au nombre de cent ou de cent cinquante; & que dans certaines années 
ces monftrueux animaux ont dévoré jufqu’à fix mille (f) perfonnes. Mais 
l’Auteur obferve fort bien que fi ces ravages étoient fréquens, la Chine fe- 
roit bientôt dépeuplée. Entre plufeurs Tygres qu’il eut l’occafion de voir, 
il en vit un qui lui parut plus gros qu’un veau. Un Religieux de fon Ordre lui 
raconta qu’il avoit vû un de ces animaux fauter un mur de la hauteur d’un 
homme, prendre un porc qui pefoit environ cent livres, le charger fur fes 
épaules, repafler le mur avec fa proie, & gagner promptement un bois voi- 
fin. En hiver, comme ils defcendent des montagnes dans les Villages qui ne 
font pas fermés d’un mur, tous les Habitans fe retirent de bonne heure & 
muniflent foigneufement leurs portes. Navarette, fe trouvant un jour dans 
un Village où l'on prenoit ces précautions, obferva que les Tygres s’appro- 
choient des maifons avant que la nuit fût tout-à-fait obfcure, pouffant des 
cris cffroyables , & qu’à peine étoit-on tranquille dans l’enceinte des murs. Ce- 
pendant les Chinois ne fe donnent pas beaucoup de peine pour les prendre, 
quoique d’ailleurs ils eftiment beaucoup leur peau (£ ). 

.. ON doit regarder fans doute comme une fiétion ce que les Auteurs Chinois 
difent du Tygre-cheval. Suivant leur récit, cet animal ne diffère du Cheval 
que par les écailles dont il eft couvert; par fes griffes, qui font celles d’un 
Tygre; & par fon naturel fanguinaire , qui lui fait abandonner les rivières au 
Printems pour dévorer les hommes & les bêtes. Les Miffionaires, dans le 
voyage qu’ils firent au long de la rivière de Han, qui arrofe le territoire de 
Syang-yang-fu, Province de Hu-quang, où l’on prétend que ces animaux fe 
trouvent, & dans les horribles montagnes de un-yang-fu qu'ils traverférent, 

ne 


Chapitre de fon fecond livre confirm® ce foup- 
çon. Navarette obferve ( pag. 37.) que la Pro- 
vince de Yun-nan a de fort bons Eléphans. 
(d) Angl. & des Onces. R. d. E. 

(e) Du Halde, pag. 14. 324. 

(f) Angl. foixante mille. R. d. E. 

(g) Navarette, pag. 37: 


(a) Magalhaens, pag. 143. 

(b) Du Halde, pag. 314, & fuiv. 

(c) Les Lions font fi peu connus des Chi- 
nois, que les peintures qu’ils en font ne font 
pas reffermblantes; d’où Magalhaens conclut 
que Marco-Pololes a confondus avecles Léo- 
pards lorfqu’il affure qu’il s'en trouve à la Chi- 
ne, La defcription qu'il en fait au quatorzième 


ne vire 
gré le 
bitans 
LEs 
ce de 
à-dire, 
& la ba 
On n'a 
f l'on & 
qui les 
tent to 
fort étr 
maux, 
te Prov 
ferve fe 
dit-il, d 
la groffe 
à-dire, 
vaux qu 
La fe 
qui ne fe 
que les d 
leurs Paï 
abondan 
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nois ont 
trême & 
pagne (! 
Maïs: 
tention. 
pas plus 
tes d'un 
paroît f 
aule, q 
ndienne 
a le col 
poil épai 
fois d’ur 
ge de nc 
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L'aAu” 


uffes, les 
y voit pas 
moutons , 

à la Chi. 


, ilnefe 
 perfuadés 
fi la Chine 
nt, 1l pa- 
appellent- 


ais encore 
roire com- 
toit à Na- 
"roupes de 
ux s'ils ne 
es années 
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Chine fe- 
n de voir, 
) Ordre lui 
uteur d’un 
ser fur fes 
1 bois voi- 
es qui ne 
- titre & 
jour dans 
es s’appro- 
buffant des 
murs. Ce- 
s prendre, 


rs Chinois 
du Cheval 
elles d’un 
rivières au 
, dans le 
ritoire de 
nimaux fe 
yerférent , 

ne 


mê ce foup- 
que la Pro- 
Eléphans, 


, Le 


DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VIL 387 


ne virent rien qui en approchât, & n'en entendirent pas même parler, mal- 
gré le foin qu'ils apportèrent à fe procurer des informations, & celui des Ha- 
bitans à leur montrer tout ce qui méritoit leur curiofité (h). 

Les Ours font fort communs à la Chine. Il s’en trouve, dans la Provin- 
ce de Chang-tong, une efpèce que les Chinoïs nomment Hyang,jin (i), c'eft- 
a-dire, Hommes-Ours. Ils marchent fur deux jambes. Ils ont la face humai- 
& la barbe d’un bouc. Ils grimpent fur les arbres pour en manger le fruit. 
On n’a point à fe plaindre de leur férocité, lorfqu’on les laiffe en paix. Mais 
fi l'on excite leur colère, ils defcendent furieufement , ils tombent fur ceux 
qui les irritent, & les frappant deux ou trois fois avec la langue, ils empor- 
ent toute la chair qu'ils touchent.  L’Auteur avoue que ce récit doit paroître 
fort étrange. Cependant le Père Antoine Santa Maria, qui avoit vû ces ani- 
maux, & le Père Jean Balat, Jéfuite, quiavoit pañlé plufieurs années dans cet- 
te Province, lui en rendirent plufieurs fois témoignage (k). Du Halde ob- 
ferve feulement que ce que les Chinois rapportent du Zin-hyng, qui fe trouve, 
dit-il, dans les déferts de la Province de Chen-fi, ne doit être entendu que de 
la groffeur extraordinaire de ces Ours; comme l’animal nommé Mu-lu, c’eft- 
à-dire, Cerf-cheval, n’eft qu’une efpèce de Cerf, de la hauteur des petits che- 
vaux qu'on appelle Chuen-ma dans les Provinces de Se-chuen & de Tun-nan. 

LA feconde de ces deux Provinces offre aufli une efpèce fingulière de Cerfs, 
qui ne fe trouve dans aucun autre Pays. Ils ne deviennent jamais plus grands 
que les chiens ordinaires (7). Les Princes & les Seigneurs en nourriffent dans 
leurs Parcs, comme une curiofité (#:). La Chine a des ânes & des mulets en 
abondance. Elle ne manque pas non plus de bons chevaux. On y en ame- 
ne continuellement des Pays à l’Oueft; mais ils font tous coupés. Les Chi- 
nois ont quantité de bidets, parmi lefquels il s’en trouve d’une petitefle ex- 


trême & d’une fort belle forme. Leurs felles différent un peu de celles d’'Ef 
agne (n). 

; ae », Chine a deux quadrupedes qui méritent particulièrement de l’at- 

tention. Le premier eft une efpèce de chameau ou de dromadaire, qui n’eft 

pas plus grand qu’un cheval commun, & qui.a fur le dos deux boffes couver- 


tes d'un poil fort long; ce qui forme une forte de felle. La bofle du devant 
paroît formée par l’épine du dos, & par la partie fupérieure de l'os de l’é- 
aule, qui s'étend en arrière, à-peu-près comme l'excrefcence que les vaches 
ndiennes ont fur les épaules. L'autre boffe touche à la croupe de l'animal. I] 
a le col plus court & plus épais que les chameaux ordinaires | couvert d’un 
poil épais, de la longueur de celui des chévres. La couleur en eft quelque- 
fois d’un brun jaunâtre; & quelquefois elle tire fur le rouge avec un mélan- 
ge de noir. Ses jambes ne font pas fi longues, ni fi menues à proportion, 
ue celles du chameau ; ce qui paroît le rendre plus propre à porter des 
ardeaux. | 
L’auTRE animal eft une efpèce de chevreuil, que les Chinois nomment 


H:isrotre 
NATURELLE 
DE LA CHIN£. 


Hommes- 
Ours, 


Petits Cerfs 
de Yun-nan. 


Deux qu- 
drupedes fin- 
guliers, 


Petit chæ- 
MmEAU, 


Chevreuil 


Hyang-chang-tfe s  mufqué. 


Du Halde, pag. 14. 


(b) la Guinée a de ces petits Cerfs. 
(i) Cet Auteur écrit Fin-byung. 

CR) 

(QD) 


(m) Du Halde, pag. 14. 
Navarette, pag. 38. (n) Navarette, pag. 39. 


On a vù, au Tome V, pag. 325. que 
Ccc 2 


HisToirre 
N'ATURELLR 
DE LA CHINr, 


Comment il 
produit le 
Inufc, 


Il fe nourrit 
ferpens. 


Preuve qu’il 
vit de la chair 
desferpens. 


Sa figure. 


388 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Hyang-chang-tfe, c'eft-à-dire, le Chevreuil odoriférant (o). 11 fe trouve non- 
feutement dans les Provinces Méridionales, mais jufques dans la chaîne de 
montagnes qui eft à quatre ou cinq lieuës de Peking du côté de l'Oueft. C’eft 
une forte de Daïm fans cornes { p)» dont le poil eft noirâtre. Son petit fac 
à mufc eft compofé d’une peau fort mince, revêtu de poil extrémement fin. 
La chair en eft fort bonne & fe mange aux meilleures tables. Un Miflionaire 
Jéfuite étant dans l’éxercice de fes fonétions au milieu des mêmes montagnes, 
on lui apporta un mâle & une femelle de cette efpèce d'animaux, qui étoient 
encore Chauds & faignans. !l acheta le mâle pour un écu; fans permettre 
qu'on en retranchât le mufc, car on n’achete quelquefois que lachair. De peur 
que le mufc ne s’évaporût, il fit couper auffi-tôt le fac, dont il fit lier l’ouver- 
ture avec de la ficelle. Ceux qui ont la curiofité de le vouloir garder ne man. 
quent point de le faire fécher foigneufement. 

Le mufc s’engendre dans l’intérieur du fac, & s'attache à l’entour comme 
une efpèce de fel. On en diftingue deux fortes, dont le plus précieuxeft celui 
qui eft en grains & qui s'appelle Teu-pau-bvang. L'autre, qui fe nomme Thi. 
byang, eft moins eftimé, parce qu'il eft trop petit & trop fin. La femelle ne 
produit pas de mufc; ou du moins la fubftance qui fe trouve dans fon fac n’a 
pas l'odeur du mufc, quoiqu'elle en ait l'apparence. On apprit au Miffionaire 
que la nourriture ordinaire de cet animal eff la chair des ferpens. De quelque 
groffeur qu’ils puiflent être, il les tue facilement, parce qu'à certaine diftance 
ils font tellement faifis de l’odeur dumufc, que, s’affoibliffant tout-d'un-coup, 
ils ne peuvent plus fe remuer. Ce qui paroît beaucoup mieux prouvé, c’eft 
que les payfans, en allant au bois ou en faifant du charbon dans les monta. 
gnes, n'ont pas de moyen plus sûr pour fe d'Hone de ces ferpens, dont la 
morfure eft extrémement dangereufe, que de porter für eux quelques grains 
de mufc. Avec cet antidote, 1ls dorment tranquillement für l'herbe après leur 
dîner. ra 

C& qui arriva au même Miffionaire, en retournant à Peking, femble con. 
firmer que la chair des ferpens eft la principale nourriture du chevreuil muf. 
qué. Ayant fait préparer pour fon fouper quelque partie de cet animal, il fe 
trouva parmi les convives un Chinois qui haïfloit les ferpens jufqu’à fe trouver 
mal lorfqu’on en parloit dans fa préfence. Comme il ignoroit ce qui-lui étoit 
préfenté, le Miffionaire fe difpenfa de lui en parler, & fe fit au- contraire un 
plaifir d’obferver fa contenance. Le Chinois prit du chevreuil, comme les au- 
tres, dans le deflèin d’en manger; mais à peine eneut-il mis un morceau dans 
fà bouche, qu’il féntit fon eftomac fe révolter. En un mot ilne voulut plus tou- 
cher t cette viande, tandis que tous les autres en mangeoïent de fort bon ap- 

etit (q). A 
F NaAvarETT» neus apprend qu'il fe trouve un grand nombre de ces ani- 
maux mufqués dans les Provinces de Chen-cheu-fi & de Chan-fi, où ils portent 
le nom de Che. Suivant la deftription des Auteurs Chinois, ils ont le corps 
d’un petit Daim, & le poil d'un Tygre ou d’un. Ours, Lorfqu'ils font preffés js 
À ; es: 


(Co) Hyang fignifie proprement odeur déu- (p) Onl’appelle dans cesmontagnes , Dai. 
ce, ais il emporte auffi odoriférante lorfqu’il  odoriférant. t' 
eft joint avec un fubftantif; car il devient. a- (4) Du Halde, pag. 15: & 324 
Jors adjectif. 


criptic 
LE 
me La 


tes. ê 
gues 
march 


qu'une 
Chinoi 


ve dar 
Bouc ; 
préter 
n'en p 
nois & 
nous à 
ce de 
Il ajoû 
n'y pe 
criptic 
finge. 


rouve non: 
a chaîne de 
Jueft. C'eft 
on petit fac 
1ement fin. 
Mifionaire 
montagnes, 
qui étoient 

permettre 
ir. De peur 
lier l’ouver- 
ler ne man. 


our comme 
ux eft celui 
omme Thi- 
femelle ne 
fon fac n’a 
Miffionaire 
De quelque 
ne diftance 
d'un-coup, 
ouvé, c’eft 
les monta. 
ns, dont la 
ques grains 
e après leur 


emble con- 
vreuil muf. 
imal, il fe 
fe trouver 
qui-lui étoit 
ontraire un 
nme les au- 
jrceau dans 
ut plus tou- 
rt bon ap- 


de ces ani- 
ils portent 
nt le corps 
preflés par 

les: 


gnes, Dai. 


À. 


DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. VIL 389 


Jes Chaffeurs, ils grimpent fur les rochers, & mordent le petit fac mufqué qui 
contient le mufc,; pour éviter le péril en détruifant leur tréfor. Mais cette 
morfure leur caufe la mort. Cerécit, ajoûtel’Auteur, s'accorde avec l'opinion 
publique. | 

Le même Voyageur raconte qu’on trouve dans les mêmes Provinces un au- 
tre animal, auquel il ne manque que le fac à mufc' pour reffembler au précé- 
dent (r). Il fe vend, dit-il, pour fervir de nourriture commune, & les Mif- 
fionaires eurent la curiofité d'en acheter un, en retournant de Peking à Can- 
ton. Sa chair jette une odeur fi forte lorfqu’elle eft rôtie, que toute la Barque 
en futparfumée. Au goût, on l’auroit prife pour une préparation de mufc.  Ce- 
pendant elle ne leur revolta point l’eftomac; mais ils fentirent que pour peu 
que l'odeur eut été plus forte, il ne leur auroit pas été poffible d'en manger. 

Les Chinois vantent beaucoup la Licorne, dans leurs difcours & dans leurs 
écrits. Ils’ la regardentcomme un augure de profpérité. Ils la repréfentent fort 
belle; & leurs Auteurs affürent qu’elle a le ventre d'un daim, le pied du che- 
val, & la queue de la vache. Ils lui attribuent cinq couleurs différentes. Elle 
a, difent-ils, le ventre jaune. Sa corne eft haute de deux pieds & couverte 
de chair. C'eft un animal fort doux & l’emblême de lafélicité. Mais cette def- 
cription, ajoûte Navarette, a trop l'air de la fable du Phœnix. 

Le même Voyageur parle de deux animaux fort étranges. L'un, quifenom- 
me Lang, a les jambes de devant fort longues & celles de derrière fort cour- 
tes. Au-contraire, l’autre, nommé Pwey ou Poy a celles de derrière fort lon- 
gues & celles de devant fort courtes. Comme ces deux animaux ne peuvent 
marcher feuls, ils fe joignent enfemble (5) & ne compofent en quelque façon 
qu'une feule bête, qui fe remue par le moyen des quatre longues jambes. Les 
Chinois donnent le nom de Lang-pey aux pauvres miférables qui ne peuvent ga- 
gner leur vie par le travail, comme pour fignifier qu’ils ont befoin de l’afliftan. 
ce d'autrui. ; 

ON nomme encore, entrelesanimaux extraordinaires, le ang, quifetrou- 
ve dans les montagnes de !a Province de Nan-king. Sa forme eft celle d’un 
Bouc; mais quoiqu'il ait un nez & des oreilles, il n’a pas de gueule, & l'on 
prétend qu’il fe nourrit d'air (+). Il faut obferver néanmoins que Navarette 
n’en parle pas fur le témoignage de fes propres yeux, mais fur celui des Chi- 
nois & de leurs Livres, quoiqu'il paroifle d’ailleurs perfuadé du fait. Du Halde 
nous avertit que les Miffionaires ne purent fe procurer une éxaéte connoiffan- 
ce de tous les animaux rares qui fe trouvent dans les montagnes de la Chine. 
Il ajoûte que ce que les Chinois racontent de plufieurs a l'air fi fabuleux qu’on 
n'y peut donner aucune confiance. À l'égard du Sin-fin, il croit, fur la def- 
cription qu'on en fait dans toute la Province de Se-chuen, que c’eftune forte de 
finge. On le repréfente de la grandeur d’un homme médiocre. Il a.plus de 
reffemblance que les autres finges avec l’efpèce humaine, foit par fesaétions, 
foit par la facilité avec laquelle il marche fur fes pieds de derrière (v). 


Cr) Il paroît que c'eft ici la feinelle des a- 
nimaux de la même efpèce. 

(s) Malheureufement les Auteurs n'ex- 
pliquent pas la poffibilité de cette marche, 
& l'an. ne voit pas trop qu’elle puilfe être 


conçûe. 

(&) Defcription de la Chine par Navarette.. 
pag. 38. & fuiv. 

Qu) Chine du Père du Halde, pag. 14, 


Ccc 3 


_HrsToinre 
NATURELLE 
pe LA CHINE. 


Autre ani- 
ral mufqué, 


Licorne de 
la Chine. 


Deux ani- 
maux fort é- 
tranges. 


Le Jang, 2° 
ninal qui vit. 
d'air. 


L'homme: 
{inge.. 


G VL. 


HISTOIRE 
NATURELLE 
nu LA CHINE: 


Combien la 
Chine a de 
* poiffons. 


Cominent le 
fray de poiffon 
fe tranfporte 
& fe nourrit. 


Marfouins 
de rivière. 


Le poiffon 
ariné, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ç. V I. 
Poif]n d'eau douce. 


| és Chine offre une prodigieufe abondance de poiflons. Les Rivières, les 
lacs, les étangs & les canaux mêmes en font remplis. Il fourmille juf- 
ques dans les foffés qu’on creufe au milieu des champs, pour conferver l’eau 
qui fert à la produétion du riz. Ces foffés font remplis de fray. ou d'œufs de 
poiflons , dont les Propriétaires des champs tirent un profit confidérable. On 
voit tous les ans, fur la grande Rivière de Yang-tfe-kyang , à peu de diftan- 
ce de Kyen-king-fu dans la Province de Kyang-fi, un nombre furprenant de 
Barques, qui fe raflémblent pour acheter de ce fray. Vers le mois de May 

les Habitans du Pays bouchent la Rivière en plufieurs endroits, dans l'efpace 
de neuf ou dix lieuës, avec des nattes &-des claies, qui ne laiffent d’ouver- 
ture que pour le paflage d'une Barque, afin d'arrêter le fray qu'ils fçavent 
diftinguer au premier coup d'œil, quoique l’eau n’en foit prefque point alté- 
rée. {ls rempliflent des tonneaux d’un mélange d’eau & de fray, pour les 
vendre aux Marchands qui les tranfportent en diverfes Provinces , avec l'at- 
tention de remuer cette eau de tems en tems. Cette eau fe vend par mefure 
à ceux qui poflédent des étangs. Dans l’efpace de peu de jours, le jeune 
fray commence à paroître en petits bancs; & dans cette petitefle qui le rend 
prefqu’imperceptible on le nourrit de lentilles de marais, ou de jaunes d'œufs, 
à peu près comme on élève en Europe les animaux domeftiques. Le gros 
poiflon fe conferve avec de la glace. On en remplit de grandes barques, 
dans lefquelles on le tranfporte jufqu’àa Peking. Le profit monte quelquefois 
au centuple de la dépenfe, parce que le Peuple fe nourrit prefqu'unique- 
ment de poiflon. On en tire des Rivières & des Lacs pour peupler les ca- 
naux. Ilen vient aufi de la Mer, qui remonte affez loin dans les Rivières. 
On en prend quelquefois de très-gros à plus de cent cinquante lieuës de la 
Côte (4). 

Dans la Rivière du Yang-tfe-kyang, à plus de foixante lieuës de la Mer, 
on voit des marfouins , que les Chinois nomment Xyang-chu, c’eft-à-dire, 
Porcs de Rivières. (b). Ils font plus petits que ceux de l'Ocean; mais ils 
nagent en troupes, au long des rives, avec les mêmes fauts & les mêmes 
évolutions (c). Enfin l’Europe a peu de poiflons qui ne fe trouvent à la 
Chine. Les lamproies, les carpes , les foles, les faumons, les truites, les 
efturgcons y font communs. Elle en a quantité d’autres qui nous font incon- 
nus & dont le goût eft excellent. Mais l'attention des Miflionaires étoit fi 
remplie:par leurs occupations Géographiques, pendant le voyage qu'ils firent 
dans les Provinces, qu'ils n’eurent pas de loifir de refte pour obferver tou- 
tes les différentes efpèces dont on leur fit la defcription. Ils s’arrétèrent feu- 
lement à quelques-uns, qui leur parurent les plus remarquables. Tel fut le 
Cho-kya-yu,; c’eft-à-dire, le Poiffon armé, ainfi nommé, parce que fon dos, fon 
ventre & fes côtés font couverts d’écailles pointues, qui font placées de 

ur 


(a) Du Halde, pag. 19 & 315. (c) Du Halde, pag. 354 
(b) Voyez ci deflus, 


fur l’au 
enviro 
me. 
DA 
le Poil] 
fes deu 
prendro 
près des 
on en p 
Uxc 
de Mer 
gucres [ 
viéres oO 
river de 
de poiffd 
coniom 
ce de F« 
ui fe 
on abo 
de granc 
miflion d 
achetent 
calle fur 
pendant 
DEP 
quantité 
Kyang-n 
Jaune, f 
par la di 
eft entré 
le. vendi 
marché. 
ON p 
kyang, V 
lieuë de 
jaune. 
cens livr 
dans cer! 
Lac de 
La m 
que les ( 
pars un 
grofe qt 
Ifle voi 
Mar: 


(4) Le 
(e) Ou 


ères, les 
mille juf- 
rver l’eau 
l'œufs de 
able. On 
je diftan- 
enant de 
de May, 
; l’efpace 
d'ouver- 
s fçavent 
int alté- 
pour les 
ivec l'at- 
r mefure 
le jeune 
li le rend 
s d'œufs, 
Le gros 
barques , 
elquefois 
q'unique- 

les ca- 
ivières., 
ës de la 


la Mer, 
-a-dire, 
mais ils 
mêmes 

ent à la 
ites, les 
t incon- 
étoit fi 
ils firent 
er tou- 
ent feu- 
] fut le 
dos, fon 
es l’une 
far 


DE LA CHINE, Liv. Il Crnar. VII. 30 


fur l’autre en lignes droites, comme les tuiles du toît d’une maifon. II pèfe 
environ quarante livres. C'eft un poiffon admirable & d’une blancheur extré. 
me. Son goût reflemble affez à celui du veau. 

Dans les tems calmes on prend un autre poiffon fort délicat, qui s'appel- 
le Poiffon farine, à caufe de fa blancheur extraordinaire; fans compter que 
fes deux yeux, qui font noirs, fe trouvent renfermés dans deux cercles qu'on 
prendroit pour de l'argent fort luifant. On en voit des bancs fi prodigieux, 
près des Côtes Maritimes de la Province de Kyang-nan, que d'un coup de filet 
on en prend quelquefois quatre quintaux. 

U x des meilleurs HU qui fe trouvent à la Chine reffemble à la brême 
de Mer. On le prend dans la quatrième & cinquième Lune. Il ne fe vend 
guères plus d’un fol la livre; & le double, au plus, à vingt lieuës des Ri- 
vières où il fe prend. Lorfque le tems de cette pêche eft paflé, on voit ar- 
river des Côtes de Che-kyang de grandes Barques chargées d’une autre efpèce 
de poiffon frais, qui reflemble à la morue de ‘Terre-neuve. Il s’en fait une 
confommation incroyable dans la faifon qui lui eft propre, depuis la Provin- 
ce de Fo-kyen jufqu à celles de Chan-tong, outre une quantité prodigieufe 

ui fe vend falée dans le lieu même de la pêche. Ce qui doit faire juger de 
on abondance, c’eft qu’il fe donne à vil prix, quoique les Marchands faflent 
de grands frais pour s’en procurer. Ils font d’abord obligés d'obtenir la per- 
million des Mandarins pour ce commerce. Enfuite, louant une Barque, ils 
achetent le poiflon aufñfi-tôt qu'il eft forti de l’eau, & le mettent à fond de 
calle fur des couches de fel, qui fervent à le conferver dans le tranfport, 
pendant les plus grandes chaleurs. 

Depuis la fixième Lune jufqu’a la neuvième, on apporte aufñli un grande 
quantité de poiflon falé des Côtes Maritimes. On trouve dans la Province de 
Kyang-nan un fort gros poiflon, qui, venant de la Mer ou de la Rivière 
Jaune, fe jette dans de vaftes plaines qu'on a pris foin de couvrir d’eau. Mais, 
par la difpofition du terrain, on peut la faire écouler aufñli-tôt que le poiffon y 
eft entré; de forte que demeurant à fec il eft pris facilement. On le fale pour 
le. vendre aux Marchands , qui en chargent leurs Barques à très-bon 
marché. 

ON prend toutes fortes d’excellent poiflon dans la Rivière de Yans-tfe- 
kyang, vis-à-vis la grande Ville de Xyen-kyang-"* , où elle a plus d’une dem: 
lieuë de largeur; mais on y diflingue entr’aut: .: 1e Æ7’hang-yu ou le Poiffen- 
jaune. Sa groffeur eft extracrdinaire. Il s’en trouve qui pèfent jufqu’à huit 
cens livres. La chair en eft ferme & d’un goût exquis. On ne le prend que 
dans certaines faifons, lorfqu’il pafle du Tong-ting-bu, qui fe nomme aufli le 
Lac de Ÿan-cheu, dans cette Rivière (d). . 

La même Rivière a, près de Nan-king, une fameufe Pécherie d’alofes, 
que les Chinois nomment Che-yu. La pêche s’y fait aux mois d’Avril & de May. 
Dans un autre endroit, mais aflez éloigné de Nan-king , on prend une fi 
grofle quantité du même poiflon, qu’on le tranfporte fouvent a Tfong-ning, 
Îfle voifine, où il fe vend à trés-vil prix. 

Mais le plus remarquable de tous ces poiflons eft le Xin-yu ou le (e) Poiffon 


HrerTorre 


NATURELLE 


DE LA Caine. 


n 


Poifon fari- 
Ce 


Brême Chi- 


noife, 


0 


Poiffon falé 
e Mer. 


Le Whang- 


yu,oule poi- 
fon jaune, 


Pécherie 


d’alofes. 


Le Kin-yu ou 


d'or la dorade. 


(4) Le même, pag. 315. 
(e) Ouf l’on veut, la Dorade; car c'en eft une efpèce. R, 4. T. 


Hrsrotrne 
NATURE. LE 
DE LA CHINE, 


Comment el- 
les fe nourrif- 
fent en hyver. 


D'où elles 
viennent. 


Leur figure. 


Précautions 
péceffaires 
pour les con- 

èrver, 


899 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


\ e nourrit, foit dans de petits étangs faits pour cet ufage, qui fervent 
Pas aux maifons de A des Princes & des Seigneurs, foit dans des 
baffins plus profonds que larges. On le prend auffi petit qu'il eftpoñible, parce 
que le plus petit pafle pour le plus beau & qu'on en peut nourrirun plus grand 
nombre. Les plus jolies dorades Chinoifes font d'un beau rouge, comme ta- 
cheté de poudre d’or, fur-tout vers la queue, qui fe termine en fourche par 
deux ou trois pointes. Quelques-unes font de couleur d'argent; d'autres font 
blanches; d’autres marquetées de rouge (f). Les deux efpèces font égale- 
ment vives & aétives. Elles fe plaifent à jouer fur la furface de l'eau. Mais 
elles font fi délicates que la moindre impreflion de l'air en fait mourir un rand 
nombre. Dans les étangs, les dorades font de différentes grandeurs. 1] s’en 
trouve de plus groffes que les plus grandes Pelamides (g). On les accoutume 
à gagner le foramet de l'eau, au bruit d’une creffelle dont on fe fert pour leur 
donner à manger. La meilleure méthode pour les conferver eft de ne leur 
rien donner en hyver. 1l eft certain que pendant trois ou quatre mois on ne 
les nourrit pas à Peking, c'eft-à-dire, pendant toute la durée da grand froid. 
On n'expliqueroit pas facilement de quoi elles vivent fous la glace ; à moins 

u’elles ne trouvent de petits vers dans les racines des herbes qui croiffent au fond 

es étangs, Ou que ces racines mêmes, amollies par l'eau , ne deviennent 
propres à leur fervir d'aliment. Souvent, la crainte qu'elles ne foient in- 
commodées du froid les fait prendre dans les maifons, où elles font gardées 
foigneufement dans des vafes de porcelaine, mais fans aucune nourriture. 
Vers le printems on les remet dans leurs baflins. Les perfonnes du plus haut 
rang prennent plaifir à les nourrir de leur propre main, & pañlent quelques 
heures à obferver l'agilité de leurs ouvemens. 

Ce poiflon, ou du moins le plus joli de fon efpèce, fe prend dans un Lac 
de la Province de Che-kyang, près de la grande Ville de Chang-wha-hyen, 
dans le diftriét de Han-cheu-fu, au pied de la Montagne de Tfyen-king. Ce. 
pendant, comme ce Lac a peu d'étendue (h), il n'eft pas vraifemblable que 
toutes les dorades de la Chine viennent de-là, fur:tout celles de QuAng-tong 
& de Fo-kyen, deux Provinces où la propagation s'en fait heureufément Qi). 

Suivant le Père le Comte, la longueur ordinaire de ces dorades eft d’un 
doigt. Elles font d'une grofleur proportionnée, & trés-bien faites dans cette 
petite taille. Le mâle hf d’un beau rouge, depuis la tête jiqu à plus de la 
moitié du corps. Le refte, en y comprenant la queue, eft doré, & d'un 
luftre fi éclatant, que nos plus belles dorures n’en approchent point. La fe. 
melle eft blanche. Sa queue & quelques autrés parties du corps reffemblent 
parfaitement à l’argent. En général, la queue des doradés n’eft pas unie & 
plate comme celle des autres poittne d is ns a forte de touffe, lon- 

paille, qui ajoûte queique chofe à leur beauté. | 
ere “Fañins pa leur fivent dhshiiations font grands & profonds. L’ufa- 
ge eft de mettre au fond de l'eau un pot de terre renverfé & percé de ls 


perc fau’ellles d’un doigt de longueur, les plus jolies fe ven- 
(f) Elles perdent leur Jluftre lorfqu’e di ir 
font mortes, comme on l'a remarqué dans dent trois ou q , PNR 
sr i été n Angle- b) Il n’a pas plus de deux cens arpens, 
queue unes qui ont été apportées e [4 6 1) Du Hide Mas be 
(à) Quoiqu'elles n'aient prefque jamaisplus 


L 


de reffen 


qu'elle 
tefle ef 
la préc 
Ainfi le 
vertes, 
de lieu 
main, 
en lang 
attaché: 
tranfpo 
teur ob! 
fondre « 
qu'elles 
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aiment | 
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de foin; 
leil, juf 
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Ja plûpai 
gent. ( 
roître. 
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2. 
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3. Le 


4. O 
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5. LE 
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PTIT. 


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and froid. 
, à moins 
nt au fond 
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nt gardées 
lourriture. 
à plus haut 
t quelques 


ns un Lac 
wha-hyen, 
ing. Ce- 
blable que 
uang-tong 
ement (i). 
les eft d’un 
dans cette 
plus de la 
s, & d'un 
nt. La fe. 
effemblent 
as unie & 
buffe, lon- 


as. L’ufa- 
trous, afin 
qu'elles 


jolies fe ven- 


ns arpens, 


DE LA CHINE,Laiv.lIl Crar. VIl. 393 


qu'elles puiffent s’y mettre à couvert de la chaleur du Soleil; car leur délica- 
teffe eft extrême. C 1: change l’eau deux ou trois fois la femaine; mais avec 
la précaution de faire entrer l'eau fraîche à mefure que l'ancienne s'écoule. 
Ainfi le baffin n’eft jamais à fec. On jette aufi fur la furface certaines herbes 
vertes, qui entretiennent la fraîcheur. Lorfqu'on eft obligé de faire changer 
de lieu au poiflon, l'attention elt extrême pour ne les pas toucher avec la 
main, parce qu’elles ne manqueroient pas d'en mourir ou de tomber du moins 
en langueur. On les prend par degrés avec un petit filet dont l'ouverture eft 
attachée autour d'un cerceau ; & d’un tiffu fi ferré, qu'on a le tems de les 
tranfporter dans l’eau fraîche avant que la vieille foit tout-à-fait écoulée. L’Au- 
teur obferva, fur Mer, que chaque fois qu’on tiroit le canon & qu'on faifoit 
fondre du goudron ou de la poix, il en mouroit toûjours quelques-unes. Quoi- 
qu’elles vivent prefque de rien, ceux qui font chargés de les nourrir leur jet- 
tent de tems en tems de petites piéces de pâte. Mais rien ne leur eft fi bon 
que les oublies, qui forment, en fe détrempant, une forte de papin qu'elles 
aiment beaucoup. 

Dans les Régions chaudes de l'Empire, elles multiplient exceffivement, 
pourvû que le fray qui nâge fur la furface de l’eau foit enlevé avec beaucoup 
de foin; fans quoi elles le dévorent. On le met dans un vafe expofé au So- 
leil, jufqu’a ce que la chaleur ait animé les jeunes dorades. Elles paroiffent 
d’abord tout-à-fait noires, & quelques-unes confervent cette couleur. Mais 
Ja plûpart deviennent par degrés, rouges ou blanches, couleur d’or ou d’ar- 
gent. C'eft à l'extrémité de la queue que l'or & l'argent commencent à pa- 
roître. Ils s’étendent plus ou moins vers lé” milieu du corps, fuivant la na- 
ture particulière de chaque dorade (k&). ‘ 

Les Mifionaires fe procurèrent les informations fuivantes de quelques Chi- 
nois qui faifoient'le commerce de ces petits poiflons, & qui en retiroient de- 
quoi vivre honnêtement. 

1. CE n'eft pas la couleur blanche ou rouge qui diftingue le mâle de la fe- 
melle. On connoîtles dorades femeiles à plufieurs petites taches blanches qu’el- 
les ont autour des ouies, & aux petites nâgeoires qui font près des mêmes 
parties. Ces endroits au-contraire font fort luifans dans les mâles. 

2. QUuorQuE la longueur des dorades ne foit ordinairement que d’un doigt, 
on en voit de la grofieur & de la longueur des plus, gros harangs. 

g. LEUR queue, qui eft ordinairement en forme de touffe, ne laifle pas 
de reffembler quelquefois à celle des autres poiflons. 

4. OUTRE les petites boules depâte, on leur jette des jaunes d'œufs durs, 
ou du maigre de porc féché au Soleil & réduit en poudre très-fine. On met 
quelquefois des limaçons dans leurs bafins. La glue qui s’attache aux parois 
eft une nourritureexcellente, qu’elles enlevent avec beaucoup d'avidité. Elles 
n'aiment pas moins certains petits vers rougeâtres, qui fe trouvent dans l’eau 
de quelques réfervoirs. 

5. LEs dorades multiplient rarement lorfqu’elles font renfermées dans un 
vafe. Elles y font trop à l’étroit. Pour la propagation, il faut les mettre dans 
des réfervoirs d’eau courante, qui ayent quelques endroits RER . 

, LEAU 


(k) Le Comte, pag. 113. Du Halde, 315. 
PIIT. Part. Ddd 


HtsTorne 
NATURELLE 
b£ LA Cine, 


Comment 
elles multi- 
plient. 


Avis Chinoi? 
pour la'con- 
fervation des 
dorades. 


TH. gd: Da GE ts Lg 2 ou Sa» ane hic 3 Ne robé GP P E— ad 


394 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


6. L'Eau de puits dont on remplit les vafes doit repofer cinq ou fix heures 
avant qu’on y mette les dorades. Autrement elle feroit trop crue & fort mal. 
faine. 

7. Lorsque le poiffon pu fon fray, versle commencement du mois de Mai, 
il faut jetter de l’herbe fur la furface de l'eau, afin que le fray puifle s'y atta. 
cher. Aprés ce tems, & lorfqu’on s’apperçoit que les mâles celfent de fuivre 
les femelles, on tranfporte le poiffon dans un autre lieu, & le fray doit refter 
expofé au Soleil l'efpace de trois ou quatre jours. Enfuite on en laifle pañfer 

uarante ou cinquante, au bout defquels l’eau doit étre chan ée, parce quele 
ray commence à prendre diftinétement la forme de poiflon D). 

QE ELQU'IDÉE qu'on puifle fe former des dorades, leur beauté n'approche 
pas de la laideur d'un autre poiffon qui fe nomme Hay-/eng.  C’eft néanmoins 
une nourriture fi commune à la Chine, qu’on en fert prefqu'à chaque repas. 
On voit flotter les Hay-/engs près des Côtes de Chan-tong & de Fo-kyen. Nos 
Miflionaires les prirent d'abord pour autant de mafles inanimées ; mais un de 
ces animaux, que les Matelots Chinois péchèrent par leur ordre, nâgea.fort 
bien dans lebaffin où ils le firent mettre. 11 y vécut même aflez long-tems. Sur 
ce qu’on les avoit toûjours afluré qu’il a quatre yeux & fix pieds, & que fa fi- 

ure reffemble à celle du foie humain, ils prirent la réfolution de l'éxaminer 
Aiéneufitnet. Mais ils ne découvrirent que deux endroits qu’ils puffent pren- 
dre pour des yeux, aux marques de crainte que l'animal donnoit orfqu'ils paf- 
foient la main par-devant. A l'égard des pieds, fi tout ce qui lui fert à fe mou- 
voir devoit porter ce nom, on en pourroit compter autant quil a de petits 
boutons ou de petites excrefcences autour du corps. Il eft d’ailleurs fans os & 
fans aucune efpèce de À ps Il meurt auñli-tôt qu’il eft prefté dans les mains. 
Mais un peu de fel fuffifant pour le conferver, on le tranfporte danstoutesles 
parties de l'Empire. Les Miffionaires ne le trouvèrent pas excellent, quoique 
les Chinois le regardent comme un de leurs mêts les plus délicats (m). 

Le Comte nous apprend qu'on trouve dans l’Ifle de Hay-nan un Lac ou une 
Fontaine dont l’eau pétrifie le poiffon. Ilen apporta lui-même une écrevifle, 
dont la métamorphofe étoit fi avancée qu’elle avoit déja le corps & les pattes 
fort durs & peu différens de la pierre (n). Cependant les Miffionaires qui vi. 
fitèrent toutes les Provinces de l’Empire, prétendent, fur le témoignage des 
Habitans, que l’Ifle de Hay-nan n’a pas de Lac auquel on puiffe attribuer cette 
vertu (0). Mais ils femblent reconnoître qu'entre cette Ifle & les Côtes de 
Kan-cheu dansla Province de Quan-tong, on trouve une efpèce d’écrevifle qui 
eft fujette à fe pétrifier fans perdre fa forme naturelle. Ils ajoûtent que c’eft un. 
fpécifique contre les fiévres ardentes & malignes (p). 


(4) Du Halde, pag. 316 (o) Voyez ci-deffüus. 
(m) DuHalde, 20. (2) Du Halde, pag. 20. 
(n) Le Comte, pag. 112: 


HISTOIRE: 


fix heures 
fort mal. 


is de Mai, 
fe s'y atta- 

de füuivre 
doit refter 
iffe pañler 
arce que le 


approche 
néanmoins 
que repas. 
yen. INos 
nais un de 
âgea fort 
tems. Sur 
: que fa fi- 
’'éxaminer 
Tent pren- 
qu’ils paf- 
à fe mou- 
de petits 
fans os & 
les mains. 
stoutes les 
, quoique 
Lac ou une 
écrevifle, 
: les pattes 
res qui vi- 
ignage des 
buer cette 
s Côtes de 
revifle qui 


que c'eft un. 


| ot te CET PA TITUTIU 
er ee ane HUINMEC (JNepaert , & qui paflèrent quelque-tems 
dans les terres. Mais c’eft au Leéteur à juger de la confiance qu'il doit prendre 
à leur témoignage, après l'avoir comparé avec les Obfervations dont leur 
récit fera précedé. Elles font du Pére Regis, un des Miffionaires qui fu- 
rent employés à dreflèr la Carte de la Chine, & le Père du Halde en a publié 


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HISTOIRE 


*) faux Cure 


y eft-il ja 
Pays. On 
voile, dit 
dans les ti 
à leur tén 
récit fera 
rent empl 


HISTOIRE 


G E N E R A LE 


DES VOYAGES 
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XV°. SIÉCLE. 
HUITIÈEME PARTIE. 


LIVRE TROISIEME. 


GRR D fc D ED <> QG HE GE ER MER ESS 


DESCRIPTION DE LA CORE’E, DE LA 
TARTARIE ORIENTALE ET DU TIBET. 


CHAPITRE PREMIER. 


Obfervations Géographiques & Hifloire de la Corée, par le Père Fean-Baptifte 
Regis, Féluite. 


INTRODUCTION. 


SÆAUOIQUE le Royaume°de Corée ne foit que tributaire de la 
ANNV4 Chine, fa fituation étant ä l'extrémité de l’Afie, notre métho- 
Æ\)) 9 de, qui eft d'avancer de l'EfE à l'Oueit, nousoblige de le placer, 
dans ce Recueil, avant cette partie de la ‘Fartarie qui dépend 
immédiatement de l'Empire Chinois. 
: Nos Mémoires font fort ftériles fur la Corée. Peu de Vaif- 
:) feaux Européens ont reliché fur cetie Côte. A peine aucun Hahitant de l'Oueft 
y eft-il jamais defcendu, pour tirer quelques informations des Naëur ls du 
Pays. On trouve à la vérité une Rélation de quelques Hollandoiïs, qu y firent 
voile, dit-on, d’une Ifle nommée Queipaert , & qui paflèrent quelque-tems 
dans les terres. Mais ç’eft au Leéteur à juger de la confiance qu'il doit prendre 
à leur témoignage, après l'avoir comparé avec les Obfervations dont leur 
récit fera précedé. Elles font du Pére legis, un des Miffionaires qui fu- 
rent employés à dreffer la Carte de la Chine, & le Père du Halde en a publié 
Ddd 2 l'Excrait 


On a peu de 
hières fur ie 
KRoyauine de 
la Corée, 


LL 


396 VOYAGES DANS LEMPIRE 
insrroouc- l'Extrait (a). Ce Miffionaire Géographe n’avoit pas fait le Voyage de la Co- 


TSON. rée; mais il avoit fuivi, d’une Mer à l’autre, les limites de ce Royaume du 
côté du Nord. Des trois autres côtés la Corée eft environnée d’eau, & cet- 
. » , , , 
te obfervation a vérifié qu’on s’eft trompé long-tems en la prenant pour une 
Ifle. ‘ 
D'oùlePére Recis avoit tiré fes informations fur l’intérieur du Pays, d'un Seigneur 


Si NA Tartare envoyé par l'Empereur Kang-bi au Roi de la Corée, Mais ce Député, 

tions. reflerré dans des bornes fort étroites , n'avoit pû faire des remarques bien 

confidérables. 11 ne fera point inutile, à cette occafion, de citer les termes de 

Regis. ,, Les Ambañladeurs de la Corée font peu refpeétés à la Chine, parce 

» qu'ils ne repréfentent qu'un Prince Tributaire. Ils ne font pas même pla- 

cés entre les Mandarins du fecond Ordre. On.commence par les renfer- 

mer dans leur logement; & lorfau’on leur accorde la liberté de fortir, ils 

# font environnés d’efpions, fous l'apparence de cortége. Le Seigneur Tar: 

tare, fuivant le récit des Miflionaires, n’avoit pas été beaucoup plus libre à 

la Corée. Il avoit été continuellement obfervé par des furveillans, qui com- 

.muniquoient fans cefle à la Cour chaque mot qui fortoit de fa bouche ;’ par le 

. moyen d’un certain nombre d'hommes, placés de diftance en diftance le 
long des rues {b). : 


LE 
29 


Maïs, quoiqu'un peu tard, nous concevons 
qu’il vaut micux citer ici les pages de l'origi- 
nal l'rançois, ainfi dans la fuite, quand on 
verra le Père Du Halde cité, il faut entendre 
ces citations de l'Edition Françoife, faite en 
Hollande ën 4°; & divifée en IV. Volumes, 
R. d. E. 
(b) Du Halde, Vol. IV. pag. 532. 


(a) Cet Ouvrage fe trouve dans le quatriè- 
me Tome de la Chine du Père du Halde, fous 
le titre d’Obfervations Géographiques fur le 
Royaume de Corée, tirées des Mémoires du Père 
Regis ,avec un Abregé de l'Hifloire de la Corée. 
Remarquons ici que les Auteurs Anglnis citent 
toûüjours l'Edition Angloife de la Chine de Du 
Halde; & jufques ici nous avons fuivi leurs 
citations, précédés en cela par le Traduéteur. 


f I 


à 


DescrirTion 

DE LA Ont} PPS JE é L 

Fe Obfervations Géographiques fur la Corée. 
Diversnoms T ES Chinois donnent à la Corée le nom de Xa-li, & quelquefois, dans 
Fu e0iee: leurs Livres, celui de Chau-tfyen. Les Tartares Mancheous l'appellent Suj/. 


Sesbornes& Elle a portédivers autres noms, qui font peu importans. Ses bornes, au Nord 
fon étendue, & àl'Eft, font le Pays des T'artares [ Orientaux, connus fous le nom de] 
| Mancheous. A l'Oueff elle cft bordée par la Province Chinoïfe qui fe nom- 
me Lyautong où Quan-tong, & féparée de la Tartarie Orientale par une palif- 
| fade de bois que les Chinois appellent Mu-teou-ching, c’eft-à-dire, Muraille de 
| bois. À l’Eft & au Sud, elle eft environnée de la Mer. Elle s'étend de tren- 
| te-quatre à quarante-trois degrés de latitude; & fa plus grande largeur, de 
| l'Eit à l’Oueft, eft de fix degrés. 


Comment! UN Seigneur Tartare, que l'Empereur avoit envoyé à la Corée, accompa- 
Mifionaires _gné d'un petit Mandarin du Tribunal des Mathématiques, en apporta la Car- 
qe Darvenus te du Pays, qui eft fufpendue dans le Palais du Roi. ‘Sa commuiifion l'ayant 
es conduit jufqu’à la Capitale, il mefura, par une ligne, le chemin qui mêne 

de Fong-vhang-ching à cette Ville. Comme elle eft fituée à l'extrémité Orien- 


Corée, N ; 
tale de la paliMade de Quan-tong, c'eft à l'EI de fa fituation qu cl à DURS 


la Fro: 
cheous 
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nes & 
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Sa lon, 
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Cor? 
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Kau- li. 
La C 
ou grand 
huit che 
fième ra 
King-bi, 
nomme 
Pays des 
de Mer H 


(a) Du 
€b) C'et 


de la Co- 
aume du 
, À cet- 
pour une 


Seigneur 
Député, 
ques bien 
termes de 
1e, parce 
nême pla- 
es renfer- 
fortir, ils 
neur Tar: 
us libre à 
qui com- 
he,” par le 
iftance Île 


g CONCCVON3 
es de l'origi- 
, quand on 
faut entendre 
ife, faite en 
V,. Volumes, 


532: 


ois, dans 
Ilent Soiho. 
, au Nord 


nom de ]f 


ni fe nom- 
une palif- 
furaille de 
id de tren- 
geur , de 


accompa- 
ta la Car- 
on l'ayant 
qui mêne 
ité Orien- 
à préfent 

la 


DE LA CHINE, Liv. Ill. Cuar.lI. 


la Fronticre de la Corée. Après la conquête de ce Royaume par Îcs Man- 
cheous, qui précéda celle de la Chine, on étoit convenu qu'il refteroit entre 
les deux États un efpace inhabité, qui eft marqué dans les Cartes par des li- 
gnes & par des points. Les Miffionaires trouvèrent que lFong-whang-ching 
eft à quarante degrés, trente minutes vingt fecondes de latitude du Nord. 
Sa longitude, du Méridien de Peking, fe trouve, par les mefures géometri- 
ques, de fept degrés quarante-deux minutes Eft. 

Comme l’Auteur & fes compagnons n’eurent pas l’occafion de vifiter la Côte 
Maritime, ni les parties intérieures du Royaume, ils ne donnent pas leur Car- 
te pour complette, mais feulement pour la meilleure qui ait encore été pu- 
bliée. Après avoir mefuré géométriquement toute la frontière du Nord, où 
eft la plus grande largeur de la Corée; & la partie de l’Oueft auffi loin qu’ils 
y purent pénétrer, en fixant toûjours les hauteurs, ils fe fervirent de ces fe- 
cours pour réduire les autres parties aux vrais termes de longitude. D’ail- 
leurs la mefure du Seigneur Tartare depuis Fong-whang-ching , & la hauteur 
déterminée de la Capitale du Royaume les mirent en état de proportionner 
dans leur Carte les diftances des autres Places. Les Mathématiciens Chinois 
avoient trouvé que cette hauteur étoit de trente-fept degrés, trente-huit mi- 
nutes & vingt fecondes: ce qui aflure la longueur du Septentrion au Midi, 
du moins pour cinq degrés & demi. Ainfi, avec quelques obfervations du 


Sud & de l’'Eft, on ajufteroit aflez bien la fituation de la Corée. 

Les principales rivières de cette Péninfule font le Ya-lu & le Tu-men, que 
les Chinois nomment Ta-lu-kyang & Tu-men-kyang, mais qui portent dans les 
Cartes leurs noms Mancheous de Ta-lu-ula & de Tu-men-ula; Kyang & Ula fi- 
gnifiant rivière dans les langues des deux Nations. Eiles ont toutes deux leur 
fource dans la même montagne , qui eft une des plus hautes de l'Univers. 


Les Chinois l’appellent Chang-pe-chan, & les Manchcous Chan-alin , c’eft-à- 
dire, Montagne toijours blanche. L'une coule à l'Oueft & l’autre à l'Eft. Eiles 
font toutes deux profondes, aflez rapides, & l’eau en eft excellente. Pour le 
cours des autres rivières, les Miflionaires ne les ayant pas vûes ont fuivi les 
mefures Coréennes (a). 

CETTE Région étoit anciennement habitée par diverfes Nations, dont les 
principales étoient les Més, les Kau-kyu-lis, & les Hans. La dernière com- 
prenoit les Ma-buns, les Pyen-bans & les Chin-hans. Mais, s’étant enfin réu- 
nies, elles compofèrent un feul Royaume, fous le nom de Chuut-fyen ou de 
Kau-li. 

LA Corée eff divifée en huit Provinces, qui contiennent quarante Xyur, 
ou grandes Cités (D), trente-trois Fus ou Villes du premier rang, cinquante- 
huit cheus ou Villes du fecond rang, & foixante-dix hyens ou Villes du troi- 
fième rang. La première Province fait le centre du Royaume & s'appelle 
King-bi, c'eft-à-dire, Province de la Cour. La feconde, qui eft à l'Eft, fe 
nomme X'yang-ywen, c’eft-à-dire, fource de la rivière. C'étoit autrefois le 
Pays des Més. La troifième, à l'Oueft, qui porte le nom de #ang-hay ou 
de Mer jaune, renferme une partie de l'ancien Chau-tfyen & le Pays des’ AMa- 

buis, 


(a) Du Halde, Vol. IV. pag. 529, & fuiv. 
€») C'eit peut être une erreur, aulieu de Didrid, 


Ddd 3. 


DescrirrioN 
DE LA 
ConÉE, 


Principales 
rivicres de 74 
Corée, 


Ancienne di- 
vifion du 
Pays, 


Sa livifion 
préfente en 
huit l'rovin. 
ces, 


D£sCRIPTION 
DE LA 
CorEër. 


Nom dela 
Capitale. 


Orgueil Chi- 


nois fur les 
noins, 


Maifons de 


la Corée, 


Figure & ca. 
raétère des 
Coréens, 


Leur habil- 
Jement, 


Armes, mi- 
riages, fépul- 
tures des Co- 
réens, 


398 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


bans. La quatrième nommée Ping-ngan où la Pacifique, eft au Nord & faifoit 
autrefois partie du Royaume de Chau-t/yen. La cinquième, au midi, étoit la 
réfidence des Pyen-hans, & fe nomme aujourd'hui Tfuen-lo. La fixième, au 
Sud-Oueft, eft l’ancien Ma-ban & s'appelle Chu-fin, c'eft-à-dire la fidelle & 
la pure. La feptième eft au Nord-Eift. Elle étoit l’ancien domaine des Xau- 


kva-lis. Son nom eft Æyen-king, [ou l’heureufe.] Enfin la huitième, nomméegé 


Kin-chan, toit anciennement le Pays des Chin-hans (c). 

La Capitale du Royaume porte dans les Cartes le nom de Corein de Xing- 
kyctau. Mais les Chinois la nomment Kong-ky-tau, parce qu'ils attachent trop 
dé dignité au mot Âing pour l'appliquer à d'autres Cours que celle de leur 
Empire. C'eft par la même raifon qu'ils ne donnent point aux autres Princes 
les titres de T'yen-ife, ou de Van-foui, & qu'ils les croient réfervés pour leurs 
feuls Monarques. 

Les maifons de la Corée n’ont qu'un étage, & font mal-bâties (4). Elles 
font de terre à la Campagne, & la plûpart de brique dans les Villes. Tou- 
tes les Villes Coréennes ont la forme des Vilies Chinoifes, & fcntrevêtues de 
murs dans le même goût. Mais la grande muraille, que les Coréens ont élevée 
pour défenfe contre les Tartares, ceft fort inférieure à celle de la Chine. Il ya 
plus de quatre-vingt-dix ans qu’elle tombe en ruines, parce que les armes vic- 
torieufes des Mancheous fe firent d’abord fentir à la Corée (e). 

Les Corcens font généralement bien-fairs & d’un naturelfort doux. Ilsont 
du goût par les Sciences. Ils font pañlionnés pour la danfe &la mufique. Leurs 
Provinces du Nord produifent les hommes les plus vigoureux du Royaume & 
les meilleursSoldats. Xï-1/e, dont nous parlerons bien-tôt, avoit établi parmi 
eux de fi bonnes loix, que l’adultére & le vol y étoient inconnus. Les portes 


de leurs maifons ne fe ferment jamais pendant la nuit. Quoique les révolutions 
de leur Gouvernement leur ayent fait perdre quelque chofe de cette ancienne 


innocence, on peut encore les propofer pour modèle aux autres Nations. Mais 
leur Pays eft rempli de femmes de débauche, & les jeunes gens des deux féxes 
y font trop libres (f). 

Izs font vêtus comme les Chinois l’étoient fous la race de Tay-min; c’eft. 
à-dire qu'ils portent une longue robe à grandes manches, un grand bonnet quar- 
ré, une ceinture, des bottines de cuir, de toile où de fatin (g). Leurs bon- 
nets font généralement fourrés, & leurs habits font de brocard. Les femmes 
bordent de dentelles leurs juppes de deflus & de deflous. L’habit ordinaire des 
perfonnes de qualité eft une étoffe de foie couleur de pourpre. Les Lettrés font 
diftingués par deux plumes qu'ils portent fur leur bonnet. Dans les Fêtes publi- 
ques leurs robes font richement ornées d’or & d'argent. 

Les Armesdes Coréens font des arbalêtes & de longs fabres fans aucun orne- 
ment. Ils ne prennent jamais de médécine. Les mariages fe font fans cérémo- 
nie, & fans aucun préfent nuptial. Les Princes & les Princefles du Sang fe ma- 
rient entr'eux. Les Grands imitent ces éxemples dans les familles. L'ufage 
commun de la Corée eft de conferver les morts fans fépulture pendant epaee 

e 


{e) Du Ifs'de, Vol. IV, pag. 539. 

(4) L'Auceur dit (pag. 557.) qu'elles font 
couvertes de chaune & queeles Coréens n'ont 
pas de Iits. 


(e) Du Halde, Vol. IV. pag. 531. 
(f) Tbidem. pag. 557. 
(g) JLidein, pag. 532. 


de trois 
mais fe 
‘l'ombe: 
office, 
de ceux 
mens (h 
LEU 
criture 
trine de 
peét pou 
(i). Cep 
teur aff 
qu'ils fon 
dre créat 
table l’uf 
LessS 
en trois : 
Ceux qui 
des Mini 
à chacun 
pofée. 
CHAQ 
cevoir l’A 
ne, l'Emf 
donner au 
mourant a 
fe choifit 
ce qui fuc 
des préfen 
gent. En! 
deur qui b 
permiflion 
Mandarin: 
temens en 
Les ct 
Capitaux « 
que Ifle vc 
et condan 
tonade. O 
qui leur to 


| les châtier 


Daxs 
tent fort b 


(b) Du 1 
tv, 

(5) Le m 

(&) Ouh 


& faifoit 
i, étoit la 
kiéme, au 
fidelle & 
2 des Xau- 
, nommée» 


n de Xing- 
chent trop 
lle de leur 
res Princes 


pour leurs 
d). Elles 
les. Tou- 


revêtues de 
ont élevée 
hine. Il ya 
armes vic- 


oux. Ilsont 
que. Leurs 
toyaume & 
tabli parmi 
Les portes 
révolutions 
te ancienne 
ions. Mais 
deux féxes 


in; c’eft. 
onnet quar- 
eurs bon- 
es femmes 
dinaire des 
ettrés font 
êtes publi- 


ucun orne- 
s cérémo- 
ang fe m1- 
L'ufage 

t l’efpace 
de 


531. 


DE LA CHINE, Lrv.lIl. Cnaer.l. 


509 
D 

de trois ans. Le deuil dure aufñfi trois ans pour un père & une mère, & trois 
mois feulement pour un frère. Lorfqu’on enterre les Morts, on place à côté du 


l'ombeau les habits, les chariots, les chevaux de celui qui reçoit ce dernier 
office, avec tout ce qu'il aimoit particulièrement pendant fa vie; & chacun 
de ceux qui compofent le cortége porte quelque partie de ces lugubres orne- 
mens (b). 

Leur langage cit différent de celui des Chinois, mais leurs caraëtères d'é- 
criture font les mêmes. Les deux Nations emploient des interprétes. La doc- 
trine de Confucius eft fort eftimée des Coréens, mais ils n’ont pasle mêmeref- 

cét pour les Bonzes. Ils ne fouffrent dans leurs Villes aucune forte de Pagodes 
(i). Cependant, après leur avoir attribué cette averfion pour l'Idolâtrie, l'Au- 
teur affüre quelques pages plus bas qu’ils obfervent le culte de Fo. Il ajoûte 
qu'ils font naturellement fuperftitieux ; qu’ils ont horreur d'ôter la vie à la moin- 
dre créature; qu'ils font modérés dans le boire & le manger, & qu'ils ont à 
table l’ufage des plats & des affiettes. 

Les Sçavans de la Corée s'appliquent particulièrement à la Mufique. De trois 
en trois ans on éxamine les Docteurs, les Bacheliers & les Maîtres ès Arts. 
Ceux qui font deftinés aux Ambaffades fubiffent auffi l'éxamen du Tribunal 
des Miniftres. Le Roi ne pofléde aucune terre à titre de Domaine. Onafigne 
à chacun fa portion, fuivanc le nombre des perfonnes dont fa famille eft com- 
pofée. 

CnaquEe année les Coréens envoyent un Ambaffadeur à la Chine, pourre- 
cevoir l’Almanach Chinois. Lorfque leur Roï meurt ou qu’il abdique la Cou- 
ne, l'Empereur de la Chine confie à deux de fes Grands la commiffion d'aller 
donner au Prince héréditaire le titre de Quey-vang, qui fignifie Roi. Si le Roi 
mourant appréhende quelques différends pour la fucceilion après fa mort, il 
fe choilit un héritier, dont il demande la confirmation à l'Empereur. Le Prin- 
ce qui fuccéde reçoit la couronne à genoux, & fait aux Commiffaires Chinois 
des préfens reglés par l’ufage, auxquels il ajoûte huit mille lyangs (k) en ar- 
gent. Enfüite il envoie fon tribut à l'Empereur de la Chine, par un Ambaffa- 
deur qui baïffe le front jufqu’à terre devant ce Prince; & fa femme attend la 
permiflion du même Monarque pour prendre la qualité de Reine (7). Les 
Mandarins Coréens affeétent beaucoup de gravité. Ils reçoivent leurs appoin- 
temens en riz. 

Les châtimens ont peu de rigueur à ia Corée. Des crimes qui paffent pour 
Capitaux dans d'autres Pays, ne font punis icique par le banniffement dans quel- 
que Ifle voifine. Mais un fils, qui maltraite de paroles fon père ou fa mère, 


et condamné à perdre la cête. Les fautes légères expofent le coupable à la baf- 
tonade. On jette fur la tête de ceux qui doivent fubir quelque châtiment un fac 
qui leur tombe jufqu’aux pieds, autant pour adoucir leur humiliation que pour 

| les châtier avec plus de liberté (#7 ). 
Dans tous les lieux où l'Auteur pénétra, les Proviness de la Corée lui paru- 
rent fort bien cultivées. On y fuit la méthode des Provinces Méridionales de la 
Chine. 


an) Du Halde, Vol. IV. pag. 557. € 
iv, 

(5) Le même, pag. 5932. É 
(&) Ou huit mille onces d'argent, chacu- 


ne de fix fchellinge huit fols d'Ansleterre, 
(4) Du Halde, pag. 556. € Juiv. 
(m) Le müinc, pag 558. 


Drscrrorion: 
DE LA 
CoRÉc£. 


Leur lang. 
ge & leur reli. 
gion. 


Goût de 
leurs Sçavans 
pour la mufi- 
que, 


Succeffion 
au Trône, dé- 
pendante de 
Ja Chine. 


Chitimens 
pour les cri- 
mes, 


Fertilité du 
Pays. En quoi 
confiftent fes 
riehefles, 


DiscrinTion 
DE LA 
CorÉE, 


Obfervation 
fur lafituation 
de la Capitale, 


400 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Chine. L’Auteur apprit du Seigneur Tartare que le Pays produiten abondance 
voutes les néceflités de la vie (n). Quoiqu'il foit rempli de montagnes, il eft 
d'une fertilité extraordinaire, fur-tout dans les Provinces de Ching-tfing, de 
King-chang & de Tfuen-lo. Les principales marchandifes du Royaume font le 
papier de coton, qui cft fort, & de moindre prix qu'aucun papier de la Chi- 
nc; la fameufe plante qui.fe nomme Yin-fing, l'or, l'argent&le fer, la gom- 
me d’une arbre qui reffemble au Palmier, & qui donne un air de dorure au ver- 
nis; des poules, dont la queuë a trois pieds de long ; des chevaux quin'ont que 
trois pieds de hauteur; du fel minéral, des peaux de Martre & de Caftor. 
Les Coréens font leur vin d’une efpèce de grain qu'ils nomment Panig (0). 

ON lit, dans un abregé Chinois de Chorographie , intitulé Quang-yiu-ki, 
que la Ville de Chau-tfyen, où Xi-pe faifoit fa réfidence, eft dans le territoi- 
re de Tong-ping-fu, Ville du troifième rang, qui appartient à la Province Chi- 
noife de Pe-che-li. En fuppoñfant la vérité de cette remarque, le Père Regis 
fe croit en droit de conclure que l’ancien Chau-t/yen (p) & la Corée étoient 
autrefois contigus & n'ont été féparés par un Golfe que dans la fuite des fic- 
cles. On ne peut s’imaginer , dit-il, qu’un Prince eut voulu fixer fa demeu- 
re hors de fes Etats, fur:tout dans un lieu qui en eut été féparé par la Mer. 
Cette conjecture doit paroître encore plus probable , fi l'on confidére que 
l'Empereur %, lorfqu’il entreprit il y a trois mille ans de fécher les eaux 
qui avoient inondé la partie plate du Pays, ouvrit un paflage au travers de la 
montagne, fur la frontière Méridionale de Chan-fi & de Chen-fi, pour fervir 
de débouchement au #/hang-bo, qui fépare ces deux Provinces, & qui forme 
dans ces lieux une cataraéte peu inférieure à celles du Nil. De-là il conduifit 
le même fleuve par la Province de Ho-nan; & dirigeant fon canal au long de 
Pe-che-li, il fécha le Lac de Talu , dans lequel il fe déchargeoït anciennement, 
Ce lac ravageoit par fes débordemens tout le Pays, qui renferme à préfent 
les diftriéts de Chun-te-fu, de Chau-cheu & de Ching-cheu dans la même Provin. 
ce. Alafin, pour modérer la rapidité du Whang-ho , il le divifa en neuf 
canaux, qui, fuivant l'opinion de quelques-uns, fe réunifloient, avant que 
de gagner la Mer, au pied de la montagne de Xye-che-chan , qui faifoit alors 
un Promontoire. Mais foit que tous les canaux fuffent effeétivement réunis, 
{oit que ce fût feulement le principal qui fe déchargeñt dans ce lieu, il ett 
certain, dit l’Auteur , que depuis le tems de 1% le Whang-ho s’eft détourné 
fort loin de fon ancien cours; car au-lieu d'entrer, comme autrefois, dans 
la Mer au quarantième degré de latitude, il tombe à préfent dans la Rivière 
de Whay-ho, un peu au-deflus de ÆWhag-ngan-fu ; Province de Kyang-nan, 
vers le trente-quatrième degré de latitude. Il eft remarquable aufli que la 
Montagne de Âye-che-chan , qui étoit anciennement unie au territoire de 
Yong-ping-fu, eft à-préfent dans la Mer, à cinq cens lis de cette Ville (q); 
de forte que la Mer, gagnant par degrés, a couvert enfin fous fes eaux tout 
cet efpace. 

IL eft vrai qu'on ne trouve, dans l'Hiftoire de la Chine, aucune trace de 


ce changement extraordinaire du Whang-ho, ni du débordement de la Nr 
ais 


(n) Le mème; pag. 590. nommée pars quelques Auteurs Chau-tjsen. | 
Co) Du Halie, Vol. IV. pag. 558. (g) On a dit plufieurs fois que dix lis font 
Ch) King-kitan, Capitale de la Corée, cit une lieue. 


Mais 
fenfibl 
tions 
vie d’ 
firmée 
bafTadd 
chan q 
de coq 
autre f 
ment à 
c'étoit 
nion p 
grande 
l'on vo 
dans le: 


(r) C 


ES 
4 qui 
Jefus-C: 
qui mon 
joug. X 
fit payer 
Ils fe fai 
cinquant 
les üt re 
ça mille 
re Ja Chi 
tantôt re 
tre l’occs 
en demet 
deux cen 
Com: 
calcul de 
des Coré 
Gheou, fc 
vis trop | 
Gheou , or 


(a) Cet 
nales de la 
fuivie des / 
le ne touch 


VAE 5 À EU 


abondance 
gnes, il eft 
g-tfing , de 
ume font le 
r de la Chi- 
r, la gom- 
rure au ver- 
jui n'ont que 
_de Caftor. 
’aniz (0). 
uang-yiu-ki, 
s le territoi- 
ovince Chi- 
Père Regis 
rée étoient 
iite des fit- 
r fa demeu- 
par la Mer. 
nfidére que 
1er les eaux 
ravers de la 
pour fervir 
& qui forme 
| il conduifit 
au long de 
ciennement, 
ne à préfent 
ême Provin- 
ifa en neuf 
, avant que 
faifoit alors 
ent réunis, 
lieu, il ef 
ft détourné 
refois, dans 
s la Riviére 
Kyang-nan, 
aufli que la 
erritoire de 
Ville (q); 
es eaux tout 


ne trace de 
de la Mer. 
Mais 


bau-tjyen. 
e dix lis font 


DE LA CHINE, Liv. IL Cmar. L ja 


Mais l’Auteur répond, à cette objeétion, que les altérations qui arrivent in. 
fenfiblement, & fans allarmer la nature, échappent facilement aux obferva. 
tions de l'Hiftoire. Une différence graduelle, qui fe fait dans le cours de la 
vie d'un homme, eft prefqu'imperceptible. Cette conjcéture fe trouve con- 
firmée par un éxemple de la meme nature. Chint/un-chong , dans fon Am- 
baffade au Nord du Whang-ho, obferva, dans les montagnes de Tuy-hana- 
chan qu'il eut à traverfer, que les ouvertures des Rocners étoient remplies 
de coquilles & de daifférens lits de gravier ; d'où il conclut que la Mer avoit 
autrefois baigné le pied de ces montagnes, quoiqu'elles en Mient aétuclle- 
ment à plus de cent lieuës. A la vérité Chu-ven-hing a cru plus volontiers que 


c'étoit le /Whang-ho meme qui pafloit dans ces lieux. Mais quoique fon opi- 
nion puifle etre aifément réfutée, c'eft affez qu'il paroïffe douteux fi cette 
grande étendue de Pays étoit autrefois enfevelie fous les eaux de la Mer; & 
l'on voit du moins qu'il n’y a rien à conclure du filence de l'Hiftoire Chinoife 
dans les cas de cette nature (r). 


(r) Chine du Père Du Halde, Vol. IV. pag. 559. 
(. I I. 
Hifloire € Révolutions de la Corée. 


ES Corcens furent foumis à l'Empire de la Chine depuis le tems de Ta, 

4 qui commença fon régne deux mille trois cens cinquante fept ans avant 
Jelus-Chrifl (a), julqu’à ce que latirannie de Ta-kang , de la Dynaïtie de Hya, 
qui monta fur le ‘lrûne cent foixante-neuf ans après, les força de fecouer le 
joug. Aye qui régnoit mille huit cens dix-huit ans avant l’Ere Chrétienne leur 
fit payer un tribut. Mais ils fe révoltèrent bien-tôt contre: cette oppreffion, 
Is fe faitirent même d’uné partie de la Chine. Ching-tang, qui détrôna Kye, 
cinquante-deux ans après, & qui devint le fondateur de la Dynaftie de Schunx, 
les üt rentrer dans la foûmiffion. Sous le régne de Chang-ting, qui cominen- 
ça mille cinq cens foixante-deux ans avant Jefus-Chrilt, ils attaquèrenc enco- 
re la Chine; & pendant deux cens quarante-deux ans ils furent tantôt founiis, 
tantôt rebelles, jufqu’à ce que la foibleffe de l'Empereur Pu-ting leur fit nai. 
tre l’occafion de conquérir les Provinces de Kyang-nan & de Schan tongs. Ils 
en demeurérent pofleffeurs jufqu’au régne de Tfin-chi-wang, qui les fübjugua 
deux cens quarante-fix ans avant Jefus-Chrift. 

CoMME tous ces tems font obfcurs, l’Hiftoire Chinoife, confirmée par le 
calcul des Eclipfes dont elle fait mention (2), fait commencer la Monarchie 
des Coréens par Âi-tfe. Ce Prince, ayant été renfermé dans une prifon par 
Gheou, fon neveu, Empereur de la Chine, pour lui avoir donné queijques a- 
vis trop libres, fut remis en liberté par Vu-vang, fondateur de la Dynatie de 
Gheou , onze cens vingt-deux ans avant Jefus-Chrift. Cependant Xi-tfe, ne sen 

noillant 


(a) Cette Hiftoire, qui cft tirée des An- 
nales de la Chine, n’eft pas une Relation bien 
fuivie des Affaires & des Rois de la Corée. El- 
le ne touche que ce qui a rapport à l'Empire 


VIII. Part. Ece 


Chinois, mais comme c'eft l'unique monument 
de la Corée qui foit connu, fon importance 
oblige de ne la pas négliger, 

(b) Voyez le Volume précédent, 


DéscrIPTION 
DE LA 
CoOnÉE, 


REVOLUTIONS 
DE LA 
CoxEkr. 


La Corée 
foümife aux 
Chinois. 


KRevoltes des 
ñ . 
Core S: 


Kitfe, let} 
p'éiuier Mo: 
nurque, 


RivorurTions 


race. 


DE LA 


C 


ORÉRk. 


Saxcie de 


fon régne, 


Fin de fa 


La Corée 
fous Wev 

man: à fes 
defcendans, 


Otigine du 
Pc: 


Kau kyvu it 


Fai 
cetic 


pie 


Le 


eo de 


re A 
nes ue 


Nation, 


do2 VOYAGES DANS LEMPIRE 


æ 


noilfant pas volontiers pour fon maître un Frince qui avoit chafé fa famille 
du Trône, fe retira dans le Pays de Chau-t/yen, où l'afiftance de Vu-vang 
méme le fit parvenir à la Royauté. I introduifit parmi fes füujets la politeñe 
des Chinois; & fa fagelle ayant bien-tôt affermi les fondemens de fon autori- 
té, il laiffa la Couronne à fa famille, qui en jouit jufqu'à ec que l'Empereur 
Lén-chi-whang, dont on vient de parler, réduifit Chau-tfyen à dépendre de 
Lvau-tong, mais fans en ôter la poñleffion aux defcendans de Ai-je. Ils conti- 
nucrent de gouverner, l'efpace de quarante ans, fous le titre de Zleans, ou 
de Marquis, jufqu'àce qu'un d'entr'eux nomtné Chu, reprit le titre de /'ang, 
c'eft-a-dire de Ar. 

Deux censfixans avant Jefus-Chrift, Kau-tfu, qui fe nommoit auñi Lyea- 
pang, fondateur de la Dynaflie de Æan, réunit, par fes conquêtes, les diffé- 
rens Royaumes, dont la Chine ctoit compofée, & s'en fit reconnoître le feul 
Monaïque. Mais un Chinois de la Province de Pe-ehe-li, nommé /Feyman ou 
Nyon, prit occalon de ces troubles pour fe mettre à la tete de quelques ‘l'rou- 
pes débandéces. 1 défie Chun dans plufieurs batailles; & s'Ctant établi un pou- 
voir independant dans la Corée, 1 mit fin à la race de Ai-ifè. Cet Ufurpa- 
teur fe vit rejetté plufieurs fois par divers Empereurs Chinois, auxquels il de- 
manda la confirmation de fon autorité; mais 1 l'obtnt enfin de Empereur 
Hhe;-ti, où pltot de Lva-heu, Mére de ce Monarque, qui souvernoit en fon 
nom. Lnfuite il n'eut pas de peine à réunir fous fes loix les Provinces de M4, 
de Aau-kyu-li, de Hotfiu, & touie la Corée. Environ cent dix ans avant 
l'Ere Chrétienne, Teu-tyu, fon petit-fils, ayant fait ôter la vie à Che-ho, Am- 
baladeur Chinois, l'Empereur /'w4i, nommé au Prau-u-avhanseti, fit mare 
cher contre lui fon Géncral, mais fans fuccès.  Tes-kyu eut bientôt le mal- 
hour d'étre affañiné. Ses Peuples fe foumirent à l'Empereur de la Chine, qui 
reduifit le Chau-tfyen en Province, fous le nom de Tfau-hay, & divifa Ie ref: 
te de la Corce en quatre autres Provinces , qu'il nomma Chin-fun , Li: 
ee, Lodung, & Hi-vutu. Mais lle fut réduite à deux par l'Empereur Chax- 
, dont le régne commença quatre-vingt-fix ans avant là naiflance de Jefus- 
Chrift, | 

Les Jlabitans de Kau-kyu-li étoient defcendus d'un Peuple de la ‘Fartaric 
Orientale qui fe nommoit lu-ya. Us ont attribué , comme toutes les autres Na- 
tions Idolitres, des avantures fabuleufes à leurs Heros. Une fille du Dieu 7%. 
bins-be, avant été renfermée fort étroitement par le Roi de Aau-kyu-li, ne 
lai pas de concevoir, un jour qu'elle fe trouva expofée aux rayons du Soleil. 
File mic au monde un œuf de la groffcur d'un boificau, dans lequel fe trouva 
un enfant mile qui reçut en croiffant le nom de Chimong, c'ett-a-dire de bon 
Archer. Le Roi lui donna l'Intendance de fes Ffaras.  Chu-mong eut l’adrefle 
d'engraifler les mauvais chevaux & de laïffer maigrir les meilleurs. Le Roi, 
trompe par cette rule, choifit les mauvais & lui abandonna les bons. Un jour 
qu'on étoit à la chafe, Sa Majefté permit à Chu-mong de tirer fur tout le gi- 
bier qui fe préfenteroit à lui, [tua un fi grand nombre de Daims , que le Roi, 
choqué de cette indiferétion, réfolut de fe défaire de lui. Il pénétra les inten- 
tions de fon maitre & prit la fuite. Mais, ayant été vivement pourfuivi, ilar- 
“iva fur le bord de la Rivière de Pu-fthui, qu'il défefpéra de pouvoir traverfer. 
Dans cette fituation, ils'écria: ,, Helas! Cette rivière m'empèchera-t'elle de 
, fuir, moi qui füuis de la race du Soleil & petit-fils du Dieu Z-ban-ho? À 

peine 


Î 
,* 
di 


peine 
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tu. S 
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Cu 
l'Empe 


(ce) € 
pag. 536 

(di 
ce Pays, 
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dans un 
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les ans : 
Luue. I! 
me, ha 
conceve 
fœtus d. 
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pendant 
qu'elles 


fa famille 
» Vu-vang 
la politefle 
fon autori- 
Empereur 
cpendre de 

Ils conti- 
Heans, où 
e de Jung, 


ui Zyeau- 
, les difié- 
tre le feul 
F'eyman ou 
ques l'rou- 
li un pou- 
et Ufurpa- 
juels il de- 
‘Empereur 
noit en fon 
es de M, 
ans avant 
e-ho, Am- 
j, fit mar- 
tot le mal- 
‘hine, qui 
vifa le ref: 
n, Linge 
reur Char 
de Jefus- 


à Partaric 
utres Na- 
Dieu //- 
-lyu-li, ne 
s du Soleil, 
fe trouva 
ire de por 
it l’adrefle 
Le Roi, 
Un jour 
out le gi- 
ie le Roi, 
les inten- 
ivi, ilar- 
traverfer. 
a-t'elle de 
an-bo ? À 
peine 


DE LA CHINE, Laiv. IL Cuar.l. 403 


peine cut-il prononcé cette plainte que tous les poiffons de la rivière, s’uniffant 
enfemble, formérent un Pont fur lequel il pafla. Il rencontra de l'autre COtÉ 
trois perfonnes; l'une, vetue d'un habit de chanvre, l'autre, d'un habit pi- 
qué, & la troiliéme, ouverte d'herbe de Mer. Elles lui fervirent d'efvorte 
juiqu'à la Ville de Axi-ching-ku, où il prit le nom de Aaw, pour fignifier qu'il 
étoit venu de Kau-kyu-li (ce). 

QUANG-VU-r1, reftaurateur de la Dynaftie de Zan, qui monta fur le ‘Tro- 
ne vingt-cinq ans avant Jefus-Chrift, remit le Chau-tfyen dans la dépendance 
de Lyaetong, & lui donna pour Gouverneur Chay-fong, homme célébre par 
fa juitice & fa probité. Le Roi de Kau-kyue-li fe rendit t naître, dans le méme 
tems, de Aé, du Japon, de /lan, & de lu-yu, fans cefler de payer le cribut 
ordinaire aux E mpereurs Chinois, ons, un de fes fuccefeurs, fut le premicr 
qui déclara la guerre à la Chine.  Ilprit la Valle de Zi-vutu, & tua dans une 
Bataille Che fon, Gouverneur de Lyau-tong. Mais il fut défait, à fon tour, 
par 'ay-takyen, fils du Roi de Lüu-yu, K laifla pour fuccefour Sui-ching, fon 
ils, qui reitua Hi-vu-tu aux Chinois & leur paya l'ancien tribut. Cependant, 
(ous les foibles régnes des Empercurs Æhang-tr & Ling-ti, 1 reprit cette Ville 
pi les armes, & la poffeda jufqu'au regne de Ayer-ti, qui commença l'an 196 

: Jefus-Chrilt, auquel il fut chafle par Kin-lin, Gouverneur de la Province. 
U ne pare de fes États fut conquife par Kong- Jin-tu, dont la poitérité en 
conferva la pofléiion jufqu'a Kong-/yn-yuen , qui fut détrôné par la Dynallie 
de Wcy. 

Yauo, fils de Aong-fin-tu, fe retira au pied de la montagne de Z#'-tu-han 
& fe vit donner pour fucccileur 7 eyhuig, Prince brave & prudent, qui fe 
joignit à la Dynaîlie de Wey dans la guerre contre les defcendans de Kong-fun- 
tu, Sous le regne de l'Empereur Ming -ti, qui commença l'an 322 de Jefus- 
Chri, Wey-kong ravasca Noarping & Lyar-fu, dans la Province de À, yau- 
tons. Mais AMu-lyeou-kyen, Gouverneur de éctte Province , l'ayant vaincu 
dans une Bataille, envoya fur fes traces Nang-ki, qui le pourfüivit l'efpace 
de cent licuës, jufqu'au Pays de Su-chin, c'eil-h-dire, jufqu à fa Tartarie O- 
rientale (d), où il éleva un monument de pierre en mémoire de certe expé- 
dition. 


Cuau, arrière-petit-fils de Kong, ayant été créé Roi de Chau-tfven par 


l'Empereur Tong-kyu (e), fut chaflé de Wa-tu par Mi-yong-wbang , qui démo- 
lit 


(ce) Chine du Père du Halde, Vol, IV. une liqueur femblable à du lait, Les enfans 


pag. 539 

(4) Pendant que Vang-ki fe trouvoit dans 
ce Pays, les Habitans lui racontérent que leurs 
Pècheurs Ctoient fouvent pouflés par l'orage 
dans une Ifle où le langage étoit différent du 
leur, & où l'ufage étoit établi de noyer tous 
les ans une vierge dans la Mer à la feptième 
Lune. Its lui parlèrent auffi d'un autre Royau- 
me, habité feulement par des femmes, qui 
concevoient d'elles-mêmes & qui portoicnt le 
fœtus dans l'eftomac, Lilles n'avoient pas de 
mammelles. Tlles nourrifloient leurs enfans, 
pendant cent jours, par une touffe de cheveux 
qu'elles avoient derrière le col & qui rendoit 


Ece 2 


croifoient plus dans cet efhace qu'ils ne font 
ailleurs en quatre ans. La Côte Miwuitime étoit 
habitée par des hommes À deux vifiges, qui 
n'entendoient aucun langage & qui fe laif 
foient mourir de faim loriqu'ils éroient pris. 
Ceux qui racontoient ces fables prétendoient 
avoir pris un de ces hommes, vêtu à la ma. 
nière Chinoife, mais avec des manches lon- 
gues de trente pieds. Ce Pays, difoicntils, 
étoit près de la frontière Orientale de 11e tfyu. 
(e) Un autre Hiflorien Chinois raconte que 
Kau- lyen, Roi de Kauli, pendautle regne du 
même Kong-kya, lit la conquête de la Corée 
& s'empara de Pinjam, où il fixa f nr 
uu 


RevoLUTIONx 
DU 1,4 
Con, 


fnvaf 115 
des Corée, 


Autres chat 
gomens dans 
la Coréc. 


Rois de fa 
Corée créés 
par les Finpe. 
icurs Chinois, 


Re‘"oLUTIONS 
DE LA 
CoRÉE. 


Les Chinois 
attaquent le 
Roi de la Co- 


rée, 


Autre atta- 
que des Chi. 
nois à l'occa- 
fion d'un 
meurtre. 


Vertus de 
l'Empereur 
Tay-tfong. 


404 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


lit cette Ville. Mu-yong-pau vainquit Ngan, Roi de Kau-kyu-li, & le réduifit 
à la qualité de Gouverneur de Ping cheu. Sous les derniers Empereurs des Dy- 
nafties de Wey & de Cheu, les Rois de la Corée furent toûjours créés par les 
Monarques Chinois. 

L'AN 611 de Jefus-Chrift, & le feptième du regne de Tong-ti, Empereur de 
la Dynaftie de Sevi, Ten, Roi de la Corée, fe faifit de Lyau-tong à la tête 
des Mo kos, & s'avança jufqu'à Lyau-fi. L'Empereur, après l'avoir fait fom- 
mer en vain de paroïtre devant lui, marcha contre lui en perfonne. Mais 


les Coréens [s'étant retirés dans leurs Villes] fe défendirent avec tant de 


vigueur, que le Monarque Chinois, manquant de provifions, n'eut pas d'au- 
tre reflource qu'une prompte retraite. 
une troifième ] invation , dans la Corce, qui ne lui réuflit pas plus heureu- 
fement. Ayen-vu, fils & fuccefleur de Yuen, fut honoré du titre de Chang- 
chu-que, qui fignifie pilier de l'Etat, par le fondateur de la Dynaitie de Tang , 
qui monta fur le Trône en 620. La Corée fe trouvoit alors divifée en cinq 
Pus , c'eft-a-dire en cinq Gouvernemens, dont celui du centre étoit la ré- 
fidence de la Cour : les quatre autres regardoient les quatre Parties du 
Monde. 

KaY-svEN (f), de la famille de Ten ou Tim, ayant fuccédé à fon 
père dans le Gouvernement Oriental, aflañina Ayen-vu , & traita fon corps 
avec les dernières indignités. Il mit enfuite fur le ‘Trône Tung, frère du mort; 
mais, ne lui laiflant que le nom d'Empereur, il en conferva tout le pouvoir 
fous le titre de Mo-li-chi. Ce traître, dont le caraétère étoit féroce , fe van- 


toit d'être fils d'un Dieu de Rivière, dans la vûe de s’aflurer du refpeët des 
Peuples par l'éclat de fa naiflance. Ce fut dans le même tems que les Co- 
réens, ayant attaqué Sin-lo, le Peuple de ce Pays demanda du fecours à l’Em- 
pereur Tay-t/ong , monté fur le Trône de la Chine en 627. Ce Monarque étoit 


informé du meurtre barbare de Ayen-vu. Il mit en campagne une puiffante 
Armée pour châtier le coupable; & fecondé par le Roi de Xi-tan-hi, de Pe- 
tfi & de Sin-la, qui reçut ordre de le joindre, il prit deux Villes & mit le 
fiége devant Hyang-tong. Sa générofité pour les Soldats, & fa compañtion 
pour les malades, le rendirent cher à fon Armée. Un jour il prêta le fecours 
de fes mains à quelques travailleurs, qui portoient de la terre pour remplir 
une tranchée. Un éxemple d’humilité fi extraordinaire échauffa tous les Of. 
ficiers du defir de l'imiter. Dans le cours du Siége, ayant fait mettre le feu 
à quelques matières combuftibles, les flammes , conduites par le vent , ré- 
duifirent bien-tôt la Ville en cendre, & firent périr plus de dix mille hom- 
mes. Elle fut réduite alors à la qualité de Ville du fecond ordre, fous le 


nom de Lyan-cheu. L'armée Impériale, continuant fes opérations, forma le 


Siége de Ngan-chi. Mais Kyau-yen-cheu & Kau-wbey-chin vinrent au fecours 
de cette Place à la tête de cent cinquante mille AMo-kos. L'Empereur profita 
de quelques augures favorables pour animer fes Troupes; & fondant le lende- 
main fur cette redoutable armée , il la mit en déroute. Les deux Géné- 

raux 


tong fut reprife par Fong-tay-tfong. Suivant 
cerédit, Kau-chau & Kau-lyen ne font qtu'i- 
ne mêine perfonne. 


Cf) Kay-fu-ven dans l'Original. 


qu'il fe rendit maître de la partie de Lyau- 

tong qui étoit à l'Eit de la Rivière de Lyau, 

& qu'il fit des invaffons fréquentes dans Lyau- 

Ji, ou le Lyau Occidental; mais que Lyau- 
L} 


Il fc enfüuite une | feconde & même” 


raux ji 
fon fer 
La mo 
dres le 
fcriptio 
Sou 
les Sin- 
tre les 
fien éta 
li-chi, 1 
frères l' 
tu Îre 
pereur 
conduit 
Bien-t0 
ron cen 
le, jufq 
l'Ennen 
vernem 
quatre- 
VER 
fils de 1 
la Coré 
gouvern 
naftie. 
tranquill 
Si-king 
de l'Eit. 
PENT 
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Dynattie 
de ’an.c 
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(g) Ce 
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(b) Du 
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, fous le 
forma le 
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le lende- 
x Géné- 
raux 


Suivant 
font qu'ù- 


DE LA CHINE, Liv. Il, Cuar.l. 405 


raux implorèrent fa clémence. Il la porta jufqu'à leur donner de l'emploi à 
fon fervice; mais il fit enterrer vifs trois mille Mo-kos de Ping-yang (g). 
La montagne, au pied de laquelle il avoit aflis fon camp, reçut par fes. or- 
dres le nom de Z/yn-kong-chang ; & fut honoré d'un monument avec une in- 
fcription. | | 

Sous le regne de l'Empereur Kau-tfong, qui monta fur le Trône en 650, 
les Sin-los retombérent dans la nécetlité d'implorer le fecours des Chinois con- 
tre les Corcens & les Mo-kos qui leur avoient enlevé trente-fix Villes.  Aay- 
fren étant mort dans le méme tems, eut pour fuccefleur, en qualité de Mo- 
lichi, fon fils Nan-feng, & les différends que ce jeune Prince eut avec fes 
fréres l'oblisèrent d'aller folliciter en perfonne l'afiftance de l'Empereur, Ting- 
tu; frere de Kay-fven, fe rendit aufi à la Cour Impériale, & remit à l'Em- 
pereur une partie de fes Domaines. En 667, AKau-tfong fit marcher, fous la 
conduite de Li-tfing, une Armée contre les Coréens. Elle aflicga Ping-yenx. 
Bientôt Tjang, Roi titulaire de la Corée, fe rendit aux Chinois avec envi- 
ron cent perfunnes de fa fuite. Mais Nan-kyen défendit généreufement la Vil- 
le, jufqu'a ce qu'il fut trahi par un de fes Généraux, qui livra une porte à 
l'Ennemi.  H fut faic prifonnier, & la Corée fut encore divifée en cinq Gou- 
vernemens, qui renfermoient cent foixante-dix Villes principales & fix cens 
quatre-vingt-dix mille familles (2). | 

Vers l'an 687, fous le règne de l'Empereur (i) Vusheus Pau-yuen, petit- 
fils de Tfung, dernier Roi de la Corée, fut créé Roi de Chau-tfven, nom que 
la Corée portoit âlors, au-lieu de celui de Aau-li. Vers 927, ang-hyen, qui 
gouvernoit la Corée, prit le titre de Roi & devint le fondateur d'une Dy- 
naftic. Il fubjuga les Royaumes de Pe-tfi & de Sin-lo ; & pour affürer la 
tranquillité de fon régne , il transféra fa Cour, de Pin-jam , qu'il nomma 
Si-king où Cour Occidentale | au pied de la montagne de Tong-y9, du côté 
de l'EIE, 

PENDANT trois régnes de la Dynaftie d'Utay, les Rois Coréens, de la ra- 
ce de Vang, payérent réguliérement le tribut aux Empereurs de la Chine. 
Taug-chau, Roi de Chau-tfyen, rendit hommage à Tay-t/en, Wondateur de la 
Dynaitie de Tfong, qui parvint à l’Empire en 96e. Chi, troifième fuccefleur 
de l’an-chau, fe vit forcé de rendre le même honneur aux ‘l'artares Xi-tans, 

ui, ayant conquis les Parties Scptentrionales de la Chine, reçurent le nom 
de Lyaus. Cette Nation viétorieufe enleva fix Villes à F'ang-Jun, fecond fuc- 
cefleur de Chi, & mit ce Prince dans la néceflité de transférer fa Cour beau- 
coup plus loin d'eux. Mais, avec le fecours des T'artares Nyu-chis (&), qui 
avoient 


(g) C'eft ainfi qu'on lit dans la Carte ; probable que ces différens noms n'apparte. 


mais l'Hiltoire met Ping-jang ou Pin-jang. 

(b) Du Halde, Vol. IV. pag. 542. 

(£) Angl. de l'Impératrice. K, d. E. 

{k) L'Auteur obferve , dans une Note, 
que les Nyu-chis portèrent, fous le régne de 
Ilan, le nom de Teous ; fous Fujang, celui 
de Su-chin; fous Hey, celui d'U:kis; fous 
Swi, celui de Mo ko & fousle dernier Zang 
celui de Nyu-ching ,eque Song changes en Cbe, 
parce qu'un Empereur Fartarc de la Dynaftie 
de Lyan fe nomuoit Ching. Cependant.il eft 


noicnt pas proprement à toutes les Nations 


. qui habitoicnt le vafte efpace qui eft entre les 


Kivières HWben-tong kyanz &  Ik long-kyang 
ou Amui, & entre la Corée &la Mer Orientu- 
le, mais foulement à cette race de Tartares 
qui remporta des avantages en divers tems. 
C'eft ainfi qu’on peut à préfent les appeller 
Mancheous, quoique ce nom, pris étroite- 
ment, appartienne à la Nation la moins con- 
fidérable de ce Pays. De mêmeles Mo.kos, qui 
formérent un puifant Royaume dans ces Ré- 


Bee 3 


REVOLUTIONS 
DE LA 
Couttk, 


Nouvelles 
atriques dus 
Chinois, 


Pau-yuen, 
Roi de Corte, 
tanstère (a 
Cour, 


Les Tartares. 
Kitans con- 
quérent une 
partie de la 
Chine. 


REVOLUTIONS 
DE LA 
Coié:, 


Les Nyu-chis 
voticdent une 
partie de Ja 


Chine 
VAL 


Diverfes ré- 
voluiions. 


Chwen, Roi 
de Corée, 


406 VOYAGES, DANS L'EMPIRE 


avoient détruit les Ki-tans, & qui s’étoient établis à leur place dans le Can- 
ton de la Chine qu'ils avoïent envahis, il les chaffa aufli de fes Etats; aprés 
quoi il ne fit pas dilliculté de payer l’ancien tribut aux Empereurs Chinois, 
qui reçurent fes Ambafla eurs avec une diftinétion particulicre, en faveur du 
courage qu'il avoit fait éclater contre les Ki-tans. | 

Les Nyu-chis avoient été foûmis anciennement aux Coréens. Ils devinrent 
les maîtres à leur tour; & leurs Princes ayant pris le titre d'ÆEsnpereurs, don- 
nîrent auffi le nom de Xin (1) à leur famille. Cependant elle n’eft pas com- 
ptécentre les Dynaflies, parce qu'ils ne poflédèrent jamais la Chine entière, 
Les Ernpereurs de la race de Song regnoient encore dans les Provinces Méri- 
dionaics. Mar-tfong, qui monta fur le ‘l'rône en 1127, envoyaun Ambaffadeur 
aux Coréens pour les détourner de fe joindre aux Nyu-chis; tandis que céux- 

3, pour empecher les Coréens de fe lier avec les Chinois, envoycrent Fung- 
chu dans Ja Corée avec le titre de Roi. 

Cuz, Roi de la Corée, envoya Ching, fon fils & fon héritier préfomptif, 
à l'Empereur Lit/ong, pour lui rendre hommage. Ching, après la mort de 
fon père, revint prendre poffefion du. ‘Lrône, qui lui fut confirmé par le 
méme Empereur. Ce Prince avoit payé trente-{ix fois le tribut”; lorfque Ch; 
tfu, comme les Chinois le nomment, ou Æabiluy (m7) fuivant les Tartares, 
fils de en-ghiz-kim & Fondateur de la Dynaftie de Tuer en 1280, refolut d'en- 
treprendre la conquite du Japon, & de faire traverfer la Corée à fes Troupes 
pour faciliter fon paflage. Dans cette vûe il envoya au Japon un Ambaña. 
deur qui eut ordre de paîer par la Corée & d'y prendre-des guides. Mais les 
Coréens ne s'étant pas prerés à fes defleins, il en eut tant de reflentiment, 
qu'il fe faiüt de Si-king ou Pir-jam, dont il changea le nom en celui de Tanr- 
nin-fu.. Cependant Chin, qui.prit le nom de Æÿu, après avoir fuccedé au 
Roi Chirs fon père, époufa une file de l'Empereur, & reçut le Sceau de 
Gendre Impérial avec le titre de Roi de la Corée; fon troifième Succefl-ur 
fe nomma Song. Depuis Vang-kyen jufqu'a V’ang-fong , on compta vingt- 
huit lois Coréens de la famille de Vang , dans un efpace de plus de quatre 
cens ans. 

CHwen, Roi de Corée, ayant rendu l'hommage par fes Ambaladeurs à 
l'Empereur Zlong-vu, Fondateur de la Dynaîtie de Ming en 1368, fut créé, 
par ce l#onarque, Roi de Auu-li, & reçut un Sceau d'argent, avec l'ancien 
droit de facrifier aux Dieux des Rivières & desmontagnes. Dans la dix: feptié- 
me année de {Zong-vu, les Ambaffadeurs de la Corée, engagés dans la conf- 
piration de Hu-vi-yong contre ce Prince, refufèrent l'hommage ordinaire. Le 
complot ayant été découvert, les Coréens furent déclarés ennemis de la Chine. 
Mais ils fe hâtèrent d'envoyer d'autres Ambafladeurs ; & le Gouverneur de 
Lyau-tong ayant donné avis à l'Empereur qu'ils s’étoient avancés jufqu'à cette 
Ville, Sa Majefté accepta la fatisfaction qu'ils venoient lui offrir. Le même 
Monarque, dans.la vingt-deuxième année de fon regne, fit acheter des che- 

vaux 


gions, prirent eux-mêmes le nom de Po-bays. vent nommés Tartares-kins dans l'Iittoire 

Maisiln'eft pas furprenant de trouver des Na Chinoife. Kïn fignifie Or, & les Mongols ou 

tions qui poitent diflérens noms à la Chine, les Tartares Occidenta appellèrent leur Roi 

pui que les Villes, les Provinces & les Royau-  Æitun-Kam, ou Roi d'or.* : 

mes en chanzent fcuvert au gré des Princes. (m) C’eft le Ka-blay, Ko blay où ÆAo-play 
(2) De-là vient que leuis Sujets fe wou- de Marco-Polo & de plulieurs autrei, 


vaux d 
Villes d 
aprés , 
Li-jin-t 
tin. dé] 
Vaïg-ya 
Telle ft 
L'Us 
Chine, 
fat conf 
de paru 
voir ref 
fut envd 
ce de Y 
ma, dal 
la Cour 
ques no! 
mille bo 
qui paya 
fa, end 
pas de f 
tfing, q 
furpatiot 
à détrôt 
Royaum 
EX 1: 
vahirent 
dans for 
marchan 
nommé 
un arbri 
& paria 
difpofitic 
trouvé fou 
des terre 
né par ( 
gea lan 
KQuan-po. 
ce, il fe 
Lan 
appartic 
le voit 
tr'elles. 


X T/in- 


(n) U 
gnées de 


dans le Can- 
États; après 
rs Chinois, 
n faveur du 


Is devinrent 
ercurs, don- 
{t pas com- 
line entière, 
inces Méri- 
Ambaffadeur 
IS que céux- 
crent l’ung- 


préfomptif, 
la mort de 
irmé par Île 
lorfque C/:- 
s Tartares, 
efolut d’en- 
fes "Troupes 
n Ambañr 
s. Mais les 
flentiment, 
ui de Tanr. 
fuccedé au 
le Sceau de 

SuccefT:ur 
pta vingt- 
s de quatre 


baladeurs à 
, fut créé, 
ec l’ancien 
dix: feptié- 
ns la conf. 
naire. Le 
e laChine, 
verneur de 
ifqu'à cette 
Le même 
r des che- 
vaux 


x l'Ililtoire 
Mongols ou 
“ent leur Roi 


où Xo-play 
Atre5i. 


+ DE LA CHINE, Liv. Ill Cuar.l. 


vaux dans la Corée, & demanda la reftitution de Lyau-yang & Chin-ching, deux 
Villes qui lui avoient été prifes dans la Province de Lyau-tong. Peu de tems 
après, Kyu fut chaffé du Trône, & Vang-chung fe vit élevé à fa place par 
Li-jin-tin, premier Miniftre de la Corée. Mais Li-ching-quey, fils de Li-jin- 
tin,. dépouilla de même Vang-chang de fa Couronne; & la mit fur la tête de 
Varg-yau, qu'il chafla bientôt auili pour fe placer lui-même fur le Trône. 
Telle fut la fin de la race de Vang. 

L'UsurPATEUR prit le nom de Tan, & fit demander à l'Empereur de la 
Chine, par une Ambafñlade folemnelle, que le titre de Roi de Chau-tiyen lui 
fat confirmé avec les formalités établies par l'ufage. Les termes de fa deman- 
de parurent fi peu refpeétueux à la Cour Chinoife, que l'Empereur, aprés a- 
voir refufé fes préfens, ordonna que Ching-tfe, Auteur de la fupplique, lui 
fat envoyé. ‘Tan fe foumit à cet ordre, & Ching-tfe fut banni dans la Provin- 
ce de Yun-nan. L'Empereur Tang-lo, qui monta fur le Trône en 1403, confir- 
ma, dans la pofieffion dela Corée, Jung-yuen, à qui Tan fon père avoitréfigné 
la Couronne. Ce Prince, ayant appris que l'Empereur venoit d’afligner quel- 
ques nouvelles terres à la Garnifon de, Lyau-tong, envoya, pour tribut, dix 
mille bœufs qui fervirent à les cultiver. Il eut pour fuccefleur eu, fon fils, 
qui paya le tribat en Gerfauts on en Aigles de Mer. Mais l'Empereur les refu- 
fa, en donnant pour unique raifon que les bijoux &les animaux rares n’étoient 
pas de fon goût. Wang-ki-whan, Roi de la Corée, obtint de l'Empereur Kyn- 
tüng, qu'on cffaceroit du livre des anciens ufages du Ming, l’article où l’u- 
furpation de Ching-quey étoit rapporté, parceque l'ufurpateur ne s’étoit porté 
à détrôner fon Souverain qu’à la follicitation du Peuple & des Grands du 
Royaume. 

EN 1592, la vingtième année de l'Empereur Van-lye, les Japonois en- 
vahirent la Corée fous la condrire de Ping-fyeou-ki. Ce Conquerant avoit été, 
dans fon origine, Efclave d’un habitant de Sa-m0. I] étoit devenu enfuite 
marchand de Poiffon. Un Quaun-po, c'eft-a-dire, un Gouverneur Japonais, 
nommé $in-chang, étant un jour à la chafle, apperçut Âi qui dormoit fous 
un arbre, & forma le deffein de le tuer. Mais Kyi fe réveilla heureufement 
& paria pour fa défenfe avec tant de grace, que fon ennemi changeant de 
difpofition le fit Gouverneur de fes Haras, & le nomma en Jiponois liorine 
trouvé fous l'arbre.  Kyi devint bientôt le favori de fon Maître. 1j obtint de lui 
des terres & s’attira toute fa confiance. Sin-chang eut le malheur d'étre affañi- 
né par O-li-chi, un de fes Confeillers. Kyi fe mit à la tête des Troupes, van- 
gea la mort de fon Maître par celle du meurtrier, & fuccéda à la dignité de 
Quan-po. Sa puiflance augmenta f rapidement, que, par la force ou l’artifi- 


Fev, il fe vit bientôt maître de [ foixante ] x petites Provinces. 


La montagne de Kin-chau dans la Corée, & l'ile de (n) Tui-ma-tau, qui 
appartient au Japon, font à la vûe l’une de l’autre, & liées fi étroitement par 
le voifinige, que les deux Nations éxercent le commerce & fe marient en- 
tr'elles. Ayi, dont les vûcs s’étendoienc fur la Corée, fit partir Hing-chang 
& Tfin-ching, deux de fes Généraux, avec une Flotte nombreufe pour l'atta- 

quer. 

(n) Un autre Auteur dit qu'elles font Éloi- avec un bon vent, Le Carte met Zoui-la-tau, 
gnées de deux ou trois jours de Navigation, 


L 
‘ 


: REVOLUTIOKS 


DE LA 
Corée, 


Nouvelle ré- 
volition. 


Invañon des 
Japonoïs dans 
la Corée, 


Conduite de 
leur Chei, 


408 VOYAGES DANS L'EMPIRE : 


Revorvrions quer. Ils prirent terre près d'un Village nommé lru-chan. Ils pafèrent par Lin- 
Conir, ir, fans étre apperçus; & divifant leurs forces, ils s'emparèrent de Tou-to 
Ranitéde & de plufieurs autres \ illes. Les Coréens, amollis par une longue paix, eu- 

leurs conan, rent recours à la fuite. Li-/eng, leur Roï étoit livré afes plaifirs. Il prit le par- 

tes. ‘ti d'abandonner le Gouvernement au feconddefes fils; & s'étant retiré d'abord 

à ing-yang, enfuite à J-cheu, dans le Pays de Lyau-tong, il fupplia l'Em- 

pereur de la Chine, non-feulement de le recevoir comme fon fujet, mais en- 

core de réduire fon Royaume en Province. Les Japonois avoient déja démoli 

les tombeaux & pillé le tréfor. Ils s'étoient faifis de la mère, des enfans & 

des Officiers de la maifon du Roi. Enfin la plus grande partie du Royaume 

étoit déja foumife à leurs armes. Ils inveltirent Pin-jang, dans le deffein de 

afler le Ta-lu-kyang, & d'entrer dans le Pays de Lyau-tong. Ce fut alors que 

le Roi de Corée, quittant I-cheu pour fe reurer à Nyay-cheu, preffa l'Em- 

LesChinois pereur, par fes couriers, de lui accorder un prompt fecours. Deux détache- 

ARE mens Chinois, chacun d'environ trois mille hommes, s'avancèrent vers Ping- 

Roi de Corée. jang; mais ils furent taillés en piéces, & le Commandant du premier perdit 
la vie dans l’attion. . 

L'EMPEREUR envoya Song-ing-chang, avec la qualité de Xing-lyo (o) ou 
de Sur-Intendant Général des forces Chinoifes, qui commençoient à fe rendre 
au quartier d'Affemblée. Les Généraux Japonois, pour gagner du tems, fi- 
rent déclarer aux Chinois qu'ils w'avoient jamais penfé à les attaquer, & que 
s'étant propofé feulement de poufler leurs conquetes jufqu'a la rivière de ‘l'a- 
tong-hyang, ilsretourneroient enfüuite au Japon. Cependant ils ne laiffèrent pas 
de fortifier la Capitale de la Corée, & de mettre des garnifons fuflifances dans 
toutes les Places d'importance. Dans cet intervalle, ÀAÿi (p}) fit la conquête 
du Royaume de Chau-ching, & prit le titre de Tay-ko 

Dans le cours du douzième mois, i-vr-fong , Général de l'Armée Chi- 
noife, traverfa le Pays de Evau-tong, à la tete de füixante mille hommes. I] 
trouva tant de dificultés à paliir la montagne de reng-ihang-chan (q), que 

Srratasome fi l’on s’en rapporte aux Chinois, tous fes cievaux fuerenc du fang.  Chin-ci- 
qui leur ruf king avoit pris les devants, pour s'aboucher à Ping-jang avec Hing-chang, 
fit, Général des Japonois, & lui perfuader que Li-vu-/cng venoit dans l'intention 

de créér fon Maitre Roi, fuivant le pouvoir quil en avoit reçu de l'Empe- 
reur. Cette rufe eut tout le fuccis qu'on s'en étoit propofe. Iling-chang en- 
voya vingt de fes Officiers au-devant du Géncral Chinois, qui donna des or- 
. dres pour les faire arrêter. Mais ils fe défendirent avec tant de courage qu'il 
n'en demeura que trois prifonniers. Chn-vi-king, foutenant l'artifice, actribua 
cet accident à la méfintelligence des Interprètes; & le Général japonois ne 
fit pas difficulté d'envoyer avec lui deux Officiers de confiance pour com- 
plimenter Li-vu-fong , qui les reçut & Iles renvoya avec beaucoup de po- 
litefte, 
LRSRIARS PinG-JANG eff défendu, au Sud-Eft, par une Rivière, & à l'Oucit par 
de une Montagne; mais le pofte le plus important eft une éminence au Nord, 
Lontatol qui étoit gardée par les Japonois. Li-yu-fong étant arrivé devant la Villeavec 
s fon 


Les ]1po- 


(q) Près de la Ville de Fong-whan-ching, 


(o) Le Kinz-lyo a le pouvoir de vie & de 
fur la frontière Occidentale de lu Corte, 


mort, & l'infpsétion générale des affaires, 
t#) Où Pins fycou-Ayi, 


fon arn 
he, fe 
Ville, 
doient 
ne ‘Tl'oi 
fembloi 
défiance 
le maf 
il donn 
l'efpéra 
vante, 
avec pd 
LE 
princip 
bord re 
des fuia 
lui; & 
pas mo 
précipit 
les Chi 
mais la 
rivière 
bat, fan 
de la tr 
nois, q 
Le 19, 
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quatre F 
CHINA 
prit le p 
té le 27. 
lorfqu'ils 
trompe | 
qu'au pa 
brides v 
fur la té 
Troupe : 
furieux. 
le Gén 
yuen, à 
pendant 
la fleur d 
heures jt 
le terrait 
D'un aut 
rivière d 
Ville, d 
nois prir 
VIII. 


ntpar Lin- 
t de Ton-to 
> paix, Cu- 
prit le par- 
iré d’abord 
pplia l'Em- 
t, mais en- 
déja démoli 
s cnfans & 
1 Royaume 
- deflein de 
it alors que 
refla l'Em- 
ix détache- 
vers Ping- 
mier perdit 


-lyo (o) ou 
a fe rendre 
u tems, fi- 
er, & que 
ère de “l'a- 
ifférent pas 
fances dans 
a conquete 


\rmée Chi- 
ommes. Il 
(a), que 
Chin-vi- 
ing-chang, 
l'intention 
le l'Empe- 
chang en- 
1a des or- 
rage qu'il 
, attribua 
ponois ne 
our com- 
ip de po- 


ucft par 
u Nord, 
Villcavec 
fon 
Fhan-ching, 
jorie, 


DE LA CHINE, Liv. II. Cuar. I. 409 
fon armée, le 6 du premier mois de la vingt-fixième année du régnc de Van- 
he, fe mit en ordre de bataille, & commença fa marche pour entrer dans la 
Ville, tandis que les Japonois, revêtus de leurs habits les plus riches, bor- 
doient le chemin, & que leur Général regardoit cette proceflion du haut d’u- 
ne Tour. Mais les Officiers Chinois ayant pris des airs de hauteur qui ref- 
fembloient mal à leurs affcétations d'amitié, les Japonois conçurent quelque 
défiance & commencérent à fe tenir fur leurs gardes. Enfin Li-yu-fong leva 
le mafque. Il fit attaquer l'éminence du Nord; & par une nouvelle feinte , 
il donna ordre à fes Troupes de fe retirer après la première charge, dans 
l'efpérance de faire fortir l'Ennemi d'un pofte fi avantageux. La nuit füui- 
vante, les Japonois attaquèrent le Camp Chinois ; mais ils furent repouflés 
avec perte. 

LE $, à la pointe du jour, les Chinois donnèrent un affaut général, & la 
principale attaque fe fit au côté Sud-Eft de la Ville. Les Chinois furent d'a- 
bord repoulTés. Mais la fermeté, avec laquelle Li-yu-/ong tua quelques-uns 
des fuiards, ramena tous les autres à la charge. Il eut un cheval tué fous 
lui; & /ley-chong reçut un coup qui lui traverfa la poitrine, & ne continua 
pas moins d'encourager fes gens. Li-yu-/ong, monté fur un cheval frais, fe 
précipita dans la mêlée la plus ardente. Enfin les murs furent efcaladés, & 
les Chinois entrérent dans la Ville. La lorterefle fervit d’azile aux Japonois; 
mais la plûpart fe fauvèrent pendant la nuit avec leur Général, qui pañla la 
rivière de Ta-tong-yang. Il en périt deux cens quatre-vingt-cinq dans le com- 
bat, fans compter un grand nombre qui fe noya dans la rivière en s’efforçant 
de la traverfer. D’autres tombèrent dans une embufcade de trois mille Chi- 


nois, qui en tucrent trois cens foixante-deux & firent quelques prifonniers. 
Le 19, les Chinois emportèrent d’affaut la Ville de Pu-kay, où ils tuèrent en- 


core cent-loixante-cinq Japonois. ‘T'ant de défaites fucceflives firent perdre 
quatre Provinces aux vainqueurs de la Corée. 

CHING-KING, leur fecond Général, qui s’étoit rendu maître de ZZyen-king, 
prit le parti de fe retirer dans la Capitale. Les Chinois, qui prirent cette rou- 
te le 27, n'en étoient plus qu’à foixante-dix lis, c’eft-a-dire, à fept licues, 
lorfqu’ils furent informés que l'Ennemi l’avoit abandonnée. Leur Général, 
trompé par cet avis, fe mit à la tête de fa Cavalerie légère, & s’avança juf- 
qu'au pas de Pi-ti-quan, à trente lis de la Ville. Comme il couroit à toutes 
brides vers le Pont de Ta-cha-kyang, fon chevai s'étant abbattu, il tomba 
fur la tête & faillit de fe tuer. , Au même moment , il fut environné d’une 
Troupe d'Ennemis qui lui avoient dreffé une embufcade, & le combat devint 
furieux. Un Officier Japonois, qui portoit une cuiraffe d'or, prefla vivement 
Je Général Chinois; maïs il fut enfin percé d'un coup de fléche, & Yang- 
uen, arrivant au fecours de fon Collégue, l'Ennemi fut mis en fuite. Ce- 
pendant tous les Chinois qui avoient pañlé le pont furent taillés en piéces, & 
la fleur de leur Armée périt dans cette action. L'engagement dura depuis dix 
heures jufqu’a midi. Un dégel, accompagné de grandes pluies, avoit rendu 
le terrain fi gliffant que la Cavalcrie Chinoife ne put s'avancer à la charge. 
D'un autre côté les Japonois étoient poftés fort avantageufement, avec une 
rivicre de front & une montagne par derrière. Ils avoient élevé, dans la 
Ville, de hautes machines remplies d'armes fort meurtrières. Aufñi les Chi- 
nois prirent-ils le parti de fe retirer à Chay-king. 


VIII. Puit. FFF Dans 


REVOLUTIONS 
DE LA 
Cor. 


Ping-jang 
pris par les 
hinais. 


Pertes des 
Japonais. 


Les Chinois 
font maltrai 
tés, 


RevoLurIons 


DE LA 
Corée. 


Fin de cette 


gucrre. 


Les Japonois 
fe r nienttri- 
butares de la 
Chine. 


Excès d'in- 
ægontinence 
dans un Am- 
baffadeur 
Ciinois, 


Ping fyeou- 
kyi eit créé 
Roi du Japon. 


Sa fierté pour 
le Roi dé Co- 
rée, qui 
l'avoit traité 
avec mépris. 


vient à celui de Roi, 


410 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Dans le cours du troifième mois, leurs efpions les informérent que les Ja- 
ponois étoient au nombre de deux cens mille autour de la Capitale, & qu’ils 
avoient des vivres en abondance. Mais Li-yu-fong ayant eu la précaution de 
brûler une grande quantité de bled , la crainte d'en manquer fit confentir fes 
ennemis à la paix. Ils lui cédèrent même la Capitale , dans laquelle étant entré 
le: 18 du quatrièmé mois, il fut furpris d’y trouver encore quarante mille 
boiffeaux de riz, & du fourage à proportion. Les Japonois envoyérent un 
Ambaffadeur à la Cour Impériale pour y faire leurs foumiifions ; ce qui ne les 
empêcha pas d'attaquer en même-tems Ayen-ngan & Tin-cheu , & de ra- 
vager la Province cs Tfuen-lo. Cependant, quelques mois après, ils rendi- 
rent la liberté aux enfans & aux principaux Officiers du Roi de Corée; &l'Em- 
pereur, follicité par ce Prince, confentit, dans la vingt-deuxième année de 
fon régne , à recevoir le tribut qu’ils lui offrirenc & à créer Ping-fyeou-kyi 
Roï du Japon, aux conditions fuivantes: ro. que les Japonois abandonne- 
roient toutes leurs conquêtes dans la Corée; 20. que Ping-fyeou kyi n’enver- 
roit pas d'Ambaffadeur à la Chine; 30. qu’il s'engageroit par ferment à ne ja- 
mais porter fes armes dans la Corée. : 

Li-TSsoNG-cHING, Marquis de Lin-whay , fut nommé par l'Empereur 
pour aller conférer à Kyi la dignité de Tay-ko (x). Ce Seigneur avoit une 
pallion défordonnée pour les femmes. I-chi, Gouverneur de Tui-ma, qui 
avoit époufé la fille du Général Japonois, lui envoya, au moment de fon ar- 
rivée; trois jeunes perfonnes d’une grande beauté, qui furent introduites l'une 
après l’autre dans fa tente. Une galanterie de cette nature lui plut beau- 
coup. Mais ayant appris dans la fuite que la femme du Gouverneur étoit 
encore plus belle, il porta l'impudence jufqu’à la demander à fon mari, qui 
n’en put diffimuler fon reflentiment. Vers le même tems, un Gentilhomme 
Japonois, nommé Long, ayant pris querelle pour le pas avec le Marquis, qui 
faillit d'abord de le tuer, fut fecouru fi puifflamment par fes domeitiques, 
qu'il força cet étrange Ambafñladeur de recourir à la fuite pour fauver fa pro- 
pre vie, & d'abandonner tout derrière lui jufqu'à fes Lettres de créance. A. 
pres avoir couru toute la nuit, dans le défefpoir de fa fituarion, il fe pendit 
à un arbre; mais quelques perfonnes de fa fuite, qui avoient couru fur fes 
traces, arrivèrent affez-tôt pour lui fauver la vie. Il continua de fuir jufqu'à 
King-cheu, où l'Empereur donna ordre qu’on lui fit fon procès.  Tung-fong- 
beng, parent de Sa Majefté Impériale, fut envoyé à fa place (5). 

PING-SYEOU-KYI (5) , après avoir jeûné, & s’être baigné pendant trois 
jours, alla au-devant du Miniftre de l'Empereur, fe profterna quinze fois 
devant lui, & fut créé Roi du Japon avec les formalités établies par l'ufage. 
Le Roi de Corée fe laiffant conduire par Li-chin, fon favori, qui lui confailla 
de marquer du mépris pour ce nouveau Roi, ne le fit complimenter que par 
un Officier fubalterne d'une Ville du fecond ordre, & ne lui envoya pour 
préfent qu'un petit nombre de piéces de foie commune. Ping-fyeou-kyi, vi- 
vement piqué de cette conduite, répondit à l’Ambaffadeur Coréen: ,, Vo- 
, tre Maître a-t-il déjà oublié que j'ai conquis fes Etats, & que je ne les lui 

32 


Cr) Tay-ko cit un titre Japonois , quire- pag. 546. & fuivantes, | | 
É (t) L'Auteur, dansla fuite, écrittoüjours 


(5) Chine du Père Du Halde, Vol, IV.  Ping-lieou-kyi. 


ai 
ss Pre 
voti 
» ain 
5» Vot 
fon tri 
noifloi 
tice du 
La 
lye. 
attaqu 
dont | 
tôt ma 
VER, 
cheu. 
cile fe 
qui en 
prit p 
ma dé 
bruit q 
difpert{ 
cette | 


chevau 
ple Sol 
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extrao 
ayant 
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fortir | 
ui ét 
FRS 
çant le 
chape 
récept 
pour ! 
gie; T 
Chinoi 
mort 
Van-l 
avoit 
Lr- 
étoit 
reur K 


que les Ja- 
>, & qu'ils 
caution de 
onfentir fes 
étant entré 
rante mille 
oyérent un 
> qui ne les 

& de ra- 
» ils rendi- 
e; &l'Em- 
e année de 
;-fyeou-kyi 
abandonne- 
yi n’enver- 
nt à ne ja- 


l'Empereur 
avoit une 
l'ui-ma, qui 
de fon ar- 
duites l'une 
plut beau- 
‘neur étoit 
\ mari, qui 
ntilhomme 
arquis, qui 
meftiques , 
ver fa pro- 
éance. À- 
il fe pendit 
ru fur fes 
uir jufqu'à 
Tang-fong- 


dant trois 
uinze fois 
ar l'ufage. 
1 confeilla 
Tr que par 
oya pour 

-kyi, vi 

ni Vo- 
ne les lui 

LL] al 


rittoùjours 


DE LA CHINE, Liv. I. Car. LIL. Aït 


ai rendus que par déference pour l'Empereur de la Chine? Pour qui me nevorurroxs 


prend-il, lorfqu’il me fait un préfens de cette nature par un homme de 

votre forte? Éit-ce moi ou l’Émpereur qu'il infuite? Puitqu’on me traite 

ainfi, mes Troupes ne quitteront pas la Corée que l'Émpeseur n'ait chîtié 
, votre Maître. Le jour fuivant il fit partir pour la Cour imp:ri 2, avec 
fon tribut, qui étoit fort riche, deux Mémoires; l'un, par léqu:! il reson- 
noiffoit les obligations qu’il avoit à l'Empereur ; l'autre, pour demander juf- 
tice du Roi de Corce. | 

La guerre fe renouvella dans la vingt-cinquième année du regne de Van- 
lye. Les Japonois, fous la conduite de ‘Ffing-ching & de Fang-ching, ayant 
attaqué la Corée avec une lloite de deux cens Voiles, prient Nan-yuen fu, 
dont le Gouverneur s'enfuit pieds nads à leur approche, & fe rendirent hien- 
tôt maîtres de Tjuer-cheu. Ils ne trouvèrent pas plus de réfiftance du coté de 
VE, à Nyar-ling & à Chong-cheu , ni vers l'Oueit à Nau-yuen & Tiüuen- 
cheu. ‘Toutes ces Villes commandant l'étroit paflise qui conduit à la Capitale, 
cile fe trouva comme bloquée. ‘Tfiug-ching établit fes quartiers à Tun-tfing, 
qui en eft éloigné de foixante lieuis ou de fix cens lis, tandis que Fang-ching 

prit pote à King-chang, qui en eft à quarante lieuës. Les Chinois, com- 
mandés par Han-quey , formèrent le fiége de cette dernière Place; mais fur le 
bruit qu’il étoit arrivé du fecours à l’Ennemi, ils prirent la fuite, & dans la 
difperfion de leur armée ils perdirent vingt mille hommes. Han-quey paya 
cetre lâcheré de fa tête. 

Dans le neuvième mois de la vingt-fixième année de Van-iye, Leou- 

ting, autre Général Chinois, marcha contre Hing-chang ; mais fans avoir 
employé les armes il lui propofa une conférence , où l’accommodement pût 
être ménagé par des voies tranquilles. Le Général Japonois y confentit, & 
fe trouva dés le lendemain au rendez-vous avec une efcorte de cinquante 
chevaux. Leou-ting, qui avoit dreffé une embufcade , prit l'habit d'un fim- 
ple Soldat; & chargeant un de fes Officiers de paroître fous fon nom, il l’ac- 
compagna dans ce déguifement. Hing-chang fut reçu avec des honneurs 
extraordinaires par le Général fuppofé. Mais, tandis qu'on étoit à table, 
ayant regardé fixement Leou-ting fous l'habit commun qu'il portoit: ,, Ce 
,, Soldat, dit-il aux autres, paroît avoir été malheureux. L’étonnement fit 
fortir Leou-ting de la tente, & fur le champ il fit tirer un coup de canon, 
qui étoit le fignal de l’embufcade. Hing-chang ne doutant plus qu'il ne fût 
trahi, fe hâta de monter à cheval, rangea fon efcorte en triangle, & per- 
çant les bataillons Chinois avec un horrible carnage, trouva le moyen de s'é- 
chaper heureufement. Le lendemain il fit remercier le Général Chunois de fa 
réception. On s’efforça de fe juftifier , en faifant pañler le coup de canon 
pour un accident du hazard. Il affeëta de paroître fatisfait de cette apolo- 
gie; mais il envoya pour préfent à Leou-ting une coëffure de femme. Les 
Chinois l’attaquèrent aulli-tôt, & furent maltraités de toutes parts. Enfin la 
mort du Tay-ko, qui arriva en 1568, la vingt-fixième année du régne de 
Van-lye, fit retourner les Japonois dans leur pairie, & termina une guerre qui 
avoit duré fept ans. : 

Li-Ton, Roi de Corée en 1720, lorfque Regis écrivoit cette Relation, 
étoit de la famille de Li. En 1694 il préfenta la Requête fuivante à l'Empe- 
teur Kang-h1. 

Fff 2 » CETTE 


A 
CouxLe, 


Laguerre 
1ECominence, 


‘Trahifon 
d'un Générai 
Chinois, 


Llle lui réuf 
fit inal, 


Fin de ia 
guctre, 


KREVOLUTIONS 

DE LA 
CoRÉE. 
Requête 
fingulière 
d'un oi de 
Corée, 


Éfet de cet- 
te Requête, 


Hamtz, 


1653, 


{NTRONUC- 
TION. 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


,» CETTE Supplique eft préfentée par le Roi de Chau-tfyen, dans la vûed'é- 

tablir fa famille, & fait connoître les defirs de fon Peuple. 

» Moi, votre Sujet, je fuis un homme des plus infortunés. Je me fuis vû 

long-tems fans héritier, jufqu’à ce qu'enfin il m’eft né un fils d’une concubi- 

ne, dont j'ai crû devoir élever la fortune à cette occafion. C’eft de cette 

fauffe démarche qu'eft venu tout mon malheur. J'ai obligé la Reine Mix- 

chi de fe retirer, & j'ai fait Reine à fa place ma concubine Chang-chi, 

comme je n'ai pas manqué alors d'en informer Votre Majefté. Mais faifant 
aujourd’hui réflexion que Min-chi avoit été créée Reine par Votre M ajefté, 

u'elle a gouverné long-tems ma famille, qu'elle m'a afifté dans les facri- 

de , qu’elle a rendu fes devoirs à la Reine ma grand-mère & à la Reine 
ma mère, & qu’elle m’a pleuré pendant trois ans, je reconnois que j’aurois 
dû la traiter plus honorablement, & je fuis extrémement affligé de m'être 
conduit avec tant d’imprudence. Enfin, pour me rendre aux defirs de mon 
Peuple, je fouhaiterois aujourd'hui de rétablir Min-chi dans fon ancienne 
dignité, & de faire rentrer Chang-chi dans fa condition de concubine. Par 
ce moyen le bon ordre régnera dans mafamille, & la réformation des mœurs 
commencera heureufement dans mon Royaume. 
» Mot, votre Sujet, quoique par mon ignorance & ma ftupidité j'aie fait 
une tache à l'honneur de mes Ancêtres, j'ai fervi Votre Majefté depuis vingt 
ans, & je fuis redevable de tout ce que je fuis àvotrebonté, qui me fert de 
bouclier & qui me protège. Je n’aipoint d'affaire, publique ou particulière, 
que je veuille vous cacher; & c’eft ce qui m'a fait prendre deux ou trois fois 
la hardiefle de folliciter Votre Majefté fur celle-ci. J'ai honte à la vérité de 
fortir des bornes de mon devoir; mais comme il eft queftion du bien de ma 
famille & des defirs de mon Peuple, j'ai erû que fans bleffer le refpeét je 
pouvois préfenter cette Supplique à Votre Majefté. 

Le Tribunal des Cérémonies, auquel ce Mémoire fut renvoyé, jugea quela 
demande devoit être accordée. En conféquence, on envoya des Ambaffadeurs 
en Corée, pour créer Min-chi Reine avec les formalités ordinaires. Mais l’an- 
née d’après, le méme Prince ayant préfenté à l'Empereur une autre Requête, 
où le refpuét étoit blefTé dans quelques points, il fut condamné, par le même 


‘Tribunal, à payer une amende de dix mille onces Chinoifes d'argent, & pen- 


dant trois ans on ne lui accorda rien en retour pour le tribut annuel (u). 
(v) Du Halde, ubi fup. pag. 554, 
AE Eten Et AE Eee tester: TE: MOI: MED: BEA: TE Ne Een Eten 
CHAPITRE IT. 


Voyage de quelques Hollandois dans la Corde, avec une Relation du Pays ES de leut 
Naufrage dans l'Ifle de Quelpaert. 


AMEL Auteur de cette Relation, & Sécretaire {4 ou Ecrivain du 


Vaifleau Hollandois dont il raconte les courfes & le naufrage, pub 
’a or 


Ça) C'eft la qualité qu'il fe donne lui-même, 


d'abor 
de la 
curent 
taire a 
lation. 
ne s’y 
tres H 
qu'ait € 
gouver 
à faire ( 
vec la ( 
landois 
de la C 
une col 
qu’elle 4 
qu'en fu 
les écri 
quoique 
Con 
ze ans, 
on doit 4 
que celle 
nal (d) 
rèrent € 
naufrage 


f, 


Henri H 

du Va 
Godefro; 
Jean Prr 
Gerard ] 
Mathieu 
Corneille 
Benoît C 
Denis G 


(b) La 
ième ‘lo 
Ansioiles , 
Schipwreck 
Quelpaert , 
tbe Kiigdo 


la vûed'é- 


me fuis vû 
e concubi- 
Ît de cette 
eine Min- 
Chang-chi , 
fais faifant 
> Majefté, 
s les facri- 
à la Reine 
ue j’aurois 

de m'être 
irs de mon 
| ancienne 
abine. Par 
des mœurs 


é j'aie fait 
puis vingt 
me fert de 
rticulière , 
u trois fois 
1 vérité de 
bien de ma 
refpeét je 


ugea que la 
baffadeurs 
Mais l’an- 
Requête, 
r le même 


ES de leus 


rivain du 
e, publia 
d’abord 


DE LA CHINE, Liv. Ill. Crar. ll. 413 


d'abord fon Ouvrage en Hollande, où les huit hommes qui revinrent avec lui 
de la Coréc étoient encore vivans. Plufieurs perfonnes de réputation, qui 
eurent la curiofité d’éxaminer ces huit Témoins, confirmèrent ce que le Sécre- 
taire avoit écrit. Cet éclairciflement paroït fuffire pour l’autenticité de fa Re- 
lation. Le Traduéteur Anglois (b) obftrve, d’après l'Editeur François, qu'il 
ne s’y trouve rien qui ne s'accorde avec ce qu'on lit dans Palafox & dans d’au- 
tres Hiftoriens de l'invafion T'artare. (‘ependant quelqu'apparence de vérité 
qu'ait cette rélléxion, à l'égard des ufages de la Corée & de la forme de fon 
gouvernement, qui paroiffenc les mêmes qu'à la Chine, il y a quelqu'objeétion 
à faire contre la Géographie de l’Auteur Hollandois. Elle ne s'accorde point a- 
vec la Carte de Corce pour les noms de: Villes (c), dans la route que les Hol- 
landois fuivirent depuis la Mer jufqu « là Capiiale du Royaume, ni pour celui 
de la Capitale meme; ce qui it d’autanc plus embarraflant, que cette Carte eft 
une copie de celle qui eft fuipendie dns le Palais du Koï, & que les noms 
qu’elle contient fon: les noms intqu s. Mn ne peut répondre à cette difficulté 
qu'en fuppofanc qu: les Muflionaires avr: erit ces noms en Chinois au-lieu de 
les écrire en Corsen; car les deux Nat emploient les mêmes caractères 
quoique leur lanwue foit différente 

Comme le frjour de l'Auteur dans le Royaume de Corée fut d'environtrei- 
ze ans, il femble que fa Relation devoit etre plus ample & plusdétaillée. Mais 
on doit être content fi l’on y trouve les caraétères de la vérité, fur-tout lorf- 
que celle des Miffionaires al beaucoup plus féche. On trouve à la fin du Jour- 


nal (4) les noms des Hollandois qui revinrent en Europe & de ceux qui demeu- 
rérent en Corée. Il n'en reftoit que feize, de trente-fix qui s'écoient fauvés du 
naufrage treize ans auparavant. 


Noms de ceux qui revinrent. Noms de ceux qui demeurèrent. 
Jean Laure, d'Amifterdam. 
Henri CorNecius, de Vrulandt. 
Jean Nicozas, de Dort, 

Jacob Jaxs, de Norvege. 
Antoine Ucoers, d'Embden. 
Nicolas ArEeNTs, d'Oftwren. 
Alexandre Bosquer, Ecoflois. 
Jean. . .. , d'Utrecht. 


Henri HameL , de Gorcum; Sécretaire 
du Vaiffeau, Auteur de la Relation. 

Godefroy Denis, de Rotterdam. 

Jean Prrers, d'Uries en Frife, 

Gerard Jaws, de Rotterdam. 

Mathieu YHockEN, d'Enchuyfe. 

Corneille THsoporick, d'Amfterdam. 

Benoît CLerc, de Rotterdam. 

Denis Goprkrey, de Rotterdam. 


(ec) Les noms des Provinces donnés par 
Hamel différent au de ceux qui fe trouvent 
dans la Relation de Regis. 

(d) Au quatrième Tome de la Collection 
Angloife, pag. 587. 


(b) La Tradu&ion eft inférée dans le qua: 
trième L'ome d'une des grandes Collcétions 
Ansioiles , fous le titre de : Account of the 
Schipwreck, of a Dutch Velfel, onthe Coaft, of 
Quelpaert, together with the Defcriprion of 
tbe Kingdom of Corée. 


ITAMEL, 


1653. 


INTRODU c- 
TION, 


Objeétion 
contre la fidé- 
lité de cette 
Relation, 


Réponfe, 


Noms des 
Hollandois 
qui furvécu- 
rent à leurs 

* 
Compagnons, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


dans le 
champ 
caufero 

ILs 
qui vei 
du riva 
énebr 
de mou 
inutiler 
étoient 
ceux q 
traînés 
part nul 


HAMEL 


1653: $. I. 


| Nu:frage des Hollandois vers l'Ifle de Quelpaert. Leur Jéjour dans 
| cette Ifle ES Ja défcription. 


| Départ du 
| Vaifeau & fa feau le Sparrow Haut, arrivérent dans la Rade de Batavia le premier de 


route, 


le 14 du mème mois, par l'ordre du Gouverneur Géneral, pour ferendre à Tay- 
wan (a), où ile mouillèrenc le 16 de juillec. Is conduifoient Cornelius Leffeï, 
qui alloit prendre poflftion du Gouvernement de cette Ville & de l'Ifle de 


Formofe, à la place de Nicolas Verburge (b). Le 30, un ordre du Confeil Eee 

| les obligea de partir pour le Japon. Des le iendemain, vers le foir, en for- Les 
Î tant du Canal de Formofe, ils cluyèrent une tempete qui ne fic qu'augmenter Fo . 
| pendant toute la nuit. ss “ 
| Tempêtes LE matin du premier d'Août, ils fe trouvèrent fort près d'une petite Ifle, oi FR Le 
Î & malheus ils mouillérent avec beaucoup de difficulté, parce qu'on ne trouve pas de fond a 
[| PES dans prefque toutes les parties de cette Mer. Lorfque le brouillard vint à f: Sr P 
| | difliper, ils furent furpris de fe voir fi près des Côtes de la Chine, qu'ils gel 
| diftinguoient facilement, au long du rivage , des gens armés, qui s’attendoienr Le ; di 

| apparemment à profiter des débris du Vaifléau. Mais quoique la tempête nc : Wu 
| ceffàt pas d'augmenter ils pafférent dans le même lieu toute la nuit & le jour ne f 
| l fuivant, à la vüe de ceux qui les obfervoient. Le troifième jour ils s'apperçu- fac de f 
| | à rent que la tempête les avoit jettés à vingt lieuës de leur route, & qu'ils ne AL 
| voyoient encore l’Ifle l'ormofe. Ils pañlèrent entre cette Ifle & le Continent. D Le 
| Le tems ctoit affez froid. Ce qui les chagrina le plus, ce fut de fe voir ar. re 
rêtés dans ce canal jufqu’au 11 du même mois, par le mélange incertain des re 

| vents & des calmes. Enfin un vent Sud-Eft , qui forma une nouvelle tem- s a er 
| pête, avec une forte pluie, les obligea de prendre au Nord-Eft & au Nord- Ro 
l Eft quart de Nord. Les trois jours fuivans, le tems devint encore plus ora- one P° 
f Fe le vent changea tant de fois, qu'ils ne firent que lever & baifkr on 
| es voiles. RAS 
| L'embarras Dans cette fituation, les battemens continuels de la Mer avoient fort af. . | Ha 


l us foibli leur Vaifleau; & la pluie qui ne difcontinuoit pas, les empêchant de 
|! 7e faire des obfervations, ils furent obligés d'amener toutes leurs voiles & de 
s'abandonner aux flots. Le 15, ils prirent tant d'eau qu’ils n'étoient plus 


fufil; mi 
nérent le 
noître qL 


les maîtres de leur Bâtiment. La nuit fuivante , leur Chaloupe & la plus Re 
grande partie de la galerie furent emportées par la violence des vagues, qui fculté de 
ébranlèrenc le beau-pré, & mirent la proue fort en danger. Les coups de fan. Ce 
vent étoient fi impétueux & fe fuccédoient de fi près qu’il étoit impoffible de di cdtote 
remédier à ce défordre. Enfin une vague, qui fe brifa fur l’antène, faillit Aro: ja 
d'emporter tout ce qu'il y avoit de Matelots fur le Pont, & jetta tant ue ds es 
. " qui, aprt 

més penc 

(a) Ou plûtôt, de Tay-wan dans l'Ile de Formofc. ‘ LE le 


Qo) Voyez le Tome précédent. 


dans 


, furle Vaif- 
: premier de 
’une ficheu- 
t à la voik 
endre à Tay- 
nelius Le{Je;, 
c de l'Ifle de 
e du Confeil 
foir, en for- 
ju'augmenter 


etite Ifle, où 
+ pas de fonc 
rd vint à [: 
hine, qu'ils 
s'attendoient 
à tempête nc 
uit & le jour 
ls s'apperçu- 
Le: qu'ils 
e Continent. 
e fe voir ar- 
incertain des 
ouvelle tem- 
& au Nord- 
ore plus ora- 
er & baifker 


ient fort af- 
péchant de 
roiles & de 
étoient plus 
e & la plus 
vagues, qui 
s coups de 
mpofñlible de 
têne, faillit 
tant d’eau 

dans 


DE LA CHINE, Lrv. Ill. Craer. Ii. 415 


dans le bâtiment, que le Capitaine s’écria qu'il falloit couper le mât fur le 
champ & demander le fecours du Ciel, parce qu'une ou deux vagues de plus 
cauferoient infailliblement la perte du Vaifleau. 

Is ctoient réduits à cette extrémité, lorfqu'a la feconde faétion, celui 
qui veilloit à l'avant, s'écria, terre, terre, en afurant qu'on n'étoit éloigné 
du rivage que d'une portée de moufquet. C'étoit la pluie & l'épaifleur des 
sénebres qui n’avoit pas permis de s'en appercevoir plûtôt. 11 fut impoñible 
de mouiller, parce qu'on ne trouva point de fond; & tandis qu'on s’efforçoit 
inutilement d'y parvenir, il fe fit une fi grande voie d’eau que tous ceux qui 
ctoient à fond de calle furent noyés fans en avoir pû fortir. Quelques-uns de 
ceux qui étoient fur le Pont fautèrent dans la Mer. Les autres furent en- 
traînés par les flots. Il y en eut qui gagnèrent enfemble le rivage, la plû- 
part nuds & tout brifés. Îls fe perfuadérent d’abord que tous les autres avoient 
péri, mais en grimpant für les rochers ils entendirent les voix de ‘quelques 
perfonnes qui poufloient des plaintes; & le jour fuivant, à force de crier & 
de chercher le long du rivage, ils en raffemblerent plufieurs qui étoient dif- 
periés fur le fable, De foixante-quatre, ils fe trouvèrent au nombre de trente- 
{ix, mais la piñpart bleffés dangereufement. 

EN cherchant les débris du Vaifleau, ils découvrirent un de leurs compa- 
gnons pris entre deux planches , dont il avoit été fi ferré qu’il ne vêcut pas 
plus de trois heures. Mais de tous ceux qui avoient eu le malheur de périr, ils 
ne retrouvérent que leur Capitaine, Eybertz d'Amfterdam, étendu fur le fa- 
ble à dix ou douze braïles de l'eau, la tete appuïée fur fon bras. Ils l’enter- 
rérent. De toutes leurs provifions, la Mer n'avoit jetté fur le rivage qu'un 
fac de farine, un tonneau de viande falée, un peu de lard, & un baril de 
vin rouge. Ils n’eurent pas peu d'embarras pour faire du feu; car fe croiant 
dans quelque Ifle déferte leur unique reflource étoit dans leur induftrie. Le 
vent & la pluie ayant diminué vers le foir, ils amaflérent aflez de bois 
pour fe mettre à couvert, avec les voiles qu'ils avoient pû fauver de leur nau- 
frage. 

Le 17, étant à déplorer leur condition, tantôt s’affigeant de ne voir pa- 
roître perfonne, tantôt fe flattant de n'étre pas éloignés du Japon, ils dé- 
couvrirent à la portée du canon, un homme qu'ils appellèrent par divers fi- 
gnes, mais qui prit la fuite aufi-tôt qu'il les eût apperçus. Dans le cours 
de l'après-midi, ils en virent trois autres, dont l’un étoit armé d'un moufquet 
& les deux autres de fléches. Ces inconnus s’approchèrent à ia portée du 
fufñil; mais remarquant que les Hollandois s’avançoient vers eux, ils leur tour- 
nérent le dos, malgré les fignes par lefquels on s’efforçoit de leur faire con- 
noître qu'on ne leur demandoit que du feu. Enfin, quelques Hollandois ayant 
trouvé l: moyen de les joindre, celui qui portoit le moufquet ne fit pas dif- 
ficulté de l'&sandonner entre leurs mains. Ils s’en fervirent pour allumer du 
feu. Ces trois hommes étoient vêtus à la Chinoife, excepté leurs bonnets, 
qui étoient compofés de crin de cheval. Les Hollandois s'imaginèrent avec 
cffroi que c'étoient peut-être des Chinois fauvages ou des Pirates. Versle foir, 
ils virent paroître une centaine d'hommes armés, vêtus comme les premiers, 
qui, après les avoir comptés, pour s’aflürer de leur nombre, les cinrent renfer- 
més pendant toute la nuit. 

LE lendemain à midi, environ deux mille hommes, tant ächevalqu'a pied, 
vinrent 


Hamct. 


1653. 


Leur nauyf:2- 
ge 


Nombre de 
ceux qui fe 
fauvèrent, 


Ils fe trou- 
vent dans ua 
lieu qu'ils 
croient dé- 
fert. 


Ils décou- 
vrent quels 
ques Habi- 
tans, 


Hanrz, 
1653. 


Comment ils 
en font trai- 
tés, 


Terreur pa- 
nique des 
Hollandois. 


15 fe trou- 
vent dans l'I. 
fle de Quel- 
paert, 


On fauveles 
&ébris de leur 


Vuifleau, 


Donne-foi 
des Habitans 
de life, 


416 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


vinrent fe placer devant leur hute, ou leurtente, en ordre de bataille, LeSé. 
cretaire & les deux Pilotes, avec un Mouflé, ne firent pas difficulté de fe 
préfenter à eux. Ils furent conduits au Commandant, qui leur fit mettre au 
col une groffe chaîne de fer avec une petite fonnette, & qui les obligea de 
fe profterner devant lui avec cette parure. Ceux qui étoient demeurés dans la 
hutte furent traités de même, tandis que les Infulaires fembloient applaudir 
par de grands cris. Après les avoir laiflés quelaue tems dans cette fituation, 
c'eft-à-dire, profternés fur le vifage, on leur fit ligne de fe mettre à genoux. 
On leur fit plufieurs queftions qu'ils ne purent entendre. Ils ne réuflirent pas 
mieux à faire connoître qu'ils avoicnt voulu fe rendre au Japon, parce que 
dans ce Pays le Japon s'appelle Junare où Jirpon. Le Commandant , ayant 
perdu l'efpérance de les entendre mieux, fit apporter une tafle d'atrack, qui 
leur fut préfenté tour à tour, & les renvoya dans leur tente. Il fe Ft montrer 
ce qui leur reftoit de provifions, & bientôt après on leur apporta du riz cuit à 
l'eau. Mais comme on s’imagina qu'ils mouroient de faim, on ne leur en 
donna d'abord qu’une portion médiocre, dans la crainte que l'excès ne leur 
fût nuifible. 

ArrÈès-midi, les Hollandois furent furpris de voir venir plufieurs de ces 
barbares avec des cordes à la main. Ils ne doutèrent pas que ce ne fût pour les 
étrangler. Mais leur crainte s'évanouit en les voyant cou’ir vers les débris du 
Vaiffrau, pour tirer au rivage ce qui pouvoit leur être utile. Le foir on leur 
don... une plus groffe portion de riz. Le Capitaine, ayañc fait fes obferva- 
tions, jugea qu'ils étoient dans l'Ifle de Quelpaert, au trente-troifième degré 
trente-deux minutes de latitude. 

Les Infulaires employèrent le 19 à tirer au rivage tous les reftes du nau- 
frage, à faire fécher les toiles & les draps, à brûler le bois pour en tirer le 
fer, qu'ils aiment beaucoup. Comme la familiarité commençoit à s'établir, 
les Hollandois fe préfentèrent au Commandant des forces de l'Ifle, & à l’A- 
miral, qui s’étoit approché aufñi deleur Tente. Ils firent préfent à l'un & à l'au- 
tre d'une lunette d'approche & d’un flacon de vin rouge. La tañle d'argent 
du Capitaine ayant été trouvée entre les Rochers , ils l'offrirent auffi à ces 
deux Officiers. Les lunettes & la liqueur furent acceptées. Il parut même 

ue le vin étoit goûté, puifque les deux Ofliciers en burent jufqu'àa fe reflen- 
tir de fes effets. Mais ils rendirent la taffe du Capitaine, avec divers témoi- 
gnages d'amitié. 

LE 20, on acheva de brûler le bois du Vaïfleau & de tirer le fer. Pen- 
dant cette opération, le feu s'étant approché de deux piéces de canon char- 
gés à boulet, les deux coups partirent avec tant de bruit , que tous les In- 
fulaires prirent la fuite & n’oférent revenir qu'après avoir été raflurés par 
des fignes. Je même jour, on apporta deux fois du riz aux Hollandois. Le 
matin du jour fuivant, le Commandant leur fit entendre, par des fignes, qu’il 
falloit lui apporter tout ce qu'ils avoient pû fauver dans leur Tente. C'étoit 
pour y mettre le fcellé, & cette formalité fut éxécutée devant leurs yeux. 
On lui amena au même moment quelques perfonnes de l'Ifle, qui avoient dé- 
tourné, pour leur propre ufage, du fer, des cuirs & d’autres reftes de la 
cargaifon. Il les fit punir fur le champ, pour faire connoître aux Etrangers 
que le deffein des Fabitans n’étoit pas de leur faire tort dans leurs perfonnes 


ni dans leurs biens. Chaque voleur reçut trente ou quarante coups nee 
| plante 


partir 
lades 
d'une 
ils s'al 
fut-fo 
Le 22 
céden 
y din 
Gouv. 
une P 
trois r 
mais | 
qu'on 
capabl 
fe voit 
Le 
compa 
con, € 
nir rer 
d'où il 
Ils rép 
gazaqu 
compr 
vûe , 
il les fi 
vir la ( 
AU: 
enviroi 
riz par 
de plus 
voient- 
de fel, 
âgé d’e 
mé à Îa 
qu'il éc 
ponfe t 
lieues ; 
quelque 
de fort 
grace n 
ques-un 


VIIT 


ille. Le Sé- 
culté de fe 
t mettre au 
 obligea de 
rés dans la 
t applaudir 
e fituation, 
> à genoux. 
uflirent pas 
» parce que 
ant , ayant 
atrack, qui 
Et montrer 
du riz cuit à 
ne leur en 
cès ne leur 


eurs de ces 
fût pour les 
es débris du 
foir on leur 
fes obferva- 
ème degré 


tes du nau- 
en tirer le 
à s'établir, 
, & à l’À- 
’un & à l’au- 
île d'argent 
aufli à ces 
parut même 
"a fe reflen- 
ivers témoi- 


fer. Pen- 
canon char- 
tous les In- 
aflurés par 
landois. Le 
ignes, qu’il 
re, C'étoit 
leurs yeux. 
avoient dé- 
reftes de la 
Etrangers 
s perfonnes 
oups fur la 

plante 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. Il 417 


plante des pieds, avec un bâton de fix pieds de long, & de la groffeur du 
bras. Ce châtiment fuc fi rigoureux, qu'il en coûta les orteils à quelques- 
uns des coupables. 

VERs midi on fit entendre aux Ilollandois qu'ils devoient fe préparer à 
partir. On offrit des chevaux à ceux qui étoient en bonne fanté, & les ma- 
Jades furent portés dans des hamacks. Îls fe mirent en marche, accompagnés 
d'une garde nombreufe, à pied & à cheval. Après avoir fait quatre lieues, 
ils s’arrétèrent le foir dans une petite Ville, nommée Tüudiane, où leur fouper 
fut-fort léger, & leur logement dans un magafin qui avoit l'air d’une étable. 
Le 22, à la pointe du jour, étant partis dans le méme ordre que le jour pré- 
cédent, ils gagnèrent un petit Fort, près duquel ils virent deux Galiotes. Ils 
y dinèrent, & le foir ils arrivèrent à Maggan, où Mo-kjo (c), Ville où le 
Gouverneur de l'Ifle fait fa réfidence. 1ls furent conduits tous enfemble fur 
une Place quarrée, vis-à-vis la Maifon de Ville, où ils trouvèrent environ 
trois mille hommes fous les armes. Quelques-uns vinrent leur offrir de l’eau, 
mais les voyant armés d'une manière cerrible, nos Hollandois s'imaginèrent 
qu'on avoit deffein de les tuer. L'habillement de cette Milice barbare étoit 
capable d'augmenter leur frayeur. Il avoit quelque chofe d'effrayant, qui ne 
fe voit point à la Chine ni au Japon. 

Le Sécretaire fut conduit devant le Gouverneur, avec quelques-uns de fes 
compagnons. Ils fe tinrent quelque-tems profternés près d’une efpèce de bal- 
con, où il étoit aflis comme un Souverain. On fit figne aux autres de lui ve- 
nir rendre les mêmes honneurs. Enfuite il leur fit demander par divers fignes 
d'où ils venoient, & quel terme ils s’étoicnt propofé dans leur Navigation. 
Ils répondirent qu'ils étotent Hollandois, & qu'ils devoient fe rendre à Nan- 
gazaqui au Japon. Le Gouverneur leur déclara, d'un figne de tête, qu’il 
comprenoit quelque chofe à leur réponfe, après quoi il les fit pafer en re- 
vûe, quatre à quatre, & leur ayant fait fucceflivement la même queftion, 
il les fit conduire dans un édifice où l'oncle du Roi, accufé d’avoir voulu ra- 
vir la Couronne à fon neveu, avoit été renfermé jufqu’à fa mort. 

Aussi-TÔT qu'ils furent tous entrés dans cette efpèce de prifon, elle fut 
environnée d'hommes armés. On leur donna, chaque jour, douze onces de 
riz par tête avec la même quantité de farine de froment , mais prefque rien 
de plus; & tout ce qui leur fut offert étoit fi mal préparé, qu'à peine y pou- 
voient-ils toucher. Ils fe virent ainfi réduits à vivre de riz, de farine, & 
de fel, avec de l’eau pour unique boiffon. Le Gouverneur , qui paroifloit 
âgé d'environ foixante-dix ans, étoit un homme trés-raifonnable & fort efti- 
mé à la Cour. En les congédiant , il leur avoit fait connoître par des fignes 
qu'il écriroit au Roi pour fçavoir fes intentions à leur égard, mais que la ré- 
ponfe tardercit long-tems, parce que la Cour étoit éloignée de quatre-vingt 
lieues ; foixante-dix par terre & dix par cau. Ils le prièrent de leur accorder 
quelquefois un peu de viande & d’autres fortes d’alimens, avec la permiffion 
de fortir chaque jour, fix à fix, pour prendre l'air & laver leur linge. Cette 
grace ne leur fut pas refufée. Il leur fit l'honneur d’en appeller fouvent quel- 
ques-uns, & de leur faire écrire quelque chofe devant lui, foit en Hollandois, 

foit 


(c) On lit Mocxo dans l'Original. 
VIII. Part. Geg 


Hart, 


1653. 


On fait par- 
tir les Hollan- 


dois pour la 
Capitale de 
l'Ifle. 


Ils paroiffent 


devant le 
Gouverneur, 


Ils font rens 
fermés. ‘lrai. 
tement qu’on 


leur fait, 


Bonté du 
Gouverneur 
de l’Ifle, 


i 


ITAMELL, 


1653. 


Les Hollan- 
dois trouvent 
un homme de 
leur Pays. 


Ses avantu- 
res & lumié- 
res qu'il leur 
donne, 


Ils conti 
nuent d’être 
bien traités. 


Changement 
dans leur fort. 


418 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


foit dans fa propre langue. Ils commencèrent ainfi à pouvoir entendre quelques 
termes du Pays. La fatisfaétion que cet honnete Gouverneur paroifloit prendre 
à s'entretenir avec eux & même à leur procurer de petits amufemens, leur fit 
concevoir l'efpérance de pafler tôt ou tard au Japon. Il eut tant de foin de leurs 
malades, que, fuivant l'Auteur, ils furent mieux traités par des Idolätres qu’il 
ne l'euffent été par des Chrétiens. 

LE 29 d'Oétobre, le Sécreraire, le Pilote & le garçon du Chirurgien furent 
conduits chez le Gouverneur. Ils y crouverent un homme añi:, qui avoit une 
grande barbe roufle. Pour qui prenez-vous cet homme, leur dit le Gouver- 
neur? Ils répondirent qu'ils le croyoient Ilollandois. Vous vous trompez, 
reprit-il en riant, c'eft un Corélien. Après quelques autres difcours, cet hom- 
me, qui avoit gardé jufqu'alors le filence, leur demanda en Follandois, qui 
ils étoient & de quel Pays? Ils fatisfirent fa curiofité, en joignant à cette ex- 
plication le récit de leur infortune, Aux mémes queftions qu'ils lui firent à 
leur tour, il répondit que fon nom étoit Ÿean Wettevri, qu'il étoit natif de 
Rip (d) en Hollande, d'où il étoit venu en 1626 à bord du Vaifleau le 
Hollandia , en qualité de Volontaire ; que l'année d’après, dans un voyage 
qu'il faifoit au Japon, fur la Frégate l'Ouderkerck , il avoit été jetté par le 
vent fur la Côte de Corée; que, manquant d’eau & fe trouvant commandé 
avec quelques autres pour en faire fur le rivage, il avoit été pris par les 
Habitans, lui, & deux de fes compagnons , ‘L'héodoric Gerard & Jean Pie- 
ters , qüi avoient été tués à la guerre, il y avoit dix-fept ou dix-huit ans, 
dans une invafion que les ‘T'artares avoient faite en Corée: qu'il étoit âgé de 
cinquante-huit ans; & que, faifant fa demeure dans la Capitale du Royaume, 
le Roi lui avoit donné la commiflion de venir s’infoïmer qui ils écoient & ce 
qui les avoit amenés dans fes Etats. 11 ajouta qu'il avoit fouvent demandé au 
Roi la permiffion de pañler au Japon, & que pour toute réponfe ce Prince 
l'avoit affuré qu'il ne l’obtiendroit jamais, à moins qu’il n'eût des aîles pour y 
voler ; que l’ufage du Pays étoit d'y retenir les Etrangers, mais qu’on ne les 
y laiffoit manquer de rien, & que l'habillement & la nourriture leur étoient 
fournis gratuitement pendant toute leur vie. 

CE difcours ne pouvoit étre fort agréable aux Follandois. Mais la joie 
de trouver un fi bon Incerpréte diflipa leur mélancolie. Cependant ÆWetteuri 
avoit tellement oublié la Langue de fon Pays, qu'ils eurent d'abord quelque 
peine à l'entendre. Il eut befoin d’un mois entier pour rappeller fes idées. 
Le Gouverneur fit prendre en forme toutes leurs dépofitions, qu’il envoya 
fidellement à la Cour, & leur recommanda de ne pas s'affliger, parce que 
la réponfe feroit prompte ; d'un autre côté , il leur accorda chaque jour 
de nouvelles faveurs, Wettevri & les Officiers qui l’accompagnoient eu+ 
rent la liberté de les voir en tous tems, & celle de leur faire expliquer leurs 
befoins. 

Au commencement de Décembre, les trois ans de l’adminiftration de leur 
bienfaiteur étant expirés, ils virent arriver un‘nouveau Gouverneur. L’Au- 
teur eft ici dans l'embarras pour trouver des exprefions qui répondent à fes 
fentimens. On auroit peine à s'imaginer, dit-il, quels témoignages de bonté 
les Hollandois reçurent de ce généreux proteéteur avant fon départ. Les 

voyant 


(4) Rüp elt un grand Village de Northollande. 


voya 
foulid 
bienf: 
ouvd 
jouta 
la Co 
du m 
fauvé 
une bl 
qui les 
un pe 
M: 
traités 
riz, Ô 
de ve 
chagri 
les fir 
béré lc 
nuit, ( 
fin du 
s'aflür 
nérent 
Au 
cinq d 
voi{in ( 
la garc 
petit b 
te, leu 
Barque 
d'un p 
rent le: 
quet, | 
rent pe 
tres , | 
la voil 
de les 
lever | 
aux H 
tôt joi 
légère 
Mais, 
de la ! 
ILs 
la terr 
amene 
coupa 
Is ré] 
quel à 


e quelques 
jit prendre 
is, leur fit 
in de leurs 
lâtres qu'il 


gien furent 
| aAvOIt une 
e Gouver- 
trompez , 
, cet hom- 
ndois, qui 
à Cette Ex- 
ui firent à 
it natif de 
Vaifleau le 
un voyage 
etté par le 
commandé 
ris par les 
Jean Pie- 
-huit ans, 
it âgé de 
Royaume, 
ient & ce 
emandé au 
ce Prince 
les pour y 
'on ne les 
ur étoient 


is la joic 

HWettevri 
Ï quelque 
fes idées, 
| envoya 
parce que 
ique jour 
ojent eu* 
ucr leurs 


n de leur 
L’Au- 
nt à fes 
de bonté 
tr. Les 
voyant 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cruar. Il. 419 


voyant mal pourvûs pour l'Ilyver, il leur fit faire à chacun deux paires de 
fouliers, un habit bien doublé & une paire de bas de peau. II joignit à ce 
bienfait les carefles les plus nobles. 11 déclara qu'il étoit fort afligé de ne 

ouvoir les envoyer au Japon, ou les conduire avec lui au Continent, Il a- 
jouta qu'ils ne devoient pas s'allarmer de fon départ, parce qu'en arrivant à 
la Cour il employeroit tout fon crédit pour leur faire obtenir la liberté, ou 
du moins la permifiion de le fuivre. 11 leur rendit les livres qu'ils avoient 
fauvés de leur naufrage, & plulicurs parties de leurs biens, auxquels il joignit 
une bouteille d'huile précicuie. Enfin, il obtint du nouveau Gouverneur, 
qui les avoit déjà réduits au riz, au fel & à l'eau, que leur fubfiltance feroit 
un peu plus abondante. 

Mars, après fon départ, qui arriva au mois de Janvier 1654, ils furent 
traités avec plus de dureté que jamais, On leur donna de l'orge au-licu de 
riz, & de la farine d'orge au-lieu de farine de froment. Ils furent obligés 
de vendre leur orge pour en acheter d'autres alimens. Cette rigueur, & le 
chagrin de ne pas voir arriver d'ordre du Roi pour les conduire à la Cour, 
les firent penfer à prendre la fuite au Printems prochain. Après avoir déli- 
béré long-tems fur les moyens de fe faifir d'une Barque dans l'obfcurité de la 
nuit, entn fix d'entr’eux formèren: la réfolution d'éxécuter ce deffein vers la 
fin du mois d'Avril. Mais le plus hardi étant monté fur une muraille, pour 
s'affürer du lieu où étoit la Barque, fut apperçu de quelques chiens, qui don- 
nérent l'allarme aux Gardes par leurs abboyemens. 

Au commencement de May, le Pilote, nyant eu la liberté de fortir avec 
cinq de fes compagnons , découvrit, en fe promenant dans un petit Village 
voifin de la Ville, une Parque aflez bien équipée, qui n’avoit perfonne pour 
la garder. Il chargea fur le champ un des cinq Hollandois de prendre un 
petit bateau & quelques planches courtes qu'il voyoit fur le rivage. Enfüi- 
te, leur ayant fait boire à tous un coup d'eau, il fe rendit avec eux fur la 
Barque , fans aucune précaution. ‘Tandis qu'ils s'efforçoient de la dégager 
d'un petit Banc de fable, qui coupoit le paffage, quelques Habitans obfervé- 
rent leur deflein; & l’un d’entr'eux courut jufques dans l’eau, avec un mouf- 
quet, pour les forcer de retourner au rivage. Mais fes menaces les effraye- 
rent peu, à l'exception d’un feul, qui, n'ayant pû joindre aflez-tôt les au- 
tres , fut obligé de regagner la terre. Les cinq autres s’efforçoient de lever 
la voile, lorfque le mât & la voile tombèrent dans l'eau. Ils ne laiffèrent pas 
de les rétablir avec beaucoup de peine; mais comme ils recommençoient à 
lever la voile, ke bout du mât fe rompit. Ces délais ayant donné le tems 
aux Habitans du Willage de fe mettre dans une autre Barque, ils eurent bien- 
tôt joint les fugitifs, qui fans être effrayés du nombre & des armes, fautèrent 
légèrement dans la Barque ennemie & fe flattèrent de pouvoir s’en faifir. 
Mais, la trouvant remplie d'eau & hors d'état de fervir, ils prirent le parti 
de la foumiffion. 

Izs furent conduits au Gouverneur, qui les fit d'abord étendre à piat fur 
la terre, les mains liées à une grofle piéce de bois. Enfuite, s'étant fait 
amenér tous les autres, liés auffi & les fers aux mains , il demanda aux fix 
coupables fi leurs compagnons avoient eu quelque connoiffance de leur fuite. 
Ils répondirent non, d'un aïr ferme. Wettevri reçut ordre d'approfondir 
quel avoit été leur deffein. ls proteftérent qu'ils n’en avoient pas eu d'autre 


: Ggg 2 que 


1654. 


Is ont trai. 
tés plus dure- 
ment par un 
nouveau Gou- 
verneur, 


Ils forment 
le projet de 
s'enfuir, 


Tentative 
quileur réufMit 
mal, 


Îs font arrê- 
tés , interro- 
gés & punis, 


HamEr, 
1654. 


Defcription 
de l'Ifle de 
Quelpaert. 


Les Hollan- 
dois font con- 
duits à la 
Cour. 


Leur route. 


Continua- 
tion delarou- 
te par diver- 
fes Villes. 


420 VOYAGES DANS LEMPIRE 


que de fe rendre au Japon. Quoi, leur dit le Gouverneur, vous auriez ofé en- 
treprendre ce voyage fans pain & fans eau? Ils lui dirent naturellement qu’ils 
avoient mieux aimé s’expoler à la mort une fois pour toutes, que de mourir 
à chaque moment. Là-deffus, ces malheureux reçurent chacun vingt-cinq 
coups fur les fefles nues, avec un bâton long d’une brafle, & large de quatre 
doigts fur un pouce d’épaifleur, plat du côté dont on frappe, & rond du 
côté oppofé. Les coups furent appliqués fi rigoureufement , qu'ils en gar- 
dèrent le lit pendant plus d’un mois. Le Gouverneur fit délier les autres ; 
mais ils furent renfermés plus étroitement, & gardés jour & nuit. 

L’'Isce de Quelpaert, nommée Chefure par les Habitans, eft fituée à dou- 
ze ou treize lieuës de la Corée au Sud. Elle en a quatorze ou quinze de cir- 
conférence. Du côté du Nord, elle s'ouvre par une Baye, où l’on trouve 
toûjours plufieurs Barques, & d’où l’on fait voile au Continent. La Côte de 
Coréc eft d’un accès dangereux pour ceux qui la connoiffent mal, parce qu’el- 
le n’a qu’une feule Rade où les Vaiffeaux puiffent mouiller à l’abri. Dans 
toutes les autres, on eft fouvent expofé à fe voir jetter fur les Côtes du Ja- 
pon. Quelpaert eft environnée de Rochers. Ælle produit des chevaux & 
d’autres beftiaux en abondance; mais comme elle paye au Roi des droits 
confidérables, qui la rendent fort pauvre, .elle eft méprifée des Coréfiens du 
Continent. On y voit une montagne très-haute , entièrement couverte de 
bois, & quantité de collines fort nues, qui font entremélées de vallées abon- 
dantes en riz. 

A la fin de May, le Gouverneur reçut ordre de faire conduire les Hollan- 
dois à la Cour. Six ou fept jours après, ils furent embarqués dans quatre Bar- 
ques, les fers aux pieds & la main droite attachée à un bloc de bois. On ap- 
préhendoit qu’ils ne fautaffent dans l’eau, comme ils l’auroient pû facile- 
ment, parce que tous les Soldats de l’efcorte furent incommodés du mal 
de Mer. 

APRÈS avoir lutté deux jours contre le vent, ils furent repouflés dansl’Ifie 
de Quelpaert, où le Gouverneur leur Ôta leurs fers pour les faire rentrer dans 
leur prifon. Quatre ou cinq jours après, s'étant rembarqués de grand matin, 
ils arrivérent prés du Continent vers le foir. On leur fit pañler la nuit dans 
la Rade, Le lendemain ils prirent terre, &leurs chaînes leur furent ôtées, mais 
avec la précaution de doubler leur garde. On amena aufli-tôt des chevaux, fur 
lefquels ils fe rendirent à la Ville de Hey-nam. Ils eurent leplaifir de s’yrejoin- 
dre tous; car ayant été féparés par le vent, ils avoient dcbarqué en différeys 
lieux. 

LE matin du jour fuivant ils arrivèrent à la Ville de Ÿe-ham, où leur Cano- 
nier, qui n’avoit pas joui d’une bonne fanté depuis leur naufrage, mourut, & 
fut enterré par l’ordre du Gouverneur. Le foir ils s'arrétérent dans la Ville de 
Nadico; le lendemain, à San-chang ; enfuite à Tongap, après avoir traverfé u- 
ne haute montagne, fur le fommet de laquelle eft un vafte Fort, nommé 
Elpam-fanfiang.  De-là ils fe rendirent à la Ville de Teyn; & le jour fuivant, 
ayant pañlé par la petite Ville de Kuniga, ils arrivèrent le foir à Khin-ty0, 
grande Ville où le Roi tenoit anciennement fa Cour, & qui eft à préfent la 
réfidence du Gouverneur de la Province de Thillado. Le Commerce y eft flo- 
riffant & la rend fort célèbre dans le Pays, quoiqu'elle foit à une journée de 

Ja Mer. Ils gagnèrent enfuite Ÿe-/an, dernicre Ville de la même Fos ; 
où 


d'où ils 
dence d 
pañlé u 
tient Si 
APR 
une Ri 
lieuë a 
Ville ils 
peu fur 
la même 
petites 
menés @ 
de Wett 
d’où ils 
merce il 
pondit, 
la liberte 
tés. En 
ils avoic 
près qua 
chacun « 
LE le 
déclarer 
corps, 
de riz. 
la profet 
Roide:C 
du Roi « 
chaud. 
dre & de 
premier 
toûjours 
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autant de 
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der; le] 
& leur a 
LA «ct 
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gés de 
jes vit m 


(en: 
Coréfienne 
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tant que 
Langue Co 


riez ofé en- 
ment qu'ils 
> de mourir 

vingt-cinq 
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ils en gar- 
les autres; 
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inze de cir- 
l’on trouve 
La Côte de 
parce qu'el- 
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des droits 
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liées abon- 


les Hollan- 
quatre Bar- 
s. On ap- 
 pû facile. 
dés du mal 


s dans l’Ifie 
entrer dans 
and matin, 
à nuit dans 
Drées , mais 
evaux, fur 

s’yrejoin- 
n différens 


leur Cano- 
ourut, & 
la Ville de 
raverfé u- 
, nommé 
r fuivant, 
Kbin-tyo , 
bréfent la 
y eft flo- 
burnée de 
rovince; 
d'où 


d'où ils allèrent à la petite Ville de Gunun, puis à Feu-fan, & à Kon: Jio, réfi- 
dence du Gouverneur de la Province de Tiang-fiando. Le lendemain, ayant 
pallé une grande Rivière, ils entrèrent dans la Province de Sengado, qui con- 
tient Sior Capitale du Royaume. nn | 

Arrès avoir pailé plufieurs jours dans différentes Villes, ils traverférent 
une Riviére qui ne leur parut pas moins large que la Meufe l’eft à Dort. Une 
lieuë au-delà ils arrivèrent à Sior (e). Depuis leur débarquement jufqu’à cette 
Ville ils comptèrent foixante-quinze lieuës, toûjours au Nord, mais tirant un 
peu fur l’Oueft. Pendant les deux ou trois premiers jc:rs, ils furentlogés dans 
la même maifon. Enfuite on leur donna, pour trois ou quatre enfemble, de 
petites hutes, dans le quartier des Chinois qui font établis a Sior. Is furent 
menés en corps devant le Roi. Ce Prince les ayant interrogés par le miniftère 
de Wettevri, ils le fupplièrent humblement de les faire tranfporter au Japon, 
d’où ils fe flattoient qu'avec le fecours des Hollandois qui y éxercent le Com- 
merce ils pourroient retourner quelque jour dans leur Patrie. Le Roi leur ré- 
pondit, que les loix de la Corée ne permettaient pas d'accorder aux Etrangers 
la liberté de partir; mais qu'on auroit foin de leur fournir routesleurs néceïi- 
tés. Enfüite il leur ordonna de faire en fa préfence les éxercices pour lefquels 
ils avoient. le plus d'habileté, tels que de chanter, de danfer & de fauter; a- 
près quoi leur ayant fait apporter quelques rafraîchiffemens, il fit préfent à 
chacun de deux piéces de drap, pour fe vetir à la manière des Coréfiens. 

LE lendemain ils furent conduits chez le Général des Troupes, qui leur fit 
déclarer, par Wetteuri, que le Roi les avoit adiuis au nombre defes Gardes du 
corps, & qu’en cette qualité on leur fourniroit chaque mois foixante-dix katis 
de riz. Chacun reçut un papier, qui contenoit fon nom, fon âge, fon pays, 
ja profeffion qu'il avoit éxercée jufqu'alors & celle qu'il embraffoit au fervice du 
RoideCorée. Cette Patente étoit en caraétères Coréfiens fçellée du grand fceau 
du Roi & de celui du Général, qui n’étoient que la fimple imprelïion d'un fer 
chaud. Avec leur commiflion ils reçurent chacun leur moufquet, de la pou- 
dre & des balles. On leur ordonna de faire une décharge de leurs armes, le 
premier & le quatrième jour de chaque mois, devant le Général, & d'etre 
toûjours prêts à marcher à fa fuite, foit pour accompagner le Roi, foit dans 
d’autres occafons. Le Général fait trois revûes par mois, & les Soldats font 
autant de fois l'éxercice en particulier. Les Hollandois étoient encore au nom- 
bre de trente-cinq. On leur donna un Chinois & Wettevri pour.les commau- 
der; le premier en qualité de Sergent; l'autre, pour veiller fur leur conduite 
& leur apprendre les ufages des Coréfiens. 

La curiofité porta la plûpart des Grands de la Cour à les inviter à dîner, 
pour les faire tirer & danfer à la manière Hollandoife. Mais les femmes & les 
enfans étoient encore plus impatiens de les voir, parce que le bruit s’étoit ré- 
pandu qu’ils étoient d'une race monftrueufe, & que pour boire ils étoient obli- 
gés de fe lier le nez derrière les orcilles. L’étonnement augmenta, lorfqu'on 
jes vit mieux faits que les Habitans du Pays. Onadmira particulièrement la blan- 

cheut 

(e) 1 paroît par la Carte que la Langue cette Relation plufieurs noms écrits avec un r. 
Coréfienne n’apas dr, ouque cette lettre n'en- Cette différence*& l'omiffion des Latitudes , 
tre pas dans les noms de Ville; fuppofé pour- font qu'on ne reconnoît aucun de ces noms 
tant que les Miffionaires les aient écrits en dans la Carte. 

Langue Coréfienne, Cependant on voit dans 


Geg 3 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. Il 421 


HAMEL. 


1654. 


Les Io!lan- 
dois arivent 
à la Canitule 


de la Corés. 


Ils paroif- 
fent devant le 
Roi. 


On les fait 
danfer & 
chanter, 


Ils font en- 
rollés dans les 
Gardes du 
corps. 


Fonctions de 
leur einploi, 


Curiofté des 
Grands & du 
Peuple pour 
les voir. 


422 


ÎTAMEL, 
1654. 


Forterefc où 
ils font en- 
votés pour un 
IMOiS 


Froid cxcef- 
fif, Comment 
ils s'en défen- 
dirent, 


Témérité de 
deux Hollan- 
dois, qui leur 
coûte la vie, 


VOYAGES DANS L'EÉMPIRE 


cheur de leur teint. La foule étoit fi grande autour d'eux, que dans les pre. 
miers jours à peine pouvoient-ils fe faire un paffage dans les rues, ou trou- 
ver un moment de repos dans leurs hutes. Enfin le Général arrêta cetgmpor. 
tement, par la défenfe qu'il fit publier d'approcher de leurs logemens fans fa 
permiflion. Cet ordre étoit d'autant plus néceflaire, que les Éfciaves mêmes 
des Grands portoient la hardiefe jufqu'à les faire fortir de leurs hutes pour s’en 
faire un amufement. 

Au mois d'Août, on vit arriver un Envoyé Tartare, qui venoit demander 
le tribut. L'Auteur, fans nous expliquer ici les motifs du Roi, raconte que ce 
Prince fe crut obligé d'envoyer fes [ollandois dans une grande lortereffe, qui 
eft à fix ou fept lieuës de Sior, & de les y laiffèr jufqu'au départ du Miniftre 
Tartare, c'efl-a-dire, jufqu’au mois d'après. Cette l'ortere.’e eft fituce fur 
une montagne nommée Numma-fan-fiang, qu'on ne peut monter en moins de 
trois heures. Elle eft fi bien defendue, qu'elle fert de retraite au Roi méme 
dans les tems de guerre. La plûpart des Grands du Royaume y font l:ur ré- 
fidence ordinaire, fans craindre d'y manquer de proviions, parce qu'elle en 
cft toûjours fournie pour trois ans. 

Vers la fin de Novembre, le froid devint fi vif quelarivière étant siacée, 
on y vit pafler à la fois trois cens chevaux chargés. Le Général, allarmé pour 
les Floliandois, témoigna fon inquiétude au Roi. On leur fit dittribuer quel- 
ques cuirs à demi-pourris, qu'ils avoient fauvés de leur naufrage, pour les 
vendre & s’en acheter des habits. Deux ou trois d'entr'eux employèrent ce qui 
leur revint de cette vente à fe procurer la propriété d'une peticehute, quileur 
coûta neuf ou dix écus. Ils aimèrent mieux fouffrir le froid, que de fe voix 
continucllement tourmentés par leurs hôtes, qui les envoyoient chercher du 
bois dans les montagnes à trois ou quatre licuës dela Ville. Les autres s’ étant 
vêtus le moins malqu’il leut fut poflible, pañlèrent le refte de l'hyver comme ils 
en avoient pañlé plufieurs autres. 

L'Envoyé ‘Tartare étant revenu à Sior au mois de Mars 1655, il leur fut 
défendu fous de rigoureufes peines, de mettre le pied hors de leurs maifon:, 
Cependant le jour de fon départ, Henri Fans & Henri-Fean Bos réfolurent de 
fe préfenter à luidans le chemin, fous prétexte d'aller au bois. Auffi-rôt qu'ils 
le virent paroître à la tête de fatroupe, ils s’'avancèrent près de fon cheval ; & 
prenant les rênes d'une main, ils ouvrirent de l'autre leur robe Coréfienne, 
pour faire voir par-deflous l'habit Hollandois. Cet incident caufa d’abord beau- 
coup de confufion dans latroupe. L’Envoyé leur demanda fort curieufement 
qui ils étoient. Mais ne pouvant fe faire entendre, il leur donna, par desfi- 


gnes, l'ordre de le fuivre. Le foir, s'étant informé s’il pouvoit trouver unln- 


terpréte, on lui parla de Wettevri. Il l'envoya chercher fur le champ. W'ette- 
vri ne manqua pas d'en avertir le Roi. On tintur confeil, dans lequel il fut 
réfolu de faire un préfent à l'Envoyé, pour empêcher que cette affaire n’allât 
jufqu’aux oreilles du Khan (f). Les deux Hollandoïis furent ramenés à Sior & 
refferrés dans une étroite prifon, où leur vie ne Fut pas delongue durée, Mais 
leurs compagnons, qui ne les revirent plus, ignorèrent fi leur mort avoit été 
naturelle ou violente. Aprés le retour de cesdeux Miférables, tousles autres fu- 

rent 


Cf) Hfautentendre l'Empereur dela Chine, quent qu'il faut écrire Khan ou Han. 


qui cit T'artare, Les Auteurs Anglois remar- 


rent cot 
da s'ils 
veu n’e 
coups fi 
voient « 
Pays, « 
les Côte 
d'en for 
Aun 
ayant € 
prendre 
réfienne 
avec la 
rendre «ç 
nonicr , 
Jours ap 
L'EN 
Icurs qua 
rigoureu! 
ompagn 
les avoit 
me, afin 
Je refte L 
voyage d 
LE m 
malheure 
du Grand 
des Seigr 
autres, 
ce fon fre 
reux. JA 
fiens avec 
fans qu’o 
informés 
Le frère « 
ctoit Préfi 
touchèren 
dûrent-ils 
plufeurs f 
tant pour 
dérober at 
affisnant 
SUIVA 
fous la co 
leuc, juf 
virent la ] 
fin, ayant 
midi ils ar 


il 


DE LA Curl N E, Liv. II Cuar. IL 423 


rent conduits devant le Confeil de guerre, pour y être éxaminés. On lcurdeman- pra 

da s'ils avoient eu connoiflance de la fuite de leurs conpagnons ; & leur défa- pee 
veu n'empêcha point qu'ils ne fuffent condamnés à recevoir chaçun cinquante ne 
coups fur la plantedes pieds. Maisle Roi leur fit grace, en déclarant qu'ils de- Le Roi fait 
voient être moins confid:rés comme des vagabonds mal intentionnés pour le UE 
Pays, que comme de malheureux Etrangers que la tempète avoit jettés fur Re 
les Côtes du Royaume. Ils furent renvoyes dans Jeurs hutes, mais avec défenfe 


ns ls pre- 
, Où trou- 
cet pOr- 
ens fans fa 
ves mêmes 
es pour s’en 


d'en fortir fans la permifion du Roi. es 

Au mois de Juin, le Général leur fit dire par leur Interprète, qu'un Vaiffeau A pue 
ayant échoué dans l'ifle de Quelpaert, X Wertevri étant trop âgé pour entre- lle de Quel 
prendre ce voyage, ceux d’éntr'eux qui entendoient le mieux la langue Co- patte 
réfienne devoient fe préparer, au nombre de trois, à partir pour Quelpacrt, 
avec la cominidion d'obferver les circon'tances du naufrage, pour en venir 
rendre compte à la Cour. L'’Aïifant & le fecond Piiote , avec un Ca- 
nonier , furent cuoilis fuivant cet Ordre , & fe mirent en chemin deux 
jours après. 

L'EÉNvové Tartare revint su mois d'Août, & l'ordre de ne fortir de  Artifice du 
leurs quartiers que trois jours après fon départ leur fut renouvéilé avec de Dolpons 
rigoureufes menaces. La veille de fon arrivée ils reçurent une Lettre de leurs Mes Sa 
sompagnons, qui leur apprenoït qu'au-lieu de les conduire à Quelpaert, on Chine. ÿ 
les avoit étroitement renfermés fur la frontière la plus Méridionale du Royau- 
me, afin que fi le Chan informé de la mort des deux autres demandoit que 
Je refte lui fût envoyé, on pût lui répondre qu’il en étoit péri trois dans le 
voyage de Quelpaert. 

LE méme Envoyé revint encore vers la fin de l’année. Quoique depuis la Etrange dan- 
malheureufe entreprife des deux Hollandois il fût venu deux fois de la part #7 QUE men 
du Grand-Khan fans avoir fait aucune mention de cet événement, la plûpart ol 
des Seigneurs Coréfiens s'efforcèrent d'engager le Roï à fe défaire de vous les | | 
autres. On tint confeil là-deffus pendant trois jours. Mais le Roi, le Prin- 
ce fon frère, le Gén‘ral & quelques autres, rejettèrent un parti fi dange- 
reux. Je Général propofu de les faire combattre chacun contre deux Coré- 
fiens avec les mêmes armes. C’étoit le moyen, difoit-il, de fe deiivrer d'eux, 
fans qu'on pût accufer le Roï du meurtre de ces pauvres Etrangers. Ils furent. 
informés fecrétement de cette réfolurion par quelques perfonnes charitables. 
Le frère du Roi, paflant dans leur quartier pour fe rendre au Confeil, donc il 
étoit Préfident, ils fe jettèrent à fes genoux, ils implorèrent fa bonté , & le 
touchèrent d'une fi vive compañfion qu'il devint leur protecteur. Aufli ne 
dûrent-ils la vie qu'à fes follicitations & à l'humanité du Roi. Cependant, 
plufieurs perfonnes paroiflant offenfées de cette indulgence, on réfolut, au- 
tant pour les mettre à couvert des entrepriles de leurs ennemis que pour les 
dérober aux lartares, de les reléguer dars la Province de Thilludo, en leur 
afignant par mois cinquante livres de riz pour leur fubfiftance. 

Survanr cet ordre, ils partirent de Sior à cheval au mois de Mars 1657, 1657. 
fous la conduite d'un Sergent. Wettevri les accompagna , l'efpace d’une | 
lieuc, jufqu'à la rivière qu'ils avoient paflée en venant de Quelpaert. Ils re. ,,11° font re- 
virent la plûpart des Villes qu’ils avoient traverfées dans le même voyage. En- A Ted 
fin, ayant couché à Jeam, ils en partirent le lendemain au matin, & vers Thillado. ‘ 
1 Han. midi ils arrivèrent dans une Ville confidérable, nommée Di fiong ou Thilla- 

pening ; 


t demander 
onte que ce 
ereffe, qui 
du Miniftre 
t fituce fur 
»n moins de 
| Roi méme 
ont luur ré- 
e qu'elle en 


tant glacée, 
larmé pour 
ribuer quel- 
je, pour les 
yèrent ce qui 
te, quileur 
1e de fe voit 
chercher du 
utres s’ étant 
er comme ils 


, il leur fut 
urs maifoni, 
éfolurent de 
fi-côt qu'ils 
n cheval ;& 
Corétienne, 
’abord beau- 
urieufement 
, par desfi- 
ouver un [n- 
mp. W'ette- 
lequel il fut 
faire n’allàt 
nés à Sior & 
durée. Mais 
ort avoit été 
Les autres fu- 
rent 


424 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


pening, qui eft commandée par une grande Citadelle. C'eft la réfidence du 
Penigfé, qui y commande dans l'abfence du Gouverneur & qui porte le titre 
de Colonel de la Province. Le Sergent qui leur avoit fervi de guide les ré. 
mit entre les mains de cet Officier, avec les Lettres du Roi. Hnfuite il re- 
çut ordre d'aller cliercher leurs trois compagnons, qui étoient partis de Sior 
l'année précédente & qui n’etoient qu'à douze lieues de Diu-fong , dans une 
Ville où commandoit l'Amiral. Il furenc logés enfemble dans un édifice pu- 
blic, au nombre de trente-trois. 

Daxs le cours du mois d'Avril on leur apporta quelques cuirs, reftés juf- 
qu'alors à Quelpaert, dont ils n'étoient éloignés que de dix-huit lieues Ils 
furent chargés , pour unique occupation, d'arracher, deux fois par mois, 
l'herbe qui croifloit dans la place du Château. Le Gouverneur, qui leur mar- 
quoit beaucoup d’affeétion, comme tous les Habitans de la Ville, fut appellé 
à la Cour, pour répondre à quelques accufations qui mirent fa vie en danger. 
Mais étant aimé du Peuple, & favorifé par la plûpart des Grands, il fut 
renvoyé avec honneur. Son fuccefleur traita les Hollandois moins humaire- 
ment. Il les obligea d'alier chercher leur bois dans une montagne à trois lieues 
de la Ville, après avoir été accoûtumés jufqu'alors à fe le voir apporter. Une 
attaque d’Apopléxie les délivra de cet odieux maître, au mois de Septembre 
fuivant. 

CEPENDANT ils ne fe trouvèrent pas mieux de celui qui lui fuccéda. Lorfqu’ils 
lui demandèrent du drap pour fe vétir, en lui faifant voir que le travail avoit 
ufé leurs habits, il leur déclara qu’il n'avoit pas reçu d'ordre du Roi fur ce 
point; qu’il n'étoit obligé de leur fournir que du riz, & que pour leurs autres 
befoins ils devoient eux-mêmes fe les procurer. Ils lui propofèrent alors de 
leur accorder la permiflion de demander l'aumône, chacun à leur tour, en lui 
repréfentant que nuds comme ils étoient, & leur travail ne leur produifant 


ITAMEIL. 


1657. 


Leur occu- 
pation. 


Dureté d'un 
de leurs Gou- 
verncurs. 


Jls obticn- 
nent la per- 
niflion de de- 


tri qu'un peu de fel (x) & de riz il leur étoit impoïible de gagner leur vie, 
Cette grace leur fut accordée, & bientôt ils eurent de quoi fe garantir du 

froid. 
1658. Au commencement de l'année 1658, ils effuyèrent de nouveaux chagrins, 


à l'arrivée d'un nouveau Gouverneur. La liberté de fortir de la Ville leur fut 
Eleleureft Grée, Seulement le Gouverneur déclara que s’ils vouloient travailler pour lui, 
uelle il leur donneroit à chacun trois piéces d'étoffe de coton. Mais ils réjettérent 
un autre Gou. humblement cette propofition, parce qu'ils n'ignoroienc pas que ce travail 
verneur, leur feroit ufer plus d’habits qu'on ne leur offroit d’étoffe. Quelques-uns d'en- 
tr'eux étant tombés malades de la fiévre, dans ces circonftances, Ja frayeur 

des IHabitans au feul nom de fiévre leur fit obtenir la permillion de mandicr, 

à condition qu'ils ne fuflent jamais abfens de la Ville plus de quinze jours ou 

de trois femaines, & qu'ils ne tournaflent point leur marche du côté de la Cour 

. ni du Japon. Comme cette faveur ne regardoit que la moitié de leur Trou- 


pe, ceux qui demeurérent dans la Ville reçurent ordre de prendre foin des 


malades, & d’arracher l’herbe dans la Place publique (h). 
Le Roi étant mort au mois d'Avril, fon fils monta fur le Trône après lui, 


avec le confentement du Grand Khan. 


Les Hollandois continuërent de man- 
dier, 


(g) On ne leur donnoit qu'une poignée CD) Hamel, pag. 581. 


de fel pour une courfe d'un mille & demi, 


diet, 
beaucot 
avantur 
témoigi 
Holland 
cherefle 
fère n’a 
fur les g 
par les | 
gland, 
ture des 
pillés & 
dres ne 
des Efc 
reffentit 
de deme 
ordre de 
nombre 
Siun-fchie 
ration le 
& par c« 
ILs p 
qui leur 
furent lo 
Siun-fchie 
lendemai 
fort mati 
au Gouv 
étoit lar 
qui lui fu 
accorda f 
gens. Le: 
que de ti 
lens Arct 
A l'en! 
neur qu’il 
rent la li 
Ja fois. 
cipaux H.: 
compaflio 
qu'ils avo 
cette vie. 
Royales. 
coup le fc 
comme le 


( 
VII. 1 


ifidence du 
Drte le titre 
uide les ré- 
nfuite il re- 
tis de Sior 
, dans une 
édifice pu- 


, reftés juf- 

lieues Ils 
s par mois, 
ai leur mar- 

fut appellé 
> en danger. 
rands, il fut 
ns humaire- 
à trois lieues 
porter. Une 
> Septembre 


a. Lorfqu'ils 
travail avoit 
_ Roi fur ce 
leurs autres 
‘ent alors de 
tour , en lui 
r produifant 
er leur vie. 
garantir du 


ix Chagrins, 
ille leur fut 
er pour lui, 

réjettérent 
e ce travail 
es-uns d'en- 
, la frayeur 
e mandicr, 
ize jours ou 
é de la Cour 
leur Trou- 
ire foin des 


e après lui, 
nt de man- 
dier, 


> 


DE LA CHINE, Lrv. Il. Cuar. li. 425 


diet, fur-tout parmi les Prêtres & les Moines du Pays, qui les traitérent avec 
beaucoup de charité, & qui ne fe lafloient pas de leur entendre raconter leurs 
avantures & les ufages de leur Pays. Le Gouverneur qui arriva en 1660 leur 
témoigna tant de bonté, qu'il regrettoit fouvent de ne pouvoir les renvoyer en 
Hollande, ou du moins dans quelque lieu fréquenté des Hollandois. La fé- 
cherefe fut fi grande cette année, que les vivres devinrent fort rares. La mi- 
fère n'ayant fait qu'augmenter l’année fuivante , on vit quancité de voleurs 
fur les grandes routes, malgré la vigueur avec laquelle ils furent pourfuivis 
par les ordres du Roi, & la faim fit périr un grand nombre d'Habitans. Le 
gland, les pommes de Fin, & d'autres fruits fauvages étoient la feule nourri- 
ture des Pauvres. La famine devint fi preffante que plufieurs Villages furent 
pillés & que les magafins méme du Roi ne furent pas refpeëtés. Ces défor- 
dres ne laiffèrent pas de demeurer impunis, parce que les coupables étoient 
des Efclaves de la Cour. Le mal dura jufqu'en 1662, & l'année d'après s’en 
reffentit encore. La Ville de Diu-fiong, où les Hollandois n’avoient pas ceffé 
de demeurer, n'étant plus capable de leur fournir des provifions, il vint un 


ordre de la Cour pour en diftribuer une partie dans deux autres Villes. [ Leur 


nombre étant réduit à vingt-deux ] douze furent envoyés à Say-fiane, cinq à 
Siun-fchien (1), & cinq à Nam-man, qui eft feize lieuës plus loin. Cette fépa- 
ration leur fut d’abord fortafligeante ; mais elle devint l'occalion de leur fuite ; 
& par conféquent de leur falur. 

ÎLs partirent à pied ; & leurs malades, avec leurbagage, fur des chevaux 
qui leur furent accordés gratuitement. La première & la feconde nuit, ils 
furent logés enfemble dans la même Ville. Le troifième jour, ils arrivèrent à 
Siun-fchien, où les cinq qui étoient deftinés pour cette Ville furent laiflés. Le 
lendemain, les autres paflèrent la nuit dans un Village; d'où, étant partis 
fort matin, ils entrèrent vers midi dans Say-fiane. Leurs Guides les livrérent 
au Gouverneur, ou à l’Amiral de la Province de Thillado , dont cette Ville 
étoit la réfidence. Ce Seigneur leur parut d’un mérite diftingué. Mais celui 
qui lui fuccéda bien-tôt devint leur fleau. La plus grande faveur qu'il leur 
accorda fut la permifion de couper du bois, pour en faire des fléches à fes 
gens. Les Domeftiques des Seigneurs Coréliens n'ont pas d'autre occupation 

ue de tirer de, l’arc, parce que leurs maîtres font gloire d'entretenir d’excel- 
lens Archers. | : 

A l'entrée de l'Hyver, les Hollandois demandérent au nouveau Gouver- 
neur qu’il leur fut permis de mandier pour fe brocurer des habits. Ils obtin- 
rent la liberté de s’abfenter pendant trois jours, la moitié de leur nombre à 
Ja fois. Cette permiflion leur devint d'autant plus avantageufe, que les prin- 
cipaux Habitans de la Ville favorifoient leurs courfes par un mouvement de 
compaflion. Elles duroient quelquefois l’efpace d'un mois entier. ‘l'out ce 
qu'ils avoient amafé fe partageoit en commun. Ils continuèrent de mener 
cette vie jufqu'au rappel du Gouverneur, qui fut créé Général des Troupes 
Royales. C’eft la feconde dignité du Royaume. Son fuccefleur adoucit beau- 
coup le fort des Hollandois de Say-fiane, en ordonnant qu'ils fuffent traités 
comme leurs compagnons l'étoient dans les autres Villes. Ils furent déchar- 

gés 


(i) On prononce Siunskyen, 


VIIT. Part. IThh 


Hammer. 
106650. 


Mort du Roi 
de Corée, 


Grande fa 
mine, 


Où fépare les 
Hollandois, 


Ils conti- 
nuent deinan- 
dier, 


(AMEL. 


1663. 


Bonté d’un 
Gouverneur 
& leur adrefTe 


à lui répon- 
dre. 


L 1 
Ils font ven- 
gés d'un mau- 
vais Gouver- 


neur, 


Apparition 


de trois Co- 
métes, 


Jugement 
des Hollan- 
dois. 


1064, 


Leur fitua- 


tion pendant 
plufieurs an- 
nées, 


426 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


gés de tous les travaux pénibles. On ne les obligea plus qu’à pafler deux fois 
en revûe chaque mois, à garder leur maïfon à. leur tour, ou du moins à faire 
fçavoir au Sécretaire dans quel lieu ils alloient lorfqu'ils avoient la permiffion 
de fortir. 

ENTRE plufieurs autres faveurs, ce Gouverneur leuf donnoit quelquefois 

à manger; & s'attendriffant fur leur infortune, il leur demandoit pourquoi, 
étant fi près de la Mer, fs n'entreprenoient pas de pañler au Japon? Ils ré- 
pondoient qu'ils n'ofoient hazarder de déplaire au Roi. Ils ajoûtoient que 
d’ailleurs ils ignoroient le chemin & qu'ils manquoient de Vaifleau. Quoi, 
reprenoit-il, n’y a-t-il point affez de Barques fur la Côte ? Ils affectoient de 
répondre qu'elles ne leur appartenoient pas, & que s'ils manquoient leur en- 
treprife ils craignoient d’être traités comme des voleurs & des déferteurs. Le 
Gouverneur rioit de leurs fcrupules. Il ne s’imaginoit pas qu'ils lui tenoient 
ce langage pour écarter fes foupçons, & que jour & nuit ils ne penfoient 
qu'aux moyens de fe procurer une Barque, L’Auteur remarque ici que les Hol- 
Jandois furent vangés du Gouverneur précédent. Il n’avoit joui de fa dignité 
qu'environ quatre mois. Ayant été accufé d’avoir condamné trop légèrement 
à mort plufieurs perfonnes de différens ordres, il fut condamné par le Roi à 
recevoir quatre-vingt-dix coups fur les os des jambes, & banni perpétuel- 
lement. 

VERS la fin de cette année, on vitparoître une Cométe. Elle fut fuivie de 
deux autres, qui parurent toutes deux à la fois, pendant l’efpace d'environ 
deux mois; l’une au Sud-Eft, & l’autre au Sud-Oueft, mais leurs queues op- 
pofées l’une à l’autre. La Cour en conçut tant d’allarme, que le Roi fit doubler 
la garde dans tous fes Ports & furtousles Vaiffeaux. Il dou. ordre que toutes 
fes Forterefles fuffent bien munies de provifions de guerre & de bouche, & 
que fes ‘l'roupes fuflent éxercées tous les jours. | La crainte qu’il avoit d’être 
attaqué par quelque voilin, alla jufqu'a lui faire défendre qu’on allumât du 
feu pendant la nuit dans les maifons qui pouvoient être apperçues de la Mer. 
On avoit vû les mêmes phénomènes lorfque les Tartares avoicent ravagé le 
Pays; & l'on fe fouvenoit d’avoir été avertis par des fignes de cette nature, a. 
vant la guerre des Japonois contre la Corée. Les Habitans ne rencontroient 
pas les Hollandois fans leur demander ce qu’on penfoi. des Cométes dans leur 
Pays. Ils répondoient qu'elles étoiënt le pronoftic de quelque terrible événc- 
ment, tel que la pefte, la guerre ou la famine, & quelquefois de ces trois 
malheurs enfemble. Ils parloient de bonne foi, remarque l’Auteur avec beau- 
coup de fimplicité, parce qu’ils avoient été convaincus de cette vérité par 
l'expérience. 

Come ils pañlrent fort tranquillement l’année 1664 & Ia füuivante, tous 
leurs foins fe rapportèrent à fe rendre maîtres d’une Barque. Mais ils eurent 
le chagrin de ne pas réufir. Ils alloient quelquefois à la rame le long du riva- 
ge, dans un batteau qui leur fervoit à chercher de quoi vivre. Quelquefois ils 
faifoient le tour des petites Ifles, pour obferver tout ce qui pouvoit être fa- 
vorable à leur évañon. Leurs compagnons qui étoient dans les deux autres 
Villes, venoient les vifiter par intervalles. Ils leur rendoient leurs vifites, 
lorfqu’ils en obtenvient la permifion du Gouverneur. Leur patience fe foute- 
noit dans les plus grandes peines, affez contens de jouir d’une bonne fanté & 


de ne pas manquer du néccflaire dans le cours d'an fi longefclavage. En Ge 
ils 


ils pere 
Cour 4 
faits fu 
niftrati 
maître 
les Côt 

AP: 
l'ufage 
Devin 
heureu 
Maître 
le. Ils 
devoir 


 tisfaire 


un trav 
beauco 
demand 
compat 
béir. M 
tandis « 
zard à l: 
la prou. 
vis à l 
roit Cac 
Efpions 
me. L'I 
te au So 
au bann 
des jam 
Les 
neur,n 
Il leur d 
rent que 
occupat 
pêcha d 
rent ch: 
ter du | 
penfer : 
toutes f 
leur avc 
fous pré 
voilines 
nes qu'i 
qui l’avi 
fon ma 
leur év: 
craintes 


20 


ifTer deux fois 
moins à faire 
la permiflion 


t quelquefois 
Dit pourquoi, 
ipon? Ils ré- 
joûtoient que 
eau. Quoi, 
afFeétoienc de 
oient leur en- 
éferteurs. Le 
s lui tenoient 
ne penfoient 
| que les Hol- 
de fa dignité 
p légèrement 
par le Roi à 
ni perpétuel- 


fut fuivie de 
ce d’environ 
"S queues Op- 
ai fit doubler 
Ire que toutes 
> bouche, & 
| avoit d'être 
n allumât du 
s de la Mer. 
nt ravagé le 
te nature, a- 
ncontroient 
es dans leur 
rible événe. 
de ces trois 
r avec beau- 
vérité par 


vante, tous 
is ils eurent 
png du riva- 
elquefois ils 
oit être fa- 
deux autres 
urs vifites, 
e fe foute- 

ne fanté & 
, En 1666 

ils 


4 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. IL. 427 


ils perdirent ce bon Gouvernevr, qui fut élevé aux premicres dignités de la 
Cour en récompenfe de fes vertus. Il avoit répandu indifféremment fes bien- 
faits fur toutes fortes de perfonnes, pendant deux ans d’une heureufe admi- 
niftration, qui lui avoit gagné l’affcétion de tout le monde & l'eftime de fon 
maître avec celle de la Nobleffe. Il avoit réparé les édifices publics, nettoyé 
les Côtes, augmenté les forces maritimes, &c. 

APrRès fon départ la Ville demeura trois jours fans Gouverneur, parce que 
l'ufage accorde ce tems au fuccefleur pour choifir, avec le fecours de quelque 
Devin (#), un moment favorable à fon inauguration. Ce choix ne fut pas 
heureux pour les Hollandois. Entre pluficurs mauvais traitemens , leur nouveau 
Maître voulut les faire travailler continuellement à jetter de la terre en mou- 
le. Ils rejettèrent cette propofition, fous prétexte qu'après avoir rempli leur 
devoir ils avoient befoin de leur tems pour fe procurer de quoi fe vêtir & fa- 


tisfaire à leurs autres néceflités; que le Roi ne les avoit point envoyés pour 


un travail fi rude, ou que s'ils devoient être traités avec cetterigueur, il valoit 
beaucoup micux pour eux renoncer à la fubfiftance qu'on leur accordoit, & 
demander d’être envoyés au Japon ou dans quelqu’autre lieu fréquenté par leurs 
compatriotes. La réponfe du Gouverneur fut une menace de les forcer d'o- 
béir. Mais il n'eut pas le tems d'éxécuter fesintentions, Quelques jours après, 
tandis qu'il fe trouvoit à bord d'un fort beau Vaiffèau, le feu prit par ha- 
zard à la chambre des poudres, qui étoit fituée devant le mât, & fit fauter 
la prouë, ce qui coûta la vie à cinq hommes. Il fe difpenfa d'en donner a- 
vis à l'Intendant de la Province, dans l’efpérance que cet accident demeure- 
roit caché. Malheureufement pour lui, le feu avoit été apperçu par un des 
Efpions que la Cour entretient fur les Côtes, comme dans] intérieur du Royau- 
me. L'Intendant, qui en fut averti par cette voie, fe hâta d'en rendre comp- 
te au Souverain. Le Gouverneur fut rappellé immédiatement , & condamné 
au bannifiement perpétuel, après avoir reçu quatre-vingt-dix coups fur les os 
des jambes. ni | | 

Les Hollandois virent arriver, au mois de Juillet, un nouveau Gouver- 
neur, mais fans obtenir le changement qu’ils avoient cipéré dans leur fort, 
Il leur demanda chaquejour cent brafles de natte. Lorfqu'ils lui repréfenté- 
rent que c'étoit leur demander l'impoffible, il les menaça de trouver quelque 
occupation qui leur conviendroit mieux. Une maladie qui lui furvint 1 em- 
pêcha d'éxécuter fon projet; mais outre leur devoir ordinaire, ils demeurè- 
rent chargés du foin d'arracher l'herbe dans la Place du Penig-fe, & d'appor- 
ter du bois propre à faire des fléches. Le chagrin de leur fituation les fit 
penfer à profiter de la maladie de leur Tiran pour fe procurer une Barque à 
toutes fortes de rifques. Ils employèrent, dans cette vûe, un Coréfien qui 
leur avoit plufieurs obligations. Ils le chargèrent de leur acheter une Barque, 
fous prétexte du befoin qu'ils en avoient pour mandier du coton dans les Ifles 
voiines. Ils lui promirent, à leur retour, une part confidérable aux aumo- 
nes qu'ils fe flattoient de recueillir. La Barque fut achetée. Mais le Pécheur 
qui l’avoit vendue, ayant appris que c’étoit pour leur ufage, voulut rompre 
fon marché, dans la crainte d’être puni de mort s'ils s’en fervoient pour 
leur évafñon. Cependant l'offre de doubler le prix lui fit oublier toutes fes 
craintes. AUSSITÔT 

Çk) On a vû que les Chinois ont la même fuperftition. 


Hhh 2 


) 


Hamez. 

1666. 

Eloge d'un 
Gouverneur. 


Plaintes 
qu'ils font de 
fon fuccef. 
feur, 


Ils font ven 
és. 


Leur cha- 
grin les fait 
penfer à la 
fuite. 


Ils achetent 
une Darque, 


HaAmri, 

1666. 

1!5 ont le 
bonheur de 
s'cmbarquer, 


Avecquelle 
hardiefe ils 
s échappent. 


Ils arrivent 
dans des lieux 
qui leur font 
inconnus. 


Ils voient 
des Habitans 
qui ne leur 
difent rien. 


42b VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Aussi-rôr qu'ils fe trouvèrent en liberté, ils fournirent leur Bâtiment 
d'une voile, d'une ancre, de cordages, de rames & d'autres inftrumens né- 
cefaires; réfolus de partir au premier quartier de la Lune, qui étoit la fai- 
fon la plus favorable, Ils retinrent deux de leurs compatriotes qui étoient 
venus les viliter. D'un autre côté, ils firent venir de Nxmman Jean Peter d'U: 
ries, habile matelot, pour leur fervir de Pilote. Quoique les Habitans les plus 
voifins de leur demeure ne fuffent pas fans quelque défiance, ils forcirent la 
nuit du 4 Septembre, aufi-tôc que la Lune eut ceflé de luire, & fe gliffant 
au long du mur de la Ville, avec leur provifion, qui contfiftoit en riz, avec 
quelques pots d'eau & une marmite, ils gagnèrent le rivage fans avoir été dé- 
couverts. 

ILs commencérent par remplir un tonneau d'eau fraîche, dans une petite 
Ifle qui n’eft qu'a la portée du canon.  Enfüite ils eurent la hardieffe de paf- 
fer devant les Vaifleaux de la Ville & devant les Frégates mêmes du Roi, 
en prenant Îe large, dans le canal, autant qu'il étoit poflible. Le $ au ma- 
tin, lorfqu’ils étoient prefqu’en Mer, un Pécheur leur cria, qui vive; mais 
ils fe gardérent de répondre, dans la crainte que ce ne fût quelque garde a- 
vancée des Vaifleaux de guerre, qui n’étoient pas loin à l'ancre. Au lever du 
Soleil, le vent leur ayant manqué, ils fe fervirent de leurs rames. Vers midi, 
le tems redevint plus frais. Ils portèrent alors au Sud-Eft, fur leurs fimples 
conjeétures ; & doublant la pointe de la Corée dans le cours de la nuit fuivan- 
te, ils n’apprehendèrent plus d’être pourfuivis. 

LE 6, au matin ils fe trouvèrent fort près dela première Ifle du Japon; & 
le vent ne ceffant pas de les favorifer, ils arrivèrent fans le fçavoir, devant 
VIflé de Firando, où ils n’ofèrent pas relâcher, parce qu'ils ne connoifloient 
pas la Rade. D'ailleurs ils avoient entendu dire aux Coréfiens, qu’il n'y avoit 
aucune ile dans la route de Nangazaqui. Ainfi, continuant leur cour- 
fe avec un vent frais, ils cotoyèrent, le fept, quantité d'Ifles dont le nom- 
bre leur parut infini. Le foir, ils efpéroient mouiller près d'une petite Ifle; 
mais des apparences d'orage qu'ils découvrirent dans l'air, & des feux qu'ils 
virent de tous côtés, leur firent prendre la réfolution de ne pas interrompre 
leur courfe. 

Le 8, au matin, ils fe trouvèrent au même endroit d'où ils étoient partis 
le foir précédent; ce qu’ils attribuërent à la violence de quelque courant. 
Cette obfervation leur fit prendre le large; mais la force des vents contraires 
les obligea bien-tôt de fe rapprocher de la terre. Aprés avoir traverfé une 
Baye ils jettèrent l'ancre vers le milieu du jour , fans connoître le Pays. Tan- 
dis qu’ils préparoient leur nourriture, quelques Habitans paflèrent & repaitè. 
rent fort près d'eux, fans leur parler. Vers le foir, le vent étant un peu 
tombé, ils virent une Barque chargée de fix hommes, qui avoient chacun 
deux couteaux fufpendus à leur ceinture, & qui s'étant avancés à la rame 
débarquèrent un homme vis-à-vis d'eux. Cette vûe leur fit lever l’ancre 
avec toute la promptitude poflible. Ils employèrent leurs rames & leurs voi- 
les pour fortir de la Baye. Mais la Barque les pourfuivit & les joignit bien- 
tôt. Ils auroient pû fe fervir de leurs longues cannes de bambou, pour em- 
pècher ces inconnus de monter à bord. Cependant, après avoir découvert 
plufeurs autres Barques remplies de Japonois, qui fe détachoient du rivage, 
ils prirent le parti de les aitendre tranquillement. ” 

ES 


LES 
alloient 
ge, en 
leur vo 
firent « 
té tant 
épées. 
troifien 
entend 
qui, 
pafère 
apport 
la plui 
LE 
conduit 
tres à 
petites. 
y moui 
fieurs 
fait qu 
furent d 
gnie, q 
Ils fure 
à midi. 
ii loua 
fe mett 
Les 
mandan 
beaucot 
triotes , 
roit fat 
25 d'O 
de curi 
logeme 
tavia, 
térent | 
mettre 
effet, s 
20 de] 


r Bâtiment 
‘umens né- 
toit la fai- 
qui étoient 
| Peter d'U: 
ans les plus 
forcirent la 
fe gliffant 
1riZ, avec 
roir été dé- 


une petite 
effe de paf: 
es du Roi, 
4 5 au ma- 
vive; mais 
ue garde a- 
Au lever du 
Vers midi, 
urs fimples 
nuit fuivan- 


1 Japon; & 
oir, devant 
onnoifloient 
’il n'y avoit 
leur cour- 
ont le nom- 
petite Ifle; 
feux qu'ils 
nterrompre 


oient partis 
e courant. 
s contraires 
averfé une 
Pays. Tan- 
& repafle- 
ant un peu 
ent chacun 

à la rame 
ver l'ancre 
& leurs voi- 
bignit bien- 
| pour em- 
découvert 
du rivage; 


LES 


DE LA CHINE, Liv. Ill. Car. Il 429 

Les gens de la première Barque leur demandèrent par des fignes, où ils 
alloient. Pour réponfe ils arborèrent pavillon jaune avec les armes d'Oran- 
ge, en criant Hollande, Nangazaqui.  Là-deflus , on leur fit figne d'amener 
jeur voile. Ils obéirent. Deux hommes étant paflés fur leur bord, ils leur 
firent diverfes queftions qui ne furent pas entendues. Leur arrivée avoit jet- 
té tant d'allarme fur la Côte, que p:rfonne n'y parut fans être armé de deux 
épées. Le’foir, une Barqye amena fur leur bord un Officier qui tenoit le 
troifième rang dans l'Ifle.  Reconnoïflant qu'ils étoient Hollandois, il leur fit 
entendre par des fignes qu'il y avoit fix Vaifleaux de leur Nation à Nangaza- 
qui, & qu'ils étoient dans l’Ifle de Goto , qui appartenoit à l'Empereur. Ils 
paflèrent crois jours dans le même lieu, gardés fort foigneufement. On leur 
apporta du bois & de la viande, avec une natte pour les mettre à couvert de 
la pluie, qui tomboit en abondance. 7 

Le 12 ils partirent pour Nangazaqui, bien fournis de provifions, fous la 
conduite du même Officier qui les avoit abordés & qui portoit quelques Let- 
tres à l'Empereur. Il étoit accompagné de deux grandes Barques & de deux 
petites. Le lendemain, au foir , ils découvrirent la Baye de cette Ville. Ils 
y mouillèrent à minuit. Elle avoit à l'ancre cinq Bätimens Hollandois.  Plu- 
fieurs Habitans de Goto & diverfes perfonnes de confidération leur avoient 
fait quantité de careffes, fans vouloir rien accepter de leur part. Le r4 ils 
furent conduits au rivage, & reçus par les Interprétes Japonois de la Compa- 
gnie, qui, leur ayant fait plufieurs queftions, prirent leurs réponfes par écrit. 
Ils furent menés enfuite au Palais du Gouverneur, devant lequel ils parurent 
à midi. Lorfqu'ils eurent fatisfait fa curiofité par le récit de leurs avantures, 
ii Joua beaucoup le courage qui leur avoit fait furmonter tant de dangers pour 
fe mettre en liberté. 

Les Interprétes reçurent ordre du Gouverneur de les conduire chez le Com- 
mandant Hollandois, qui fe nommoit Æilliam Volquers. Il les reçut avec 
beaucoup de bonté. Nicolas Le Roi, fon Lieutenant, & tous leurs compa- 
triotes, leur firent les mêmes careffes. Le Gouverneur de Nangazaqui au- 
roit fouhaité de pouvoir les retenir une année entière. Il fe les fit amener le 
25 d'Oétobre. Cependant, après les avoir encore interrogés avec beaucoup 
de curiofité, il les rendit au Directeur de la Compagnie, qui leur donna ur 
logement dans fa propre maïfon. Peu de jours aprés ils partirent pour Ba- 
tavia, où ils arrivérent le 29 de Novembre. Le Général, à qui ils préfen- 
térent leur Journal, leur fit un accueil trés-favorable, & leur promit de les 
mettre à bord de quelques Vaïffeaux qui devoient retourner en Europe, En 
effet, s'étant embarqués le 28 de Décembre , ils arrivérent à Amiterdam le 
20 de Juillet 1668 (7). 


(13 Relation de Hamel, pag. 585. & fuiv. 


HP SK 
XL 
LL) 
po 


TYhh 3 


HamrLi. 
1666. 


Ones inter- 
rogeentin, Ils 
f: font con- 
noiître dans 
l'Iflc de Goto. 


Is fe ren- 
dentà Nanga- 
zaqui. 


Ils font pré- 
fentés au 
Gouverneur ; 


Ft aux Ofi- 
ciers de la 
Compagnie de 
Hollande. 


{ls partent 
pour Dataviu, 
& de là en 
Lurope, 


Nom & po- 
fition de la 
Corée. 


Pêche de ba- 
leines & de 
harangs, au 
Nord-Eft de 
ce Royaume, 


Pafage dela 
Corée à la 
Chine, 


La Corée 
fort proche du 
Japon. 


Chemins 
fous lanége. 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


. II. 
Defcription de la Corée. 


Sa fituation € Jon étendue.  Maœurs des Habitans. 

E Pays, que les Européens ne connoiflent que fous le nom de Corée , eft 

nommé par les Habitans Trozenbouk, & quelquefois Kauli. 11 s'étend 

depuis trente-quatre jufqu’a quarante-quatre degrés de latitude du Nord. Sa 

longueur eft d'environ cent cinquante licuës (4) du Nord au Sud; & fa lar- 

geur, de foixante-quinze lieuës de l'Eft à l'Oueft. Les Habitans le repré- 

fentent fous la forme d'un quarré-long, quoiqu'il ait plufieurs pointes de terre 
qui s’avancent affez loin dans la Mer. 

A l'Oueft, ce Royaume eit féparé de la Chine par la Baye de Nan-king. 
Mais il s'y joint au Nord par une longue & haute montagne, fans laquelle il 
ne feroit qu’une Ifle. Au Nord-Eit, il a pour bornes cette vaite partie de 
l'Océan où les François & les Hollandois prennent tous les ans un grand nom- 
bre de baleines. On y fait auffi la pêche du harang, aux mois de Décem- 
bre, de Janvier, de Février & de Mars. Celui qui fe prend pendant les deux 
premiers de ces quatre mois, eft auñi gros que le harang de Hollande ; mais 
celui qu’on prend enfuite eft beaucoup plus petit. L’Auteur & fes compa- 
gnons en conclurent qu’au-deffus de la Corée, du Japon & de la Tartarie (D), 
il y a un paflage qui répond aux Détroits de Weigats. Ils demandérent fou- 
vent aux Coréfiens qui fréquentent la Mer du Nord-Eft, quelles terres on 
trouve au-delà. On s’accordoit à leur répondre, qu'on ne croyoit pas qu'il 
y eût autre chofe de ce côté-là que l'immenfe Océan. 

Pour aller de la Corée à la Chine, on s'embarque à l'extrémité de la 
Baye, parce que la multitude des bêtes féroces rend le paffage de la montagne 
aufii difficile en Eté, qu’il left en Fyver par l'excès du froid.. En Hyver 
néanmoins, la Baye ctant prefque toûjours aflez glacée pour le paflage, on la 
traverfe du côté du Nord. 

Les rochers & les fables qui bordent les Côtes de la Corée , en rendent l’accés 
difficile & dangereux. Du côté du Sud-Eft elles s’approchent fi fort du Japon, 
que la diftance n’eft que de vingt-cinq ou vingt-fix lieues entre la Ville de P:- 
Jan en Corée (c}), & celle d'O/aka au Japon. On rencontre, entre ces deux 
points, l'Ifle de Suiffima, que les Coréfiens nomment Taymuta (d). Elle leur 
appartenoit anciennement; mais dans un Traité de paix avec les Japonois; 
ils en ont fait l'échange pour celle de Quelpaert. 

LE froid eft extrême dans la Corée. En 1662, tandis que les Hollandois 
vifitoient les Monaftères des montagnes, il tomba une fi prodigieufe quantité 
de nége, qu'on faifoit des routes par-deflous pour pafler d’une maifon al'au- 


tre, Les Habitans fe fervent, pour marcher fur la nége, d’une forte de petite 
planche, 


(a) De quinze feulement au degré. (ce) C'eft fans doute celle que Regis nom- 
(b) Les dernières découvertes prouvent me few-chau. : 
que leur conjecture étoit bien fondée. (d) Ou Tivi-ma-tau, fuivant Regis. 


plancl 
gueur 
quemc 
-ni riz 
partie 


vers à 
trouva 
nomni 
bœufs 
des fat 
qu'iln 
ligators 
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fix joir 
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LA 
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fitués £ 
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(e) De 


de Corée , eft 
. Il s'étend 
u Nord. Sa 
d; & fa lar- 
ans le repré- 
ntes de terre 


e Nan-king. 
ns laquelle il 
te partie de 
1 grand nom- 
s de Décem- 
Jant les deux 
lande ; mais 
_fes compa- 
artarie (D), 
indèrent fou- 
les terres on 
oit pas qu'il 


rémité de la 
la montagne 

En Hyver 
fage, on 


ndent l’acces 
t du Japon, 

Ville de Por- 
tre ces deux 
). Elle leur 

es Japonois; 
s Hollandois 
ufe quantité 
aifon agl'au- 
te de petite 
planche, 


ie Regis nom- 


Regis. 


-ni riz. 


D.E L'A CHINE, Lrv. II, Car. Il 431 


planche, en forme de raquette, qu'ils attachent fous leurs pieds, Cette ri- 
gueur exceffive de l'air réduit ceux qui habitent la Côte du Nord à vivre uni- 
quement d'orge, qui n'eft pas même des meilleurs. Il n'y croît, ni coton, 
Les perfonnes au-deffus du commun font apporter leurs vivres des 
parties du Sud. 

Le refte du Pays cit fi fertile, qu'il produit toutes les nécefités de Ja vie, 
fur-tout du riz & d’autres fortes de grains. Il a du chanvre, du coton & des 
vers à foic; mais on y eft mal inftruit de la manière de travailler la foie. On y 
trouve aufii de l'argent, du plomb, des peaux de Tygres & la racine qui fe 
nomme Nifi. Les beftiaux y font en grand nombre, & l'on y employe les 
bœufs à labourer la terre. Hamel obferve qu'il y vit des ours, des daims, 
des fanglicrs, des porcs, des chiens, des chats & divers autres animaux ; mais 
qu'il ne rencontra jamais d'éléphant. Les rivières font fouvent infeftées d'4/- 
ligators ou de Crocodiles, qui ont quelquefois dix-huit ou vingt aunes.de long 
(e). Cet animal a les yeux petits, mais vifs, & les dents placées comme cel- 
les d’un peigne. Pour manger, il ne remue que la machoire d'enhaut. Ila 
fix jointures à l’épine du dos. Les Habitans racontèrent à l’Auteur qu'on avoit 
une fois trouvé trois enfans dans le ventre d'un crocodile. La Corée produit 
une infinité de ferpens & d’autres animaux venimeux. On y voit en abon- 
dance diverfes fortes d'oifeaux, tels que le cygne, l'oie, le canard, le he- 
ron, le butor, l'aigle, le faucon, le milan, le pigeon, la bécaffe, la pie, le 
choucas, l'alouctte, le faifan, la poule, le vaneau; outre plufieurs efpèces 
qui ne font pas connues en Europe. 

La Corée eftdivifée en huit Provinces, qui contiennent trois cens foixante 
Villes, grandes & petites; fans compter les Forts & les Châteaux, qui font 
fitués généralement fur des montagnes (f). 

Les Coréfiens ont tant de penchant pour le larcin & tant de difpofition 
naturelle à tromper, qu’onne peut prendre la moindre confiance à leur carac- 
tère. Ils regardent fi peu la fraude comme une infamie, qu’ils fe font une 
gloire d’avoir dupé quelqu'un. Cependant la Loi ordonne des réparations pour 
ceux qui ontététrompés dans un marché. Ils font d'ailleurs fimples & crédules. 
Les Hollandois auroient pû leur faire croire toutes fortes de fables, parce 
qu'ils ont beaucoup d’'affeétion pour les Etrangers, fur-tout leurs Prétres & 
leurs Moines. Ils font d'un naturel efféminé, fans aucune marque de courage. 
Du moins les Iollandois en prirent cette idée fur le récit de plufieurs per- 
fonnes dignes de foi, qui avoient été témoins du carnage que les faponois fi- 
rent dans la Corée lorfqu'ils en tuèrent le Roi, & de la manière dont les Co- 
rélens fe laiffèrent traiter par les Tartares, qui avoient pañlé fur la glace pour 
s'emparer de leur Pays. Æfetteuri, qui avoit vû toutes ces révolutions, aflu- 
roit qu'il en étoit mort beaucoup plus dans les bois que par les armes de l’En- 
nemi, Loin d’avoir honte de leur licheté, ils déplorent la condition de ceux 
qui font obligés de combattre. On les a vûs fouvent repouflés par une poi- 
gnée d'Européens, lorfqu'ils vouloient piller un Vaifleau que la tempête avoit 
jetté-fur leur Côte. Ils abhorrent le fang, jufqu'à prendre la fuite lorfqu’ils 
en apperçoivent dans leur chemin. Ils ne font pas moins effrayés de la vûe 
des 


(e) Des aunes des follande apparemment, 


(f) Hamel, pag. 587. & fuiv. 


Descuirrron 
DE LA 
CORLE, 


Produétions 
de la Corte. 


Oifeaux en 
abondance. 


Divifion de 
a Corée en 
huit lrovin- 
ces. 


Les Coré- 
fiens font 
trompeurs & 
efféminés, 


Horreur 
qu'ilsont 
pour le fans & 
pour les mala- 
dics, 


DESCRIPTION 
DE LA 
Cor. 


Leurs Sim- 
p'es &lcurs 
Médecins. 


Anciennes 
mœurs du 
Pays. 


On y fume 
beaucoup de 
tabac. 


Habits coin- 
muns du 
Pays. 


Maifons des 
Grinds & du 
Peuple, 


in VOYAGES DANS L'EMPIRE 


des malades, fur-tout de ceux qui font attaqués d'une maladie contagieufe. 
Lis les éloignent aufli-tôc de leurs Villes ; & les plaçant dans de petites hutes 
de paille, au milieu des champs, ils les abandonnent à ceux qui font obligés 
d'en prendre foin. Ces gardes font les parens ou les amis du Malade. Il font 
obligés d'avertir les pallans du danger. Un Malheureux qui n'a pas d'amis 
dont il puiffe efpérer de l’afiflance , meurt fans que perjunne s'approche 
de lui. Si le bruit fe répand qu'une Viile foit infeétée de la pefte, on ferme 
toutes les avenues avec de fortes haies, & l'on met des fignaux fur le toît des 
maifons qui font attaquées particulièrement. Le Pays produit quantité de plan- 
tes Médicinales ; mais elles ne font pas connues du Peuple, & la plûpart des 
Médecins font employés auprès des Grands. Auili les pauvres ont-ils recours 
aux Sorciers & aux Aveugles, qu'ils fuivoient autrefois à travers les rivières 
& les rochers pour aller aux ‘Temples de leurs Idoles. Mais cet ufage fut 
aboli en 1662 par un ordre du Roi. 

AvanrT que les Tartares euflent fubjugué la Corée, on y voyoit régner 
l'incontinence & la débauche. L’unique occupation des Habitans étoit de 
boire, de manger & de fe livrer à toutes fortes d'excès avec les femmes. Au- 
jourd'huiq''ils font tyrannifés par les ‘l'artares & les Japonois, le tribut qu'ils 
payent aux premiers leur rend la vie aflez difficile dans les mauvaifes an- 
nées. Depuis cinquante ou foixante ans, ils ont appris des Japonois à plan- 
ter du tabac. Ils ne le connoifloient pas auparavant. On leur a dit que la 
femence de cette plante eft venue de Nam-pan-kouk, c'eft-à-dire, de Hollan- 
de. Ils l'ont nommée, par cette raifon, Nampankoy. L'ufage en eft fi gé- 
néral à préfent dans leur Nation, qu’il eft commun aux deux féxes. On voit 
fumer les enfans mêmes, dès l'âge de quatre ou cinq ans.  Lorfqu’on appor- 
ta du tabac en Corée pour la première fois, les Habitans en payérent Îe 
même poids en argent. C’eit ce qui leur fait regarder Nampankouk , ou la 
Hollande, comme un des meilleurs Pays du Monde (g). 

LE fimple Peuple de la Corée n'eft vêtu que de toile de chanvre & de 
mauvaifes peaux. Mais en récompenfe la Nature leur a donné la racine 
ANi-fi (b), dont ils font un commerce confidérable à la Chine & au Ja- 
pon (i). 

Les maifons des perfonnes de qualité font fort belles. Celles du Peuple ont 
peu d'apparence. Il n'a pas même la liberté de les bâtir mieux, ni de les cou- 
vrir de tuiles fans une permiffion exprefle. Auñi la plûpart font-elles de chau- 
me & de rofeaux. Elles font féparées l'une de l’autre par un mur ou par une 
rangée de paliffades. Pour les bâtir, on plante d'abord des potçaux de bois ou 
des piliers, à certaines diftances, & l'on remplit de pierre les intervalles juf- 
qu’au premier étage. Le refte de l'édifice eft de bois, plâtré au dehors, &re- 
vêtu dans l'intérieur de papier blanc collé. Le plein-pied eft voûté. En hyver 
on fait du feu deflous ; de forte qu’on n’y eft pas moins chaudement que dans 
un poile. La voûte (k) eft couverte de papier huilé. Le corps de chaque 
maifon a peu d’étendue. Il ne contient qu’un étage, avec un grenier au-def- 
fas pour y renfermer les provifions. Les Coréfiens n’ont que les meubles ab- 

folument 
(g) Hamel, pag. 591. (k) Peut être entend-il le plat-fond ou les 
(h) C'eft apparemment le in feng. murs. 
(1) Hamel, pag. 588, 


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t-fond ou les 


DE LA CHINE, Liv. Ill. Cap. Il. 438 


“olument néceflaires. Dans les maifons des Nobles il y a toüjours un appar- 
tement avancé, dans lequel on reçoit & on loge fes amis, & qui fert pour 
s'y réjouir. Chaque maïfon a généralement un grand efpace quarré ou une 
bafle-cour, avec une fontaine d'eau-vive ou un étang; & un jardin, avec 
des allées couvertes. Les Marchands & les principaux Bourgeois ont près 
de leur demeure une forte de magafin qui contient leurs effets, & dans le- 

uel ils traitent leurs amis avec du tabac & de l’arrak. L'appartement des 
emmes eft dans la partie la plus intérieure de la maifon. Perfonne n'a la li- 
berté d’en approcher. Quelques maris permettent à leurs femmes de voir le 
monde & d’aflifter aux fêtes; mais elles y font aflifes à part, & vis-à-vis leurs 
maris. 

ON trouve de toutes parts, dans la Corée, des cabarets & des maifons de 
plaifir, où les Habitans s'affemblent pour y voir des femmes publiques, qui 
Chantent, qui danfent & qui jouent de divers Inftrumens. En Eté, cesréjouif- 
fances fe font dans des lieux frais, à l'ombre des arbres. Le Pays n’a pas d'Hô- 
telleries pour les voyageurs. Mais ceux qui font en voyage s’afleyent le foir 
près de la première maifon qu’ils rencontrent. Aufli-tôt le maître leur apporte 
du riz cuit à l’eau & leur offre fuffifamment à fouper. Ils peuvent fe repofer 
auñi fouvent qu’ils le defirent, avec la certitude de recevoir les mêmes fecours. 
Cependant, fur la grande route de Sior, on trouve des Hôtelleries où les Off- 
ciers de l'Etat fon traités aux dépens du Public (7). 


(4) Hamel, p2g. 592. 
Ufages & Sciences de la Corée. 


E mariage, entre les Coréfiens, eft défendu jufqu’au quatrième degré. Ii 
L demande peu de foin de la part deshommes, parce qu’on fe marie dés l’âge 
de huit ou dix ans. Les jeunes femmes, à moins qu’elles ne foient filles uni- 
ques, habitent dès ce moment la maifon de leur beau-père, jufqu'a ce qu'’el- 
les ayent appris à gagner leur vie & l’art de gouverner leur famille, Le jour du 
mariage, l'homme monte à cheval, accompagné ue fes amis; il fe promene 
dans tous les quartiers de la Ville, & s'arrête enfin à la porte de fa maîtrefe. 
Il eft reçu par fes parens, qui la conduifent chez lui; & le mariage y eft con- 
fommé fans autre cérémonie. 

Les hommes peuvent avoir hors de leur maifon autant de femmes qu'ils 
font capables d'en nourrir, & les voir librement; mais ils ne peuvent rece- 
voir chez eux que leur véritable femme. Si les gens de qualité en ont deux ou 
trois dans leurs propres demeures, elles n’y prennentaucune part à la conduite 
de leur famille. Au fond, remarque l’Auteur, les Coréfiens ont peu de confi- 
dération pour leurs femmes, & ne les traitent guères mieux que leurs efclaves. 
Aprés en avoir eu plufieurs enfans, ils n’en font pas moins libres de les chaf- 
fer fous le moindre prétexte, & d’en prendre une autre. Les femmes n’ont pas 
le même privilége, à moins qu’elles ne l’obtiennent par l'autorité de la Jufti- 
ce, Ce qu’il y a de plus! fâcheux pour elles, c'eft qu’en les congédiant, un 
mari peut les forcer de prendre leurs enfans & de fe charger de leur entretien. 
Une coutume fi barbare fert à rendre le Pays fort peuplé. 

Les Coréfiens ont beaucoup d’indulgence pour leurs enfans, & n’en font 

VIII. Part. lii pas 


DescrirTion 
DE LA 
ConréÉx. 


Cours & jui 
dins, 


Cabarets & 
Hôtelleries, 


Mariage des 
Coréfiens, 


Pluralité de: 
feinmes, 


l'âicheufe 
condition de 
ce féxe, 


. 


434 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Drscurrion pas moins refpeétés. [ La conduite des uns dépend, de celles desautres: fi unjés voirs 
DE LA Père commet quelque mauvaife action, fon fils ne manque pas de l’imiter.] On & de 
ConËt. he voit pas regner la même tendrefle dans les familles d'Éfclaves, parce que tres fi 

__ Sortdesen- Jes pères font accoûtumés à fe voir enlever leurs enfans auffi-tôt que l’âge les jamai 

ee rend capables de travail. Les enfans qui naïflent d’un homme libre & d’une porte 

femme efclave, fonc condamnés à l'efclavage. Cenx dont le père & la mère décla 
font efclaves, appartiennent au maître de leur mère (a). duite 
Deuil pour A Ja mort d'un homme libre, fes enfans prennent le deuil pour trois ans, tir un 
les Moits, Pendant lefquels ils ne vivent pas moins auftérement que leurs Prêtres. Ils ne mère 
peuvent éxercer aucun emploi dans cet intervalle ; & s'ils occupoient quelque pectud 
pote, ils font obligés de le quitter. La loi ne leur permet pas même de cou- La 
cher avec leurs femmes. Les enfans qui leur naïtroicnt dans le cours de ces À coup 
trois ans, ne feroient pas au rang des légitimes. La colère, les querelles, l'y- heure 
vrognerie, paflent alors pour des crimes. Leurs habits de deuil font une lon- fes. Il 
gue robe de chanvre, fur une efpèce de cilice, compofé de filtors prefqu'auf. Æ  Ancêt 
fi gros que les cordons d’un cable. Sur leurs chapeaux, qui font de rofeaux À ne na 
verds entrelaflés, ils portent une corde de chanvre au-lieu de crêpe. Ilsne À  tude. 
marchent point fans une grande canne, ou un long bâton, qui fert à faire dif réfiens 
tinguer de qui ils portént le deuil. La canne marque la mort d’un père, & le Cepen 
bâton celle d’une Mère. Ils ne fe lavent point dans une fi longue contrainte. ce, où 
Aufñi les prendroit-on alors pour des mulâtres. affemb 
Enterre- Aussi-TÔr qu'il eft mort quelqu'un dans une famille, les parens courent À nes cél 
Ft dans les rues en pouffant des cris & s’arrachant les cheveux. Ils enterrent le 
Mort, avec beaucoup.de foin, dans quelqu'endroit d'une montagne choifie par 


leurs Devins. Les corps font renfermés dans un double cercueil, de deux ou par la 


trois doigts d’épaifleur, pour empêcher que l’eau n'y pénetre. Le cercueil fu- font cl 
périeur elt orné de peintures & d'autres embelliffemens, fuivant la fortune de 
chaque famille. 


moign: 


a | connoi 
Les Coréfiens enterrent ordinairement leurs Morts dans le cours du Prin- emploi 


tems ou de l'Automne. Ceux qui meurent pendant l'Eté fonc placés fous une D fois da 
hute de chaume, élevée fur quatre piliers, pour att dre que le tems de la nent q 
moiflon foit paflé. Lorfque celui de l'enterrement: arrivé, on rapporte le gés de 
Mort à fa maifon, & l’on enferme avec lui dans le :reueil fes habits & quel- fuites « 
ques joyaux. Enfuite, après avoir employé toute la nuit à fe réjouir, on partà titre de 
la pointe du jour avec le corps. Les porteurs chantent & gardent une certaine été not 
mefure dans leur marche, tandis que les parens &les amis font retentir l’air de Let 
leurs lamentations. Trois jours après cette cérémonie, le convoi retourne au lement 
tombeau du Mort, pour y faire quelques offrandes. La fçène finit par un cent q 
grand repas, où tout le monde paroît fort joyeux. Les foffes n’ont que cinq grands 
ou fix pieds de profondeur pour les gens du commun ; mais celles des per- reflem 
fonnes de qualité font des caveaux de pierre, fur lefquels on place leur fta- preffio 
tue, avec une infcription au-deffous, qui contient leurs noms, leurs qualités rente ( 
& leurs emplois. Chaque mois, au tems de la pleine-Lune, on coupe l'her- l'empl 
be qui croît fur le tombeau, & les offrandes fe renouvellent, C'eft la plus notes | 
grande fête des Coréfiens, après celle de la nouvelle année. criturc 
Lorsque les enfans ont rendu à la mémoire de leurs pères tous les de- aux fe 
voirs &. les 


AE forte 
(a) Hamel, pag, 588. 


E 


autres: fi unjés 


'imiter.] On 
s, parce que 
que l’âge les 
bre & d’une 
re & la mère 


ur trois ans, 
êtres. Ils ne 
vient quelque 
éme de cou- 
cours de ces 
uerelles, l’y- 
font une lon- 
rs prefqu'auf- 
it de rofeaux 
rêpe. Ils ne 
rt à faire dif- 
père, & le 
e contrainte. 


rens courent 
enterrent le 
ne choifie par 
, de deux ou 
e cercueil fu- 
a fortune de 


urs du Prin. 
cés fous une 
e tems de la 
rapporte le 
bits & quel. 
ir, Onparcà 
une certaine 
entir l’air de 
retourne au 
finit par un 
ont que cinq 
les des per- 
ce leur fta- 
Eurs qualités 
oupe l’her- 
eft la plus 


tous les de- 
voirs 


voirs établis par l’ufage, le fils aîné prend poffeffion de la maifon paternelle 
& de toutes les terres qui en dépendent. Le refte eft divifé entre les au- 
tres fils; mais Hamel & fes Compagnons n’apprirent pas que les filles euffent 
jamais la moindre part à la fuccelion, parce qu'en Corée une femme n'ap- 
porte que fes habits en mariage. Un pére, à l’âge de quatre-vingt ans, fe 
déclare incapable de l'adminiftration de fa famille & céde à fes enfans la con- 
duite de fon bien. Alors l'aîné prend poileilion de la maifon, en fait bi- 
tir une autre aux frais communs de la famille, pour y loger fon pére & fa 
mére, prend foin de leur fubliitance, & ne cefle jamais de les traiter ref- 
pectueufement. | 

La Nobleffe Coréfienne & tous ceux qui font nés libres, apportent beau- 
coup de foin à l'éducation de leurs enfans. Ils leur font apprendre de bonne 
heure à lire & à écrire. Leurs méthodes d’inftruction ne font pas rigoureu- 
fes. Ils infpirent aux écoliers une haute idée du fçavoir & du mérite de leurs 
Ancêtres. Ils leur repréfentent combien il cit glorieux de s'élever à la fortu- 
ne par cette voie, Ces grandes images excitent l'émulation & le goût de l’é- 
tude. Le fruit qu’elles produifent eft furprenant. ‘Toute la doétrine des Co- 
réfiens confifte dans l’expofition de quelques Traités qu'on leur donne à lire. 
Cependant, outre cette étude particulière, il y a dans chaque Ville un édifi- 
ce, où, fuivant l’ancien ufage, auquel toute la Nation eft fort attachée, on 
affemble la jeunefle, pour lui lire l’hiftoire du Pays, & les procès des perfon- 
nes célebres qui ont été punies de mort pour leurs crimes. 

Dans chaque Province il y a toûjours deux ou trois Villes où l’on tient 
des affémblées annuelles. Les écoliers s’y rendent pour obtenir quelqu'emploi 
par la plume ou par l'épée. Chaque Gouverneur nomme des Députés, qui 
font chargés de l’éxamen. Leur choix tombe fur les plus dignes; fur leur té- 
moignage on écrit au Roi, qui diftribue les emplois à ceux dont on lui fait 
connoître le mérite. Les vieux Officiers, qui n’ont encore pofltdé que des 
emplois civils & militaires, s'efforcent alors de fe faire employer tout-à-la- 
fois dans ces deux profeffions, pour grofiir leur revenu. Mais ils ne parvien- 
nent quelquefois qu'à fe ruiner, par les préfens & la dépenfe qu’ils font obli- 
gés de faire pour fe procurer des fuffrages. Ceux qui meurent dans les pour- 
fuites de l'ambition font ordinairement fort fatisfaits d'obtenir en mourant le 
titre de l'emploi qu’ils ont follicité, & regardentcomme un honneur d'y avoir 
été norhmés. : 

Leur caraétère d'écriture & leur Arithmétique ne s’apprennent pas faci- 
lement. Ils ont plufieurs mots pour exprimer une même chofe. Ils pronon- 
cent quelquefois vite & quelquefois lentement, fur-tout leurs Savans & leurs 
grands Seigneurs. Il y a trois fortes d'écriture dans la Corée. La première 
reffemble à celle de la Chine & du Japon; c'eft celle quieften ufage pour l'im- 
preffion des Livres & pour les affaires publiques. La feconde n'eft pas diffé- 
rente de l’écriture commune de l'Europe. Les Grands & les Gouverneurs 
lemployent pour répondre aux placets qu’on leur préfente, pour faire leurs 
notes fur les Lettres d'avis & pour d’autres ufages de cette nature. Cette é- 
criture n’eft pas connue du Peuple. La troifiéme, qui eft la plus grofficre, fert 
aux femmes & au Peuple. Ellecft plus aifée que les deux premières. Les noms 
&. les chofes mêmes dont on n'a jamais entendu parler s'expriment avec une 
forte de pinceau fort curieux. Les Coréfiens ont un grand nombre d’an- 
Tii 2 ciens 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. IL. 435 


, 


DrscrtPTioN 
DE LA 
CotÉE. 
Ordre des 
familles après 
la mort du 
pere. 
Abdication 
des Vicillards, 


Education 
do la jeunefic. 


Commentle 
mérite eft dif. 
tingué, 


Langage & 
Ecriture des 
Coréfiens, 


436 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


. . . L LA . ,® L] 
Descrrrion Ciens Livres, foit imprimés ou manufcrits, à la confervation defquels orr 


"DE LA 
Corée. 


Livres impri- 
més & manuf- 
crits, 


Jgnorance 
des Coréfiens 
fur le refte du 
Monde, 


Comimentils 
font leurs 
comptes, 


Divifion de 
leurs années, 


Etendue du 
Commerce 
des Coréfiens, 


devant Suifima, & qui eft écrite ici Cenxima. 


veille fi foigneufement, que la garde n’en eft confiée qu’au frère du Roi. 
Plufieurs Villes en ônt les copies en dépôt, par précaution contre les rava- 
es du feu. 
La connoïiffance qu’ils ont du Monde eft fort imparfaite. Leurs Auteurs 


aflurent que la Terre eft compofée de quatre-vingt-quatre mille Pays. Mais 


ces fuppolitions trouvent peu de crédit parmiles Habitans. ,, Il faudroit donc, 
» difent-ils, compter pour un Pays la moindre Ifle & le plus méprifable E- 
» Cueil; car peut-on s’imaginer autrement que le Soleil fuffife pour éclairer 
, tant de Régions en un feul jour? Lorfque les Hollandois leur nommoient 
quelques Royaumes , ils fe mettoient à rire, en leur difant que c’étoit fans 
doute des Villes ou des Villages, parce que la connoïflance qu’ils ont des 
Côtes ne s'étend point au-delà de Siam, où leur Commerce fe borne. Ils 
font perfuadés en effet qu’il n’y a dans le Monde que douze Royaumes, ou 
douze Contrées, qui étoient autrefois foumifes à la Chine & qui lui payoient 
un tribut ; mais qui ont fecoué le joug depuis la conquête des Tartares, 
parce que ces nouveaux Maîtres n'ont pas été capables de les contenir dans 
la foûmiffion. Ils donnent au T'artare (b) le nom de Tiekfe & d’Orankay; 
a la Hollande , le nom de Nampankouk, qui eft celui que les Japonois don- 
nent aux Portugais comme aux Hollandois, parce qu’ils ne les connoiflent 
pas mieux. 

ILs tirent leur Almanach de la Chine, faute de lumicres pour le compofe: 
eux-mêmes. Ils impriment avec des planches gravées, en plaçant le papier 
entre deux planches, & tirent ainfila feuille. Leurs comptes d'arithmétique. 
fe font avec de petits bâtons de bois, comme en Europe avec des jettons. 
Ils ne fçavent pas tenir de livres de comptes; mais lorfqu'ils achètent une 
chofe ils en marquent le prix par-deflous, & marquant de même l’ufage qu’ils 
en font , ils calculent fort bien la perte ou le profit. 

Izs divifent leurs années par les Lunes, & tousles trois ans ils ajoûtent un: 
mois d’intercalation. Ils ont des Sorciers, des Devins, ou des Charlatans, 
qui ieur apprennent fi leurs Morts font en repos ou non, & fi le lieu de leur. 
fépulture leur convient. La fuperftition eft fi excefive fur ce point , que. 
fouvent on leur fait changer deux ou trois fois de tombeau (c). 


(b) Il faut entendre l'Empereur de la Chine. (c) Hamel, pag. 392. ° 


Commerce ES Religion de la Corée. 


ES Habitans de la Corée n’ont guéres d’autre Commerce qu'avec les Ja- 
ponois & les Infulaires de Sufima (a), qui ont un magafin dans la par- 

tie méridionale de la Ville de Poufan. C’eft d'eux que les Coréfiens tirent. 
leur papier (b), leur bois de parfum, leur alun, leurs cornes de buñles, & 
d’autres marchandifes que les Chinois & les Hollandois vendent au Japon. En 
échange, ces Etrangers prennent les produétions de la Corée & les ouvrages 
de fes manufactures. Les Coréfiens font aufñi quelque Commerce avec les 
Parties. 


Ca) Ou Tui-ma-tau, qui a été nommé ci- (b) Angl, leur poivre, KR, d. E 


Parties 
les frai 
& qu’o 
chands 
prend : 


véritab 
qu'ils d 
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defquels or 
ére du Roi. 
tre les rava- 


eurs Auteurs 


Pays. Mais 


udroit donc, 
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Jour éclairer 
_nommoient 
 c'étoit fans 
x'ils ont des 
borne. Ils 
yaumes, OU 
lui payoient 
s Tartares, 
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connoiflent 


le compofer 
nt le papier 
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des jettons. 
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ajoûtent un: 
Charlatans, 
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point , que. 


ec les Ja- 
lans la par- 
iens tirent. 
bufles, & 
Japon. En 
s ouvrages 
e avec les 

Parties 


E. 


DE LA CHINE, Liv. IIL Cuar. il 437 


Parties Septentrionales de la Chine, en linge & en étoffes de coton. Mais 
les frais en font confidérables, parce que le chemin ne fe fait que par terre 
& qu'on emploie des chevaux pour le tranfport. 11 n’y a que les riches Mar- 
chands de Sior qui pouflent leur commerce jufqu’à Peking, & ce voyage leur 
prend au moins trois mois. | | 

Quoique les poids & les mefures foient uniformes dans toutes les par- 
ties du Royaume, les précautions & les ordres des Gouverneurs n'empêchent 
pas qu'il ne s’y gliffé beaucoup d'abus. Les Coréfiens ne connoiffent pas d'au- 
tre monnoie que leurs kafis.  C’eft aufli la feule qui ait cours für les frontières 
de la Chine. L'argent pañle au poids, en petits lingots, tels qu’on les appor- 
te du Japon (c). 

L'AuTEUR doute fi la Religion des Coréfiens en mérite le nom. On voit 
faire au Peuple des grimaces ridicules devant leurs Idoles, mais avec peu de 
véritable refpeét. Les Grands leur rendent encore moins d'honneur, parce 
qu'ils ont plus d’eftime pour eux-mêmes que pour leurs Idoles. Lorfqu’il 
meurt quelqu'un de leurs parens ou de leurs amis , ils s’affemblent pour hono- 
rer le Mort dans la cérémonie des offrandes que le Prêtre fait à fon image. 
Souvent ils font trente ou quarante lieuës pour afifter à cette cérémonie, 
dans la feule vûe d'exprimer leur confidération pour le mérite, & de faire 
éclater le fouvenir qu’ils en confervent. Dans les fêtes, lorfque le Peuple 
fe rend aux Temples, chacun allume un petit morceau de bois odoriférant, 
qu’il place devant l’Idole, dans un vaifleau deftiné à cet ufage, & fe retire 
après avoir fait une profonde réverence. €C’eft en quoi confifte tout leur cul- 
te. Ils croient d’ailleurs que le bien fera récompenfé dans une autre vie, & 
qu’il y aura des punitions pour le vice. Ils n’ont ni prédication ni myftères. 
Auffi ne voit-on jamais parmi eux de difpute fur la religion. Leur foi & leur 
pratique font uniformes. L'office du Clergé eft d'offrir deux fois le jour des 
parfums aux [doles. Les jours de fête, tous les Religieux de chaque maifon 
font beaucoup de bruit, avec des tambours , des baflins & des chaudrons. 
C’eft aux contributions du Peuple qu’ils doivent leurs Monaftères & leurs Tem- 
ples, dont Ja plûpart font fitués fur des montagnes. Quelques-uns contien- 
nent jufqu’à cinq ou fix cens Religieux ; & le nombre de cette efpèce de Pré- 
tres eft fi grand, qu’on en voit jufqu’a trois & quatre mille dans le diftriét de 
plufieurs Villes. ls font divifés comme en efcouades, de dix, de vingt .& 
quelquefois de trente. C’eft le plus vieux qui gouverne, & qui a droit de 
faire punir les négligences par vingt ou trente coups fur les fefles. S'il eft 
queftion d’un crime odieux, le coupable eft livré au C  1verneur de la Ville. 
Comme tout le monde a la liberté d'embraffer cette j: oiefion, la Corée eft 
remplie de Religieux, d'autant plus qu’ils ont la liberté d'abandonner leur état 
lorfqu'il commence à leur déplaire. Cependant la plûpart ne font pas beaucoup 
plus refpeétés que des Efclaves. Le Gouvernement les accable de taxes & les 
aflujettit à divers travaux. , 

Leurs Supérieurs ne laiffent pas de jouir d'une grande confidération, fur- 
tout lorfqu'ils ont quelque fçavoir. Ils vont de pair avec les Grands du Royau- 
me. On les namme /es Religieux du Roi. Ils portent fur leurs habits la mar- 

que 


(ce) Hamel, pag. 594, 
ii 3 


, 


Däscrirrien 
DE LA 
CORÉE. 


Leurs poids 
& lcur mon- 
noie, 


Leur rcii- 
gion. 


Office de 
leurs Prêtres. 


Monaitères 
Coréfiens, 


Ordre qui 
regne dans ces 
lieux, 


hl 


438 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Descriprron que de leur Ordre. Ils ont le pouvoir de juger [comme ] les Officiers fubal-fé= 


DE LA  ternes & de faire leurs vilites à cheval. Ces Religieux fe rafent la tête & la 
CoRÉE. barbe. Ils ne peuvent rien manger qui ait eu vie, ni entretenir de commer- 
no _ ce avec les femmes. Ceux qui violent ces regles font condamnés à recevoir 
réliens foixante-dix ou quatre-vingt coups für les fetes & bannis de leur Monaftére. 
: En recevant la tonfure, un Religieux reçoit fur le bras l'impreffion d'une mar- 
que qui ne s’efface jamais. Il travaille, eu il éxerce quelque profeflion pour 
gagner fa vie. Quelques-uns prennent le parti de mandier. Mais en géné- 
ral, les Monaftères obtiennent peu de fecours des Gouverneurs. On y élé- 
ve les enfans; c’elt-a-dire, qu'ils y apprennent à lire & à écrire. S'ils confen- 
tent à recevoir la tonfure, on les retient au fervice du Monañtire, & le pro- 
fit de leur travail appartient à leur précepteur. Mais ils deviennent libres à 
fa mort. Ils héritent de tout fon bien, & portent le deuil pour lui comme 

pour leur propre pére. , 

Autreefpèce ON diftingue une autre forte de Religieux , qui s’abftiennent de chair, 

de Réligicux. comme les précédens, & qui s’emploient au fervice des Idoles, mais qui ne 
font pas rafés & qui ont la liberté de fe marier (4). Ils croient, partradition, 
qu’anciennement le genre humain n'avoit qu'un langage; mais que la confu- 
fion des Langues eft venue à loccalion d’une Tour, qui fut entreprife pour 
° monter au Ciel. Les Nobles de la Corée fréquentent les Monaïtères pour s’y 
réjouir avec des femmes publiques, qu'ils y trouvent ou qu'ils y menent, par- 
ce que la plûpart de ces lieux font dans une fituation délicieufe, & que la 
beauté de leurs jardins devroit les faire nommer des maifons de plaifance plû- 
tôt que des Temples. Mais l’Auteur n'accufe de ces défordres que les Monaf- 

tères du commun, où les Religieux aiment beaucoup à boire. 

Deux Cou.  S10R, Capitale du Royaume, contient deux Monaftères de femmes, dans 
vens de Reli- l'un defquels on ne reçoit que de jeunes filles de qualité. L'autre en admet 
gieufes. d'un rang inférieur. Elles font toutes rafées, & leurs devoirs ne font pas dif- 

férens de ceux des hommes. Mais elles font entretenues aux dépens du Roi & 
des Grands. Deux ou trois ans avant le départ des Hollandois, elles obtinrent 
. du Roi la permifiion de fe marier (e). 


(4) Les uns reffemblent aux Tautfés Chi-  Ho-changs, qui fe marient, 
nois, qui ne fe marient point, les autres aux (e) Hamel, pag. 590. 


Autorité du Roi £ Gouvernement de la Corée. 


Dépendance E Royaume eft tributaire des Tartares Orientaux, qui en firent la con- 
da quête avant celle de la Chine. Ils y envoyent trois fois chaque année 


un Ambaffadeur, pour recevoir le tribut, [ qui fe paye en racine de Ni-fi.] Ag 
Sontribut l’arrivée de ce Miniftre, le Roï fort de fa Capitale avec toute fa Cour pour le 
Eft payé trois recevoir, & le conduit jufqu’à fon logement. Les honneurs qu’on lui rend de 
FA toutes parts paroillent l'emporter fur ceux qu'on rend au Roi même. Il eft 
précedé par des muficiens, des danfeurs & des voltigeurs, qui s'efforcent de 
l'amufer. Pendant tout le tems qu’il pafle à la Cour, toutes les rues, depuis 
fon logement jufqu’au Palais, font bordées de Soldats, à dix ou douze pieds 
de diftance. On nomme deux ou trois perfonnes, dont l’unique emploi eft 
de recevoir des notes écrites qu'on leur jette par la fenêtre de l’Ambaffadeur, 
& de les porter au Roi, qui veut fçavoir à chaque moment de quoi ce Minif- 
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EN.f.] Atér 
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baffadeur , 
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tre 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. Il. 439 
tre eft occupé. Il étudie tous les moyens de lui plaire , pour l’engager à 
faire des récits favorables au grand Khan de la Chine. | 

Mars quoique leRoi de Corée reconnoifle fa dépendance de l'Empereur par 
un tribut, fon pouvoir n’en eft pas moins abfolu fur fes propres Sujets. Au- 
cun d'eux, fans excepter les Grands, n’a la propriété defes terres. Ils en tirent 
le revenu fous le bon plaifir du Roi & pour le tems qu'il lui plaît, comme ce- 
Jui quileur revient de la multitude extraordinaire de leurs Efclaves. Quelques- 
uns en ont deux ou trois cens. 

Le Confeil du Roi eft compofé des principaux Officiers de mer & de terre. 
Il s’affemble chaque jour. Chacun doit attendre qu'on lui demande fon avis, 
& ne fe mèler d'aucune affaire fans être appellé. Ces Confeillers tiennent le 
premier rang autour du Roi, & confervent leurs emplois jufqu’à l'âge de qua- 
tre-vingt ans lorfqu’ils ont une bonne conduite. L’ufage eit le même pour 
tous les oflices inférieurs de la Cour. On ne les quitte que pour monter plus 
haut. Les Gouverneurs des Places & les Officiers fubalternes changent tous 
lestrois ans. Muisil yen a peu qui fervent jufqu’à la fin de leur terme, parce 
que fur l’accufation des furveillans que le Roi entretient de toutes parts, la plû- 
part font caffés pour quelque faute dans l’adminiftration (4). 

Lorsque le Roi fort du Palais, il eft accompagné de toute la Nobleffe 
de fa Cour. Chacun porte les marques de fon rang, qui confiftent dans une 
piéce de broderie par devant & par derrière, une robe de foie noire & une 
écharpe fort large. D’autres ferment le cortége (2) en bon ordre. Ileft préce- 
dé par divers Officiers à pied & à cheval, dont les uns portent des Enfeignes 
& des Banières, tandis que d’autres jouent de divers Inftrumens guerriers. 
La garde du corps, qui vient enfüite, eft compofée des principaux Bourgeois dela 
Capitale. Le Roi eft au centre, porté fous un daisfortriche. Chacun gardeun 


profond filence, & la plûpart des Soldats portent un petit bâton dans leur bou- 
che, afin qu'on ne puïfle les accufer d’avoir fait le moindre bruit. Si le Roi 
pañle devant quelqu'un, foit Officiers ou Soldats, ils font obligés de tourner 
le dos, fans ofer jetter für lui le moindre regard & fans ofer même toufler. 
Devant lui marche un Sécretaire d'Etat ou quelqu’autre Officier de diftinétion, 
avec une petite boëte, dans laquelle il met les plicets & les mémoires qu’on 
lui préfente au bout d’une canne, ou qu'il voit fufpendus aux murs; de forte 


qu'on ne voit jamais de quelle main ils lui viennent. Ceux qui pendent aux 
murs lui font apportés par des Sergens, qui n’ont pas d’autres fonétions. 
Le Roi fe fait préfenter toutes ces fuppliques à fon retour, & les ordres qu’il 
donne à cette occafon font éxécutés fur le champ. Toutes les portes & les 
fenêtres font fermées , dans les rues par lefquelles il fait fa marche. Perfonne 
n'auroit la hardieffe de les entr’ouvrir; bien moins celle de regarder par-def- 
fus les murs ou les paliflades (c). 

Le Roi dé Corée entretient dans fa Capitale un grand nombre de Soldats, 
dont l'unique occupation eft de veiller à la garde de fa Perfoune & de l’efcor- 
ter dans fes marches. Les Provinces font obligées d'envoyer une fois tous 


les fept ans, à leur tour, tous leurs Habitans de condition libre, pour le gar- 
der 


ferme le cortéze. R. d. E. 


(a) Relation de Hamel, 588. & fuiv. 
(c) Le mème, pag. 595. 


(b) Angl. Un grand nombre de Soldats 


Descrirrion 
DE LA 
CoRÉ &, 
Autorité du 
Roi fur fes Su- 
jets. 


Confeil Ro- 
yal. 


Pompe du 
Roi dans fes 
marches, 


Comment 
on lui préfen- 
te des placets, 


Garde du 
Roi de Corée, 


\ 


440 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


| 

| 

| Drscuwrrox der l'efpace de deux mois. Chaque Province a fon Général, & fous lui qua- 
| 


bE LA tre ou cinq Colonels, dont chacun a fous foi le même nombre de Capitaines. 
CORÉr. Chaque Capitaine eft Gouverneur d’une Ville ou de quelque Fort. Il n'y a 
| pas de Village qui ne foit commandé du moins par un Caporal, qui a. fous lui 
| une forte de Décemvirs, ou d'Officiers dont le commandement s’étend fur 
| dix hommes. Ces Caporaux doivent préfenter une fois l'an, à leur Capitai- 
| ne, la lifte du Peuple qu’ils ont fous leur jurifdiétion. 
| Armes des La Cavalerie Coréfienne porte des cuirafles & des cafques, des arcs & des 
| TT féches , des fabres, & des fouets armés de pointes de fer. Les armes de l’In- 
| i fanterie font le corfelet & le cafque, l’épée & le moufquet , ou la demi-pi- 
| ue. Les Officiers n'ont que l’arc & les fléches. On oblige les Soldats de 
: e pourvoir , à leurs propres frais, de cinquante charges de poudre & de bal- 
Religieux les. Chaque Ville fournit auffi, à fon tour, un nombre de Religieux, pour 
Soldats, + garder & entretenir à leurs dépens les Forts & les Châteaux qui font fitués 
dans les défilés ou fur les revers des montagnes. Ces Religieux Soldats paf- 
fent pour les meilleures Troupes de la Corée. Ils obéiflent à des Chefs tirés 
de leurs Corps, qui leur font obferver la même difcipline que celle des autres 
Troupes. Ainfi le Roi connoît fes Forces jufqu’au dernier homme. On eft 
difpenfé du fervice à l’âge de foixante ans, & les enfans prennent alors la pla- 
| ce de leur père. Le nombre des Habitans libres qui ne font point au fervi- 
Li ce du Roi & qui n’y ont jamais été, joint à celui des Efclaves, forme environ 
la moitié de la Nation. 
,. Marine de LA Corée (4) étant environnée prefqu’entièrement par la Mer, chaque Ville 
la Corée, du Royaume eft obligée d'équiper & d'entretenir un Vaïfleau. Tous les Bâti- 
mens Coréfiens ont deux mâts & trente ou quarante rames, dont chacune eft 
fervie par cinq ou fix hommes.  Ainfi chaque Vaifleau n’a pas moins de trois 
cens hommes, tant pour la manœuvre que pour le combat. On y voit quel- 
à ques petites piéces de canon & quantité de feux artificiels. Chaque Province 
a fon Amiral, qui fait la revûe des Vaifleaux une fois l’année, & qui en rend 
compte au grand Amiral. Quelquefois le grand Amiral eft préfent lui-même 
à ces revûes. Les Âmiraux particuliers & leurs Officiers fubalternes, quiman- 
quent à leur devoir, font punis de mort ou par le banniffement. On a vû, 
dans le Journal de Hamel, qu’en 1666 un Gouverneur qui commandoit dix- 
fept Vaifleaux fut traité avec cette rigueur. 
Revenus du LEs revenus du Roi, pour l'entretien de fa maifon & de fes forces, con- 
Roi, fiftent dans les droits qui fe levent fur toutes les productions du Pays & fur 
les marchandifes qu’on y apporte par mer. On trouve, dans toutes les Villes 
& dans tous les Villages , des magafins pour la dixme , que les Fermiers Royaux, 
gens néanmoins de l’ordre commun , recueilient au tems de Ja moiflon, avant 
que les biens de la terre foient fortis du champ. Les Officiers publics font 
payés de leurs appointemens fur les produétions des lieux de leur réfidence. 
: Ce qui fe leve dans les Provinces eft afigné pour le payement des forces de 
mer & de terre. Outre cette dixme, tous ceux qui ne font point enrollés dans 
la milice doivent employer trois jours de l’année, au travail que leur Pays us 
impofe. 


| (d) En parlant de Ja Corée, les Chinois écrit ci-deflus, Xudon ou Koron; mots qui fi- 
ajoutent que à Kaulis & les Mancheous ajou-  gnitient Royaume, 
tent à Solgon, plûtôc qu’à Sedbo, comme il eft 


impo 
vêtir, 
tie de 
tres d 
La 
toute 
fes bie 
Rien 
objeéti 
témoit 
L'A 
broder 
Prince 
blure d 
plaifir 
fin, se 
peine à 
que fa 
laquelle 
d'une € 
de fer 
étoit G 
crire a 
poufer 
fon féxd 
appelle 
lui avoi 
de cettr 
pable. 
IL «1 
enfeveli 
l'on pla 
dre de |: 
foit exp 
pour un 
la déper 
ble, ell 
fent la: 
ou qui € 
UNI 
tère ou 
femme : 
Maître. 
mais un 
texte. 
le Crim: 
vre pou 
eft bien 
VIIT. 


DE LA CHINE, Lrv. I. Crar. IL 4dt 


(ous lui qua- impofe. Chaque Soldat, fantaflin ou cavalier, reçoit tous les ans, pour fe Drecurres 

 Capitaines. D  vétir, crois piéces d’étoffe de la valeur de dix-huit fchellings. C'eft une par. n# ra 

t. Il n'ya D tie de leur paye dans la Capitais. On ne connoît pas, duns la Corée, d'au- Couée. 

ui a-fous lui D tres droits ni d’autres taxes. 

s'étend fur La Juftice s'y éxécute fort févêrement. Un rébelle cft exterminé avec | Fxérutions 

eur Capitai- D toutefarace. Sa maifon cit démolie, fans que perfonne ôfe larebätir. Tous ‘” Russes 

| fes biens font confifqués, & quelquefois abandonnés à quelque Sujet fidéle. 

s arcs & des À Rien ne peut fauver d’un chitiment rigoureux celui qui forme la moinire 

rmes de l'In- D objeétion contre fa fentence. C'eft de quoi les Hoilandois furent fouvent 

Ja demi-pi- Æ témoins. 

s Soldats de Æ L'AuTEuRr fe rappelle que le Roi ayant prié la femme de fon frère de lui  Trazique 

re & de bal- D broder une robe, parce qu’elle exceiloit dans les ouvrages à l'aiguille, cette HR 

gieux, pour D Princefle, qui lui portoit une haine mortelle, coufit entre l'étofte & la dou- & Jun Gone 
, , , & d'un Guu 

L font fitués M blure quelque charme d'une 1 puiffante nature, qu'il ne put gouter aucun verneur. 

Soldats paf- plaifir ni jouir du moindre repos aufli long-tems qu'il porta fa robe. A la 

s Chefs tirés fin, s'étant défié de la vérité, il fit découdre lo vrage, où l’on n’eut pas de 

le des autres peine à trouver la caufe du mal. Son reffentunent fut fi vif, qu’il ordonna 

me. On eft que fa fœur fût enfermée dans une chambre pavée de cuivre, au-deflous de 

alors la pla- laquelle on avoit allumé un grand feu. Elle y mourut, dans les tourmens 

int au fervi- d'une excelfive chaleur. La nouvelle de cette fentence n'ayant pû manquer 

[me environ de fe répandre dans les Provinces, un proche parent de la Princefle , qui 

étoit Gouverneur d'une Ville & fort eftimé à la Cour, eut la hardieffe d'é- 

crire au Roi, pour lui repréfenter qu’une femme qui avoit eu l'honneur d’é- 

poufer le frère de Sa Majefté devoit être traitée moins cruellement, & que 

fon féxe méritoit plus de faveur. Le Roi, offenfé de cette indifcrétion, ft 

doit ave. appeller fur le champ l'auteur de la Lettre, & lui fit couper la tête après 

y que lui avoir fait donner vingt coups fur les os des jambes. Mais les crimes 


ue Province de cette nature font perfonnels & n'enveloppent point la famille du cou- 
quienrend able 


t lui-même 
ès, quiman- 
On a vû, 
andoit dix- 


chaque Ville 
ous les Bâti- 
chacune eft 
ins de trois 


Iz en eft de même de plufeurs autres. Une femme qui tue fon mari eft  Chitimens 
enfevelie toute vive, jufqu'aux épaules, au milieu d'un grand chemin, & de divers cri- 


, \ , . . . , Ines, 
l'on place près d'elle une hache, dont tous les paflans qui ne font pas de l'or- 


dre de la Nobleffe, doivent lui donner un coup fur la tête jufqu'a ce qu'elle 
foit expirée. Les Juges de la Ville où le crime s’eft commis, font interdits 
pour un tems. La Ville même eft privée de fon Gouverneur & tombe dans 
la dépendance d’une autre Ville; ou, ce qui peut lui arriver de plus favora- 
s Royaux, ble, elle demeure fous le commandement d’un Particulier. Les loix impo- 
on, avan£ fent la même punition aux Villes qui fe mutinent contre leur Gouverneur , 
ublics font ou qui envoyent contr eux à la Cour des plaintes mal fondées. = 
réfidence.  Ux homme a le pouvoir de tuer fa femme lorfqu'il la furprend en adul- . ten 
a Éoréer de tère où dans quelque défordre odieux, pourvû qu'il prouve le fait. Sila ‘P | 
rollés dans femme eft efclave, le mari en eft quitte pour payer trois fois fa valeur au 
Pays leur Maitre. Les Efclaves qui tuent leur Maître font livrés à de cruels fupplices ; 
impofe. mais un Maître eft en droit d'ôter la vie à fon Efclave, fous le plus léger pré- 
texte, La punition du meurtre eft fingulière. Après avoir long-tems foulé 
mots qui fi- le Criminel aux pieds, on prend du vinaigre, dans lequel on a lavé le cada- 
vre pourri du Mort; on lui en fait avaller avec un entonnoir, & lorfqu'il en 
eft bien rempli, on lui frappe fur le ventre à coups de bâton, jufqu'a ce qu'il 
PIIL. Part. Kkk expire, 


Orces, Con- 
Pays & fur 
es les Villes 


DESCRIPTION 
DE LA 
CoRÉE 

Vol, 
. Expoñition 
des adultères. 


. Choix fingu- 
cr d'un 
Bourreau. 


Comment 
les dettes fe 
payent, 


Bañtonade 
furles os des 
jambes. 


Baitonade 
fous la plante 
des pieds. 


Baftonide 
fur les feffes, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


expire. Le fupplice des voleurs eft de les fouler aux pieds jufqu'à la moic. 
Un châtiment fi terrible n'empeche pas que les Coréfiens ne foient fort fujets 
au larcin. 

Un homme libre, qu'on furprend au lit avec une femme mariée, eft en- 
levé nud, fans autre habillement qu'une petite paire de caleçons. On lui 
barbouille le vifage de chaux; on lui perce chaque oreille d'une flgche; on 
Jui attache fur le dos une fonnette (e), qu'on fait retencir dans tous les car- 
refours où il eft expofé ; & cette punition finit ordinairement par quarante ou 
cinquante coups de bâton qu'il reçoit fur les fefles, On accorde un caleçon 
aux femmes, lorfqu’elles font condamnées au même fupplice. 

Lrs Coréfiens font naturellement paflionnés pour les femmes, & d'une hu- 
meur fi jaloufe, qu'un mari accorde rarement à fes meilleurs amis la liberté 
de voir la fienne. La loi condamne à mort un homme marié qui eft furpris 
avec la femme d'un autre, fur-tout entre les perfonnes de diftinction. C'eft 
le père même du Criminel, s’il eft vivant, ou le plus proche de fes parens qui 
doit être fon Exécuteur. On lui laiffe le choix du genre de mort; mais ordi- 
nairement les hommes demandent d'être percés au travers du dos, & les fem- 
mes d'être égorgées. 

Ceux qui ne payent pas le Roi ou leurs créanciers , au terme dont ils font 
convenus, reçoivent deux ou trois fois, par mois, des coups fur les os des 
jambes, jufqu’a ce qu’ils ayent trouvé le moyen d’acquitter leurs dettes. S'ils 


meurent fans avoir rempli ce devoir, leurs plus proches parens doivent payer 
our eux, ou fubir le même châtiment. Ainfi perfonne n'’eft expofé à per- 


dre ce qui lui eft dû. La plus légère punition, dans la Corée, eft la bafto- 
nade fur les feffes ou fur le gras des jambes. Elle n’eft pas même regardée 
comme une tache, parce qu’elle y eft fort commune, & qu’une parole pro- 
noncée mal-à-propos fañit quelquefois pour la mériter. Les Gouverneurs in- 
férieurs & les Juges fubordonnés ne peuvent condamner perfonne à mort fans 
en informer le Gouverneur de la Province, ni faire le procès aux prifonniers 
d'Etat fans la participation de la Cour. 

La manière dont la baftonade fe donne fur les os des jambes , eft auñi étran- 
ge que le fupplice même. On lie les pieds du Criminel fur un petit banc, 
large de quatre doigts. On lui metun autre banc fous les jarrets, qu’on y atta- 
che aufñi ferme qu’il eft poiible. Dans cette pofture on lui frappe les os avec 
une latte de bois d’Aune ou de Chêne, de la longueur du bras,un peu ronde 
d'un côté & plate de l'autre, large de deux doigts & de l’épaiffeur d'un écu. 
On ne doit pas donner à la fois plus de trente coups. Mais, deux ou trois 
heures après, on répete l'éxécution, jufqu'au nombre porté par la fentence. 

LorsQU’un Criminel elt condamné à recevoir la baftonade fous la plante 
des pieds, on le fait afeoir à terre, on lui lie les pieds enfemble par les gros 
orteils, on les place fur le bout d’une piéce de bois, dont le refte lui pafle 
entre les jambes, & dans cet état on frape fur les plantes avec un bâton de 
la groffeur du bras, & long de deux ou trois pieds. On donne autant de 
coups que le Juge l'a ordonné. Pour la baftonade fur les fefles, on dépouille 
le coupable de fes habits, on le fait étendre à terre, la face en bas; on le lie 

au 


(a) Angl, un petit tambour, R, dE, 


feur d 
Dans 
fion f 


y E 
d' 
de T'art 
de Jaik 
Ru!lent 
ne & |: 
tuation 
de, & 
Il conti 
dire tro 
grés de 
plus gra 
cens tre 
Mac 
qu'elle a 
rent ent 
lorfqu’el 
Hordes 
ties, fut 
efpace d 
dant à l' 
reculère 
luths ou 


(a) An 
foixunte-ut 
(b) An 


'àa la moii. 
fort fujets 


ée, eft en- 
rs. On lui 
fiche ; on 
ous les car- 
quarante ou 
un calcçon 


& d'une hu- 
is la liberté 
i eft furpris 
tion. C'eft 
 parens qui 
, mais ordi- 

& les fem- 


jont ils font 
r les os des 
dettes. S'ils 
ivent payer 
pofé à per- 
ft la bafto- 
1e regardée 
parole pro- 
rerneurs in- 
à mort fans 
prifonniers 


aufi étran- 
peiit banc, 
u'on y atta- 
les os avec 
peu ronde 
d'un écu. 
UX ou trois 

fentence. 
s la plante 
par les gros 
e Jui pañle 
bâton de 
autant de 
gépouille 
; on le lie 
au 


DE LA CHINE, Liv. II Cnar. IL 443 


au banc; & l'on frappe fur lui, dans cette fituation, avec unclatte plus longue 
& plus large que la précédente. Les femmes prennent uncaleçon. Cent coups 
font équivalens à la mort; & cinquante méme ont quelquefois produit le mc- 


me effet, 
La baftonade fur 12 gras des jambes fe donne avec des baguettes de la grof- 
feur du pouce. C'eft le châtiment commun des femmes & des apprentis. 


Dans ces éxécutions, le”criminel jette des cris fi lamentables que la‘ compaf- 


fion fait participer les fpeétateurs au fusplice (f). 
(f) Relation de Hamel, pag 598, & fuiv. | 
RES og ASE HE MD Déc APE De RE 2 0 fe 26 Be ic ES CARE : 282 CAE NERO x AR 
CHAPITRE III. 
Defcription de la Tartarie Jujette à la Chine. 


INTRODUCTION. 


ÿ E Pays qui porte en général le nom de Tartarie, ou plûütôt de Tatarie, eft 

d'une vafte étendue., Ses bornes à l'Eft font l'Océan Oriental, ou la Mer 
de Tartarie, A l'Oueft il eft bordé par la Mer Cafpienne, & par les Rivières 
de Jaik & de Tobol, qui le féparent de la Ruffie; au Nord, par la Siberie 
Ru‘fenne; au Sud, par le Royaume de Karazin, les deux Eukkaries, la Chi- 
ne & la Corée. Il prend ainfi la moitié de l’Afie, de l'Ouelt à l'Eft, fa fi- 
tuation étant entre foixante-cinq & cent foixante-fix degrés (4) de longitu- 
de, & entre le trente-fepticme & le cinquante-cinquième degré de latitude, 
Il contient, par conféquent , quatre-vingt-fix degrés de longitude, c’eft-à- 
dire trois mille fix cens milles de longueur, de l’Oueft à l'Eft, & dix-huit de- 
grés de latitude, qui font, du Nord au Sud, neuf cens foigante milles dans fa 
plus grande largeur ; quoique dans d’autres endroits il n’en ait pas plus de trois 
cens trente. 

Macé cette vafte étendue, la Tartarie n’approche pas de la grandeur 
qu'elle avoit fo#s l'Empire de Ÿenghiz-khan & de fes fucceffeurs, quila réduifi- 
rent entifrement fou: leur domination, avec toute l’Afie Méridionale. Mais 
lorfqu’elle fut démembrée par les divifions qui s’élevèrent engre les Chefs des 
Hordes ou des Tribus, toutes les Puiffances voifines en ufurpèrent quelques par- 
ties, fur-rout les RuMiens, qui conquirent du côté de l'Oueft prefque tout cet 
efpace dont l'Empire de Kapchak ou de Kipjak étoit compofé, & qui, s’éten- 
dant à l'Oueft du Don, formoit prefqu'un quart du Monde (b). Au Nord, ils 
reculérent fort loin les bornes de la Sibérie , en fe faififfanc du Pays des E- 
luths ou des Kalmuks (c), & de celui des Kalkas, particulièrement a. les 

ources 


R. d. E. | 
(ce) D'autres écrivent & prononcent Cai- 
mouks, KR, d. T, 


(a) Angl. entre foixante-quinze, & cent 
foixunte-un degrés, IR. d. IE. 
(b) Angl, un quurt de toute la Tartarie, 


Kkk 2 


DiscrieTIoN 
DL LA 
COLE, 


Baftonae 
fur le gras des 
jambes. 


INTRODUC 
TION. 


Bornes dela 
Tartarie & 
fon étendue, 


Ancienne: 
ment beau. 
coup plus 
grande. 


TION, 


Etat préfent 
dela Tartaric, 


Obfervation 


fur fes deux 
principaux 
Peuples, 


Voyageurs 


anciens & mo- 
dernes qui ont 


péuetré dans 
la Tartarie, 


MiMonaires 


Jéfuites & 
'eur Carte. 


444 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


sixrnonuc. fources de la Rivière d'Jrtiche, où ils ont refferré ces Peuples dans des bor- 


nes plus étroites du Nord au Sud. | 

D'une fi grande Région, plus de la moitié appartient aujourd'hui à l'Em- 
pire de la Chine, en tirant à l'ER vers la fameufe montagne d’Altay d’où la 
grande Rivière d’Zrtiche tire fa fource, dans un efpace d'environ cent dix de- 
grés de longitude. Quelques Milfionaires qui en ont compofé la Carte, lui 
donnent.le nom de Turtarie Orientale. Mais, füuivant la plüpart des Hifto- 
riens, Ce nom n'appartient qu'à cette partie qui contient le Pays des Man- 
cheous. Le Père Verbieft a nommé fa première courfe, f’oyage dans la Tar- 
tarie Orientale; & la feconde, F'oyage duns la Tartarie Occidentale, quoique celle- 
ci ne s'étende point au de-là du Pays des Mongols, qui eft fitué, fuivant cet- 
te divifion, à l'Oueft des Manchcous. 

IL faut obferver ici que toute la grande Tartarie eft occupée par deux for- 
tes de Peuples, dont ies branches ont formé plufieurs Nations ou plufieurs Tri- 
bus, aufi différentes par leurs ufages & leurs mœurs que par leur langage. La 
première eft celle qu'on connoït aujourd'hui fous le nom de Mancheous , ou de 
Tartares Orientaux, comme on connoït leur Pays fous le nom de ‘l'artarie O- 
rientale. 29. Les Mongols, où Mogols, nommés communément ‘T'artares 
Occidentaux, dont le Pays, qui fe nomme Tartarie Occidentale, s'étend juf- 
qu’à la Mer Cafpienne. Chacun de ces deux Peuples eft divifé en plufieurs 
autres Nations, fur-tout les Mongols, qui font fans comparaifon les plus nom- 
breux. Pendant plufieurs fiécles ils n'ont été connus de nous que fous le nom 
de ‘Turcs; & les Ecrivains du Levant les ont diftingués fous le nom de Turcs 
Orientaux. & Occidentaux. Au treizième fiécle, étant conduits par Jenghiz- 
khan, ils fe rendirent célébres fous les noms de Mongols & de Tartares, qui 
croient ceux de leurs principales Fordes. 

LE Paysdes Mongols, après avoir été "pendant plufieurs fiécles, le fiége de 
leur Empire, fut pendant quelque-tems très-fréquenté par les Voyageurs & 
les Marchands étrangers. Outre Marco Paolo, qui y fut conduit par des vûes 
de commerce, le Pape envoya, par un motif de religion, aux fucceffeurs de 
Jenghiz-khan, plufieurs Prètres Européens, tels que Rubruquis, Carpin & di- 
vers autres. Les Journaux de ces Milionaires ont été publiés. Hs contiennent 
des Relations aflez fupportables, du Pays & de fes Habitans dans le même 
fiécle. Maïs, dans la fuite, ce granl Empire étant tombé en ruine, & 
plus grande partie du Pays n'étant plus qu'un défert continuel, fans Villes & 
fans habitations, on ne connoît pas d'Européens qui l'ayent vifité depuis ce 
changement ; & les Rufñiens ne l'ont pas fouvent traverfé pour fe rendre à la Chi- 
ne, Toute la connoiflance que nous en avons nous vient des Pères Verbielt, 
‘Thomas & Gerbillon, tfois Jéfuites, dont le dernier l'avoit traverfé plufieurs 
fois; & des Pères Regis, Ÿartoux, Fridelli & Bonjour, quatre autres Miffio- 
naires, qui en compofèrent la Carte en 1709, 1710 & 1711. On y peut 
joindre les notes d'un Ecrivain curieux fur l'Hiftoire de Fenghiz-khan, com- 
pofée par Abulehafi-khan (d), Roi de Karazm, & traduite de l'Allemand 
en François. Ces remarques ont été recueillies par l'Editeur , nommé Ben- 
tink (e), du récit de diverfes perfonnes, fur-tout de plufieurs Suédois qui 

avoicnt 

(4) En fancue Turque, une courte Relation de la petite Dukkarie, 


(e) Le mème a puoiié auf en François 


4 


avoie 
matio 
Le Ti 
proprd 
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dans l: 
donne 
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fé plufeurs 
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On y peut 
ban, COM- 
l'Allemand 
bmmé Ben- 
Suédois qui 

avoient 


Dukkarie, 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. I 445 


avoient fait le voyaÿce de ‘l'artaric, ou qui avoient reçu de curieufes infor- 
mations des Habitans. Il les a placées, fuivant l'occalion, au bas des pages. 
Le ‘Traduéteur Anglois s'eft fait une autre méthode. 11 les a mélées avec fes’ 
propres Obfervations, & les rejettant à la fin de l'Ouvrage, il en a formé un 
fecond Voiume. 

Les anciens Voyageurs, dont on vient de parler, n'ayant pas pénetré 
dans la ‘T'artarie Orientale, qui faifoit alors peu de figure dans le monde, nous 
donnent peu de lumières fur le Pays & les Habitans.  Verbielt eft le premier 
Européen, de notre connoiflance, qui foit entré dans cette partie du Conti- 
nent, lorfqu'il accompagnoit en 1683 l'Empereur Kang-hi dans fon voyage. 
Depuis ce tems-là, les Ruffiens, en allant de Ni-po-cheu, où de Ner-chins-koy, 
à la Chine, ont traverfé quelques Cantons de la ‘l'artarie, fur lefquels ils nous 
ont donné un peu plus d'éclaircifflement. Mais les plus amples explica- 
tions nous viennent des Millionaires Géographes, qui, ayant traverfé tout 
le Pays, nous ont tranfimis, avec leur Carte , les mémoires de leurs ob- 
fervations. 

A l'égard de leur Carte, ils nous apprennent , non-feulement qu’elle eft 
neuve, pour les parties nfémes les plus voifines de la Chine, mais que c'eft 
Ja première qui ait jamais paru, foit à la Chine, foit en Europe.  Apparem- 
ment que les Géographes Chinois n'avoient jamais donné aucune defcription 
de ces valtes Contrées, qu’ils comprennent fous les noms de Nyu-che & de 
Niul-han, quoiqu'elles foient habitées par une Nation qui a donné des loix 
à la Chine, dès le treizième fiécle, fous le nom de Xin-chau. Elles étoient 
fans doute inconnues aux Grands & aux Lettrés de Peking. Tel eft le mépris 
qu'ils ont pour les Etrangers (f). 

Juorqu'iz en foit, nos Lecteurs ne doivent pas ignorer que le Pays des 
Kalkas & les autres Contrées à l’Oueft de la rivière de Tula, & au Nord de 
celle d'Onon, n'ont pas été mefurés par les Mifionaires Jéfuites (g). Le lac 
de Paykal où de Baykal, la rivière d'Irtiche & les Pays voifins n'ont été tracés 
que fur les récits des Mongols ( b). Enfin rien ne l'a été fi parfaitement que 
Ja Chine; car il paroît que les Miflionaires n'ont fait que deux voyages dans 
Ja ‘Tartarie Orientale, & un feulement dans l'Occidentale , du moinsfi l’on en 
juge par l'ordre qu'ils ont gardé dans leurs Tables de latitude & de longitu- 
de. D'ailleurs leurs obfervations fur les latitudes ne font pas en auñi grand 
nombre que celles qui regardent la Chine. Pour leurs Tables de longitude, il 
ne les faut regarder que comme des réfultats de leurs mefures géométriques , 
pufquéils n'ont pas fait d'obfervations fur ce point dans leurs voyages de 
artaric; d'où l'on peut conclure que ni la Côte Orientale, ni les ‘bornes 
Cccidentales de la ‘lartarie jufqu’au Mont Altay ne font point encore aflez 
déterminées. 

Les Milionaires, refpettant les noms propres, ont crû devoir conferver 
ceux qui font en ufage dans chaque Pays. Ils donnent des noms Mancheous 
aux Villes de cette Nation, & des noms Mongols à celles des Mongols. Lorf- 

qu'ils 

(f) Da Halde, Vol, IV. pag. 2. 

(g) Jbidein,. 


œ ) 
Se / 
b) 


d'après les Cartes de Strablenberg, de Kytil- 
ee : low & d’autres. 
On les trouvera ici un peu refifiées é 


LL 
K kk 3 
° Q 


INTRODUC 
TION. 


Ce qu'on 
doit aux 
Voyageurs 
modernes 


Mérite de 
leur Carte. 


Ce qui lui 
manque enco- 
re. °. 


Méthode des 
Miffiouaires 
pour les noms 
propres. 


[NTRAODUC- 
TION. 


Celle qu'on 
fuit ici pour 
les noms des 
Auteurs, 


TARTARIE 
DES 
MaANcHgpUs. 
KR£ceis. 


Chin-yang, 
ou Mugden, 


Erreur fur fa 
Atuation, 


446 VOYAGES DANS L'EMPIREFE 


u’ils commencèrent leur Carte, l'Empereur ordonna que les noms Tartares 
Aaflenc écrits en Tartare, & les noms Chinois en caraëtéres de la Chine, par. 
ee que les noms ‘l'artares ne peuvent s'écrire en Chinois (4). Comme les 
“l'artares ont deux langues, le Mancheou &le Mongol, les Miflionaires ont mis, 
en caractère Européen, trois fortes de noms dans leur Carte: 1°. Les noms 
Chinois des Villes que cette Nation poflédoit anciennement au de-là de la 
grande Muraille, dans la Province de Lyau-tong ou de Quang-tong, qui 
n'ont fouffert pour la plûpart aucune altération; 2°, Les noms Mancheous, 
pour les anciennes Places du Pavs des Mancheous , qui font Youmiès com- 


me les autres Provinces de la Chine, aux Gouverneurs envoyés par la Cour 


Impériale; 30. Les noms Mongols, pour dillinguer les différens territoires de 
plufieurs Princes Mongols, qui, malgré leur grande étendue, n'ont ni Vil- 
les, ni lortereffes, ni Ponts, & font privés en quelque forte de toutes les 
commodités de la vie fociale (&k). 

Du Halde donne à la Relation de ce Pays le nom d'Ob/ervations Géosra- 
phiques Jur la Tartarie, tirées des Mémoires des AifJionaires qui ont cempefé la Carte. 
Mais comme il n'a pas diftingué les remarques particulières de chaque Auteur, 
& qu'il feroit embaraflant de placer tous leurs noms à la cète de chaque pa- 
ge, on ne trouvera ici que celui de Regis, qui paroît avoir eu la principale 
part aux mcfures Géographiques. 


(i) Non plus que les noms Européens. (k) Du Halde, ivid, pag, 2. 
A À 


Pays des Tartares Mancheous, nommé communénent 
la Tarturie Orientul!e. 


ETTE Contrée elt divifée en trois grands Gouvernemens ; Ch'a-vans 
ou Muslens Kirin-ula & Tjit-fivur, donc les bornes & l'étendue font mar- 
quées dans la Carte. 


Gouvernerent de Chin-yang. 


E Gouvernement, que les Mancheous appellent Mugden, comprend tout 
l'ancien Lyau-tong (a). Ia, pour voruss, au Sud, lhgrande Muraille dela 
Chine, A l'Eft, au Nord & à l'Ouctt, il n'elt fermé que par une paliffgde de 
bois, haute de fept ou huit pieds, & plus propre à marquer fes limites ou à 
contenir les brigands ordinaires, qu'a defendre lc pañlage contre une armée. 
Les portes n’onc pas plus de force, & ne font gardées que par un petit nom- 
bre de Soldats. Le nom de muraille, que ies (reographes Chinois ont don- 
né à cette paliflade, a fait placer mal-à-propos dans quelques Cartes (b) la 
Province de Lyau-tong en de-ça de la grande Muraille. Comme les Habitans 
de cette Province ne peuvent quitter leur Pays ni entrer dans la Chine fans la 
permillion 
fa Nommé auf Quang -tong. Ce Gou  geur. 

vernement a de donguctr environ deux cens (h) Celles de Martini, deSamfon, de De- 


foixunte-dix milles, & cent vingt-cinq de lur- Fer & autres, jufqu'à Delifle, 
L2 


RL > pe OR ed 


permii 
il cont 
les fous 
LA 
regard 
maitres 
blics & 
Souver 
bunaux 
font ec 
Lyau-t 
ment fu 
tare, q 
ble de 
tité de 
mains. 
AP 
beaux d 
pereur ( 
{ont bat 
gulier >. 
quoiqu 1 
ae tous 
des tem 
étoient d 
LE ‘7 
naire d’ 
quoique 
pire fur 
peu d'att 
qu'un m: 
cheu, foi 
coton et 
La 
merce el 
réc. Q 
belles m: 
de coton 
rent (d) 
les Palai 
un Man 
darins, 
Fong-wh 
maginat 


{e) A 
(4) Ar 
parent. KR 


ms Tartarces 
Chine, par- 
Comme les 
res Ont mis, 
, Les noms 
de-là de la 
-tOng , qui 
Mancheous, 


iniès com- 


par la Cour 
rritoires de 
‘ont ni Vil- 
e toutes les 


ions Géozra- 
pofé la Carte. 
jue Auteur, 
chaque pa- 
à principale 


C hia-yang 
1e 101it mar- 


prend tout 
uraille de la 
aliffgde de 
1ites où à 
ine armée. 
petit nom- 
s ont don- 
es (b) la 
6 Habitans 
ine fans la 
permiflion 


fon, de De- 


LA CHINE, Liv. IL Cuar. NL 447 


D É 


permilion des Mandarins, ce Gouvernement paliè pour un des plus lucratifs, 
ll contenoit autrefois plufeurs Places fortifiées; mais étant devenues inuti- 
les fous l:s Empereurs Manchcous, elles font tombées prefqu'en ruines. 

La Capitale du Pays fe nomme Chin-yang où Mugden. Les Mancheous la 
regardent comme la Capitale particulière de leur Nation. Depuis qu'ils font 
maitres de la Chine, non-feulement ils l'ont ornée de plufieurs édifices pu- 
blics & remplie de magafins , mais ils y ont ctabli les mêmes Tribunaux 
Souverains qu'a Peking, à l'exception de celui qui fe nomme Li-pr. Ces Tri- 
bunaux ne font compofés que d'Habitans naturels du Pays, & tous leurs aftes 
font écrits en langue & en caractères Mancheous. Ils font Souverains, & de 
Lyau-tong, & de voutes les autres parties de la artarie qui font immédiate- 
ment fujetces à Fémpereur. Mugden eft auffi la réfidence d'un Général Tar- 
tare, qui a fes Licutenans-Généraux, & qui commande un corps confidéra- 
ble de ‘l'roupes de la même Nation. ‘Tous ces avantages y ayant attiré quan- 
tité de Chinois, l: commerce de ja Tartarie eft prefqu'encièrement entre leurs 
mains. 

A peu de diftance des portes de la Ville, on voit deux magnifiques tom- 
beaux des premiers Princes de la racerégnante, qui avoient pris le titre d'Em- 
pereur dès qu'ils avoient commencé à regner dans Lyau-tong. Ces monumens 
font bâtis fuivant les régles de l’Architeéture Chinoife ; mais ce qu'il y a de fin- 
gulier, c'eft qu'ils font renfermés par un mur fort épais, qui a des creneaux, 
quoiqu'il foit un peu moins haut que les murs de la Ville. Plufieurs Mandarins, 
de tous les Ordres, font chargés de l'entretien des édifices, & rendent, dans 
des teims reglés les mêmes refpeëts à la mémoire de ces deux Princes que s'ils 
étoient encore fur le ‘Trône. 

Le Trifayeul de l'Empereur Kang-hi a fon tombeau dans un cimetière ordi- 
naire d'/nden, lieu qu'on prendroit moins pour une Ville que pour un Village, 
quoique ce foit-là que les Mancheous établirent le premier fiége de leur Em- 
pire fur la Monarchie Chinoife. Les autres Villes de cette Province méritent 
peu d'attention. Elles font mal-peuplées, mal-bâties, & fans autre défenfe 
qu'un mur de pierre (c). Cependant quelques-unes, telles qu'Z-cheu & King- 
cheu, font dans une fituation avantageufe pour le commerce, & fourniffent du 
coton en abondance. 

La Ville de l'ong-wbhang-ching eft la meilleure & la plus peuplée. Son com- 
merce efk conlidérable, parce qu’elle eft comme la clef du Royaume de Co- 
réc. Quantité de Marchands Chiñois, que cette raifon y attire, ont de fort 
belles maifons dans les Faux-bourgs. Leur principale marchandife eft le papier 
de coton, qui eft extrémement fort, fans être moins blanc ni moins tranfpa- 
rent (d). On s'en fert beaucoup à Peking, pour les chaflis de fenêtre, dans 
jes Palais & les maifons de bon goût. Fong-whang-ching eft gouvernée par 
un Mancheou, fous le titre de Hotongtu, qui a fous lui plufieurs autres Man- 
darins, civils & militaires de la même Nation. Cette Ville tire fon nom de 
Fong-whang-chan, la plus fameufe montagne du Pays, où fetrouve, fuivant li- 
magination des Chinois, l’oifeau fabuleux qu'ils nomment long-whang (e). 


QUoIQU'ILS 
(ce) Angl. de terre battue. 


(4) Angl, fans être ni fort blanc, ni tranf- 
pareut, K, d. E, 


Ce) Voyez ci-defflus l'Hifoire Naturelle de 
la Chine, 


TARTANIE 
DES 
Mancucous 
Reo1s, 


Puautés de 
la Capitale, 


Anciens 
tombeaux de 
deux Princes 
Manchcous, 


e 


Inden, &ce 
qui larend cé: 
lébre, 


Fong-whang. . 
ching. Son 
cominerce & 
fes propriétés, 


TARTARIE 


DES | 
Mancurous, 
REGis. 


Rarctés du 
Pays. 

Qualité & 
pro luétions 
du terroir. 


Sftuation de 
cette Provin- 
Ces 


Ses trois 
principales 
Villes. 


Kirin-ula. 


Pedne, ou 
Petune, 


Minñenta, ou 


D'ingunta, 


448 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Quorqu'izs vantent beaucouples raretés du Pays, les Miionaires n'y trou- 
vérent rien de remarquable, ni dans les Rivières, ni dans les montagnes. Par 
éxemple, la pointe de Sen-cha-ho, fi célebre dans les Auteurs Chinois, n'eft 
que là jonétion de trois Rivières ordinaires, qui fe réuniffent dus ce lieu, & 
qui fe rendent à la Mer fous un nom commun. 

EN général, le terroir de la Province eft fort bon. Il produit beaucoup de 
froment, de millit, de racines & de coton. IF nourrit un grand nombre de 
moutons & de bœufs, richeff:s beaucoup plus rares dans toutes les Provin- 
ces de la Chine. On y trouve peu de riz; mais les pommes, les poires, les 
noix, les châtaignes & les noifettes y croiffent abondamment jufques dans les 
forêts. La partie Orientale, qui borde l'ancien Pays des Mancheous & le Royau- 
me de Corce, eft remplie de déferts & de marécages. Il n'eif pas furprenant 
qu'un Empereur de la famille de Tang ait été obligé d'y élever une chauffée, 
longue de vingt lieuës, pour paller en Corée à la tête de fes T'roupes; car lorf- 
qu'il pleut dans cette Contrée, ce qui eft affez fréquent, l'eau pénetre telle- 
ment la terre, que les revers des montagnes font prefqu'au'li marécageux que 
Jes plaines. On voit encore, dans diverfes parties de la Province, les ruines 
des Villes & des Villages qui ont été détruits pendant la guerre des Chinois 
avec Ies Coréens (f). ; 


(f) Du Hide, Vol. IV. par. 3° € fuiv, 
Gouvernement de Kirin-ula. 


E fccond des grands Gouvernemens eff celui de Xirin-ulu-hotun 3 fes bornes 

à l'Oueft, font la païflade de Lyau-tong ; l'Ocean, à lift; le Royaume 

de Corée au Sud; & au Nord, la grande Rivière de Saghalianula, dont l'em- 

bouchure eft à peu près au cinquante-troifième degré. Cette Province prenant 

environ douze degrés de latitude, & prefque vingt de longitude, peut avoir 
fept cens cinquante milles de long fur fix cens de largeur. 

ELLe eft mal-peuplée. On n’y compte que trois grandes Villes, dontles bi- 
timens font miférables & les murs de terre. La principale eff fituée für la ri. 
vière de Songari, qui portant dans ce lieu le nom de Kirin-ula, le donne à 
cette Ville & à toute la Province; car, dans la langue du Pays, Kirin-ula- 
botun fGignifie Z’ille de la Rivière de Xirin.  C’eft la réfidence du Général Mur- 
cheou, qui jouit de tous les privilèges d’un Viceroi, & qui commande égale- 
ment les Mandarins civils & militaires. | ° 

La feconde Ville, nommée Pedie, ou Petune, eft fituée fur la même Ri- 
viére, à quarante-cinq lieuës Nord-Oueft du Xüirin-ula-hotun.  Klle eft fort in- 
féricure à la première, & la plûpart des Habitans font des Soldats Tartares & 
des bannis. 

La troifième Ville, que la race regnañte confidère comme fon ancien patri- 
moine, eft fituée fur la Rivière de Æur-ka-pira, qui va fe décharger au Nord 
dans celle de Songari. On la nomme vulgairement Ninguta, quoiqu'elle s’ap- 
pelle proprement Ningunta. Ces deux mots Tartares, qui fignifient fept chefs, 
expriment l'origine de la Monarchie ‘Fartare, qui fut commencée par les fept 
frères du Bifayeul de l'Empereur Kang-hi. Ce Prince ayant trouvé le moyen de 


les établir tous fept dans cette Ville, avec leurs familles, fe vit ne 
obéi 


béi dt 
qu'a] 
famill 
chcou 
des n. 
Villag 
fidéral 
lianula 
Co 
gion, 
le con 
plus él 
Soldat: 
autre ( 
crimin 
fionair: 
avec a 
efpèce 
May-fe 
fort fai 
facilem 
grain. 
L'aAv 
icien a 
fort étr 
forte de 
le from 
que dé 
compte 
pliquer 
fième , 
de , dif 
les pro 
vinces 
beaucor 
de fa fi 
LE fi 
gucres 4 
au com 
des Tat 
doublecs 
fort larg 
ques. ( 
tance c 
Navigat 
froid s’e 
jours au 
V'IIT. 


es n'y tron- 
agnes. Par 
O, a 
nuois, n'eft 
ce lieu, & 


aucoup de 
nombre de 
les Provin- 
poires, les 
es dans les 
& le Royau- 
furprenant 
2 chauffée, 
5; carlorf- 
netre telle- 
cageux que 
, lés ruines 
des Chinois 


; fes bornes 
le Royaume 
dont l’em- 
nce prenant 
peut avoir 


| dont les bi- 
ée fur la ri- 
le donne à 
s, Airin-ula- 
sngral Man- 
jande égale- 

même Ri- 
"eft fort in- 
Tartares & 


ncien patri- 
er au Nord 
qu'elle s’ap- 
fept chefs, 

par les fept 
e moyen de 
vit bientôt 

obéi 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IL an 


béi du refte de la Nation, alors difperfée dans les déferts qui s'étendent juf. 
qu'à l'Océan Oriental, & divi ce en petits hameaux, chacun d’une feule 
famille.  Ninguta eft aujourd'hui la réfidence d'un Lieutenant-Général Man. 
cheou, dont la Jurifdiction s'étend fur tous les territoires des anciens, & 
des nouveaux Mancheous, nommés aufli Han-hala-titfe | & fur tous Jes 
Villages de Tu-pi-ta-tfe ; fans compter quelques autres Nations moins con- 
fidérables , le long des Côtes Maritimes, vers l'embouchure du Sagha- 
lianula. 

Come la précicufe plante du Ÿin-feng ne croît que dans cette vafte Ré- 
gion, & que les Tartares Tu-pi font obligés de payer un tribut de Zibelines, 
le commerce eft fi confidérable à Ninguta, qu'il y attire, des Provinces les 
plus éloignées, un grand nombre de Chinois. Leurs maifons & celles des 
Soldats rendent les Faux-bourgs quatre fois plus grands que la Ville. D'un 
autre côté l'Empereur a pris foin de repeupler le Pays en y envoyant tous les 
criminels Chinois & T'artares qui font condamnés au banniffement. Les Mif- 
fionaires trouvèrent des Villages affez loin de Ninguta. A la vérité on y vit 
avec aflez de peine. Le grain le plus commun eff le millet, avec une autre 
efpèce qui eft inconnue en Europe, & que les Chinois du Pays nomment 
May-fe-mi, parce qu'elle tient le milieu entre le froment & le riz. Elle eft 
fort faine & fort en ufage dans ces froides Contrées. Peut-être croîtroit-elle 
facilement dans quelques endroits de l'Europe qui ne produifent aucun autre 
grain. 

L’AvVOINE, qui eft fi rare dans toutes les autres parties de la Chine, croît 
ici en abondance & fait la nourriture ordinaire des chevaux; ce qui paroît 
fort étrange aux Tartares de Peking, qui n'ont, pour nourrir les leurs, qu’une 
forte de féves noires, communes à toutes les Provinces du Nord. Le riz & 
le froment font peu connus dans le Gouvernement de Xirin-ula, foit par quel- 
que défaut du terroir, foit parce que les Habitans trouvent mieux leur 
compte dans la quantité du grain que dans fa qualité. 1l eft difficile d’ex- 
pliquer pourquoi tant de Régions, qui ne font fituées qu'au quarante-troi- 
fième, au quarante-quatrième & au quarante-cinquième degrés de latitu- 
de, différent fi fort de celles de l'Europe , tant pour les faifons que pour 
les productions de la Nature , & ne font pas mêmes égales à nos Pro- 
vinces du Nord. L’Auteur juge qe les qualités d'un terroir dépendent 
beaucoup plus de l'abondance ou de la rareté des parties nitreufes, que 
de fa fiiuation. 

LE froid commence ici beaucoup plûtôt qu'a Paris, où la latitude n'’eft 
gucres au-deffous de cinquante degrés. Les Mifionaires le trouvérent fi vif 
au commencement de Septembre, qu'étant le 8 à Tondon , premier Village 
des Tat/e-ke-ching , où des Tartares, ils furent obligés de prendre des robes 
doublecs de peaux. Ils apprehendèrent même que le Saghalianula, quoique 
fort large & fort profond, ne fe glaçàt jufqu’a fermer le pafage à leurs Bar- 
ques. Cette Rivicre fe trouvoit glacée, tous les jours au matin, à une dis- 
tance confidérabie de fes bords, & les Habitans les affürèrent que bien-tôt la 
Navigation n'y feroit pas sûre. Plus on avance vers l'Océan Oriental, plus le 
froid s'entretient dans les grandes & épaiffes forêts du Paÿs. Il fallut neuf 
jours aux Miflionaires pour en traverfer une, Ils firent abbattre quantité d’ar- 

VIII. Part. Lil bres 


TARTARIE 
DES 
Mancreous, 
Re£cis. 


Commerce 
du Jin-feng & 
de Martres à 


Ninguta. 


Grains du 
Pays, & cli- 
inat. 


Froid exce! 


fif, 


protect Diner eur Se DRE PONDEENE 


TARTARIE 
DES 


… MancHEous 


REGts. 


Vaftes fo- 
rêts, entre- 
mêlées de bel- 
les Vallées. 


Les jaunes 
qui s’y trou- 
vent. 


Jin-feng, 
plante céle- 
bre. 


Ses qualités, 


Combien elle 
sftettimécala 
Chine. 


Maniére de 
Ja trouver 
dans les Dé- 
ferts de Tar- 
tarie, 


450 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


bres par les Soldats Mancheous, pour fe procurer le moyen d'obferver la hau- 
teur du Soleil. ; 

EnTRre ces vaftes forêts, ils trouvoient, par intervalles, de. belles Val- 
lées, arrofées par d’excellens ruifleaux, dont les bords étoient émaillés d’une 
grande variété de fleurs; la plûpart communes en Europe, à l'exception du 
Îys jaune , qui eft d’une couleur charmante. Les Mancheous font pañlonnés 
pour cette fleur. Par fa hauteur & fa forme, elle reffemble parfaitement à 
nos lys blancs; mais l'odeur en eft plus foible, comme celle des rofes qui 
croiffent dans les mêmes vallées. Les plus beaux lys jaunes fe trouvent fept 
ou huit lieuës au de-là de la paliffade de Lyau-tong. On en voit une quantité 
furprenante entre le quarante-cinquième & le quarante-deuxième degré de 
latitude, dans une plaine fans culture, qui eft bordée d’un côté par une pe- 
tite Rivière, & de l’autre par une chaîne de petites montagnes. 

Mais de toutes les plantes du Pays, celle qui eft la plus eftimée & qui at- 
tire quantité de Botaniftes dans ces déferts eft le Ÿin-/eng , que les Mancheous 
appellent Orhota, c'eft-à-dire la Reine des Plantes. On vante beaucoup fes 
vertus, pour la guérifon de diverfes maladies, & pour rétablir un tempé- 
ramment épuifé par le travail. Elle a toûjours pañlé pour la principale ri- 
cheffe de la Tartarie Orientale. On peut juger de l’eftime qu’on en fait par 
le prix où elle fe foutient encore à Peking. Une once s’y vend fept fois la 
valeur de fon poids en argent. 

Les Marchands Chinois avoient l’adrefle de pénétrer dans le Pays du Yin- 
feng, en fe mêlant dans le cortége des Mandarins, ou parmi les Soldats, 
qui vont & qui reviennent fans cefle entre Peking, Kirin-ula & Ninguta. 
Les Gouverneurs favorifoient leur paflage. Mais, en 1709, l'Empereur, 
voulant conferver ce profit aux Mancheous , forma de l’autre côté de la 
grande Muraille un camp de dix mille hommes, pour aller cueillir tout le 
Jin-feng qu’ils pourroient trouver, à condition que chacun lui apporteroit 
gratuitement deux onces du meilleur, & prendroit pour le refte un poids 
égal en argent. Ainfi ce Prince eut dès la première année vingt mille livres 
Chinoifes de Ÿin-feng , pour trois quarts de moins qu’il ne coûte ordinaire- 
ment dans fa Capitale. 

Lorsque les Botaniftes commencent à chercher cette plante, ils font 
obligés de quitter leurs chevaux & leur bagage. Ils ne portent avec eux ni 
tentes, ni lits, ni d’autres provifions qu’un fac de millet féché au four. La 
nuit, 1l fe logent à terre, fous un arbre, ou dans quelque mauvaife hute, 
qu'ils conftruifent à la hâte avec des feuilles & des branches. L’Offcier, 
qui campe à quelque diftance, dans un lieu où le fourage ne puifle pas lut 
manquer , doit être inftruit des progrès du travail par ceux qui font chargés 
de porter aux Botaniftes leur provifion de bœuf & de venaifon. Le plus grand 
danger auquel ils foient expolés vient des bêtes féroces, füur-tout des tygres. 
Si quelqu'un ne paroît point au fignal qu’on donne pour changer de quartier , 
on conclut qu'il eft dévoré. 

Le Jin-feng ne croît que fur le penchant des montagnes couvertes de bois, 
ou fur les bords des profondes rivières, ou parmi les Rochers efcarpés. 51 
le feu fe met dans une forêt, on eft trois ou quatre ans fans y voir paroître 
cette plante ; ce qui paroît prouver qu'elle ne peut fupporter la ae 

ais 


Mais 
latit 

ne s 
autre 
ges, 

au-de 
cafio 


teur € 
voien 
fi elle 


latitud 
la, q 
lextré 
cultive 
ou de 


cheou 


fiens , 
fomme 
CE 
tant de 
bords 
côté, 
les Pa: 
tre lefi 
au No 
nois, 
noms ( 
res em 
leur C 
en Chi 
Le 
à dix] 
ils tire 
te MOI 
Villes. 
fleuve. 


et la hau- 


belles Val- 
rillés d’une 
ception du 
paflionnés 
aitement à 
s rofes qui 
uvent fept 
1e quantité 
> degré de 
ir une pe- 


e & qui at- 
Mancheous 
aucoup fes 
un tempé- 
ncipale ri- 
en fait par 
fept fois la 


ays du Firi- 
es Soldats, 
& Ninguta. 
Empereur, 
côté de la 
Ilir tout le 
apporteroit 

un poids 
mille livres 
ordinaire- 


e, ils font 
vec eux ni 
h four. La 
aife hute, 

"Officier » 
Île pas lui 
nt chargés 
plus grand 
des tygres. 

quartier » 


s de bois, 
arpés. Si 
ir paroître 
h chaleur. 

Mais 


Médecine. 


DE LA CHINE, Liv. I. Car, Il ai 


Mais comme elle ne fe trouve point au de-là du quarante-feptième degré de 
latitude, où le froid eft encore plus fenfible, on peut conclure aufñi qu'elle 
ne s’accommode pas d’un terrain trop froid. Il eft facile de la diftinguer des 
autres plantes dont elle eft environnée, fur-tout par une grappe de grains rou- 
ges, fort ronds, qui font comme fon fruit, ou par une tige qu’elle poufle 
au-deflus de fes feuilles. ‘Tel étoit le jin-feng que les Miffionaires eurent l'oc- 
cafion de voir au Village de Hon-chun, fur les frontières de la Corée. Sa hau- 
teur étoit d'environ un pied & demi. Il n’avoit qu'un feul nœud, d'où s’éle- 
voient quatre branches, féparées l'une de l'autre à diftances égales, comme 
fi elles n’euflent point appartenu à la même plante. Chaque branche avoit 
cinq feuilles; & l'on prétend que ce nombre eft toûjours le même, à moins 
qu’il ne foit diminué par quelqu’accident. | 

La racine de iin-feng cit la feule de fes parties qui férve aux ufages de la 
Une de fes propriétés eft de faire connoître fon âge par le nom- 
bre des branches qui lui reftent. L'âge augmente fon prix, car le plus gros & 
le plus ferme eft le plus eftimé. Les Habitans de Hon-chun en apportèrent 


trois plantes aux Mifionaires, & les avoient trouvées à cinq ou fix lieuës de 


ce Village (a). 

Ho\-cHunN, fitué au quarante-deuxième degré quarante-cinq minutes de 
latitude, à deux lieuës de la Corée, eft le principal Village des Tartares-Quel- 
la, qui fe trouvent aujourd’hui confondus avec les Mancheous. Il eft à 
l'extrémité de leur Pays, dont le terroir eft affez bon, & même affez bien 
cultivé; avantage qui n'eft pas commun parmi les Tartares, & qui lui vient 
ou de la nécefité des vivres, parce que fes Habitans n’ont pas de Ville Man- 


cheou moin: éloignée que de quarante lieuës , ou de l’éxemple des Coré- 


fiens, dont les montagnes font taillées en terrafles, & cultivées jufqu’au 
fommet. 

Ce fut un fpectacle nouveau pour les Miffionaires , après avoir traverfé 
tant de forêts, & côtoyé des montagnes épouvantables, de fe trouver fur les 
bords de la rivière de d'unen-ula, avec des bois & des bêtes farouches d’un 
côté, & de l’autre avec tout ce que l’art & le travail peuvent produire dans 
les Pays les mieux cultivés. Ils y découvrirent de grandes Villes murées, en- 
tre lefquelles ils déterminérent le pofition de quatre, qui bordent la Corée 
au Nord. Mais, comme les Coréfiens n’entendent ni le T'artare ni le Chi- 
nois, quoiqu'ils portent l'habit de la Chine, ils n’en pâûrent apprendre les 
noms qu’en arrivant à Hon-chun, où demeurent les Interprêtes que les Tarta- 
res employent pour leur commerce avec la Corée. ils les ont marqués dans 
leur Carte, tels qu’ils les ont trouvés dans celle de l'Empereur , c’eft-à-dire 
en Chinois. 

Le Tumen-ula, qui fépare les Coréfiens des Tartares, tombe dans l'Océan, 
à dix lieuës de Hon-chun. Comme ce point parut important aux Miffionaires, 
ils tirèrent une bafe de quarante-trois lis Chinois, jufqu’au fommet d’une hau- 
te montagne, voifine de la Mer, d’où ils avoient la vûe de deux des quatre 
Villes, dont ils avoient déterminé la pofition, & celle de l'embouchure du 
fleuve. Ainfi l’on peut faire fond fur leur Carte pour ce qui regarde les limi- 


tes 


(a) Le Père Jurtoux en deffina la figure, Poyez les Planches. 
L 0 


” o 


TARTARIX» 
DES 
MaNcuarous, 
REcrs. 


Les Mifo- 
naires la defii- 
nent d'après 
Nature, 


Situation de 
Hon.chun. 


Pays des Tar- 
tares-Quella. 


Beau fpett:- 
cle pour les 
Miflionaires. 


Leurs Obfer- 
vations Ma- 
thématiques, 


TARTARIE 
DES 
MancHEoUs. 
ReGis. 

Rivière de 
Tu men ula. 


Muraille qui 
fépare la Co- 
rée de la T'ar- 
tarie, 


Rivière d'U- 
{uri, 


Tartares Vu- 
pic iihabi- 
tentles bords. 


Leurs habits 
& leurs ali- 
mICNS, 


452 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


tes de la Corée du côté de la Tartarie. Mais l'Empereur ne leur ayant pas 
permis de pénétrer dans ce Royaume, tout ce qui appartient aux Parties O- 
rientales & intérieures eft tiré des obfervations d'un Envoyé Impérial ‘qui 
en fit le voyage l’année fuivante avec un Mandarin du Tribunal des Mathé- 
matiques, & qui prit la latitude de la Capitale, nommée Chau-fven où Aing- 
ki-tau. Les Miffionaires fe férvirent auili des Cartes de la Corce, qui leur 
furent communiquées. Quoique, par cette raifon, ils ne puiflent pas garan- 
tir la pofition des Villes Orientales, ni de quelques-unes au midi, ils ne font 
ps difcuité d’affürer que leur Carte eft incomparablement plus correéte qu’au- 
cune de celles qui avoient été publiées jufqu’alors & qui n'avoient été dref- 
fées que fur des rapports incertains, ou fur quelques traditions des Géogra- 


phes Chinois [ qui n'ont pas même vû les frontières de (2) ce Royaume. ]f | 


Le nom de Tumen-ula eft purement Mancheou. I] répond au mot Chinois Z'au- 
li-kyang, qui fignitie Rivière de dix mille lis (c). Mais la Carte nous apprend 
qu’on lui donne mal-à-propos cette étendue. 

Les Coréfiens avoient bâti une forte muraille du côté de la Tartarie, à 
peu-près femblable à celle de la Chine. Mais la partie qui regarde Hon-churs 
fut entièrement ruinée par les Mancheous, dans le tems qu'ils ravagèrent la 
Corée & qu'ils en firent leur première conquête. Elle s’eft confervée prefqu’en- 
tière dans des quartiers plus éloignés. Au de-là du Tumen-ula , les Mifio- 
naires pénétrant dans l’ancienne Contrée des Manchevus arrivèrent fur le bord 
d'une rivière nommée Sui-fond-pira » la plus confidérable du Pays, & fameufe 
entre les T'artares, quoiqu’elle mérite peu d'attention. Ils y virent les ruines 
d'une Ville, nommée Furdan-ho-tun, & fituée dans une plaine ouverte, qui 
paroît très-propre au labourage. Cette Ville n’eft environnée que d’un mur 
de terre, défendue par un foifé peu profond. 

La rivière, qui fe nomme Ujuri, eft fans comparaifon la plus belle de cet- 
te Contrée, autant par la clarté de fes eaux que par la longueur de fon cours, 
Elle va fe rendre dans le Saghalianula, au travers du Pays des Tartares Tu-pi, 

ui font raffemblés dans des Villages fur fes bords. Ælle reçoit quantité de 

grandes & de petites rivières, que les Mifionaires ont inférées dans leur 
Carte. Elle doit produire une quantité extraordinaire de poiffon, puifqu'il ‘ 

fert aùx T'artares pour leur nourriture & leur habillement. Ils ont l’art d'en 

préparer la peau & de la teindre de trois ou quatre couleurs. Ils fçavent la 

tailler & la coudre avec tant de délicatefle, qu’à la première vûe on la croi- 
roit coufue avec de la foie [ ce n’eft qu'en défaifant quelques coutures, qu'ong$» 
s'aperçoit que le fil n'eft autre chofe qu'une couroye très-fine, coupée d’une 
peau encore plus mince.] La forme de leurs habits eft d’ailleurs à la Chinoife, 
comme celle des Manchcous ; avec cette différence remarquable que leurs 
longues robes font ordinairement bordées de verd ou de rouge, fur un fond 
blanc ou gris. Les femmes portent fufpendues, au bas de leurs mantes, de 
petites piéces de cuivre, ou de petites fonnettes, qui avertiffent de leur ap- 
proche. Leur chevelure tombe fur leurs épaules, divifée en plufieurs treffes, 
& chargée de petits morceaux de verre, d’anneaux & d'autres bagatelles 

qu’elles regardent comme des ornemens précieux (4). . 
L 


(Ch) Que en Chinois, & Xuronou Koron en (c) Dix lis font une lieue de France. 
eu Mancheou, figaifient Royaume, (4) Du Halde, Vol. IV, pag. 7. € Jüuiv, 


D D étend 


LA 
tout l'E 
l'huile | 
le refte 
fel ,eft 
riflent € 
pas mo 
ordinai 
goût, 
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EN : 
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r ayant pas 
Parties, O- 
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des Mathé- 
en Où Âing- 
>, qui leur 
i pas garan- 
, ils ne font 
rreéte qu’au- 
nt été dref- 
les Géogra- 


Royaume. 1 


hinois F'au- 
ous apprend 


Tartarie, à 
de Hon-chur 


vagérent la ,} 


e prefqu’en- 
les Mifio- 
fur le bord 
& fameufe 
t les ruines 
iverte, qui 
e d'un mur 


elle de cet- 
fon cours, 
tares Tu-pi, 
quantité de 
s dans leur 
, puifqu'il 
t l’art d’en 
fçavent la 
> on la croi- 


ures, qu'on 


upée d'une 
Chinoife, 
que leurs 
ur un fond 
antes, de 
le leur ap- 
urs trefles, 
bagatelles 


LA 
‘rance. : 
, 7 € Juiv, 


DE LA CHINE, Lrv. Il. Cnap. I. 453 


LA vie de cette Nation Tartare n’eft pas moins fingulière. Ils employent 
tout l'Eté à la peche. Une parue du poiilon qu'ils prennent fert à faire de 
l'huile pour leurs lampes. Unc autre partie fait le fond de leur: nourriture; & 
Je refte, qu'ils font fécner ai soleil, tans le‘faler, parce qu ils manquent de 
fel ,eft confervé pour la provition d'hiver, Les hommes & les bêtes s en nour- 
rifent également, loi: que la rivicre eft glacée. Au refte les Peuples n en ont 
pas moins de fance & de vigucur. Les animaux qui fervent de nourriture 
ordinaire au genre limain font fort rares dans leur Pays, & de fi mauvais 
goût, que lesdomeitiques memes ne le peuvent fouffrir, quelque avidité qu'ils 
doivent avoir pour la chair, après avoir vecu fi long-tems de poiffon. Dans 
ces Pays, on attele des chiens aux traîneaux, lorfque le cours des Rivières eft 
interrompu par le froid. Aufñi les chiens font-ils fort eftimés. | 

EN retournant fur leurs traces, les Mifionaires rencontrérent la Dame d U- 
fui. Elle revenoit de Peking, où fon mari, qui avoit été Chef général de la 
Nation, & qui, outre divers honneurs, avoit eu pour la sûreté de fa perfon- 
ne une compagnie de gardes, étoit mort nouvellement. Elleavoit cent chiens 
pour fes traincaux. L'ufage eft d’en faire marcher quelques-uns devant, pour 
battre la route. Les autres fuivent avec le harnois, & font relevés fuccetlive- 
ment jufqu’au terme. On aflüra les Miilionaires qu’ils font quelquefois, fans fe 
repofer , une courfe de cent lis Chinois ou de dix lieuës de France. La Dame 
d'Ufuri, au-lieu de prendre du thé, fuivant l’ufage des Chinois & des autres 
Nations Tartares, fe faifoit apporter de petits morceaux d’Efturgeon fur une 

e Katan. 
des à Dame entendoit le Chinois. Elle avoit l'air & les manières tout-à- 
fait différens des T'artares T-pi, qui font d'un naturel affez paiñble, mais ru- 
de & groilier, fans aucune teinture de feçavoir, & fans aucun culte public de 


Religion. Les Idoles même de la Chine n'ont pas encore trouvé d'accés par- 
mi eux; vraifemblablement, remarque l'Auteur, parce que les Bonzes pren- 
nent peu de goût pour un pauvre & miférable Pays, où l'on ne féme point 
de froment ou de riz, & où l’on ne trouve qu'un peu de tabac dans quel- 
ques endroits voifins des Villages, fur les bords de la Riviire. Tout le 


refte du Pays eft couvert de forêts épaiiles & prefqu'impénétrabies.  De-là 
vient qu'il eft infefté d’une fi prodigieufe quantité de coufins & d'autres in- 
feétes de cette nature, qu'on ne peut s’en délivrer qu'avec le fecours de la 

fumée. | 
uoiQUuE l’Europe produife la plûüpart des efpèces de poiffon qui fe trou- 
vent dans cette Rivière, elle n’a pas cette quantité furprenante d'Etturgeons, 
qui fait le principal objet de la pêche des Tartares. [ls prétendent que l’'Eftur- 
geon eft le premier de tous les poiflons, & qu'aucun autre n'en approche, 
Leur ufage eft d'en manger crûes certaines parties, pour profiter, difent ils, 
de toutes les vertus qu'ils lui attribuent. Après l'Eflurgeon, ils font beau- 
coup de cas d'un poiflon qui eft inconnu aux Européens, mais un des plus 
délicieux de la nature. Sa longucyr & fa taille fonc à peu-près celles d'un pe- 
tit Ton, mais fa couleur eft beaucoup plus belle. Sa chair eft tout-à-fait 
rouge; ce qui le diitingne de tous les autres Poiflons. Il eft fi rare, que les 
Mifionaires ne purent s'en procurer qu'une ou deux fois. Les Tlabitans tuent 
ordinairement les gros pouluns à coups de dards, & fe fervenc de filets pour 
LIi3 prendre 


TARTARIE 
DES 
MancHEOUSs, 
REGIS. 


On attele 
des chiens aux 
traincaux. 


Dane d'U- 
furi. Ses qua- 
lités & fes uf:- 
cs, 


IT y a peu de 
religion dans 
le Pays. 


Grande 4- 
bondance 
d’efturgeons, 


. Poifloi: roue 
ge & déli- 
cieux, 


TAXTARIR 


DES 


Mancu£ous. 


Langage des 


Yu:-pis. 


Tartares Ke- 


chongs. 


Leurs ufa- 


ses. 


Ifle que les 


Miflionaires 
firent vifiter. 


Noins de 
Cctte Ifle, 


454 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


prendre les petits. Leurs Barques ont peu de grandeur; & leurs Canots ne 
font que d’écorce d'arbres, aflez bien coufue pour les garantir de l’eau. , 

IL paroît que le langage des Vu-pis eft un mélange de celui des Mancheous, 
leurs voifins à l'Ouelft & au Sud, & de celui des T'artares Ke-chongs, qui les 
bordent au Nord & à l'Eft. Du moins les Chefs des Villages entendent fort 
bien l’un & l’autre. Ces Chefs ne peuvent porter le nom de Mandarins, puif- 
qu'ils n’en n'ont ni le pouvoir, ni le cortège & les autres marques de dignité. 
Jamais les Miffionaires n'entendirent donner au Pays le nom de Royaume, ni 
par les Tartares, ni par les Chinois, quoique plufieurs Géographes Européens 
l'en ayent honoré. 

ON peut dire la même chofe du Pays des T'artares Ke-chongs, qui s'étend 
néanmoins le long du Saghalianula, depuis Tondon jufqu’a l'Océan. Dans tout 
cet efpace, qui eft d'environ cent cinquante lieuës, on ne rencontre que des 
Villages fort communs, la plûpart fitués fur les bords de cette grande Rivière. 
Le langage y eft différent de celui des Mancheous, qui l’appellent Fiatta. Cet- 
te langue Fiatta eft vraifemblablement celle de tous les Tartares qui habitent 
depuis l'embouchure du Saghalianula, jufqu’au cinquante-cinquième degré de 
latitude, c’eft-à-dire, jufqu’aux dernières bornes de l’Empire Chinois dans la 
Tartarie Orientale. On ne s’y rafe point la tête, fuivant l’ufage de l’Empi- 
re. On y porte les cheveux liés d’une efpèce de ruban, ou renfermés dans 
une bourfe. Les Habitans paroïflent plus ingénieux que les ‘T'artares Yu-pis. 
Ils répondirent fort clairement aux queftions que leur firent les Miffionaires 
fur la Géographie du Pays, & leur attention fut fingulière pour les opéra- 
tions Mathématiques. 

Les Mifionaires apprirent de ces Tartares que vis-à-vis l'embouchure du 
Saghalisaula on rencontre une grande Ifle, habitée par des Peuples qui leur 
reflemblent. L'Empereur y envoya, fur ce récit, quelques Tartares Man- 
cheous. Ils paflérent fur les Barques des T'artares Ke-chongs de la Côte Mari- 
time, qui entretiennent commerce avec les Habitans des Parties Occidentales 
de l’Ifle. S'ils euffent porté leurs obfervations du côté méridional, comme 
ils les portérent du côté de l’Eft en allant, & du côté du Nord à leur re- 
tour, les Miflionaires feroient parvenus à connoître parfaitement cette Ifle. 
Mais la difette des provifions les ayant forcés de revenir trop-tôt, ils ne rap- 
portèrent point de plan de la Côte Méridionale, ni d’autres noms que ceux 
des Villages par lefquels ils avoient pañé. Ainfi la Carte de l'Ifle n’eft fondée 
que fur lesrécitsdes Habitans, & fur cette circonftance particulière, qu'on ne 
voit pas paroître de terre, le long de la Côte, au de-là du cinquante-cinquiè- 
me degré de latitude; ce qui fait juger que l'Ifle ne s’étend pas plus loin. 

Les Habitans du Continent lui donnent différens noms, fuivant les diffé- 
rens Villages ; mais le nom général eft Saghalian-anga-hata, qui fignifie, Ifle 
de l'embouchure de la Rivière noire. Celui de Æwye, qu’on lui donne quel- 
quefois à Peking, n’eft connu, ni des Tartares, nidefes Habitans. Les Man- 
cheous qui y furent envoyés, racontèrent aux Miflionaires qu'on n’y voit point 
de chevaux ni d’autres bêtes de chærge. Les Infulaires nourriffent une forte 
de cerfs privés, qui fervent à tirer leurs traïneaux, & que leur defcription 
fait croire femblables à ceux de Norvege (e). ILs 


(Ce) Ce font apparemment des Renes. Foy. le Voyage de M. de Maupertuis au Nord. 
la Relation de la Laponie par la Motraye, & ER, d. T. 


ILs 
Cartes 
degrés 
éloigné 
tuée au 
qui por 
tie de le 
fuppofe 
le corp 
te l’épés 
roiflent 
chongs , 
nétrent 
sûr par 
fo, qui 
tiens Ja] 
te, Cet 
quante ( 

Au d 
lages, | 
défert, 
fe chaîn 
ques Ri 
l'Océan 
te-cinqui 
un cours 
terres de 
des T'art 

CEux 
font de 
refte de 
Fartares 
ta, le lo 
les preft 
de leurs 
Yu-pis; 
manquer 

ON tu 


(F) On 
detjo & Te 

(g) La 
prélentée « 
vertes des 
quantiéme 
quent fa p 
même par: 
on vient d 
tre degrés 


s Canots ne 
l'eau. , 

Mancheous, 
ngs, qui les 
endent fort 
arins, puif- 
s de dignité. 
oyaume, ni 
s Européens 


qui s’étend 
, Dans tout 
ntre que des 
ide Rivière. 
 Fiatta. Cet- 
qui habitent 
1e degré de 
nois dans la 
de l’'Empi- 
fermés dans 
ares Yu-pis. 
Mifionaires 
r les opéra- 


bouchure du 
ples qui leur 
tares Man- 
Côte Mari- 
Dccidentales 
al, comme 
à à leur re- 
cette Ifle. 
ils ne rap- 
s que ceux 
’eft fondée 
», qu'on ne 
te-cinquiè- 
s loin. 
t les diffé- 
cnifie, Ifle 
lonne quel- 
Les Man- 
voit point 
une forte 
defcription 
ILs 


Es au Nord. 


DE LA CHINE, Liv. II Cap. IE 455 


Izs ne purent rien apprendre de la terre de Jef ( f), qui, fuivant les 
Cartes Françoifes & celle du Japon par les Portugais, doit être de Cinq ou fix 
degrés plus au Sud. Et vraifemblablement cette Contrée ne doit pas être fort 
éloignée du Japon, puifqu'il y a beaucoup d'apparence qu’elle n’eft pas fi- 
tuée au de-là du quarante-cinquième degré (g). C’eft probablement le Pays 
qui porte le nom de %e-t/e dans les Géographes Chinois. Ils en font une par- 
tie de la Tartarie Orientale. Ils lui donnent beaucoup d’étendue (h), & le 
fuppofent ‘habité par une Nation guerrière & redoutée des Japonois, qui a 
le corps heriflé de poil, des mouftaches pendantes fur la poitrine, & qui por- 
te l’épée attachée par la pointe, derrière la tête. Mais tous ces récits pa- 
roiflent fabuleux. Cette Nation terrible n’eft connue ni des Yu-pis ni des Xe- 
chongs , dont les terres font contigues, & qui dans le tems de leurs chafles pé- 
nétrent à l'Eft & à l'Oueft, jufqu’au cinquante-cinquième degré. Il eft plus 
sûr par conféquent de fe fier aux Relations du Japon concernant l’Ifle de Jef- 
fo, qui n’en fçauroit être fort loin, puifqu’elle fur la retraite de plufieurs Chré- 
tiens Japonois, fous la conduite du Père Ÿerdme des Anges, Müffionaire Jéfui- 
te. Cet homme Apoftolique fouffrit le martyre à Yendo, en 1623, avec cin- 
quante Chrétiens qui l’avoient fuivi. 

Au de-là du Saghalianula, on ne trouve plus qu’un petit nombre de Vil- 
lages, habités par des Tartares Ke-chongs. Le refte du Pays et un véritable 
défert, qui n’eft fréquenté que par les Chaffeurs. Il eft divifé par une fameu- 
fe chaîne de montagnes, qui fe nomment Hin-kau-alin. On ÿ trouve quel- 
ques Rivières aflez confidérables. Celle de Tu-huru-pira, qui fe décharge dans 
l'Océan Oriental, tire fa fource d’une autre chaîne de montagnes au cinquan- 
te-cinquième degré de latitude; point d'où plufieurs autres Rivières prennent 
un cours oppofé. Celle d'Udi-pira coule vers l'Ocean feptentrional, dans les 
terres des Ruffiens; tandis que celle de Silimfi-pira pafle au Sud, dans le Pays 
des Tartares Ke-chongs. | 

Ceux qui portent le nom de Han-halas , ou des trois familles de Hula, 
font de véritables Mancheous, qui s’unirent enfemble après la ‘conquête du 
refte de leur Nation. Ils en font fort éloignés, & fe trouvent mêlés avec les 
Tartares Tu-pis. L'Empereur Kanghi leur donna des terres, près.de Ningu- 
ta, le long des Rivières de Hu-ha-pira & de Songari-ula, fur les bords defquel- 
les prefque tous leurs Villages font fitués. L’habillement de leurs femmes, 
de leurs enfans & de leurs domeftiques, eft le même que celui des Tartares 
Yu-pis; mais ils ont des chevaux, des bœufs, & de bonnes moiflons, qui 
manquent aux Vu-pis. 

ON trouve, dans ces Contrées, les ruines de plufeurs grandes Villes. Ze- 

ñne-gho-botun 


(f) On écrit Fefo, Fe, Feifo, Fedfo, 
Yetjo & Ted/o. 

(g) La Ferre de JeMo, telle qu'elle eft re- 
prélentée dans nos Cartes, d'après les décou- 
vertes des Hollandois, s'étend au-delà du cin- 
quantième degré de latitude, & par confé- 
quent fa partie Nord doit être à peu près au 
même paralelle que la Côte Sud de l'ffle dont 
on vient de parler, & peut-être trois ou qu‘- 
ure degrés plus à l'EA, comme celle elt repré- 


fentée dans la Carte de M. Kirilow, publiée 
à Peterfbourg en 1734, qui paroît la meilleu- 
re pour toutes ces Contrées. Iîlie donne Jefo 
pour une Ifte. M. Danville en a fait deux, & 
Strahlenberg en fait mal-à-propos une partie de 
Kamchatka. 

(b) Is la placent vers Honchun, dont on 
a parlé ci-deflus, à l'extrémité la plus fepten- 
trionale de la Corée. 


TARTARIE 
DES 
Maxcusous. 
REGIS. 


Obfervations 
fur la Terre 


de Jeflo. 


Pays au del | 
du Saghalia- 
nula, 


Tartares ITa- 
las. 


TARTARIE 
DES 
Mancusous. 
REGIS. 


Ruines de 
pluficurs an- 
Ciennes Vil- 


C5, 


De qui el- 
les font l'ou- 
vrage, 


Fleuve & 
Montagnes 
célebres par. 
mi les Man- 
cheous, 


Erreur des 


Mäncheous. 


456 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ne-gho-hotun étoit fituce fur les rives du fleuve Hur-ha-pira à cinq ou fix lieuës 
de Ninguta; mais elle n'eft plus aujourd’hui qu'un hameau. La fituation d'O- 
doli-hotun étoit très forte. On n'en pouvoit approcher qu'au travers de l'eau, 
par unc chauflée fort étroite. 11 y refte encore quelques efcalicrs de gran- 
des pierres, & quelques débris d'un Palais, auxquels on ne connoît rien de 
femblable dans la Ville même de Ninguta. Il y a beaucoup d'apparence que 
tous les anciens monumens de la ‘l'artarie Orientale n'ont pas été l'ouvrage 
des T'artares Manchcous, & qu'ils doivent étre attribués à ceux du douzie- 
me fiécle, qui fe rendirent maitres du Nord de la Chine, fous le nom de 
Kinchans (5). Ces Tartares Kinchans bâtirent des Villes & des Palais dans 
diverfes parties de leur Pays. Mais enfuite ils furent taillés en piéces par les 
Mongols ligués avec les Chinois; & ceux qui échappèrent au carnage cher- 
chérent un aïile dans les parties Occidentales de leur ancien Pays, habité au- 
jourd'hui par les Tartares Solonss, qui fe prétendent defcendus des Man- 
cheous. On peut conclure que Putay-ula-hotun (k) fut baie au li par les Kin- 
chans, quoiqu'il ne refte de cette Ville qu'une pyranide ordinaire, & les 
ruines de fes murs, hors defquels font les maïlons des Mancheous. Elle 
eft à huit ou neuf lieuës de Xirin-ula-hotun, fur le fleuve Sougari, qui porte en 
ce licu le nom de Putay-uli. C'eft la moindre des quatre grandes Villes du 
Gouvernement de Xirin-ula;' mais c’elt fans comparaifon la plus agréable, par- 
ce qu'elle eft fituée dans une plaine plus fertile & mieux cultivée. 
L'Histoire des Mancheous n'a rien de plus célebre que le Songari-ula, 
ou le fleuve Songari, & que la montagne d’où il tire fa fource. Cette monta- 


gne eft nommée Chau-yen-aliu par les T'artares, & Chang-pe-chau, c'eft-à-dire 


la montagne blanche par les Chinois, qui fe vantent d'en tirer leur origine, 
avec un grand nombre de fables & de circon{tances merveilleufes, Ce qui 
paroît vrai, c'eft que le Pays des Mancheous n’avoit point alors de Rivière 
comparable au Songari-ula. Il abonde en poiflon. 11 eft large » profond & 
navigable fans danger dans toutes fes parties, parce que la rapidité de fon cours 
eft médiocre, au point même de fa jonétion avec le Saghalianula. 

A l'égard de la montagne, c’elt la plus haute de toute la T'artarie Orienta. 
le. On la découvre de fort loin. Comme elle eft couverte, en partie, de bois 
& de fable, clle paroît toûjours blanche; ce que les Chinois attribuent faufe- 
ment à la nége, puifqu'il ne s’y en trouve prefque jamais. On voit, au fom- 
met, cinq rochers d'une groffeur extraordinaire, qui ont l'apparence d autant 
de pyramides en ruines, & qui font continuellement humeétes par les brouil- 
lards & les vapeurs qui fe forment particulièrement dans cette Contrée. En- 
tre ces rochers eft un lac fort profond, d'où fort le Songari. Maïs les Man- 
cheous font dans l'erreur loriqu'ils donnent la meme fource aux trois gran- 
des Rivières qu'on a deja décrites fous le nom de Tumen-ula, de Ta-lu-ula, & 
de Si-luc-ula, & qui, après avoir fait le circuit de la Corée, s'unifiint & fe 
déchargent enfemble dans la Mer de ce Royaume (7). 


(i) Apparemment les T'artares Æins, dont  repréfente come le fiége de l'ancien Empire 
on à déja parlé pluffeurs fois Fautare, _— 
(k) la mème Ville que Verbicft appelle (1) Du Halde, Vol. iV, pag. 12, & fuiv. 


fimplement Lila dans fon journal, & qu’il 
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Gouvernement 


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VIII 


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ss des Man- 
par les Kin- 
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qui porte en 
es Villes du 
‘éable, par- 


Songari-ula , 
cette monta- 
c'eft-à-dire 
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es. Ce qui 
de Rivière 
profond & 
de fon cours 


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ie, de bois 
uent faufle- 
t, au fom- 
ce d'autant 
les brouil- 
trée. En- 
is les Man- 
crois gran- 
a-lu-ula, & 
int & fe 


jcien Empire 


12, À fuiv. 


DAUCI NCIHIONT 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. U 


Gouvernement de Tifitfikar. 


E troifiôme Gouvernement eft celui de T/it/fikar (a) , quitire ce nomd'u- 
ne Ville neuve, bâtie par l'Empereur Aanghi pour aflürer fes conquêtes 
contre les Rufiens. Elle eft fituée près de Nanni-ula, Rivière confidérable, 
ui tombe dans le Songari. Au-lieu de murs elle eft entourée d’une paliffa- 
de de hauteur médiocre, mais bordée d'un affez bon rempart. La garnifon 
eft principalement compofée de Tartares, & la plûpart de fes Habitans font 
des Chinois que le Commerce y attire, ou qui ont été bannis pour leurs cri- 
mes. Les uns & les autres ont leurs maifons hors l’enceinte du mur de bois, 
qui ne contient guères que les Cours de Juitice & le Palais du Général T'ar- 
tare, Ces maifons, qui font de terre & qui forment des rues affez larges, 
font renfermées aufli dans des murs de terre. Le Pays eft habité par des 
Mancheous, des Solons, & particulièrement par les Tuguris (b) qui en font 
les anciens Peuples. Cette Nation n'eft pas fort nombreufe. Elle fe foumit 
aux Mancheous, fous le Père de l'Empereur Kang-hi, après avoir imploré fa 
protcétion contre. les Rufliens, qui, étant pafñlés en armes, de la Rivière de 
Saghalian-ula dans celle de Songari, s’étoient aflurés de toutes les petites Ri- 
vières qui y communiquent, & répandoient la terreur dans toutes les Nations 
Tartares qui en habitent les bords. Les Tuguris font grands & robuftes. Ils 
font accoûtumés de tous tems à femer du grain & à bâtir des maifons, quoi- 
qu’ils foient environnés de T'artares qui n'ont pas ces deux ufages. 

La Jurifdiétion du Gouverneur de Tficfikar s'étend fur (c) Mer-ghen-ho- 
tun & fur Sanghalian-ula-hotun, deux Villes neuves.  Merghen eft à plus de 
quarante licuës de Tficfikar. Elle eft beaucoup mieux peuplée & n'a qu'un 
fimple mur. Le territoire de ces deux Villes eft fabloneux; mais celui de Su- 
ghalian-ula-hotun, où de la Ville de la Rivière noire, produit de riches moif- 
fons de fromert. C’eft une plaine, qui s'étend le long de la belle Riviére 
de Saghalian, & qui contient plufieurs Villages. La Ville même eft fituée 
fur la rive du Sud. Elle eft bâtie dans le goût de Tfitfikar, & n’eft pas moins 
peuplée, ni moins pourvûe des avantages de la nature. Cette Ville a dans 
fa dépendance un petit nombre de Villages Mancheous, qui font fur jes 
bords de la même Rivière, & plufeurs grandes forêts, où la chañle eft 
excellente pour les Zibelines. Les Rufliens feroient parvenus à s’en rendre 
maîtres, fi la Ville de Tak-/4, qu’ils avoient bâtie plus haut fur la Rivière, 
n'eût été démolie par le ‘l'raité de 1689. Les Chafleurs Tartares entretien- 
nent une bonne garde fur la frontière, & des Barques armées fur le Sagha- 
lian-ula. 

Environ treize lis (d) plus haut, du côté du Nord, on rencontre les 
ruines d’une ancienne Ville nommée Æ4ykem, dont on attribue la fondation 
aux premiers Empereurs de la famille de Tayming. . Ce fut dans le tems que 
par une étrange vicifitude de la fortune, les Tartares Occidentaux, ou les 


Mongols, 


Ca) Isbrand Ides écrit Xixigar ; Brand, 
Suttega; & les Jéfuites, dans leurs Tables de 
latitude & de longitude, Chiskar. Ce Gouver- 
ne..nt a fept cens quarante milles de long & 


VIII. Part. 


fix cens de large. 
(b}) Isbrand Ides les appelle Targazis. 
(c) Ou Mergbin. 
(4) Dix lis font une licuë. 


M mm 


TARTARI" 
DES 
Maxcneous. 

. R2£GI1s. 


Ville neuve 
de Ifitfikar. 


Ses IHabi- 
tans. 


Ceux du 
Pays. 


Jurifdiction : 
du Gouver- 
neur. 


Ruines d'Ay- 
kem, ancicn- 
ne Ville. 


TARTARIE 
DES 
MANCHLOUS, 
Recits. 


Révolutions 
qui caufèrent 
fa ruine, 


Rivières où 
l'on pêche des 
perles, 


Qualités des 
perles de Tar- 
taric. 


9 


Chaffe des 
martres par 
les Tartarcs 
Solons, 


458 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Mongols, furent non-feulement chaflés par les Chinois, dont ils avoient été 
long-tems les maîcres, mais attaqués avec tant de vigueur jufques dans leur 
Pays, qu'aprés s'être retirés fort loin, ils fe virent obligés à leur tour de ti- 
rer des Lignes, dont les Miflionaires rendent témoignage qu'on voit encore 
les traces. Enfüite ne fe trouvant pas capables de réfilter à la rage de leurs 
Ennemis, ils paferent le Saghalian-ula ; & pour les arrêter de l'autre côté de 
cette Riviere les Chinois batirent Aykem, fous l'Empereur Tonglo. Il né pa- 
roît pas que cette Ville ait fubfifté long-tems. Les Tartares, s'étant ralliés 
vingt ans après, rentrérent dans leur ancien Pays, & détruifirent le boule- 
vard qu’on avoit élevé contr'eux. Enfuite, pour éxercer leur vengeance, ils 
ravagérent les Provinces Chinoïfes au Nord. Ils furent bien-tôt écrafés par 
les forces de l'Empereur Sueu-ti; nfais ils ne ‘aifférent pas de conferver la pof- 
fefion de leurs anciens territoires, par la faute du Général Chinois’, qui ne 
fçut pas profiter de fa victoire pour les chafler au-delà du Saghalian-ula, & 
pour rebâtir Aykem. Ce nom cit également connu des Chinois & des T'arta- 
res. Il fe trouve même quelques gens à Peking qui le donnent à Saghalian- 
ula-hotun, Ville neuve dont nous avons déja parlé, mais qui eft fituée dans un 
autre lieu. 

La Rivicre de Saghalian (e) reçoit celle de San-pira, celle de Kafin-pira, 
& plufeurs autres, qui font renommées pour la péche des perles. Cette pê- 
che ne demande pas beaucoup d'art. Les Pécheurs fe jettent dans ces petites 
Rivières, & prennent la première huître qui fe trouve fous leur main. On 
prétend qu'il n’y a pas de perles dans le Saghalian-ula; mais, fuivant les é- 
clairciffemens que les Miflionaires reçurent des Mandarins du Pays, cette o- 
pinion ne vient que de la profondeur de l'eau, qui ôte aux Pêcheurs la har- 
diefle d'y plonger. On péche aufli des perles dans plufieurs autres petites Ri- 
vières, qui fe jettent dans le Nonniula & dans le Songari telles que l’A4rom & 
le Nemer, fur la route de Tfittikar à Merghen. Mais on aflûre qu'il ne s’en 
trouve jamais dans les Rivières qui coulent à l’Oueft du Saghalian-ula, vers 
les terres des Rufiens. Quoique ces perles foient fort vantées par les Tar- 
tares, il y a beaucoup d'apparence qu'elles feroient peu eftimées des Euro- 
péens, parce qu'elles ont des défauts confidérables dans la forme & dans la 
couleur. L'Empereur en a plufieurs cordons de cent perles, ou plus, tou- 
tes femblables, & d’une groffeur confidérable; mais elles font choifies entre des 
milliers, parce qu’elles lui appartiennent toutes. Les martres du Pays font 
auñi d’un grand prix parmi les ‘l'artares, parce qu'elles font d’un bon ufage 
& qu’elles fe foutiennent long-tems. 

Les Tartares Solons, qui vont à la chaffe des martres, font originairement 
Orientaux, & fe prétendent defcendus de ceux qui échappérent, en 1204, à 
la deftruétion générale dont on a rapporté l’hiftoire. Ils font plus robuftes, 
plus adroits & plus braves que les autres Habitans de ces Contrées. Leurs 
femmes montent à cheval, menent la charrue, chaffent le Cerf & toutes for- 
tes d'animaux. On trouve un grand nombre de ces T'artares à Nierghi, Ville 


allez grande, à peu de diftance du Tfitfkar & de Merghen. Les Miflionai- 
res 


lent He-long-kyang , ou Rivière du Dragon 


(e) Cette Rivière porte divers noms en dif- { 
noir; & les Rufliens la nouwment mur. 


férens endroits. Elle fe nomme Onon vers fa 
fource; enfuite Scbilke. Les Chinois l’appel- 


res le 
chaffe 
net de 
charg: 
qu'ils 
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noiflet 
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| Saghalian- 
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Kafin-pira , 

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des Euro- 
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plus, tou- 
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Pays font 
bon ufage 


inairement 
n 1204, à 
robuftes, 

s. Leurs 
toutes for- 
ghi, Ville 
Miflionai- 
res 


du Dragon 
Amnur. 


DE LA CHINE, Liv. Il. Car. ll. 459 


res les virent partir le premier jour d'Oëtobre, pour aller commencer leur 
chafle, vêtus de camifoles courtes & étroites de peau de loup, avec un bon. 
net de la même peau & leurs arcs au dos. Ils emmenoient quelques chevaux 
chargés de millet & de leurs longues robes de peau de Renard ou de Tygre; 
qu'ils portent dans les tems froids, fur-tout pendant la nuit. Leurs chiens 
font dreflés à la chafl:, montent fort bien dans les lieux cfcarpés, & con- 
noiflent toutes les rufes des martres. La rigueur de l'Iyver, qui glace les 
plus grandes rivières, ni la fcrocité des Tygres, dont les Chafleurs devien- 
nent fouvent la proye, ne peuvent empêcher les Solons de retourner à ce rude 
& dangereux éxercice, parce que toutes leurs richeffes confiftent dans le fruit 
de leur chafle. Les plus belles peaux font réfervées pour l'Empereur, qui 
leur en donne un prix fixe. Ce qui refte fe vend fort cher, dans le Pays mê- 
me. Elles y fonc aflez rares, & les Mandarins ou les Marchands de Tftfi- 
kar les enlèvent immédiatement, 

Les bornes de ce Gouvernement, à l'Oueft & du côté de la Tartarie Ruf- 
fienne , font deux rivières d’une grandeur médiocre, dont l'une, qui s’ap- 
pelle Ergona (f), prend fa fource au Sud, un peu au deffous du cin- 
quantième degré de latitude, & joint le Saghalian-ula à quatre degrés de lon- 
gitude Eft de Peking. L'autre nommée Æigho-Kerbechi, defcend de moins loin 
au Nord & tomhe auffi dans la Saghalian, un peu au Nord-Oueft de l’embou- 
chure de l’Ergona. 

DE cette fronticre on compte environ cinquante lieuës jufqu'a (g) Nipchu 
ou MNipcheou, première Ville des Rufiens, prefqu’au même Méridien que Pe- 
king. Elle eft fituée fur la rive Nord de Saghalian-ula; & fon nom lui vient 
de la rivière de Nip-chu, qui fe joint à l’autre dans ce lieu. On fçait par le 


récit de plufieurs Voyageurs qu’elle elt bâtie dans le goût de ‘Ifitlikar. La 


principale partie de fa Garnifon eft compofée de Sibériens & de Tartares, 
qui font commandés par des Officiers Ruïliens. En 1689 les Pères Thomas 
& Gerbillon, Miffionaires Jéfuites, déterminèrent fa latitude à cinquante-un 
degrés quarante;cinq minutes; ce qui s'accorde fort bien avec les obfervations 
que les Miffionaires Géographes firent à Sughalian ula-hotun , trente lieuës plus 
haut fur la rivière, dans le Pays des Tartares U/fJu-mudans. Les Domaines 
Ruffiens au-delà de Nip-chu, & toute la partie du Saghalian-ula qui eft vers 
fa fource, ne furent tracés fur la Carte que d'apres les récits des Mongols & 
des autres T'artares de la frontière (h). 

A ces éclairciffemens du Père Regis fur la Tartarie Orientale & fur fes Ha- 
bitans, nous joindrons ceux dont on eft redevable au Père Gerbillon. 

LE Pays des Mancheous , fuivant ce Miffionaire , et fitué au Nord de 
Lyau-tong , Province la plus Orientale de la Chine. Il s’étend depuis quarante- 
un jufqu’a cinquante-trois degrés de latitude du Nord; & depuis environ cent 
quatre degrés de longitude (3) jufqu'à l'Océan Oriental, qui le borne de ce 
côté-là. Il eft bordé au Nord par la grande rivière que les Mancheous nom- 

ment 


(Ch) Du Halde, Vol. IV, pag, 18. & fuiv. 

(3) Ce devroit être plütôt cent quatorze 
en comptant de Paris, ou cent trente-quatre 
ch comptant de Ferro, 


(f) D'autres écrivent Argon. 

(g) Ou le Ni-po-cheou , que les Ruffiens 
nomment Nerchinftoy, de la Rivière Nerchin, 
fur laquelle elle eft fituée, 


Mmm : 


TarTarIE 
DES 
Mancuious, 
REGr5. 


Bornes dut 
Gouverne- 
ment de Tfit- 
fikar à 
l'Oueft. 


Nip chu, 
première Vil- 
le des Ruf- 
fiens, 


Eclaircifte. 
mens du Père 
Gerbillon fur 
la Tartarie Q- 
rientale, 


TARTARIE 
DES 
ManNcHEOUS. 
GEUBILLON. 


Idée généra- 
le du Pays. 


Sa divifion 
en Provinces. 


l'orterefle 
d’Albazjn ou 
Yakfa. 


Embouchure 
du Saghalian- 
ula. 


Nation des 
Fiattas, 


460 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


ment Saghalian-ula, les Chinois He-long-lyang , & les Ruffiens Tumur où Amur. 
Au Sud, il touche au Lyau-tong & à la Corée ; & du côté de l'Oueft, au 
Pays des Tartares Mongols. 

Son étendue eft fort vafte de l'Eft à l'Oueft, mais il eft mal-peuplé ; fur- 
tout depuis que les Empereurs de la Chine ont attiré à Peking la plus gran- 
de partie de fes Habitans. Il s'y trouve néanmoins des Villes murées & 
quantité de Villages ou de Hameaux, dont les Habitans s'employent à l'agri- 
culture. Les principales Villes font Ula, Aykem & Ninguta, Places de Gar- 
nifon, qui ont leurs Gouverneurs & d'autres Officiers civils & militaires. 
C'eft dans ce Pays que les Chinois banniflent leurs Criminels, pour le re- 
peupler. L'air y eft très-rude, & les terres aufli montagneufes ë auffi cou- 
vertes de bois que la Nouvelle France en Amérique. Les Habitans fe logent 
dans des hutes, fur le bord des rivières, & fubfiftent de la chaîfe & de la pê- 
che, fur-tout ceux qui tirent le plus vers l'Orient, & qui ont quelque chofe 
de barbare. 

LE Pays eft divifé en Provinces, dont la plus Occidentale eft celle de So- 
lon. Les Mofcovites la nomment Dawra; mais c’eft plûtôt le nom d’un Peu- 
ple que celui d'un Pays. Il commence à la jonétion de l’Ergone & du Sagha- 
lian-ula, fur le dernier defquels elle s'étend plus de cent cinquante lieuës vers 
Ninguta. Le Gouverneur apprit à Gerbillon qu’on ne compte pas plus de dix 
mil familles dans cette Province. Les Habitans font grands Chaffeurs, ha- 
biles Archers, & payent leur tribut en peaux de martres. Chaque famille en 
fournit deux, trois, ou plus, chaque année, füuivant le nombre de ceux qui 
la compofent. 

LE Pays n’a qu'une Ville, nommée Merghen ou Merghin, bâtie par l'Em- 
pereur de la Chine, qui y entretient garnifon. Tout le refte n'offre que des 
hutes. A la vérité les Rufliens y avoient autrefois une Fortereffe, qu'ilsnom- 
moient Albagin, & qui portoit le nom de Yak/« parmi les T'artares, de celui 
d’une petite rivière fur laquelle elle étoit fituée, & quife jette dans le Sagha- 
lian-ula. Mais cette Fortereffe étant devenue l’occafion d'une guerre entre la 
Chine & la Ruflie, parce que la Garnifon troubloit quelquefois la chafle 
des Solons, fut démolie par le Traité de Nip-chu, & le territoire cédé aux 
Chinois. 

Depuis. Yakfa jufqu’à l'embouchure du Saghaïian-ula, dansla Mer Orien- 
tale, on compte pleinement quatre cens lieuës ; du moins le Viceroi, qui avoit 
fait ce voyage dans une Barque, par ordre de la Cour, en affura-t-il l'Empe- 
reur. De Yakfa à Ninguta la diftance eït de cent cinquante lieuës. Plus loin, 
on rencontre une Nation qui n’emploie que des chiens pour traîner fes voitu- 
res, & que les Mancheous, fes voifins, nomment Meneurs de chiens (k). Ce 
peuple occupe environ deux cens lieuës au long de la rivière, mais il n’en eft 
pas plus nombreux. On ne lui connoît qu’un petit nombre de hameaux, fitués 
à la chûte de quelque petite rivière dans ie Saghalian-ula. 

EN continuant de fuivre le même fleuve jufqu’a la Mer, on trouve une 
autre Nation, nommée f'iattu où Fiatta (1) dont le langage n'a pas de Len 

blance 


(k) Par leurfituation, ces Peuples doivent  gue des Kechins. Peut-être m'eft-ce quelenom 
être les T'artares Kechins. d'une des deux Nations, qu'on donne par Cet- 
(1) On a vû ci-deflus que Fiatta eft lalan- te raifon à fa langue. 


blanée 
des M: 
blent bd 
font vé 
(mn) pa 
font de 
qu'ils r4 
Sauvagd 
troncs « 
des Bar 
On ne 
lian-ula 
qu'il n 
licuës. 
GER 
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tres dan 
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Cette I 
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élans, © 
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Ciel (4) 


(m) C 

Cu) L 
ce Pays 
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bitent ég: 
les dernie 
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ou Æ#mur. 
Oueft, au 


iplé ; fur- 
plus gran- 
murées & 
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elle de So- 
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, qui avoit 
il l'Empe- 
Plus loin, 
fes voitu- 
s (k). Ce 
il n’en eft 
ux, fitués 


ouve une 
de reffem- 
blance 


que le nom 
nne par Cet- 


DE LA 


blanée avec celui de la Nation voifine, comme l'un & l'autre diffère de celui 
des Mancheous. Suivant la defcription qu'on fait des Kiattas , ils reflem- 
blent beaucoup aux Iroquois de l'Amérique. Ils vivent de leur péche, & ne 
font vêtus que de peaux de poiflons, ce qui les a fait nommer Lyu-pis 
Çn) par les Chinois. Ils n’entendent pas l'agriculture. Leurs habitations 
ont des hutes, dans lefquelles ils vivent fans Roi, ou fans Souverain, quoi- 
qu'ils reconnoiflent un Chef, auquel ils obéiflent, à-peu-près comme les 
Sauvages du Canada. Ils ont des Canots, compofés d'écorce d'arbre ou de 
troncs creufés. Ceux qui habitent la Çôte maritime font fouvent vifités par 
des Barques qui viennent de quelques Ifles à l'embouchure de la Rivière. 
On ne donne pas, dans cet endroit, plus de trois lieuës de large au Sagha- 
lian-ula; mais il eft fort profond dans toutes fes parties , & navigable, lorf- 
qu'il n'eft pas glacé, jufqu'a Nipchu, c’eft-à-dire l'efpace de cinq cens 
lieuës. 

GERBILLON apprit du Viceroi qu’à l'Eft de cette Rivière tout le Pays 


CHINE, Liv. II Cuar. I. 461 


qe les T'artares appellent Songari, & les Rufliens Singola, n'eft qu'un vafte l'E 


éfert, rempli de montagnes & de forêts (1), mais que les bords du Son- 
gari font habités néanmoins par des Mancheous, auxquels les Rufliens don- 
nent le nom de Duchari (o). En Hyver ces Peuples vont à la chaffe des mar- 
tres dans leurs grandes forêts, & reviennent pañler l'Eté aux environs de 
Ninguta. . 
Au Nord du Saghalian-ula, environ cent lieuës au-deffous de Yak-fa, cou- 
le une Rivière que les Mancheous nomment Chi-kiri , & les Rufliens Zia. 

Cette Rivière a une demi-lieuë de largeur, vers l’endroit où elle fe jette 
ans le Saghalian-ula ]. On raconte qu'il faut deux mois pour remonter à fa 
fource, mais qu’on n'emploie pas plus de quinze jours pour revenir. Elle 
fort d’une chaîne de montagnes, qui fert de limites entre les deux Empires, 
& fon cours eft fort rapide vers le Sud. Les Mancheous donnent aux Ha- 
bitans de fes bords le nom d’Orochons , tiré d’un animal qui fe nomme Oron , 
& qui eft une forte de petit daim, dont les Orochons fe fervent pour leurs 
traîneaux. L’Auteur en vit un dans le parc de l'Empereur. Il y vit aufi des 
élans, qui font fort communs dans ce Pays & dans celui des Solons. Les bel- 
les peaux de martres, celles d'Ermine grife & de Renard noir, fe trouvent 
dans le Pays desChi-kiris. Les Rufliens ne manquoient pas de ces belles peaux 
lorfqu’ils étoient en pofleffion de Yakfa. 

À l'égard des Mancheous mêmes, qui font comme Seigneurs de toutes les 
autres Nations de la Tartarie Orientale, & dont le Chef eft l'Empereur de la 
Chine, les Ruffiens leur donnent le nom de Bogdoys (p). Ils peuvent pañler 
pour Payens, quoiqu'ils n’ayent pas de Temples, ni d'Idoles, ni de culte re- 
gulier, & que dans leur langageils n'adreflent de facrifices qu'à l'Empereur du 
Ciel (4). Ils rendent à leurs Ancêtres une vénération mêlée de pratiques fu- 

perftitieufes, 

(m) Ce mot fignifie Peau de poiffon. 

(x) Les Miffionaires qui pénétrèrent dans 
ce Pays &qui en ont fait la Carte, difent que 
les Taitares Yupis & les Tartares Kechins ha- 
bitent également à l'Eft du Songari ; mais que 
les derniers occupent les bords du Saghalian- 
ula jufqu’à fon embouchure, 


Co) Avril dit (pag. 146.):,, Cette Province 
» de Bogdoi eit nommée par les Ruffiens , 
,, Diurbari; & par les Mongols, Diurski. 

(p) ils appellent l'Émpereur, Bogdoy-kan; 
& Aimolon Bogdoy-kan. | 

(ga) Leur religion eft la mêine à peu pres 
que celle qui eft établie à 14 Chine, 


Mmm 3 


TanuTanie 
DES 
Maxenrorus, 
Gi hBILLON. 


Cours du 
Saghalian-ula. 


Déferts à 
‘If 


Rivière de 
Chikiri ou de 
Zia. 


Comment les 
Ruffiens nom- 
mentles Man- 
cheous, 


TARTARIE 
DES 

MTANCHEOUS. 

. GERBILLON. 


Témoignage 
de Bentink fur 
cs Man- 
cheous. 


Ufage com- 
mun des lan- 
gues Chinoi- 
fes &'TFarta- 
tes. 


Ouvrages & 
Dictionaire 
Tartarcs. 


Ordre & di- 
vifion du Dic- 
tionaire, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


perflitieufes. Depuis qu’ils font entrés à la Chine, quelques-uns ont embraffé 
les fectes Idolätres; mais la plûüpart demeurent fort attachés à leur ancienne 
Religion, qu'ils refpectent comme le fondement de leur Empire & comme la 
fource de leur profpérité (7). 

Suivant Bentink, les l'artares Orientaux ou Mancheous, qu'il appelle Mon- 
gols de l'Eft, éxercent prefque tous l'agriculture, & reffemblent parfaitement 
à ceux de l'Oucit, excepté qu'ils fort plus civilifés & plus blancs, fur-tout les 
femmes, entre lefquelles il s'en trouve un grand nombre qui pourroient pafler 
pour belles dans tous les Pays du monde. La plüpart ont des habitations fi- 
xes, c'eft-à-dire des Villes & des Villages. Leur religion, ajoute le même 
Auteur, n'eft ni celle de o, ni celle des Chinois. Le peu qu’ils enont cft un 
mélange de l'un & de l’autre, réduit à quelques cérémonies noéturnes, qui 
favorifent plus, ditBentink, la forcellerie que la religion (5): Leur langage 
n’eft aufli qu'un mélange de Chinois & d’ancien Mogol, qui n'a prefque au- 
cun rapport avec celui des Mogols Occidentaux (+). 


74 


(5) Hifloire des Turcs & des Monzois, 


(r) Du Tlalle, Vol. IV. pag. 42. & fuiv, 
Vol. I pag. 503. & fuiv. 


(s) Cet Auteur paroit ici mal informé. 


Remarques Jur le langage des Tartares Mancheous. 


OUS le Gouvernement Tartare qui fubfifte aujourd'hui, l'ufage de ja lan- 

gue Mancheou eft aufli commun à la Cour que celui de la langue Chinoi- 
fe. . Tous les aëétes publics du Confeil Impérial ou des Cours fuprèmes de Juf: 
tice font écrits dans les deux langues. Cependant le Mancheou commence à 
décliner, & fe perdroit apparemment fi les Tartares n'employoient toutes 
fortes de précautions pour le conferver. Ils commencèrent, fous le régne 
de Chun-chi, à traduire les Claffiques Chinois & à compiler les Diétionaires en 
ordre alphabétique; mais s'étant fervis des caraëtères Chinois, dont les fons 
& même le fens ne peuvent être exprimés par la langue Tartare, cet ouvrage 
eut peu d'utilité. L'Empereur Âarg-hi, au commencement de fon régne, 
créa dans fa Capitale un office des meilleurs Grammairiens des deux Nations, 
dont les uns devoient traduire les Hiftoires & les Claffiques qui n’avoient pas 
été finis, tandis que les autres s’attacheroient aux Orateurs, & compoferoient 
fur-tout un Diétionaire dans les deux langues. Cette commiflion fut éxécutée 
avec une diligence furprenante. Lorfqu’il naifloit quelque doute aux Traduc- 
teurs, ils devoient confulter les Anciens des huit Banières T'artares. S'ils 
n'étoient pas fatisfaits de la réponfe, ils s’adrefloient à ceux qui étoient nou- 
vellement arrivés du fond de la T'artarie. On propofa des récompenfes pour 
ceux qui fourniroient des mots au Diétionaire. Après en avoir recueilli un 
fr grand nombre, qu’il n’en devoit pas refter beaucoup pour un fupplément, 
on prit foin de les rañger en différentes claffes. 


La première regarde les Cieux ; la feconde, le tems ; la troifième [ la terre fé" 


&laquatrième, |l'Empereur. Enfuite les autres appartiennent au Gouvernement 
des Mandarins, aux cérémonies, aux coûtumes, à la mufique, aux livres, à la 
guerre, à lachaffe, à l’homme, à la terre, à la foie, aux étoffes, aux habits ,aux 
inftrumens, autravail, aux ouvriers, aux écorces, au boire & au manger, aux 


grains, aux herbes, aux oifeaux, aux animaux farouches & privés, aux poiffons, 
aux 


_vaifes qu 


aux inf 
écrit @ 
plicatic 
aifé. F 
livre cf 
feachar 
par des 
CE « 
c’eft qu 
éxemp! 
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Ge dans 
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Miffon: 
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fans obfc 
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roit autre 
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langue 
vrier, d’ 


de la que 
long, la 
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petits qu 
deux bou 
té commd 
du corps 
blanc, c* 
rière, c’e 
un Chi-ker 
c'eitun À 
ne Nieghe) 
ze, ils fe 
gon. Ilen 
prime deu 

Les d 
ple, cet 
pliés que 
pour fon : 


embraffé 
ancienne 
Lomme la 


le Mon- 
faitement 
r-tout les 
ent pañler 
ations fi- 
le même 
ont cftun 
rnes, qui 
ir langage 
refque au- 


. Rfnnrale 
) aV4ONIOS , 


de ja lan- 
ue Chinoi- 
ces de Juf: 
mmence à 
ent toutes 
s le régne 
onaires en 
at les fons 
t ouvrage 
on régne, 

Nations, 
voient pas 
poferoient 

éxécutée 
x ‘Lraduc- 
res. S'ils 
oient nou- 
enfes pour 

cueilli un 
pplément, 


[la terre .W* 

rernement 
vres, à la 
1abits , aux 
Anger , aux 
x poiffons , 
aux 


” vaifes qualités d’un chien. 


DE LA CHINE, Liv. IL Car. III. ; 


ns) 
auxinfectes, &c. Les clafles font divifées en chapitres & en articles. Chaque mor, 
écrit en grands caraétéres, a fous lui, en petites lettres, fa définition, fon ex. 
plication & fes ufages. Les explications font nettes, élésantes & dans unftile 
aifé. Flles peuvenc fervir de modéles pour bien écrire. Maïs comme ce fameux 
livre cft en langue & en caractères T'artares, fon utilité fe borne à ceux qui, 
feachant déja la langue, cherchent à s’y perfeétionner, ou veulent l’enrichir 
par des traduétions. 

CE que cette langue a de plus fingulier, comparée à la langue Françoife, 
c’eft que le verbe différe aufli fouvent que le fubftantif qu'il gouverne. Par 
éxemple, le verbe faire change autant de fois que le fubftantif qui le fuit. On 
dit en François, faire un vers, faire une peinture, faire une flatue, c'eft une ex- 
prelion commode que les Tartares ne peuvent fupporter. Ils pardonnent la 
répétition d’un même verbe dans le difcours familier; mais, dans un Auteur, 
Ge dans leurs écrits mêmes les plus fimples, ils la trouvent inexcufable. Cel- 
le d'un même mot gans l’efpace de deux lignes n’eft pas plus pardonnée. Elle 
forme une monotonie qui choque les oreilles. Ils fe mettent à rire lorfqu’un 
Mifonaire Jlifant nos livres, ils entendent revenir fouvent, gwe, qu'ils, 
qu'eux, &c. En vain leur dit-on que c’eit le génie de la langu® Françoife. Ils 
peuvent à la vérité fe pañler de ce fecours dans la leur, car le feul ordre de 


LANGUE 
DES 
MANCHEOUS, 


Singularités 
de la langue 
lautare. 


leurs mots produit le même effet pour les faire entendre, fans équivoque & : 


fans obfeurité. Aufñli ne connoiflent-ils pas les pointes infipides qui ne roulent 
que fur des jeux de mots. 

UNE autre fingularité de leur langue, c’eft fon abondance, qui leur donne 
le moyen d'exprimer clairement & d’une manière précife ce qui demande- 
roit autrement beaucoup d'étendue. Par éxemple, quoiqu'entre tous les ani- 
maux domeftiques le chien foit celui qui fournifle le moins de mots dans la 
Jangue Tartare, elle en a plufieurs, outre ceux de chien, de mûtin, de lé- 
vrier, d'épagneul &c, pour exprimer l’âge, le poil & les bonnes ou les mau- 
Veut-on dire qu’un chien a le poil des oreilles & 
de la queue fort long & fort épais? c’eft aflez du mot Tuyha. A-t-il le mufeau 
long, la queue de même, les oreilles grandes & les lévres pendantes? 7010 
exprime toutes ces qualités. S'il s’accouple avec une chienne ordinaire, les 
petits qui en viennent fe nomment Pefaris. Un chien ou une chienne qui a 
deux boucles jaunes au-deffus des paupières, s'appelle Turbe. S'il eft marque- 
té comme le leopard, on le nomme Auri. S'il a le mufeau tacheté & le refte 
du corps d'une même couleur, on l’appelle Palta. S'il a le col entièrement 
blanc, c’eft un Cha-ku. S'il a fur la tête quelques poils qui tombent par der- 
rière, c’eft un Xalia. Si fa prunelle eft moitié blanche & moitié bleue, c'eft 
un Chi-keri. S'il eft bas, s’il a les jamhes courtes & trapues, & le col long, 
c'eitun Kapari. Le nom commun d'un chien eft Zndagon, & celui d’une chien- 
ne Nieghen. L£s petits à fept mois s'appellent Niacha. Depuis fept jufqu’a on- 
ze, ils fe nomment Nukere. À feize mois ils prennent le nom général d’Znda- 
gon. Il en eft de même de leurs qualités, bonnes & mauvaifes. Un mot en ex- 
prime deux ou trois enfemble, 

Les détails feroient infinis furles autresanimaux. Pour le cheval, par éxem- 
ple, cet animal favori des Tartares, les noms ont été vingt fois plus multi- 
pliés que pour le chien. Il y en a non-feulement pour fes différentes couleurs, 
pour fon âge & pour toutes fes qualités, mais encore pour fes divers mouve- 

mens: 


Richeffe de 
lalangue Tar- 
tarc, 


Combien de 
mots pour ex- 
primer un 
chien. 


Ilyena 
Leaucoüp plus 
pour le che- 
val, 


EE 


LANGAGE 
DES 
MANCHEOUS. 


Quatre ma- 
nières d'écri- 
re des Man- 
cheous. 


Première. 


Seconde. 


Lroifième. 


OA 
Quatriemce. 


464 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


mens: [ fi étant attaché il ne peut demeurer en repos: s’il fe détache & courtiée 


en toute liberté, s'il cherche Compagnie, s’il eft épouvanté de la chûte du Ca- 
valier, ou de la rencontre fubite d'une bête fauvage ; s'il eft monté, com- 
bien de fécouffes différentes il fait éprouver au Cavalier, Pour tout cela & pour 
beaucoup d’autres chofes , il y a des (4) mots uniquement deitinés à les expri- 
mer.] On ne décideroit pas aifément fi cette étrange abondance eft un orne- 
ment ou un embarras (2) dans une langue. Mais d'où les Tartares ont-ils pû 
tirer cette multitude furprenante de noms & de termes pour exprimer leurs 
idées? Ce n’eft pas de leurs voifins. À l'Oueft ils ont les ‘l'artares Mongols, 
mais à peine fe trouve-t-il huit mots qui fe reffemblent dans les deux langues ; 
encore l'origine en eft-elle incertaine. AlEIE, jufqu'àla Mer, iis ont quelques 
petites Nations fauvages, dont ils n'entendent point ie langage, non plusque 
celui de leurs voifins au Nord. Du côté du Sud, ce font Ks Coréliens; mais 
le langage & les caraëtcres de la Corée étant Chinois n’ont aucune reff:mblan- 
ce avec ceux de la T'artaric. . 

Les ‘Tlartares Mancheous ont quatre manières d'écrire, quoiqu'ils n’ayent 
qu'une forte de caraétères (c). La premicre, qui fert à graver des infcriptions 
fur la pierre ou fur le bois, demande un jour entier pour en écrire foigneule- 
ment vingt ou vingt-cinq lignes, fur-tout lorfqu'elles doivent étre vûes de 
l'Empereur. Si les traits du pinceau font d’une main pefante, qui les rend 
trop larges & trop pleins, s’il leur manque de la netteté, fi les mots font 
preflés ou inégaux, l'ouvrage doit être recommencé. On n’y fouffre point de 
renvois, ni d'additions marginales. Ce feroit manquer de refpect pour le Sou- 
verain. Les Infpecteurs de l'ouvrage rejettent toutes les feuilles où l’on apper- 
çoit la moindre faute. 

LA feconde méthode eff fort jolie, & peu différente de la premicre, quoi. 

u’elle foit beaucoup plus aifée. Elle n’oblige pas de marquer d’un double trait 
les finales de chaque mot, ni de retoucher ce qui eft une fois écrit, quand le 
trait {croit trop épais ou trop mince. 

LA troifième manicre eft plus différente de la feconde que celle-ci ne l'eft 
de la première. C’eft l'écriture courante. Elle @ft fi prompte que les deux côtés 
de la feuille font bien-tôt remplis. Comme les pinceaux du Pays prennent beau- 
coup mieux l'encre que nos plumes, on perd moins de tems à les tremper, Si 
l'on diéte à quelqu'Ecrivain, on eft furpris de la viteffe avec laquelle on voit 
courir le pinceau. Ce caraëtère eft fort en ufage pour les mémoires, les pro- 
cédures de la Juftice & les affaires communes. Les trois méthodes préceden- 
tes ne font pas d’une égale fincfle, mais elles font également lifibles. 

LA quatrième eff la plus groflière, quoique la plus courte & la plus com- 
mode pour un Auteur, & pour ceux qui ont des extraits à faire ou quel- 
que chofe à copier. Il faut fçavoir que dans l'écriture T'artare il ÿ a toûjours 

un 


(a) En ccla le Manchcou reffemble à l'A. qu'elle rend la languc plus concife & plus ex. 


rabe, qui exprime les anissaux &les chofes,  preflive, & qu’elle ct une grande varicté 
fous différentes idées, par des mots difiérens, dans les fons. 

C'eft ainfi que l'Arabc à mille mots pour cx- (c ) Les caraétères Tartares ou Mancheo: 
prier un cheval, un chameau, &c, cinqgcens font originairement les lettres d'Oigur ou F1: 
four du lait, une épée, &c. gor, qui font en ufage, avec quelques difit- 


Ve * b 1 F 1, & Ynmnralnoc 1 
(b) Eile peut être unembarras; maisen  rences, parmiles Mongois & les Peuples qu 


auicme tems elle eft un grand ornement, ence ‘Tibet & du Bengale. 


un £ 
‘de ce 


les a 
pend 
omis 
fie n 
à la k 
la vo 
O 
une 
les dé 
pour 
natur 
l’autr 
IL 
autre 
fils a! 
impo 
de fo 
res. 
il n’a 
tingu 
annea 
ce de 
der qt 
nombi 
me ce 
Enfin 
reille : 
lemen 
LE 
pouvo 
fur le 
dictée 
toient 
ils ne 
tion n 
mots ; 
dans f 
une ve 


feriand 


mence 
P& 
ropéer 
caract 


he & courtié= 


hûte du Ca- 
nté , com- 
cela & pour 
à les expri- 
eft un orne- 
s ont-ils pû 
primer leurs 
ss Mongols, 
ux langues ; 
ont queiques 
on plus que 
:{1ens ; MAIS 
reffemblan- 


q'ils n’ayent 
infcriptions 
: foigneufe- 
tre vûes de 
qui les rend 
$ mots font 
fre point de 
our le Sou- 
1 l'on apper- 


nière, quoi- 
double trait 
it, quand le 


e-ci ne left 
2s deux cûtés 
enncnt beau- 
tremper, Si 
elle on voit 
es, Îles pro- 
es préceden- 


vs 
5 


la plus com- 
ire ou quel. 
y a toûjours 
un 


cife & plus ex- 
brand varicté 


ou Mancheou; 
l'Oigur ou F1. 
quelques difit- 
les Peuples du 


DE LA CHINE, Liv. IL. Cirar. Nil. 465 


un grand trait qui tombe perpendiculairement du haut au bas dumot. A gauche 
de ce trait, on en ajoûte un comme en dents defcie, quifaic les quatre voyel- 
les a, e, i, 0, diftinguées l'une de l’autre par des points à droite de la per- 
pendiculaire. Un point oppofé à la dent forme la voyelle e. Si ce point eft 
omis, c’eft la voyelle 4. Un point, à gauche d’un mot, près de ladent, figni- 
fie n, & l’on doit lire alors ne. Si le point eft oppofé à droite, on lit no. Si, 
à la droite d’un mot, on trouve un o à la place d'un point, cet o marque que 
la voyelle eft afpirée, & qu'il faut lire ho, he, comme en Efpagnol. 

ON fe fert ordinairement d’un pinceau ; quoiqu’on emploie quelquefois auffi 
une forte de plume, compofée de Bambou , & taillée à-peu-près comme cel- 
les de l'Europe. On commence par tremper le papicr dans de l’eau d’alun, 
pour empêcher qu’il ne boive l'encre. Les caraétères Tartares font de telle 
nature, qu’ils ne font pas moins lifibles de travers, en remontant, que de 
l'autre côté. 

IL n'y a point de Tartare qui ne préfère fa langue naturelle à toutes les 
autres, & qui ne la croie la plus élégante & la plus riche du monde. Le 
fils aîné de l'Empereur, à l’âge de trente-cinq ans, s’imaginoit qu’il étoit 
impoñible de rendre le fens de la langue T'artare, & plus encore la Majefté 
de fon ftile, en aucune des langues Européennes. Il les traitoit de barba- 
res. La relieure de nos livres & nos gravûres lui plaifoient beaucoup, mais 
il n’avoit que du dégoût pour nos lettres. Ils les trouvoit petites & mal dis- 
tinguées. Il prétendoit qu’elles formoient une efpèce de chaîne, dont les 
anneaux étoient irrégulièrement entrelacés, & qu’elles reflembloient à la tra- 
ce des pieds d’une mouche fur une table poudreufe. Il ne pouvoit fe perfua- 
der que des caraëtères de cette nature fuflent capables d'exprimer un grand 
nombre de penfées & d’aétions, & tant de chofes mortes ou vivantes; com- 
me ceux des Chinois & des l'artares, qui font clairs, diftinéts & gracieux. 
Enfin, il foutenoit que fa langue étoit forte, majeftueufe & très-agréable à l’o- 
reille; au-lieu que dans le langage des Miffionaires il n’entendoit qu'un gazouil- 
lement continuel, fort approchant du jargon de Fo-kyen. 

Le Père Parennin, pour convaincre ce Prince que les langues de l’Europe 
pouvoient exprimer tout ce qui étoit prononcé en langue Tartare, traduifit 
fur le champ, en latin, une lettre au Père Suarez (d), que le Prince avoit 
dictée dans fa propre langue. Il lui fit confeffer que les caraëétères Romains é- 
toient préférables à ceux de la Tartarie, parce que malgré leur petit nombre 
ils ne laiflent pas d'exprimer quantité de mots Chinois & l'artares quefa Na- 
ton ne peut écrire avec fes caractères. Il lui propofa pour éxemples les 
mots prendre, platine, griffon, friand, qu'il fut impolñfible au Prince d'écrire 
dans fa langue, parce que le ‘l'artare n'admettant point deux confonnes fans 
une voyelle au milieu, il ne pouvoit rendre que perendre, pelatine, geriffon & 
feriand.  L'Auteur lui fit encore obferver que les ‘l'artares ne pouvoient com- 
mencer aucun mot par les lettres B & D, & qu'ils étoient forcés de fubftituer 
P & T, comme dans Beflia & Deus, qu'ils écrivent Peflia & Teus. Les Eu- 
ropéens ayant une infinité d’autres fons qui ne peuvent être exprimés par les 
caractcres ‘l'artares, quoiqu'un T'artare puiffe les prononcer, Parennin con- 

clut 


(4) Los Chinois anpelloient le Pere Suarez Su-lin, 


R II ' Pa LE N nn 


LANGAGE 
DES 
MaNCHLOUst 


Pinceaux & 
papier, 


Obfervations 
entre le Prin- 
ce héréditaire 
de la Chine & 
le Père Paren- 
nin, furles 
langues Eurc- 
péennes & 
"L'attares. 


LANGAGE 
| LES 
MANcHEOUS, 


466 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


clut que l'alphabet François avoit beaucoup d'avantage fur celui de la Tar- 
tarie (e). 

IL objeéta d'ailleurs que chez les T'artares la voyelle e eft toûjours ouverte 
qu'à l'exception de certains mots, où elle fe trouve après n, elle n'eft jamais 
ce que nous appellons muette; & que dans ce dernier cas elle n'eft'diftinguée 
par aucune marque. Il confeffa que le même défaut fe trouve dans la langue 
Cuinoife, & que les ‘l'artares ayant la lettre r, leur langue à de l'avantage fur 
celle de la Chine pour exprimer les noms étrangers; mais il foutint que la 
langue ‘l'artare en elle-méme n'eft pas propre pour le ftile court & laconique ; 
qu'elle a des mots trop iongs & peu convenables par conféquent à la Poëlie, 
Il ajoûta qu'elle a peu de tranfiions, & que celles même qu’elle a ne font pas 
affez fenübles; que les plus grands efprits ne peuvent furmonter cette difficul- 
té, & demeurent fouvent dans l'embarras pour lier leurs phrafes; qu'après y 
avoir penfé long-tems, ils fe voient fouvent obligés d'effacer ce qu'ils ont 
écrit, fans en apporter d'autre raifon que le mauvais fon ou la dureté d’une 
expreflion, l’impropriété du cour & le défaut de connexion. Le Prince ne put 
défavouer que fa langue ne fut fujette à ces inconvéniens. Mais il prétendit 
qu'elle ne les avoit pas dans la converfation, où le difcours lui paroïffoit fort 
coulant.  Parennin le pria d’obferver que ceux qui ne poflédoient pas comme 
lui la langue T'artare allongeoient beaucoup les finales, & qu’ils ajoûtoient 
fouvént le mot Tala, quoiqu'il ne fignifie rien; qu'ils s’applaudifloient beau- 
coup lorfqu'ils n’avoient répeté que deux ou trois fois ce mot dans une conver- 
fation ; que ceux qui étoient arrivés nouvellement du centre de la Tartarie en 
ufoient auffi fréquemment que les autres; ce qui prouvoit affez que les Tar- 
tares manquoient de tranfitions ; enfin que les Auteurs n'ofant employer le mot 
de Yala dans les ouvrages de quelque élégance, fur-tout depuis que l'Empe- 
reur l'avoit condamné en ceflant de s'en fervir, ils étoient fort embaraflés à 
pafer d'un fujet à l’autre. 

LE Princerépondit, en fouriant, que le combat n'étoit pas égal, parcequ'il 
n'avoit jamais Cté en Europe; mais que s'il eut fait cé voyage, ilferoit reve- 
nu aflez bien inftruit des défauts de la langue françoife pour confondre les Mif- 
fionaires. Parennin repliqua que le Prince auroit pû fe tromper dans cette 
cfpérince, parce que les François avoient formé une Academie dans la feule 
vüe de réformer & de perfectionner la langue. Mais ayant été forcé de conve- 

nir, 


(e) L'Auteur Anglois n’eft point ici de l'a. 


vis du l'ére Parennin, parce que les l'rançois,: 


ditil, n'ont pas le ch, le kb, lea & li, que 
les Manchcous ont dansleur langue; & quoi- 
qu'ils fubflituent des lettres pour exprimer 
ces fons, comme tcb pour ch, 04 pour w, 
dgi pour ji, ils’imagin:, ajoûte-t il, qu'ils ne 
peuvent parwcnirà la vraie prononciation; au- 
licu que le Prince pouvoit prononcer les fons 
e,.f, b & d, quoiqu'il nepütles écrire. Mais 
le Prince ne pouvoit-il pas y fuppléer dans l'é. 
criture par des combinaifons d’autres caraété- 
res, coimince font les François, & comme ont 
fait les Maincheous mêmes, puifque les lettres 
d'Ojjur où F'igur dont ils fe fervent n'étoient 
qu'au nombre de quatorze dans l'origine ? 


( Voyez l'Hiftoire des Turcs & des Mogols, 
dans la Préface du Traduéteur Anglois pag. 
22.) Comme on lit ici que les Mincheous ont 
plus de caraétères que les François, peut être 
en ontils autant que les Peup'es du ‘Fibet, 
qui fe fervent des mêines caractères avec quel- 
ques différences, & qui ont trente confones 
& quatre voyelles. (Voyez Aa eruditorum, 
TXLPI. Sept. 1722, pag. 415.) Ainti, ajoûte 
lPAuteur Angiois, la langue Mancheou fem- 
ble préférable à cet égard au François, dont 
l'alphabet eft un des moins propres de l'Europe 
à l'expreffion des fons Orientaux. Posez cle 
deffus ce qu'on en a déja dit, &l'Hiftoire gé* 
nérale des l'urcs, &c, pag. 27. 


héréc 
gues 

eftim: 
au CI 


, 


entre] 
Math 
Journ: 
dans | 
lettres 
fées d 
à Lon 
Halde 
vrage 
centre 
ge de 
partie 

L’'E 
fée un 
glé de 
Pekin 
ouver 
beauc 
tres, 
narqu 
que d 


tège ( 


la Tar- 


ouverte, 
ft jamais 
iftinguée 
la langue 
ntage fur 
it que la 
conique ; 
la Poëfie, 
font pas 
: difficul- 
u'après y 
qu'ils ont 
té d’une 
ce ne put 
Drétendit 
Moit fort 
comme 
joûcoient 
nt beau- 
> conver- 
rtarie en 
les T'ar- 
r le mot 
l'Empe- 
araflés à 


arce qu'il 
Dit reve- 
les Mif- 
hs cette 
la feule 
£ conve- 
nir, 


Mogols, 
rlois pag. 
ieous ont 
peut être 
u ‘libet, 
vec quel- 
confones 
sditorum, 
, ajoûte 
cou fein- 
is, dont 
l’Europe 
"0 yes Ci- 
toire gé» 


nir, fur une autre queftion qu’on lui fit, que les François ont emprunté quan- 
tité de termes des autres Nations, fur-tout en matière d'Arts & de Sciences, 
le Prince s’écria que la viétoire étoit à lui: ,, Pour nous, lui dit-il, nous n'a. 
» Vons emprunté que fort peu de mots des Mongols, & moins encore des 
,»» Chinois, & nous les avons naturalifés par des teriminaifons. Vous faites 
» gloire appareminent de vous être enrichis des dépouilles de vos voifins. En 
» Vérité, vous avez bonne grace après cela de reprocher des bagatelles à la 
», langue T'artare, ; 

CepexDanrT les réponfes du Père Parennin fatisfirent affez le Prince 
héréditaire de la Chine pour lui faire prendre une meilleure opinion des Jan- 
gucs de l'Europe. Il promit même de leur donner le premier rang dans fon 
citime après la fienne. A la vérité, il panchoit à donner la feconde place 
au Chinois ; mais le Mifionaire protefta fortement contre cette idée, en al- 
léguant la multitude d’équivoques dont cette langue eit remplie (f). 


Cf) Du Halde Vol. IV. pig. 77. & fuiv. 
6. IL 


l’oyage dans la Tüartarie Orientale en 1682, par le Père 
l'erdinand VERBIEST, Féfuie. 


N doit reconnoître un nom, déjà célèbre dans ce recueil. Ce fut à Ja 
O fuite de Xang-hi, dernier Empereur de la Chine, que le Père Verbicit 
entreprit le voyage de la Tartarie. Il toit alors Préfident du Tribunal des 
Mathématiques de Peking. Peu d'années après, il fit pafler en Europe le 
Journal de fon entreprife, & celui d'un autre voyage qu'il fit l’année fuivante 
dans la Tartarie Orientale (4). Les Auteurs Anglois jugent que les deux 
lettres où ces Journaux font contenus furent écrites en latin, d’où étant pas- 
fées d’abord en françois elles furent bientôt traduites en Anglois & publiées 
à Londres en 1687, avec une relation de k Floride par Sso. Le Père du 
Halde les a placées dans fa defcription de la Chine & de la Tartarie. L’ou- 
vrage eft court, mais curieux. C’eft la feule relation connue d'un voyage au 
centre de la Tartarie Orientale. Isbrand Ides, & ceux qui ont fait.le voya- 
ge de la Rufñie à la Chine par la même route, n’ont traverfé que certaines 
parties de la T'artarie Occidentale. 

L'EMPEREUR fe mit en marche le 23 de Mars 1682, après avoir appai- 
fé une révolte par le fupplice de trois Rois. Un des trois Kebelles fut étran- 
glé dans une Province qu'il avoit conquife. Un autre, ayant été conduit à 
Peking avec fes Principaux Partifans, fut coupé en piéces, dans une Place 
ouverte, par divers Mandarins, dont il avoit fait mourir les parens avec 
beaucoup de barbarie, Le troifième, qui avoit fervi de chef aux deux au- 
tres, fe tua lui-même ; & telle fut la fin d'une gucrre de fept ans. Ie Mo- 
narque Chinois prit avec lui, dans le voyage, fon fils aîné, qui n’étoit âgé 
que de dix ans, & fe fit accompagner des trois premières Reines. Son cor- 
tége étoit compofé des principaux Regules , des Grands de la Cour & des 

premiers 


a) Angl, dans la Tartarie Occidentale, R, d. FE, 
Nan 2 


DE LA CHINE, Lav. Il Car. LL 467 


* 


LANGAGE 


DES 


Maxcurous, 


Conciufici: 


de l'entretien 


du Prince & 
de Parennin, 


VERRPIEST, 


1682. 


Introduction, 


Dépsrt de 
l'Auteur, 


Repos que 
l'Enpereut 


S Ctuit pros 


curé pout fon 


voyage, 


| 
Î 


VERBIEST. 
1682. 


A quoi Ver- 
biett devoit 
être employé. 


Route par 
des Pays dé- 
ferts, 


Pourquoi 
les Villes y 
font détruites. 


l'ort de Chan- 
Kay. 


168 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


, 


premiers Mandarins de tous les Ordres. L'équipage étoit fi nombreux, qu'on 


y comptoit plus de fept mille perfonnes. | 

Sa Majeîté defira que Verbieft fût du voyage, & fans cefle près de fa per- 
fonne, pour obferver en fa préfence la difpofition dés Cieux, l'élévation du 
Pole , les hauteurs des montagnes & les diftances des places. Elle le char- 
gea auñfi de lui expliquer les météores, & d’autres matières de Phyfique & 
de Mathématique. Dans cette vûe elle donna des ordres pour faire porter 
fur des chevaux les Inftrumens néceflaires à ces opérations. Elle recomman- 
da le Miffionaire au Prince fon oncle, qui étant aufi fon beau-père & 1a 
feconde perfonne de l'Etat, portoit un nom qui fignifioit affècié à l'Empire. 
Ce Prince reçut la commiflion de fournir toutes fortes de commodités au 
Père Verbieft. 1l le logea dans fa propre tente & le fit manger à fa table, 
D'un autre côté l'Empereur lui fit donner dix chevaux de fa propre écurie, 
pour en changer dans le voyage. Il y en avoit un que Sa Majefté avoit 
monté elle-même ; ce qui pale à la Chine pour une marque de la plus haute 
diftinétion. 

La route étoit au Nord-Eft. De Peking à Lyau-tong , où l'on compte 
environ trois cens milles, elle eft affez unie. Les quatre cens milles qu’on 
fait dans cette Province font plus inégaux, à caufe des montagnes.  Au- 
delà de Lyau-tong , il en refte quatre cens beaucoup plus difficiles, par des 
montagnes fort efcarpées, des vallées très-profondes, & quelquefois par des 
plaines défertes, où l’on marche deux ou trois jours fans rencontrer la moin- 
dre chofe. Les montagnes, à l’Eft, font couvertes de gros chênes & de 
forêts qui n’ont point été coupées depuis plufieurs fiécles. 

Tour le Pays, au-delà de Lyau-tong, eft un véritable défert, On n'y 
voit autour de foi que des montagnes & des vallées fans habitans, qui fer- 
vent de retraite aux ours, aux tygres & à d’autres bêtes féroces, A peine y 
trouve-t-on quelques miférables hutes fur les bords des Rivières & des tor- 
rens. Dans Lyau-tong même, les Villes & les Bourgs, quoiqu’en aflez 
grand nombre, n'offrent que des ruines & des tas de pierres au milieu des 
ronces. Si l’on a bâti depuis peu quelques maifons dans l'enceinte de ces 
Villes, les unes font de terre, les autres du débris des anciens édifices, mais 
Ja plûpart couvertes de chaume & fans ordre. Il ne refte pas la moindre 
trace de quantité de Bourgs & de Villages, dont la Province étoit remplie 
avant les guerres. Le petit Prince Tartire, qui commença les hoftilités 
avec fort peu de troupes, s’étoit fait une régle de prendre les Habitans de 
toutes ces Places pour recruter fon armée. Enfüite il détruifoit les édifices, 
pour ôter à fes Soldats l'efpérance de retourner dans leur patrie. 

Dans l’efpace de trois mois, la Caravane Impériale fit trois ou quatre 
cens lieuës au Nord-Eft. Elle n'employa pas moins de tems à fon retour. 
Son premier féjour fut à Chankay (b), Fort fitué entre la Mer du Sud & les 
moncagnes du Nord. Là commence la fameufe Muraille de la Chine, qui fé- 
pare la Province de Pe-che-li de celle de Lyau-tong. En entrant dans cette 
dernière Province, on quitta la grande route pour prendre celle des monta- 
gnes, qui s'étendent fans incerruption au Nord-Eft, & l'on y emploia d’abord 
quelques jours à la chaite, 

VERBIEST 


(ÿ) Dans les premiéres Editions Françoife & Angloife, on lit Kam-bay 


\ 


_ fuivre l 


VEE 
ehoifi t 
bua de 
d'envir 
fans roi 
pas, da 
fes co 
fi près 
eft fiv 
gue, fe 
Verbie 
d'un jo 
nards. 
tarie, a 
tre qua 
pour fe 
y tua a 
feul Ma 
Quoiqu’ 
fe trouv 
qu'il ne 


abfence. 
APRÈ 
on déco 
l’on voit 
vations ( 
c’eft-à-di 
lors les : 
degrés. 
riation d 
ron cinq| 
ULA, 
dire dan: 
min, où 
dans leur 
a pûlere 
de hautet 
té admire 
qu'on y. 


(ce) La 
rante un di 
condes. À: 
trente feco 

(d) An: 

Ce) jar 
primées à 
guaante-qu 


UX , qu’on 


de fa per- 
ration du 
Je char- 
yfique & 
re porter 
comman- 
re & la 
l'Empire. 
dités au 
fa table. 
> écurie, 
té avoit 
lus haute 


1 compte 
£s qu'on 
es. Au- 
par des 


par des. 


* Ja moin- 


es & de 


On n’y 
qui fer- 
peine y 
des tor- 
’en affez 
ilieu des 
de ces 
ès, mais 

oindre 
remplie 
loftilités 
tans de 
édifices, 


quatre 
retour. 
d & les 
qui fé- 
s cette 
monta- 
d’abord 


BIEST 


DE LA CHINE, Lrv. IN. Car. I. 469 


Vsrgirsr nous donne une idée de cet éxercice. L'Empereur, ayant 
ehoili trois mille hommes de fa garde, armés d'arcs & de fléches, les dittri- 
bua de tous côtés autour des montagnes, qui forment dans ce lieu un cercle 
d'environ trois milles de diametre. Cette ligne, venant à fe refferrer pas à pas, 
fans rompre l'ordre, réduit le grand cercle à un diametre d'environ trois cens 
pas, dans lequel toutes les bêtes de cette partie de montagnes fe trouvent pri- 
fes comme au filet. Les Chaffeurs quittent alors leurs chevaux, & fe tiennent 
fi près l’un de l’autre qu'il ne refte pas entr'eux le moindre pañlage. La chaie 
eft fi vive dans des bornes fi étroites , que les pauvres animaux , épuifés de fati- 
guc, fe couchent aux pieds des Chafleurs & fe laiffent prendre fans réfiftance. 
Verbieft vit deux ou troiscenschevaux fauvages, qui avoient été prisen moins 
d'un jour par cetté méthode, fans compter un grand nombre de loups & derc- 
nards. Une autre fois, l'Empereur s'étant donné le même amufement en T'ar- 
tarie, au-delà de la Province de Lyau-tong, l’Auteur vit, dans l'enceinte, en- 
tre quantité d’autres bêtes, plus de mille Cerfs, qui, ne voyant aucün jour 
pour fe fauver, fe précipitèrent d'eux-mêmes fur les armesdes Chafleurs. On 
y tua auf des fangliers, des ours & plus de foixante tygres. L’Auteur étoit le 
feul Mandarin qui n'eut point d'armes à feu, près de la perfonne de l'Empereur. 
Quoiqu'il fe fût accoûtumé à la fatigue depuis qu’on s’étoit mis en marche, il 
fe trouvoit fi épuifé le foir lorfqu’il rentroit dans fa tente après ces chafles , 
qu’il ne pouvoit fe tenir debout, & qu'il fe feroit quelquefois difpenfé de 
fuivre l'Empereur, s’il n'eût appréhendé que ce Prince ne fe fût offenfé de fon 
abfence. 

ArRrÈs avoir fait quatre cens milles, en continuant de chaffer fur la route, 
on découvrit Chin-yang , Capitale de Lyau-tong. C’eft une aflez belle Ville, où 
l'on voit encore les reftes d’un ancien Palais. L’Auteur trouva par fes obfer- 
vations qu’elle eft à quarante-un degrés cinquante-fix minutes de latitude (c); 
c’eft-à-dire deux minutes moins (4) que la latitudede Peking, quoique jufqu’a- 
lors les Européens, comme les Chinois, ne l'euffent placée qu’à quarante-un 
degrés. Plufieurs expériences le convainquirent que l'aiguille n’a point de va- 
riation dans ce lieu; tandis qu'a Ula, qui eft à quarante-trois degrés & envi- 
ron cinquante minutes (e), la variation eft de qurante-huit minutes Oueft. 

ULa, fut le terme du voyage. Depuis Peking jufqu’à cette Ville, c’eft-à- 
dire dans l’efpace de près d'onze cens milles, on avoit fait un nouveau che- 
min, où l'Empereur pouvoit marcher commodément à cheval, & les Reines 
dans leurs chariots dorés. Il eft large de dix pieds, aufñi droit & aufñli uni qu’on 
a pûle rendre. Dés deux côtés regne une efpèce de petite chauffée, d’un pied 
de hauteur, éxaëétement unie & paralelle. Le fond du chemin eft d’une nette- 
té admirable, fur-tout dans le beau tems, par le travail continuel des ouvriers 
qu'on. y emploie. On a fait une route femblable pour le retour. Les efforts 
n'ont 


VERBIEST. 
1682. 


Chaftes de 
l'Empereur, 


Chin yang, 
Capitale de 
Lyau-tong. 


Ula, terme 
du voyage, 


Chemin neuf, 


(c) La Carte des Jéfuires la place à qua- 
rante un degrés cinquante minutes trente fe- 
condes. Ainfi la différence eft de fix minutes 
trente fecondes. 

(d) Angl. deux minutes plus. R, d. Ii, 

Ce) iians les Lettres du Père Verbicit, iin- 
primées à Paris en 1695, la latitude eft de 
Judjante-quatre degrés vingt minutes, Mais 


dans le texte la latitude approche bsaucnup de 
celle de Kirin-ula-hotun & de celle que Du 
Halde donne à Ula. Vraifemblablement cct 
Auteur a pris ces deux Villes pour la même. 
Cependant il paroît par ce Journal qu'Ula eft 
à trente-trois milles au Nord de Kirin-ula; & 
c'eft fans doute Putay-ula-botum fur le Songari 
environ à quarante-quatre degrés fix minutes, 


Nnn 3 


V'ERDIEST. 
1682. 


Ordre de la 
marche de 
l'Empereur, 


Comment il 
cit loué avec 
fa fuite. 


Veau NMi- 
rin qu’on lui 
préfentce. 


| L'Empereur 


beaux de fes 
Ancetres, 


vifite les tom- 


470 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


n'ont pas été ménagés pour réduire les montagnes au niveau & pour bücir des 
ponts fur les torrens. Les côtés de ces ponts étoient tendus de nattes, fur 
lefquelles on avoit peint des figures d'animaux; ce qui faifoit le méme effet 
que les Tapificries qu'on pend en Europe dansles procuitions publiques. L'Em- 
pereur marche rarement dans ce chemin, parce qu'il s’amufe concinuellement 
à la chafle; ou s'ille pren, avec les Reines, il fuit les chaufltes qui le bor- 
dent, de peur que la multitude des chevaux ne rompe unefi belle route. Dans 
fa marche, il étoit ordinairement à la tête de fa petite armée. Les Reines fui- 
voient, à quelque diflance, avec leur cortége & leurs équipages. On voyoit 
enfuite les Regules, les Grands de la Cour & les Mandarins, fuivant l'ordre de 
leurs dignités. Un grand nombre de domeftiques & d’autres gens à cheval fai- 
foit l’arrière-garde. | 

ComnE on ne rencontre pas de Ville qui foit capable de fournir le loge- 
ment & la fubfiftance à une caravane fi nombreufe, & que la plus grande par: 
tie du chemin fe fait dans des Pays mal-peuplés, on eft obligé de porter tou- 
tes fortes de provifions & de commodités pour trois mois. Mais on avoit fait 
partir d'avance, par des chemins détournés, une prodigieufe quantité de cha- 
riots, de chameaux, de mulets & de chevaux, avec la principale partie du 
bagage. D'ailleurs Sa Majefté Impériale & prefque toute la Nobleffe avoit un 
grand nombre de chevaux de main, pour en changer dans l’occañon; fans 
parler des troupeaux de bœufs, de moutons, &c. 
d'hommes, de chevaux & d'autres bites marchât afez loin de la grande route, 
elle faifoit lever des nuages de pouffière, qui ne permettoicnt pas aux gens du 
cortége Impérial de voir quinze pas devant eux. 

Leur marche étoit reglée avec tant d'ordre, que chaque jour au foir ils 
campoient fur le bord de quelque Rivière ou de quelque torrent. Les Maré- 
chaux des logis partant de grand matin avec le bagage néceffaire, alloient mar. 
quer des places pour les tentes de l'Empereur, des Reines, des Grands & des 
Mandarins. Pendant le voyage, quelques Coréliens préfentèrent à l'Empereur 
un veau de Mer. It demanda au Père Verbicit fi les Auteurs Européens par- 
loient de ce poifflon. Le Miflionaire lui ayant répondu que les Jéfuites de Pc. 
king avoient dans leur Bibliotheque un Livre qui traitoit de la nature du veau- 
marin, avec la repréfentation de fa figure, Sa Majefté, dans l'impatience de 
voir cet Ouvrage, dépêcha un courier à Peking & le reçut peu de jours après. 
Elle parut fort fatisfaite, d'y trouver une defcription femblable à ce qu'elle 
avoit vû de fes propres yeux. Elle donna ordre que l’animal fût gardé comme 
une rareté. 

PEenDanrT le féjour que ce Monarque fit à Chin-yang, & qui dura quatre 
jours, il fe rendit avec les Reines au tombeau de fes Ancètres, qui n’en eftpas 
fort éloigné; & de-là, après avoir renvoyé les Reines à la Ville, il fe remit 
en marche pour la Tartarie Orientale. La chaflè recommença pendant quei- 
ques.jours, jufqu'à Kirin, qui eft à cent milles de Chin-yang. La Ville de Ki- 
rin eft fituée fur la Rivière de Songari, dont la fource eft dans le Chau-pe (f) 
ou la Montagne-bianche, à quatre cens milles de Kirin, au Sud. Cette monta- 
gne fi fameufe du côté de l’'Eft, pour avoir été l’ancienne habitation des T'ar- 

tares 


a TR NS : are as 4 ns Ta Hl honr 
On alù ci deffus Charg-pe chan, qui eft ans doute le vrai nom, tiré de la blancheu 


ue iun [ab.c, 


uoique cette multitude, 


tarcs M 
Jui fait t 
EN a 


mettant 
en form 
ili fon 
roit de] 
ment, q 
fes gard. 
cette Vi 
foin de t 
viennent 

L'En 
avec que 
jufqu'a © 
pire ‘l'ar 
voyage € 
coup à |: 
d'Uia. M 
eaux de | 
L’Emper. 
qu'il s'éto 
le beau-p 
qu ils furc 


) . des bœuf. 


L’Aur 
dans ces | 
nois, Ch: 
hce de Ki 
de /le-long 
fidérables 
cours au | 
troit d'An 

Deux 
pereur par 
avoit telle 
cxprimée. 


garde comin 
pulique cette 
kuraïs ou 
Croix l'obie 
Monarque, 
qui fe trouv 


ur bicir des 
nattes, fur 
méme effet 
ues. L’Em- 
inueliement 
qui le bor- 
‘oute. Dans 
 Reines fui- 

On voyoit 
1t l’ordre de 
1 cheval fai- 


nir le loge- 
grande par: 
porter tou- 
n avoit fait 
tité de cha- 
é partie du 
fle avoit un 
rañon; fans 
e multitude. 
ande route, 
aux gens du 


"au foir is 
Les Maré.- 
loient mar- 
ands & des 
l'Empereur 
>péens par- 
utes de Pc- 
re du veau- 
patience de 
jours après. 


ardé comme 


dura quatre 
n’en eft pas 
il fe remit 

bndant quei- 
Ville de Ki- 
Chau-pe (f) 
ette menta- 
on des T'ar- 
tares 


la blanchetr 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. ll. 4"! 


tares Mancheous, eft, dit-on, fanscefle couvertedenége, & c'eft de-là qu'on 
lai fait tirer fon nom. 

EN arrivant à la vûe de Kirin, l'Empereur defcendit de fon cheval, & fe 
mettant à genoux fur le bord de la Rivicre, il fe baïfla trois fois vers la terre 
en forme de falutation. Enfüite il monta fur un trône brillant d'or, fur lequel 
il ! : fon.entrée dans la Ville. Le Peuple courant en foule autour de lui, pleu- 
rot de Ja joie de le voir. Ces témoignages d'affection Ie touchèrent fi vive- 
ment, que pour marque de faveur il voulut fe faire voir à tout le monde, & 
fes gardes reçurent défenfe d'écarter le Peuple qui fe préfentoit. On voit dans 
cette Ville une efpèce particulière de Barques, donc les Habitans prennent 
foin de tenir un grand nombre toûjours pret, pour repoufler les Rufliens qui 
viennent fouvent leur difputer la pêche des perles fur la rivière (g). 

L'EMPEREUR, après s'être arrêté deux jours à Kirin, defcendit la rivière 
avec quelques perfonnes de fa fuite, accompagné de plus de cent Barques, 
jufqu'à Ua (b), qui cit la plus belle Ville du Pays & l'ancien fiége de l'Em- 
pire ‘l'artare, Elle eft à trente-trois milles de Kirin. Le but de ce petit 
voyage étoit de s’'amufer à la pêche d’une forte de poiflon qui reffemble beau- 
coup à la Plie de l’Europe, & dont la rivière eft remplie un peu au-deffous 
d'Ula. Mais les pluies, qui furvinrent tout-d'un-coup , enflèrent tellement les 
eaux de la rivière, que tous les filets furent brifés & gmportés par le torrent. 
L'Empereur revint au bout de cinq ou fix jours, fans avoir eu l’amufement 
qu'il s'étoit propofé. Dans la route, la Barque où Verbieft s'étoit mis avec 
le beau-père du Monarque fut fi maltraitée par le battement des vagues, 
qu'ils furent obligés de la quitter pour fe faire traîner dans un chariot par 


. des bœufs. 


L’AuTeur apprit des Habitans d'Ula, que Ninkrita, Place affez fameufe 
dans ces Contrées, eft éloignée d'eux d'environ fept cens mille lis (i) Chi- 
nois, chacun de trois cens foixante pas géometriques. Le Général de la Mi- 
lice de Kirin lui raconta aufi qu'étant parti de Ninkrite fur la grande Rivière 
de He-long (k), dans laquelle fe jettent le Songari & d'autres rivières plus con- 
fidérables, il étoit arrivé dans l'efpace de quarante jours, après avoir faivi fon 
cours au Nord-Eft, dans la Mer Orientale, que l’Auteur croit être ici le Dé- 
troit d'Annian. j 

Deux jours après, lorfque les pluies eurent commencé à diminuer, l'Em- 
pereur parut de Kirin pour reprendre la route par laquelle il étoit venu. L’eau 
avoit tellement rompu les chemins, que la fatigue de ce voyage ne peut être 
exprimée. On traverfa, fans fe repoler, lesmontagnes & les vallées. On paf- 


fa 


grand poids, car ces deux mots n'ont pas la 
même fisniäcation, Ua, en Mancheou, fieni- 
fie Rivière; & Uus, en Mozoi, ficnifie Grand, 
(3) C'eft peut-être la même Ville que Min. 
guta où Ningunta, dont on a pulé ci-deflus, 

CR) He-luim dans l'Original, fuivant l'orto- 


. IV. pas, 88. & fuiv. 
Ce doit être Putay-ulr, qui cit placée 
ns la Carte un peu à l'Oueft du Nord: mais 
fçruroit être Uluz vurt, que le ‘lraduc- 

tour Anglois del'Hiftoire d'Abulelaai ki 
garde comime l'ancien fiége de Fonghis-kam, 
puifque cette Place n’étoit pas loin de Xara- graphe Portugaife, C'ett le He-long kung ou 
kuran où Kara kuran, comine Petis de la le Sagholian ulr.  Maï$ on doit cbferver que 
Croix l'obierve dans l'Hiftoire de ce grand  ANintrita ou Ningura ett fituée fur le Hurba, 
Monarque, pag. 397. La petite reffemblance qui fe jette dans le Songaro, fort lin au Sud 

qui fe trouve entre Ua & Ulug n'eft pasd'un du Hedong. 


EE 


Kirin & falue 
Eutcrre à 5e. 
noux, 


prend le 
plaifir de la 
pêche. 


Verbicft 
court rifque 
de fe noyer. 


Retour de 
l'Empereur, 


Difficultés 
de la marche. 


VURDBILST. 
1632. 


Confidéra- 
tion qu'il 
Inarque pour 
Verbieft, 


Autre faveur 
qu'il lui fait 
daus le voya- 


2" 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


472 
fa des rivicres fort dangereufes, & des torrens dont les ponts étoient brifés 


ou couverts par les flots. Dans quelques endroits ou trouva des étangs que 
l'inondation avoit formés, & des eaux croupiffantes dont on eut beaucoup de 
peine à fortir. Les animaux qui portoient le bagage demeuroient enfoncés 
dans la boue fans pouvoir fe remuer, ou mouroient d'épuifement dans la rou- 
te, Le fort des hommes n'étoit pas moins trifte. Ils fe virent menacés de 
périr, faute de provifions & des commodités néceflüires pour une fi longue 
marche. Plufieurs furent obligés de defcendre à terre pour mener leurs che- 
vaux par la bride, ou de s'arreter au milieu des plaines défertes , pour leur 
donner le tems de reprendre haleine. Quoique les Maréchaux des logis & 
les Fouriers ne manquaflent point de pioniers ni de bois pour les fafcines , il 
n’en étoit pas moins impofñible, après avoir réparé les cheminsavec beaucoup 
de peine, de fuivre ceux par lefquels les chevaux & les chariots de l’avant- 
garde avoient paflé. L'Empereur même & fon fils, avec tous les Seigneurs 
de leur fuite, prirent plus d'une fois le parti de traverfer à pied les lieux où 
le péril étoit encore plus grand à cheval. Lorfqu'’on arrivoit à l'entrée 
d’un pont ou de quelqu’autre pañlage, toute la caravane s’arrétoit pour laifler 
pañer l'Empereur , avec les principaux Seigneurs. Enfuite le refte de la Trou- 
pe fe précipitoit en foule; & chacun s’efforçant d être le premier, il y en: 
voit toûjours un grand'nombre qui tomboit dans l'eau. D'autres cherchant 
des endroits moins dangereux , s’engageoïent dans des bourbiers & des fondrié- 
res d’où ils ne pouvoient fe retirer. ÆEn un mot, les difficultés & les peines 
furent fi exceflives, dans tous les chemins de la Tartarie Orientale, que de 
vieux Officiers, qui avoient fuivi la Cour depuis trente ans, ne fe fouvenoient 
pas d'avoir jamais eu tant à fouffrir dans aucun de leurs voyages. 

Au milieu de ces embarras continuels, l'Empereur témoigna une attention 
particulière pour le Père Verbieft. Dès le premier jour , on fut arrêté le foir 
par un torrent large & rapide. Le hazard ayant fait trouver un petit bateau, 
qui ne pouvoit contenir plus de quatre perfonnes, l'Empereur s’en fervit d'a- 
bord pour pañler avec le Prince fon fils. Quelques Régules le fuivirent. Les 
autres Princes & tous les Seigneurs & les Mandarins, avec le refte de l'Ar. 
mée, attendoient le retour du bateau avec d'autant plus d’impatience, que la 
nuit approchoit & que les tentes étoient pailées long-tems auparavant. Mais 
l'Empereur revenant dans un autre bateau, qui s étoit trouvé de l'autre côté, 
demanda tout haut Verbieft par fon nom ; X dit à fon beau-pére: ,, Qu'il 
» vienne & qu’il pale avec nous. Ainli le Mitfonaire & le beau-pere de 
l'Empereur pañlèrent feuls avec Sa Majelté, tandis qu'une grande partie de 
la caravane demeura toute la nuit en plein air fur la rive. 

La même chofe arriva le jour fuivant, & prefqu’avec les mêmes circon- 
ftances. L'Empereur fe trouvant à midi fur le bord d’un autre torrent, don- 
na ordre qu’on fit d’abord pafñler les tentes, les balots & le bagage. Enfuite 
il eut la bonté de fe faire accompagner de Verbieft, pour pañler feul avec 
lui; & le refte de fa Cour fut arrété toute la nuit fur la rive du torrent. Le 
beau-père même de Sa Majefté ayant demandé s’il pouvoit palier, fous pré- 
texte que le Miflionaire n’avoit pas d'autre logement que fa tente, l'Empe- 
reur lui répondit qu’il pouvoit demeurer, & qu'il auroit foin lui-même de 
faire loger Verbieft. En effet, lorfqu'il fut pañlé, s'étant aflis fur la rive, il 
plaça le Jéfuite à fon coté, avec les deux fils du Régule de l'Occident 

ai 


Kolau 
nuüit él 
tes les 


crut re 
préfen 
toile fi 
Scienc: 
fionair: 
Ve 
partie 
arrivaf 
ON 
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rendit : 
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cinquan 
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foixante 
trois ce 
dans la: 
ger les | 

CET 
T'artaric 
la moiti 
l'Itinéra 
être la I 
ÆAmbayal 
botun. 


(4) Du 
Cet Auteu 
Tradu&teu 
Traduétio: 


ent brifés 
tangs que 
aucoup de 
- enfoncés 
ins la rou- 
enacés de 
fi longue 
leurs che- 
pour leur 
s logis & 
afcines , il 
beaucoup 
de l’avant- 
Seigneurs 
s lieux où 
à l'entrée 
pour laiffer 
de la Trou- 
ilyen: 
cherchant 
les fondrié- 
: les peines 
le, que de 
ouvenojient 


1e attention 
rêté le foir 
tit bateau, 
fervit d'a- 
rent. Les 
e de l'Ar- 
ce, que là 
ant. Mais 
et, Qu'il 
au-pére de 
e partie de 


es circon- 
rent, don- 
e, Enfuite 
 feul avec 
rrent. Le 
fous pré- 
l'Empe- 
i-même de 
la rive, il 
ident & le 
Kolau 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. Ill, 


473 


Kolau de la Tartarie, qu’il diftinguoit dans toutes les occafions. Comme Ja 
nuit étoit belle & le tems fort clair , il fouhaita que Verbieft nomrmit tou- 
ces les Conftellations qui paroifloïient. 11 lui nomma lui-même celles qu'il 
crut reconnoître. Enfuite, ouvrant une petite Carte que l'Auteur lui avoit 
préfentée quelques années auparavant, il chercha l'heure de la nuït par l'E- 
toile fur le Méridien, en prenant plaifir à faire voir fon habileté dans cette 
Science. À toutes ces marques de bonté, il ajoûta celle d'envoyer au Mif- 
fionaire plufieurs plats de fa table. ; 

VerB1esT rentra dans Peking le 9 de Juin, en parfaite fanté, quoiqu’une 
partie du cortège Impérial fût demeurée malade füur la route, & que d’autres 
arrivaflent bleflés, ou dans une fâcheufe fituation (7). 

Ox croit devoir joindre ici les noms Tartares & les diftances des Places, par 
Jefquelles Verbieft avoit paflé dans la Tartarie Orientale, depuis la Capitale 
de Lyau-tong jufqu’à Kirin. Le premier jour, étant parti de Chin-yang, il fe 
rendit à Syau-liflo, nom Chinois de cette Place, après avoir fait quatre-vingt- 
quinz lis Chinois. Le 2, à Chalay-angha, quatre-vingt-cinq lis. Le 3, àun 
torrent du même nom, foixante-dix lis. Le 4, à Kiaguchen, cinquante lis. 
Le 5, à Feyteri, quatre-vingt lis Le 6, au torrent de Feyteri, quatre-vingt 
lis (m). Le 7, au torrent de Tfÿang, quatre-vingt(n)lis. Le 8, à Kuru(o), 
cinquante lis. Le 9, à la Ville de Sapé, quarante lis. Le 10, à Quaranni-pira, 
quarante lis. Le 11, à Elten-eme-ambayaga, foixante-dix lis. Le 12, à Jpotan, 
cinquante-huit lis. Le 13, à Suayenni-pira, foixante lis. Le 14, à Iimen, 
foixante-dix lis. Le 15, à Seuten, foixante-dix lis. Le 16, à la Ville de Kirin, 
foixante-dix lis. Toute la route contient mille vingt-huit lis Chinois, qui font 
trois cens foixante-neuf milles géométriques. On pourroit inférer ces Places 
dans la Carte de Lyau-tong, par Martini, en prenant foin feulement de corri- 
ger les latitudes fur les Obfervations qui fe trouvent dans le même Journal. 

CETTE route ne peut être tracée dans la première feuille de la Carte de 
Tartarie, donnée par le Père du Halde, jufqu’a la Rivière de Xuru, qui eft à 
la moitié du chemin. Mais enfuite on trouve toutes les Places nommées dans 
Y'Itinéraire, à l'exception de Sapé, Quaranni & Karanni-pira , qui eft peut- 
être la Rivière d’Ajighe-yala. La Carte nomme les autres Places, Altan-eme 
Ambayaba , Iptan, Sayan, Imen, Sewde au-lieu de Sexwten, Kinrin-ula- 
botun. 


(m) Angl. Le Gau torrent de Scyperi, foi- 
xante lis. KR. d, E. 


(n) Angl. foixante. R, d. E. 
(Co) Kurupira, ou la Rivière de Kuru, 


(4) Du Halde Vol. IV, pag. 93. & fuiv. 
Cet Auteur termine ici cette relation. Mais fon 
Traduéteur Anglois'en a ajoûté la fuite dans fa 
Traduétion. * 


REKIES KE 
HAN 


$ 


VIII. Part. 


Ov 


VERMRIEST. 


168 2. 


Verbieft 
rentre à l'e- 
king. 


Noms & dif- 
tances des 
Places qu'il 
avoit vûes, 


On ne trou. 
Ve qu’une par- 
tic de ces 
noms dans la 
Carte, . 


1.4 


1.25 


Z 
O 
rs 
« 
æ 
ei 
« 
> 
[us 
pr 
O 
< 
£ 


TEST TARGET (MT-3) 


#4, 
DZ NC <e 
€ ee 


474 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Table des Places de la Tartarie Orientale, dont les latitudes ont été déterminées par 
obfervation , ES dont les longitudes l'ont été géometriquement (a). | 


Places. Latitude. 


Paxseuorun (DS AS 
Kirin-ula-hatun , . ... . 43 . 
Tondonkia-mon,. . . . 43 . 
Ninguta-hotun, . . . . 44 
Source du Huchi-pira, . . 43 . 
Hongta-hotun, . . . . 42 . 
Chulhey-hotun, . . . . 43 :. 
Chufhey-hotun de Swifou- 

DIFAs + e + + + + + 44 . 
Tapku-hurta, Sud, . . , 44 . 
Chulghey-hotun, fur le 

Ufuripira, . . + « « 44 . 
Niman-kajan,. , . . . 46 . 
Hay-chu-kajan, + . . . 47 . 
Hula-kajan, . . . . . 48 . 
T'onden-kajan, . . . . 49 . 
Edu-kajan, . . . . - . 48 . 
Chefi-kajan, . . . . . 47 : 
Aomili-kajan, . . . . +. 47 . 
Mohora-kajan, . . «+ . 47 . 
Indamu-kajan, . . . . 46. . 
Nufchau-kajan, . . . . 45 . 
Petuntz-hotun, . . . . 45 . 
Porato-kajan, . . . . 43 
Hara-paychang, ne 64e 
Kojin-po-chiamon, . . . 41 . 
Sufay-po, . . . 
Sirani-yu-fay-po, . «+ + 42 . 
Paris: 9. arc Cros Le: 40es 
Chakka-hotun, . . . . 43 : 
Ortou-kiamon, . . . . 44 . 
Poro-hotuD, 4 + 4-5 « dd. à 
Tchol-hotun, . . . . . 46 . 
Tfitfikar (c)s . . . . 47 . 
Kamnika-kiamen, . . . 48. 


an 
pur 


(a) Cette Table, auffibien que toutes les 
Tables de latitude, & de longitude qui ont ra1p- 
port à la Chine & à la Tartarie, fe trouve à la 
fin du dernier ‘Tome de la Chine du Père Du 
Halde; maisles Anglois les ont placées dans le 
cours de lOuvrage, avec toutes les Cartes ref- 
peclives, pour £ faire honneur de leur éxaéti- 


Longitude, 


Le) 
[e) 
Le 
Q 
R 
[e] 
s 


40. +. 48 + 4 10, 24 , 9o. 
A7 90e  J'IEte ag. o. 
24 + 15 . + 13 . 16, oo. 


a 
51 . I . . 15 « 56 e ©. 
Ç 


©C= 
[ie 
9 


59 . Oo . 18 . 45 o 
SO: > “© 4 19 3 20 
24 20 0. . 19 . 58 . 40 

9 .+ 36 . 15 A7: 54 1 CO 
49 +. 12 + 16 . Ir , 20 


53 20 . . I4 12 5° 
47 + 45 À ss SE s. “Oo 
15 40 0 sr AE es GO 
48 + oO é.  $ 5 SO. 5. 0 
18 O .… « 4. 2 O 
4 + 15 + 2 , 46 40. 
59 . 5 . . I . 25 . O 
I5 + 36 . 2 58 .… 20. 

5 (e) . 2 ÿ ©. 
59 + O . |. I 26 +. 40. 
16 * 48 . we . 30 . O. 

I +. 39 .,. 2 + 57, 90. 
39 SO 65 4, “6 47:80" 5 20 
24 + © 7 7: "20 
41 Le SE RE SES 27 20. 


Merghen-hotun, 


tude, 

(b) Il faut remarquer que dans l’Idition de 
Paris, de mème que dans l'Original Anglois, 
cette Table uit remplie de fautes. Nous la 
corrigeons ici d’après Du Halde, R, d. E, 

Ce) Chiskar, dans l'Original, 


. au Su 


Merg 
Sagh: 
Ulu 


L E 


Défer 
les li 
tie de 
d'cten 
& cen 
quarar 
“L'artar 
Ning-h 
cens li 
ne foit 
de la ( 
CE” 
aétions 
C'ett-l: 
ce, & 
Kitay , 
Empir( 
cles, < 
du def 
furent 
les Art 
de puit 
Qu 
foient 
ves, a 
Princes 
peuver 
poñitio! 
Hi-fong 
Keou, 
AP: 
Provin 


DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. Ill, 47S 


TarTARIS 
DÉS 


MonGoLs. 


minées par Places Latitude. Longitude. 


Merghen-hotun, . +. . . : (o) 8 , 33 
Saghalian-ula-hotun , + , . 59 
Uluffu-moudan, . » , . 10 + 33 


Contrées des Mongols, proprement dits. | 
E Pays des Mongols, Monguls où Mongals, que les Géographes Euro- - Etendue & 
péens ont nommé Mongalie, eft bordé à l’Eft par la Tartarie Orientale; pays des 
. au Sud, par la grande Muraille de la Chine; à l'Oueft, par le Xubi ou legrand Mongols. 
Défert (a), & par le Pays des Kalkas , duquel il eft féparé par le Âaru, ou par 
les limites que l'Empereur a fixées; au Nord, par les Aalkas , & par une par- 
tie de la Tartarie Orientale. C’eft une fort grande Région, qui n’a pas moins 
d’étendue que la Tartarie Orientale. Sa fituation eft entre cent vingt-quatre 
& cent quarante-deux degrés de longitude Orientale, & entre trente-huit & 
quarante-fept degrés de latitude. Aïnfi fa longueur, depuis les bords de la 
J'artarie Orientale du çôté de l'Eft, jufqu'aux parties qui font vis-à-vis de 
Ning-bya & qui appartiennent à la Chine vers l'Oueit, eft de plus de trois 
cens lieuës. Sa largeur, du Nord au Sud, eftd’environ deux cens; quoiqu’elle 
ne foit pas la même dans toutes fes parties, comme on peut en juger par la vûe 
de la Carte. 

CerTre portion de la Tartarie peut paffer pourle théâtre des plus grandes Grands évés 
aétions que l'Hiftoire attribue aux Tartares de l'Orient & de l'Occident. nemens dont 
C'eft-là que le grand Empire de Yenghiz-khan & de fes fuccefleurs prit naiffan- A pe 
ce, & qu'il eut fon fiégeprincipal. Là furent fondés les Empires de Catay, où ce È 
Kitay, & de Kara-kitay. De-là vient, comme de fon origine, le préfent 
Empire des ‘l'artares Orientaux ou des Mancheous. La, pendant plufieurs fié- 
cles, on vit des guerres fanglantes & quantité de batailles , qui décidèrent 
du deftin des Monarchies. Là, toutes les richeffes de l’Afie Méridionale 
furent plufieurs fois réunies & difipées. Enfin, c’eft dans ces Déferts que 
les Arts & les Sciences furent long-tems cultivées & qu’on vit fleurir quantité 
de puiflantes Villes, dont on a peine à diftinguer aujourd’hui les traces. 

Quoique les différentes branches qui compofent la Nation des Mongois  Divifion de 


o. 

30. foient dans l’ufage de mener une vie errante, elles ont leurs limites refpcéti- ces Peuples, 
20, D  ves, au-delà defquelles il ne leur eft pas permis de s'établir. Les terres des 
s 1208 Princes Mongols font divifées en quarante-neuf Xis ou Etendards. Mais elles 
gd 500. peuvent être confidérées fous trois principales dénominations, prifes de leur 
then-hotun, . pofition à l'égard des quatre portes de la grande Muraille de la Chine; fçavoir 
Hi-fong-cheu, Kupe-cheu , Chang-kya-keu & Cha-bu-keu. En Chinois, Keu, ou 

_—. Keou, fignifie Détroits des montagnes. 

aber APrRÈs avoir pallé, au Nord, la porte de Hi-fong-cheu , qui eft dans la 
es. Nous la Province de Pe-che-li, on fe trouve bien-tôt dansles Pays de Xarchin, d'Oban, 
.R. d.E, de 


(a) Les Chinois l'appellent Cha:me, 
Ooo 2 


TARTARIE 


DES 


MoncoLs. 


Tartares 
Karchins. 


Propriétés 


de leur Pays. 


Ils ont con- 


tribué à la 
conquête de 
la Chine, 


Tartarcs 
Korchings, 


Tartares 
Nagmans. 


476 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


de Nayman & dans celui de Xorchin, à l'Eft duquel eft le Pays de Tumet. ro, 
Karchin eft divifé en deux diétriéts, nommés à Peking, Banières ou Eten- 
dards, & gouvernés par deux Princes. La feule Ville qui mérite ici quel- 
que remarque dans la Carte, eft Chahan-fubarhan-botun. En langue Mancheou, 
Hotun fignifie Ville; & Subarban , une Pyramide de plufeurs étages, qui fe 
voit encore dans ce lieu {b). 

LE Pays de Karchin elt fans comparaifon le meilleur de tous les Pays Mon- 
gols. Comme les Princes qui le gouvernent à préfent font d'origine Chinoi- 
4e, ils y ont attiré un grand nombre de leurs compatriotes ,. qui y ont bâti 
plufieurs Bourgades. Le foin qu'ils ont apporté à la culture des terres, leur 
produit leur fubfiftance, & de quoi commercer avec leurs voifins. On y trou- 
ve auñi des Mines, quelques-unes fur-tout d’excellent étain, & de vaites fo- 
rêts d’un beau bois, qui fe tranfporte jufqu'a Peking pour la conftruétion des 
édifices. Cé Commerce fit acquérir au père du Bifayeul de la famille régnante 
d'immenfes richefles, qui le mirent en état de rendre des fervices fignalés au 
vieux Prince de Korchin; ce qui lui ayant fait obtenir fa fille en mariage, il 
devint maître à la fin de toutes fes pofleffions. Ce fut pour fe les affürer 
qu’il fe joignit aux Mancheous, lorfqu'ils entreprirent la conquête de la Chi- 
ne. La nouvelle famille Impériale, qui régne aujourd'hui, lui accorda pour 
récompenfe la dignité de T/ing-wang, ou de premier Régule, qui eft le plus 
haut titre d'honneur qu’un Prince puiffe recevoir de l'Empereur. 

LE Pays de Karchinn'a pas, du Nord au Sud, plus de quarante-deux gran- 
des lieuës de France; mais il s'étend beaucoup plus de l’Eft à l'Oueft. C'’eft 
dans ce Canton que l'Empereur à de belles maifons de campagne, où il s’é- 
xerce fouvent à la Chaffe & où il pafle ordinairement l'Eté. Les chaleurs font 
beaucoup plus fupportables dans ces quartiers qu'à Peking, quoiqu’en pañlant 
la grande Muraille par la porte de XKu-pe-keu, qui n'eft pas à beaucoup près la 
moitié du chemin, Peking ne foit pas à plus de quarante lieuës de %e-ho, la 
plus belle de ces Retraites Impériales (c). 

o. KorcHiNG eltdiviféen dix Etendards, qui comprennentles Cantons de 
Turbeda & de Chaley (d). Les Tartares Korchins ont leur principale Habi- 
tation fur les bords de la Rivière de Queyler. Leur Pays s'étend jufqu’à celle 
de Sira-muren (e), & n'eft compofé que de plaines ftériles. Ils brûlent, au- 
lieu de bois, de la fiente de chevaux & de vaches; &, faute de fources, ils 
fe creufent des puits. Le principal point du Canton de Turbeda eft la Riviè- 
re de Hayta-han-pira (f). Les Tartares Chaleys habitent les bords de Non-ni- 
ula (g). Ainfñ, du‘ Nord au Sud, ÆKorchin comprend environ quatre degrés, 
& s'étend fix lieuës au Nord du Hay-ta-ban. Mais il n'a pas plus de trois de- 
grés vingt-cinq minutes de l’EfE à l’Oueit. 

g. NaYMAN, qui fe trouve nommé dans quelques Cartes Royaume de Nay- 
man & de Nagman, ne contient qu’une Banière, & commence à la rive Méri- 
dionale du Sira-muren. La latitude , prife fur le lieu , eft de Ans 

: egrés 


(») Du Halde, Vol, IV. pag. 71. plus grandes Rivières. 

Cc) Du Halde, Vol. IV. pig. 22. (f) Pira fignifie une Rivière, mais du fe- 
(d) On lit Chalair dans l'Iliftoire de Jeu- cond ordre. ERA 
ghiz-kam par Petis de la Croix. (g) Ula eit le mot Manchcou qui fignifie 

(e) Muren, en langue Mongol, figniñe les une grande Rivière, 


degré 
elt le 

4. 
endro 
ou Ch 
voit d 
nes d’ 
Riviér 
& Oh: 
foit in 
fonner 
fur-tor 
fans cr 
nuda o 


ticlaf 
de Mo 
l'E ju 
Halba , 
EN 
faifoier 
jourd'h 
tient p 
ls Cor 
rukorkin 
z. C 
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bitatior 
territoi 
l'Empe 
Maifon 
ctlef 
terroir 
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gule. 
fecond 


pour ce 
plaifir : 
\ 


3 ‘ 
en deu 


(h)° 
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Mancheo 


(4) 


met. 1°. 
ou Eten- 
ici quel- 
ancheou,, 
s, qui fe 


ays Mon- 
e Chinoi- 
ont bâti 
res, leur 
)n y trou- 
vaites fo- 
aétion des 
> régnante 
ignalés au 
nariage, il 
les affûrer 
de la Chi- 
orda pour 
eft le plus 


deux gran- 
eft. C'eft 

où il s’é- 
aleurs font 
ren paffant 
oup près la 
e Fe-ho, la 


Cantons de 
pale Habi- 
fqu’à celle 
ûlent, au- 
ources, ils 
ft la Rivié- 
de Non-ni- 
re degrés, 
de trois de- 


me de Nay- 
rive Méri- 
arante-trois 

degrés 


, mais du fe- 


bu qui fignifie 


DE LA CHINE, Liv. Ill. Cunar. IL 477 


degrés trente-fept minutes, & la longitude de cinq degrés à l'ER. Topirtala 
eft le principal point du Nord (h). 

4. OnaAN n'eft guéres habité que fur les bords du Narkoni-pira , dans les 
endroits où cette Rivière reçoit quelques petits ruifleaux , tels que: Cha-ka-kol 
ou Cha-ban-kol, qui donne fon nom au Village de Chaka-koi-kajan (i). On 
voit de ce côté-ci, à quarante-un degrés quinze minutes de latitude, les rui- 
nes d'une Ville qui fe nommoïit Orpan, ou Kurban-fubarhan-hotun , fur la petite 
Rivière de Nuchuku où Nuchaka, qui fe jette dans celle de Ta-lin-bo.  Nayman 
& Ohan ont beaucoup moins d’étendue que Korchin , quoique leur terroir 
foit incomparablement meilleur. Il eft entremélé de petites montagnes buif- 
fonneufes, qui fourniflent du bois pourle feu, & qui font remplies de gibier, 
fur-tout d’une incroyable quantité de cailles, qu'on eft fürpris de voir voler 
fans crainte entre les jambes des paffans. Ces trois Cantons, & celui de Tur- 
nuda où Turbeda, qu'ils ont à l'Eft, font extrémement froids. Le fond du ter- 
roir y eft fabloneux, fec & nîtreux. 

5. Tumer eft divifé en deux Baniëres, fous autant de Princes. Sa par- 
tic la plus habitée eft au-delà du Subarban, où l'on voit les ruines de la Ville 
de Modun-hotun. Ce Pays s'étend au Sud jufqu’à la grande Muraille, & vers 
V'Ef jufqu’à la paliffade qui renferme Lyau-tong. Au Nord, il a pour bornes 
Halba, où Hata-pay-chang. 

EN fortant par la porte de Kupe-cheu (k), on entre fur des territoires qui 
faifoient autrefois partie de Korchin & d'Oubiot, mais qui font couverts au- 
jourd'hui de forêts, où l'Empereur s'éxerce à la chafle,. Ce Prince y entre- 
tient plufieurs belles maifons de campagne. Plus loin, au Nord, ou trouve 
les Contrées d'Oubiot , de Kechikton, de Parin, de Charot, d'Uchu-muchin, d’A- 
rukorkin & d’Ababanar. é 

1. Ousiror eft divifé en deux Banières de Princes Tartares, fur la Ri- 
vière d’Ankin. 2. Parin, divifé aufli en deux Banières, a fes principales ha- 
bitations fur les bords du ÆHara-muren, qui fe jette dans le Sira-muren. Les 
territoires d'Oubiot (1) & de Parin font au-delà des maifons de plaifance de 
l'Empereur du côté du Nord. Leurs Princes ont été long-tems alliés à la 
Maifon Impériale, & font en grand nombre dans les deux Cantons. Parin 
eft le plus étendu, mais d’ailleurs affez femblable à celui d'Oubiot, dont le 
terroir eft d’une bonté médiocre. On voit dans.le Pays d'Oubiot , près du 
Palais de la Princeffe , fille de l'Empereur , quelques Bâtimens qui fervent 
aux gens de fa fuite, où les Milfionaires furent logés & fort bien traités. 
Le mari de cette Princeffe portoit le titre de Tfin-wang ou de premier Re- 
gule. Un autre Prince d'Oubiot avoit celui de Xun-vang, ou de Regule du 
fecond ordre. La Princefle mère de Tfing-wang avoit fait bâtir un Palais 
pour ce Prince, près de la petite Riviére de Sirghs ou Siba, quoiqu'il prit 
plaifir à camper ordinairement fur les bords (#1). 

3. KECHICTEN, ou Kefitun, eft divifé, comme les Cantons précédens, 
en deux Banières. Ses principales habitations font fur une petite Rivitre 


qui 


vû plufieurs fois ci-deffus tous ces noms. 
(1) Quelques Tartares pronuncent Onibu, 
(m) Du Iaide, uli fup. 


(h) Du Halde, Vol, IV_ pag. 72. 
(5) Kwjan ou Kayan, figilie Village en 
Mancheou. 


(k) Les Ruffiens l'appellent Kapki, On a 
Ooo 3 


TARTARKIE 
DES 
Mowcozs,. 


Tartares D- 
hans. 


T'artares T'u- 
mcts. 


Autres Pays, 


Tartares 
Oubiots & 
Parins. 


Tartares 
Kechiétens, 


TARTARILE 
| DES 
, Moncozs, 


| Uchu-mu- 
chins. 


Charots. ‘ 
Arukorchins. 
Abahanars, 


Autres Pays 
Mongols, 


| Cartares ‘ 

| Hoachits. 
Sonhiots. 

| Abahays. 


| Twinchuz. 


Autres Pays 
des ‘L'artares, 


Kalka-tar- 


gars 
gars, 


| Maomingans. 
| Urats. 


Ortez ou 
Orthes. 


[l 
} 
} 
| 
À , 
| 
| Ruines de Ja. 


Vilic de l'o- 
to, 


478 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


qui va fe rendre du Sud-Oueft dans le Sira-muren. 4. Uchu-mu.chin, où Ur- 
Jimufin, a deux Banicres fur la Rivière de Halakor ou Hulgur pira. Son Prince 
porte le titre de Tfing-wang, & commande une Banière de vingt-deux Nurus, 
c'eft-à-dire"de vingt-deux Compagnies. 5. Charot, divifé en deux. Banières, 
eft principalement habité vers la jonétion du Labau-pira & du Sira-muren. 
6. Arukorchin n'a qu'une Banière , fur les bords de l'Ærukondrlen. 7. Aba- 
banar a deux Banières, & fes meilleures habitations font fur le Lac de Zwol- 
nor (n). 

APRÈs avoir pañlé la porte de Chang-kya-keu, qui eft à l'Oueft de Xu-pe- 
keu, on entre dans un Pays dont la propriété appartient à l'Empereur par 
droit de conquête. Ces terres, comme celles qui bordent la grande Murail- 
le depuis Ku-pe-keu jufqu'a Æi-fong-keu , font occupées par des Fermiers de 
l'Empereur , des Princes, & de plufieurs Scigneurs Tartares. On y voit 
auffi des Mongols de divers Cantons, foit prifonniers de guerre ou volontai- 
rement foumis. Ils font rangés fous trois Banières, & commandés ‘par des 
Officiers Impériaux. Auffi ne font-ils pas comptés dans les quarante-une Ba- 
nières ou Kis des Mongols. 

Prus loin, au Nord de Chang-kya-Reu, font les Pays des Princes Mongols 
de Hoachit, de Sonhiot, d’'Abahay & de Twinchuz," 1. Hoachit où Wachit eft 
divifé en deux Banières, fur la Rivière de Chi-kir ou de Chirin-pira. 2. Sonbiot 
a deux Banières, & fa principale habitation fur un lac. 3. Abahay, qui eft di- 
vifé aufli en deux Banières, occupe le bord de quelques Lacs, dont le plus 
méridional eft celui de Suretu-buchin. 4. 'vinchug ne Contienc qu’une Banière, 
près de la montagne d'Orgon-aliu (o). 

Par la porte de Cha-hu-keu, on entre fur les terres de l'Empereur. Ce 

u'elles ont de plus remarquable eft la Ville de Hu-bu-botin où Kukku-hotun. 

C'eft dans cette Contrée qu'habitent les Âu-fay-chins, ou les Chefs de deux 
Banières ‘l'artares qui portent aufi le nom de Tumets. Une partie de ces 
Tartares cft defcendue des Prifonniers que firent les Mancheous de Lyau- 
tong, lorfqu'ils fe rendirent maitres de plu'ieurs territoires Mongols. Les 
autres font un mélange de diverfes Nations Tartares. Ils reçoivent jeurs 
Chefs del'Empereur. Au-delà du territoire de Hu-bu-hotun, on trouve celui des 
Princes Mongols de Kalka-targar, de Maomingan , d'Urat, & d'Ortez ou Ortus, 
1. Le Pays de Kalka-targar eit arrofé par la petite Rivière Æypey-bamuren. Il 
ne contient qu'une Banière. 2. Âaoningan n’en contient qu'une auf. 3. Urat 
en contient trois, & fes principales habitations font fur la Rivière de Kondo- 
len (p) où Quendolen. 4. Les Mongols,nommés Ortez où Ortus, font bornés 
au Sud par la grande Muraille, qui n’eit que de terre dans ce lieu, comme 
dans toute la Province de Chen-fi, & qui n’a pas plus de quinze pieds de hau- 
teur. Des trois autres côtés, ils ont pour bornes le Æ/hang-ho , ou la Rivié- 
re faune, qui, fortant de la Chine près de Ning-hya, Ville fameufe par fa 
beauté, yrentre, après un grand tour, près de Pau-te-cheu. Ses détours, 
vers le Nord, font marqués par des obfervations prifes en fuivant fon cours, 
jufqu'à Kuir modo. Mais ces Contrévs font defertes & ne contiennent rien de 
remarquable, On voit fur la meme Rivière, au-delà du mur, les ee 
une 


(p) Du Halde, bi fup. 


(n) Jor fisnilie Las en langue Mongol. 
(o) Alin fignitie Montagne en Mancheou, 


{ 


d'une 
bitans « 
tecture 
Leur g 


tes, & 


E ( 

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d'Abwl 
narque 
Si-ta-tfl 
à-dire : 
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Pays & 
qui hab 
Peuples 
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J'artare 
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Mongol 
& que c 
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langue À 


(a) H 
res, pag. 
HER ”) 1 


, OÙ Ur- 
Son Prince 
uxX Nurus, 
. Banières, 
Sira-muren. 

7. bac 
c de Zwol- 


de Au-pe- 
pereur par 
de Murail- 
ermicrs de 
On y voit 
u volontai- 
és'par des 
te-une Ba- 


s Mongols 
Wachit eft 

2. Sonbiot 
qui eft di- 
nt le plus 
e Banière, 


reur. Ce 
ukku-hotun. 
5 de deux 
tie de ces 
de Lyau- 
rols, Les 
vent jeurs 
e celui des 
ou Ortus. 
unuren. Il 
i. 3. Urat 
de ÆKondo- 
nt bornés 
1, comme 
ds de hau- 
la Rivié- 
ufe par fa 
détours, 
on cours, 
nt rien de 
les ruines 
d'une 


DE LA CHINE, Liv. Il Car. lit. 479 


d'une Ville nommée 79-10, qui paroît avoir été fort grande, quoique les ITa- 
bitans de ces Contrées ayent aufi peu d’habileté que d'inclination pour l'Archi- 
teéture. Ils font gouvernés par plufeurs petits Princes, fous fix Banicres. 
Leur goût les porte à fe diftinguer par la grandeur & le nombre de leurs'F'en- 
tes, & par la multitude de leurs Troupeaux (4). * 


(ga) Ibidem. Vol, IV. pag. 23 & 74. 
Manières , Ufages & Langue des Mongols. 


ES Peuples portent divers noms dans les Hiftoriens. On les trouve noim- 
C més Mongols, Monguls, Mongals, Mogols, & Moguls. Suivant l'Hiftoire 
d'Abu'lghazi khan, is ont tiré leur nom, de Mogul où Mungl'khan, ancien Mo- 
narque de leur Nation (4). Les Chinois appellent quelquefois les Mongois, 
Si-ta-tfes, ou Tartares Occidentaux ; & par dérifion, Tfau-ta-tJes (b), c'eft- 
à-dire Tartares puans, parce qu'ils fentent effectivement fort mauvais. 

Les Mongols l'emportent beaucoup fur les Mancheous par l'étendue de leur 
Pays & par leur nombre. Oncomprend, fous leur nom, les Aulkas & les Eluths, 
qui habitent les parties de l'Oueit jufqu'à la Mer Cafpienne: non que tous ces 
Peuples foient proprement Mongols, puifque les Mongols ne formoient qu'une 
fimple ‘Tribu entre les autres ‘T'artares Occidentaux; mais Ÿenghiz-khan, qui 
étroit de cette Tribu, ayant fubjugué toutes les autres, elles furent toutes com- 
prifes fous le nom général de Mongols, comme elles avoient été connues juf- 


‘ qu’alors dans les parties Occidentales de l’Afie fous le nom de Tatares ou de 


‘J'artares, qui étoientla Tribu la plus puiflante avant les conquêtes de ce Prin- 
ce. Il eft même arrivé que les Tartares ont partagé jufqu'aujourd'hui, avec les 
Mongols, l'honneur de donner leur nom aux Habitans de ces vaites Contrées, 
& que de plus ils ont donné feuls leur nom au Pays; car, dans l'Afie Méridio- 
nale comme en Europe, il porte le nom de T'artarie, quoiqu’on ne connoiffe 
plus de Fribu particulière fous celui de Tartares. 

[L faut obferver encore que les Khans des trois divifions, dont on a parlé, 
font Mongols d’origine; ce qui fert beaucoup à frire conferver cette dénomi- 
nation générale à toutes les ‘l'ribus ou les Hordes de ces trois divifions. C'ef 
ainfi qu'on les trouve aufli fouvent nommées Kalkas Mongols & ÆEluths Mon- 
gols, que Kalkas & Eluths ‘l'artares, comme les Chinois les nomment. A l’e- 
gard du nom de T'artares, ondoit remarquer auffi que la véritable ortographe 
de ce nom eft Tatares, & que jufqu’aujourd'hui on n'en connoît pas d'autre, 
non-feulement dans les Pays Orientaux, mais encore dans les parties Oricnta- 
les de l'Allemagne. Les Chinois, fur-tout, n'ayant par la lettre r dans leur 
janguc, prononcent Tuta Ge Ta-tfe. 

Quorque ces Peuples foient divifés fous des noms particuliers, ils ont un 
méme langage, une méme religion, & les mêmes mœurs; ce qui prouve añez 
qu'ils defcendent d’une méme origine. Leur langage s'appelle fimplement la 
langue Mongol, S'ils ont pluñeurs dialectes, ils ne laillent pas des’entendre par- 

faitement. 


Ca) Hiftoire des Turcs, Mongols, Tarta- de Nieuhof, Vol. IT, pag. 426. il faut vrai- 


res, pag. 7 & 9° 
U5" 40) L'ar les Sudatjes, ou plûtôt Sutaÿes 


fsublablement entendre les Âjuu-éa-tjes où 
Vi nools 
ro UNILULSS 


TanTanin 
DES 
MonGoLs 


Les Mongots 
diverfement 
nommés. 


Origine de 
leur gran- 
deur, 


Retnarques 
fur les noms 
de Mongols & 
de Fartares, 


Véritable 
ortographe 
du noin des 
Tartares, 


Leur Langue 
€ leurs Li- 
vres, 


(0) 


on 


TARTARES 
MoncoLs, 


Leur taille & 
leur figure, 


Leurs occt- 
pations. 


Leur carac- 
L 
tére. 


Ils font 


propres aux 
airuires. 


Leurs habits, 


480 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


faitement. Régis nous apprend que les caraétères qui fubfiftent fur les anciens 
monumens Mongols font les mêmes que ceux d'aujourd'hui; mais qu'ils diffé- 
rent de ceux du Mancheou, qui n’eftpas plus ancien que la préfente famille Im- 
périale. Ils n’ont pas la moindre reffemblance avec les caraétères Chinois, &ne 
font pas plus difficiles que le Romain. Ils s'écrivent ou fe gravent fur des T'a- 
bles, avec un poinçon de fer. Auffi les Livres font-ils fort rares parmi les Mon- 
gols. L'Empereur de la Chine en a fait traduire quelques-uns pour leur plaire, 
& les a fait imprimer à Peking. Mais le plus commun de leurs Livres eft le Ca- 
lendrier du Tribunal Chinois des Mathématiques, qui fe grave en caraétères 
Mongols (c). | 

SurvANT la peinture que Bentink nous fait des Mongols, la plüpart font 
d’une taille médiocre, mais robufte. Ils ont la face large & plate, le teint 
bazané, le nez plat, les yeux noirs & pleins, les cheveux noirs & auffi forts 
que le crin de leurs chevaux. Ils fe les coupent ordinairement aflez près de la 
tête, & n'en confervent qu’une touffe au fommet, qu’ils laiflent croître de fa 
longueur naturelle. Ils ont peu de barbe ( 4). 

GERBILLON les repréfente fort grofliers, mais honnêtes & de bon natu- 
rel. Ils font, dit-ils, fales dans leurs Tentes, & mal-propres dans leurs habits. 
Ils vivent parmi la fiente de leurs animaux, qui leur tient lieu de bois dans 
leurs foyers. D'ailleurs ils excellent à la chaffe & dans l’art de mener les che- 
vaux. Ils fe fervent habilement de l’arc, à pied & à cheval. En général, ils 
ménent une vie fort miférable. L’averfion qu'ils ont pour le travail leur fait 
préferer l'herbe de la terre aux fruits de l'agriculture. 


Rec1s obferve:que la principale ambition des Mongols eft de conferver le 


rang de leurs familles. Ils n’eftiment les chofes que par l'utilité, fans aucun 
égard pour la rareté ou la beauté. Leur naturel eft gay & ouvert, toûjours 
difpofé à la joie. Ils ont peu de fujets d'inquiétude, parce qu’ils n’ont pas de 
voifins à ménager, ni d'ennemis à craindre, ni de Seigneurs auxquels ils foient 
obligés de faire leur cour, ni d’affaires difficiles, ou qui les obligent à fe con- 
traindre. Leurs occupations, ou plûtôt leurs amufemens continuels, font la 
chaffe, la pêche, & d’autres éxercices du corps, dans lefquels ils excellent. 

CEPENDANT ils font naturellement capables, non-feulement d'application 
aux Sciences, mais encore des plus grandes affaires. On n’en demandera pas 
d'autre preuve que la.conquête qu'ils firent de la Chine en 1624, & l’habileté 
avec laquelle ils la gouvernèrent, au jugement même des Chinois. On voit 
encore à la Chine des monumens de marbre, avec des infcriptions en langue 
Chinoife & Mongol. Les Mancheous, qui font aujourd’hui maîtres de l'Empi- 
re, ontimité leur éxemple, en faifant écrire les aétes publics & les inferip- 
tions dans les deux langues (e ). 

BENTINK leur donne, pour habits, de fort grandes chemifes & des cale- 
çons de toile de coton. Leurs robes, dit-il, defcendent jufqu'à la cheville du 
pied. Elles font ordinairement-de toile de coton ou de quelqu’autre étoffe legé- 
re, qu'ils doublent de peaux de mouton. Quelquefois ils font uniquement vêtus 
de ces peaux. Ils fe lient, autour des reins, avec de grandes courroies de cuir. 


Leurs bottes font fort grandes, & compofées de cuir de Ruflic. Ils portent de 
petits 


(ce) Du Halde, bi fup. 
(d) Hifloire des Turcs, des Mongols, &e. 


Vol. IT. pag. 502. $ 
(e) Du Halde, ubi fup. 


“ 


cuir. 
de pc 
doigt 
robes 
quelqi 
Su 


de mi 
qu'ils 
cerf, 
form 
ils ne 
que | 
eft in 
ftruir 
LE 
des Ci 
Cal 
Soldat 
LE 
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tons n 
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ze livr 
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LE 
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leurs c 
ne, y 
fpiritu 
après | 
de mo 
te, do 
Quoiqt 
plus d 
cendre 
ils plac 
LEs 


CRE 
pag. 505 
(g)1 


VII 


les anciens 
ju'ils diffè- 
famille Im- 
1ois, &ne 
ur des Ta- 
ni les Mon- 
eur plaire, 
eseft le Ca- 
_ caractères 


lüpart font 
e, le teint 
« auffi forts 
z prés de la 
roître de fa 


e bon natu- 
leurs habits. 
e bois dans 
ner les che- 
rénéral, ils 
ail leur fait 


onferver le 


fans aucun 
t, toûjours 
l'ont pas de 
els ils foient 
t à fe con- 
els, font la 
excellent. 
application 
andera pas 
l'habileté 
. On voit 
en langue 
de l'Empi- 
les infcrip- 


& des cale- 
cheville du 
coffre legè- 
ment vêtus 
bies de cuir. 
portent de 

petits 


DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. Il, 48u 


cuir. Leurs bottes font fort grandes, &compofées de cuir de Ruffie. Ils portent 
de petits bonnets ronds, avec une bordure fourée, de la largeur de quatre 
doigts. L’habillement des femmes eft à peu près le même, excepté que leurs 
robes font plus longues , leurs bottes rouges, & leurs bonnets plats, avec 
quelques petits ornemens (f). 

Suivant Regis (g), l'habit ordinaire des Mongols eftcompofe de peaux 
de mouton & d'agneau, dont ils tournent la laine du côté du corps. Quoi- 
qu'ils fçachent préparer & blanchir aflez bien ces peaux, aufli-bien que celles de 
cerf, de daim & de chévre fauvage, que les riches portent au printems, en 
forme de veite; toutes leurs précautions n’empéchent pas qu'en s’approchant 


ils ne fe faffent reconnoître à leur odeur. De-là vient le nomde Tartares puans ,* 


que leur donnent les Chinois. Leurs ‘l'entes exhalent une odeur de bouc, qui 
eft infupportable. Un Etranger, qui fe trouve parmi eux, eft obligé de con. 
ftruire la fienne à quelque diftance. 

Leurs armes font la pique, l'arc & le fabre, qu'ils portent à la manitre 
des Chinois. Ils font toujours la guerre à cheval, comme les Eluths, ou les 
Calmuks, qui font leurs voifins; mais ils ne font pas toûjours aufli bons (h) 
Soldats. 

LEURS troupeaux font compofés de chevaux, de chameaux, de vaches & 
de moutons, aflezbons dans leur efpèce, mais qui ne peuvent être comparés a- 
vec ceux des Calmuks, foit pour la bonté ou pour l’apparence. Leurs mou- 
tons néanmoins font fort eftimés. Ils ont la queue longue d'environ deux pieds, 
& prefque la même dimenfion en groficur. Elle pèfe ordinairement dix ou on- 
ze livres. C’eft une mañle de graifle affez rance, car l'os n’en eft pas plus gros 
que celui des autres moutons. Les Mongols n'élevent pasd'autres animaux que 
ceux qui paiflent l'herbe. Ils abhorrent fur-tout les Porcs (à). 

Leur maniere de vivre eft uniforme. lis errent de place en place avec leurs 
troupeaux, s’arrêtant dans les lieux où ils trouvent le plus de fourage ; en Eté, 
près de quelque rivière ou de quelque lac; en hiver, du côté Méridional de 
quelque montagne, où la nége leur fournit de l’eau. Leurs alimens font fort 
fimples. Pendant l'Eté, ils fe nourriflent de lai., fans mettre aucune diffé- 
rence entre le lait de leurs vaches, de leurs jumens, de leurs brebis & de 
leurs chévres. Ils boivent de l’eau bouillie avec le plus mauvais thé de la Chi- 
ne, y mêlant de la crème, du beurre 6: «1 lait. Ils font auñfli une liqueur 
fpiritueufe avec du lait aigre, fur-tout av : dulait de jument, qu’ils diftiilent 
après l'avoir fait fermenter. Les perfonnes riches font fermenter de la chair 
de mouton dans du hait aigre, ce qui forme une liqueur forte & nourriflan- 
te, dont ils font ieurs délices de s'enyvrer. Ils fument beaucoup de tabac. 
Quoique la polygamie ne leur foit pas défendue, ils n'ont pas ordinairement 
plus d’une femme. Leur ufage elt de brûler leurs morts, & d’enterrer les 
cendres dans quelque lieu élevé, où ils former. un amas de pierre, fur lequel 
ils placent de petites (4) Banières. 

Les Mongols, fuivant le récit de Bentink, habitent fous des Tentes, ou 

dans 

CF) Hiftoire des Turcs, des Mongols, &c, (b) Regis dans Du Ifalde. 
pag: 505 (3) Ibidem. 

(g) Dans Du Halde, uli Jup. (k) Du Halde, Vol. IV, pag. 45. 


VIII, Part. _ Php. 


TaArnTAnr# 
MoncuLs 


Leur mue 
vaite odcus 


Leurs armee 


Leurs tfot= 
peaux. 


Manière. 
dont ils vi- 
veni.: 

Leurs ali- 
mens & leurs 
liqueurs. 


Leurs fépul- 
turcs, 


TARTARES 


MonGoLs, 


Forme de 
leurs tentes, 


Leur Coim- 
imerce. 


amas, Pré- 
tres des Mon- 


gois. 


| Leur carac- 
tcice 


e 


Stupidité du 
Peuple, 


482 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


dans des cabanes mobiles, & vivent enfemble des produétions de leurs (1) 
beftiaux. Regis obferve que leurs ‘l'entes font rondes, & beaucoup plus com- 
modes que les Tentes ordinaires des Mancheous, qui ne font compofées que 
d’une enveloppe fimple, ou double, à peu près comme celle des Soldats en 
France, & couvertes de feutre, gris ou blanc, foûtenu pardes perches, dont 
le bout tient à un cercle. Elles forment ainfi une forte de cône brifé, avec 
un trou rond au fommet, pour le pañlage de la fumée qui monte du centre où 
eft le foyer. Elles font aflez chaudes tandis qu'on y entretient du feu; mais 
elles fe réfroidiflent bientôt lorfqu'il s'éteint; & fans un foin extreme pendant 
l'Hyver, on y gèleroit dans un lit. Pour remédier à ces inconvéniens, les 


Mongols ont des portes fort étroites à leurs tentes, & fi bafles qu'ils n'y peu- 


vent entrer fans fe courber. Ils ont l’art d'en joindre fi parfaitement les ma- 
tériaux, qu'ils fe garantiffent du foufle perçant des vents du Nord (=). 

QuanT au commerce, les petits Marchands de la Chine viennent en grand 
nombre chez les Mongols, & leur apportent du riz, du Té hobé, qu'ils appel- 
lent Kara-chay , du tabac, des étoffes de coton & d’autres étoffes communes, 
diverfes fortes d'uftenciles, enfin tout ce qui convient à leurs befoins. En 
échange, ils reçoivent des beftiaux ; car l’ufage de la monnoie n'eft pas con- 
nu des Mongols (n). à 


(1) Hiftoire des Turcs, des Mongols, &c. * (n) Hiftoire des Turcs, des Mongols, &ec, 
pag. 256. ubi Jup. 
Cm) Du Halde, wbi fup. page 37. 


Religion des Tartares Mongols. 


A feule Religion des Mongols, comme celle du Tibet, confifte, fuivant 

Gerbillon, dans le culte de l'Idole Fo (a), qu’ils appellent Fu-cheki dans 
leur langue. Ils croient la tranfmigration des ames. Iis rendent une obéiffan- 
ce aveugle aux Lamas, qui font leurs Prêtres, & leur donnent ce qu’ils ont 
de meilleur & de plus précieux. L'ignorance eft le partage de ces Prêtres. 
Îls pallent pour fçavans lorfqu’ils font capables de lire les faints Livres en lan- 
gue du Tibet. Leur libertinage eft exceflif, für-tout avec les femmes, qu'ils 
débauchent impunément. Cependant les Seigneurs de la Nation fe condui- 
fent par leurs confeils, & leur cédent le rang dans toutes les occafions pu- 
bliques. 

Les Lamas, obferve Regis, qui devroient s’employer à l’inftruétion de 
leurs Compatriotes, trouvent plus d'avantage à courir de tentes en tentes, à 
répéter certaines prières, pour lefquelles ils fe font bien payer, & à éxercer 
quelques pratiques de médécine dans lefquelles ils fe prétendent fort habiles. 
On trouve peu de Mongols qui fçachentlire & écrire. On voit même des La- 
mas qui entendent à peine leurs prières. Aufi renferment-elles des mots tout- 
à-fait hors d’ufage. Elles fe chantent, & l'air en eft ailez harmonieux. C'eft 
à quoi fe réduit tout le culte religieux des Mongols. Ils n’ont pas de facrifi- 
ce, ni l'ufage des offrandes. Mais le Peuple fe met fouvent à genoux, tête 
auc, devant les Lamas, pour recevoir l’abfolution, & ne fe léve qu'aprés 

- avoir 


Ca) Du Halde, wbi fup. pag. 45, 


lieuës 
venir 
ne, d 
nom 

érige 
quelq 


ernes 
nomb 
être de 
l'Emp 
mais q 
dans |: 
mélère 
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roît d’ 
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CE: 
bet. : 
Kbukku 


leurs (7) 
plus com- 
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hes, dont 
ifé, avec 
centre où 
feu; mais 
e pendant 
niens, les 
sny peu- 
nt les ma- 
(m). 

ten grand 
’ils appel- 
ommunes , 
foins. En 
t pas con- 


Mongols, &c. 


le, fuivant 
-cheki dans 
ie obéiflan- 

qu'ils ont 
es Prètres. 
res en lan- 
nes, qu'ils 
fe condui- 
afions pu- 


ruétion de 
) tentes, à 
à éxercer 
rt habiles. 
e des La- 
mots tout- 
eux. C'eft 
de facrifi- 
oux, tête 
qu'apres 
avoir 


DE LA CHINE, Liv. NL Cuar. ll 483 


avoir reçû ‘impofition des mains. L'opinion commune eft qu'ils peuvent 

faire tomber de la gréle & de la pluie. Plufieurs Mandarins en affurérent les 

* Miflionaires, fur le témoignage de leurs propres yeux, & leur confirmérent 

ce qu'on leur avoit raconté à Peking de la forcellerie de ces Prétres. Les 

* Mongols ne croyent pas que les ames pañlent dans le corps des bêtes. Ilsman- 

gent par conféquent toutes fortes de viande, particuliérement la chair des bé- 

tes farouches qu'ils pfennent a la chafle, quoiqu'ilsayent de grands ‘T'roupeaux 
d'animaux privés. 

Les Mongols ont une efpèce de dévotion, qui confifte à porter au cou des 
Chapelets dont ils fe fervent pour leurs prières. 11 y a peu de leurs Princes 

ui n'ayenc un Temple dans leur territoire, quoiqu'ils n'y ayent pas de mai- 
ss Gerbillon vit les ruines d'un ‘Temple, à plus de deux cens cinquante 
lieuës de Peking. IH avoit été bâti par des ouvriers Chinois, qu’on avoit fait 
venir exprès. Les tuiles, qui ctoient verniflées, ou plûtôt émaillées de jau- 
ne, avoient été apportées de Pcking. Un Lama, qui fe donnoit lui-même le 
nom de fo-vivant, & qui recevoit des adorations en cette qualité, avoit fait 
ériger ce Temple dans les terres du Roi de Xabul, fon frère (h). En un mot 
quelque ignorans & quelque débauchés que foient les Lamas, la prévention du 
Peuple eft fi grande en leur faveur, qu'il y à peu d'efpérance de faire goûter 
la Religion Chrétienne aux Mongols. 

UN Prince Mongol, verfé dans l’hiftoire de fes Ancêtres, à qui le Père 
Gerbillon demanda dans quel tems les Lamas avoient introduit la Religion de 
Fo dans fa Nation, lui répondit que c’étoit fous le régne de l'Empereur Xublay, 

u'il nommoit ÆHublays mais que ces premiers Lamas, fort différens des mo- 
dune , étoient fçavans, menoiënt une vieirréprochable, & faifoientun grand 
nombre de miracles. L’Auteur s’imagine que les anciens Lamas pouvoient 
être des Moines Chrétiens, venus de Syrie & d’Armenie, alors foumifes à 
l'Empereur Kublay, pour prècher l'Evangile aux Mongols & aux Chinois; 
mais que la communication de ces deux Pays avec la Chine ayant été coupée 
dans la fuite par le démembrement de ce grand Empire, les Bonzes Chinois 
mélèrent leurs fuperititions aux pratiques du Chriftianifme, & firent rece- 
voir par degrés la Religion de Fo parmi les Mongols. Cette conjeéture lui pa- 
roît d'autant plus vraifemblable, que les Lamas ont quantité de cérémonies & 
de coûtumes qui reffemblent à celles des Chrétiens. Ils employent l’eau bénite. 
Ils chantent dans le fervice Divin. Ils prient pour les morts. Leur habillement 
eft celui que nos peintures donnent aux Apôtres. Ils portent la mître comme 
nos Evêques; fans parler du grand Lama, qui repréfente parmi eux le Sou- 
verain Pontife (c).. 

© Ces Lamas Mongols ont à leur tête un Député, fous le Lama Dalay du Ti- 
bet. Il fe nomme le Kotuktu, & le lieu de fa réfidence eft ZZu-bu-hotim, ou 
Kbukku-hotun, Ville, dont on a parlé, fur les bords du Whang-ho dans le 
Pays des Ortus, où Gerbillon vit ce Miniftre Eccléfiaftique en 1692. 

ON doit avoir compris quel eft le Gouvernement des Mongols, en lifant 
qu'ils font divifés en quarante-neuf Banières, fous un grand nombre de petits 


Princes 


L] 


(b) Chine du Père du Halde, Vol. IV. 


pag. 29. & 46 (c) Ibidem, pag. 69. 
8. 29. & 46. 


Ppp2 


TanTanras 
MoncoLrs 


Dévorton 
des Grands, 


e 
Un Lama fe 
fait adorer. 


QuandlaRc- 
ligion de l'o 
fut introduite 
parmi les 
Mongols. 


Conjeéture 
du Père Ger- 
billon fur la 
Religion de ce 
Pays, 


Gouverne: 
ment des 
Mongol 


TARTARES 
MONGOLS, 


Grand noim- 
hre de Princes 
d'aitarcse 


Tour bonté 


pour leurs Su- 
dctse 


Etendue & 
fituation du 
Pays des Kal- 


ns. 


481 VOYAGES DANS L'EMPIRE 

Princes. Regis obferve que les Mancheous, après avoir conquis la Chine, don- 
nèrent aux plus puiffans les titres de ang, de Pey-les de Pey-tfe, de Kong &c; 
qu'ils aflignérent un revenu à (4) chaque Chef de Banière; qu'ils réglèrent les 
limites des territoires, & qu'ils y établirent des loix par lefquelles ils ont été 


gouvernés jufqu'aujourd'hui. Il y a, dans Peking, un grand'{ribunal, où l'on : 


appelle de la Sentence de ces Princes, qui font obligés d'y comparoitre eux- 
mémes, lorfqu'ils y font cités. Les Kalkas font aflujetus aux mémes reglemens, 
depuis qu'ils font foumis à l'Empire de la Chine. 

Les Contrees, ou les Banières des Mongols, entretiennent un grand nom- 
bre de Princes; fans en excepter les plus pauvres, c'eft-a-dire celles qui font 
froides, feches & fabloncufes, telles que Avrchin, Oban, Nayman & Turbeda. 
La feule Banière de Aorchin, lorfque les Millionaires traverferent le Pays, en 
avoit huit ou neuf, diftingués par différens titres, qui reviennent «à ceux de 
Ducs, de Marquis, de Comtes &c. Le nombre n'en cit jjas fixé, parce qu'il 
dépend toûjours de la volonté de l'Empereur, qui ef leur grand Ahan (e), & 
qui les éleve ou les dégrade fuivant leur bonne ou leur mauvaife conduite. 
Lorfqu'ils font fans titre ou fans aucun commandement militaire, ils portentle 
le nom de Tay-ghis ou Tay-kis, fuivant la prononciation Chinoïfe. Cependant 
ils font confidèrés, par les l'artares, comme les maîtres du Pays; & le Peuple 
eft comme Efclave des Chefs de chaque famille. Ces Princes ont leur poli- 
tefle, qui les diftingue du commun. Quoique leurs Sujets prennent eux-mêmes 
la qualité de leurs Éfclaves, ils ne les traitent point avecrigueur, & l'accès eft 
toûjours libre auprès d'eux. Cetté familiarité ne diminue rien au refpect qu'on 
leur porte. Les Tartares ont appris dès l'enfance qu'ils font nés pour obeir, & 
leurs maîtres pour commander (f). Mais le Gouvernement & la Religion des 
Mongols reviendront avec plus d'étendue dans l'articie fuivant. 


(4) On a vù cideffus que ces appointe- les Tartares prononceng ZZan, ou plütôt leus 
mens annuels font fort au-deflus de ceux qui prononciation tient du A & de l’ZZ, | 
ont aflignés aux Prine*s Mancheous à Peking. (f) Du Halde, uwbi Jup. 

Ge) Nous écrivons Kbam où Khan: mais 


& TV: 
Pays des Mongols Kalkas. 


D’ toutes les Nations Mongois, qui dépendent de la Chine, la plus nom: 
breufe & la plus célébre eft celle des Xalkas.. Elle tire fon nom de la ri- 
vière de Kalka. On donne aux terres qu’elle pofléde plus de deux cens lieuës 
de l'Eft à l'Oueft, Elie habite les bords des plus belles Rivières de toute cette 
partie de la ‘l'artarie. On la place au-delà des Mongols, proprement dits, à 
VEN des Æluths ou des Kalmuks. Le Pays des Kalkas, fuivant Gerbillon, s’é- 
tend de l'Oueft à l'Eft, depuis la montagne d’Æ{/tay jufqu’àa la Province de So- 
lon; &, du Nord au Sud, depuis le cinquantièéme & le cinquante-unième de- 
grés de latitude (4), jufqu’a l'extrémité Méridionale du grand défert de Cha- 

0 9 

e 


4) Du Halde a dit ailleurs qu'il s'étend de vingt-deux degrés de l'ER à l'Oucft, & de 
eq & demi du Nord au Sude | e 
El 
. o 
e 


mo, q 
qu'ils 


X gér 


qui, ! 
fortbo 
en ab 
qui a 
côte d 
de cen 
arbres 
marais 
d'afez 
LES 
Chine, 
s'étant 
lement 
turares 
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la vie € 
Lr 
peu fré 
fameuf 
tre lieu 
plufieut 
nommé 
au Nor 
Les 
fimeufe 
bonnes 
tes & d 
nes vaft 
nant fo 
qui fe 
frontièr 
ftruits 
fulter I: 
Le I 
que to 
de large 


(b) Ce 
Ce) Ch 


hine, don- 
e Kong Ke; 
glèrent les 
ils ont été 
al, où l'on : 
loitre eux- 
reglemens , 


grand nom- 
es qui font 
X Lüurbeda. 
c Pays, en 
“a ceux de 
parce qu'il 
an (e), & 
2 conduite. 
s portent le 
Cependant 
& le Peuple 
: leur poli- 
cux-mêmes 
« l'accès eft 
fpeét qu’on 
robeir, & 
cligion des 


u plûtôt leu 
11 


plus nom- 
mn de la ri- 
cens licuës 
toute cette 
ent dits, à 
illon, s’é- 
ce de So- 
inième dce- 
rt de Cha- 


1110 , 


Oucft, & de 


DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. UT. 48s 


mo, qu'on met au nombre de leurs poffefions. Ils y campent en hyver, lorf. 
qu'ils font moins preflés par le befoin d'eau, qui eit fort rare dans ces lieux 
& généralement mauvaife. 

CE défert, que les Chinois nomment Chuno, & les Tartares Aobi ou Go- 
 (b), environne une partie de la Chine. I n'eft nulle part fi grand ni 
fi horrible que du coté de l'Ouelt Gcérbillon le tiaverfa quatre fois, en aiffç- 
rens endroits, À l'Eft des montagnes qui font au-delà de la grande Muruille, 
il n'a qu'environ cent lieuës, mais fans y comprendre les montagnes au Nord, 
qui, malgré le petit nombre de leurs Habitans, ne laiflenc pas de renfermer de 
fortbhonnes terres, debeaux paturages, desbois, des fontaines & desruiffiaux 
en abondance, L'Auieur n y comprend pas non plusle Pays au-delà de Korlon, 
qui a beaucoup d'eau & de paturages, quoiqu'il foit peu habité, fur-tout du 
côté de l'Oucft. Le déferi cit beaucoup plus large du Nord au Sud, & plus 
de cent lieuës au-delà, Dans quelques parties, il eft abfolument ftérile, fans 
arbres, fans herbe & fans eau, a l'exception de quelques étangs & de quelques 
marais formés par les pluies, & de quelques puits creufés par intervalles, mais 
d'aflez mauvaife cau. 

Les Kalkas fonc les defcendans de ces Mongols, qui furent chafés de la 
Chine, vers l'an 1368, par /Æong-uu, fondateur de la race de Ming, & qui, 
s'étant retirés du côté du Nord, au-delà du grand défert, s’établirent principa- 
lement fur les Rivières de Selinge, d'Orkon, de Tula & de Aorlon, où les pà- 
turaces font fort abondans. Il eft furprenant qu'après avoir été fi long-tems 
accoütumés aux délicateffes de la Chine, ils ayent pû reprendre fi facilement 
la vie errante & gro!liére de leurs Ancètres (c ). 

Li Âalka-pira, ou la Rivicre de Kalka, fuivant l'obfervation de Regis, eft 
peu fréquentée par les Kalkas, quoiqu'ils en tirent leur nom. Elle coule de la 
fameufe montagne qui porte le nom de Suelki où Siviki, à quatre-vingt-qua- 
tre lieues de Parin, & foixante-quaire de Tjitfikar. On prétend qu'il en fort 
pluficurs autres Rivières, mais peu conlidérabies. Après avoir paflé par un lac, 
nommé Puir, elle change fon nom en celui d'Urfon; & coulant direétement 
au Nord, elle fe jeie dans le Koxlon-nor, qui eft beaucoup pius grand. 

Les Rivières de Kerlon, de Tula, de Toui & de Selinga, quoique moins 
fameufes dans cès Contrées par leur origine, font plus utiles au Pays par les 
bonnes qualités de leurs eaux, qui produifent une grande abondance de trui- 
tes & d’autres poiflons, & par la fécondité qu'elles répandent dans les plai- 
nes vaftes & bien peuplées qu'elles arrofent. Le Æerlon, ou le Kerulon, pre- 
nant fon cours de l'Oueft à l'E, tombe aufi dans le Lac de Aoulon-nvr , 
qui fe décharg: lui-même dans le Saghalian-ula par la Rivière d'Ergone, 
frontière des Manchcous de ce côté-la. Ceux qui veulent etre mieux in- 
ftruits de la fituation de ce Lac & du cours de ces Rivières doivent con 
fulter la Carte. 

Le Kerlon, fans avoir beaucoup de profondeur, puifqu’on le pafle pref. 
que toûjours à gué fur un fond de fable, & fans avoir plus de foixante pieds 
de largeur, arrofe les plus riches päturages de la Tartaric. 


Là 


(b) Ce mot fignifie Defert. 
Ce) Chine du Père du falde, wbi fup. Vol. IV? pag. ga? 


Ppp 3 


TARTARES 
Monwcozs, 
| J 
Défert de 
Chao, | 
de K }\êe 


* Origine des 


Kalkuse 


Rivicres qu? 


arrofent leur 
Pays, 


Le Kaka 


Le Kerlon,, 
Le Tula. 
Le oui. 
Le Selingas 


® 


Lae de Koue 
lon-nor, 


© 


nl, nanee— 


TARTARYS 
MoncoLs. 


. 


Lac de Pay- 
kal, aux Ruf- 
ficns. 


Villes de Se- 
linghinskoy & 
d'Irkutskoy. 


Route com- 
mode jufqu'à 
Fobolskuy, 


Remarques 
tirées de Beu- 
tink. 


Rivières 
d'Orkhon & 
de ‘Fola, 


Rivière 
d'Altay ou de 
Siba, 


486 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


LA Rivière du Tula coule de l'E à l'Oueft. Elle eft ordinairement plus 
large, plus profonde & plus rapide que le Kerlon. On trouve aufli plus de 
bois fur fes bords, & d’aufli belles prairies. Du côté du Nord, elle a des 
montagnes, couvertes de grands fapins, qui forment une perfpective agréa- 
ble. Les Mongols de cette partie de la Tartarie en parlent avec admiration. 
Cette Rivitre, s'étant jointe à celle d’Orgon, d’'Orkhon, ou d'Urhon, qui vient 
du Sud-Oueft, coule vers le Nord; & groflie par quantité d’autres, telles 
que le Selinga-pira, elle va fe jetter enfin dans le lac de Pay-kal (4), qui 
paile pour le plus grand de toute la Tartarie, Ce lac cft du domaine des Rus- 
fiens, qui étant maîtres aufli de la partie baffle du Selinga, on6 bâti fur la 
rive oppofée, c’eft-à-dire près des limites communes des deux Empires, une 
petite Ville nommée Seinghinskoy; & plus loin, celle d'Jrkutskoi (e), beau- 
coup mieux peuplée que la précédente, & peut-être la plus floriffante de 
toute la T'artarie par le Commerce. 

Dans la route d’Irkutskoy à Tobolskoy, Capitale de la Sibérie & de 
la Tartarie Septentrionale , on rencontre un grand nombre de Villages, 
où les logemens font commodes. Mais, en allant du S:linga au Sud, 
jufqu’a la grande Muraille, on eit réduit à vivre & à fe loger comme les 
Fartares. * 

Les eaux du Toui-pira ne font pas moins claires & moins faines que celles 
du Kerlon. Après un aflez long cours, dans des plaines fertiles, cette Ri- 
vière va fe perdre fous terre, près d'un Lac, & ne reparoît plus (f). 

Cerre defcription des Rivières eft tirée des Mifionaires; mais nous y 
joindrons quelques autres remarques de Bentink. Cet Hiftorien nous apprend 
que la Rivière de Selinga à pluficurs fources, & que celle de Werch, qui 
eft la principale, eft un lac, auquel les Mongols donnent le nom de Kofo- 
gol (g}): que fon cours eft en ligne prefque direéte, du Sud au Nord, dans 
des plaines fertiles , & qu'après avoir groili confidérablement fes eaux par 
celles de plufieurs Rivières, qui s’y joignent des deux côtés, elle fe déchar- 
ge dans le Lac de Pay-kal; que fes eaux , quoique bonnes & légères, ne 
produifent pas beaucoup de poiflon ; que fes deux rives, depuis fes four- 
ces jufqu'a une journée de Selinghinskoy , appartiennent aux Mongols ; 
mais que depuis cette Ville jufqu'au Lac, les Pays voifins dépendent de la 
Ruflie. 

L'ORkHoN, anciennement nommé Xalaffui , coule au Nord Nord-Ouef, 
& fe jette dans le Selinga. C’eft fur fes bords que le Khan des Mongols Kal- 
kas & leur Xhutukku font ordinairement leur réfidence. 

Le Ta, qui portoit autrefois le nom de Xollanuaer , vient de l'Eft-Sud- 
ER & fe jette dans l'Orkhon. Les caravanes de Sibérie entrent fur les terres 
de la Chine après avoir pañlé cette Rivière. 

CELLE d’Altay, qui fe nomme aujourd’hui Sika, prend fa fource vers les 
frontières des Kalmuks ou des Eluths, dans les montagnes que les J'artares 
nomment Uskum-luk-tugra, vers le quarante-troifiéme degré de latitude, au 
Sud des fources du Ÿenifen. De-là, coulant à l'Eft-Nord-Eft, elle fe perd 
eu Nord du Défert de Gobi ou de Chamo, Sud-Sud-Eft de la fource de l'Ork- 

bon. 


(4) Les Cartes mettent Bay-kal. (f) Du Halde, ubi fup. pag. 23. & fuiv. 
Ce) Ergouski dans le tuxte François, (g) Ou Ko-fokol. Kol où Gol fignifie Lac. 


bon. 
l'Emp 
de VA 

LE 
tire 
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Mong 
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La 
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admiration. À 
1, qui vient 
tres, telles 

1 (d), qui 

ne des Rus- 

bêti fur la 
npires, une 
(e), beau- 
oriflante de 


béric & de 
> Villages , 
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comme les | 


que celles 

, cette ki- 

(f)- | 
nais nous y À! 
us apprend 
Werch, qui 
m de Kofo- 
Nord, dans 
ss eaux par 
: fe déchar- 
égères, ne 
is fes four- 
Mongoils ; 
ndent de la 


e 


lord-Oueft, 
ongols Kal- 


l'Eft-Sud- 
ir les terres 


ce vers les 
s Jartares 
titude , au 
le fe perd 
de l'Ork- 

hon. 


3. & fuiv, 
fignifie Lacs 


& 
DE LA CHINE, Liv. II. Car. IL 487 


bon. Un petit Khan des Mongols ; qui cft à préfent fous la protection de 
l'Empire Chinois, fait fa réfidence ordinaire. aux environs de la Rivière 
de Siba. | 

Le Dfan-muran (h), que d’autres nomment le Tan ou le Jan-muran, 
tire fa fouree des montagnes qui traverfent le Défert de Gobi, vers le 
quarante - troifième degré de latitude. Il coule au Sua-Sud-Eft, & fe jet- 
te dans le Whang-ho fur les frontières du Tibet. Deux petits Khans des 
Mongols, tous deux fous la proteétion de l'Empereur, font leur rélidence fur 
fes bords. 

La Rivière d’Argun, où d'Ergone , fort, dans le Pays des Mongols, d’un 
Lac auquel ils donnent le nom d’Argun-dalay. Après un cours d'environ 
cent lieuës, prefqu’à l'Eft-Nord-Eft, elle tombe dans la grande Riviere (i) 
d'Amur. . 


CD)" Fan-muran dans l'Hiftoire d'Abulghasi. . 
(i, Hiütoire des Turcs, des Mongols, &c. Vol, IT. pag 215. & fuiv. 


Ruines de plifieurs Villes, particulièrement de K AR 4-KOR AN. 


ETTE partie de la T'artarie offroit autrefois plufieurs Villes, qui n'éxif- 
tent plus. Les Mifionaires remarquèrent fur les bords Septentrionaux du 
Kerlon les ruines d’une Ville confidérable , dont la forme avoit été quar- 
réc, On diftinguoit encore les fondemens & quelques grandes parties des 
murs. Elle avoit eu vingt lis Chinois de circonférence. Deux pyramides s’y 
faifoient connoître par leurs débris. Son nom étoit Para-hotun , qui fignifie 
la Ville du Tygre. Les Tartares regardent le cri d'un tygre comme un augu- 
re favorable. 

Ox voit les ruines de plufieurs autres Villes dans les Pays des Mongols & 
des Kalkas, mais peu anciennes. Elles ont été bâties par les Mongols fuccef- 
feurs du fameux Kublay,. où Kobolihon, fuivant la prononciation lartare, qui 
ayant conquis toute la Chine devint le fondateur de la Dynaîtie de Tven. 
Quoique le génie de cette. Nation lui fafle préferer fes tentes aux maifons les 
plus commodes, on peut fuppoler qu'après la conquête de la Chine, Ku- 
blay, qui poñédoit toutes les qualités du Chinois le plus accompli, civi- 
lifa fes Sujets & leur fit prendre les nfages du Payÿs qu'ils avoient fubjugué. 
La honte de paroître inférieurs à des Pcnples qu'ils avoient vaincus, les porta 
fans doute à batir des Villes dans la Tartarie. Ils firent alors ce qu'on a vû 
faire aux Mancheous fous le gouvernement de l'Empereur Khang-hi, qui a 
bâti de grandes Villes dans les Cantons les plus reculés, & de belles maifons de 
plaifance dans ceux qui touchent à la Chine, telles que Ÿe-ho & Kara-botun. 
Mais comme ces Villes Mongols furent détruites & abandonnées dans l'efpa- 
ce d'un ficcle, lorfque les Chinois devinrent conquérans à leur tour, il n'eft: 
pas furprenant que le tems ait manqué à leurs Fondateurs pour y élever des 
monumens capables d’éternifer leur mémoire. 

Les Milionaires ne trouvèrent qu’une Infcription dansle Pays, fur la rou- 
te de Kya-keu au Kerlon, à la diftance d'une lieuë du petit Lac de Æo-luffay. 
Elle eft en caraétères Chinois, gravés fur les parties fupérieures de quelques 

locs de marbre, On y lit que l'Armée commandée par l'Empereur To:g-lo 


arriva dans ce lieu le 14 de May; d'où l'on peut conclure que ce Prince ne 


pourfuivit 


TARTARES 
Moncozs, 


Tfan-muran, 


Argun,ou 
Ergonc. 


Ancienne 
Ville de Pare- 
hotun, 


Origine & 
deftruétion de 
plufieurs V'il- 
lies Mongols.. 


fricription 
trouvée par 
les MMiffionai- 


res, 


PE 


PE à © nt oh RE EDP ane 


TARTARES 
Moncozs. 


Kara-uflon, 


Regis doute 
fi c'eft l’an- 
cienne Kara- 
koram. 


Ses objec. 
tions, 


Recherches 
pour détermi- 
per la pofition 
te Kara-ko- 
ram, 


488 VOYAGES DANS LEMPIRE 


pourfuivit pas les Mongols au-delà du Ker'on & fe contenta de les tenir éloi- 
gnés de la grande Muraille. : | 

Assez près de Para-hotun on trouve les débris d'une autre Ville, dans un 
lieu nommé aujourd'hui Xara-ufJon , où l'on voit un petit Lac & une belle 
Source. La plaine cft fertile. Elle nourrit un grand nombre de daims & de 
mules fauvages. Regis cit embarraflé à décider fi cette Ville étoit (a) Kura- 
koram, réfidence de Aongohau (b), où de fon prédécefleur Kayu-fu (ec), à 
qui Saint Louis envoya un Dominiquain nommé Longumeau, en 1249 , avec 
de magnifiques préfens. 1l n’eft pas aifé de comprendre, dit cet Ecrivain, 
comment un Empereur de toute la T'artarie & des parties Septentrionales de 
la Chine pouvoit réfider, au Nord du Saghalian-ula , dans un Pays qui n’eft 
propre à fervir d'habitation qu'a des Sauvages (2), ou comment une Ville, 
dans cette fituation, pouvoit entretenir un auffi grand nombre d'Officiers , 
d'Ambafladeurs & de Marchands de toutes Ics Nations qu’on le rapporte. Le 
mème Auteur obferve que la polition des montagnes & des rivières dans cette 
partie de la Tartarie, au-deflous du cinquantième degré de latitude, ne s’ac- 
corde nullement avec ja route des Voyageurs de ce tems-là, qui n'ayant eu 
ni le fecours des Mathématiques ni celui de la bouflole pour fe conduire dans 
un filong voyage à l'Eft, ont pà décliner infenfiblement vers le Sud, au-lieu 
d'avancer comme ils fe l’imaginoient jufqu'au foixantième paralelle du Nord. 
Il fait remarquer aufi que fuivant leur Relation, le feu des tentes & de l'appar- 
tement même de l'Empereur n'étoit que d'épines, de racines de bois mort & 
de fiente de vache; quoique dans les parties, foit du Nord, foit du Sud, juf- 
qu'à Kara-botun, la ‘Tartarie ne foit pas fans bois de chaufage, excepté dans 
les plaines qui font en-deçà du cinquantième degré (e). 

Comme les Mifionaires qui ont dreflé la Carte de ce Pays déclarent qu'ils 
n'ont pû déterminer éxaétement la fituation de Xura-koram, le Traduëteur An- 
glois de l'Ouvrage du Pcre du Halde entreprend, dans fes Notes, d'éclaircir 
ce point, qu'il croit fort important pour la Géographie moyenne de Ja ‘'ar- 
tarie. Il obferve que fuivant d'Ilerbelot (f), le nom de ÆKara-koran vient des 
Tlabitans du Turkeftan, voilins des Tartares à l'Ouelt, 4bwlfarai (g) dit que 

iXara-koram 


(a) Bentink paroït douter que fa Vile de 
Kara-koram ait jamais éxifté, parce qu'il ne 
refte aucune tracc de ce nom, & que la IKelr- 
tion de la route de Rubragius lui fembie nan- 
feulement confufe, mais encore peu confor- 
me aux idées que nous avons aujourd'hui du 
Pays par lequel ce Voyageur prétend avoir 
pallé. L'erreur de Bentink vient apparemment 
de ce qu'il confond Kara-kuin avec Kara ko- 


am. Ils'cit imaginé que ces deux noms é- 


tôient le même, aulieu que le premier ef le 
nom du Pav:, & le fecond celui de la Ville 
qui y avoit été bâtie. Abu'lghazi-khan diftin- 
gue clairement Fun de l'autre, quoiqu'il ne 
nomme pas la Ville. Foyexl'Hifloire des Lurcs, 
des Mongols, €ÿc. Vol, IE pag. 515. 

(b) Nommé aufli parles Voyageurs, Man- 


gu, Mongko & Munkuba. Voyez les Objer- 


cations Mathimatiques du P. Suuciet, pag. 186. 
(ce) Regis croit que Kayufu ou Kayul é- 


Ji (Al 


tant ie Tuytfu Chinois, ou le grand-père de 
l'mpereur Yves ou Jun, doit être le grand- 
père de Kublay, quieft nommé auffi Che-1/; 
fuivant l'ufage de Fa Chine. Mais le Track 
teur Anglois obférve que Fengbitz-kan, & non 
Kayuk-khbam, étoit le grand-père de Kublry, 
& qu'il étoit par conféquent le Zaytfu; que 
Kayuk étoit fils d'Oltay, troificine ‘fils de 
Tensbiz.kban, comme Aoplay étoit fils de Tu. 
ay où Taulay) quatrième fils du même 
Jenghiz-khan. Cette remarque, continuet-il, 
peut fervir à corriger une autre méprife de 
l'Auteur, qui appelle (pag. 214.) Hopidlie ou 
Koblay, le quatrième fils de ‘Tay-tfu, 

(d) Pourquoi Para-hotun & Kora-uflon ne 
pourroient-ils pis avoir été Lâtis par les Tar- 
tares, qui habitoient les rives de l'Onon? 

(e) Du Halde, Vol. IV, pag. 23, & fuiv, 

(f) Art. Ordu Balig. * 

(g) Hift, Dynaft, pag. 320, 


\æ 


Kara 
que | 
que c 
aufi- 
raifoi 
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de 
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Gi 
du Péro 
(i) 
Mens d: 
CR) 
(1) 1 
(m) 
(n) 
feccs, fl 


l'II 


enir éloi- 


, dans un 

une belle 
ims & de 
(a) Kara- 
fu (ce), à 
49 , avec 
Ecrivain, 
rionales de 
s qui n'eft 
une Ville, 
Officiers , 
pportg. Le 
dans cette 
e, ne s'ac- 
n'ayant eu 
nduire dans 
ud, au-licu 
: du Nord. 
de l'appar- 
ois mort & 
u Sud, juf- 
cepté dans 


larent qu'ils 
uteur An- 
| d'éclaircir 
de la ‘T'ar- 
m vient des 
g) dit que 
Sara-koram 


rand-père de 
être Le grand- 
auf Che-t}u, 
is Le Fracuic- 
g-kan, & non 
> de Kublry, 
Lay-tfu; que 
fième ‘fils de 
it fils de Tu. 
fils du même 
continuest-il, 
méprife de 
) Hopi-lie ou 
-tfu. 
Kora-uflon ne 
par les Tar- 
l'Onon ? 
23, & fuiv, 


DE LA CHINE, Liv. lil. Cap. IL 489 


Kara-koram eft la même chofe qu'Ordu-balikt; & le Père Gaubil nous affüre 
que l’Hiftoire Chinoife l'appelle Ho-lin (b). Le Cordelier Rubruguis raconte 
que de fon tems Xara-koram n'avoit qu'un mur de terre, & que la Place même, 
aufli-bien que le Palais du Khan, étoient de méprifables édifices en compa- 
raifon de ceux de l’Europe. Cependant il la repréfente (i) fort peuplée & 
remplie d’un grand nombre de Palais, de Temples, &c. A l'égard de fa fon- 
dation, Abu'lfarai & d'Herbelot affürent qu’elle fut l'ouvrage d'Oktay, troifie- 
me fils & fucceffeur de Fenghiz-khan, après la conquête du Xin ou du Katay; 
& leur témoignage s’accorde avec celui d’Abu’lghazi-khan. Mais dans les Ex- 
traits de l’Hiftoire Chinoife, dont nous fommes redevables à Gaubil , il eft 
arlé de cette Capitale de l'Empire Mogol comme fi elle avoit éxifté avant 
Venghiz-khan (k). On y lit qu'en 1235 Oktay fit de Ho-lin une Ville neuve, 
& qu’il y bâtit un magnifique Palais (7). Abu’lfarai nous apprend auffi qu'il la 
peupla d'Habitans du Katay, du Turkeftan, de Perfans & de Muftara-biens (m). 
Mars Abu'lghazi-khan s'arrête un peu plus aux détails, quiconcernent l'ori- 
gine de cette Ville. Il raconte qu'Ugaday ou Oktay-khan, après fon retour du 
Katay, l'an de l'Egire 634, & 1236 de Jefus-Chrift, continua de faire fa ré- 
fidence dans le Pays de Kara-kum (n°) ou du Sable noir ; qu'il y bâtit un Palais 
magnifique ; qu’il fit venir les-plus habiles Peintres du Katay pour l’orner & 


qu’il donna ordre aux Princes du Sang & à fes grands Officiers de bâtir de 
belles maifons à l’entour ; qu’il fit conftruire auffi une belle fontaine, avec un 


tygre d'argent de grandeur naturelle, qui jettoit de l'eau (0). Le Traduéteur 
du Père Du Halde juge que Kara-koram ( Ordu-balik ou Ho-lin ) étoit fituée 
dans le Pays de Xara-kum, qui fignifie Sable noir, & que ce fut dans cette Ville 
que tous ces ouvrages furent éxécutés; malgré le témoignage de Petis de la. 
Croix (p), qui dit qu’Oktay faifoit fa réfidence ordinaire à Olug-yurt (q), 
peu éloignée de Kara-koram; d'où l'on pourroit conclure que le Palais & les 
autres édifices furent bâtis à Olug-yurt. Mais, peut-être Olug-yurt n'eft-il 
qu'un autre nom que les Mongols donnoient à leur Ordu-balik où Kara-koram ; 
car on ne trouve aucune trace de deux Villes dans les autres Auteurs. On lit 
feulement que les Khans, avant Xoblay, étoient couronnés & faifoient leur 
réfidence à Æo-lin où Kara-koram. De la Croix prétend que c’étoit le fiége de 
l'Ung ou du Fang-khan des Kara-its , nommé communément le Prête-ean , 
que la Ville, peu confidérable en elle-même, fut prife par Fenghiz-khan, qui 
l'augmenta beaucoup; & qu'Oktay-kan l'ayant rebâtie, en fit une Ville (r) 
fameufe. 

Dans une autre Note, le Traduéteur obferve que Gauhil nous donne la fi- 
tuation éxaête de cette Ville, d'après l'HiftoireChinoife. La Nation des Mon- 
gols étoit contigue, dit-il, à celle des Naymans, près de la Ville de Ho-lin 

ou 


Ch) Voyezles Obfervations Mathématiques 
du Père Souciet, pag. 185. 

(i) Voyez ci-deffous d’autres Eclaircifle- 
mens dans fes propres voyages, 

CR) Souriet, pag, 186. ( 

(2) Le même, pag. 192. ( 

Cm) Hit. Dynaft, pag. 3ro. ( 

(n) Nom général pour fignifier des Pays ( 
fece, Fihloneux & défaits, tels qu'il s’en trou- 


VIII. Pat. Qq q 


ve piufieurs {ur les bords du Karazm, près de 
la Mer Cafpienne. Abu'lghazi-kham en décrit 
un. Voyez l'Hift. des Turcs, des Mogols, {c. 
Vol, L pag. 152. & Vol. IT. pag. 513. 

) Hiftoire des Turcs, pag. 486. 

) Hift. de Jenghiz-khan, pag. 22. & 362. 
) Olug-yurt fignifie la grande Ville. 
) 


0 
P 
q 
r) Iift, de Jenghiz-khan, pag. 27. 262. 


TARTARNPS 
Monwcozs. 


La fituation 
de Kara-ko- 
ram fe trouve 
dans les Ex- 
traits Chinois 
du Père Gau- 
bil. 


490 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


TarTanes ou de Kara-koram (5), au Nord du Défert fabloneux, dont la latitude (+), : propr 
MONGOLS. obfervée par l'ordre de Kublay-khan, fe trouva de trente-quatre (v) degrés fouve 
onze minutes; | & le calcul apprit que fa longitude étoit de dix degrés onzej# point 

minutes ] Oueft de Peking. On peut inférer de-la, fuivant le Traduéteur, que À rent à 

Kara-koram étoit fituée fur le bord ou près du Lac de Kurahan-ulen, & par dire, 

conféquent fort loin de Aura-hotun & de Para-botun ; c'eft-à-dire, à quatre tres, 

cens quatre-vingt-huit milles, Nord-Oueft du premier, & à quatre cens vingt Croix , 

” Sud-Oueft du fecond. Nous ignorons, concinue-t-il, fi les Mifionaires qui ont tr 

ont dreflé la Carte de la T'artarie pénetrèrent jufqu'a ce Lac, ou s'ils s'enrap-  Æ LE 

‘_ portérent aux récits des Mongols. Mais quelqu'idée qu'on en prenne, il eft Monge: 

furprenant qu’ils n’euflent rien appris de Aara-koram, dont les ruines doivent du Xa 

encore fubfifter aux environs du Lac. C'étoicleSiége Impérial des Khans, juf- deux , 

Gb qu'au regne de Koblay , qui, pour être plus proche de fes conquêtes, le tranf- huit d 
Chanson de fera dans la Ville de Chang-tu qu'il avoit bâuie. C'eft de Marco-Polo & de Hay- bords 
tic par Ko. ton que nous apprenons cette dernière circonftance. Le premier donne à Chang- quatrc 
blay, tu le nom de Ciandous & l’autre, .par corruption peut-être, lui donne celui plus d 
de Fons. 5. Sul 

LA Ville de Chang-tu étoit fituée dans le Pays de Karchin, à quarante-deux dix de 


degrés vingt-deux minutes de latitude, Nord-Eft de Peking (x). Elle eft dé | rante- 
truite; mais il paroît que c’eft aujourd’hui Chau-nay-manfuma, qui eft une des nutes 
trois ruines marquées dans la Carte des Miflionaires, fur la Rivière de Chang- minutc 
tu; car ils ne prennent pas plus connoiffance de cette célèbre Capitale que de Sur le 


Kara-koram, Efltina, Kompion & d'autres anciennes Villes. Koblay pañloit le fecond 
Printems & l'Eté à Chang-tu, & le refte de l'année à Cambalik(y )ou Peking. Sur l1 
C’étoit-là, fuivant la conjeéture de l’Auteur, que réfidoit la Cour Tartare, 
auffi long-tems que les Mongols furent en poflefion de la Chine. Mais après 


nutes 
latitud 
le Tegi 
des de 

tous ce 
métans 
de la C 
deux di 


leur expulfion, l'an 1308, il eft probable que Kara-koram redevint le Siége 
des Khans, quoique depuis le tems d'Oktay, Petis de la Croix les faffe réfider 
à Olug-vurt (x), Ville peu éloignée de Kara-koram, ou peut-être la même, 
comme on vient de l’obferver. 

Le Traduéteur remarque auñi que depuis le tems «d’Ædry-Khan, quinzième 
fucceffeur de Koblay, on ne parle plus, à Olug-yurt, des Princes defcendus 
de Tuli-khan, mais feulement de ceux qui étoient fortis de Koblay-khan & qui 

Olugyute  demeurèrent Empereurs de la Chine (4). Quoiqu'il en foit, Olug-yurt éxif- 
éxiftoit enco- toit vers le commencement du quinzième fiécle; car Alchi-timur, qui précéda 
me poue, di} de deux fucceffions, monta fur le Trône dans cette Ville en (b) 1405. 

DRE Il ne faut point efpérer après cela de découvrir quel fut fonfort, à moins qu'il 
ne nous vienne de nouvelles lumières de quelque fçavant Miffionaire, tel que 

le Père Gaubil. Soit qu'Olug-yurt & Kara-koram ayent été la même Vilie ou éul 

non, il y a beaucoup d'apparence qu’elles ont eu le même deflin. Enfin, le celui de 

Traducteur ajoûte que ceux qui ont compofé la Carte lui paroïffent avoir été voit dat 

fort mal inftruits de la Géographie & de l'Hiftoire de la Tartarie avant leur re qui s 

| RO la un T 


(:) Obfervations Mathématiques du Père Ibid. & Marco-Polo, lib. I. cap. 65: 

Souciet, pag. 185. Hiftoire de Jenshiz-khan, pag. 386. o 
(t) 1bid, pag. 18$ & 202. a) Ibid, pag, 401. | (a) 
(vu) Angl. de quarante quatre, KR. d, E b) Ibidem, | ou on 
(x) dbidem. pag, 97. 1, 4, wula à 


tude (r), 


v ) degrés 


egrés onzejf® È 


cteur, que 
en, & par 
à quatre 
cens vingt 
naires qui 
ls s’en rap- 
nne , il eft 
es doivent 
hans, juf- 
, le tranf- 
& de Hay- 
ne à Chang- 
onne celui 


rante-deux 
ille eft dé- 
ft une des 
de Chang- 
ale que de 
pafloit le 
u Peking. 
Tartare, 
Mais après 
it le Siége 
Te réfider 
la même, 


quinzième 
defcendus 
han & qui 
yurt éxif- 
i précéda 
b) 1405. 
oins qu’il 

e, tel que 
e Ville ou 
Enfin, le 
avoir été 
avant leur 
propre 


I. cap. 65: 


pag. 300. 


geurs, on trouve Xutugtu, & par méprile, 


DE LA CHINE, Liv. III. Car. ii, 491 


propre tems; & c’eft par cette raifon qu'ils s’y arrêtent fi peu, ou que le plus 
fouvent, lorfqu'il en touchent quelque chofe, ils s'écartent fi fort du véritable 
point. Gaubil nous fait connoître, dans fon Hiftoire des Mongols qui régné- 
rent à la Chine, que depuis le tems de Koblay jufqu'à leur expulfion, c’eft-à- 
dire, pendant que la l'artarie & la Chine furent réunis fous les mêmes Maï- 
tres, ils ne réfidèrent jamais à Xara-koram. ‘ Aïnfi la fuccefion de” Petis de la 
Croix, depuis Koblay, doit étre faufle; ou dumoins, les Auteurs qu'il a fuivis 
ont transformé des Gouverneurs en Empereurs. 

Les Princes des Kalkas, que les Chinois nomment Kulla-te-tfes & Kalta- 
Mongous , font leur réfidence ordinaire dans les lieux fuivans: r. Sur les bords 
du Xalka-pira, un peu moins de quarante-huit degrés de latitude; & vers un, 
deux, trois, quatre degrés de longitude-Eft. 2. Près de Puir-nor, quarante- 
huit degrés de latitude; un degré vingt-neuf minutes de longitude. 3. Surles 
bords du Kerlong-pira, entre quarante-fept & quarante-huit degrés de latitude ; 
quatre, cinq, fix degrés de longitude Oueft. 4. Sur les bords du Tia pira, 
plus de quarante-fept degrés delatitude; neuf & dix degrés de longitude Oueft. 
5. Sur les bords du ÆHara-pira, quarante-neuf degrés dix minutes de latitude ; 
dix degrés quinze minutes de longitude Oueft. 6. Sur le Selinga-pira, qua- 
rante-neuf degrés vingt-fept minutes de latitude; douze degrés vingt-fix mi- 
nutes de longitude Oueft. 7. Sur l’Iben-pira, quarante-neuf degrés vingt-trois 
minutes de latitude; dix degrés trente-deux minutes de longitude Oueft. 8. 
Sur le Touipira & le Kara-üjir, quarante-fix degrés vingt-neuf minutes vingt 
fecondes de latitude ; quinze degrés feize minutes de longitude Oueft. 9. 
Sur l'{ru-pira, quarante-fix degrés de latitude; quinze degrés trente-cinq mi- 
nutes de longitude Oueft. 10. Sur le Patarik-pira , quarante-fix degrés de 
latitude; quinze degrés (c) trente-deux minutes de longitude Ouett, rr. Sur 
le Tegurik-pira, quarante-cinq degrés vingt-deux minutes quarante-cinq fecon- 
des de latitude ; dix-neuf degrés trente minutes de longitude Ouelt. Ajoûtez à 
tous ces lieux la Ville de Æumi & fon petit territoire, pofledés par des Maho- 
métans, qui dépendent, comme les Kalka-te-tfes leurs voifins, de l'Empereur 
de la Chine; quarante-deux degrés cinquante-treis minutes delatitude; vingt- 
deux degrés vingt-trois minutes de longitude (d). 

(ce) Angl. feize desrés. R. d. F. gloife, dans les Notes, pag. 250. & fuiv. 
(d) Du Ilulde, Vol. IL de l'Edition An- 


Religion des Kalkas. 


L° Religion des Kalkas n’eft pas différente de celle des Mongols. Ils ont 
auffi leur Khutuktu (a), mais qui n’eft pas foumis au Lama-Daluy comme 


celui de Xbukku-hotun. Le Khutuktu des Kalkas, pendant que Regis fe trou- 
voit dans leur Pays, étoit frère de leur Han ou de leur Khan. Avant la guer- 
re qui s'éleva entre leur Nation & celle des Eluths, il avoit élevé près de Tu- 
la un Temple magnifique, bâti de briques jaunes & verniflées par des ou- 

: vricrs 


Ca) On écritauîfi Hutuktu. Dans les Voya-  Iotget & Rotokoye. Ces variétés viennent de 
la manière différente dont on conçoit la pro- 
Strahlhenbourgh écrit  nonciation Tartarc, 


Qgg 2 


Kuufla & Kutufta, 


TARTARES 
Moxuozs. 


Réfidenceés 
des Princes 


Kalkas, 


Hami, Ville 
Mahométance. 


Khutulti 
des Kalkas. 


Temple qu’il 
fait bâtir & fa 


ruine, 


RELIGION 
pxs KaLkas. 


Adorations 
au'ilreçoit. 


Ville deten- 
tes. 


Grand La- 
na ou Lama- 
Dalay, qui 
habite au Ti- 
bct. 


Nation des 
U-chu-nu- 
chios. 


Ufurpation 
du Khutuktu 
des Kaikas. 


492 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


vriers de Peking. Ce bel édifice fut détruit en 1688, par Kaldan, Khan des 
Eluths, & l'on en voit encore les ruines. Les Tartares, regardant cette ac- 
tion comme un facrilège, font perfuadés que la deftruétion de l'armée & de la 
famille de Kaldan fut un effet de la vengeance célefte, 

Le Khutuktu, qui avoit été une des principales caufes de la guerre, habi- 
te à préfent dans des tentes. Il eft aflis dans la plus grande, comme fur une 
efpèce d'autel, où il reçoit les hommages de plufieurs Nations. 11 ne rend 
le falut à perfonne. Les Grands & le Peuple le confidèrent comme un Dieu, 
& lui rendent les mêmes adorations qu’à fo même. Leur aveuglement, qui 
va jufqu’à la folie, les porte à croire qu’il n’ignoroit rien, & qu'il difpofe ab- 
folument du pouvoir & des faveurs de Fo. Ils font perfuadés qu'il eft déja né 
quatorze fois, & qu’il renaîtra encore lorfque fon tems fera fini. Les Miffio- 
naires fe glorifient de lui avoir reproché une Idolâtrie fi groffiére , aux yeux 
de plufieurs Princes Mongols; d’avoir relevé fon ignorance à l’occafion de 
quelques demandes qu’il faifoit fur l'Europe, & de l'avoir menacé des juge- 
mens de Dieu & d'un fupplice éternel. Mais il paroît que les ayant écoutés 
froidement, il ne continua pas moins de recevoir les adorations des Seigneurs 
T'artares (b). | 

LA prévention des Mongols attiroit une foule de Peuple à Zhen-pira, où ce 
Prince Lama réfidoit depuis vingt ans. On pouvoit nommer ce lieu une Ville 
de tentes, où la preffe étoit beaucoup plus grande que dans aucune autre Ha- 
bitation de la Tartarie. Les Rufliens de Selinghinskoy (ce), qui n’en eft pas 
loin, y viennent pour le Commerce. On y trouve au!li des Bonzes de l'In- 
doftan, du Pegu, du Tibet & de la Chine , quantité de T'artares des Cantons les 
plus éloignés, & des Lamas de toutes fortes de rangs ; car on en diftingue dif- 
férens Ordres, quoiqu'ils reconnoiffent pour leur Chef le grand Lama, qui 
habite à l’Oueft de la Chine, fur la Rivière de Lafa (d). Les Chinois don- 
nent le même nom au lieu qui eft confacré par fon l'emple. Mais les Tartares 
voifins le nomment Barantola, & donnent à tout le Pays le nom de Tibet. 

C£ fouverain Pontife du Paganifme dans les Régions Orientales, confère à 
fes Lamas divers degrés de pouvoir & de dignité, dont le plus éminent eft ce- 
Jui de Xbutuktu ou de lo vivant. Un titre fi diftingué n’eft le partage que d’un 
petit nombre. Le plus célèbre & le plus refpeété de tous les Khutuktus eft ce- 
lui des Kalkas. Il étoit regardé comme un oracle infaillible, depuis qu'il avoit 
vengé fon Pays contre Kaldan avec le fecours de l'Empereur de la Chine, 
qu'il avoit eu l’adrefle d'engager dans fes intérêts. 

Du côté du Sud, vers le quarante-quatrième degré de latitude, les Kalkas 
font féparés, par certaines montagnes de fable, d'un Pays nommé U-chu-mu- 
chin, dont les FTabitans ne font pas moins infatués du Lama Khutuktu d'Iben, 
quoiqu'ils ayent leurs propres Lamas (e. 

BENTINK nous apprend que le Khutuktu n’étoit autrefois qu’un Subdéle- 
gué du Lama-dalay dans les Pays des Mongols & des Kalmuks au Nord (f ): 

établi. 


(2) I! va tel paysen Europe, oùunere. fa, Lamati-fan. La rivière porte le nom de 
montrance fihardie ne feroit pas écoutée 1  Kata dans la Carte, & nulle-part celui de 
vec tant de fang froid, 


chang, 


(f) Ou des Eluths, 
(4). Les Chinois nomment le Pays de La- 


Lala. . 
(c) Les Chinois l'appeilent Cbu-kukpoy- Ce) Du Halde, Vol. IV, pag. 29, & fuiv. 


établi 
derc 
ment 
entre 
dalay 
lui qu 
roit e 
ua b. 
Kalka 
que le 
ce fo 
dres d 
pas de 
elle ei 
lama, 
LE 
de cût 
fur les 
rons € 
font é 
voit o 
avec | 
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tres à 
fa per 
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LE 
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Le & 
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autres 
entre] 
livre, 
le Khi 
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clamat 
mas a 
d'abor 
Peupk 
Khuiu 
liqueu 


C#) 
(à) 


Khan des 
cette ac- 
e & de la 


re, habi- 
ne fur une 
1 ne rend 
un Dieu, 
nent, qui 
lifpofe ab- 
ft déja né 
es Miflio- 
aux yeux 
ccafion de 
des juge- 
nt écoutés 
Seigneurs 


ja, Où Ce 
une Ville 
autre Ha- 
en eft pas 
es de l'In- 
‘antons les 
tingue dif- 
ama, qui 
inois don- 
s Tartares 
Tibet. 
confère à 
ent eft ce- 
que d’un 
tus eft ce- 
u'il avoit 
la Chine, 


les Kalkas 


-chu-mu- 
u d'Iben, 


Subdéle- 
ord (f), 


établi. 


le nom de 
t celui de 


9, & fuiv. : 


DE LA CHINE, Lrv. Il. Cuar. Il. 493 


établi pour le foutien de fon autorité parmi des Peuples fi éloignés de fa réfi- 
deñce; mais que ce Député s’étant accoutumé aux douceurs du commande- 
ment fpirituel, eut la hardiefle d’afpirer à l'indépendance. Il conduifit cette 
entreprife avec tant d’adreffe, qu’on ne parle prefque plus à préfent du Lama- 
dalay parmi les Mongols. L'autorité du Khutuktu eft fi bien établie, que ce- 
lui qui paroîtroit douter de fa Divinité, ou du moins de fon immortalité, fe- 
roit en horreur à toute la Nation. Il eft vrai que la Cour de la Chine contri- 

ua beaucoup à cette apothéofe, dans la’ vûe de divifer les Mongols & les 
Kalkas (g). Elle conçut que l'éxécution de ce deflein feroit difficile tandis 
que les deux Nations reconnoîtroient un même Chef de Religion, parce que 


ce fouverain Prêtre feroit toûjours intéreffé à les réconcilier dans leurs moin-. 


dres différends , & qu’au -contraire un Schifme eccléfiaftique ne manqueroit 
pas de leur faire rompre toute forte de communication. Sur ce principe, 
elle embraffa l'occafon de foutenir fecrétement le Khutuktu contre le Dalay- 
lama, & fa politique n’a pas mal réufli. 

LE Khutuktu n’a pas de demeure fixe, comme le Dalay-luma. Il campe 
de côté & d'autre. Cependant, depuis fa féparation, il ne met plus le pied 
fur les terres des Eluths. 11 campoit quelquefois, pendant l'Eté, aux envi- 
rons de Nerchinskoy & de la Rivière Amur; mais depuis que les Rufliens fe 
font établis dans ce Canton, il ne pañle plus au-delà Selinghinskoy. On le 
voit ordinairement fur celles d'Orkhon & de Selinga, ou fur celle d'Urga, 
avec le Khan Tu/thiatu. Il eft fans ceffe environné d'un grand nombre de La- 
mas & de Mongols armés, qui fe raffemblent de toutes parts, fur-tout lorf- 
qu'il change de camp, & qui fe préfentent à lui fur fa route pour recevoir fa 
bénédiétion & lui payer fes droits. Il n’y a que les Chefs de fa Tribu ou d’au- 
tres Seigneurs de la même diftinétion qui ayent la hardieffe de s'approcher de 
fa perfonne. Sa manière de bénir eft en pofant fur la céte du Dévot fa main 
fermée, dans laquelle il tient un chapelet à la mode des Lamas. 

LE Peuple eft perfuadé qu'il vieillit à mefure que la Lune décline, &quefa 
jeuneffe recommence avec la Nouvelle Lune. Dans les grands jours de fetesil 

aroîc au fon des Inftrumens, qui ont quelque reffemblance avec nos trompet- 
tes & nos violons ( P fous un magnifique dais de velours de la Chine, ou- 
vert par-devant. Il eft affis fur un grand coufin de velours, les jambes croifées 
à la manière des Tartares, avec une figure de fon Dieu (i) à chaque côté. Les 
autres Lamas de diftinétion font au-deflous de lui fur des coufins moins élevés, 
entre le lieu où il eft placé & l'entrée du pavillon, tenant à ia main chacun leur 
livre, dans lequel ils lifent en filence & feulement des veux. Aufñi-tôt que 
le Khutuktu a pris fa place, le bruit des Inftrumens ceffe, & le Peuple qui 
cft affemblé devant le pavillon fe profterne à terre, en pouffant certaines ex- 
clamations à l'honneur de la Divinité & de fon Prêtre. Alors quelques La- 
mas apportent des encenfoirs, avec des herbes odoriférantes. lis encenfent 
d’abord les KRepréfentations de la Divinité, enfuite le Khutuktu, & puis le 
Peuple. Après cette cérémonie, ils dépofent leurs encenfoirs aux pieds du 
Khuëuktu. On apporte aufli-tot plufñeurs vafes de porcelaine, remplis de 
liqueurs & de confitures. On en place fept devant chaque image de la Di- 

vinité, 


Ce), Angl. & les Cilmucs. R, d, E. 
{d) Ang à nos cyinbales. 


(:) C'eftunc ftatus qui repréfente le Dicu 
Fo. 


O 
.__Qgq3 


RELIGION 
DES KaALKAS. 


l'avorifée 
par la poiiti- 
que des Chi- 
nois, 


Manicre de 
vivre du Khu- 
tuktu, 


Comuwent il 
donne fa Lbé- 
nédition. 


Cérémonies 
des jours de 
êie, 


RELIGION 
Dis KaALKAS, 


Comment le 
Khutuktu eft 


traité à la 


Cour Chinoi- 


Ménage- 


mens qu'il a, 
pour les Ruf- 


fiens, 


Vie des La- 
nas, 


Ancienne 
fierté des 


Khans Tarta. 


res à l'égard 
<cs Chinois, 


+ 


494 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


vinité, & fept autres devant le Khutuktu, qui après en avoir un peu goûté, 
fait diftribuer le refte entre les Chefs des Tribus qui fe trouvent préfens, & 
fe reure enfuite dans fa tente au fon des Inftrumens de mufique. | 

Le Khutuktu des Kalkas n'eft pas fans confidération à la Cour Impériale. 
Si le detir de fe conferver dans l'indépendance du Dalay-Lama l'intéreffe à 
gagner par des préfens les Favoris de l'Empereur, & même les Jéfuites, 
qui oùt à préicnt, remarque l’Auteur, beaucoup de crédit à Peking ; la 
Cour, qui a be‘oin de lui & de fes Lamas pour contenir les Mongols de 
l'Oue : dans la foumiflion, le traite dans toutes les occalions avec des égards 
diftinsucs. Il y a quelques années qu'il reçut une marque de diftinction 
fort extraordinaire. On célebroit la féte anniverfaire de l'Empereur Kang- 
hi, qui encroit alors dans la foixantième année de fon âge, Le Khutuktu 
ayant été averti de s'y rendre, avec tous les vaflaux de l'Empire, fut difpen- 
fé de fe profterner plus d'une fois devant Sa Majefté, quoique la loi ordon- 
ne trois proftrations, & cette diftinétion fut regardée comme un honneur ans 
éxemple (k). | 

L'INTÉRÈT du Khutuktu le porte aufi à cultiver l'amitié des Rufñiens. 
Il y a quelques années que M. J/urlof, Envoyé extraordinaire de l'Empereur 
Pierre à la Cour de la Chine , pañlant dans le Pays des Kalkas, le Pontife 
le fit complimenter par quelques-uns de fes Lamas & joignit quelques petits 
préfens à fes politefles. Il faifit d'ailleurs toutes les occafions de favorifer les 
Sujets de la Ruflie, dans les petits différends qui naiffent entr'eux & les Mon- 
gols des frontières (7). 

Rects obferve que l’ufage des Lamas n'eft pas de vivre dans les Commu- 
nautés Tartares, quoiqu'à la Chine il s'en trouve quelques-uns qui prèferent 
cette méthode. Dans les autres lieux, ils ont des efpéces de Prébendes, qui 
confiftent dans les terres & les troupeaux de ceux auxquels ils faccèdent, & 
dont ils ont été les difciples ou les compagnons. Cependant le même Auteur 
ajoûte qu'ils font leurs priéres en commun (#1). 


(k}) Cetaéte de foumiffion n'eft guéres com- Vol. IL pag. 508. 
patible avec la Divinité qu'on attribue à ce Khu- (#1) Chine du Père du Halle, Vol, IV4 
tuktu, pag. 30. 

(1) It. des Turcs , des Mongols, &c. 


Eclairciffemens fur les Mongols &ÿ les Kalkas. 


ERBILLON raconte que vers le commencement de la Dynaftie de 


Han, c'eft-a-dire, qu'il y a plus de { dix-] huit cens ans qu'un Khangé” 


Tartare fe rendit formidable aux Chinois fes voifins, par les invafions qu’il 
faifoit fur leurs terres, chaque fois qu’ils négligeoient de lui envoyer un pré- 
fent annuel d'argent &.de foie. Les Khans Tartares ont fouvent demandé à 
l'Empereur de la Chine une de fes filles en mariage, avec menace d'employer 
le fer &.le feu pour l'enlever, fi leur prière étoit rejettée. A la mort du Fon- 
dateur de la même Dynaftie, un Prince Tartare eut l'audace de fe propofer 
pour époux à l'Impératrice Douairière, qui gouvernoit alors avec la qualité 
de Régente. Les Chinois regardèrent cette propofition comme une infulte ; 
mais la politique les obligeant de diflimuier, ils accordèrent une Princeffe du 


Sang à cet ambitieux Tartare. ni 
ISTOIRE 


L'I 
Chen- 
propr 
de no 
né à 
ne, o 
fut pa 
deux 
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Au 
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d'un 4 
d'un ail 
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l'Empa 
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CE I 
étrange 

Jong-ter 
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lieu du 
Tay-inin 
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raillé, & 
pu par | 
Ses fucc 


(a) À 
(b) Et 
ou Xatay 
(ce) Ai 


u goûté , 
éfens, & 


mpériale. 
icrefle à 
Jéfuites , 
king ; la 
ngols de 
es égards 
liftinction 
ur Kang- 
Khutuktu 
ut difpen- 
oi ordon- 
incur ians 


Ruñiens. 
Empereur 
le Pontife 
ues petits 
vorifer les 
- les Mon- 


s Commu- 
prèferent 
ndes, qui 


èdent, & 
e Auteur 


, Vol. IV: 


naftie de 


‘un Khan” 


ions qu'il 
un pré- 
emandé à 
employer 
du Fon- 
propofer 
: qualité 
infulte ; 
cefle du 


STOIRE 


DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar, MI. 495 


L'Histoire Chinoife donne à ces Khans, ou à ces Rois, le nom de 
Chen-yu , où Ten-yu ; car la prononciation de ces deux mots lt la même. C'eft 
proprement un titre, tel que celui de Roi ou de Souverain; & quelques-uns 
de nos Géographes en ont fait mal-à-propos un nom de Pays, qu'ils ont uon- 
né à cette partie de la T'artarie qui et à l'Oueft & au Nord-Oueft de la Chi- 
ne, oùces Princes ont regné. La terreur qu'ils infpirérent aux Chinois ne 
fut pas de longue durée. L'Empereur ut}, de la race de Ian, qui regnoit 
deux cens vingt ans (a) avant Jefus-Chrilt, les défic tant de fois & les re- 
pouf fi loin dans leurs Déferts, que pendant plus de douze cens ans ils n'eu- 
rent pas la hardieffe de reparoître dans l'Empire. . 

Au commencement du dixième fiécle, les ‘l'artares du Nord de la Chine, 
nommés Sirans (b) dans les Hifloires Chinoifes, ayant fubjugué la Province 
de Lya:-tong, rentrèrent dans les Provinces du Nord & fondèrent une Mo- 
narchie que les mêmes Hiftoriens ont nominée Tay-lyuu, du nom de la Pro- 
vince de Lyau-tong, par laquelle ils étoient entrés dans l'Empire. Elle dura 
deux cens ans, pendant lefquels ils foumirent diverfes Hordes de Tartares, 
avec une partie de la Chine Septentrionale. Ils réduifirent l'Empereur même 
à leur payer un tribut confidérable en foie & en argent. 

La Monarchie de Lyau fut enfin détruite par les l'artares Orientaux, c’eft- 
a-dire, par ceux qui habitent les Pays qui font à l'Eft de la Montagne de Pe- 
king & au Nord-Eft de la Chine. Ils étoient fujets de Lyau; mais le Prince 
d'un Ayman où d’une ‘Tribu nommée Æghuta, prit les armes pour fe venger 
d’un affront barbare qu'il avoit reçu du derrier deleurs Empereurs; &fe met- 


tant à la tête des Aymans voilins, il fubjugua par degrés tout le Pays, ilfit. 


l'Empereur prifonnier, & fonda la Monarchie de Kin (c) vers le commen- 
cement du douzième fiéele. Depuis ce tems-là ils poffédèrent près de la moi- 
tié de la Chine, jufqu'en 1300 , que Jenghiz-khan, le plus fameux peut-être 
de tous les Conquerans, ayant réduit la ‘l'artarie Orientale & pouffé l'effort de 
fes armes au-delà de la Perfe, les tourna contre les ‘l'artares de Kin, qu’il 
chaffa de leurs poffefions jufqu'au dernier. Mais il ne vécut point affez long- 
tems pour foumettre entièrement le vafte Empire de la Chine. Cette gloire 
étoit réfervée à Æubikay, fon petit-fils, que nos Hiftoriens appellent Kublay, 
ou Aoblay, comme les Chinois lui donnent le nom de Hu-pi-lye. 

CE Prince fut le premier qui réduifit toute la Nation Chinoife fous un joug 
étranger. Mais la Monarchie des Mongols Ctoit trop pefante pour fubfifter 


Jong-tems. Leur indolence ou leur molleffe ne leur permit guères de foutenir 


leur Gouvernement plus d’un fiécle. Ils furent chaflés de’ la Chine vers le mi- 
lieu du quatorzième fiécle, par le fameux Æong-vu, fondateur de la race de 
Tay-ining, dernière Dynaftie Chinoife, & pouflés par Turg-, fon quatrième 
fils, au-delà du Défert, à plus de deux cens lieuës au Nord de la grande Mu- 
raille, avec le deffein formé de les exterminer. Mais ce proïct fut interrom- 
pu par la mort du vainqueur, qui arriva au retour de fa troitième expédition. 
Ses fucceffeurs ayant négligé de pourfuivre ce qu'il avoit heurcufement com- 

mencé 


(a) Angel. quirégnoit cent vingtans. R.d.E. les Mongols nomment Æituns ce qui montre 

Ch) Et Xitans, d'où vient peut-être Kitay  qu'Altrkbam , dont plufieurs Auteurs par- 
ou Karay. lent, croit Lmpereur de Ain, 

Cc) Ain, en Chinois, fignifie, Or, que , 


J'eLatncisn- 
MENS SUR LE 
MONGOLs ET 
LES KaALKkAS, 


Premières 
conquêtes des 
Tartares, 


Ereétion de 
Ja Monarchie 
de Kin. 


Les Chinois 
réduits fous 
un joug é- 
tranger. 


RS 


PCLAINEISSE- 


Mi NS SUR LES 
MONGOLS ET 


LE£s KaALKkas. 
Formation 

des Hordes 

l'utares. 


Parquels de- 


grés elles fe 
foumirent à 


l'Empereur de’ 


la Chine. 


Ordre des 
Banières Tar- 
tares & titres 
de leurs Prin. 


Ces. 


496 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


mencé, les Mongols reprirent courage & fortirent de leurs retraites. Ce fut 
alors que les Princes du Sang de Jenghiz:khan fe faififfant de diverfes Con: 
trées, formèrent chacun leur Horde & s'érigèrent en autant de petits Souve- 
rains (d). Le titre d'Empereur des Mongols demeura au premier d'entr'eux , 
qui fe nommoit Charnar-han, & qui étoit defcendu de Kublay par la branche 
aînée. Ce Prince éxigea un tribut des autres Etats Mongols & des Eluths mé- 
mes, jufqu’au commencement du feptième fiécle, que fes cruautés & fes dé- 
bauches ayant rendu fon gouvernement infupportable, fes propres Sujets ap- 
pellèrent le Fondateur de la Monarchie des Mancheous. Ainfi le Prince Mon- 
gol, devenu vañfal,de l’Empire des Mancheous, fut obligé de quitter le titre 
de Han pour celui de Vang, qui lui fut donné par le bifayeul de l'Empereur 
Kang-hi, vainqueur de tous les Mongols aux environs de la grande Muraille. 
La Nation des Kalkas eftcomme cantonnée, fuivant l’expreffion de Regis, 
fous un grand nombre de Princes, dont quelques-uns portent le nom de Han 
ou d'Empereur, quoiqu'il foit certain qu'ils n’ont jamais été maîtres de la 
Tartarie, & qu'a la réferve de quelques petits teriitoires dans leur voifinage 
ils n’en ayent jamais pofledé d'autres que ceux qui appartiennent à leurs diffé- 
rentes familles. 
AvanT la guerre qui s’éleva dans le couts de 1688 entre les Eluths & les 
Kalkas, la feconde de ces deux Nations avoit trois Princes qui prenoient le 


titre de Hans. Le premier, nommé Chefaktu-han, dont le territoire étoit le 
lus à l'Oueft, fuc pris & tué par les Eluths. Le fecond, qui fe nommoit Tu- 


fiktu-ban, fe déroba par la fuite, mais ne fut pas fuivi de fes fujets, dont la 


. plus grande partie fe retira dans les forêts, au Nord du Tula. Che-chin-bau, 


qui étoit le troifième, & qui campoit ordinairement fur lesbordsdu Kerlon, fe 
retira jufqu'à Kulon-nor fur la même Rivière, toûjours prêt à traverfer l’Er- 
gone, s'il étoit forcé de pañler dans le Pays des Mancheous dont il avoit im- 
ploré l’afliftance. Mais, après la guerre & la mort de Kaldan, Roi des Eluths, 
qui prétendoit que les Kaïkas & les Eluths avoient toûjours dépendu de fa fa- 
mille, l'Empereur foumit le refte de ces Princes & de leurs fujets, dont fes 
armes viétorieufes avoient détruit la moitié. 

EN 1691, Che-chin-han eut recours à la proteétion de l'Empereur avec les 
Princes de fa famille, & le reconnut pour Souverain. Le titre de Han lui fût 
confirmé ; mais fon fucceffeur n’obtint queceluide T/ing-vang, ou de premier 
Regule que l'Empereur confera aufli à fon oncle, dans une Affemblée généra- 
le des Kalkas. Cinq de ces Princes furent créés Peyles ou Regules du troific- 
me rang. Un autre eut le titre de Kong, qui revient à celui de Comte. Deux 
autres furent nommés Chaffaks, ou Chefs de Banière. 

Pour jetter plus de jour fur cet établiffement, on doit faire obferver qu'à 
Peking & dans les autres lieux, les Tartares, foit Mancheous ou Mongols, 
& les Chinois mêmes, depuis la conquête de leur Empire, font divifés en dif- 
férentes clafles & rangés fous des Banières. Ceux de Peking en ont huit, qui 
font diftinguées par la différence de leurs couleurs. Les Mongols, au-delà de 
la grande Muraille, étoient rangés, dans ces derniers tems, fous quarante- 


neuf Banières, dont les Nurus ou les Compagnies étoient égales. Chaque Nu- 
ru 


(4) Chine du Père du Halde, Vol. IV. pag. 49. & fuiv. 


s. Ce fut 
erfes Con- 
its Souve- 
’entr'eux » 
la branche 
Eluths mê- 
& fes dé- 
Sujets ap- 
ince Mon- 
ter le titre 
l'Empereur 
e Muraille. 
1 de Regis, 
om de Han 
îtres de la 
r voifinage 
leurs diffé- 


Juths & les 
renoient le 
jire étoit le 
ommoit Tu- 
ts, dont la 
Che-chin-bau, 
u Kerlon, fe 
verfer l’Er- 
il avoit im- 
des Eluths, 
du de fa fa- 
ts, dont fes 


eur avec les 
Han lui fût 
à de premier 
blée généra- 
s du troifié- 
omte. Deux 


bbferver qu'à 
bu Mongols, 
ivifés en dif- 
int huit, qui 
, au-delà de 
us quarante- 
Chaque Nu- 

ru 


DE LA CHINE, Liv. I. Car. lil. 497 


ru devoit être compofée de cent cinquante familles. Dans l'Affemblée de 
1692, on établit que le Flan joindroit à fa dignité le commandement de tren- 
te-fept (e) Nurus fous la première Banière des Kalkas. La feconde Banic- 
re, compofée de vingt-une familles, fut donnée au premier Regule. La troi: 
fième n'étoit que de douze Compagnies, & les autres en comprenoient plus 
ou moins. ue 
Les reftes de la famille & des fujets de Tufiktu-han (f), ayant enfin quit- 
té leurs forêts, fe foumirent à l'Empereur, & furent divifés en trois Banicres 
fous trois Princes, dont l’un fut nommé Pey-b, ou Regule du troifième Or- 
dre ; le fecond, Kong ou Comte; & le troilième, Chafjak. Le fils de Chafak- 
tu-ban, aprés avoir vû périr fon père dans la guerre contre Kaldan, alla fe jet- 
ter aux pieds de l'Empereur, fans autre efcorte que trois ou quatre. Officiers. 
Tous les autres, qui avoient entretenu des intelligences avec les Eluths, fe 
retirérent dans leur Pays, mais la plûpart y furent ou maflucrés ou jettés dans 
l'efclavage. L'Empereur fit un accueil gracieux à leur Prince. Il lui affigna 
des terres aux environs de Kutuktu-hotun (g), petite Ville au-delà de la grande 
Muraille, qui, n'étant pas éloignée des portes de Cha-bun-keu & de Chang-kya- 
keu, en tire l'avantage d'un commerce affez confidérable. Pour réparer tou- 
tes fes Arac l'Empereur lui fit préfent d'une partie de fes propres troupeaux 
qui pailloient dans le même Pays. Les Mifionaires apprirent des principaux 
Bergers qu'on n'y comptoit pas moins de cent quatre-vingt-dix mille moutons 
divifés en deux cens vingt-cinq troupeaux, & que les bêtes à cornes étoient 
prefqu'au même nombre, cent dans chaque divifion. Les haras Impériaux é-. 
roient encore plus nombreux. AuîMi l'Empereur de la Chine eft-il le plus puif- 
fant Prince du monde en Cavalerie (b). : 
OurreE les terres qui font deftinées à la nourriture des troupeaux & des 
haras de l'Empereur, ce Prince s'en eft réfervé d’autres, d'une plus grande 
étendue, qui bordent cette partie de la grande Muraille, & qui font plus voi- 
fins de Peking. Entre ces terres, qui font affermées, les unes payent leur 
rente en nature, & d’autres en argent, qui entre dans le tréfor public pour le 
falaire des Officiers de l'Etat, car l'Empereur vit du fruit de fes propres Do- 
maines. _ Ces troupeaux innombrables, ces haras & ces fermes, contribuent 
plus à lui attacher les Princes Mongols que toute la magnificence de fa Cour 
Îl n'a pas jugé à propos de leur accorder, non plus qu’à fes anciens Vaflaux, 
le pouvoir d'ordonner de la vie de leurs Sujets, ni celui de confifquer leurs 
biens. La connoiflance de ces cas eft reférvée à l’un des ‘Cribunaux fupré- 
Men qui porte-le nom de Mongol-chargan ; ou de Tribunal des 
BENTINK obferve que les Mohgols de l'Oueft, par lefquels il faut entendre 
proprement les Mongols Kalkas, reconnoiffent l'autorité d’un Khan, qui étoit 
autrefois comme le grand Khan de tous les Mongols. Quoique ce Prince ait 
D ie de nes depuis que les Mancheous ont conquisla Chine, 
RL ee puiflant pour mettre en campagne cinquante ou foi- 


e e LE 


: L 
Ce) Angl. de vingt-fept. R, d. E b) L : 
Angl. dk .R dE. es j at p: i rie 
in Fa on RE tncotk (D! Tartares n'ont pas d'Infanterie, 
8) Hubu-botua dans l'Original. Les pre- (k) Auwlieu de Manc 
AB AU d 2 NE e Î - fancheous, l'Aute 
mières Cartes ont AXwko-botun & Kokotun. les Mongols de l'Eft, C el die nr me 


*VWIIL Part. Rrr 


e 


EcLamersce 
MUNS SUR L'S 
MoxcoLs ET 
LES KALKAS: 


© 


Troupeaux 
& Haras de 
l'Empereur. 


Ses trou- 
peaux lui at- 
tacheït les 
Princes Mon. 
yols. 


Remarques 
de Bentink fur 


le Gouverne : 


ment des Kal- 
Las. 


D] 


(i) Du Halde, Vol. IV. pag. 27. & fuiv., 


| ECLATRCISST- 
| MENS SUR LES 
Monëéois ET 
LES KALKAS, 


e (°] 


Combien 
leur Khan cit 
redoutable à 
la Chine, 


Stérilité des 
Régions l'ar- 
tares, 


Animaux 
qu'on y troll- 
ve. 


Mulets fau- 
vages. 


498 . VOYAGES DANS L'EMPIRE 

Le Prince qui régnoit fur les Kalkas, du tems de l'Auteur, s'appelloit Tu- 
chiatu-kban (1). A faifoit fa demeure ordinaire fur la rivière d'Orkhon, dans 
un lieu nommé Urga (m), à douze journées de Selinghinskoy, vers le Sud-Eft. 


. Plufieurs petits Khans, qui habitent vers les fources de la rivière de Jenifen ,. 


près des Déferts de Goby, lui payent un tribut. Quoiqu'il fe foit mis fous la 
protcétion de la Chine, pour fe fortifñier contre les Kalmuks ou les Eluths, 
cetre efpece de foumilfion n'eft qu'honoraire ou précaire, & ne doit être at- 
tribuce qu'aux intrigues des Lamas fous le régne de fon pére. Au-lieu du tri- 
but que les autres Khans payent à l'Empereur, il fe contente de-lui envoyer 
(n), chaque année, de magnifiques prefens; & la Cour de Peking, qui eft 
accoûtumée à ménager fi peu fes Tributaires, fait aflez connoître, par les 
égards qu'elle a pour ce Prince, qu'elle le redoute plus qu'aucun de fes voi- 
fins. Ce n'eft pas fans raifon, ajoûte l’Auteur; car s’il pouvoit s'accorder 
avec les Kalmuks, la famille qui régne à la Chine n'auroit pas peu d’embar- 
ras à fe foutenir fur le Trône (0). . 


(15 Le même fans doute que Regis nom- (n) Angl. l'Empereur lui envoye. R. d.E. 
me Tufiitu-kban. Co) Hifi. des Turcs, des Mongols, &c, 

Cm) Urga fignifie un lieu où le Khan cam. ps. 505. On rejctte au Tome fuivant les Gucr- 
pe, Les Miffionaires l'appellent Hargas. res des Kalkus & des Eluths, 


G. V. 
Hifloire Naturelle du Pays des Mongols €? des Kalkas. 


ES terres des Mongols, jufqu'a la Mer Cafpienne, font peu propres au: 
L labourage ; &, fuivant l'obfervation des Miflionaires, celles de Xorchin, 
d'Ohan & de Nayman, qui bordent la. T'artarie Orientale, par laquelle ils paf- 
férent deux fois en revenant de Petuna & de Tfitikar , Éardiifene les plus 
mauvaifes (a). Bentink affure que les Pays des Mongols, proprement dits, 
& ceux des Kalkas font. mieux fournis d'eau & de bois que la Région des Kal- 
muks ou des Eluths. Cependant il obferve qu’en plufeurs endroits ils font ab- 
folument inhabitables parce qu’ils manquent de ces deux fecours (b). 

La Tartarie, fuivant Regis, abonde en toutes fortes de gibier & de bêtes 
fauves, fans en excepter les efpèces communes en Europe, telles que le lié- 
vre, le faifan & le daim. On y voit, dans les plaines, d'immenfes troupeaux 
de chévres roufles, que les Chinois nomment Æhang-yang. Elles font de la 
grandeur & de la forme des nôtres, mais elles ont le poil roux, & plus rude 
que celles de l'Europe. Leur sûreté confifte dans la vitefle extraordinaire de 
Jeur courfe. ° 

Les mulets fauvages font en plus petit nombre. Ils ne reffemblent 
point aux mulets domeftiques (c), & ne peuvent s’accoñtumer à porter des 
fardeaux. Leur chair n’elt pas moins différente: le goût en eft agréable du 
moins au jugement des Tartares, qui en font beaucoup d'ufage, & qui la trou- 


vent aufli faine & auffi nourriffante que celle du fanglier. Ce dernier animal 


eft 


(a) Du Halde, Vol. IV. pag. 21. 
(b) Hift. des Turcs, &c. pag. 500. 
4e) Todatfe, en Chinois, figuilie un Mu-  fent leurs femblables. 


let. Gerbillon , dans fon fecond voyage en 
Tartarie, vit des nfblets fauvages qui produi- 


Joit Tw- 
m , dans 
Sud-Eft. 
Jenifen ;. 
s fous la 
Eluths, 
Être at- 
u du tri- 
envoyer 
, qui eft 
, par les 
fes voi- 
accorder 
d'embar- 


e.R. dE. 
gols, &c 
it les Gucr- 


+ 


‘opres au 
Kor chin , 
e ils paf- 
les plus 
nt dits, 
des Kal- 
font ab- 


de bêtes 
e le lié- 
oupeaux 
bnt de la 
blus rude 
inaire de 


emblent 
orter des 
éable du 
i la trou- 


kr animal 


eft 


voyage en 
qui produi- 


DE LA CHINE, Liv. UT. Cuar. I. 499 


eft fort commun dans les bois & dans les plaines qui bordent la rive droite du 
fleuve T'ula. On reconnoît fes traces à la terre qu'il remue pour trouver des 
racines dont il fait fa nourriture. 

" Les Chevaux &les Dromadaires fauvages ne font pasdifférens de ceux qui 
font privés; mais on les trouve en plus grand nombre du côté de l'Ont : 
quoiqu'il en paroifle quelquefois aufii dans le Pays des Kalkas, qui borde le //4- 
mi. Les chevaux fauvages fonc fi légers, qu'ils fe dérobent aux fléchics mimes 
des plus habiles chafleurs. Ils marchent en troupes nombreufes, & lorfqu'ils 
rencontrent des chevaux privés, ils les environnent & les forçent de prendre 
la fuite. ’ 

Le Han-ta-han eft un animal de la Tartarie qui reffemble à l'Elan, La chaf- 
fe en eft commune dans’ le Pays des Solons, & l'Empereur Kang-hi prenoit 
uelquefois plaifir à cet amufement. Les Millionaires virent des Han-ta-hans 
de la grofleur de nos plus grands bœufs. 11 ne s’en trouve que dans .ccrtains 
Cantons, fur-tout vers la montagne de Sevelki, dans des terrains marécageux, 


qu’ils aiment beaucoup, & où là chafle en eft aifée parce que leur pefan- 


teur retarde leur fuite, . 

LE Chulon, ou le Chelafon, que Regis prit pour une efpèce de Linx, eft à 
peu près de la forme & de la groffeur d'un loup. On fait beaucoup de cas, à 
‘Peking, de la peau de cet animal. Son ufage parmi les Chinois elt pour ce 
qu'ils nomment leurs Tayhus ou leurs Swrtous. Le poil en cit long, doux, 
épais & de couleur grisatre. Ces peaux fe vendent fort bien auffi à la Cour 
du Czar, quoique le Chulon foit fort commun en Ruflie & dans les Pays 


voifins. 


Le Tygre, qui fe nomme Lau-bu parmi les T'artares, infefte également la 


Chine & la T'artarie. Il pafle dans ces deux Régions pour le plus féroce de 
tous les animaux. Son cri feul pénètre d'horreur ceux qui ne font point ac- 
coûtumés à l'entendre. Les Tygres du côté de l'EIT font d’une groffeur & d'une 
légèreté furprenante. Ils ont ordinairement la peau d’un roux fauve, mou- 
chetée de taches noires; mais ils’en trouve quelquefois de blanches, avec des 
taches noires & grifes. Les Mandarins Militaires fe fervent deces peaux, fans 
en retrancher la tête & la queue, pour couvrir leurs chaifes dans les marches 


publiques. A la Cour, les Princes en couvrent leurs couflins pendant l'hiver. . 


De quelque férocité que foient les Tygres en l'artarie, on obferve qu'ils 
marquent beaucoup de frayeur lorfqu'ils fe trouvent environnés de chaf- 
feurs qui leur préfentent l’épieu. Au-lieu que les Daïms s’agitent dans ces oc- 
cafions & cherchent le moyen de s'échapper entre les rangs, un T'ygre s'ac- 
croupit fur fa queue, & foutient long-tems l'aboyement des chiens & les coups 
de fléches émouflées. Enfin, lorfque fa rage s'allume, il s'élance avec tant 
de rapidité, en fixant les yeux fur les chafleurs, qu’il ne paroït fire qu’un 
feul faut. Mais ceux du même rang tiennent la pointe de leurs épieux tour- 


née vers lui, & le percent au moment qu'il eft prêt à faifir leur compagnon. ‘ 


Les chaffeurs Impériaux font fi prompts qu'il arrive peu d'accidens. 
Le Pau (d) eft une forte de Léopard, quiala peau blanchâtre, & tachetée 
, de 


.‘ (4) Le nom Mongol eft Part. 


Rrr 2 


HrsTopni 
NaTUnELLE 
DU L'Ys pi3 
MoncoLe, 


Chevaux 
Dromadaires. 


Le Tan ta. 
han, efpèce 


d'Elan. 


Le Chulon 
ou le Chcla- 
fon, 

Utilité def 
peau... 


Tygres de 
Tartarie. 


Leur grof- 
feur & leur fé- 
rocité. 


Pau, forte 
de Léopari, 


= 


flisroine 
NATURELLE 
DU PAYS DES 
MoncGcozs. 
Daims, 


Certs, 


Chevaux 
L'urtares. 


Peaux au 
Pays des Kal- 
kas. 


Peaux de 
acipis. 


Pêche des 
Alongols, . 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


509 
de rouge & de noir. Quoiqu'il ait la tête & les yeux d’un tygre, il eft moins 
gros, & fon cri eft différent. 
Les Daims multiplient prodigieufement dans les déferts & les forêts: de la 
Tartarie. On remarque de la différence dans leur couleur, dans leur groffeur 
& dans la forme de leurs cornes, fuivant les différens Cantons de cette vafte 


contrée. Il s’en trouve de femblables à ceux de l’Europe. 

La chaffe du Cerf, que les Chinois nomment Chau-tu, c'eft-h-dire, l'appel 
du Cerf, a tant d'agrément en Tartarie, que l'Empereur Kang-hi y étoit quel- 
quefois avant L lever du Soleil (e). Les chaffeurs portent quelques tetes de 
biche, & contrefont le cri de-cet animal. A ce bruc les plus grands cerfs ne 
manquent point de paroïtre. Ils jettent leurs regards de tous cotés. Enfin, 
découvrant les têtes, ils grattent la terre avec leurs cornes & s'avancent fu: 
rieufement; mais ils font tués par les chafleurs, qui fe tiennent en embufcade. 

L'inrreripire des chevaux Tartares eit furprenante à la rencontre des 
bêtes féroces; telles que les tygres. Ils n'acquièrent neanmoins cette qualité 

wà force d'ufage, car ils font d'abord aufli timides que les autres chevaux. 
Les Mongols ont beaucoup d'habileté à les dreffer. Ils en nourriffent un grand 
nombre de toutes fortes de poil, & leur ufage eft de les diftinguer par diffé- 
rens noms. 
vec le nœud coulant d'une corde qu'ils leur jettent, pour les apprivoifer en 
très peu de tems.] Pour la guérifon de leurs maladies, qu'ils connoiffent par- 
faitement, ilsemploient des remédes dont nos chevaux ne fe trouveroient pas 
mieux que de la nourriture ‘l'artare. {ls preférent, dans un cheval, la force à 
Ja beauté. Les chevaux de T'artarie font ordinairement d’une taille médiocre ; 
mais dans le nombre il s'en trouve toûjours d’aufli grands & d'au:li beaux qu'en 
Europe. ‘Tels font ceux de l'Empereur & des Grands. On fe fait honneur à: 
Peking d'être bien monté, & le prix commun d'un bon cheval & même d’un: 
mulet, eft de fix ou fept cens livres, où quelquefois plus. 

Les Ka'kas ne font pas riches en peaux de martre, mais ils ont en abon-. 
dance des peaux d'écureuil, de renard & d’un petit animal femblable à l'Her-. 
mine, qu'ils appellent Tuel-pi, dont on emploie la peau, à Peking, pour fai- 
re des Trou-pongs, c'elt-a-dire des mantilles contre le froid. Le Tüelpi eft une 
“efpèce de rat, fort commun dans quelques Cantons des Kalkas, qui creufe en. 
terre des trous pour s'y loger: Chaque male fe fait le fien. Il y en a toûjours 
un qui fait la garde, & qui fe précipite dans fon trou lorfqu'il voit approcher 
quelqu'un. Cependant la troupe n'échappe point aux chaflurs. Lorfqu'ils ont 
une tois découvert le nid, ils l’environnent, ils ouvrent la terre en deux ou 
trois endroits, iis y jeitent de la paille en'lammée pour effrayer les petits ha- 
bitans; &, fans autre peine, ils en prennent un fi grand nomore queles peaux 
font à fort bon marché. 

. La péche des Mongols n'eft pas confidérable. Leurs rivières n’approchent 
pas de celles des Mancheous & des Tartares Tu-pis. Les Efturgeons qu'ils pren- . 
nent quelquefois dans le Tula viennent du grand Lac de Pay-kal, avec lequel : 
cette Rivitre communique S'ils'en trouve auf dans l'Urfon, commedans les 
Rivicres qui font plus à l'E & particulièrement dans celle de Cha-chi-i, ils 
- Ÿ 


de 0 


{e) Ce Prince pronoit auffi beaucoup de phaifr à la chaîfe du Tygre & des Chevres rouffes, 


[Is ont une adreffe particulière pour les prendre en courant, a-g# 


AL 
l'Urf 
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n 
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êts de la. 
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, l'appel 
oit quel- 
tetes de 
cerfs ne 

infin, 
cent fu- 
bu'cade, 
ntre des 
: qualité 
hevaux. 
in grand 
ar diffé- 


rant, 2-7 


voifer en 
lent par- 
J1ent pas 
à force à 
édiocre ;: 
ux qu'en 
nneur à 
me d’un: 


n abon-. 
à l'Her-. 
bour fai- 
eft une: 
eufe en. 
Loûjours 
procher : 
ils ont 
deux ou 
etits ha- 
s peaux 


rochent 
Is pren- : 
lequel : 
ans les 
i-i, ils 
Ÿ 


0 


roufTes, 


DE LA CHINE, Lav. Il Cnar. II, 501 


y viennent du Saghalian-ula où elles fe déchargent toutes. Cette partie de 
J'Urfon produit un animal amphibie qui fe nomme Turbighi, Il reflemble au 
caftor ; mais fa chair eft fort cendre, & d'aufi bon goût quele chevreuil. L’Au- 
teur croit qu'il ne s’en trouve qu'aux environs des Lacs de Puir & de Kulon, 
avec lefquels la Rivière d'Urfon communique. 

L'AGRICULTURE n'eft pas feulem:nt néghigée dans la Tartarie des Mon- 
gols; elle y cft condamnée comme :natile.  Lorfque les Mifionaires leur de- 
mandoient pourquoi ils né cultivoient pas du moins quelques jardins, ils ré- 
pondoient que l'herbe ejE pour les bêtes, & que les bêtes font pour l'homme. 

Les travaux Géographiques des Mit“onaires ne leur permirent pas detour- 
ner leursrecherches fur les Simples & les autr:s Plantes curieufes. D'ailleurs les 
Lamas, qui font les principaux Médecins du Pays, n'employent que les fim- 
ples les plus communs & es drogues qui fonc en ufage à la Chine. La feule 
plante qui pafle pour rare en Tartaris, & donc onfait beaucoup dé cas, porte 
à Peking le nom de Xulka-fetuen. Les Mifionaires l'ont nommée racine de Kal- 
ka. Son odeur eft aromarique. Les Médecins de l'Empereur s’en fervent avec 
fuccès pour la Dyffenterie & les maux d'eftomac (f). 

BENTINK obferve que la rhubarbe eft fort cominune dans les Pays qui font 
arrofés par la Rivière d'Orkon & par celie de Selinga vers Selinghinskoy. Cel- 
le que les Rufliens vendent aux Etrangers vient des environs de cette Ville. 
Elle y eft en fi grande abondance que les T'réforicrs de Sibérie en vendent à 
ja fois jufqu'à deux cens cinquante quintaux. Ce commerce feroit fort avan- 
tageux à la Ruffie, s'il évoit éxercé fidellement. L'auteur neconnoît pas, dit- 
il, d'autre Pays que la Ruffie, d'où l’on tire à-préfent la rhubarbe. S'il en ve- 
noit autrefois de la Chine, elle y étoit portée, du Pays des Mongols, par les 
caravanes de Sibérie, qui faifoient ce commerce à Peking. Mais depuis que 
les Européens en reçoivent direétement de la Rufñlie, il n’en vient plus par la. 
voye de la Chine: ; 

Les plaines de la grande Tartarie produifent quantité d’oifeaux d’une beau 
té rare. Celui dont (g) on trouve la deftription dans Æbul'ghazi-khan, eft ap- 
paremment une cfpèce de héron, qui fréquente cette partie du Paysdes Mon- 
gois qui touche aux frontiêres de la Chine. Il eft tout-à-fait blanc, excepté 
par le bec, les aîles & la queue, qu'il a d’un très-beau rouge. Sa chair eft dé. 
lvate, & tire pour le goût fur la gelinotte. Cependant comine l’Auteur le. 
repréfente fort rare, on peut s'imaginer que c’eft le butor, qui cittrés-rare en 
citet dans la Rulie, dans la Sibérie & la grande 'artarie, mais qui fe trouve 
quelquefois dans le Pays des Mongols, vers la Chine, & qui eft prefque toû- 
jours blanc. Abulghazi-khan (h) dit que cet oifeau s'appelle Chungar en langue 
Turque, & que ls Ruffiens le nomment Kratashot ;. ce qui fait conjeéturer au 
Traducteur Anglais que c'eft le même qui porte le nom de Chon-kui dans l’hif 
toire de Timur Beck (5), & qui fut prefentée à Jengaiz khan par les Ambaf. 
fadeurs de Aapjiak., Petis de la Croix remarque, au meme endroit, que le Chon- 
ù kui 


(CF) Chine du Pére dutalde, Vol, IV. pag, fes yeux & fon bec font rouges ; & (pag. 86.) 
34. & fiv. ik ajoûte la tête de la mème couicur. 

Cg) Hit. des Turcs, des Mongols, &c. (2) Compofée par Petis de la Croix, pie 
Vol. I. pau. 937 & 06 5e 350. 


Gb) Abulghazi (pag. 37.) ditquefes pieds, : 
Rrr 2 


HisToire 
NaturiLir 
pu Pays pes 
Moncots. 
Turbighi, 
aninal amphie 
bie, 
Agriculture 


Simples & 
autres Plan 
tes, $ 


Rhubarbe. 

Licux où el- 
le croit en 3° 
bondance, 


Chungar, 
Rewaïques 
{ur cet oifcau… 


e 


FITSTOIRE 


NATURELLE 
pu Pays Dp£s 
MoncoLs, 


Lclaircife- 
mens fur cet- 
te Table des 
fituations. 


SITUATIONS 
DANS LA 
TARTARIE 
OCCIDENTALE 


502 VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Kui eft un oifeau de proie, qu'on préfente aux Rois du Pays, orné de plufieurs 
pierres précieufes, comme une marque d'hommage; & queles Ruffiens, auñMi- 
bién que les T'artares de la Crimée, font obligés, par leur dernier traité avec 
les Ottomans, d'en envoyer un, chaqueannéc, à la Porte, orné d'un certain 
nombre de diamans (&). 


. Ck) Hift, des Turcs, des Mongols, &c. pag. 500. 


$. VL 


Tables des fituations dans la Tartarie Occidentale. 


L paroît que les Places decette Table (4) n'ont pas reçu d'autre ordre que 
celui dans lequel elles fe préfentèrent aux Miffionaites lorfqu'iis traverfé- 
rent cette partie de la T'artarie. Les latitudes ont été déterminées par des ob- 
fervations Aftronomiques, & les longitudes par le feul fecours de.la Géo- 
métrie. Mais la vie errante des Mongols & des Kalkas ne permit point à nos 
laborieux Géographes de marquer autrement les habitations fur. la Carte que 
par les rivières, les lacs & les montagnes, près defquels l'ufage de ces Peu- 
ples eft de camper. Æumi, où Khamul, & quelques autres Villes qui fe trou- 
vent inférées dans la T'able, appartiennent à la petite Bukkarie, dont la fitua- 
tion eft hors des bornes de la ‘l'artarie Occidentale. Mais on n'a pas crû les 
devoir fupprimer, parce qu’il eft important de ne pas rompre le fil du voya- 
ge des Miffionaires , qui peut être facilement fuivi par le moyen de cette 
Table (b). 


(a) Cette Table eft à la fin du quatrième  & Oueit de Pekin. d 
Tome de Du Halde, pag. 624 Les Traduc- (b) I s’eft glilé pluficurs fautes dans cctte 
teurs Anglois l'ont diviféeen pluficurs parties, Table, nousles corrigeons diapres l'Original de 
& l’out diflribuée dans les Cartes de la Tarta- Du Halde; fans que nous croyons qu’il foit 
rie Occidentale. La longitude elt comptée Et  nécciliire d'en avertir en détail. R. d. EL. 


Places. Latitude. Longitude. 


ÂAsuro (ou Ajatu) 
Kiamon, . . . 13 
Poro-erghi-kiamon, . 18 
Talay-hay, . ., 48 
Quiflu, . . . 16 
Kuren-puka, , 33 
Sirolin-pira, . . * 
Hara-tuhutu-kiamon, 56 
Ku-kya-tun, 28 . : 
Uftu-kure, 24 +. 12. 
Horay-kure,  . 25 22, 
Archato-kyamon, 21 15. 
Tugito-hotok, 2 , 20, 
Changtu-puritu, ‘94 . 20. 
Pudan-pulak, . 45 + ©: 
Soroto-pulak , 


b bb m O O O O & do us BR BR Gi 


Sora 
Poin 
dé 
Poin 
Ula 
Côté 
Emb 
Pre 


Seco 
Troi 


Quat 


Para- 


- Kura 


Ekuri 
Tond 
Jon 
Le 
Kirfa 
Han- 
Poro- 
Puro 
Jonét 
Fg 
Apka 
Payfir 
Talall 
Erder 
Koku 
Hurnir 
Kong 
Flgor 
Urtu- 
Dans 
Sorot 
Ergul 
Urtu- 
Afay 
Ham 
Hupt 
Toka 
Tap 
Weyl 


(a 


de plufieurs 
liens, au. 
traité avec 
l'un certain 


ordre que 
S traverfé- 
Jar des ob- 
le. la Géo- 
)oint à nos 
Carte que 
> ces Peu- 
qui fe trou- 
nt Ja fitua- 
pas crû les 
| du voya- 
| de cette 


>s dans cctte 


l'Original de 
ns qu’il foit 
R. d. E. 
tude. 
ER. 
S: + 20 
; 20. 
}, + 10. 
 , 40. 
RS - 
Lu. Os 
Vs 80: 
©. 
12.° 
+ 292, 
ss 2% 
20, 
20, 
‘ [e) 


I. Cuar. II . 503 


DE LA CHINE, Liv. 


L 


: Chara-omo, 


(2) Dansl'Original cette Place éft plusbas, entre Ulan-hotun & Naring-charong:alin, 


2 


Lg Ê 


+ 


Places. Latitude. Longitude. SITUATIONS 
| DANS LA 
TARTARIE 
Soot -pulak, . 47 2 2œ t… D «IE + 50, Occpenrae 
Point le plus méridional 
de Kalka-pira, 47 28 48 + 4 à 3 + OO …. o 
Point le plus Nord, 48 4. o 2 4S À 48 .… 10 
Ulan-pulak, set 48 22 48 RE 
Côté Suddu Kulonomo, 48 46 #0 6 in Os A à “to, 
Embouchure du Kerlon, 48 50 24 + + + © . 45 , 20 . 
Première ftaton qu'on 
VAS" eue 0 ee AR +. 92 48 + « « © «+ &S + © 
Seconde ftation , 48 . 8 24 +. + © , 35 . 20 
Troifièmeftation, , . 48 25 AU sis PEU SO “OX ‘id 
Quatrième ftation, . 48 3 2e + DNS US 1 
Para-hotun, + + 48 + 4 48 + + + 2 +. 49 . 30. 
 Kurama-omo, % , . 47 +. 51 
Ekura halha, . , , 47 . 37 O + + + 5 * 15 52. 
Tono-alin, . . sé 47 NT 12 + ee 6 . 35 . 16 
ee des Rivières . il 
l'ene & Kerlon, 48 II 48 +, «+ 7 + 22 . 50. 
Kirfa-alin, . . , . 48 8 SO +. . 8 . 14 5. 
Han:alin, . . . . 47 49 30 + + 9 5 +. 7, | 
Poro-pira, . . . . 48 22 48 # « « 10 : 6 , 0. | 
Purong-han-alin , 49 «+ 36 24 + + « II 22 «+ 45, | 
Jonétion des Rivières 
Eghe & Selinga (a) 49. « 27 10 « + «+ 12 + 22 « IS 
Apkan-alin, . . 48 re 12 » + 12 . 45 . 36. : | 
Payfiri-puritu, 48 2 SOL et er 8 4 QE +de à 
Talalho-kara- palgafon, 47,3. 90 24 * + 13 + 21 .- 30 | 
Erdeni-chau, . . +. 46 57 56 + « 13 + 56: . | 
Koku-omo, ë. a 40 CAD 24 Det + 25 + 40 » 48 | 
Hurimta-keber ,  , . 45 , :8 SR RE CRE il 
Kongora-ajirhan-alin, , 45 +. 2 Os «x LB ‘» 19 50 4 
Flgoui-pulak, , , . 45 +. 14 12 » + + 19 + 40 25e | 
Urtu- p'ilak , ESS se. A 7, 50 8$ cé ss 27 «x 98 .° 30, d | 
Dans la Carte, . , “t'es DT + 20 à 28 + | 
Soroto-anga, « 4, + 44 + 54 Gus du a 29: 5 ME “Où ! 
RÉGIE ue nr à à "4 7 e) rs AE 6 49 + 86 l 
Urtu-pulak, ‘+ 44 à 48 Dee + 20: 21 «+, G | ° À 
Afay ou Aftana, . . 43. 2 95e à +» 02 «°° 48; 20 à 
Hami où Khamul, , , 42 , 5 DO 6 ‘a Be 20 0% 20, | 
Heprar-pay- she : 2 , 21 30 » + 19 + 30 … oo. ; !L 
Tokalik, ; * + A4 + 8 10 « «4 + 19 + 49 . 12. ; Il 
Tap fon-nor, 4 , , 40 , 38 20 « + à 18 +. 23 , 30. | 
Weylo, +: : + , 40 . 26 24. 17 9 . o. . 


504 . VOYAGES DANS L'EMPIRT 


SITUATIONS Places. Latitude. Longitude. , 
T'ANTAREE Chara-omo 39 2 24 13 Kara 
Yes x ® »” . L L re 32 * CT . . IS L ©, -K 
OCCIDENTALE Hjura.omo D 7 EN aie ess AO à EN RU Ke oi : +. 0 
Kifan-omo, . . . . 41 . 15 . 36 . . . 8 . 42 , oo. (b) € 
Piluthay-hotun , + . 40 . 37 . 12 . . . 7 . © … oo. es d 
Kutuk-hotun, +: . . 40 . 31 . 20 . .., 4 40 , 30. da Père 
Kukku-hotun,. . . + 40 , 49 . 20 Ÿ . . 4 45 + 15. 
Kara-hotun ,° «+ . « 41 . 15 . 36 . . , 2 0. 0 
Ulan-hutok, Set Let «AL + AS CE N''AUSA À L'e. 
Chan-gutu, , «+ . « 43°, O + 25 4, + I 25 + 90. Sur l'I 
Ulan-hotun,  . + + 41,. 46 . 48 . . . o 33 + ©. 
Naring-charong-alin, .: 41 : 55 +: 19 . . . 0 30 "©. Not: 
Altan-alin, . + . . 41 . 10 , 20 . . . 9 . 95 55. ment, à 
Onuhin-chorong-alin, . 41 : 20 . 17 . . . 8 . 44 , 45. leu. 
Kashar-Osho, . . . 41 . 21 . 22 8 6 +… 10. 
Ta-han-ten-alin, . . 41 . 15 . 58 7 3 … 10. 
Mok-hosho, ©. . . 40 , 45 , 54 7 35 20 
Molchok-hosho, , …. 40 . 4% . 48 RS. 31 50 Cu 
Kara-mannay-omo, . 40 . 18 . 12 , . , 8 4 30. hotu 
Hatamal-alin, . . +. 40 + 45 . 49 . . «+ © +. 40 20. Hi-fong 
Algay-tu-alin, + 4. . AI + IL . 24 . . «+ 6 , 21 404 de m 
Podantu-alin, + + + 40 . 57 + © . . . 6 6 o. Rivière 
Pay-hengur-alin, + + 41 . 7 . 30 . +  5& 54 20. Sira-mu 
Tebalihss ste de ee AE 0 DT 00 er &! c& 53 . 45. | Sira, 
Ulan-hata, . . + + 41 . 36 , 27 . . .… 4, 13 20  Haytah 
Aru-fuma-hata , … + ALI + 36 + 51°. , «+ 4 + 29 +. 41 L  Nonni-u 
Kara-fin-alin, + . «+ 40 + 59 . 52 . . » 4 7 45 . 52. L  Naymar 
Ongou-alin, . : . . 40 . 59 . 6 de 4 38 . 20. Be Sir 
Cherda-modo-alin, . . 40 . 52 . 3 sé 4 12 40. Topir-t: 
Apka-hara-alin, + . 40 . 38 10 4 + 12 53- Shaka-k 
Obtu-alin, + + . + 40 . 23 S * « + 4 26 50. Rivière 
Oshi-alin, CE 13 33: Modun- 
Koturantay-alin, : + 41 ,. 58 . 2o TR 57- Rivière 
Agalku-alin, + + «+ 41 42 4 56 + « 4 1 , 34 O. Réfidenc 
+ Kutukontey-alin, 4. .. 42 , 7 I4 + «+ I . 24 45° Habitati 
" Uker-churghi, , me 4808 20 ce, 60 8 ve at 14 y 2 20 Vehu-m 
Payen-obo, , . AE er CPS A ele 8 4 (0 T2, Sharot, 
Serbey-alin, .: . + « 41 SR CE: 52 47. Aru-kor 
* Chari-nayman-fume, « 42 , 25 , Oo . .… , .Q « II . 50. Abakan: 
S Whay-yu-heu, + , . 40 , 54 , 15 S:° T. ‘x 2 10, Whachi 
à Kara-hotun, . + ». . 40 . 58 48 ae LE 1e Or, 7 “Où Sonhiot 
Jeho-hotun, . + «+ + A4 « 3 «+ 36 . « « I +. 30 , oo. Lac de ; 
. , | Orgon-a 
à . Kuku-ha 
» ‘ . < » . 0 “ (c) Ce 
| Où VIII. 


itride. 


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AU OGUR Om OR mUUI DB LU O5 


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NT Te NN ND LC 


” 


eo PET sp “ 
CL 


DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. If. $0$ 


On peut ajoûter à cette Table (b). 


Kara-kuram © Holin, Lat. 44 « 11. Oo . . o Long. 10 . 1r o. 


©. 
24. ; 
oO (Dh) Ces fituations, qui fe trouvent infé-. fervée par les Tartares, auquatorzièmefiécle. 
| rées dansles Obfervations Mathématiques du La dernière, par les Miffionaires qui ont fait 
ve Père Souciet (pag. 12, 188 & 153.) viennent la Carte, 
30: da Père Gaubil. La première latitude fut ob- 
15. 
oO. - Réfidence du Khutuktu. 
Q, + 
30. Sur l'Iben, . « ZLat. 49 . 26 47 . . Long. 10 . 59 , o. 
o. 
"©. Nota. Autres Places dont les fituations ont été déterminées (a) géométrique- 
55. ment, à la réferve des Latitudes marquées d'une Etoile | qui ont été obfervées Jur le 
45: lieu. 
10. 
12. Places. | Latitude... Longitude. 
20. 
59: Cu AB A N-Subarhan- 
30. hotun, .téaretse AE 45 AS VO à ne AS à 
20. Hi-fong-keu , dans la gran- 
40+ de muraille, . .. . . 40 . 26 .. Oo . . . nm . 55 . o. 
0, Rivière de Queyler,.. . + 46 .. 17 + © . . . 4.. 22 , o.. 
20. Sira-muren , o4 Rivière de 
45: DIS su 0 Chats 9 AU er A LL Garde 80 « Oo. 
20. Haytahan-pira, . . . . 47 . 15 . © . . . 6 . 30 , o. 
4t. Nonni-ula, . . . . . 46 .. 30 . o . 70e AS a 106 
53° Nayman, qui commence fur 
20, le Sas, + + 5. à #48 , 927, 0. ee C6: 
40. Topir-tala, . . , , , . 43 . 15 . © . . . 4 . 45 . o. 
53- Shaka-kol-kajan, . , . . 42 . 18 . 0 . . , 4 . 0 . oc. 
50. Rivière de Subarhan, , * 41 . 20 , o . . , 3 . 30 .… o.: 
33: Modun-hotun,  . . . . 41 . 28 . oO : . : 3 . 40 , o. 
57- Rivière d'Inkin, . . . , 42 , 30 . o . . 2. 41.8" © 
0. Réfidence de Parin, ss 42 36 + © , . . 2, I4 .… o. 
45° Habitations de Kechieten, . 43 . © . © , .« . 1 , 10 +. o. 
20. Vehu-muchin ,. . , , . 44 . 45 . © . , . 1 …« 10 . o. 
T2, Sharot, EE 
47: ArakOrnn,: .., 4 à 45, 90 à © + +. "O , 28 , ©: 
S0- Abakanor, es ste 4050-20 a 0 vas gr JO LOI, 05 
10. Whachit, .. ,., , , , 44 . 6 . oO .… .,. © , 45 + 0. 
©. Sonhot,  , 4 « ,. ,.., #49 « 29 » 7 + , .: 1. 28 + 0 
O. Lac de Suretu-huchin, , . 44 . © . o . . . E . 31, o.. 
Otgomalin, + 4 «+ 4 « 4T « 41 à © à à « 4 + 20 « 0 
Kuku-hotun, . , . . . 40 . 49 . © , … , 4 . 48 . o.. 
se Kalka-targar, ; 
Ce) Ces fituations font dans l'Edition Angloife de Du Halde, Vol, II. pag. 264, 
Où " PIIL Part, Sss. i 


SITUATIONS 
DANS LA 
TARTARIE 
OcctHENTALE 


dE cr 


506 


Places, 


VOYAGES DANS L'EMPIRE 


Kalkatargar, . 


Maomingan , 
Urat, . 


Pointe d’Ortos, 


Kura-modo, 


Latitude. 


+ 
+ 
Ve) 
un 
CU 
S% 0000 


Fix pu HurTièämeToue. 


ON aa 


Longitude. 
… 55 ©. 
* 4 o. 
80 o. 
. 39 O. 
€ o. 
TABLE : 


tude. | 
55 Os 
4 o. 
80 Oo. 
30 o. 
[e) oO. 
TABLE 


T À 


B 


DES CHAPITRES ET PARAGRAPHES, 


L E 


CONTENUS DANS CE HUITIÈME VOLUME. 


VOTAGES D ANS L'ASIE. 
SUITE DU LIVRE SECOND. 


Defcription de la Chine contenant la Géographie & l'Hiftoire Civile & 
Naturelle du Pays. 


C HAPITRE IL. QUI, Meurs € Ufages 
des Chinois. . . Page 1. 
Paragraphe II. Cérémonies Chinoifes dans pes 
voirs de la Société Civile. | 
Parag. II. Fütes € amufemens des “Chinois. 16. 
Parag. IV. Maria res des Chinois. + 25. 
Parag. V. Deuil € funérailles des Chinois. 31. 
Parag. VI. Mugnifivence des Chinvis duns teurs 
Voyages, dans leurs Fêtes €ÿ dans leurs qe 
vrages publics. 
Cnar. lil, Divifion de la Nation Chinoife Fr” 
différentes Galles, 63. 
Parag. I. Claffe de la Moble(fe Chinoife, ‘conte- 
nant des Mandarins € les Lettrés. . 64. 
Parag. II. Claffe des Laboureurs € Confidéra- 
tion que les Chinois ont pour RARE 


Parag. TI. Claffe des Marchands. Commerce & 
Navigation des Chinois. . . . + 82. 

Parag. ÎIL. Commodités Chinoifes pour les ue 
ges ES les tranfpurts par terre. . . 

rs IV. Monnuie, Coin , Poids € Mu. 


+ + ‘00, 
Data V. Claffe des Arias de la Cbine € 
Arts Manuels. . . 105. 


Parag. VI. Manière de nourrir les Ve rs à Joye 
€ de tirer leur produétion. .« , . . 111. 
Parag. VIL Manufaîtures de Porcelaine. 121. 
Parag. VII. Encre, Papier € Pinceaux des 
Chinois €ÿ leur manière d'Imprimer E3 de 
relier les Livres. . . … + +. 13% 
Cuar. IV. Sciences des Chinois. . + 149. 
Parag. L Aritbmétique. Géométrie. Aftrono- 
ie. … 149. 
Parag. II. Progrès des Chinois dans les We 
Parties des Mathématiques. . 62. 
Parag. LI. Philofophie Naturelle & Midecine 
des Chinois. . . 166. 
Parag. IV. Gofc des “Chinois pour la Mufique, 


la Poëfie & l'Hifloire. . . . pag. 175, 
Parag. V. Sciences DIRES aux Chinois. 
. 180. 
Parag. VL. Langue Chinoife. so + + + 194 
CHar. V. Religions établies à la Chine, 208. 
Parag. I. Religion SUR établie à la Chi- 
ne. . e , 209. 
Pareg. It. Secte de Ti. me. + + + 212, 
Parag. Ill. Seëte de Fo ou Fo, à eat 5 
Parag. IV. Seête de Fu-kiau. A 
Parag. V. Origine € progrès du Fudayine 
du Mabométifime à la Chine. 
Parag. VI. Origine, progrès € ruine du Gi 
tianifine à la Chine. 
Car. VI. Confhiturion ue Gien ue 


la Chine. . 260. 
l'arag. 1. Antiquité & étendue de la Monarchie 
Chinoife. . + 260. 


Parag. IL. Principe du Gouvernement Chinois, 


Parag. ll. Autorité de l'Empereur de la cha 
Sa grindeur. Sa famille. . . . . 266. 
Parag. IV. Officiers du Gouvernement pour les 
affaires civiles. . . 284. 
Parag. V. Tribunaux ou Cours ‘de la Chine, 
304. 
Parag, VI. Gouvernement Militaire e Has 
de J'Empire. : 997. 
CHar. VIL Hifhoire Naturelle de” la Chine. 
Parag. L. Ÿ Climar, Aire Terroir. . Ne 
Parag. JH. Arbres d fruit, à à ie 
Perag. III. Rs de la Chine. $ 
Parag. IV. Oùifeaux, dits Ifeêtes € Re 


tiles. . 382., 
Parag. V. Gibier de chalfe, , & diverjes autres” 
efbèces d'Animaux. . + 386. 


Parag. VI. Poi}on d'eau douce. à + « 390. 


KES KE : 
XXE 


: ê . a 


Sss 


2 LIVRE 


FABLE pes CHAPITRES Et PARAGRAPHES. 


LIVRE TROISIÈME. 


Defcription de la Corée, de la Tartarie Orientale & du Tibet. . 


EEurires L Obfervations PA CA 
€ Hiftoire de la Corée, par le Père Fean- 
Baptifle Regis, TFéfuite. . . . . 395. 
Paragraphe 1. Objervations Géograpbiques fur 
Fa Corée, à à « à + 306, 
Parag. IL Hifloire ES Révolutions de la Co- 
ROUs ee er je lon dE cave en ee “AO 
Cuar. Il. Voyage de quelques Hollandois dans 
la Corée, avec une Relation du Pays € de 
leur Naufrage dans l'Ifle de Quelpaert. 412. 
Parag. I. Naufrage des Hollandois vers l'Ifle 


Car. IL Defcription de la Tartarie fujette à 
la Chine. eh oi ee 4 AU 
Parag. 1. Pays des Tartares Mancheous, nom- 
mé communément la Tarturie Orientale. 446. 
Parag. 11. Foyage dans la Tartarie Orientale 
en 1682 par le Père Ferdinand Verbieft , Fe. 
MVEs. dé we ie ie 8 Sa 40% 
Fr III. Contrées des Mongols , propremens 
OO ET EE ti 
Parag. IV. Pays des Mongols Kalkas. HA 
Parag. V. Hiftoire Naturelle du Pays des Mon- 


de Quelpaert. Leur Jéjour dans cette Ifle & gols € des Kalkas. + + + 498 
Ja défcription. . . . . . . . . 414 Parag. VL Table des fituations dans la Turta- 
Parag. IL. Defcription de la Cérée, fa fituation rie Occidentale. 4 4. , . . , , 502. 

€7 Jon étendue mœurs des Habitans. . 430. 
Fin de la Table des Chapitres du VIII. Volume. 
mn 


DE L'IMPRIMERIE DE PIERRE Vos À LA Have. 


e e 


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Manu! 
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tons 
“Cloche 
Obfer: 
Airs C 
Coméd 
Prêtre 
Pagode 
mor 
Mendi 
Arbres 
Arbre, 
Deux ! 


AVIS AU RELIEUR 


POUR PLACER LES CARTES ET LES FIGURES DU 


e Jujette à 
443: 


US , MON | | 7 à O M ÆE H U 1 T IE M E. 2 


tale. 446. 
Orientale 


Rue Je ‘ ; " 
+ L'Empire de la Chine. . . . . 2 1 
rep _ Figures Chinoifes; un Empereur en Robe; un Empereur dans fon Ha- | 
484 bit ordinaire; un Payfan ; un Bonze. . . . se | » EC 
s des Mo. Dames Chinoifes. ES 
Ja re ! Sépulchres Chinois ; Laboureurs. LS GS er RE a RE T 
4, 502. Le grand Thrône Impérial, . . 4 , . . , , . , + , + . 41 “ 
L’Intérieur d’un Temple d’Idoles. . 4, «+ . , 4» « + « «+ : 47 “ . 
Temple de Quang- Fi - Myau 4e + + + 48° 
Temples Chinois; Wang-Myan. . 4 
à -Pagodes ou Statues du Temple s détenfeur de la Patrie; Déeffe de Lintein. 54 + 
DE Forterefle de Tyen-tfing-wey. ss 
À Mandarins Civils en Habit d’ Hyver & en Habie d'Eté ; ; | Mandarins Mi : 
: |- litaires, Tartare , & Chinois. . . . sn 6 Ge 
Barques Chinoifes. . . noue eos + + +» 87 +, 
Diverfes fortes de Barques; Barque du Dragon. : ; o 93 
Village Flottant; Village de Pau-ing-hyen, avec fes Moulins : à | Vent. . 96 
Coins de différentes Dynafties;. Table de Compte. ns … + + 109 nn, 
Le Louwa ou l'Oifeau Pêcheur, avec là manière de Pécher. # 6 x.:106 
Péche Chinoïife. . . + 107 
+ Education des Vers à foie; manière de lever les Coques ‘de deffus les ‘ 
Nates ; Bain marie pour tuer les vers dans les Coques ; Devidoir; Feuil- 
, les de Papier fur lefquelles font les-Oeufs; autre Devidoir. . . , r13 <e* 
1 Education des Vers à foie; manière de devider la foie des Coques dans 
une chaudière d’eau chaude ; ; autre manière.  . . 118 
Manufaéture de foie ; Machine pour rouler les Piéces ; Devidoir qui 
fert à doubler les Fils ; Machine du Tiflerand. . . 119 
Manufaéture de foie ; Rouet à tordre les Fils; Rouet à devider les Pelo- 
tons en bobines. . de “nt 6 cs tee 100 
“Cloche d'Erfort ; Cloche de Peking. ss + + + + + 153 
Obfervatoire de Peking. V on et 8 8 8 À € + v » + 159 # 
Airs Chinois. ER  , 
Comédiens Chinois. 2 
Prêtre ou Moines de 7. a 220 ” 


Pagodes ou Statues; Minifo ou la Volupté ; : le grand Kin Gang; l'Im- + 
mortalité. . FOR RP PNR Le 

Mendians Vagabonds, & autres Mendians. . 

Arbres; Cheu ku ou Goavas ; Suping. . 4. « + » » 


Arbre, Tata ou Ate; Que pe ou Canelle. , + « : 


AVIS Deux fortes deCotoniers; Ÿa-ka, Lich. . 4. : + 


A VIS AU RE LI E U R. 


Tü-fhu ou Arbre au Vernis; Betel, Fuling ou Racine Chinoife; Arbufte . 
qui produit le Thé; Rhubarbe. . . . . . . 

-Manière de prendre les Canards fauvages. À CR UT 

Carte de la Province de Quan-tong 54 Lyau-tong , & du Royaume de 
Kauli ou. Corée. etes DUT ETES RTE ARTS NE Te 


72222 


Ce Huitième Volume contient. 


64 Feuilles & un Titre Rouge à 1. Sol . 
& Vigne. , 0 à sous tite, +, Où 
84 Figures & Cartes Geographiques. à 3. fols. . 5: 
| i 8 : 9. 
& pour le Grand Papier. . . . 12: 14. 


Ceux qui ont foufcrit, ne payeront,. 
pour le petit Papier, que. . … 7: 
pour le grard Pipier, que. . .10: